CD événement, annonce. ARNE : Artaxerxes / The Mozartists / Ian Page / 2 cd Signum classics

arne artaxerxes ian page mozartists cd 2009 critque cd review classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. ARNE : Artaxerxes / The Mozartists / Ian Page / 2 cd Signum classics. L’excellent chef Ian Page conduit ses troupes mozartiennes en terres lyriques primitives, quand simultanĂ©ment Ă  Gluck (Orfeo), le compositeur national Thomas ARNE proposait une version anglaise de l’opĂ©ra seria (italien), avec originalitĂ© et cohĂ©rence comme en tĂ©moigne son Artaxerxes, opĂ©ra seria chantĂ© en anglais, crĂ©Ă© Ă  Covent Garden en 1762.

D’une AntiquitĂ© orientale revisitĂ©e, le compositeur et son librettiste (sur le texte de Metastase) retiennent ici deux couples princiers (Artaxerxes / Semira et Arbaces / Mandane) dont l’union et le sort sont mis Ă  mal par l’ambition haineuse du gĂ©nĂ©ral intriguant Artabanes (pĂšre d’Arbace). C’est compter sans la loyautĂ© d’Arbace pour le fils de Xerxes, Artaxerxes
 en lieto final heureux- poncif du genre, les amants peuvent s’aimer alors que le mĂ©chant est exilĂ© Ă  vie de la Cour perse.
La partition restait jusque lĂ  difficile Ă  remonter car il y manquait bon nombre de recitatifs et la fin de l’acte III malgrĂ© un livret parvenu complet ; c’est Ă  partir de ce dernier que Ian Page a restituĂ© le matĂ©riel musical manquant, permettant de mesurer l’impact dramatique de l’ouvrage dans sa continuitĂ© musicale ainsi reconstruite.
Au dĂ©but des annĂ©es 1760, le style de Arne recueille toute la saveur des operas et oratorios haendĂ©liens conçus pour l’audience londonienne avant lui ; il infĂ©ode le cadre de l’aria napolitaine Ă  l’expression naturel du sentiment ; ainsi la succession des airs est moins mĂ©canique, elle acquiert une fluiditĂ© Ă©motionnelle qui annonce directement 
.le jeune Wolfgang. Il Ă©tait donc important que Ian Page et les Mozartists, interprĂštes fameux des premiers opĂ©ras de Mozart, rĂ©tablissent ainsi le contexte dans lequel Wolfgang s’est « formé », apportant sur le terreau de l’opera seria, sa propre culture : Ian Page aura exprimĂ© en un geste trĂšs engagĂ© l’originalitĂ© des opĂ©ras mozartiens de jeunesse et sa premiĂšre contribution (avant Idomeneo) au genre italien seria : Bastien und Bastienne / Grabmusik, Apollo et Hyacinthus, Zaide, Il Sogno di Scipione, Mitridate, Re di Ponto, Il Re pastore, sans omettre le programme Die Schuldigkeit des ersten Gebots ou l’album thĂ©matique « MOZART IN LONDON » 
CLIC_macaron_2014Sans voix graves (ni baryton ni basse chantantes comme chez Haendel mais 2 tĂ©nors), la palette vocale privilĂ©gie Ă©videmment les voix hautes : 2 castrats pour les personnages clĂ©s – viriles- du rĂŽle-titre Artaxerxes (ici le contre tĂ©nor Christopher Ainslie ; d’Arbaces (chantĂ© ici par la mezzo Caitlin Hulcup); la distribution rĂ©unie en 2009 dont rend compte cet enregistrement comme chez Hane en avril 2021 souligne la tendresse du style et la sensibilitĂ© d’ARNE dans le style galant, expressif et pathĂ©tique, offrant des arias courtes d’une grande fraĂźcheur juvĂ©nile. Ce souci de caractĂ©risation, privilĂ©giant le naturel et la sincĂ©ritĂ© des arias selon chaque situation psychologique et dramatique accrĂ©dite la prĂ©sente lecture et confirme l’affinitĂ© des Mozartists avec le rĂ©pertoire « mozartien », en particulier la pĂ©riode artistique propre aux annĂ©es 1760, celle qui entre Haendel et Mozart, est contemporaine du thĂ©Ăątre gluckiste. Passionnante Ɠuvre de dĂ©frichement mozartien. A suivre.

CD Ă©vĂ©nement, annonce. ARNE : Artaxerxes / The Mozartists / Ian Page / 2 cd Signum classics – parution : mi mai 2021 – enregistrĂ© Ă  Londres nov 2009, avril 2010. CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2021.

VISITEZ le site des MOZARTIST / IAN PAGE :
https://www.mozartists.com

CD événement : STURM UND DRANG 1 / The Mozartists, Ian Page et Chiara Skerath, soprano (1 cd Signum classics, janv 2019)

STURM-UND-DRANG-MOZARTISTS-IAN-PAGE-cd-signum-classics-review-critique-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-opera-symphonie-critiqueCD Ă©vĂ©nement : STURM UND DRANG 1 / The Mozartists, Ian Page et Chiara Skerath, soprano (1 cd Signum classics, janv 2019) – Voici le premier volet d’un cycle annoncĂ© de 7 qui d’abord confirme l’excellence expressive du collectif dirigĂ© par le britannique Ian PAGE, de toute Ă©vidence en affinitĂ© avec le rĂ©pertoire servi ; puis c’est l’intelligence d’un programme somptueux et original, idĂ©alement agencĂ© qui fusionne avec pertinence plusieurs joyaux de l’opĂ©ra avec deux remarquable perles symphoniques signĂ©es Beck (maĂźtre de Mannheim) et Haydn : soit le vivier foisonnant d’idĂ©es et de maĂźtrise auquel s’est confrontĂ© Mozart. Le superbe programme symphonique montre combien les annĂ©es 1760 Ă  1770 dans l’écriture orchestrale, annonce l’essor romantique. PrĂ©classique et surexpressif, voire frĂ©nĂ©tique et dĂ©jĂ  romantique, le style de Gluck tel qu’il se dĂ©ploie sombre, lugubre, puis tumultueux, Ă©ruptif dans la formidable Chaconne (scĂšne final de son Don Juan) qui prĂ©figure bien des effets chez Haydn, Mozart et jusqu’au premier Beethoven, tout en renouant avec l’électrisation rythmique et le gĂ©nie mĂ©lodique du Vivaldi des Quatre Saisons. L’enchaĂźnement des deux airs lyriques s’avĂšre emblĂ©matique lui aussi : l’ample air, langoureux, inquiet et dolent de Fetonte du napolitain Jommelli (Ombre que tacite qui sede / ouvrage crĂ©Ă© en 1768, inspirĂ© du PhaĂ©ton de Lully de 1683) ; puis l’air de Haydn qui complĂšte Jommelli (La Canterina, 1766) qui sait aussi crĂ©piter, elle aussi frĂ©nĂ©tique, entre alarme et tempĂȘte affective. PriĂšre, exultation, imploration et incantation : tout est dĂ©jĂ  lĂ .

Passion Ă©ruptive du Sturm und Drang
The Mozartists et Ian Page au sommet

IanPage-1-e1517575314281Vrai manifeste du Sturm und Drang, tempĂȘte et passion : la premiĂšre des deux symphonies, celle de Franz Ignaz BECK, natif de Mannheim, idĂ©al ambassadeur du style Mannheim, frĂ©nĂ©tique et pĂ©taradante qui vrombit, exigeant des cordes une tenue d’archet Ă©lastique et fluide. Les cabrures des cordes, la vibration narquoise des cors et trompettes (d’époque) ajoute Ă  la superbe caractĂ©risation des Ɠuvres par The Mozartits, en permanence irrĂ©sistibles et inspirĂ©s. Leur style exprime chaque nuance de ce style Sturm und Drang prĂ©romantique. Beck est fondamental dans l’expansion europĂ©enne de ‘l’euphorie’ Mannheim (source Ă  laquelle Mozart puise pour Idomeneo et dĂ©jĂ  Thamos)
 Beck est Ă  Naples, Marseille et surtout Bordeaux au dĂ©but des annĂ©es 1780, oĂč il participe dĂ©jĂ  Ă  l’essor du Grand ThĂ©Ăątre. Il meurt Ă  Bordeaux en 1809.
The Mozartists Ă©clairent avec finesse et nuances, dans la flexibilitĂ© idoine, la qualitĂ© des climats expressifs requis, du dĂ©chainement intempestif du premier mouvement (Allegro con spirito) Ă  la langueur flottante, quasi Ă©vanescente de l’Andante qui suit ; du Minuetto, jouĂ© scherzando et articulĂ© avec son Ă©pisode central austĂšre, plus rustique, au Presto final, aussi affĂ»tĂ© qu’un duel d’épĂ©es, avec en opposition rĂ©jouissante, la rondeur caustique des cors superbement rĂ©glĂ©s. La tension qui naĂźt d’épisodes aussi contrastĂ©s, renforce l’impact poĂ©tique et expressif de cette symphonie (opus 3 n°3, 1760), entre hallucination, Ă©clairs fantastiques et langueur mystĂ©rieuse, l’une des meilleures Ă©crites par Beck parmi ses 
 24 parvenues.

L’expressivitĂ© atteint un niveau supĂ©rieur encore dans l’air du napolitain Traetta : Sofonibe, Reine dĂ©sespĂ©rĂ©e, ici dĂ©chirĂ©e, implorante dont la trĂšs crĂ©dible soprano Chiara Skerath n’hĂ©site pas Ă  faire retentir les cris de la souffrance la plus vive. Celle d’une Ăąme possĂ©dĂ©e, submergĂ©e mĂȘme par sa peine et la trahison dont elle est la victime languissante et impuissante.
EnchainĂ©e la Symphonie n°49 « Passion » de Haydn semble faire Ă©cho Ă  la peine profonde de Sofonibe ; l’équilibre sonore des Mozartists sous la conduite impeccable de leur directeur musical Ian Page, se dĂ©ploie de façon splendide ; le chef cisĂšle et caresse la vibration sombre et funĂšbre mĂȘme du premier mouvement Adagio (12 mn) dont couleur et respiration rappellent le Requiem de Mozart
 Le Menuet affiche la dĂ©contraction d’une danse haendĂ©lienne ; et le Presto, vif et heureux, sidĂšre par sa soif de chanter et de conquĂ©rir. Jubilatoire.
Fabuleux programme lyrique et symphonique, STURM UND DRANG 1 plonge au cƓur de la fournaise symphonique propre aux annĂ©es 1760 oĂč Gluck, Jommelli, Traetta au thĂ©Ăątre dialoguent avec le symphonisme exaltĂ©, contrastĂ© des non moins passionnants Beck et Haydn. Superbe parcours. VoilĂ  un nouvel accomplissement qui confirme notre enthousiasme vis Ă  vis des Mozartists, collectif aux programmes toujours originaux, impliquĂ©s, exaltants. Il est temps de les entendre en France. VƓu exaucĂ© le 20 mai prochain (il Ă©tait temps ! d’autant que CLASSIQUENEWS est le premeir mĂ©dia Ă  les avoir distinguĂ©s et dĂ©fendus : lire ci aprĂšs nos autres critiques The MOZARTISTS).

________________________________________________________________________________________________

CLIC D'OR macaron 200CD Ă©vĂ©nement : STURM UND DRANG 1 / The Mozartists, Ian Page et Chiara Skerath – EnregistrĂ© en janvier 2019 Ă  Londres – 1 cd Signum classics – CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2020. Parution annoncĂ© en mai 2020

https://signumrecords.com/product/sturm-und-drang-volume-1/SIGCD619/
 

Présentation du cd / programme sur le site du label SIGNUM classsics

This is the first project in a seven-volume series exploring the ‘Sturm und Drang’ movement, which swept through all art forms in the between the early 1760s and 1780s. The purpose of this movement were to frighten and perturb through the use of wild and subjective emotional means of expression. This series of ‘Sturm und Drang’ recordings incorporates iconic compositions by Mozart, Gluck and, above all, Joseph Haydn, but it also includes largely forgotten or neglected works by less familiar names. The music featured on this disc was all composed in the 1760s. It includes ballet and opera as well as symphonies, but is drawn together by the hallmarks of the remarkably visceral and dynamic style of music that we now call ‘Sturm und Drang’.

________________________________________________________________________________________________

A ÉCOUTER / dĂ©couvrir le 22 juin 2020, 20h30boutonreservation
LA SEINE MUSICALE (92, Hauts de Seine)
https://www.laseinemusicale.com/spectacles-concerts/the-mozartists_e642
 

 Programme

Wolfgang Amadeus Mozart, Symphonie K19a
Johann Christian Bach / Wolfgang Amadeus Mozart, Adriano in Siria, “Cara la dolce fiamma”
Wolfgang Amadeus Mozart, Symphonie n° 4
Joseph Haydn, Berenice (extraits)
Joseph Haydn, Symphonie n° 99

C’est dans la capitale britannique que Mozart – alors ĂągĂ© de moins de 10 ans – compose ses premiĂšres symphonies. C’est aussi lĂ  qu’il entend l’opĂ©ra de Johann Christian Bach, Adriano in Siria, dont il Ă©crira dix cadences ornementales pour l’air Cara la dolce Mamma. C’est encore Ă  Londres que Joseph Haydn apprendra la mort de Mozart et crĂ©era la Symphonie n° 99. The Mozartists, dirigĂ©s par Ian Page, nous font dĂ©couvrir ce rĂ©pertoire mĂ©connu.

Durée : 1h15 sans entracte

Distribution :‹ Chiara Skerath, soprano
The Mozartists‹  /  Ian Page, direction

________________________________________________________________________________________________

 

PLUS D’INFOS sur le site de THE MOZARTISTS
https://www.classicalopera.co.uk/whats_on/mozart-et-haydn-a-londres/

 

________________________________________________________________________________________________

 

CD, critique. MOZART : Apollo et Hyacinthus (Classical Opera, Ian Page, Signum classics, 2011)

Apollo-Web-Square mozart classical opera the mozartist ian page cd review critique cd par classiquenewsCD, critique. MOZART : Apollo et Hyacinthus (Classical Opera, Ian Page, Signum classics, 2011). FrĂ©nĂ©tique (post gluckiste), nerveux, sanguin, l’orchestre de Appolo et Hyacinthus prolonge la coupe et la syncope du Sturm un drang, tout en rĂ©vĂ©lant dĂ©jĂ  la sensibilitĂ© Ă©motionnelle du jeune Mozart, ici confrontĂ© Ă  l’opĂ©ra pour la premiĂšre fois, rĂ©ussit plutĂŽt un ouvrage qui relĂšve du genre oratorio. Commande de l’UniversitĂ© des bĂ©nĂ©dictins de Salzbourg en 1767, l’ouvrage est le fruit des rĂ©flexions trĂšs mures dĂ©jĂ  d’un compositeur de 11 ans. D’emblĂ©e c’est l’assurance et la tendresse de l’écriture qui force l’admiration (ampleur Ă  la fois noble et profonde du premier choeur « Numen o Latonium », qu’accompagne un orchestre d’un raffinement absolu. L’ouvrage est l’aboutissement d’un travail et d’une conception, prolongement de sa tournĂ©e europĂ©enne rĂ©alisĂ©e en 1766, au cours de laquelle le jeune compositeur recueille la riche expĂ©rience et le style des contrĂ©es traversĂ©es. Wolfgand n’en est pas Ă  sa premiĂšre piĂšce d’envergure : il a dĂ©jĂ  composĂ© « Die Schuldigkeit des ersten Gebots / Le devoir du Premier Ordre » (mars 1767), suivi par la superbe musique de la Grabmusik. Ces premiers accomplissements, sĂ©duisants, et profonds – la profondeur si absente chez tous les compositeurs contemporains, fondent sa premiĂšre notoriĂ©tĂ© et conduit les autoritĂ©s de Salzbourg Ă  solliciter le jeune compositeur au milieu des annĂ©es 1760, alors qu’il est Ă  peine adolescent. Sur le livret du pĂšre Widl, Mozart traite de l’amour du dieu Apollon pour le jeune Hyacinthe. Le dieu lui apprend le lancer du disque. Mais Ă  cause de ZĂ©phyr, Ă©galement amoureux du beau mortel, Hyacinthe reçoit le disque Ă  la tempe et meurt dans les bras d’Apollon, inconsolable. Dans son sang rĂ©pandu, au sol, Ă©mergent bientĂŽt des 
 iris (et non des jacinthes). Selon les recherches de certains historiens spĂ©cialistes de la mythologie, l’amour d’Apollon pour Hyacinthe serait Ă  l’origine des mythes pĂ©dĂ©rastes en vigueur Ă  Sparte.
Pour rendre le mythe acceptable et hautement moral, Widl modifie la cruditĂ© de la lĂ©gende antique et spartiate, il invente le personnage de Melia (qui devient la soeur de Hyacinthe), laquelle est la jeune femme qu’Apollon souhaite Ă©pouser
 au grand dam de ZĂ©phyr qui aime aussi la dite Melia; mais aprĂšs avoir appris que Hyacinthe son frĂšre a Ă©tĂ© frappĂ© mortellement par le disque d’Apollon, en prĂ©sence de ZĂ©phyr, la jeune femme exige du dieu qu’il disparaisse. Mais Oebalus, pĂšre de Hyacinthe, recueille avant sa mort, la confession par son fils, que c’est ZĂ©phyr qui l’a tuĂ©. Melia, Oebalus souhaitent n’avoir pas offensĂ© Apollon dont la protection est garante de l’harmonie et de la paix du royaume. Finalement, Apollon cĂ©lĂšbre la mĂ©moire de Hyacinthe en permettant que paraissent des jacinthes au lieu de sa mort : le dieu peut Ă©pouser MĂ©lia.
Ian Page respecte l’histoire et le genĂšse de l’opĂ©ra de Mozart : la juvĂ©nilitĂ© et cette fraicheur mordante et palpitante qui fut certainement celle Ă  l’oeuvre lors de la crĂ©ation de l’opĂ©ra, dĂ©fendu par plusieurs chanteurs adolescents MĂ©lia, Haycinthe Ă©tant incarnĂ©s et chantĂ©s par de jeunes chanteurs ĂągĂ©s de 15 et 12 ans ! Inimaginable prĂ©cocitĂ© qui en dit long sur la maturitĂ© des chanteurs de l’époque. MĂȘme le personnage d’Apollo fut crĂ©Ă© par une jeune contralto Johann Ernst, alors ĂągĂ© de 12 ans !
Zazzo incarne idĂ©alement Apollon par son timbre Ă  la fois clair et charnu. Klara Ek, une MĂ©lia, ardente, expressive, au relief irrĂ©sistible ; Sophie Bevan, familiĂšre de la troupe rĂ©unie par Ian Page, un Hyacinthe sensible, tendu, aux arias ductiles, souples ; aux rĂ©citatifs, sculptĂ©s dans un marbre tendre. D’ailleurs tous les chanteurs dĂ©fendent cette partition de la jeunesse, habitĂ©e par une Ă©lĂ©gance salzbourgeoise singuliĂšre. MĂȘme le ZĂ©phyr de Christopher Ainslie est d’une rare Ă©lĂ©gance, soucieuse de l’articulation du texte en latin « Enl duo conspicis » ; mĂȘme enthousiasme et Ă©valuation positive l’Oebalus (roi de Laconia) de Andrew Kennedy, Ă  la musicalitĂ© Ă©lĂ©gantissime (dans la mouvance des Howard Crook, ou John Mark Ansley, ainsi son recitatif remarquable de justesse linguistique (« Quis ergo Natel » qui ouvre le CHORUS ou PARTIE II, puis l’air d’une rare autoritĂ© vocale en intonation trĂšs juste elle aussi « Ut navis » qui affirme le gĂ©nie prĂ©coce de Wolfgang)
 Que dire ensuite du duo Oebalus / Melia : “Natus cadit”, marche Ă  deux voix, lacrymale, funĂšbre, d’une force sincĂšre, qui annonce la gravitas des opĂ©ras de la maturitĂ©. Le geste du chef, de l’orchestre, des deux chanteurs est des plus convaincants : il dĂ©montre que Wolfgang ĂągĂ© de 11 ans, prĂ©figure la vĂ©ritĂ© du Mozart des annĂ©es 1780.

La caractĂ©risation des personnages, assurant une Ă©paisseur dĂ©lectable Ă  chaque personnage, la tenue superlative de l’orchestre, vraie instance expressive, nerveuse et Ă©lĂ©gante, idĂ©alement inspirĂ©e par l’esthĂ©tique Sturm und Drang
 renforcent la qualitĂ© et l’apport de cette premiĂšre. Nul doute, les Britanniques rĂ©unis par Ian Page au sein de son collectif Classical Opera assurent aujourd’hui la meilleure offrande mozartienne. Les duos sidĂ©rants de justesse et de maturitĂ© (MĂ©lia / Apollon : « Discede Crudelis » / puis Eobalus/Melia : « Natus cadit »), tĂ©moignent de l’ardente sensiblitĂ© du Mozart adolescent, Ă©crivant pour les trĂšs jeunes chanteurs de l’UniversitĂ© de Salzbourg. A Ian Page, revient le mĂ©rite d’avoir saisi cette couleur spĂ©cifique de l’adolescence dans sa lecture en tout point superlative.

________________________________________________________________________________________________

CLIC_macaron_2014CD, critique. MOZART : Apollo et Hyacinthus (Classical Opera, Ian Page, 1 cd Signum classics) – enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Londres 2011 – CLIC de classiquenews de novembre 2018. EN LIRE PLUS sur le site de CLASSICAL OPERA / THE MOZARTISTS / IAN PAGE

Andrew Kennedy : Oebalus
Klara Ek : Melia
Sophie Bevan: Hyacinthus
Lawrence Zazzo : Apollo
Christopher Ainslie : Zephyrus
CLASSICAL OPERA
Ian Page, direction

CD, critique. Mozart: Die Schuldigkeit des ersten Gebots (Classical Opera / Ian Page, 2cd Signum classics 2012)

Mozart Die Schuldigkeit des ersten Gebots cd critique cd review par classiquenewsCD, critique. Mozart: Die Schuldigkeit des ersten Gebots (Classical Opera / Ian Page, 1 cd Signum classics). RĂ©surrection sincĂšre
 On ne saura trop louer l’initiative du chef britannique Ian Page, fondateur en 2017 de la compagnie (orchestre et chanteurs), The Mozartists, dont le nom indique l’expression et la rĂ©alisation d’une passion, idĂ©alement maĂźtrisĂ©e, la musique de Mozart : symphonies, cantates, oratorios, etc
 et aussi l’opĂ©ra, genre privilĂ©giĂ© pour lequel Ian Page a fondĂ© un collectif dĂ©sormais dĂ©diĂ© « Classical Opera ». AprĂšs Apollo e Hyacinthus (mai 2012), voici un drame peu connu d’une poĂ©sie exceptionnelle aux thĂšmes graves et d’une finesse insoupçonnĂ©e (comme souvent chez Wolfgang). Die Schuldigkeit des ersten Gebots / Le devoir du Premier Ordre ainsi rĂ©vĂ©lĂ© (enregistrĂ© Ă  l’Ă©tĂ© 2012), fait partie du cycle intĂ©gral dĂ©diĂ© aux oeuvres de Mozart, une collection de performances donnĂ©es en public et objets d’enregistrements jusqu’au 250Ăš anniversaire de la mort de Mozart soit en 
 2041. Une OdyssĂ©e qui se construit peu Ă  peu – comme celle dĂ©diĂ©e Ă  Haydn (et rĂ©alisĂ©e par le chef Giovanni Antonini et le label Alpha), et qui nous offre rĂ©guliĂšrement de superbes surprises : l’implication collective, le sens du dĂ©tail, du drame, de l’articulation en gĂ©nĂ©ral (musique et texte) suscitent l’enthousiasme.
C’est le cas ici de cette rĂ©surrection du premier drame composĂ© par Mozart Ă  
 11 ans (1767).
L’oratorio met en scĂšne le Christ qui doute, auquel apparaissent 3 allĂ©gories : l’esprit du christianisme, la Justice divine, la MisĂ©ricorde divine.
Christianisme et Justice dĂ©fendent l’impact du Jugement dernier et de l’Enfer pour guider l’ñme chrĂ©tienne. Mais celle ci succombe aux dĂ©lices et promesses Ă©voquĂ©es par l’Esprit matĂ©rialiste. Le Christianisme n’entend pas cĂ©der un pouce et comme un docteur, argumente, explicite, accompagne dans ses doutes, puis convainc le chrĂ©tien.
La musique des parties 2 et 3 a hĂ©las disparu : il s’agissait des derniĂšres tentatives de l’esprit chrĂ©tien pour sauver l’ñme qui doute ; comparĂ© Ă  un arbre vert mais stĂ©rile, sans fruits, sans foi. Dans la partie 3, l’ñme chrĂ©tienne a vaincu ses propres dĂ©mons ; sa vanitĂ© et son orgueil : pleine d’humilitĂ© et de contrition, le chrĂ©tien nouveau repousse les plaisirs illusoires et si vain du matĂ©rialisme.
On peut ĂȘtre Ă©tonner de la gravitĂ© doctorante du sujet qui produit chez le jeune Mozart, tout sauf une musique discursive, aride et ennuyeuse.

La vivacitĂ© de l’écriture y est amplifiĂ©e par une lecture pleine de vie et d’ardeur (l’activitĂ© de l’esprit chrĂ©tien Ă©lectrisĂ©, tenace pour sauver l’ñme de celui qui doute). Propre aux annĂ©es 1760, Wolfgang fusionne la coupe rĂ©pĂ©titive des napolitains et la nervositĂ© profonde des cordes dans l’esprit de Mannheim. Le souvenir des oratorios germaniques, ceux des fils de JS BACH, en particulier de Carl Philip Emanuel est prĂ©sent, dans une langue ciselĂ©e (rĂ©citatif) et l’intensitĂ© orchestralement raffinĂ©e des arias.

Les solistes s’efforcent tous : engagĂ©s Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre rĂ©ellement fins et nuancĂ©s, vivants sans maniĂ©risme ni surenchĂšre ; car si nous sommes au thĂ©Ăątre, l’église et la dignitĂ© morale qui nourrissent l’enjeu final, sont essentielles.
L’esprit du christianisme a la verve discursive et l’ éloquence facile (le tĂ©nor Andrew Kennedy, fin, linguistiquement percutant, le plus inspirĂ© de la troupe) ; la MisĂ©ricorde souvent associĂ©e aux cors majestueux, un rien solennels (Sarah Fox, mezzo) s’exalte, s’enivre
 ; l’Esprit matĂ©rialiste a toute les sĂ©ductions trompeuses grĂące Ă  la coloratoure sĂ»re de la soprano Sophie Bevan, familiĂšre de la troupe fondĂ©e par Ian Page (elel chante Zaide et le rĂ©cital « Perfido! » avec un aplomb spectaculaire : la sincĂ©ritĂ© et l’intensitĂ© du chant font mouche.

DĂšs son premier air, qui vient en fin de premiĂšre partie (fin du cd1), soit aprĂšs l’exposition des toutes les allĂ©gories, le Christ ou l’ñme qui doute trouve dans le chant du tĂ©nor Allan Clayton, une incarnation Ă  la fois vivante et tourmentĂ©e, parfois tendue (avec cor naturel obligĂ©), voire raide et lĂ©gĂšrement fausse, qui manifeste les doutes, les efforts, la peine et l’inquiĂ©tude, les doutes qui Ă©treignent son esprit fragile.
Moins convaincante aussi la Justice divine (Cora Burggraaf au timbre pincé voire trop étroit, acide, voix courte) est plus contournée
 donc plus bancale.

MalgrĂ© ses petites rĂ©serves, nous bĂ©nĂ©ficions d’une tenue collective trĂšs investie qui a le mĂ©rite d’aborder l’oeuvre Ă  travers ses climats intĂ©rieurs ; le doute Ă©tant lovĂ© au coeur de son architecture et des caractĂšres de chaque piĂšce. Ian Page dĂ©voile chez le Mozart adolescent, une maturitĂ©, un sens des couleurs, une intelligence dramatique qui force l’admiration. La partition certes incomplĂšte, prĂ©pare l’oratorio parfait, La Betulia Liberata (1771)
 animĂ© par un souffle permanent, une ivresse d’un nouveau raffinement (l’oeuvre est-elle prĂ©vue prochainement dans le planning des rĂ©alisations de Ian Page ? A suivre
).

BONUS : le cd2 comprend outre les derniers airs de l’oratorio de 1767, un documentaire vidĂ©o sur les conditions et la genĂšse de l’enregistrement
 A voir absolument pour comprendre la maturation et l’évolution du langage musical du jeune Mozart.

 
 
 

________________________________________________________________________________________________

CD, critique. Mozart: Die Schuldigkeit des ersten Gebots . Le Devoir du Premier Ordre, 1767 (Classical Opera / Ian Page, 2012 – 2 cd Signum records).

 
 
 

________________________________________________________________________________________________