DVD, compte rendu critique. Thierry Escaich : Claude. Bou, Rhorer (1 dvd BelAir classiques)

CLAUDE escaich Badinter dvd bel air classiques critique DVD classiquenewsDVD, compte rendu critique. Thierry Escaich : Claude. Bou, Rhorer (1 dvd BelAir classiques). Commande de l’opĂ©ra de Lyon Ă  Thierry Escaich et crĂ©e in loco en mars 2013, l’opĂ©ra Claude est le fruit d’un texte engagĂ© contre la peine de mort rĂ©digĂ© par Robert Badinter que la question passionne depuis toujours et pour laquelle il s’est battu sans flĂ©chir obtenant l’abolition pure simple, fait marquant du quinquennat Mitterrand 1 (le 18 septembre 1981). Sur la violence et la barbarie, la vision engage un dĂ©bat ouvert et ici non rĂ©solu sur la responsabilitĂ© qui incombe Ă  celui qui impose la haine jusqu’au meurtre. Si l’on prend partie d’un cĂŽté  comme de l’autre – victimes ou bourreaux, le vrai sujet reste  en profondeur : comment expliquer les origines du mal ? Y a t il toujours corrĂ©lation entre misĂšre et criminalitĂ©?  En d’autres termes y a t-il fatalitĂ© si l’on est nĂ© misĂ©rable? Mais l’opĂ©ra ajoute aussi une autre thĂ©matique tout aussi cruellement moderne : l’enfer et l’enjeu de la prison.
Les conditions de dĂ©tention -inhumaines et de façon criante sont aussi  dĂ©noncĂ©es dans une mise en scĂšne qui pourrait concentrer tout ce que l’univers carcĂ©ral aujourd’hui prĂ©sente en dysfonctionnement insupportable, nos sociĂ©tĂ©s modernes cumulant les Ă©checs quant Ă  la question des prisonniers qui dans l majoritĂ© des cas, appelĂ©s Ă  sortir, doivent ĂȘtre accompagnĂ©s et rĂ©Ă©duquer pour rĂ©ussir leur rĂ© insertion. .. On voit bien que l’opĂ©ra crĂ©Ă© Ă  Lyon suscite bien des interrogations et relance le dĂ©bat sur un scandale sociĂ©tal san fin.

Hugo aseptisé

InspirĂ© de Claude Gueux de Victor Hugo, le livret Ă©voque avec Ă©conomie et force la violence banale qui ronge et dĂ©truit les liens humains dans la prison de Claude aprĂšs sa condamnation Ă  mort : haine entre les geĂŽliers et les dĂ©tenus, haine entre les prisonniers eux-mĂȘmes car la prison devient le miroir rĂ©aliste et fidĂšle d’une sociĂ©tĂ© en Ă©chec, comme mise en cage, face au meurtre et Ă  la violence humaine.

Pas facile de rendre compte d’un opĂ©ra oĂč la tension Ă©tait surtout palpable dans le regard global moins dans le dĂ©tail. Pourtant aprĂšs la crĂ©ation lyonnaise, le tĂ©moignage vidĂ©o souligne (surtout) la force dramatique du baryton français Jean-SĂ©bastien Bou dans le rĂŽle titre (de surcroĂźt parfaitement intelligible, apport capital pour sa prise de rĂŽle), le bartyon compose d’abord un personnage dont la photogĂ©nie ardente embrase l’image. A contrario, on regrette la faiblesse du personnage tenu par le contre tĂ©nor Rodrigo Ferreira (dans le rĂŽle de son compagnon de cellule Albin). Si la direction d’acteurs est convaincante, la mise en scĂšne efficace, c’est Ă  dire ici centrĂ©e sur la barbarie sous toutes ses formes, y compris le directeur de la prison : Jean-Philippe Lafont, droit dans ses bottes, inflexible… totalement inhumain comme le reste des protagonistes, on reste nettement moins convaincus par la musique, finalement linĂ©aire et “grise”, continĂ»ment tendue sans aucune envolĂ©e lyrique a minima humaine voire humaniste de Thierry Escaich : manque de temps, manque d’inspiration ou questions et sujets trop impressionnants ? La rĂ©alitĂ© est lĂ  : la partition nous déçoit par sa rudesse et sa monotonie Ăąpre  et sourde… fallait il uniquement privilĂ©gier l’Ă©touffement et la saturation qui noient le chant des solistes comme l’arabesque parfois prenante des choeurs?  Difficile question d’esthĂ©tique. .. pour nous la musique de Claude manque de trouble, de souffle, de vertiges et aussi d’hĂ©donisme. Hugo mĂ©ritait mieux, c’est Ă©vident. Pourtant Thierry  Escaich ne manque pas de talent.  Parmi les disques rĂ©cents, “Nuits HallucinĂ©es” (2011) en tĂ©moignait (surtout Barque solaire crĂ©Ă© en 2008) : d’une richesse de texture souvent foisonnante. … la source s’est tarie dans le portrait de Claude emprisonnĂ©. Dommage .

Claude de Thierry Escaich (mars, 2013)
Opéra en un prologue, seize scÚnes, deux interscÚnes et un épilogue
Livret de Robert Badinter d’aprĂšs Claude Gueux de Victor Hugo
CrĂ©ation mondiale – Commande de l’OpĂ©ra de Lyon – CrĂ©Ă©e le 27 mars 2013 Ă  l’OpĂ©ra de Lyon.
Mise en scĂšne : Olivier Py
Décors et costumes : Pierre-André Weitz

Claude: Jean-SĂ©bastien Bou
Le Directeur : Jean-Philippe Lafont
Albin : Rodrigo Ferreira
L’Entrepreneur/Le Surveillant GĂ©nĂ©ral : Laurent Alvaro
Premier personnage/Premier Surveillant : RĂ©my Mathieu
DeuxiĂšme personnage/DeuxiĂšme Surveillant : Philip Sheffield
La Petite fille  : Loleh Pottier
La Voix en écho : Anaël Chevallier
Premier détenu : Yannick Berne
DeuxiÚme détenu : Paolo Stupenengo
TroisiÚme détenu : Jean Vendassi
L’avocat : David Sanchez Serra
L’avocat gĂ©nĂ©ral : Didier Roussel
Le Président : Brian Bruce

Orchestre, choeurs et MaĂźtrise de l’OpĂ©ra de Lyon
Direction musicale : Jérémie Rohrer

DVD, compte rendu critique. Escaich / Badinter : Claude, 2013. Jean-SĂ©bastien Bou, Claude. Rodrigo Ferreira (Albin), Jean-Philippe Lafont (le directeur de la prison)… Orchestre, chƓur de l’OpĂ©ra de Lyon. JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction. 1 dvd Bel Air classiques BAC 118 . Livret / notice de 20 pages (français / anglais). Bonus entretien avec Thierry Escaich et Robert Badinter par Anne Sinclair. Enregistrement Ă  l’OpĂ©ra national de Lyon le 4 mars 2013. 1 DVD, durĂ©e 1h37 minutes (opĂ©ra) + 26 minutes (bonus), sous-titres en français et en anglais

Claude, l’opĂ©ra de Thierry Escaich et Robert Badinter sur Arte

Lyon claude boy escaich badinterTĂ©lĂ©. Arte, dimanche 11 Mai,00h15. Escaich, Badinter: Claude (2013). OpĂ©ra de Lyon, avril 2013. Pour l’OpĂ©ra de Lyon, Robert Badinter, ancien garde des Sceaux et le compositeur Thierry Escaich relisent Claude Gueux de Victor Hugo : il en dĂ©coule un nouvel opĂ©ra sur l’univers concentrationnaire oĂč les personnages sont en quĂȘte d’humanitĂ©. Comme tous les ouvrages de Hugo, Claude offre un portrait mordant et sans illusion d’une sociĂ©tĂ© gangrĂ©nĂ©e par ses propres errements : un monde Ă©cartĂ© de toute lumiĂšre, celle du pardon, de l’égalitĂ© des chances, du droit au dĂ©passement de ses fautes antĂ©rieures. Ici les tenants de l’autoritĂ© et de l’ordre moral sont les pires bouchers tortionnaires, et les condamnĂ©s, les victimes d’un ordre arbitraire totalement injuste.

Olivier Py dessine un climat oppressant dĂ©voilant en multiples scĂšnes simultanĂ©es le destin maudit, oubliĂ© des prisonniers de longues peines.  Au cƓur de cette parodie satire de la sociĂ©tĂ©, la barbarie d’un monde sans culture et sans Ă©ducation qui se rĂ©vĂšle Ă©videmment plus ignoble et terrifiant que l’animal: l’homme est bien ce diable qui invente contre ses semblables, le pire des cauchemars collectifs (esclavage, torture
 de ce point de vue rien n’est Ă©pargnĂ© aux spectateurs dans la premiĂšre partie) : l’opĂ©ra prison, dans son Ă©crin gestapiste, est rempli de cette terreur inhumaine qu’incarne magnifiquement le chant rien que bestial et inhumain du directeur de la prison, Jean-Philippe Lafont. Face Ă  lui, l’affamĂ©, victime du monde industriel qui prend le travail aux honnĂȘtes gens comme lui, le canut Jean-SĂ©bastien Bou (ouvrier de la filiĂšre tissus), l’honnĂȘte homme, conduit malgrĂ© lui Ă  la duplicité  puis au crime par nĂ©cessitĂ© et sentiment d’injustice.

Claude, Albin: l’amour contre la prison

CLAUDEHumanitĂ© avilie, humiliĂ©e, soumise Ă  l’autoritĂ© de gardiens extĂ©nuĂ©s, la prison de Clairvaux (acutellement lieu d’un festival de musique chaque mois d’octobre) a des allures d’asile psychiatrique pour cafards sans espĂ©rance. Ces hommes dĂ©truits symbolisent l’avenir de toute l’humanitĂ©. Alors quelle issue dans ce trou des condamnĂ©s d’oĂč l’espoir hugolien aime faire jaillir une flamme de bontĂ© ? L’élan irrĂ©sistible d’un dĂ©sir de fusion et d’amour entre les deux hommes incarcĂ©rĂ©s : Claude et Albin (le haute contre Rodrigo Ferreira), codĂ©tenu de son mitard de Clairvaux. Comme dans un opĂ©ra classique, la passion submerge les cƓurs jusqu’au delĂ  du raisonnable et parce qu’il a sĂ©parĂ© les amants apaisĂ©s, le directeur de la geĂŽle est assassinĂ© par Claude. Ce dernier est guillautinĂ©.

arte_logo_2013Efficace, suractive, la musique de Thiery Escaich (qui signe son premier opĂ©ra), paraĂźt plus narrative et strictement illustrative que vraiment inspirĂ©e. Souvent bavarde Ă  force d’effets acadĂ©miques, sans suspensions, sans transe, sans fiĂšvre comme l’aurait mĂ©ritĂ© le livret, lui trĂšs dense et cohĂ©rent, voire passionnant par les thĂšmes philosophiques qu’il soulĂšve autour du salut des condamnĂ©s. «  Justice injustice », tel Ă©tait le thĂšme retenu pour un cycle vaste et attendu par l’OpĂ©ra de Lyon. La rĂ©alisation visuelle et scĂ©nographie est Ă  la hauteur de la portĂ©e du livret : Jean-SĂ©bastien Bou s’y montre bouleversant entre fĂ©linitĂ© Ă©cƓurĂ©e et aspiration irrĂ©pressible Ă  un monde meilleur : en lui souffle la flamme ardente des hĂ©ros rĂ©volutionnaires, des visionnaires tragiques. Dommage que la musique soit aussi extĂ©rieure au sujet et finalement artificielle. Pourtant la derniĂšre image convoquant au moment du supplice, une figure de danseuse exprime astucieusement l’idĂ©e de la justice qui doit faire son Ɠuvre et dont on attend toujours dans bien des cas, l’activitĂ© libĂ©ratrice…

Télé. Arte, dimanche 11 Mai, 00h15. Escaich, Badinter: Claude (2013).