ENTRETIEN avec Mathieu Salama, contre ténor (à propos de son nouveau cd Furioso Barocco, 1 cd Klarthe records)

furioso barroco cd clic classiquenews matheiu salama cd klarthe critiqueENTRETIEN avec Mathieu Salama, contre tĂ©nor. Fougueux voire furieux, le chant investi du contre tĂ©nor français Mathieu Salama marque les esprits par la qualitĂ© de son implication pour chaque air choisi. Au concert dont il est familier depuis des annĂ©es, le chanteur se passionne dans l’expression des affects baroques. Fort de cette expĂ©rience, Mathieu Salama enregistre son dernier album chez Klarthe records, « Furioso barocco », nouveau jalon dans la maturation d’un tempĂ©rament vocal franc, direct, Ă  l’impĂ©rieuse intensitĂ©. Pour classiquenews, Mathieu Salama dĂ©voile les coulisses de l’enregistrement (distinguĂ© par le CLIC de CLASSIQUENEWS) et prĂ©cise quelques Ă©lĂ©ments de sa genĂšse.

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CLASSIQUENEWS : D’aprĂšs quels critĂšres avez vous opĂ©rĂ© le choix des airs ?

 

MATHIEU SALAMA : Cette diversitĂ© de l’album « Furioso Barocco » est celle de ma claveciniste Ghislaine Gignoux et moi-mĂȘme. Il ne serait pas juste de n’en montrer qu’un cotĂ© sombre et tragique comme « Gelido in ogni vena » ou « PiangĂ©ro la sorte mia » dans lequel Haendel fait cohabiter dans le personnage de ClĂ©opĂątre la dĂ©tresse et l’hystĂ©rie. Nous en avons de joyeux, comme « Sound the trumpet » ou « Strike the viol » de Purcell.

 

 

Mathieu Salama : Furioso Barocco
CHANTER LA FUREUR D’AMOUR…

 

 

CLASSIQUENEWS : Sur quels points s’est rĂ©alisĂ© votre complicitĂ© avec l’ensemble La RĂ©jouissance ?

MATHIEU SALAMA : L’ensemble “La RĂ©jouissance” est spĂ©cialisĂ©e dans les oeuvres de musique baroque dont le chef Stefano Intrieri que j’avais rencontrĂ© lors d’un festival de musique baroque m’avait inspirĂ©e tant par sa vibration musicale que par son humanitĂ©. Évidement ma passion pour la langue italienne et les oeuvres thĂ©Ăątrales interprĂ©tĂ©es me transporte davantage grĂące Ă  ce chef italien dont la direction artistique commune Ă  donnĂ© naissance Ă  ce nouvel album.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : VIVALDI / HAENDEL : qu’est ce qui rapproche et distingue l’Ă©criture des deux compositeurs ?

 

MATHIEU SALAMA : Vivaldi pour moi c’est la folie Ă  l’italienne, c’est ce cĂŽtĂ© passionnĂ© et thĂ©Ăątral qui m’emporte, dans l’écriture de Vivaldi on sent que la voix est comparĂ©e Ă  celle d’un violon que je retrouve Ă©galement mais diffĂ©remment dans l’Ă©criture moins extravertie et plus modĂ©rĂ© dans les opĂ©ras incroyables et oratorios d’Haendel, mais aussi fou dans la musicalitĂ© et dans la façon d’amener les Arias au plus profond des Ă©motions. Ces 2 compositeurs exaltent nos passions et nous transportent.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : En incarnant les passions baroques, que souhaitez vous transmettre au public ? Que souhaitez vous partager avec les musiciens ?

 

CLIC D'OR macaron 200MATHIEU SALAMA : Je souhaite transmettre au public ce que je sais faire de mieux c’est donner de l’émotion, partager des sentiments, j’essaye de respecter ce que le compositeur a voulu Ă©crire en ajoutant une part de moi, de mon expĂ©rience, de mes sentiments de joie et de peine. Ma complicitĂ© avec les musiciens de l’ensemble « La RĂ©jouissance » est profonde de sens et de partage au coeur de cette musique baroque remplie de tendresse et de fureur d’amour, c’est donc pour ça que j’ai choisi d’appeler cet album « Furioso barroco »

 

 

 

 

Propos recueillis en novembre 2020

 

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LIRE aussi notre critique du cd Furioso Barocco / Mathieu Salama – CLIC de CLASSIQUENEWS

furioso barroco cd clic classiquenews matheiu salama cd klarthe critiqueCD, Ă©vĂ©nement. FURIOSO BAROCCO : Mathieu Salama, contre tĂ©nor (1 cd Klarthe records 2019) – Mathieu Salama chante Haendel et Vivaldi : l’interprĂšte peut s’appuyer aujourd’hui sur une solide expĂ©rience du concert ; une aisance qui explique ce naturel engagĂ© qui perce et le porte en studio. Investi, incarnĂ©, d’une intensitĂ© qui touche par son immĂ©diate sincĂ©ritĂ©, le chant du contre tĂ©nor Mathieu Salama rayonne en clartĂ© et acuitĂ© expressive. Pour Klarthe, le chanteur offre un rĂ©cital emblĂ©matique de ses possibilitĂ©s et de son tempĂ©rament : agilitĂ©, engagement, profondeur. Le soliste s’entoure de deux autres chanteurs pour entre autres exprimer d’autres langueurs amoureuses en duo (Duo final PoppĂ©e / NĂ©ron de l’Incoronazione di Poppea de Monteverdi). Mathieu Salama chante l’ivresse et le vertige des coeurs amoureux, du dĂ©lire inquiet Ă  la dĂ©termination audacieuse voire Ă©ruptive
 voilĂ  qui convient Ă  sa nature fougueuse voire intempestive (d’oĂč le titre Furioso Barocco). Mathieu Salama dĂ©voile le vertige des sens qu’habite son chant direct, puissant, d’une rondeur constante, Ă©cartant les aciditĂ©s de bon nombre de ses confrĂšres.

 

 

 

CD, critique. VIVALDI : L’Estro Armonico. ARMONIOSA (2 cd Reddress, mai 2018).

vivaldi estro aronico armoniosa cd critique review redderess critique cd classiquenewsCD, critique. VIVALDI : L’Estro Armonico. ARMONIOSA (2 cd Reddress, mai 2018). Superbe geste collectif plein d’allant, de cohĂ©rence Ă©nergique, avec un soin apportĂ© Ă  l’équilibre instrumental. Le cycle entier des 12 concertos de l’opus 3 de Vivaldi rayonnent par leur entrain solaire, la volontĂ© d’articuler sans esbrouffe ni effets d’archet
 qui est le lot commun de bon nombre d’autres interprĂštes, pas aussi scrupuleux. L’unitĂ© sonore est Ă©videmment prĂ©servĂ©e ici par le nombre des musiciens d’Armoniosa : du fait de la transcription pour ensemble de chambre rĂ©alisĂ©e par le claveciniste Michele BARCHI, ce sont 5 individualitĂ©s qui savent s’écouter, combiner chaque partie, rĂ©aliser une vision Ă  la fois expressive, poĂ©tique, habitĂ©e. On peut la penser trĂšs proche de ce qu’a pu entendre de son vivant Vivaldi, selon les possibilitĂ©s d’exĂ©cution. La partition gagne un relief et une prĂ©cision accrue du contrepoint.
C’est surtout un parcours expĂ©rimental oĂč Vivaldi remet tout Ă  plat Ă  partir des cordes seules : la vie, l’exaltation, l’entrain, ici dĂ©pouillĂ©s de maniĂ©risme et de calculs surinvestis, font merveille : l’activitĂ© de l’orgue soliste entre autres soutient constamment ce dĂ©sir d’élĂ©vation et de sublimation rythmique de la forme (et qui passe aussi par les recherches de couleurs plus subtiles encore dues aux registrations de l’instrument).
L’honnĂȘtetĂ© et la sensibilitĂ© du geste collectif font la diffĂ©rence, apportant Ă  l’ensemble des concertos, une nouvelle dĂ©finition de chaque ligne, une vitalitĂ© spĂ©cifique oĂč palpite une singuliĂšre et saine caractĂ©risation de chaque sĂ©quence.
L’énergie et l’inventivitĂ© du cycle allait durablement marquĂ© les propres recherches du jeune JS BACH, alors ĂągĂ© de 26 ans, quand il Ă©tait employĂ© Ă  Weimar comme organiste (1708 – 1717). Plus tard encore, Bach s’en souviendra pour la rĂ©alisation de son Concerto pour 4 claviers BWV 1065. Il y a donc la passation d’une vivacitĂ© inventive originelle, vivaldienne, dont les 5 instrumentistes d’Armonosia expriment l’allant et l’activitĂ© roborative. Il n’y a aucun doute que ces 12 Concertos publiĂ©s en 1711 Ă  Amsterdam, constituent la bible de tout le rĂ©pertoire baroque du XVIIIĂš europĂ©en.

CLIC D'OR macaron 200En s’éloignant des versions historiques en plus grand effectif, voilĂ  qui contredit dĂ©finitivement le mot rĂ©ducteur et quelque peu dĂ©prĂ©ciatif de Stravinsky Ă  l’endroit d’un Vivaldi ennuyeux et rĂ©pĂ©titif, qui aurait composĂ© 
 plus de 500 fois « le mĂȘme concerto » ! Vivaldi y varie le canevas et l’alternance des Ă©pisodes allegro / adagio, osant des notations nouvelles telles, « spiritoso » (RV522, Larghetto), « spiccato » (RV565, adagio et Largo). Passionnante relecture d’un pilier de la littĂ©rature baroque du premier XVIIIĂš. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

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CD, critique. VIVALDI : L’Estro Armonico. ARMONIOSA (2 cd Reddress, mai 2018). Double cd, enregistrement rĂ©alisĂ© en Italie en mai 2018. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019

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VIDEO TEASER
https://www.youtube.com/watch?v=BlE1UXqmpW0

CD. Vivaldi : L’incoronazione di Dario (Dantone, 2013)

CD. Vivaldi : L’incoronazione di Dario (Dantone, 2013). L’agilitĂ© esthĂ©tisante qu’apporte le geste fluide et dramatique d’Ottavio Dantone fait heureusement palpiter le continuo et l’orchestre, rĂ©vĂ©lant avant toute chose (dont la trĂšs cohĂ©rente distribution vocale rĂ©unit ici) cette frĂ©nĂ©sie miraculeuse du Pretre Rosso, ses alanguissements aussi. La cohĂ©rence sonore est irrĂ©sistible, confirmant Ă  nouveau ce que nous aimons penser : aux cĂŽtĂ©s de Haendel et Rameau, Vivaldi est l’un des trĂšs grands gĂ©nies de l’opĂ©ra baroque du premier XVIIIĂšme.

Excellent Dario de Dantone

vivaldi_dario_naive_dantone_cd_naiveLe dĂ©but de l’intrigue persane commençant par un superbe duo d’altos fĂ©minins, celui des deux sƓurs Statira et Argene, les filles du grand Cyrus, recĂšle bien des trĂ©sors lyriques.
Soutenu par les satrapes pour succĂ©der Ă  Cyrus et Ă©pouser sa fille Statira (qui l’aime sans ciller), Darius trouve un excellent interprĂšte en la personne de l’excellent tĂ©nor Anders Dahlin (d’ailleurs trĂšs bon ramiste). La flexibilitĂ© tendre et bien chantante de la voix offre une saisissante prĂ©sence au hĂ©ros de l’opĂ©ra : viril mais enivrĂ©, dĂ©terminĂ© mais humain. Belle musicalitĂ© ardente Ă©galement pour les deux femmes dressĂ©es de part et d’autre de ce Dario fringuant de haute voltige : Delphine Galou et Sara Mingardo composent de superbes portraits fĂ©minins des deux sƓurs, la malicieuse et hypocrite autant que jalouse Argene ; la noble et droite, lumineuse et ardente Statira. Dommage que l’Oronte de la mezzo Lucia Cirillo paraisse si peu impliquĂ©e par son personnage, contredisant par exemple les contrastes dynamiques de l’orchestre dans son air du II, le plus long de l’opĂ©ra (plus de 5mn30).
L’Arpago de Sofia Soloviy est un peu Ă©troit. L’Alinda de la soprano Roberta Mameli a un tout autre tempĂ©rament, ardent lui aussi, et d’un engagement sans failles (superbe air du II : Io son quell’augelletto…). La soprano palpitante, au diapason du continuo et de l’orchestre, finement ciselĂ© comme son chant, est la surprise et la rĂ©vĂ©lation de cette production. Un nom Ă  suivre.

Pour beaucoup encore (trop), les opĂ©ras de Vivaldi sont une sĂ©rie mĂ©canique d’airs da capo, certes avec variations, et tout de mĂȘme grand raffinement instrumental : Ă©coutez l’air de Statira au III (Sentiro fra ramo e ramo : oĂč le chant des cordes et du violon solo ressuscitent l’extase printaniĂšre : l’auteur des Quatre Saisons n’est pas loin…). Dantone sait nous dĂ©montrer sans dĂ©monstration que l’invention formelle suit les rebonds de l’action, rĂ©vĂ©lant les personnalitĂ©s de chaque protagoniste : la couleuvre Argene, le couple lumineux Dario/Statira…

CLIC_macaron_2014GrĂące au piquant raffinĂ© de L’Incoronazione di Dario (Couronnement de Darius), crĂ©Ă© durant l’hiver 1717, sur la scĂšne de son thĂ©Ăątre Ă  Venise, le San Angelo, Vivaldi allait gagner les faveurs du gouverneur autrichien de Mantoue, Philipp von Hesse-Darmstadt (prĂ©sent Ă  la premiĂšre) qui l’invite dans la foulĂ©e comme maestro di capella, au lieu mĂȘme oĂč brilla Monteverdi. Le chef d’oeuvre prĂ©mantouan de Vivaldi ne pouvait ici trouver meilleurs interprĂštes : agiles, caractĂ©risĂ©s, d’une ivresse musicale dĂ©passant la seule exĂ©cution honnĂȘte. Il faut du sang et du nerf chez Vivaldi : Ottavio Dantone et son ensembre trĂšs affĂ»tĂ©, Accademia Bizantina, nous en dispense avec force et intelligence.

Vivaldi : L’incoronazione di Dario. Venise, San Angelo 1717. Anders Dahlin, TENOR: DARIO. Sara Mingardo, CONTRALTO: STATIRA. Delphine Galou, CONTRALTO: ARGENE. Riaccardo Novaro, BARYTON: NICENO‹Sofia Soloviy, SOPRANO: ARPAGO. Lucia Cirillo, MEZZO SOPRANO: ORONTE. Giuseppina Bridelli, MEZZO SOPRANO: FLORA. Roberta Mameli, SOPRANO: ALINDA. Accademia Bizantina.‹Ottavio Dantone, direction. 3 cd NaĂŻve. Enregistrement rĂ©alisĂ© en septembre 2013 en Allemagne.