Cd, compte rendu critique. Edouard Lalo (1823-1892) : Complete Songs / Intégrale des Mélodies. Tassis Christoyannis, 2015 (1 cd Aparté)

lalo melodies tassis christoyannis baryton cd critique review classiquenews cd classiquenewsCd, compte rendu critique. Edouard Lalo (1823-1892) : Complete Songs / IntĂ©grale des MĂ©lodies. Tassis Christoyannis, baryton (1 cd ApartĂ©). Edouard Lalo (1823 – 1892) reste ce gĂ©nie du XIXème  français totalement mĂ©sestimĂ© qui malgrĂ© les essais ici et lĂ  de rĂ©habilitation, demeure dans l’ombre. FrilositĂ© aberrante des producteurs ou tout bonnement manque de curiositĂ© de prise de risque ou de culture, Edouard Lalo Ă©voquant immanquablement les salons feutrĂ©s ou les fumoirs dorĂ©s du Second Empire demeure confinĂ© au pilori dans un silence poli et dĂ©fĂ©rent. L’Ă©lève de Habeneck, protĂ©gĂ© de Gounod, demeure une espèce d’autodidacte qui sut avec discrĂ©tion (par tempĂ©rament) cultiver sa diffĂ©rence et ne participa jamais au Conservatoire de Paris (comme Ă©lève ou comme professeur) si ce n’est que comme jurĂ© lors de compĂ©titions…  Pourtant depuis quelques annĂ©es plusieurs rĂ©alisations exemplaires dont une très bonne lecture de son opĂ©ra Fiesque (1866), source d’amères dĂ©sillusions, ont rappelĂ© l’envergure et le mĂ©tier d’une manière fascinante. Sa seconde Ă©pouse Julie Bernier, fortunĂ©e et excellente contralto chanta les mĂ©lodies dont elle fut dĂ©dicataire : Souvenir,  La fenaison, L’esclave, Chant breton, Marine…

Le style de Lalo offre un métier solide qui cependant use et abuse du principe du refrain. La maturité et les oeuvres les plus abouties demeurent propre aux années 1870 : Concerto pour violon, Concerto pour violoncelle (1877), Symphonie Espagnole (1874) et le Roi d’Ys (1875-1881). Son ballet Namouna (commande de l’Opéra de Paris en 1882) reste un ovni à redécouvrir.

Le prĂ©sent rĂ©cital respecte la chronologie de la composition : d’abord deux pièces de la jeunesse signĂ©es en 1848 par un auteur de 25 ans  (L’ombre de Dieu, Adieu au dĂ©sert). A la narration rĂ©aliste pathĂ©tique et tragique  (la pauvre femme, qui est une cantatrice obligĂ©e de mendier) des Six romances dĂ©veloppĂ©es d’après BĂ©ranger qui en 1849 est restĂ© le chantre chansonnier emblĂ©matique de la Monarchie de juillet, l’excellent diseur Tassis Christoyannis affirme une Ă©loquence intelligible d’une irrĂ©sistible vĂ©ritĂ©. Tel rĂ©pertoire pouvait-il trouver meilleur interprète ?
MĂŞme dans  Suicide (autre mĂ©lodie de plus de 10 mn) qui Ă©voque la fin des deux jeunes auteurs de Raymond, retentissant Ă©chec théâtral de 1832, puis dans les affres intĂ©rieurs du pauvre Novice  (pleurs et soupirs d’une âme dĂ©sireuse et indĂ©cise), le baryton qui nous a tant convaincu dans Il trittico de Puccini et avant Don Giovanni Ă  l’OpĂ©ra de Tours, convainc de bout en bout grâce Ă  un français impeccable, une articulation sobre, riche, nuancĂ©e.
Hugo se taille la part du lion : ses vers inspirant particulièrement Lalo dans de nouveaux cycles de mĂ©lodies de 1856 puis 1870  (Souvenir tirĂ© des Contemplations).  C’est surtout Guitare  (articulations titre dĂ©cidĂ©ment inspirateur car Liszt mit en musique le mĂŞme texte, il est vrai dans une bien meilleure exigence prosodique et douĂ© d’une plus belle inspiration), Puisqu’ici bas. ..,  L’aube naĂ®t  (la plus juste, mĂ©lodie de l’amant qui chante et pleure aussi); c’est osons le dire un cycle de chansons plutĂ´t convenables et polies, trop certainement, pas assez imprĂ©visibles ni audacieuses sur le plan harmonique. Les mĂ©lodies inspirĂ©es  de Musset semblent plus prĂ©cises, plus soucieuses de s’ajuster aux nuances et aux climats du texte (À  une fleur. .. est emblĂ©matique Ă  ce titre).

Dans sa mise économe, avec ses accents de Don Quichotte à sa dulcinée tout enivré et désirant, le diseur Christoyannis fait à lui seul la valeur de ce récital qui sans son sens des couleurs et des climats aurait  fini par sonner … neutre et gris.
Aux cĂ´tĂ©s des mĂ©lodistes mieux connus et Ă  juste titre, Rossini, Berlioz, Delibes, Liszt, ou Bizet, sans omettre les plus tardifs dans le siècle : Duparc, Chaussson, FaurĂ©, Debussy… l’inspiration plutĂ´t conforme de Lalo (mĂŞme au service de Lamartine) telle qu’elle jaillit dans cette sĂ©lection n’aide pas rĂ©ellement Ă  sa rĂ©habilitation. De fait, on peut se poser la question : tant de grisaille et de climats sur le mĂŞme thème (langueur, prière, blessure, impuissance)  – impression malheureusement confirmĂ©e malgrĂ© le hautbois dans le Chant breton-,  finissant par tourner en rond, mĂ©ritaient-ils d’ĂŞtre enregistrĂ©s?
On continue de penser que Lalo a du génie;  il aurait été souhaitable que pour sa défense des oeuvres plus consistantes et plus convaincantes, aient été choisies. Dommage. Nos réserves n’ôtent rien du mérite de l’impressionnant baryton Tassis Christoyannis, méritant artiste, qui a le goût du risque, capable de défendre ici une collection de mélodies … plutôt décevantes.

Cd, compte rendu critique. Edouard Lalo (1823-1892) : Complete Songs / Intégrale des Mélodies. Tassis Christoyannis, baryton. Jeff Cohen, piano. Johannes Grosso, oboe hautbois. 1 cd Aparté AP110. Enregistrement réalisé en
mars 2015.

Compte-rendu, opéra. Tours, Grand théâtre, Mars 2015 : Puccini : Il Trittico. Jean-Yves Ossonce, direction. Pierre-Emile Fourny, mise en scène.

Le chef Jean-Yves Ossonce – directeur des lieux-,  retrouve Paul Emile Fourny après un RomĂ©o et Juliette dĂ©jĂ  convaincant. L’inspiration du metteur en scène (et directeur de l’OpĂ©ra de Metz), redouble mĂŞme de pertinence dans ce triptyque  (Il Trittico) oĂą l’efficacitĂ© théâtrale prolonge Verdi pour atteindre un impact rare, d’un esthĂ©tisme… cinĂ©matographique. Le choix du metteur en scène s’est portĂ© sur le jeu d’acteurs (impeccable de bout en bout), laissant la place aux protagonistes de la nouvelle production (crĂ©Ă©e en SlovĂ©nie jusqu’alors inĂ©dite en France).

Quai de Seine, cloĂ®tre des recluses, maison familiale… : chaque univers du Trittico est scrupuleusement respectĂ©, rehaussĂ© mĂŞme par l’intelligence du propos visuel ; la leçon de Puccini, deux tragĂ©dies prĂ©alables, une comĂ©die fine, rossinienne et verdienne, est restituĂ©e dans tout sa force et son dĂ©lire poĂ©tique. Un tel jeu des contrastes est un terrible dĂ©fi pour les metteurs en scène (et aussi les chefs) : dans son dĂ©roulement, la soirĂ©e est riche en dĂ©couvertes et satisfactions.

C’est d’abord, le jeu exceptionnellement fluide et nuancĂ© du baryton Tassis Christoyannis (applaudi auparavant pour un Don Giovanni impeccable et mordant) : sombre Michele dans Il Tabbaro (Ă  l’issue sauvage et barbare : Paul-Emile Fourny reprend le premier canevas de Puccini, celui des deux morts finales): tout en regards millimĂ©trĂ©s, en gestes et postures naturels, le chanteur se montre un formidable acteur qui sait aussi exprimer les failles non dites du patron de Luigi : un ĂŞtre dĂ©chirĂ© que la perte de l’amour de sa femme (et de leur enfant) a prĂ©cipitĂ© dans l’amertume haineuse, silencieuse et… meurtrière.
Quel contraste avec son dĂ©lire burlesque et lui aussi parfaitement mesurĂ©, d’une finesse rare, pour Gianni Schicchi : son intelligence lumineuse et positive contraste avec le profil Ă©triquĂ© et gris de la famille du dĂ©funt ; les sketches s’amoncellent sur la scène sans pourtant encombrer la finalitĂ© et l’enjeu de chaque situation, et fidèle Ă  son fil rouge qui est l’eau, d’Ĺ“uvre en Ĺ“uvre, Paul-Emile Fourny fait traverser des eaux d’Ă©gout aux personnages qui viennent visiter le mort et ses hĂ©ritiers… eaux boueuses et sales pour une famille de sacrĂ© filous âpres au gain. La cohĂ©rence de chaque rĂ´le est formidable ; elle offre une leçon de pĂ©tillance et de saine comĂ©die. C’est drĂ´le et lĂ©ger, mais aussi outrageusement juste et profond. La dernière rĂ©plique (parlĂ©e) de Gianni, Ă  l’adresse du public, n’en gagne que plus de pertinence.

 

 

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Dans le volet central, le plus bouleversant, Suor Angelica, le soprano tendre et intense de Vannina Santoni Ă©blouit la scène par sa prĂ©sence simple, elle aussi d’une absolue justesse d’intonation. Femme condamnĂ©e par sa famille au cloĂ®tre, AngĂ©lique doit renoncer Ă  tout et finit suicidaire après avoir appris que son garçon Ă©tait mort depuis… 2 ans. Celle Ă  qui tout fut exigĂ© jusqu’au sacrifice de sa propre vie, exulte ici avec une intensitĂ© contenue, un feu Ă©motionnel qui va crescendo jusqu’Ă  la mort. Le style, l’Ă©conomie, la concentration de Vannina Santoni nous hantent encore par leur exactitude, et aussi une grande humilitĂ© qui est toujours le propre des grands interprètes.

Courrez voir et applaudir ce Triptyque nouveau Ă  l’OpĂ©ra de Tours, d’autant qu’en chef lyrique aguerri, Jean-Yves Ossonce apporte le soutien et l’enveloppe instrumentale idĂ©ale aux chanteurs : travail d’orfèvre lĂ  encore oĂą outre les somptueux climats symphoniques, – parisien au bord de la Seine dans Il Tabbaro, de l’enfermement ultime pour Suor Angelica-, le chef construit le dernier volet tel une comĂ©die chantante, vrai théâtre musical qui grâce au dĂ©licat Ă©quilibre voix / orchestre rĂ©ussit totalement cette dĂ©clamation libre et articulĂ©e dont Puccini a rĂŞvĂ© : une farce lĂ©gère et subtile sertie comme un gemme linguistique. OĂą l’on rit souvent, oĂą l’on est touchĂ© surtout. Superbe production. Encore une date, le 17 mars Ă  20h.

 

 

 

REPORTAGE VIDEO : Il Trittico de Puccini Ă  l’OpĂ©ra de Tours (les 13,15, 17 mars 2015)

DVD. Puccini: un sĂ©duisant Trittico (Opus Arte)VIDEO. Tours, OpĂ©ra. Il Trittico de Puccini. Les 13, 15 et 17 mars 2015. Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours sous la baguette fine et dramatiquement souple de Jean-Yves Ossonce. Sur la scène tourangelle, les chanteurs dirigĂ©s par le metteur en scène Paul-Emile Fourny Ă©blouissent par leur incarnation saisissante, d’autant que la rĂ©alisation scĂ©nographique et visuelle d’une justesse cinĂ©matographique, souligne le gĂ©nie du dernier Puccini : les 3 actes courts et tous diffĂ©rents du Trittico (Triptyque, crĂ©Ă© Ă  New York en 1920), tous singuliers et si diffĂ©rents, composent cependant une unitĂ© théâtrale qui rĂ©sume les affres tragiques et comiques de la comĂ©die humaine. © CLASSIQUENEWS.TV 2015. LIRE aussi notre prĂ©sentation complète de la production d’Il Trittico Ă  l’OpĂ©ra de Tours, distribution, modalitĂ©s de rĂ©servation…

 

 

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Juste et sincère, la soprano Vannina Santoni dans le rôle éprouvant, déchirant de Suor Angelica, volet central du Trittico de Giacomo Puccini  (© photo CLASSIQUENEWS.TV 2015)

 

 

 

 

 

boutonreservationTours, Opéra à l’Opéra de Tours. 3 dates événements :
Giacomo Puccini : Il Tritico, le Triptyque (1918)
Nouvelle production

Vendredi 13 mars 2015 – 20h
Dimanche 15 mars 2015 – 15h
Mardi 17 mars 2015 – 20h