Compte rendu, opéra. Tours, Opéra. Mozart : L’enlèvement au sérail, 1782. Thomas Rösner, direction. Tom Ryser, mise en scène.

Nouvel Enlèvement au sérail de Mozart à l'Opéra de ToursCOMPTE-RENDU, Opéra. TOURS, Opéra. Mozart: L’enlèvement au sérail, les 26, 28 février puis 1er mars 2016. Quand Mozart joue à l’orientaliste, il n’est jamais étranger aux Lumières de la fraternité et de l’amour… La nouvelle production de l’Enlèvement au sérail de Mozart présentée par l’Opéra de Tours (crée en Allemagne et bientôt reprise à Toulouse) convainc par sa cohérence dramatique et visuelle, conçue par l’acteur Tom Ryser qui incarne le Pacha Selim et aussi réalise la mise en scène. En restituant l’humanité profonde du musulman, sa blessure secrète, intime dès la première scène d’ouverture, la justesse des sentiments qui s’affirme de tableaux en tableaux, outre leur apparente et réelle facétie, rend justice à un Mozart, humaniste, fraternel, amoureux. Un cœur épris d’une saisissante humanité.

Tout d’un coup, la figure de maître oriental en son sérail, s’adoucit et sa relation avec sa belle captive Konstanz, vraie figure de la fidélité amoureuse, gagne en intensité. A mesure que la jeune femme confirme son amour pour le seul élu de son cœur : Belmonte, le Pacha ne cesse de redoubler son désir de posséder Konstanz en laquelle il voit l’incarnation de cette femme idéale qu’il a perdu ; d’où en ouverture, et sur la musique du lever de rideau, les ombres du Pacha et des jeunes femmes qui défilent entre ses mains (à la manière du prince en quête de Cendrillon) : toujours trouver celle qui l’obsède.  L’importance réservée au personnage de Selim rééquilibre la partition et évite bien des traitements caricaturaux, vus et revus ailleurs, entre Occidentaux et Musulmans.

Le plateau vocal très solide où rayonne l’assurance d’une mozartienne plus que confirmée : Cornelia Götz en Konstanze, rétablit cet amour de Wolfgang pour le pur jeu théâtral, la comédie en musique où le drame, complet, tendre et profond, renouvelle alors la forme même de l’opéra : ni seria tragique et pontifiant ; ni buffa, comique et creux, mais les deux à la fois, c’est à dire “singspiel”, associant chant et théâtre pur, nouveau cadre lyrique voulu par l’Empereur Joseph II en 1782, où le personnage central, moteur est un rôle parlé ; où le duo des serviteurs (Pedrillo et Blonde), facétieux, subtils, est remarquablement traité par le compositeur qui creuse avec bénéfice son contraste avec le geôlier, bourreau barbare et sadique, Osmin (excellente basse Patrick Simper, lui aussi un habitué du rôle). On assiste enthousiaste aux débuts de la pétillante Jeanne Crousaud en Blonde, double apparemment léger mais en vérité clairvoyant de Konstanz, qui sait manipuler l’odieux Osmin… L’homogénéité de la distribution permet de mieux goûter encore les équilibres dramatiquement entraînant préservés par le chef… Tout avance ici avec une attention à la double nature de l’ouvrage, comique et sérieux à la fois. Un vrai régal scéniquement et musicalement réussi car en fosse, un orfèvre de la baguette enjouée et dramatiquement ciselée opère, Thomas Rösner (dont on avait tant aimé la finesse de son Lucio Silla, opéra également de Mozart, pour Angers Nantes opéra). L’Enlèvement au sérail de Mozart à l’Opéra de Tours. Production événement, à ne pas manquer, 3 dates incontournables : les 26, 28 février et 1er mars 2016.

Compte rendu, opéra. Tours, Opéra. Mozart : L’enlèvement au sérail, 1782. Thomas Rösner, direction. Tom Ryser, mise en scène. Encore une date à TOURS, mardi 1er mars 2016. A ne pas manquer.

Opéra de Tours

Vendredi 26 février 2016, 20h
Dimanche 28 février 2016,15h
Mardi 1er mars 2016, 20h

L’Enlèvement au Sérail de Mozart

Singspiel en trois actes
Livret de Gottlieb Stephanie Jr., d’après Bretzner
Création le 16 juillet 1782 à Vienne

Direction musicale : Thomas Rösner
Mise en scène : Tom Ryser
Décors : David Belugou
Costumes : Jean-Michel Angays et Stéphane Laverne
Lumières : Marc Delamézière

Konstanze : Cornelia Götz
Blonde : Jeanne Crousaud
Belmonte : Tibor Szappanos
Pedrillo : Raphaël Brémard
Osmin : Patrick Simper
Pacha Sélim : Tom Ryser

Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’Opéra de Tours et Choeurs Supplémentaires

Toutes les infos et les modalités de réservations sur le site de l’Opéra de Tours

CLIP VIDEO : L’Enlèvement au Sérail de Mozart à l’Opéra de Tours (février-mars 2016)

Nouvel Enlèvement au sérail de Mozart à l'Opéra de ToursTOURS, Opéra. L’enlèvement au sérail, les 26, 28 février puis 1er mars 2016. Quand Mozart joue à l’orientaliste, il n’est jamais étranger aux Lumières de la fraternité et de l’amour… La nouvelle production de l’Enlèvement au sérail de Mozart présentée par l’Opéra de Tours convainc par sa grande cohérence dramatique et visuelle, conçue par l’acteur Tom Ryser qui incarne le Pacha Selim et aussi réalise la mise en scène. En restituant l’humanité profonde du musulman, sa blessure secrète, intime dès la première scène d’ouverture, la justesse des sentiments qui s’affirme de tableaux en tableaux, outre leur apparente et réelle facétie, rend justice à un Mozart, humaniste, fraternel, amoureux. Un cœur épris d’une saisissante humanité. Le plateau vocal très solide où rayonne l’assurance d’une mozartienne plus que confirmée : Cornelia Götz en Konstanze, rétablit cet amour de Wolfgang pour le pur jeu théâtral, la comédie en musique où le drame, complet, tendre et profond, renouvelle alors la forme même de l’opéra : ni seria tragique et pontifiant ; ni buffa, comique et creux, mais les deux à la fois, c’est à dire “singspiel”, nouveau cadre lyrique voulu par l’Empereur Joseph II en 1782, où le personnage central, moteur est un rôle parlé ; où le duo des serviteurs (Pedrillo et Blonde), facétieux, subtils, est remarquablement traité par le compositeur qui creuse avec bénéfice son contraste avec le geôlier, bourreau barbare et sadique, Osmin (excellente basse Patrick Simper, lui aussi un habitué du rôle). Un vrai régal scéniquement et musicalement réussi car en fosse, un orfèvre de la baguette enjouée et dramatiquement ciselé opère, Thomas Rösner (dont on avait tant aimé la finesse de son Lucio Silla, opéra également de Mozart, pour Angers Nantes opéra). L’Enlèvement au sérail de Mozart à l’Opéra de Tours. Production événement, à ne pas manquer, 3 dates incontournables : les 26, 28 février et 1er mars 2016.

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Angers Nantes Opéra : somptueuse Ville morte de Korngold jusqu’au 17 mars 2015

korngold-villl-morte-angers-nantes-opera-plan-general-acte-I-copyright-jeff-rabillon-2015-angers-nantes-operaAngers Nantes Opéra : somptueuse Ville morte de Korngold jusqu’au 17 mars 2015. Superbe production à l’opéra de Nantes en mars 2016,  première dès demain, dimanche 8 mars 2015 14h30 : La Ville morte du jeune Korngold (1920) d’après le roman de l’écrivain symboliste Rodenbach. Aidé par son père,  Korngold à peine âgé de 20 ans compose l’un de ses meilleurs opéras qu’Angers Nantes Opéra propose à l’affiche du Théâtre Graslin pour 5 représentations absolument incontournables.  La production est bien connue des connaisseurs et amateurs, et légitimement saluée à sa création en 2010 (alors sur les planches de l’opéra de Nancy). C’est que le metteur en scène allemand (né à Bonn),  Philipp Himmelmann souligne le délire fantastique qui assaille l’esprit du héros,  Paul,(ténor), jeune veuf plutôt catholique : Paul. En homme de théâtre subtil mais aussi mordant,  le metteur en scène joue sur la fragmentation psychique et crée un plateau kaléidoscopique dont l’action éclatée dans l’espace exprime très justement l’esprit diffus,  détruit du jeune homme.

KORNGOLD-ville-morte-Nantes-Daniel-Kirch-copyright-jeff-RabillonSa rencontre réelle,  fantasmée avec la jeune comédienne Marietta nourrit sa folie dépressive, car l’actrice lui rappelle étrangement son épouse perdue. Le jeu d’acteurs emprunte au théâtre le plus exigeant,  le dispositif scénique insiste sur l’incompatibilité des êtres acteurs dans un songe qui bascule dans le cauchemar grimaçant et angoissant.  Le tableau le plus saisissant demeure certainement l’intégration exceptionnellement réussie de la vidéo qui permet d’inscrire de façon naturelle et juste la part de magie fantastique qui se développe dans l’esprit du jeune homme endeuillé,  amoureux inconsolable après la perte de son épouse Marie.

 

 

 

Dépressive et flamboyante Bruges

 

korngols-ville-morte-helena-Juntunen-copyright-jeff-rabillon-205-angers-nantes-operaDans la fosse,  Thomas Rösner ici même salué pour un Lucio Silla de Mozart orchestralement vif argent, confirme une sensibilité éclatante dans l’une des partitions les plus flamboyantes du répertoire. Korngold malgré son jeune âge s’y montre en effet aussi imaginatif que furieusement sensuel,  Mahlérien et Straussien inspiré (La Ville morte semble en maints endroits prolonger La femme sans ombre de Strauss créé en 1919),  n’hésitant jamais à parfois raffiner jusqu’à l’extrême et sans le surcharger l’accomplissement du drame. Le chant exaltant et postromantique de l’orchestre nourrit de magistrale façon le délire onirique de Paul…  Cest aussi dans le prolongement du roman de Rodenbach,  un parcours hypnotique où le chatoiement permanent des instruments convoque sur la scène lyrique la présence mortifère, maladive mais ensorcelante de “Bruges la morte” telle que l’exprime Rodenbach dans son texte paru à l’origine sous la forme de feuilleton dans les pages du Figaro. …

Voici assurément l’un des ouvrages lyriques les plus envoûtants jamais écrits,  servi à Nantes comme souvent,  dans une éblouissante réalisation.

 

 

 

 

ANO-die-tote-stadt-mars-2015-leaderboardKorngold: La Ville Morte (créé à Cologne et Hambourg, 1920.)  NANTES, Théâtre Graslin. 5 représentations à ne pas manquer d’autant que la distribution s’y montre particulièrement convaincante-, à Nantes,  Théâtre Graslin,  les 8 (14h30) puis 10, 13, 15 et 17 mars 2015 (à 20h). N’hésitez pas pour retenir votre place tant qu’il en reste encore. Choc esthétique, plateau ensorcelant, fosse éruptive et onirique : c’est le spectacle à ne pas manquer cette saison, comme ce fut le cas du fabuleux Tristan und Isolde par Olivier Py, sommet dans la proposition d’Olivier Py à l’opéra (et qui n’est toujours pas “monté” jusqu’à Paris !). La Ville morte de Korngold présentée à Nantes est un événement à ne pas manquer. Réservation, informations sur le site de l’Opéra Graslin / Angers Nantes Opéra.

 

 

LIRE notre présentation complète de l’opéra La Ville morte de Korngold d’après Rodenbach à Nantes dans la mise en scène de Philipp Himmelmann…

 

 

Illustrations : Jeff Rabillon © 2015 pour Angers Nantes Opéra : tableau général à l’acte I, le ténor Daniel Kirch et la soprano Helena Juntunen dans les écrasants / hallucinants rôles de Paul et de Marietta / Marie.