EXPOSITION : LE GRAND OPÉRA, 1828 – 1867, LE SPECTACLE DE L’HISTOIRE, les 5 volets clés de l’exposition

exposition-grand-opera-specacle-de-l-histoire-palais-garnier-BNF-opera-de-paris-annonce-critique-visite-presentation-classiquenews-CLASSIQUENEWSEXPOSITION : LE GRAND OPÉRA, 1828 – 1867, LE SPECTACLE DE L’HISTOIRE – PARCOURS DE L’EXPOSITION ; les 5 volets clés de l’exposition parisienne. Amorcé sous le Consulat, le grand opéra à la française se précise à mesure que le régime politique affine sa propre conception de la représentation spectaculaire, image de son prestige et de son pouvoir, instrument phare de sa propagande. Le genre mûrit sous l’Empire avec Napoléon, puis produit ses premiers exemples aboutis, équilibrés
à la veille de la Révolution de 1830. La « grande boutique » comme le dira Verdi à l’apogée du système, offre des moyens techniques et humains considérables – grands chœurs, ballet et orchestre, digne de sa création au XVIIè par Louis XIV.
Les sujets ont évolué, suivant l’évolution de la peinture d’histoire : plus de légendes antiques, car l’opéra romantique français préfère les fresques historiques du Moyen Âge et de la Renaissance.
Louis-Philippe efface l’humiliation de Waterloo et du Traité de Vienne et cultive la passion du patrimoine et de l’Histoire, nationale évidemment. Hugo écrit Notre-Dame de Paris ; Meyerbeer compose Robert le Diable et Les Huguenots. Les héros ne sont plus mythologiques mais historiques : princes et princesses du XVIè : le siècle romantique est passionnément gothique et Renaissance.

A l’opéra, les sujets et les moyens de la peinture d’Histoire

Comme en peinture toujours, les faits d’actualité et contemporain envahissent la scène lyrique ; comme Géricault fait du naufrage de la Méduse une immense tableau d’histoire (Le Radeau de la Méduse), dans « Gustave III », Auber et Scribe narrent l’assassinat du Roi de Suède, survenu en 1792, tout juste quarante ans auparavant. Cela sera la trame d’un Bal Masqué de Verdi.

Après la Révolution de 1848, l’essor pour le grand opéra historique faiblit sensiblement. Mais des œuvres capitales après Meyerbeer sont produites, souvent par des compositeurs étrangers soucieux d’être reconnus par leur passage dans la « grande boutique », sous la Deuxième République et le Second Empire. Le wagnérisme bouleverse la donne en 1861 avec la création parisienne de Tannhäuser, qui impressionne l’avant garde artistique parisienne, de Baudelaire à fantin-Latour, et dans le domaine musical, Joncières, militant de la première heure.
Le goût change : Verdi et son Don Carlos (en français) hué Salle Le Peletier en 1867 (5 actes pourtant avec ballet), est oublié rapidement ; car 6 mois plus tard, le nouvel opéra Garnier et sa façade miraculeuse, nouvelle quintessence de l’art français est inaugurée. C’est l’acmé de la société des spectacles du Second Empire, encore miroitante pendant 3 années jusqu’au traumatisme de Sedan puis de la Commune (1870).

 

 

Le parcours de l’exposition est articulé en 5 séquences.

1. GÉNÉALOGIE DU GRAND OPÉRA
2. LA RÉVOLUTION EN MARCHE
3. MEYERBEER : LES TRIOMPHES DU GRAND OPÉRA
4. DERNIÈRES GLOIRES
5. UN MONDE S’ÉTEINT

 

 
 

 

Illustration : Esquisse de décor pour Gustave III ou Le bal masqué, acte V, tableau 2, opéra, plume, encre brune, lavis d’encre et rehauts de gouache. BnF, département de la Musique, Bibliothèque- musée de l’Opéra © BnF / BMO

 

 
 

 

DATES ET HORAIRES
Du 24 octobre 2019 au 2 février 2020
Tous les jours de 10h à 17h (accès jusqu’à 16h30), sauf fermetures exceptionnelles.
LIEU
Bibliothèque-musée de l’Opéra
Palais Garnier – Paris 9e
Entrée à l’angle des rues Scribe et Auber
INFORMATIONS PRATIQUES
TARIFS
Plein Tarif : 14€ Tarif Réduit : 10€

 

 

 

CD, critique. SPONTINI : Olympie (version 1826). Aldrich, Vidal, … J Rhorer (2 cd 2016 — Pal. Bru-Zane)

spontini olympie vidal aldrich cd critique classiquenews bru zane bz1035CD, critique. Gaspare SPONTINI : Olimpie (version 1826). Gauvin, Aldrich, Vidal, Rhorer (2 cd juin 2016 — Pal. Bru-Zane, collection « opéra français). Si Cassandre chez Berlioz (Les Troyens) fille de Priam, assiste sans issue ni espérance, à la chute de Troie, Cassandre chez Gaspare Spontini (1774-1851) dans Olimpie (1819) est… un homme, comme d’ailleurs Antigone. Autre œuvre, autre genre. Mais Spontini s’inspire de la pièce de Voltaire (1761). Tous deux s’opposent pour l’amour d’Aménaïs / Olimpie, fille d’Alexandre le grand. C’est d’ailleurs Cassandre qui la sauve à Babylone, et la jeune femme aime son sauveur… Mais la mère de la princesse, Statira refuse une telle union : pour elle, Cassandre a tué Alexandre. Spontini manie le sublime tragique (avant Meyerbeer) avec un génie que Berlioz fut le premier à applaudir. Ainsi dans la version de 1819, Olimpie et Statira, la filel et la mère se suicident avant que Antigone ne soit reconnu comme le meurtrier d’Alexandre. Laissant Cassandre innocenté, démuni et tragiquement esseulé.
Dans la version de 1821, retour au lieto finale et les deux amants, Olimpie et son sauveur peuvent se marier sous la bénédiction de la mère.
De Rossini, Spontini maîtrise l’élégance seria ; de Gluck, il prolonge la tension tragique, d’une inéluctable souffrance, d’un inflexible dignité. Comme ses prédécesseurs au carrefour du XVIIIè et du XIXè préromantique (Gossec, Piccini, Sacchini, …), Spontini embrase son orchestre d’accents guerriers (les trombones et les cors sont même « trop utilisés » selon Berlioz). On note l’usage pour la première fois du tuba historique ou ophicléïde.
La force de l’opéra revient à ses fabuleux contrastes, en règle à l’heure baroque, et qui ici, relance constamment la lyre tragique. Il en découle des enchaînements qui pourront heurter une écoute trop passive…Ainsi l’air de Cassandre (ténor) « Oh souvenir épouvantable » encadré de deux duos (avec Antigone), et surtout au début du II, la prière de Statira, entrecoupé, commenté par de soudaines intrusions du prêtre Hiérophante (Patrick Bolleire, basse) et surtout du chœur, d’une noblesse irrésistible. Tout cela intègre le collectif et les destinées individuelles avec un sens remarquable du drame et des équilibres poétiques.

Dans ce sens, la direction de Jérémie Rhorer et son Cercle de l’Harmonie, manque singulièrement d’équilibre, de clarté, d’architecture, de nerveuse précision. Cela sonne sec, parfois brutal. Ce qui réduit évidemment les champs expressifs et les plans poétiques d’une oeuvre qui certes est tragique et spectaculaire mais pas moins humaine et profondément raffinée (ne serait-ce que dans le portrait de la fille et de la mère, de leur relation trouble et contradictoire : cf. subtile et superbe confrontation Olimpie-Statira au II ).
Voix du peuple à Éphèse, le ChÅ“ur de la radio flamande par contre s’impose indiscutablement par des nuances linguistiques qui captivent. Côté solistes, distinguons la mère Statira dont Kate Aldrich cisèle chaque facette, celle de la mère tendre et inflexible, et aussi de la veuve haineuse et vengeresse. Sur les traces de la créatrice, la légendaire Caroline Branchu aux qualités de tragédienne immenses, la chanteuse américaine trouve le ton et le style justes. Dans le rôle-titre, Karina Gauvin ne parvient pas à rendre son personnage réellement passionnant, – un être capable de fureur, de tendresse (mozartienne), de vérité… qui ici échappe au concert. Saluons aussi l’excellente intelligibilité de Josef Wagner dans le rôle du noir et jaloux Antigone. Remplaçant Charles Castronovo, dans le rôle de Cassandre, rôle clé tant il est riche en registres émotionnels, Mathias Vidal déploie un talent rare de diseur et de tragédien, trouvant par contre les éléments psychologiques et les intonations idéales pour exprimer désirs et désillusions du prince héroïque. L’ambitus de la tessiture est constamment sollicité, offrant au chanteur, une partie digne du théâtre. Rien ne semble fléchir dans son chant tendu, nerveux, lui aussi très respectueux du texte. tant de nuances et de maîtrise contredisent souvent la brutalité déjà relevée de l’orchestre. Dommage. Voilà qui comble mais de façon déséquilibrée notre connaissance d’Olimpie, aux côtés des autes ouvrages du maître adulé de Berlioz : La Vestale, Fernand Cortez (1809), commande de Napoléon, ou Agnès von Hauhenstanden (1829).

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spontini olympie vidal aldrich cd critique classiquenews bru zane bz1035CD, critique. Gaspare SPONTINI : Olimpie (version 1826). Tragédie lyrique en trois actes. Livret d’Armand-Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, d’après la pièce de Voltaire. Karina Gauvin, Kate Aldrich, Mathias Vidal, Josef Wagner, Patrick Bolleire, Philippe Sauvagie. ChÅ“ur de la Radio flamande. Cercle de l’Harmonie, Jérémie Rhorer, direction (2 cd juin 2016 — Pal. Bru-Zane, collection « opéra français)

LIRE aussi notre présentation de l’opéra Olympie de Spontini (1819) : http://www.classiquenews.com/olympie-de-spontini-1819/

Olympie de Spontini (1819)

XIR224998France Musique. Samedi 11 juin 2016, 19h. SPONTINI : Olympie. Enregistré à Paris, le 3 juin 2016. Enfin une omission réparée : si Gaspare Spontini (1774-1851) a disparu des scènes lyriques européennes et surtout française, Berlioz le tenais pour le génie lyrique le plus important en France après Gluck. C’est dire. Créé à l’Opéra de Paris (Académie royale), le 22 décembre 1819, Olympie – ouvrage en 3 actes, d’après Voltaire, relève de la veine tragique et pathétique propre au grand opéra français hérité du Chevalier, ex favori de Marie-Antoinette. Plus qu’il ne “prépare” le romantisme français, Spontini le cultive déjà. Olympie est dirigé pour sa création par Rodolphe Kreutzer (dont Berlioz admirait au delà de tout, son oratorio récemment ressuscité La mort d’Abel). L’orchestration, ses effets spectaculaires et déchirants, d’une couleur gluckiste, l’importance du choeur, le profil d’Antigone comme l’irrésistible tendresse déchirante de Statira, la veuve d’Alexandre, sur scène : étoile pathétique et morale dont le chant est alors transcendé par la diva de l’époque Caroline Branchu, – comme la fibre héroïque et sensible de sa fille Olympie,- annoncent de fait l’Antiquité telle qu’elle s’impose dans Les Troyens de Berlioz. La tragédie en 5 actes de Voltaire – éditée en 1762, inspire aux deux librettistes de Spontini, Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, ce registre “sublime” si réussi par Gluck. Le compositeur adulé sous l’Empire par Napoléon, auteur de La Vestale, le triomphe de sa vie, réussit néanmoins dans Olympie, ce pathétique édifiant qui touche le cÅ“ur par la justesse de ses accents dramatiques et psychologiques.

 

 

Stupéfiante Statira, veuve d’Alexandre…
OPERA TRAGIQUE ET SUBLIME de 1819

 

Mais à l’époque d’Olympie, Spontini est déjà hors de Paris, vers Berlin où il s’installe le 1er février 1820 car il vient d’être nommé Generalmusikdirektor : ancien napoléonien rallié aux Bourbons, Spontini eut raison de quitter la France et les nombreuses critiques du parti libéral… Le sujet d’Olympie aborde le régicide : ici, l’assassinat d’Alexandre le Grand puis le destin de sa famille (un thème délicat et douloureux à l’époque du crime perpétré aux portes du théâtre de la création : l’assassinat du Duc de Berry, le 13 février 1820) ; acte odieux rendant difficile toute reprise de l’opéra… C’est à Berlin ainsi – om il a recouvré statut et considération que Spontini confie à ETA Hoffmann une nouvelle version d’Olympie, réécrite en allemand, nouvel avatar lyrique créé à l’Opéra de Berlin le 14 mai 1821. C’est cette nouvelle version plus intense et contrastée encore qui triomphera en Europe et à Paris, … en 1826, avec la même Branchu qui fait alors ses adieux à la scène. Spontini poursuit cette simplification narrative, moralisatrice parfois solennelle (déférence au mythe impérial voir La Vestale et surtout Fernand Cortez) que les suiveurs de Gluck à Paris avaient peu à peu formuler dans la veine tragique : Salieri, Cherubini, Sacchini… Bientôt Scribe allait réformer encore davantage, par ses livrets médiévaux, le modèle du grand opéra français, pour Adam, Rossini, Halévy (La Muette de Portici en février 1828, puis Guillaume Tell, Les Huguenots). En 1819 et même 1826, Voltaire est un modèle dramatique toujours vénéré. Olympie fut pour le génie de Ferney, une oeuvre tardive, écrite en 6 jours par un écrivain fatigué septuagénaire, voulant jouer au jeune auteur… Pourtant la tragédie convoquée par Voltaire – en un même lieu, le temple de Diane à Ephèse, est celle des tragédiennes et des femmes blessées toujours dignes : reconnaissance entre Statira et Olympie (II), les mêmes rejoignant les flammes d’un vaste bûcher (V).
Pour Spontini, comme dans La Vestale, il s’agit de retrouver la grandeur et le sublime tragique de l’Antiquité à travers ses rituels grandioses, d’une froideur parfois trop solennelle, voire monumentale (au III, le couronnement de Statira avec les lauriers d’Alexandre, où Antigone paraît triomphante sur un éléphant (! cf les didascalies d’époque) mais toujours grave : fouillant les ressources contrastées nées de l’opposition entre sacré et profane, où brille la dévotion de Statira pour la défense des Dieux; scènes finales avec choeurs grandioses à la clé (dont l’effusion du peuple éphésien pour célébrer la concorde entre Antigone et Cassandre). Si le spectaculaire a joué intensément son rôle dans la conception du l’opéra, Spontini parvient cependant à tisser une fibre psychologique solide et fluide entre les scène, grâce à son récitatif, l’un des mieux écrits qui soit et qui exige des interprètes une maîtrise (en finesse comme en expressivité) absolue. Mais que l’on ne s’y trompe pas : la véritable héroïne, touchante autant que digne demeure la sublime mère d’Olympie, Statira. Olympie, en son suicide final ne fait suivre les traces maternelles.

L’Olympie de Spontini, 1819
A l’affiche du TCE à PARIS, le 3 juin 2016

RADIO
Sur France Musique, samedi 11 juin 2016, 19h

Opéra en trois actes (1819)
Livret de Armand-Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, d’après la pièce éponyme de Voltaire

Karina Gauvin:  Olympie
Kate Aldrich:  Statira
Charles Castronovo:  Cassandre
Josef Wagner:  Antigone
Patrick Bolleire:  Le hiérophante
Conor Biggs: Hermas, un Prêtre
Le Cercle de l’Harmonie
Vlaams Radio Koor
Jérémie Rhorer, direction

VIDEO : voir la soprano Jennifer Borghi chanter Olympie de Spontini — concert “Grandeurs et décadence : Gluck, Spontini, Cherubini… ” / Namur, 2012 © reportage exclusif clasiquenews.tv – à 1h46 : air de Statira invoquant les mânes de Darius et d’Alexandre, implorant sa fille Olympie…

LIRE aussi notre dossier spécial sur La Vestale de SPONTINI (Paris, octobre 2013)

LIRE aussi notre présentation critique de La Mort d’Abel de Rodolphe Kreutzer, 1810

 

LIRE le texte originel de la tragédie de Voltaire

CD. Catel : Les Bayadères, 1810 (Talpain, 2012)

CD-CATEL-BAYADERES-Talpian-Bru-zane-cd-Chantal-Santon-Vidal-do-1810-ediciones-singulares-glossaCD. Catel: Les Bayadères, 1810. Deux années après un Amadis pétillant et léger (2010), d’un dramatisme finement ciselé, -coup de génie du fils Bach invité en France à servir le genre tragique en 1779-,  le chef Didier Talpain nous revient dans cet enregistrement de la même eau, dévoilant un Catel daté de 1810 : fresque lyrique à grand effectif, d’un orientalisme enchanteur pour lequel l’équipe de musiciens réunis renouvelle un sans faute ; le chef retrouve la quasi même équipe de chanteurs et surtout le formidable orchestre Musica Florea, articulé, jamais épais ni lourd, d’une expressivité naturelle indiscutablement idéal s’agissant d’un opéra néomozartien (les 3 Bayadères rappellent les 3 dames de La Flûte entre autres), regardant aussi du côté de Haydn, dont l’enjeu entend renouveler l’héritage trop réducteur et contraignant de l’inévitable Gluck… Talpain éclaire cet orientalisme où l’Orient rêvé et ses bayadères, convoquent une Inde fantaisiste – qui proche de l’ouvrage contemporain de Weber (Abu Hassan, 1811), renouvelle la trame sentimentale du cadre théâtral : s’il est question d’orientalisme, la question est plutôt d’émouvoir et de s’alanguir… dans l’esprit des comédies et opéras ballets galants de Rameau. La danseuse inaccessible, Laméa, protagoniste et rôle impressionnant, offre peu à peu un portrait de femme amoureuse admirable, inspirée par des qualités morales au début insoupçonnables.

Nouveau jalon réestimé de l’opéra romantique français

Grâce héroïque des Bayadères de Catel

CLIC_macaron_2014CATEL Charles-Simon_CatelAlors que règne l’impressionnante lyre terrible et frénétique d’un Spontini, vrai champion de l’opéra héroïque impérial, – La Vestale (1807)-, Charles-SImon Catel et ses Bayadères fascinent alors de la même façon par le déploiement souple et remarquablement agencé des scènes et tableaux aux effectifs impressionnants : on ne compte plus les choeurs, les danses, les affrontements et les situations les plus contrastés convoquant tout ce qu’un opéra peut offrir en possibilités vocales, chorales, orchestrales… le style est cependant toujours parfaitement élégant comme si l’écriture de Catel ne se laissait jamais aller à la solennité ni à l’épaisseur d’un décorum naturellement présent par l’ambition des décors et machineries: l’Inde évoquée, aux riches effets visuels fait partie de ce spectacle qui annonce déjà le grand opéra à venir (celui de Meyerbeer)… harem du Rajah au I, son palais au III, la place à Bénarès au II. La direction du chef restitue dans sa continuité souple la succession des épisodes ; tout cela s’enchaîne avec une grâce inhabituelle d’autant plus méritante dans le genre officiel voire solennel.
D’une distribution sans défaillance notable, la Laméa de Chantal Santon se distingue par son intensité sensuelle, sa diction enivrante, la clarté brillante du timbre, sa tenue égale malgré l’exigence du rôle principal où brilla avant elle la fameuse Caroline Branchu, étoile du chant français dramatique et tragique, tout aussi convaincante chez Gluck puis Spontini. Chantal Santon exprime la dignité puissante de la danseuse sacrée attachée au culte de Brahma et montre un engagement respectueux de cette fine caractérisation vocale dont fait preuve Catel dans le portrait de son héroïne…

santon chantalL’opéra reproduit allusivement la fonction de la tragédie lyrique du XVIIIè : le héros Démaly, objet de l’amour victorieux de Lamea, par sa présence lumineuse et les vertus morales qui le font triompher, incarne symboliquement la figure du guide à aimer : Napoléon lui-même. Outre la marche du III (claire assimilation des pauses introspectives de La Flûte mozartienne), on reconnaît le raffinement général d’une partition qui sait être dramatique.
La plupart des personnages n’ont pas d’airs développés autonomes (surtout au III) mais un récitatif souple et intense qui accélère le flux de l’action ; de ce point de vu la déclamation défendue par Mathias Vidal se révèle exemplaire. Même constat pour Chantal Santon qui comme nous l’avons dit, dessine avec sensibilité, naturel et sincérité, le portrait de la véritable héroïne de la partition : Lamea. A ses côtés, Demaly paraît souvent lourd et systématique dans un verbe outré, si peu nuancé : quel dommage car le timbre est séduisant. Question de style : le ténor en aurait à apprendre auprès de Mathias Vidal.
On regrette aussi l’imprécision linguistique comme parfois l’épaisseur du choeur qui visiblement ne maîtrise pas la langue française.

Cependant, le bon goût qui préside à la réalisation, le souci des équilibres défendu par le chef manifestement inspiré par la résurrection de l’Å“uvre, l’implication d’une soprano séduisante et expressive dans le rôle de la danseuse loyale et courageuse… suscitent notre enthousiasme. Les Bayadères de Catel de 1810 préparent au grand opéra de Meyebeer ; c’est ainsi par le disque, un nouveau jalon réestimé de l’opéra romantique français à l’époque de Napoléon. Redécouverte marquante.

Charles-Simon Catel (1773-1830) : Les Bayadère, 1810. Chantal Santon (Laméa), Philippe Do, Andre Heyboer, Mathias Vidal, Katia Velletaz, Jennifer Borghi. ChÅ“ur Solamente Naturali, Musica Florea. Didier Talpain, direction. 2 cd Singulares.  Enregistrement réalisé à sofia en novembre 2012. Collection “Opéra français”.

Spontini : La Vestale, 1807

Spontini: La Vestale. Paris, TCE, du 15 au 28 octobre 2013. Rhorer, Lacascade. Nouvelle production    

La Vestale
On doit donner encore La Vestale… que je l’entende une seconde fois !… Quelle Å“uvre ! comme l’amour y est peint !… et le fanatisme ! Tous ces prêtres-dogues aboyant sur leur malheureuse victime… Quels accords dans ce finale de géant !… Quelle mélodie jusque dans les récitatifs ! Quel orchestre ! Il se meut si majestueusement… les basses ondulent comme les flots de l’Océan.  Les instruments sont des acteurs dont la langue est aussi expressive que celle qui se parle sur la scène.

Hector Berlioz, dans sa 12è Soirée des Soirées de l’orchestre ne faiblit d’éloges quant à l’oeuvre de son confrère compositeur.  Le style frénétique, l’exacerbation terrible du style sanguin et expressif de Spontini ont de toute évidence saisi le Romantique français, par ailleurs si difficile ou critique à l’endroit de ses contemporains.

 

SPONTINI_buste_190Aux côtés de Berlioz, Wagner qui dirigea l’oeuvre en allemand (Dresde, 1844), témoigne de sa profonde estime pour l’oeuvre de Spontini. La Vestale demeure l’un des grands événements lyriques du XIXè, suscitant un choc unanime et enthousiaste partout en Europe, dès sa création.  A 33 ans, l’auteur fusionne style gluckiste et déclamation tragique française, prend acte de toutes les critiques constructives qui lui sont avancées pendant la composition de son opéra : après une année de travail, Spontini remet son manuscrit et l’ouvrage est créé à l’Opéra de Paris, devant l’Empereur et Joséphine, le 14 décembre 1807.  Verve, éclat, grâce, fulgurance tragique, noble et spectaculaire …  la critique et les spectateurs enchaînent les éloges face à une oeuvre forte, emblématique du goût de la France impériale et romantique, au début du XIXème. Par ses nombreux motifs et citations empruntés à l’antiquité romaine, l’opéra de Spontini, protégé de Joséphine, offre un ouvrage stylistiquement accordé à l’esthétique impériale façonnée par Napoléon.

Néoclassique comme peuvent l’être Canovas et Ingres, Spontini offre le premier cadre du grand opéra français impérial. Napoléon premier auditeur de l’ouvrage avant sa création parisienne reste admiratif vis à vis de la maîtrise de Spontini.  Trombones, trompettes … le compositeur n’hésite pas à nourrir la texture et le format de l’orchestre, même Rossini se souviendra de son solo de clarinette pour Tancredi … C’est dire l’apport de Spontini après Gluck et avant Berlioz et Meyerbeer.

Servi par Melle Branchu (grande habituée des rôles tragiques à l’Opéra de Paris) dans le rôle de  la vestale Julia, l’opéra triomphe grâce aux tempéraments vocaux que la production a su regrouper pour la création parisienne. Porté par le succès de son livret, Etienne de Jouy (plus tard librettiste de Rossini), signe une adaptation plus comique de La Vestale (dans le genre  vaudeville, La marchande de modes), parodie créée elle aussi triomphalement au Théâtre du Vaudeville, où la jeune vestale Julia devient Julie, ouvrière dans un magasin de mode parisien. C’est Maria Callas qui à la Scala de Milan en 1954 ose remonter l’ouvrage et incarner le tempérament de la bouillonnante et digne Julia.  L’oeuvre n’avait pas investi une scène parisienne depuis 1854.

 

La production de La Vestale au TCE à Paris

Le TCE présente la version parisienne de la création en français.  Julia, vestale obligée à la soumission à l’ordre et au dieu qu’elle sert, demeure fidèle à son serment de virginité malgré la passion que lui voue le général vainqueur Licinius. C’est au début du siècle romantique une figure quasi mythique qui offre l’exemple d’une vierge sublime, inflexible et loyale mais qui est aussi une grande amoureuse, choisissant jusqu’à la mort, le sacrifice de son bonheur individuel.

 

spontini_et_epouse_448La production choisit une lecture universelle, ni historique ni décalée, que met en lumière l’épure tragique d’un plateau dénudé … afin que s’illustre et s’affirme la violence admirable d’une action qui cite le théâtre classique tragique. Tout en soulignant le tempérament de chaque protagoniste et l’intensité des confrontations dramatiques, la lecture présentée sur la scène du TCE en octobre 2013, laisse aussi la place au choeur omniprésent pendant l’accomplissement du drame : “… peuple de vestales, de prêtres, de  guerriers, de citoyens, foule bigarrée et mélangée, toujours au bord de l’explosion qui fait aussi la puissance de l’œuvre “ainsi que le précise le metteur en scène.

 

SPONTINI_buste_190La Vestale, tragédie lyrique en trois actes
Gaspare Spontini (1774-1851)

Texte de Etienne de Jouy, création en 1807.
Version française -  nouvelle production

Spectacle en français
Durée de l’ouvrage  : 2h10 environ
6 représentations
mardi 15, vendredi 18, mercredi 23,
vendredi 25, lundi 28 octobre 2013,19h30
dimanche 20 octobre 2013, 17h

Jérémie Rhorer  direction
Eric Lacascade  mise en scène

Ermonela Jaho  Julia
Andrew Richards  Licinius
Béatrice Uria-Monzon  La Grande Vestale
Jean-François Borras  Cinna
Konstantin Gorny  Le Souverain Pontife
Le Cercle de l’Harmonie
Chœur Aedes


La Vestale
Argument

Dans la rome antique.

acte I
Le forum romain et, à gauche, l’atrium avec les appartements  des vestales.  Le général Licinius, vainqueur de la guerre contre les Gaulois, aime la belle Julia.  Entretemps, celle-ci est devenue vestale en l’honneur de son  père disparu et s’est engagée à  rester chaste sa vie durant, faute de quoi elle prendra la vie. Julia est désignée pour remettre au général Licinius la couronne du vainqueur ; celui-ci en profite  pour s’annoncer chez la vestale le soir même, bien décidé à  l’enlever.

acte II
L’intérieur du temple de Vesta, avec au centre la flamme sacrée sur un grand autel en marbre. Julia est  gardienne de la flamme pour la nuit, qui ne doit jamais s’éteindre. Licinius arrive  pour enlever la jeune femme, mais celle-ci résiste à la tentation. La flamme s’éteint pendant leur altercation. Le souverain pontife exige le nom du coupable, mais Julia s’y refuse ; elle est condamnée à mort.

acte III

Tableau 1 : Les tombes en forme de pyramide de la Porta Collina. Licinius implore  vainement le ciel que Julia survive et avoue sa culpabilité. Julia nie ces allégations et entre dans la tombe pour y être enterrée vivante. Elle dépose  son voile de vestale devant l’autel, qu’enflamme un éclair. C’est le signe que la  déesse lui pardonne. Pardonnée, Julia peut épouser celui qu’elle aime et qui l’aime en retour.
Tableau 2 : Le temple de Vénus à Eryx.  L’union de Licinius et de Julia est célébré dans la joie.

 

Spontini : La Vestale, 1807

Spontini: La Vestale. Paris, TCE, du 15 au 28 octobre 2013. Rhorer, Lacascade. Nouvelle production…Néoclassique comme peuvent l’être Canovas et Ingres, Spontini offre le premier cadre du grand opéra français impérial. Napoléon premier auditeur de l’ouvrage avant sa création parisienne reste admiratif vis à vis de la maîtrise de Spontini.  Trombones, trompettes … le compositeur n’hésite pas à nourrir la texture et le format de l’orchestre, même Rossini se souviendra de son solo de clarinette pour Tancredi … C’est dire l’apport de Spontini après Gluck et avant Berlioz et Meyerbeer.

La Vestale
On doit donner encore La Vestale… que je l’entende une seconde fois !… Quelle Å“uvre ! comme l’amour y est peint !… et le fanatisme ! Tous ces prêtres-dogues aboyant sur leur malheureuse victime… Quels accords dans ce finale de géant !… Quelle mélodie jusque dans les récitatifs ! Quel orchestre ! Il se meut si majestueusement… les basses ondulent comme les flots de l’Océan.  Les instruments sont des acteurs dont la langue est aussi expressive que celle qui se parle sur la scène.

Hector Berlioz, dans sa 12è Soirée des Soirées de l’orchestre ne faiblit d’éloges quant à l’oeuvre de son confrère compositeur.  Le style frénétique, l’exacerbation terrible du style sanguin et expressif de Spontini ont de toute évidence saisi le Romantique français, par ailleurs si difficile ou critique à l’endroit de ses contemporains.

 

SPONTINI_buste_190Aux côtés de Berlioz, Wagner qui dirigea l’oeuvre en allemand (Dresde, 1844), témoigne de sa profonde estime pour l’oeuvre de Spontini. La Vestale demeure l’un des grands événements lyriques du XIXè, suscitant un choc unanime et enthousiaste partout en Europe, dès sa création.  A 33 ans, l’auteur fusionne style gluckiste et déclamation tragique française, prend acte de toutes les critiques constructives qui lui sont avancées pendant la composition de son opéra : après une année de travail, Spontini remet son manuscrit et l’ouvrage est créé à l’Opéra de Paris, devant l’Empereur et Joséphine, le 14 décembre 1807.  Verve, éclat, grâce, fulgurance tragique, noble et spectaculaire …  la critique et les spectateurs enchaînent les éloges face à une oeuvre forte, emblématique du goût de la France impériale et romantique, au début du XIXème. Par ses nombreux motifs et citations empruntés à l’antiquité romaine, l’opéra de Spontini, protégé de Joséphine, offre un ouvrage stylistiquement accordé à l’esthétique impériale façonnée par Napoléon.

 

Servi par Melle Branchu (grande habituée des rôles tragiques à l’Opéra de Paris) dans le rôle de  la vestale Julia, l’opéra triomphe grâce aux tempéraments vocaux que la production a su regrouper pour la création parisienne. Porté par le succès de son livret, Etienne de Jouy (plus tard librettiste de Rossini), signe une adaptation plus comique de La Vestale (dans le genre  vaudeville, La marchande de modes), parodie créée elle aussi triomphalement au Théâtre du Vaudeville, où la jeune vestale Julia devient Julie, ouvrière dans un magasin de mode parisien. C’est Maria Callas qui à la Scala de Milan en 1954 ose remonter l’ouvrage et incarner le tempérament de la bouillonnante et digne Julia.  L’oeuvre n’avait pas investi une scène parisienne depuis 1854.

 

La production de La Vestale au TCE à Paris

Le TCE présente la version parisienne de la création en français.  Julia, vestale obligée à la soumission à l’ordre et au dieu qu’elle sert, demeure fidèle à son serment de virginité malgré la passion que lui voue le général vainqueur Licinius. C’est au début du siècle romantique une figure quasi mythique qui offre l’exemple d’une vierge sublime, inflexible et loyale mais qui est aussi une grande amoureuse, choisissant jusqu’à la mort, le sacrifice de son bonheur individuel.

 

spontini_et_epouse_448La production choisit une lecture universelle, ni historique ni décalée, que met en lumière l’épure tragique d’un plateau dénudé … afin que s’illustre et s’affirme la violence admirable d’une action qui cite le théâtre classique tragique. Tout en soulignant le tempérament de chaque protagoniste et l’intensité des confrontations dramatiques, la lecture présentée sur la scène du TCE en octobre 2013, laisse aussi la place au choeur omniprésent pendant l’accomplissement du drame : “… peuple de vestales, de prêtres, de  guerriers, de citoyens, foule bigarrée et mélangée, toujours au bord de l’explosion qui fait aussi la puissance de l’œuvre “ainsi que le précise le metteur en scène.

 

SPONTINI_buste_190La Vestale, tragédie lyrique en trois actes
Gaspare Spontini (1774-1851)

Texte de Etienne de Jouy, création en 1807.
Version française -  nouvelle production

Spectacle en français
Durée de l’ouvrage  : 2h10 environ
6 représentations
mardi 15, vendredi 18, mercredi 23,
vendredi 25, lundi 28 octobre 2013,19h30
dimanche 20 octobre 2013, 17h

Jérémie Rhorer  direction
Eric Lacascade  mise en scène

Ermonela Jaho  Julia
Andrew Richards  Licinius
Béatrice Uria-Monzon  La Grande Vestale
Jean-François Borras  Cinna
Konstantin Gorny  Le Souverain Pontife
Le Cercle de l’Harmonie
Chœur Aedes


La Vestale
Argument

Dans la rome antique.

acte I
Le forum romain et, à gauche, l’atrium avec les appartements  des vestales.  Le général Licinius, vainqueur de la guerre contre les Gaulois, aime la belle Julia.  Entretemps, celle-ci est devenue vestale en l’honneur de son  père disparu et s’est engagée à  rester chaste sa vie durant, faute de quoi elle prendra la vie. Julia est désignée pour remettre au général Licinius la couronne du vainqueur ; celui-ci en profite  pour s’annoncer chez la vestale le soir même, bien décidé à  l’enlever.

acte II
L’intérieur du temple de Vesta, avec au centre la flamme sacrée sur un grand autel en marbre. Julia est  gardienne de la flamme pour la nuit, qui ne doit jamais s’éteindre. Licinius arrive  pour enlever la jeune femme, mais celle-ci résiste à la tentation. La flamme s’éteint pendant leur altercation. Le souverain pontife exige le nom du coupable, mais Julia s’y refuse ; elle est condamnée à mort.

acte III

Tableau 1 : Les tombes en forme de pyramide de la Porta Collina. Licinius implore  vainement le ciel que Julia survive et avoue sa culpabilité. Julia nie ces allégations et entre dans la tombe pour y être enterrée vivante. Elle dépose  son voile de vestale devant l’autel, qu’enflamme un éclair. C’est le signe que la  déesse lui pardonne. Pardonnée, Julia peut épouser celui qu’elle aime et qui l’aime en retour.
Tableau 2 : Le temple de Vénus à Eryx.  L’union de Licinius et de Julia est célébré dans la joie.