NAPOLÉON 1er et l’OPÉRA (1804 – 1814)

SPONTINI_buste_190NAPOLÉON 1er et l’OPÉRA. 2021 marque le bicentenaire de la mort de l’Empereur NapolĂ©on 1er (5 mai 1821 Ă  saint-HĂ©lĂšne). SacrĂ© Empereur en dĂ©cembre 1804, l’ex Premier Consul Ă  vie (aoĂ»t 1802) rĂ©organise en profondeur la sociĂ©tĂ© française qu’il adapte au format nouveau du rĂȘve impĂ©rial. La vie des thĂ©Ăątres et surtout l’opĂ©ra sont remodelĂ©s. Quel est le goĂ»t de NapolĂ©on en matiĂšre de musique et de thĂ©Ăątre lyrique ?
Le divertissement le plus spectaculaire alors est restructurĂ© et acclimatĂ© au goĂ»t de l’Empereur. PaĂ«r, Paisiello, Lesueur et Spontini (portrait ci contre) façonnent ainsi le style napolĂ©onien qui demeure trĂšs italophile. Les campagnes italiennes du GĂ©nĂ©ral Bonaparte n’y sont pas Ă©trangĂšres. La chanteuse Giuseppina Grassini fut la maĂźtresse de l’Empereur
 A la Cour, dans les thĂ©Ăątres parisiens, l’opĂ©ra romantique et nĂ©oclassique se prĂ©cise, dans la vĂ©nĂ©ration du nouvel hĂ©ros Ossian (Lesueur, 1804), alors que sont crĂ©Ă©s dans la capitale les opĂ©ras de Mozart (Don Juan, 1805). Les figures de l’opĂ©ra napolĂ©onien paraissent : de Trajan Ă  la Vestale, d’Adam Ă  Fernand Cortez ; MĂ©hul, Kreutzer se distinguent quand Ă  la fin du rĂšgne, Cherubini (qui avait composĂ© MĂ©dĂ©e dĂšs 1797) indique en 1813, de nouveaux accents avec Les AbencĂ©rages (empruntĂ©s Ă  Chateaubriand). A travers le choix des tableaux et situations dramatiques abordĂ©s, la scĂšne lyrique ambitionne d’égaler l’impact visuel et expressif de la peinture d’histoire alors sublimĂ©e par les artistes officiels de l’Empire Girodet et Jacques-Louis David (portraitiste de l’Empereur). Dossier spĂ©cial, nouveau feuilleton Ă  lire
 chaque lundi ici, Ă  partir du 9 novembre 2020.

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Le gĂ©nĂ©ral Bonaparte devenu Premier Consul – portrait de Gros (DR)

 

 

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L’Empereur NapolĂ©on Ier Ă  partir de 1804 (Portrait officiel de David Ă  partir de 1804, DR)

 

 

 

RESTRUCTURATION PARISIENNE
NapolĂ©on Ier rĂ©organise les lieux du divertissement parisien. Comme Louis XIV qui a fait du spectacle un formidable organe de propagande et une sacralisation spectaculaire du pouvoir, l’Empereur , deux ans aprĂšs son sacre, rĂ©duit les sites et leur affecte un rĂ©pertoire particulier (RĂšglement pour les thĂ©Ăątres de 1806). Paris compte dĂ©sormais 4 « grands thĂ©Ăątres » : OpĂ©ra, ThĂ©Ăątre-Français, OpĂ©ra-Comique, ThĂ©Ăątre de l’ImpĂ©ratrice ; puis 5 de second plan mais d’une grande richesse de genres : le Vaudeville pour les piĂšces du mĂȘme nom; les VariĂ©tĂ©s pour le grivois et le poissard ; La Porte Saint-Martin pour le mĂ©lodrame, remplacĂ© en 1807 par l’Ambigu-ThĂ©Ăątre ; la GaietĂ© / GaĂźtĂ© pour pantomimes, pantalonnades et farces, sans ballets ni musique. En organisant par genre et de façon hiĂ©rarchique les thĂ©Ăątres, il s’agit de les contrĂŽler.

Le ThĂ©Ăątre de l’ImpĂ©ratrice prĂ©sente surtout l’opĂ©ra buffa. La crĂšme de la crĂšme c’est Ă  dire l’opera seria est rĂ©servĂ© aux spectacles de cour, dans un thĂ©Ăątre dĂ©diĂ© aux Tuileries ou Ă  Saint-Cloud.
Le genre noble est prĂ©sentĂ© ordinairement Ă  l’OpĂ©ra, alors sis rue Richelieu dans le thĂ©Ăątre crĂ©Ă© pour la troupe Montansier en 1794, ainsi actif jusqu’en 1820. NapolĂ©on en confie l’administration au comte de RĂ©musat, surintendant des spectacles Ă  partir de 1807 quand le lieu devient sur le modĂšle de Louis XIV, l’AcadĂ©mie impĂ©riale de musique. C’est la chasse gardĂ©e du pouvoir officiel qui y souhaite cultiver la reprĂ©sentation de sa gloire selon le modĂšle politico culturel fixĂ© par Louis XIV-Lully. Les ballets de Gardel et Vestris s’y dĂ©ploient. Les moyens sont illimitĂ©s : l’OpĂ©ra impĂ©rial rĂ©cupĂšre 1/20Ăš des recettes des spectacles et bals de la capitale, dĂšs 1811.
Sont crĂ©Ă©s ainsi sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Richelieu, les grands ouvrages qui sont les marqueurs du goĂ»t napolĂ©onien : ossianesque (fable nordique et scandinave), biblique, surtout nĂ©oantique auquel se joignent la dĂ©couverte des opĂ©ras de Mozart, la reprise d’ouvrage baroques et classiques (Rameau, Piccinni). Les grands compositeurs du rĂšgne sont Le Sueur, Spontini, Kreutzer (qui est aussi musicien de la chapelle privĂ©e de l’Empereur), MĂ©hul, ChĂ©rubini, Catel (dont l’orientalisme sĂ©duit avec SĂ©miramis et Les BayadĂšres)


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CrĂ©ations Ă  l’OpĂ©ra / AcadĂ©mie impĂ©riale de musique

1804 : Ossian ou les bardes (Dercy / LE SUEUR)
1805 : Don Juan (Da Ponte / MOZART, arrangement Kalkbrenner)

1806 : Nephtali ou les Amonites (AIgnan / BLANGINI)
1806 : Castor et Pollux (Rameau : arrangement de Chédeville / Von Winter)

1807 : Le Triomphe de Trajan (EsmĂ©nard / LE SUEUR) – cĂ©lĂ©bration de la victoire d’IĂ©na.
1807 : La Vestale (de Houy / SPONTINI)

1808 : Aristippe (Giraud / KREUTZER)

1809 : La Mort d’Adam et son apothĂ©ose (Guillard / LE SUEUR)
1809 : Fernand Cortez (de Jouy / SPONTINI)

1810 : HippomĂšne et Atalante (Lehoc / PICCINI)
1810 : Abel (Hoffmann / KREUTZER)
1810 : Les BayadĂšres (de Jouy / CATEL)

1811 : Sophocle (Morel / FIOCCHI)
1811 : Les Amazones ou la fondation de Thùbes (de Jouy / MÉHUL)

1812 : Oenone (Le Bailly / Kalkbrenner)
1812 : Jérusalem délivrée (Baout-Lormian / de PERSUIS)

1813 : Le Laboureur chinois (Morel, Mozart réarrangé : Cosi fan tutte
)
1813 : Les AbencĂ©rages d’aprĂšs Chateaubriand (Jouy / CHERUBINI)
1813 : Médée et Jason (de Milcent / DE FONTENELLE)

1814 : L’oriflamme (pastiche, divers compositeurs)
1814 : Alcibiade (Cuvelier / PICCINNI)

 

 

 

Tout livret et partition sont soumis Ă  la censure officielle : le comitĂ© de lecture dont les membres sont nommĂ©s directement ou indirectement par l’Empereur. Au total de 1800 Ă  1815, seuls 3% des 3000 crĂ©ations tout genre confondu sont retoquĂ©es, obligĂ©es Ă  une refonte corrective. Exit les rĂ©fĂ©rences Ă  l’ancien rĂ©gime monarchique (dans la suite d’Henri IV) sauf citation de Charlemagne ; exit aussi les rĂ©fĂ©rences religieuses (cloches et signes sacerdotaux sont proscrits). Effets des dĂ©faites militaires, des signes d’un relĂąchement de la censure se rĂ©alisent en 1813 (L’intrigante d’Etienne est prĂ©sentĂ©e au ThĂ©Ăątre-Français alors que l’ouvrage dĂ©veloppe une satire fĂ©roce de la Cour impĂ©riale). Les livrets de Jouy, Morel de Chedeville, du rĂ©publicain Baour-Lormian citent l’AntiquitĂ© pur insister sur la filiation entre NapolĂ©on et les dieux et les hĂ©ros de la mythologie grecque.

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UNE AFFECTION POUR LES ITALIENS
 Dans les faits, l’Empereur se montre Ă  l’OpĂ©ra-Comique et au ThĂ©Ăątre-Italien ; il s’enthousiasme pour les ouvrages lĂ©gers, ainsi dĂšs 1801, L’Irato ou l’EmportĂ© de MĂ©hul (OpĂ©ra Comique) drame en un acte qui est dĂ©diĂ© Ă  l’Empereur lequel attribue la lĂ©gion d’Honneur au compositeur qui reçoit nombre de commandes officielles. De mĂȘme NapolĂ©on nomme l’italien Fernando PaĂ«r directeur de l’OpĂ©ra-Comique en 1810.
Le goĂ»t de NapolĂ©on en dehors d’une thĂ©Ăątralisation politique du spectacle et des rĂ©fĂ©rences comprĂ©hensibles Ă  l’AntiquitĂ© grecque, privilĂ©gie les Italiens, le goĂ»t du chant, de la virtuositĂ© mĂ©lodique ; pour autant les harmonies savantes des allemands sont prĂ©sentes dans ce paysage musical impĂ©rial : la redĂ©couverte des opĂ©ras de Mozart se rĂ©alise sous le rĂšgne de NapolĂ©on.

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L’OPÉRA, MIROIR DU POUVOIR OFFICIEL
 NapolĂ©on Ier ne paraĂźt Ă  l’OpĂ©ra que
 3 fois. L’arrivĂ©e du souverain en plein spectacle est scrupuleusmeent scĂ©nographiĂ©e donc spectaculaire comme en tĂ©moigne sa « participation » lors du Triomphe de Trajan en 1810 (reprise) oĂč NapolĂ©on marche sur la musique de son propre sacre (Le Sueur) quand le hĂ©ros de l’opĂ©ra dĂ©file victorieux vers le Capitole. SI Louis XIV dansait, NapolĂ©on surreprĂ©sente sa propre grandeur en s’identifiant au hĂ©ros vainqueur de l’OpĂ©ra.

Du reste, chaque choix artistique souligne les enjeux politiques et renforce toujours la soliditĂ© du pouvoir impĂ©rial : le ballet pantomime PersĂ©e et AndromĂšde (1810) souligne la puissance invincible de l’Empereur au moment de son mariage avec Marie-Louise ; Le laboureur chinois (1813) fait Ă©cho Ă  la crise agricole du pays ; L’Oriflamme de 1814 est l’étendard qui rassemble les opposants aux sarrasins quand les AlliĂ©s s’approchent de Paris


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  QUELQUES OUVRAGES MAJEURS

Des brumes celtiques à l’orientalisme grandiose


 

 

 

OSSIAN, une figure celtique nordique Ă  l’OpĂ©ra. Le Sueur met en musique un sujet adulĂ© par l’Empereur qui s’est toujours passionnĂ© pour le grand opĂ©ra français et le cas des lĂ©gendes scandinaves. Ossian est en rĂ©alitĂ© une invention littĂ©raire « commise » par le poĂšte James Macpherson qui publie ainsi entre 1760 et 1763 le cycle des poĂšmes gaĂ©liques d’Ossian, (petit faon en irlandais), poĂšte barde Ă©cossais du IIIĂš, lui mĂȘme fils de Fingal et Sadhbh
 Qu’il s’agisse de vrais poĂšmes antiques et celtes, ou d’une supercherie sublime, Ossian suscite un immense succĂšs en Europe, en particulier auprĂšs du gĂ©nĂ©ral Bonaparte, acteur majeur de cette celtomanie
 En invoquant les figures de guerriers admirables, le texte ossianesque fournit une galerie de nouveaux hĂ©ros auxquels s’identifient les soldats impĂ©riaux.
DĂšs 1795, Palat Dercy adapte le texte de Macpherson, un texte fĂ©tiche pour Bonaparte. Finalement Le Sueur nommĂ© en 1804, directeur de la chapelle des Tuileries, reprend l’ouvrage avec un nouveau librettiste (Deschamps) et Ossian, tragĂ©die en 5 actes, est crĂ©Ă© en juillet, portant comme un emblĂšme, l’idĂ©al musical de l’Empire dĂ©crĂ©tĂ© en mai. Un statut iconique que lui dĂ©robera La Vestale de Spontini en 1807. Ossian, barde Ă©cossais aime Rosmala et s’oppose aux scandinaves qui adorent Odin,
 l’ouvrage incarne une passion française, napolĂ©onienne pour les bardes celtiques qui cĂ©lĂšbrent les hĂ©ros morts. Le songe d’Ossian qui rĂȘve de sa propre apothĂ©ose parmi les guerriers dĂ©faits (acte IV) est le tableau le plus spectaculaire d’une action hĂ©roĂŻque et virile (traitĂ© en peinture par Ingres, Ă  la demande de NapolĂ©on, vraie alternative au nĂ©oclassicisme mythologique) et sur le plan technique, accomplissement ultime de ce que pouvait rĂ©aliser la scĂšne lyrique. Le Sueur imagine mĂȘme une « symphonie fantastique » (avant Berlioz qui fut son Ă©lĂšve) pour exprimer l’onirisme du hĂ©ros parvenu au Temple du Tonnerre. Une mĂȘme Ă©lĂ©vation, reposant sur des prodiges techniques et de machineries conclura La mort d’Adam (Le Sueur, 1809). L’ambition des dĂ©cors, les effets de machinerie, la caractĂ©risation instrumentale des Ecossais, des Scandinaves, les harmonies particuliĂšres affiliĂ©es au RĂȘve d’Ossian
 prĂ©parent l’émergence du grand opĂ©ra français de Meyerbeer.

En 1806 (OpĂ©ra-Comique), Uthal de MĂ©hul adapte un autre Ă©pisode de la lĂ©gende ossianesque : L’époux de Malvina, Uthal a destituĂ© le pĂšre de cette derniĂšre, le roi Larmor. Mais grĂące aux guerriers de Fingal, Larmor reprend le dessus et vainc Uthal. Berlioz applaudit aux innovations de MĂ©hul en particulier son orchestration qui Ă©carte les violons, prĂ©fĂ©rant le timbre « terne et mĂ©lancolique » des seuls altos (l’effet de brume nordique ?). Chaque hymne des bardes est caractĂ©risĂ© instrumentalement (cor, basson, harpe) afin de crĂ©er ce rĂ©alisme historique propre Ă  l’épopĂ©e ossianesque.

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SPONTINI arrivĂ© en France en 1803, – favorisĂ© par JosĂ©phine, compose son chef d’oeuvre La Vestale qui en traitant un Ă©pisode antique avec un rĂ©alisme dĂ©sormais historique, rompt avec le fantastique magique de la TragĂ©die lyrique. La Vestale Julia sacrifie son vƓu de chastetĂ© par amour pour le gĂ©nĂ©ral Licinius : elle est condamnĂ©e Ă  mort. Le librettiste De Jouy en fixant le lieu du drame Ă  Rome en 269, s’inspire directement des Monumenti veteri inediti du nĂ©oantique Winckelmann. Spontini cultive l’évocation spectaculaire de la Rome antique, avec force chƓurs, scĂšnes collectives, et multiples simultanĂ©es (entre l’action principale et les marches en coulisse)
 la difficultĂ© Ă  scĂ©nographier les effets de masse, d’actions croisĂ©es, la succession des tableaux qui tentent Ă  fusionner airs, chƓurs, en un drame puissant et unifiĂ© dĂ©voilent le gĂ©nie de Spontini dont l’intuition dramaturgique conçoit l’opĂ©ra comme le cinĂ©ma: La vestale est l’opĂ©ra dont a Ă©tĂ© conservĂ© le premier livret de mise en scĂšne. Dans la foulĂ©e du triomphe de La Vestale, NapolĂ©on plus qu’enthousiaste, commande Fernando Cortez dont le sujet (le Mexique conquis par les Espagnols) sert sa campagne contre l’Espagne. Son final de pacification suscite alors un immense succĂšs qui permet Ă  Spontini de rejoindre Berlin comme Generalmusikdirektor.

Fernando Cortez (prĂ©sentĂ© en 1809) sera profondĂ©ment modifiĂ© dans sa derniĂšre version de 1817, aprĂšs la chute de l’Empire et dans un contexte politique diffĂ©rent. De Jouy entend rĂ©aliser un grand opĂ©ra spectaculaire et historique mais en utilisant le vieux poncif lyrique hĂ©ritĂ© du Consulat, le finale « à sauvetage » : in extremis, les troupes de Cortez, hĂ©ros positif, sauve Amazily, condamnĂ©e Ă  la torture et Ă  la mort par les prĂȘtres mexicains sanguinaires et barbares
 En 1817, l’action s’achĂšve diffĂ©remment sur la paix signĂ©e entre Montezuma et Cortez.

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CATEL ou l’orientalisme impĂ©rial
 Avec Les BayadĂšres de Catel, prĂ©sentĂ© Ă  l‘OpĂ©ra en 1810, l’institution vit l’un de ses plus grands succĂšs. Son orientalisme Ă  la fois spectaculaire et tendre, marque les esprits, d’autant que la musique demeure dramatiquement trĂšs efficace.
La partition Ă©claire cet orientalisme oĂč l’Orient rĂȘvĂ© et ses bayadĂšres sensuelles voire Ă©rotiques, convoquent une Inde fantaisiste – qui proche de l’ouvrage contemporain de Weber (Abu Hassan, 1811), renouvelle en une filiation nĂ©omozartienne, la trame sentimentale du cadre thĂ©Ăątral : s’il est question d’orientalisme, la question est plutĂŽt d’émouvoir et de s’alanguir
 dans l’esprit des comĂ©dies et opĂ©ras ballets galants de Campra, Boismortier, Rameau. La danseuse inaccessible, LamĂ©a (crĂ©Ă©e par la fameuse soprano Caroline Branchu), protagoniste et rĂŽle impressionnant, offre peu Ă  peu un portrait de femme amoureuse admirable, inspirĂ©e par des qualitĂ©s morales au dĂ©but insoupçonnables (une prĂ©figuration de la sublime Norma Ă  venir grĂące Ă  Bellini dans les annĂ©es 1830). L’opĂ©ra reproduit allusivement la fonction de la tragĂ©die lyrique du XVIIIĂš : le hĂ©ros DĂ©maly, objet de l’amour victorieux de Lamea, par sa prĂ©sence lumineuse et les vertus morales qui le font triompher, incarne symboliquement la figure du guide Ă  aimer : NapolĂ©on lui-mĂȘme. Outre la marche du III (claire assimilation des pauses introspectives de La FlĂ»te mozartienne), on reconnaĂźt le raffinement gĂ©nĂ©ral d’une partition qui sait ĂȘtre dramatique.

LIRE notre compte rendu critique des BayadĂšres par Didier Talpain (2012) : http://www.classiquenews.com/cd-catel-les-bayaderes-1810-talpain-2012/

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LE SACRÉ. L’époque est celle oĂč Paris reçoit le choc de l’oratorio de Haydn, La CrĂ©ation (Die Schöpfung / OpĂ©ra, le 24 dĂ©cembre 1800). La dĂ©cennie absorbe l’impact esthĂ©tique des Viennois (Mozart autant que Haydn). L’oratorio romantique viennois de Haydn inspire ainsi deux ouvrages majeurs typiquement français : La mort d’Adam et son apothĂ©ose de Le Sueur (OpĂ©ra, 1809) puis La mort d’Abel de Kreutzer (OpĂ©ra, 1810). A travers l’élĂ©vation finale d’Adam (apothĂ©ose cĂ©leste finale), Le Sueur dĂ©diĂ© Ă  la cĂ©lĂ©bration impĂ©riale, exprime la divinisation du hĂ©ros NapolĂ©on identifiĂ© comme le libĂ©rateur et le Messie. Abel offre un autre visage expressif apprĂ©ciĂ© alors, l’effroi d’un crime barbare : le meurtre de son frĂšre CaĂŻn dont l’accomplissement sur scĂšne, dans sa violence physique, renvoie aux Ă©pisodes meurtriers des champs de batailles et de guerres qui marquent l’Empire.

Joseph de MĂ©hul (OpĂ©ra-Comique, 1807) cristallise l’engouement pour l’Egypte aprĂšs la campagne Ă©gyptienne de Bonaparte en 1798-1799. Le choix d’un argument biblique contredit alors l’anticlĂ©ricalisme rĂ©volutionnaire. L’austĂ©ritĂ© assumĂ©e de la partition (sans voix fĂ©minines) dont chƓurs et airs ressemblent Ă  des hymnes, affirme un style proche de l’oratorio : Ă©purĂ©, sobre, mesurĂ©. Une claire alternative Ă  La CrĂ©ation de Haydn ?

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à suivre
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EXPOSITION : LE GRAND OPÉRA, 1828 – 1867, LE SPECTACLE DE L’HISTOIRE, les 5 volets clĂ©s de l’exposition

exposition-grand-opera-specacle-de-l-histoire-palais-garnier-BNF-opera-de-paris-annonce-critique-visite-presentation-classiquenews-CLASSIQUENEWSEXPOSITION : LE GRAND OPÉRA, 1828 – 1867, LE SPECTACLE DE L’HISTOIRE – PARCOURS DE L’EXPOSITION ; les 5 volets clĂ©s de l’exposition parisienne. AmorcĂ© sous le Consulat, le grand opĂ©ra Ă  la française se prĂ©cise Ă  mesure que le rĂ©gime politique affine sa propre conception de la reprĂ©sentation spectaculaire, image de son prestige et de son pouvoir, instrument phare de sa propagande. Le genre mĂ»rit sous l’Empire avec NapolĂ©on, puis produit ses premiers exemples aboutis, Ă©quilibrĂ©s
Ă  la veille de la RĂ©volution de 1830. La « grande boutique » comme le dira Verdi Ă  l’apogĂ©e du systĂšme, offre des moyens techniques et humains considĂ©rables – grands chƓurs, ballet et orchestre, digne de sa crĂ©ation au XVIIĂš par Louis XIV.
Les sujets ont Ă©voluĂ©, suivant l’évolution de la peinture d’histoire : plus de lĂ©gendes antiques, car l’opĂ©ra romantique français prĂ©fĂšre les fresques historiques du Moyen Âge et de la Renaissance.
Louis-Philippe efface l’humiliation de Waterloo et du TraitĂ© de Vienne et cultive la passion du patrimoine et de l’Histoire, nationale Ă©videmment. Hugo Ă©crit Notre-Dame de Paris ; Meyerbeer compose Robert le Diable et Les Huguenots. Les hĂ©ros ne sont plus mythologiques mais historiques : princes et princesses du XVIĂš : le siĂšcle romantique est passionnĂ©ment gothique et Renaissance.

A l’opĂ©ra, les sujets et les moyens de la peinture d’Histoire

Comme en peinture toujours, les faits d’actualitĂ© et contemporain envahissent la scĂšne lyrique ; comme GĂ©ricault fait du naufrage de la MĂ©duse une immense tableau d’histoire (Le Radeau de la MĂ©duse), dans « Gustave III », Auber et Scribe narrent l’assassinat du Roi de SuĂšde, survenu en 1792, tout juste quarante ans auparavant. Cela sera la trame d’un Bal MasquĂ© de Verdi.

AprĂšs la RĂ©volution de 1848, l’essor pour le grand opĂ©ra historique faiblit sensiblement. Mais des Ɠuvres capitales aprĂšs Meyerbeer sont produites, souvent par des compositeurs Ă©trangers soucieux d’ĂȘtre reconnus par leur passage dans la « grande boutique », sous la DeuxiĂšme RĂ©publique et le Second Empire. Le wagnĂ©risme bouleverse la donne en 1861 avec la crĂ©ation parisienne de TannhĂ€user, qui impressionne l’avant garde artistique parisienne, de Baudelaire Ă  fantin-Latour, et dans le domaine musical, JonciĂšres, militant de la premiĂšre heure.
Le goĂ»t change : Verdi et son Don Carlos (en français) huĂ© Salle Le Peletier en 1867 (5 actes pourtant avec ballet), est oubliĂ© rapidement ; car 6 mois plus tard, le nouvel opĂ©ra Garnier et sa façade miraculeuse, nouvelle quintessence de l’art français est inaugurĂ©e. C’est l’acmĂ© de la sociĂ©tĂ© des spectacles du Second Empire, encore miroitante pendant 3 annĂ©es jusqu’au traumatisme de Sedan puis de la Commune (1870).

 

 

Le parcours de l’exposition est articulĂ© en 5 sĂ©quences.

1. GÉNÉALOGIE DU GRAND OPÉRA
2. LA RÉVOLUTION EN MARCHE
3. MEYERBEER : LES TRIOMPHES DU GRAND OPÉRA
4. DERNIÈRES GLOIRES
5. UN MONDE S’ÉTEINT

 

 
 

 

Illustration : Esquisse de dĂ©cor pour Gustave III ou Le bal masquĂ©, acte V, tableau 2, opĂ©ra, plume, encre brune, lavis d’encre et rehauts de gouache. BnF, dĂ©partement de la Musique, BibliothĂšque- musĂ©e de l’OpĂ©ra © BnF / BMO

 

 
 

 

DATES ET HORAIRES
Du 24 octobre 2019 au 2 février 2020
Tous les jours de 10h à 17h (accùs jusqu’à 16h30), sauf fermetures exceptionnelles.
LIEU
BibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra
Palais Garnier – Paris 9e
EntrĂ©e Ă  l’angle des rues Scribe et Auber
INFORMATIONS PRATIQUES
TARIFS
Plein Tarif : 14€ Tarif RĂ©duit : 10€

 

 

 

CD, critique. SPONTINI : Olympie (version 1826). Aldrich, Vidal, 
 J Rhorer (2 cd 2016 — Pal. Bru-Zane)

spontini olympie vidal aldrich cd critique classiquenews bru zane bz1035CD, critique. Gaspare SPONTINI : Olimpie (version 1826). Gauvin, Aldrich, Vidal, Rhorer (2 cd juin 2016 — Pal. Bru-Zane, collection « opĂ©ra français). Si Cassandre chez Berlioz (Les Troyens) fille de Priam, assiste sans issue ni espĂ©rance, Ă  la chute de Troie, Cassandre chez Gaspare Spontini (1774-1851) dans Olimpie (1819) est
 un homme, comme d’ailleurs Antigone. Autre Ɠuvre, autre genre. Mais Spontini s’inspire de la piĂšce de Voltaire (1761). Tous deux s’opposent pour l’amour d’AmĂ©naĂŻs / Olimpie, fille d’Alexandre le grand. C’est d’ailleurs Cassandre qui la sauve Ă  Babylone, et la jeune femme aime son sauveur
 Mais la mĂšre de la princesse, Statira refuse une telle union : pour elle, Cassandre a tuĂ© Alexandre. Spontini manie le sublime tragique (avant Meyerbeer) avec un gĂ©nie que Berlioz fut le premier Ă  applaudir. Ainsi dans la version de 1819, Olimpie et Statira, la filel et la mĂšre se suicident avant que Antigone ne soit reconnu comme le meurtrier d’Alexandre. Laissant Cassandre innocentĂ©, dĂ©muni et tragiquement esseulĂ©.
Dans la version de 1821, retour au lieto finale et les deux amants, Olimpie et son sauveur peuvent se marier sous la bénédiction de la mÚre.
De Rossini, Spontini maĂźtrise l’élĂ©gance seria ; de Gluck, il prolonge la tension tragique, d’une inĂ©luctable souffrance, d’un inflexible dignitĂ©. Comme ses prĂ©dĂ©cesseurs au carrefour du XVIIIĂš et du XIXĂš prĂ©romantique (Gossec, Piccini, Sacchini, 
), Spontini embrase son orchestre d’accents guerriers (les trombones et les cors sont mĂȘme « trop utilisĂ©s » selon Berlioz). On note l’usage pour la premiĂšre fois du tuba historique ou ophiclĂ©ĂŻde.
La force de l’opĂ©ra revient Ă  ses fabuleux contrastes, en rĂšgle Ă  l’heure baroque, et qui ici, relance constamment la lyre tragique. Il en dĂ©coule des enchaĂźnements qui pourront heurter une Ă©coute trop passive
Ainsi l’air de Cassandre (tĂ©nor) « Oh souvenir Ă©pouvantable » encadrĂ© de deux duos (avec Antigone), et surtout au dĂ©but du II, la priĂšre de Statira, entrecoupĂ©, commentĂ© par de soudaines intrusions du prĂȘtre HiĂ©rophante (Patrick Bolleire, basse) et surtout du chƓur, d’une noblesse irrĂ©sistible. Tout cela intĂšgre le collectif et les destinĂ©es individuelles avec un sens remarquable du drame et des Ă©quilibres poĂ©tiques.

Dans ce sens, la direction de JĂ©rĂ©mie Rhorer et son Cercle de l’Harmonie, manque singuliĂšrement d’équilibre, de clartĂ©, d’architecture, de nerveuse prĂ©cision. Cela sonne sec, parfois brutal. Ce qui rĂ©duit Ă©videmment les champs expressifs et les plans poĂ©tiques d’une oeuvre qui certes est tragique et spectaculaire mais pas moins humaine et profondĂ©ment raffinĂ©e (ne serait-ce que dans le portrait de la fille et de la mĂšre, de leur relation trouble et contradictoire : cf. subtile et superbe confrontation Olimpie-Statira au II ).
Voix du peuple Ă  ÉphĂšse, le ChƓur de la radio flamande par contre s’impose indiscutablement par des nuances linguistiques qui captivent. CĂŽtĂ© solistes, distinguons la mĂšre Statira dont Kate Aldrich cisĂšle chaque facette, celle de la mĂšre tendre et inflexible, et aussi de la veuve haineuse et vengeresse. Sur les traces de la crĂ©atrice, la lĂ©gendaire Caroline Branchu aux qualitĂ©s de tragĂ©dienne immenses, la chanteuse amĂ©ricaine trouve le ton et le style justes. Dans le rĂŽle-titre, Karina Gauvin ne parvient pas Ă  rendre son personnage rĂ©ellement passionnant, – un ĂȘtre capable de fureur, de tendresse (mozartienne), de vĂ©rité  qui ici Ă©chappe au concert. Saluons aussi l’excellente intelligibilitĂ© de Josef Wagner dans le rĂŽle du noir et jaloux Antigone. Remplaçant Charles Castronovo, dans le rĂŽle de Cassandre, rĂŽle clĂ© tant il est riche en registres Ă©motionnels, Mathias Vidal dĂ©ploie un talent rare de diseur et de tragĂ©dien, trouvant par contre les Ă©lĂ©ments psychologiques et les intonations idĂ©ales pour exprimer dĂ©sirs et dĂ©sillusions du prince hĂ©roĂŻque. L’ambitus de la tessiture est constamment sollicitĂ©, offrant au chanteur, une partie digne du thĂ©Ăątre. Rien ne semble flĂ©chir dans son chant tendu, nerveux, lui aussi trĂšs respectueux du texte. tant de nuances et de maĂźtrise contredisent souvent la brutalitĂ© dĂ©jĂ  relevĂ©e de l’orchestre. Dommage. VoilĂ  qui comble mais de façon dĂ©sĂ©quilibrĂ©e notre connaissance d’Olimpie, aux cĂŽtĂ©s des autes ouvrages du maĂźtre adulĂ© de Berlioz : La Vestale, Fernand Cortez (1809), commande de NapolĂ©on, ou AgnĂšs von Hauhenstanden (1829).

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spontini olympie vidal aldrich cd critique classiquenews bru zane bz1035CD, critique. Gaspare SPONTINI : Olimpie (version 1826). TragĂ©die lyrique en trois actes. Livret d’Armand-Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, d’aprĂšs la piĂšce de Voltaire. Karina Gauvin, Kate Aldrich, Mathias Vidal, Josef Wagner, Patrick Bolleire, Philippe Sauvagie. ChƓur de la Radio flamande. Cercle de l’Harmonie, JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction (2 cd juin 2016 — Pal. Bru-Zane, collection « opĂ©ra français)

LIRE aussi notre prĂ©sentation de l’opĂ©ra Olympie de Spontini (1819) : http://www.classiquenews.com/olympie-de-spontini-1819/

Olympie de Spontini (1819)

XIR224998France Musique. Samedi 11 juin 2016, 19h. SPONTINI : Olympie. EnregistrĂ© Ă  Paris, le 3 juin 2016. Enfin une omission rĂ©parĂ©e : si Gaspare Spontini (1774-1851) a disparu des scĂšnes lyriques europĂ©ennes et surtout française, Berlioz le tenais pour le gĂ©nie lyrique le plus important en France aprĂšs Gluck. C’est dire. CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris (AcadĂ©mie royale), le 22 dĂ©cembre 1819, Olympie – ouvrage en 3 actes, d’aprĂšs Voltaire, relĂšve de la veine tragique et pathĂ©tique propre au grand opĂ©ra français hĂ©ritĂ© du Chevalier, ex favori de Marie-Antoinette. Plus qu’il ne “prĂ©pare” le romantisme français, Spontini le cultive dĂ©jĂ . Olympie est dirigĂ© pour sa crĂ©ation par Rodolphe Kreutzer (dont Berlioz admirait au delĂ  de tout, son oratorio rĂ©cemment ressuscitĂ© La mort d’Abel). L’orchestration, ses effets spectaculaires et dĂ©chirants, d’une couleur gluckiste, l’importance du choeur, le profil d’Antigone comme l’irrĂ©sistible tendresse dĂ©chirante de Statira, la veuve d’Alexandre, sur scĂšne : Ă©toile pathĂ©tique et morale dont le chant est alors transcendĂ© par la diva de l’Ă©poque Caroline Branchu, – comme la fibre hĂ©roĂŻque et sensible de sa fille Olympie,- annoncent de fait l’AntiquitĂ© telle qu’elle s’impose dans Les Troyens de Berlioz. La tragĂ©die en 5 actes de Voltaire – Ă©ditĂ©e en 1762, inspire aux deux librettistes de Spontini, Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, ce registre “sublime” si rĂ©ussi par Gluck. Le compositeur adulĂ© sous l’Empire par NapolĂ©on, auteur de La Vestale, le triomphe de sa vie, rĂ©ussit nĂ©anmoins dans Olympie, ce pathĂ©tique Ă©difiant qui touche le cƓur par la justesse de ses accents dramatiques et psychologiques.

 

 

StupĂ©fiante Statira, veuve d’Alexandre…
OPERA TRAGIQUE ET SUBLIME de 1819

 

Mais Ă  l’Ă©poque d’Olympie, Spontini est dĂ©jĂ  hors de Paris, vers Berlin oĂč il s’installe le 1er fĂ©vrier 1820 car il vient d’ĂȘtre nommĂ© Generalmusikdirektor : ancien napolĂ©onien ralliĂ© aux Bourbons, Spontini eut raison de quitter la France et les nombreuses critiques du parti libĂ©ral… Le sujet d’Olympie aborde le rĂ©gicide : ici, l’assassinat d’Alexandre le Grand puis le destin de sa famille (un thĂšme dĂ©licat et douloureux Ă  l’Ă©poque du crime perpĂ©trĂ© aux portes du thĂ©Ăątre de la crĂ©ation : l’assassinat du Duc de Berry, le 13 fĂ©vrier 1820) ; acte odieux rendant difficile toute reprise de l’opĂ©ra… C’est Ă  Berlin ainsi – om il a recouvrĂ© statut et considĂ©ration que Spontini confie Ă  ETA Hoffmann une nouvelle version d’Olympie, rĂ©Ă©crite en allemand, nouvel avatar lyrique crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Berlin le 14 mai 1821. C’est cette nouvelle version plus intense et contrastĂ©e encore qui triomphera en Europe et Ă  Paris, … en 1826, avec la mĂȘme Branchu qui fait alors ses adieux Ă  la scĂšne. Spontini poursuit cette simplification narrative, moralisatrice parfois solennelle (dĂ©fĂ©rence au mythe impĂ©rial voir La Vestale et surtout Fernand Cortez) que les suiveurs de Gluck Ă  Paris avaient peu Ă  peu formuler dans la veine tragique : Salieri, Cherubini, Sacchini… BientĂŽt Scribe allait rĂ©former encore davantage, par ses livrets mĂ©diĂ©vaux, le modĂšle du grand opĂ©ra français, pour Adam, Rossini, HalĂ©vy (La Muette de Portici en fĂ©vrier 1828, puis Guillaume Tell, Les Huguenots). En 1819 et mĂȘme 1826, Voltaire est un modĂšle dramatique toujours vĂ©nĂ©rĂ©. Olympie fut pour le gĂ©nie de Ferney, une oeuvre tardive, Ă©crite en 6 jours par un Ă©crivain fatiguĂ© septuagĂ©naire, voulant jouer au jeune auteur… Pourtant la tragĂ©die convoquĂ©e par Voltaire – en un mĂȘme lieu, le temple de Diane Ă  EphĂšse, est celle des tragĂ©diennes et des femmes blessĂ©es toujours dignes : reconnaissance entre Statira et Olympie (II), les mĂȘmes rejoignant les flammes d’un vaste bĂ»cher (V).
Pour Spontini, comme dans La Vestale, il s’agit de retrouver la grandeur et le sublime tragique de l’AntiquitĂ© Ă  travers ses rituels grandioses, d’une froideur parfois trop solennelle, voire monumentale (au III, le couronnement de Statira avec les lauriers d’Alexandre, oĂč Antigone paraĂźt triomphante sur un Ă©lĂ©phant (! cf les didascalies d’Ă©poque) mais toujours grave : fouillant les ressources contrastĂ©es nĂ©es de l’opposition entre sacrĂ© et profane, oĂč brille la dĂ©votion de Statira pour la dĂ©fense des Dieux; scĂšnes finales avec choeurs grandioses Ă  la clĂ© (dont l’effusion du peuple Ă©phĂ©sien pour cĂ©lĂ©brer la concorde entre Antigone et Cassandre). Si le spectaculaire a jouĂ© intensĂ©ment son rĂŽle dans la conception du l’opĂ©ra, Spontini parvient cependant Ă  tisser une fibre psychologique solide et fluide entre les scĂšne, grĂące Ă  son rĂ©citatif, l’un des mieux Ă©crits qui soit et qui exige des interprĂštes une maĂźtrise (en finesse comme en expressivitĂ©) absolue. Mais que l’on ne s’y trompe pas : la vĂ©ritable hĂ©roĂŻne, touchante autant que digne demeure la sublime mĂšre d’Olympie, Statira. Olympie, en son suicide final ne fait suivre les traces maternelles.

L’Olympie de Spontini, 1819
A l’affiche du TCE Ă  PARIS, le 3 juin 2016

RADIO
Sur France Musique, samedi 11 juin 2016, 19h

OpĂ©ra en trois actes (1819)‹Livret de Armand-Michel Dieulafoy et Charles Brifaut, d’aprĂšs la piĂšce Ă©ponyme de Voltaire

Karina Gauvin:  Olympie
Kate Aldrich:  Statira
Charles Castronovo:  Cassandre
Josef Wagner:  Antigone
Patrick Bolleire:  Le hiérophante
Conor Biggs: Hermas, un PrĂȘtre
Le Cercle de l’Harmonie
Vlaams Radio Koor
Jérémie Rhorer, direction

VIDEO : voir la soprano Jennifer Borghi chanter Olympie de Spontini — concert “Grandeurs et dĂ©cadence : Gluck, Spontini, Cherubini… ” / Namur, 2012 © reportage exclusif clasiquenews.tv – Ă  1h46 : air de Statira invoquant les mĂąnes de Darius et d’Alexandre, implorant sa fille Olympie…

LIRE aussi notre dossier spécial sur La Vestale de SPONTINI (Paris, octobre 2013)

LIRE aussi notre prĂ©sentation critique de La Mort d’Abel de Rodolphe Kreutzer, 1810

 

LIRE le texte originel de la tragédie de Voltaire

CD. Catel : Les BayadĂšres, 1810 (Talpain, 2012)

CD-CATEL-BAYADERES-Talpian-Bru-zane-cd-Chantal-Santon-Vidal-do-1810-ediciones-singulares-glossaCD. Catel: Les BayadĂšres, 1810. Deux annĂ©es aprĂšs un Amadis pĂ©tillant et lĂ©ger (2010), d’un dramatisme finement ciselĂ©, -coup de gĂ©nie du fils Bach invitĂ© en France Ă  servir le genre tragique en 1779-,  le chef Didier Talpain nous revient dans cet enregistrement de la mĂȘme eau, dĂ©voilant un Catel datĂ© de 1810 : fresque lyrique Ă  grand effectif, d’un orientalisme enchanteur pour lequel l’Ă©quipe de musiciens rĂ©unis renouvelle un sans faute ; le chef retrouve la quasi mĂȘme Ă©quipe de chanteurs et surtout le formidable orchestre Musica Florea, articulĂ©, jamais Ă©pais ni lourd, d’une expressivitĂ© naturelle indiscutablement idĂ©al s’agissant d’un opĂ©ra nĂ©omozartien (les 3 BayadĂšres rappellent les 3 dames de La FlĂ»te entre autres), regardant aussi du cĂŽtĂ© de Haydn, dont l’enjeu entend renouveler l’hĂ©ritage trop rĂ©ducteur et contraignant de l’inĂ©vitable Gluck… Talpain Ă©claire cet orientalisme oĂč l’Orient rĂȘvĂ© et ses bayadĂšres, convoquent une Inde fantaisiste – qui proche de l’ouvrage contemporain de Weber (Abu Hassan, 1811), renouvelle la trame sentimentale du cadre thĂ©Ăątral : s’il est question d’orientalisme, la question est plutĂŽt d’Ă©mouvoir et de s’alanguir… dans l’esprit des comĂ©dies et opĂ©ras ballets galants de Rameau. La danseuse inaccessible, LamĂ©a, protagoniste et rĂŽle impressionnant, offre peu Ă  peu un portrait de femme amoureuse admirable, inspirĂ©e par des qualitĂ©s morales au dĂ©but insoupçonnables.

Nouveau jalon rĂ©estimĂ© de l’opĂ©ra romantique français

Grùce héroïque des BayadÚres de Catel

CLIC_macaron_2014CATEL Charles-Simon_CatelAlors que rĂšgne l’impressionnante lyre terrible et frĂ©nĂ©tique d’un Spontini, vrai champion de l’opĂ©ra hĂ©roĂŻque impĂ©rial, – La Vestale (1807)-, Charles-SImon Catel et ses BayadĂšres fascinent alors de la mĂȘme façon par le dĂ©ploiement souple et remarquablement agencĂ© des scĂšnes et tableaux aux effectifs impressionnants : on ne compte plus les choeurs, les danses, les affrontements et les situations les plus contrastĂ©s convoquant tout ce qu’un opĂ©ra peut offrir en possibilitĂ©s vocales, chorales, orchestrales… le style est cependant toujours parfaitement Ă©lĂ©gant comme si l’Ă©criture de Catel ne se laissait jamais aller Ă  la solennitĂ© ni Ă  l’Ă©paisseur d’un dĂ©corum naturellement prĂ©sent par l’ambition des dĂ©cors et machineries: l’Inde Ă©voquĂ©e, aux riches effets visuels fait partie de ce spectacle qui annonce dĂ©jĂ  le grand opĂ©ra Ă  venir (celui de Meyerbeer)… harem du Rajah au I, son palais au III, la place Ă  BĂ©narĂšs au II. La direction du chef restitue dans sa continuitĂ© souple la succession des Ă©pisodes ; tout cela s’enchaĂźne avec une grĂące inhabituelle d’autant plus mĂ©ritante dans le genre officiel voire solennel.
D’une distribution sans dĂ©faillance notable, la LamĂ©a de Chantal Santon se distingue par son intensitĂ© sensuelle, sa diction enivrante, la clartĂ© brillante du timbre, sa tenue Ă©gale malgrĂ© l’exigence du rĂŽle principal oĂč brilla avant elle la fameuse Caroline Branchu, Ă©toile du chant français dramatique et tragique, tout aussi convaincante chez Gluck puis Spontini. Chantal Santon exprime la dignitĂ© puissante de la danseuse sacrĂ©e attachĂ©e au culte de Brahma et montre un engagement respectueux de cette fine caractĂ©risation vocale dont fait preuve Catel dans le portrait de son hĂ©roĂŻne…

santon chantalL’opĂ©ra reproduit allusivement la fonction de la tragĂ©die lyrique du XVIIIĂš : le hĂ©ros DĂ©maly, objet de l’amour victorieux de Lamea, par sa prĂ©sence lumineuse et les vertus morales qui le font triompher, incarne symboliquement la figure du guide Ă  aimer : NapolĂ©on lui-mĂȘme. Outre la marche du III (claire assimilation des pauses introspectives de La FlĂ»te mozartienne), on reconnaĂźt le raffinement gĂ©nĂ©ral d’une partition qui sait ĂȘtre dramatique.
La plupart des personnages n’ont pas d’airs dĂ©veloppĂ©s autonomes (surtout au III) mais un rĂ©citatif souple et intense qui accĂ©lĂšre le flux de l’action ; de ce point de vu la dĂ©clamation dĂ©fendue par Mathias Vidal se rĂ©vĂšle exemplaire. MĂȘme constat pour Chantal Santon qui comme nous l’avons dit, dessine avec sensibilitĂ©, naturel et sincĂ©ritĂ©, le portrait de la vĂ©ritable hĂ©roĂŻne de la partition : Lamea. A ses cĂŽtĂ©s, Demaly paraĂźt souvent lourd et systĂ©matique dans un verbe outrĂ©, si peu nuancĂ© : quel dommage car le timbre est sĂ©duisant. Question de style : le tĂ©nor en aurait Ă  apprendre auprĂšs de Mathias Vidal.
On regrette aussi l’imprĂ©cision linguistique comme parfois l’Ă©paisseur du choeur qui visiblement ne maĂźtrise pas la langue française.

Cependant, le bon goĂ»t qui prĂ©side Ă  la rĂ©alisation, le souci des Ă©quilibres dĂ©fendu par le chef manifestement inspirĂ© par la rĂ©surrection de l’Ɠuvre, l’implication d’une soprano sĂ©duisante et expressive dans le rĂŽle de la danseuse loyale et courageuse… suscitent notre enthousiasme. Les BayadĂšres de Catel de 1810 prĂ©parent au grand opĂ©ra de Meyebeer ; c’est ainsi par le disque, un nouveau jalon rĂ©estimĂ© de l’opĂ©ra romantique français Ă  l’Ă©poque de NapolĂ©on. RedĂ©couverte marquante.

Charles-Simon Catel (1773-1830) : Les BayadĂšre, 1810. Chantal Santon (LamĂ©a), Philippe Do, Andre Heyboer, Mathias Vidal, Katia Velletaz, Jennifer Borghi. ChƓur Solamente Naturali, Musica Florea. Didier Talpain, direction. 2 cd Singulares.  Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  sofia en novembre 2012. Collection “OpĂ©ra français”.

Spontini : La Vestale, 1807

Spontini: La Vestale. Paris, TCE, du 15 au 28 octobre 2013. Rhorer, Lacascade. Nouvelle production    

La Vestale
On doit donner encore La Vestale… que je l’entende une seconde fois !… Quelle Ɠuvre ! comme l’amour y est peint !… et le fanatisme ! Tous ces prĂȘtres-dogues aboyant sur leur malheureuse victime… Quels accords dans ce finale de gĂ©ant !… Quelle mĂ©lodie jusque dans les rĂ©citatifs ! Quel orchestre ! Il se meut si majestueusement… les basses ondulent comme les flots de l’OcĂ©an.  Les instruments sont des acteurs dont la langue est aussi expressive que celle qui se parle sur la scĂšne.

Hector Berlioz, dans sa 12Ăš SoirĂ©e des SoirĂ©es de l’orchestre ne faiblit d’Ă©loges quant Ă  l’oeuvre de son confrĂšre compositeur.  Le style frĂ©nĂ©tique, l’exacerbation terrible du style sanguin et expressif de Spontini ont de toute Ă©vidence saisi le Romantique français, par ailleurs si difficile ou critique Ă  l’endroit de ses contemporains.

 

SPONTINI_buste_190Aux cĂŽtĂ©s de Berlioz, Wagner qui dirigea l’oeuvre en allemand (Dresde, 1844), tĂ©moigne de sa profonde estime pour l’oeuvre de Spontini. La Vestale demeure l’un des grands Ă©vĂ©nements lyriques du XIXĂš, suscitant un choc unanime et enthousiaste partout en Europe, dĂšs sa crĂ©ation.  A 33 ans, l’auteur fusionne style gluckiste et dĂ©clamation tragique française, prend acte de toutes les critiques constructives qui lui sont avancĂ©es pendant la composition de son opĂ©ra : aprĂšs une annĂ©e de travail, Spontini remet son manuscrit et l’ouvrage est crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris, devant l’Empereur et JosĂ©phine, le 14 dĂ©cembre 1807.  Verve, Ă©clat, grĂące, fulgurance tragique, noble et spectaculaire …  la critique et les spectateurs enchaĂźnent les Ă©loges face Ă  une oeuvre forte, emblĂ©matique du goĂ»t de la France impĂ©riale et romantique, au dĂ©but du XIXĂšme. Par ses nombreux motifs et citations empruntĂ©s Ă  l’antiquitĂ© romaine, l’opĂ©ra de Spontini, protĂ©gĂ© de JosĂ©phine, offre un ouvrage stylistiquement accordĂ© Ă  l’esthĂ©tique impĂ©riale façonnĂ©e par NapolĂ©on.

NĂ©oclassique comme peuvent l’ĂȘtre Canovas et Ingres, Spontini offre le premier cadre du grand opĂ©ra français impĂ©rial. NapolĂ©on premier auditeur de l’ouvrage avant sa crĂ©ation parisienne reste admiratif vis Ă  vis de la maĂźtrise de Spontini.  Trombones, trompettes … le compositeur n’hĂ©site pas Ă  nourrir la texture et le format de l’orchestre, mĂȘme Rossini se souviendra de son solo de clarinette pour Tancredi … C’est dire l’apport de Spontini aprĂšs Gluck et avant Berlioz et Meyerbeer.

Servi par Melle Branchu (grande habituĂ©e des rĂŽles tragiques Ă  l’OpĂ©ra de Paris) dans le rĂŽle de  la vestale Julia, l’opĂ©ra triomphe grĂące aux tempĂ©raments vocaux que la production a su regrouper pour la crĂ©ation parisienne. PortĂ© par le succĂšs de son livret, Etienne de Jouy (plus tard librettiste de Rossini), signe une adaptation plus comique de La Vestale (dans le genre  vaudeville, La marchande de modes), parodie crĂ©Ă©e elle aussi triomphalement au ThĂ©Ăątre du Vaudeville, oĂč la jeune vestale Julia devient Julie, ouvriĂšre dans un magasin de mode parisien. C’est Maria Callas qui Ă  la Scala de Milan en 1954 ose remonter l’ouvrage et incarner le tempĂ©rament de la bouillonnante et digne Julia.  L’oeuvre n’avait pas investi une scĂšne parisienne depuis 1854.

 

La production de La Vestale au TCE Ă  Paris

Le TCE prĂ©sente la version parisienne de la crĂ©ation en français.  Julia, vestale obligĂ©e Ă  la soumission Ă  l’ordre et au dieu qu’elle sert, demeure fidĂšle Ă  son serment de virginitĂ© malgrĂ© la passion que lui voue le gĂ©nĂ©ral vainqueur Licinius. C’est au dĂ©but du siĂšcle romantique une figure quasi mythique qui offre l’exemple d’une vierge sublime, inflexible et loyale mais qui est aussi une grande amoureuse, choisissant jusqu’Ă  la mort, le sacrifice de son bonheur individuel.

 

spontini_et_epouse_448La production choisit une lecture universelle, ni historique ni dĂ©calĂ©e, que met en lumiĂšre l’Ă©pure tragique d’un plateau dĂ©nudĂ© … afin que s’illustre et s’affirme la violence admirable d’une action qui cite le thĂ©Ăątre classique tragique. Tout en soulignant le tempĂ©rament de chaque protagoniste et l’intensitĂ© des confrontations dramatiques, la lecture prĂ©sentĂ©e sur la scĂšne du TCE en octobre 2013, laisse aussi la place au choeur omniprĂ©sent pendant l’accomplissement du drame : “… peuple de vestales, de prĂȘtres, de  guerriers, de citoyens, foule bigarrĂ©e et mĂ©langĂ©e, toujours au bord de l’explosion qui fait aussi la puissance de l’Ɠuvre “ainsi que le prĂ©cise le metteur en scĂšne.

 

SPONTINI_buste_190La Vestale, tragédie lyrique en trois actes
Gaspare Spontini (1774-1851)

Texte de Etienne de Jouy, création en 1807.
Version française -  nouvelle production

Spectacle en français
DurĂ©e de l’ouvrage  : 2h10 environ
6 représentations
mardi 15, vendredi 18, mercredi 23,
vendredi 25, lundi 28 octobre 2013,19h30
dimanche 20 octobre 2013, 17h

Jérémie Rhorer  direction
Eric Lacascade  mise en scÚne

Ermonela Jaho  Julia
Andrew Richards  Licinius
Béatrice Uria-Monzon  La Grande Vestale
Jean-François Borras  Cinna
Konstantin Gorny  Le Souverain Pontife
Le Cercle de l’Harmonie
ChƓur Aedes


La Vestale
Argument

Dans la rome antique.

acte I
Le forum romain et, Ă  gauche, l’atrium avec les appartements  des vestales.  Le gĂ©nĂ©ral Licinius, vainqueur de la guerre contre les Gaulois, aime la belle Julia.  Entretemps, celle-ci est devenue vestale en l’honneur de son  pĂšre disparu et s’est engagĂ©e à  rester chaste sa vie durant, faute de quoi elle prendra la vie. Julia est dĂ©signĂ©e pour remettre au gĂ©nĂ©ral Licinius la couronne du vainqueur ; celui-ci en profite  pour s’annoncer chez la vestale le soir mĂȘme, bien dĂ©cidĂ© à  l’enlever.

acte II
L’intĂ©rieur du temple de Vesta, avec au centre la flamme sacrĂ©e sur un grand autel en marbre. Julia est  gardienne de la flamme pour la nuit, qui ne doit jamais s’éteindre. Licinius arrive  pour enlever la jeune femme, mais celle-ci rĂ©siste Ă  la tentation. La flamme s’éteint pendant leur altercation. Le souverain pontife exige le nom du coupable, mais Julia s’y refuse ; elle est condamnĂ©e Ă  mort.

acte III

Tableau 1 : Les tombes en forme de pyramide de la Porta Collina. Licinius implore  vainement le ciel que Julia survive et avoue sa culpabilitĂ©. Julia nie ces allĂ©gations et entre dans la tombe pour y ĂȘtre enterrĂ©e vivante. Elle dĂ©pose  son voile de vestale devant l’autel, qu’enflamme un Ă©clair. C’est le signe que la  dĂ©esse lui pardonne. PardonnĂ©e, Julia peut Ă©pouser celui qu’elle aime et qui l’aime en retour.
Tableau 2 : Le temple de VĂ©nus Ă  Eryx.  L’union de Licinius et de Julia est cĂ©lĂ©brĂ© dans la joie.

 

Spontini : La Vestale, 1807

Spontini: La Vestale. Paris, TCE, du 15 au 28 octobre 2013. Rhorer, Lacascade. Nouvelle production…NĂ©oclassique comme peuvent l’ĂȘtre Canovas et Ingres, Spontini offre le premier cadre du grand opĂ©ra français impĂ©rial. NapolĂ©on premier auditeur de l’ouvrage avant sa crĂ©ation parisienne reste admiratif vis Ă  vis de la maĂźtrise de Spontini.  Trombones, trompettes … le compositeur n’hĂ©site pas Ă  nourrir la texture et le format de l’orchestre, mĂȘme Rossini se souviendra de son solo de clarinette pour Tancredi … C’est dire l’apport de Spontini aprĂšs Gluck et avant Berlioz et Meyerbeer.

La Vestale
On doit donner encore La Vestale… que je l’entende une seconde fois !… Quelle Ɠuvre ! comme l’amour y est peint !… et le fanatisme ! Tous ces prĂȘtres-dogues aboyant sur leur malheureuse victime… Quels accords dans ce finale de gĂ©ant !… Quelle mĂ©lodie jusque dans les rĂ©citatifs ! Quel orchestre ! Il se meut si majestueusement… les basses ondulent comme les flots de l’OcĂ©an.  Les instruments sont des acteurs dont la langue est aussi expressive que celle qui se parle sur la scĂšne.

Hector Berlioz, dans sa 12Ăš SoirĂ©e des SoirĂ©es de l’orchestre ne faiblit d’Ă©loges quant Ă  l’oeuvre de son confrĂšre compositeur.  Le style frĂ©nĂ©tique, l’exacerbation terrible du style sanguin et expressif de Spontini ont de toute Ă©vidence saisi le Romantique français, par ailleurs si difficile ou critique Ă  l’endroit de ses contemporains.

 

SPONTINI_buste_190Aux cĂŽtĂ©s de Berlioz, Wagner qui dirigea l’oeuvre en allemand (Dresde, 1844), tĂ©moigne de sa profonde estime pour l’oeuvre de Spontini. La Vestale demeure l’un des grands Ă©vĂ©nements lyriques du XIXĂš, suscitant un choc unanime et enthousiaste partout en Europe, dĂšs sa crĂ©ation.  A 33 ans, l’auteur fusionne style gluckiste et dĂ©clamation tragique française, prend acte de toutes les critiques constructives qui lui sont avancĂ©es pendant la composition de son opĂ©ra : aprĂšs une annĂ©e de travail, Spontini remet son manuscrit et l’ouvrage est crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris, devant l’Empereur et JosĂ©phine, le 14 dĂ©cembre 1807.  Verve, Ă©clat, grĂące, fulgurance tragique, noble et spectaculaire …  la critique et les spectateurs enchaĂźnent les Ă©loges face Ă  une oeuvre forte, emblĂ©matique du goĂ»t de la France impĂ©riale et romantique, au dĂ©but du XIXĂšme. Par ses nombreux motifs et citations empruntĂ©s Ă  l’antiquitĂ© romaine, l’opĂ©ra de Spontini, protĂ©gĂ© de JosĂ©phine, offre un ouvrage stylistiquement accordĂ© Ă  l’esthĂ©tique impĂ©riale façonnĂ©e par NapolĂ©on.

 

Servi par Melle Branchu (grande habituĂ©e des rĂŽles tragiques Ă  l’OpĂ©ra de Paris) dans le rĂŽle de  la vestale Julia, l’opĂ©ra triomphe grĂące aux tempĂ©raments vocaux que la production a su regrouper pour la crĂ©ation parisienne. PortĂ© par le succĂšs de son livret, Etienne de Jouy (plus tard librettiste de Rossini), signe une adaptation plus comique de La Vestale (dans le genre  vaudeville, La marchande de modes), parodie crĂ©Ă©e elle aussi triomphalement au ThĂ©Ăątre du Vaudeville, oĂč la jeune vestale Julia devient Julie, ouvriĂšre dans un magasin de mode parisien. C’est Maria Callas qui Ă  la Scala de Milan en 1954 ose remonter l’ouvrage et incarner le tempĂ©rament de la bouillonnante et digne Julia.  L’oeuvre n’avait pas investi une scĂšne parisienne depuis 1854.

 

La production de La Vestale au TCE Ă  Paris

Le TCE prĂ©sente la version parisienne de la crĂ©ation en français.  Julia, vestale obligĂ©e Ă  la soumission Ă  l’ordre et au dieu qu’elle sert, demeure fidĂšle Ă  son serment de virginitĂ© malgrĂ© la passion que lui voue le gĂ©nĂ©ral vainqueur Licinius. C’est au dĂ©but du siĂšcle romantique une figure quasi mythique qui offre l’exemple d’une vierge sublime, inflexible et loyale mais qui est aussi une grande amoureuse, choisissant jusqu’Ă  la mort, le sacrifice de son bonheur individuel.

 

spontini_et_epouse_448La production choisit une lecture universelle, ni historique ni dĂ©calĂ©e, que met en lumiĂšre l’Ă©pure tragique d’un plateau dĂ©nudĂ© … afin que s’illustre et s’affirme la violence admirable d’une action qui cite le thĂ©Ăątre classique tragique. Tout en soulignant le tempĂ©rament de chaque protagoniste et l’intensitĂ© des confrontations dramatiques, la lecture prĂ©sentĂ©e sur la scĂšne du TCE en octobre 2013, laisse aussi la place au choeur omniprĂ©sent pendant l’accomplissement du drame : “… peuple de vestales, de prĂȘtres, de  guerriers, de citoyens, foule bigarrĂ©e et mĂ©langĂ©e, toujours au bord de l’explosion qui fait aussi la puissance de l’Ɠuvre “ainsi que le prĂ©cise le metteur en scĂšne.

 

SPONTINI_buste_190La Vestale, tragédie lyrique en trois actes
Gaspare Spontini (1774-1851)

Texte de Etienne de Jouy, création en 1807.
Version française -  nouvelle production

Spectacle en français
DurĂ©e de l’ouvrage  : 2h10 environ
6 représentations
mardi 15, vendredi 18, mercredi 23,
vendredi 25, lundi 28 octobre 2013,19h30
dimanche 20 octobre 2013, 17h

Jérémie Rhorer  direction
Eric Lacascade  mise en scÚne

Ermonela Jaho  Julia
Andrew Richards  Licinius
Béatrice Uria-Monzon  La Grande Vestale
Jean-François Borras  Cinna
Konstantin Gorny  Le Souverain Pontife
Le Cercle de l’Harmonie
ChƓur Aedes


La Vestale
Argument

Dans la rome antique.

acte I
Le forum romain et, Ă  gauche, l’atrium avec les appartements  des vestales.  Le gĂ©nĂ©ral Licinius, vainqueur de la guerre contre les Gaulois, aime la belle Julia.  Entretemps, celle-ci est devenue vestale en l’honneur de son  pĂšre disparu et s’est engagĂ©e à  rester chaste sa vie durant, faute de quoi elle prendra la vie. Julia est dĂ©signĂ©e pour remettre au gĂ©nĂ©ral Licinius la couronne du vainqueur ; celui-ci en profite  pour s’annoncer chez la vestale le soir mĂȘme, bien dĂ©cidĂ© à  l’enlever.

acte II
L’intĂ©rieur du temple de Vesta, avec au centre la flamme sacrĂ©e sur un grand autel en marbre. Julia est  gardienne de la flamme pour la nuit, qui ne doit jamais s’éteindre. Licinius arrive  pour enlever la jeune femme, mais celle-ci rĂ©siste Ă  la tentation. La flamme s’éteint pendant leur altercation. Le souverain pontife exige le nom du coupable, mais Julia s’y refuse ; elle est condamnĂ©e Ă  mort.

acte III

Tableau 1 : Les tombes en forme de pyramide de la Porta Collina. Licinius implore  vainement le ciel que Julia survive et avoue sa culpabilitĂ©. Julia nie ces allĂ©gations et entre dans la tombe pour y ĂȘtre enterrĂ©e vivante. Elle dĂ©pose  son voile de vestale devant l’autel, qu’enflamme un Ă©clair. C’est le signe que la  dĂ©esse lui pardonne. PardonnĂ©e, Julia peut Ă©pouser celui qu’elle aime et qui l’aime en retour.
Tableau 2 : Le temple de VĂ©nus Ă  Eryx.  L’union de Licinius et de Julia est cĂ©lĂ©brĂ© dans la joie.