BRITTEN : Jonas Kaufmann chante Peter Grimes (Vienne, janvier 2022)

BrittenFrance Musique, Sam 19 mars 2022, 20h. BRITTEN : Peter Grimes. Il revient au pacifiste Benjamin Britten d’avoir avec son premier opĂ©ra, Peter Grimes, crĂ©Ă© aprĂšs la guerre en 1945, d’avoir rĂ©inventer l’opĂ©ra anglais moderne. Peter Grimes est un pĂȘcheur, travailleur et sincĂšre ; pourtant incompris et donc ostracisĂ© par tout son village : il est diffĂ©rent des autres et donc suspect


Le hĂ©ros du premier opĂ©ra de Benjamin Britten suscite toujours un dĂ©bat jamais rĂ©solu. Est ce parce que au fond des choses, dans leur identitĂ© tenue secrĂšte par le compositeur, les personnages de Britten se dĂ©robe Ă  toute identitĂ© claire, parlant au nom de leur concepteur pour une ambivalence qui nourrit leur forte attraction? Rien de plus fascinant sur la scĂšne qu’un ĂȘtre vĂ©ritable, contradictoire et douloureux, exprimant le propre de la nature humaine, vellĂ©itĂ©s, espoirs, fantasmes, soupçons, poison de la dissimulation,
terrible secret. A la maniĂšre des hĂ©ros d’Henri James, le hĂ©ros ne livre rien de ce qu’il est : il laisse en touches impressionnistes, suggestives, affleurer quelques clĂ©s de sa complexitĂ©.
A propos de Peter Grimes, Britten et son compagnon le tĂ©nor Peter Pears qui crĂ©a le rĂŽle, reviennent Ă  plusieurs reprises sur l’identitĂ© du hĂ©ros : solitaire et presque sauvage mais bon et fonciĂšrement compassionnel. Sa diffĂ©rence se rĂ©vĂšle dans le rapport Ă  la sociĂ©tĂ© qui l’entoure : “à part” : donc coupable. Le soupçon qu’il suscite, vient de sa diffĂ©rence. Est-il coupable d’avoir tuer ses apprentis pĂȘcheurs? Britten en Ă©pinglant le naturel accusateur des citoyens, dĂ©crit la haine du diffĂ©rent, la dĂ©lation facile, la peur de l’autre. Que Grimes cache un autre secret : tel serait en dĂ©finitive le vrai sujet, mais infanticide, il ne l’est pas. L’homme incarne la figure du paria car il y a en lui, terrĂ©e, imperceptible, une profonde et inavouable blessure.

LIRE AUSSI notre dossier Peter Grimes de Benjamin Britten :

http://www.classiquenews.com/benjamin-britten-peter-grimes-2/

Benjamin Britten : Peter Grimes op. 33
Opéra en trois actes sur un livret de Montagu Slater
d’aprĂšs un poĂšme de George Crabbe crĂ©Ă© au Sadler’s Wells Theatre de Londres le 7 juin 1945  -  donnĂ© le 29 janvier 2022 Ă  l’OpĂ©ra d’État de Vienne 

Distribution :

Jonas Kaufmann, tĂ©nor, Peter Grimes, un pĂȘcheur
Lise Davidsen, soprano, Ellen Orford, veuve, maĂźtresse d’école du Bourg
Sir Bryn Terfel, baryton, Le capitaine Balstrode, capitaine Ă  la retraite
Noa Beinart, contralto, Auntie, , propriĂ©taire de l’auberge «The Boar»

Ileana Tonca, soprano, Niece 1
Aurora Marthens, soprano, Niece 2
Thomas Ebenstein, tĂ©nor, Bob Boles, pĂȘcheur et pasteur mĂ©thodiste Wolfgang Bankl, basse, Swallow, avocat
StĂ©phanie Houtzeel, mezzo-soprano, Mrs. Sedley, veuve d’un agent de la Compa- gnie des Indes Orientales
Carlos Osuna, ténor, Le révérend Horace Adams
Martin HÀssler, baryton-basse, Ned Keene, apothicaire et guérisseur
Erik Van Heyningen, baryton, Carter Hobson, roulier
Pavel Strasil, ténor, Le docteur Crabbe (rÎle muet)
Ferdinand Pfeiffer, basse, Un pĂȘcheur
Irina Perost, mezzo-soprano, une pĂȘcheuse
Juraj Kuchar, ténor, Un avocat

Choeur de l’OpĂ©ra d’État de Vienne
Orchestre de l’OpĂ©ra d’Etat de Vienne
Direction : Simone Young

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DVD, critique. JANACEK : De la maison des morts / From the house of the dead. Young, Castorf (1 dvd Bel Air classiques, 2018)

JANACEK de maison des morts critique classiquenews critique dvd opera bac173-cover-fromthehouseofthedead-recto-siteok-500x712DVD, critique. JANACEK : De la maison des morts / From the house of the dead. Young, Castorf (1 dvd Bel Air classiques, 2018). Avant de mourir Janacek (en 1928) nous laisse son opĂ©ra inspirĂ© de Dostoievski : De La Maison des morts, crĂ©Ă© Ă  Brno, Ă  titre posthume en 1930. L’OpĂ©ra de BaviĂšre Ă  Munich a prĂ©sentĂ© en 2018 la mise en scĂšne de Frank Castorf dont le goĂ»t pour les symboles gĂ©ants et en plastic avait dĂ©routĂ© les bayreutiens, dans sa vision plutĂŽt laide du Ring. Pour illustrer plutĂŽt qu’exprimer la dĂ©faite de notre sociĂ©tĂ© de consommation, il imagine un lieu perdu, aux marques publicitaires Ă©culĂ©es et bien lisibles (ont-elles versĂ© leur financement ?) formant un fatras prĂ©fabriquĂ© qui tient du mirador et de l’abri de ZAD
 ChĂ©reau avait marquĂ© la mise en scĂšne de l’ouvrage Ă  Aix en 2007, mai dans une tout autre rĂ©flexion sur l’ensevelissement progressif des humanitĂ©s. Castorf semble rĂ©pĂ©ter les tics visuels du Ring de Bayreuth pour les imposer chez Janacek. MĂȘme dĂ©ception pour la fosse dont le son toujours tendu, certes opulent et prĂ©sent d’un bout Ă  l’autre, est comme poussĂ© ; il semble indiquer dans la direction de Simone Young, l’absence de vision intĂ©rieure plus tĂ©nue, la perte des nuances. Evidemment, cette pĂąte orchestrale qui dĂ©ferle, finit par couvrir les voix, Ă©cartant lĂ  aussi tout travail filigranĂ© sur le texte. Or la langue est primordiale chez Janacek, lui qui a tant rĂ©formĂ© le langage musical Ă  partir de ses propres recherches sur la notion de musique parlĂ©e, n’hĂ©sitant pas Ă  intĂ©grer dans son Ă©critures les motifs et formules dĂ©couvertes tout au long d’un vrai travail de collecte ethnomusicologique. Cette notion de prĂ©cision linguistique et d’intelligibilitĂ© musicale produit ce rĂ©alisme poĂ©tique si particulier chez le compositeur morave. D’autant qu’aprĂšs Jenufa, Katia Kabanova, La Petite Renarde rusĂ©e, L’Affaire Makropoulos
 De la Maison des morts s’affirme bien comme le prolongement et l’aboutissement de cette esthĂ©tique personnelle et puissante. De ce point de vue, la direction de Simone Young, linĂ©aire, illustrative, en rien trouble ni ambivalente, tombe Ă  plat.

janacekLa poĂ©sie philosophique de Janacek rappelle combien l’homme est reliĂ© et dĂ©pendant d’un cycle qui le dĂ©passe et dont il doit respecter l’équilibre des Ă©nergies s’il veut survivre. Cette immersion (autobiographique dans le cas de Dostoievski) dans les profondeurs des bagnes dĂ©veloppe tout une perspective noire et lugubre, oĂč l’homme perd pied, et se laisse dĂ©truire dans la folie, la violence, la haine, une brutalitĂ© spĂ©cifiquement humaine.
L’Aljeja d’Evgeniya Sotnikova, comme le Morozov d’Ales Briscein sont parfois inaudibles. Mais plus puissants naturellement que leurs partenaires, Bo Skovhus (Siskov) et Charles Workman (Skuratov) tirent leur voix de ce jeu sonore et diluĂ©, car ils sont leurs personnages ; Ăąmes de souffrance, figures d’une humanitĂ© au bout du bout. Le premier a dĂ©jĂ  passĂ© le guĂ© et est enseveli ; le second, est comme enivrĂ© et anesthĂ©siĂ© par le dĂ©nuement et la misĂšre : pour toute rĂ©ponse, Workman tisse une vocalitĂ© intĂ©rieure, pourtant lumineuse dans ce monde des tĂ©nĂšbres. Le chanteur touche juste du dĂ©but Ă  la fin, dans un numĂ©ro d’équilibriste et de funambule heureux, lunaire et finalement dans l’espĂ©rance. Rien que pour cette incarnation, le spectacle mĂ©rite absolument d’ĂȘtre vu et connu.

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DVD, critique. LeoĆĄ JANACEK (1854-1928) : De la maison des morts. MUNICH, OpĂ©ra de BaviĂšre, / Nationaltheater. OpĂ©ra en 3 actes, livret du compositeur, d’aprĂšs DostoĂŻevski. Mise en scĂšne : Frank Castorf. Peter Rose (Alexander Petrovitch Goriantschikov) ; Bo Skovhus (Chichkow) ; Evgeniya Sotnikova (Alieia) ; AleĆĄ Briscein (Filka Morozov) ; Christian Rieger (Le commandant) ; Charles Workman (Skuratov). BAYERISCHES STAATS Orchester / Chorus / ChƓur de l’OpĂ©ra national de BaviĂšre ; Orchestre National de BaviĂšre ; direction : Simone Young. EnregistrĂ© Ă  Munich, printemps 2018. 1 dvd Bel Air classiques. CrĂ©dits photographiques : © Wilfried Hösl – Parution : 14 fĂ©vrier 2020. PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur BelAir classiques

TEASER VIDEO
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