COMPTE-RENDU, concert. TOURS, Opéra, le 6 oct 2018. Concert DEBUSSY. Orch Symph. Région Cenre-Val de Loire / Tours. R. Houlihan.

HOULIHAN-RObert-maestro-chef-d-orchestre-concert-tours-review-compte-rendu-classiquenews-CLIC-de-decembre-Robert-Houlihan1-1COMPTE-RENDU, concert. TOURS, Grand Théâtre / Opéra, le 6 octobre 2018. DEBUSSY : Symphonie Pelléas, Printemps… Orch Symphonique Région Cenre-Val de Loire / Tours. Robert Houlihan, direction. Il fallait être à Tours pour apprécier l’un des concerts Debussy parmi les mieux conçus et les plus passionnants à suivre en cette année commémorative du Centenaire Debussy 2018. Un cadeau d’autant plus apprécié que ce Centenaire est fêté à l’échelle nationale de façon bien timide… pour ne pas dire timorée de la part des programmateurs ; preuve que dans l’esprit et le cÅ“ur des mélomanes comme de la part du milieu des professionnels de la musique, Debussy rebute encore : trop difficile, trop raffiné ? C’est pourtant l’égal de Picasso : Debussy réalise en musique ce que Pablo a accompli en peinture : une révolution esthétique. Il a fait entrer la France et Paris, dans la modernité la plus insolente dès les années 1890… Et plus encore avec son ouvrage lyrique Pelléas et Mélisande créé en 1902. Debussy est un monstre sacré, créateur, novateur,… Tours honore cet héritage et souligne ce statut à part, grâce à un programme d’une exceptionnelle pertinence.

debussy jeuneLe chef et directeur de l’Opéra, Benjamin Pionnier, invite (pour la déjà troisième fois) le chef irlandais Robert Houlihan (2è Prix du Concours des chefs d’orchestre de Besançon 1981 dont le président du jury était l’inflexible Pierre Dervaux) ; Robert Houlihan peut à présent poursuivre un travail de fond avec les instrumentistes de l’Orchestre tourangeau ; le maestro irlandais qui parle très bien notre langue, confirme une règle désormais établie; ce sont souvent les anglo-saxons qui viennent en France nous (ré)enseigner l’amour des Å“uvres françaises. C’est vrai de Berlioz par un certain Colin Davis hier (aujourd’hui John Eliot Gardner) ; c’est encore vrai de Debussy, ce soir, dont la suite extraite de l’opéra Pelléas et Mélisande, (et conçue fort bien en « Symphonie » par Marius Constant), ainsi que « Printemps » (que jouait Boulez à Cleveland) sont à Tours révélés dans toute leur parure chromatique et dans leur force expressive …imprévue. Robert Houlihan nous offre un bain de jouissance symphonique dont il a désormais le secret avec ce goût et cette sincérité pour les Å“uvres françaises qu’il doit à son professeur George Hurst lequel a recueilli l’héritage de Pierre Monteux.
On ne peut guère rêver meilleure transmission, compréhension naturelle, accomplissement,… Les faits sont là et la direction qui se réalise ici parle pour l’évidente affinité du maestro avec les Å“uvres choisies. C’est que le chef réussit la gageure inscrite  dans l’écriture debussyste même : son activité instrumentale en surface, qui fait jaillir des timbres et des couleurs inédites en vagues et nimbes sonores éblouissants ; sa profonde cohésion architecturée qui soustend toute la mer d’accents et de nuances… entre détail et flux organique, microactivité et vue d’ensemble, la direction ne s’égare jamais ; tendue, vive, parfois véhémente, elle suit une trajectoire qu’il est passionnant d’écouter et de repérer pendant le concert.

 

 

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DÉTAIL ET ARCHITECTURE… C’est une réussite majeure à laquelle nous assistons ; Robert Houlihan veillant au relief de chaque timbre, à l’équilibre des pupitres, à la sonorité de l’ensemble malgré une grande disparité de couleurs comme d’effets, … autant de caractères, et défauts qui à l’époque même de Debussy, et ici pour « Printemps » (écrit en 1887), avait suscité le désaveu du jury destinataire de cet « envoi de Rome ». Incompris, maladroit, cet impressionnisme musical est-il si fumeux ou brumeux que cela ? C’est tout l’inverse en définitive car Robert Houlihan détaille, scrute chaque alliance de timbres avec un soin ciselé, une écoute magicienne qui sait aussi rétablir l’unité profonde et souterraine des séquences.

C’est donc vrai de « Printemps », Å“uvre de jeunesse que Henry Büsser a réorchestré (en 1908 ; créé en 1913) mais sans le métier du compositeur ; il en découle des disparités dans les annotations et indications agogiques souvent contradictoires. Voila pourquoi de grands chefs ont veillé particulièrement à résoudre les problèmes d’équilibre et de clarté des timbres, en abordant la partition. Robert Houlihan convainc de bout en bout, à travers les deux parties, par une sensibilité littéralement picturale, amoureux du détail comme grand architecte d’un développement parfaitement lisible.

 

 

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ÉLOGE DE LA COULEUR ET DU TIMBRE… C’est vrai aussi de la « Symphonie Pelléas » (conçue par Marus Constant en 1983) dont malgré le découpage arbitraire des extraits de l’opéra et l’assemblage parfois illogique qui en découle, la force expressive, l’élan structurel, la profondeur des climats intérieurs surgissent sous la baguette d’un maestro dramaturge et poète. Robert Houlihan insuffle à l’orchestre une quiétude enveloppante, des vapeurs sombres et mystérieuses ; une sauvagerie qui soutient l’apparent scintillement de surface. Plutôt que d’impressionnisme, il serait plus exact de parler d’illusionnisme car jamais la violence de Debussy qui sait mieux exprimer en définitive la jalousie maladive de Golaud que la passion juvénile de Pelléas pour Mélisande, ne s’est mieux dévoilée dans un concert. Le dramatisme brûlant que repère le chef et qu’il transmet à l’orchestre est percutant.
On aura vainement chercher les arabesques mélodiques si suaves et innocentes de Pelléas, auquel Debussy dans l’opéra réserve les plus beaux airs… en particulier le duo amoureux, enivré de la scène de la Tour (acte III); où le frère de Golaud s’emmêle, ardent, tendu par son désir, dans les longs cheveux de Mélisande ; elles ont moins inspiré Marius Constant dans son découpage que les stridences acides et douloureuses du Golaud, fou de rage et jaloux à en crever qui même torture Mélisande en l’empoigant par les cheveux (acte IV : « Absalon! En avant! en arrière! Jusqu’à terre! jusqu’à terre »). D’ailleurs l’unique opéra de Claude ne devrait-il pas s’appeler Golaud plutôt que Pelléas et Mélisande ? Constant architecture sa première partie en choisissant ce tableau orchestralement somptueux, suggestif et barbare pour le finale.

L’épaisseur et la matière du mystère se diffusent ensuite dans la mort de Mélisande quand contrairement à ce qui a précédé, c’est l’ascension de son âme, dans l’ombre qui s’efface peu à peu, au son des cloches qui sonnent hors scène, comme un glas… la tension concentre alors tout l’orchestre, dans une sonorité de plus en plus diaphane. Le MYSTÈRE jaillit. Et la musique qui exprime tout ce que les mots ne peuvent dire, atteint alors un moment de grâce d’une indicible intensité. Dans le silence. En quelques secondes, on passe de l’absolu solitude à l’évanescence la plus éthérée. Quel sens de la suggestion ; quel chef tout simplement. S’y révèlent, dans des effets de brumes harmoniques à la fois épaisses et aériennes, le souvenir évidemment de Wagner, que Debussy quoiqu’on en dise, a particulièrement assimilé et digéré : Tristan, Parsifal s’accordent à la matière symphonique de Pelléas. Passionnante expérience.

 

 

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PERLES COMPLÉMENTAIRES… Pertinent, le programme rappelle que c’est Fauré qui mit en musique le premier (avant Debussy), la pièce de théâtre Pelléas et Mélisande de Maeterlinck (1893), dès 1898… Ainsi jouée en ouverture du concert, sa suite Pelléas est abordée avec une profonde connaissance de l’écriture fauréenne, c’est à dire, avec infiniment d’élégance ; jamais maniérée ni décorative ; mais naturelle, coulante, fluide ; plus organique qu’objective… mais aussi âpre voire rugueuse et puissante avec accents et coups de semonce, comme dans la dernière séquence, celle de la mort de Mélisande, l’épisode le plus prenant ce soir après l’élégiaque et suave Sicilienne et sa mélodie déployée à la flûte. Du sombre et du tellurique il y en a bien, chez Fauré, dans l’appel des trompettes de plus en plus sourd et présent ; répétitif, obsédant. Et là encore la sensibilité du chef déploie une vision à la fois claire, transparente, précise, subtilement grave, onctueusement intérieure. Ce grave là avait été joué pour les funérailles de Fauré. C’est dire.

Complet et jouant la carte du sensualisme le plus révolutionnaire, le programme affichait aussi Prélude à l’après-midi d’un faune (1894), dont le développement s’émancipe du poème de Mallarmé, comme de son prétexte chorégraphique (dansé et chorégraphié par Nijinksi) pour atteindre à un sommet de musique pure, abstraite, plus sensorielle que cérébrale. Et sans la narration chorégraphique, libéré de sa contrainte scénique. Quoique. Le chef s’alanguit, souligne le poids naturel du silence, et dans le silence, il sait détacher puis déployer le fil continu qui s’écoule entre chaque séquence instrumentale, et qui rétablit la cohésion secrètement organique de la pièce. En son milieu , comme un emblème, l’unisson des 3 flûtes, au thème clé qui semble délivrer au centre de la pièce, le sens caché de tout l’édifice. On s’incline devant une telle intelligence interprétative. Superbe soirée, et de loin, le concert le plus captivant de ce centenaire Debussy 2018. De nouveaux rvs à l’Opéra de Tours sont prévus, la saison prochaine, sous la conduite de Robert Houlihan : à suivre évidemment.

 

 
 

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COMPTE-RENDU, concert. TOURS, Grand Théâtre / Opéra, le 6 octobre 2018. DEBUSSY : Symphonie Pelléas, Printemps… Orch Symphonique Région Cenre-Val de Loire / Tours. Robert Houlihan, direction. Illustrations : Robert Houlihan à la tête de l’Orch Symph Région Centre-Val de Loire / Tours © Opéra de Tours 2018

 

Programme

Gabriel FAURÉ
Pelléas et Mélisande, suite Op.80

Claude DEBUSSY
Printemps, Suite symphonique

Prélude à l’après-midi d’un faune

Claude DEBUSSY | Marius CONSTANT
Pelléas et Mélisande – Symphonie (1983)

Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours
Direction musicale : Robert Houlihan

 

 

 

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LIRE aussi TOURS, compte rendu critique, concert. Grand Théâtre, le 11 décembre 2016. Concert Shakespeare : Sullivan, Berlioz, Tchaikovski, Nicolaï, Sibelius, Dvorak. Orch Symphonique Région Centre Val de Loire / Tours. Robert Houlihan, direction.

 

 

http://www.classiquenews.com/tours-compte-rendu-critique-concert-grand-theatre-le-11-decembre-2016-concert-shakespeare-sullivan-berlioz-tchaikovski-nicolai-sibelius-dvorak-orch-symphonique-region-centre-val-de-loire/

 
 

 

TOURS, Opéra. CONCERT, DEBUSSY par Robert HOULIHAN

debussy_profil_430TOURS, Opéra. CONCERT, DEBUSSY, les 6 et 7 oct 2018. Déjà invité, révélant une complicité stimulante avec les instrumentistes de ” l’Orchestre maison ” (l’OSRCVDLT, c’est à dire Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours), le chef Robert Houlihan défend avec ampleur, profondeur, acuité et un remarquable sens des détails comme de l’architecture globale, ce foisonnement scintillant d’un Debussy « impressionniste » ; comme les peintres de la période, le compositeur du XXè, illustre cette révolution musicale et symphonique qui comme Picasso a réinventé le langage artistique et l’esthétisme au début du XXè, et proposer de nouvelles dimensions et sensations, liées certes à la couleur, mais aussi au sentiment du plein air : la mer, l’air, le souffle des éléments. Il n’est pas une écriture plus atmosphérique que celle de Debussy…
Pour preuve ce programme prometteur présenté dans le cadre de la saison symphonique de l’Opéra de TOURS, centre très actif en matière de symphonisme ardent : d’abord, Pelléas et Mélisande de… Fauré ; puis Printemps et Prélude à l’Après midi d’un faune de Debussy, enfin, cycle orchestral majeur, rarement donné en tant que tel, Suite pour orchestre ou plus précidément Symphonie d’après la matière musicale de son opéra Pelléas et Mélisande (1902), et ici dans la version pour orchestre signé Marius Constant (1982). 2 représentations événements qui inaugurent aussi la saison symphonique de l’Opéra de TOURS, tout en célébrant le génie de Debussy, célébration opportune pour l’année 2018 qui est celle du centenaire CLAUDE DEBUSSY.

 

 

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Opéra de Tours. Création mondiale des Fées du Rhin d'OffenbachActuellement à l’Opéra de Tours, la création mondiale des Fées du Rhin, opéra méconnu et pourtant saisissant de Jacques Offenbach (version française originale de 1864) : VOIR notre teaser et notre reportage création mondiale des Fées du Rhin de Jacques Offenbach à l’Opéra de TOURS, 28, 30 sept et 2 oct 2018

 

 

 

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http://www.operadetours.fr/debussy-6-7-oct

Gabriel FAURÉ
Pelléas et Mélisande, suite Op.80

Claude DEBUSSY
Printemps, Suite symphonique

Prélude à l’après-midi d’un faune

Claude DEBUSSY | Marius CONSTANT
Pelléas et Mélisande – Symphonie (1983)

Direction musicale : Robert Houlihan
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours

 

 

Conférences de présentation des œuvres
Samedi 6 octobre- 19h00
Dimanche 7 octobre – 16h00
Grand Th̢̩tre РSalle Jean Vilar
Entrée gratuite

 

 

 

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PRÉSENTATION DES Å’UVRES… Les oeuvres choisies mettent à l’honneur l’inspiration orchestrale de Debussy, de Printemps (hymne à la Nature en son éveil, datant de son périple à la Villa Médicis, 1887), à Prélude à l’Après midi d’un Faune de 1894, pièce magistrale pour le ballet éponyme dansé, chorégraphié par Nijinsky pour les ballets Russes à Paris. Le sujet en est le désir et l’extase érotique d’un jeune faune…
Enfin place au texte de Maeterlinck, Pelléas et Mélisande, pièce théâtrale de 1893, mise en musique par Fauré tout d’abord, en 1898 (Suite pour orchestre) et opéra … par Debussy (1902) avec la réussite que l’on sait. En 1983, Marius Constant déduit des 5 actes, un cycle des meilleurs passages symphoniques, pour composer une nouvelle symphonie, exprimant grâce au chant des instruments seuls, la force, la violence et la poésie de cette histoire d’amour tragique, entre deux adolescents trop naïfs, dans un monde à l’agonie (le royaume d’Allemonde gouverné le vieux roi Arkel)…