Les 10 ans de Pulcinella Ă  la Salle Gaveau

Gaillard ophelie violoncelle -Gaillard

Paris, Gaveau : les 10 ans de Pulcinella, le 27 novembre 2015.  PULCINELLA a 10 ans ! OphĂ©lie Gaillard revient Ă  la Salle Gaveau, pour un concert exceptionnel et plein de surprises. Un retour emblĂ©matique Ă  Gaveau oĂč l’aventure de Pulcinella avait commencĂ© en 2005. FĂȘter les 10 ans d’un ensemble, dans le contexte actuel, est un accomplissement notoire. Comme ensemble instrumental crĂ©Ă© par la violonceliste OphĂ©lie Gaillard, Pulcinella s’est consacrĂ© avant tout Ă  ĂȘtre une force collective et Ă  s’approcher des publics les plus divers. En touchant tant Ă  Bach qu’Ă  Schubert ou Ă  Carl Philip Emanuel Bach, OphĂ©lie Gaillard et ses musiciens ont explorĂ© des pans entiers du rĂ©pertoire concertant et sacrĂ©. L’ensemble a multiplié  les rencontres Ă  travers le disque ou le concert ; il s’impose comme un collectif en mouvement, Ă  fort caractĂšre et tempĂ©rament explorateur, une force vive dont le style se dĂ©marque. Pulcinella est aussi un ensemble engagĂ© dans le partage auprĂšs des publics empĂȘchĂ©s, par ses actions Ă  l’Ă©cole, en prison, Ă  l’hĂŽpital. Pour que la voix de la musique s’exprime librement, partout, aprĂšs du plus grand nombre.

boutonreservationOphĂ©lie Gaillard et son ensemble Pulcinella vous invitent Ă  dĂ©couvrir ou Ă  redĂ©couvrir son action musicale ce vendredi 27 novembre 2015 Ă  20h30 Ă  la Salle Gaveau. Venez fĂȘter la 10Ăšme annĂ©e et un nouveau dĂ©part pour 10 annĂ©es supplĂ©mentaires! Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servation sur le site de la Salle Gaveau Ă  Paris.

 

 

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Compte rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra Comique, le 8 avril 2015. La Guerre des ThĂ©Ăątre, d’aprĂšs La Matrone d’EphĂšse de Fuzelier, 1714. La Clique des Lunaisiens. Arnaud Marzorati, direction. Jean-Pierre Desrousseaux, mise en scĂšne.

Depuis  quelques temps croisant aussi l’anniversaire de la crĂ©ation de l’opĂ©ra comique (2015 marque le tricentenaire de sa crĂ©ation), le CMBV Centre de musique baroque de Versailles  s’engage Ă  restituer  les premiers ouvrages qui ont jalonnĂ© l’essor et la maturation du genre. En tĂ©moigne ce nouveau spectacle oĂč Ă©blouit l’esprit des Forains, “la guerre des thĂ©Ăątres”…

 

 

 

RĂ©surrection de l’opĂ©ra comique Ă  ses origines

Guerre des genres

 

watteau peinture_Harlequin_and_Columbine_fAprĂšs les productions remarquĂ©es de La Belle mĂšre amoureuse  (parodie d’Hippolyte et Aricie de Rameau rĂ©alisĂ©e  sous forme d’un formidable spectacle de marionnettes) et plus rĂ©cemment des FunĂ©railles de la Foire – autre superbe spectacle avec acteurs et sans marionnettes, crĂ©Ă© Ă  Nanterre  en mars dernier-, avril voit une nouvelle production illustrant l’histoire et la genĂšse du genre : la Guerre des thĂ©Ăątres qui s’inspire de la piĂšce de Fuzelier de 1714,  La matrone d’EphĂšse. Le spectacle  conçu par Jean-Philippe Desrousseaux et Arnaud Marzorati reprend contrastes et oppositions d’origine : nourrissant l’intrigue principale, se distingue en particulier ce tragique larmoyant et dĂ©ploratif de la Veuve (Jean-François  Novelli) qui ne cesse de se rĂ©pandre, auquel rĂ©pond l’insolence des italiens dont Arlequin qui forcĂ© par Pierrot et Colombine  (Arnaud Marzorati et Sandrine Buenda : vraie  fourbe manipulatrice  sous ses airs angĂ©liques) ont convaincu la matrone de ne pas se suicider  (et accessoirement de ne pas entraĂźner avec elle, la mort de ses deux serviteurs les Pierrot et Colombine prĂ© citĂ©s).

C’est un peu propre au thĂ©Ăątre baroque, surtout Ă  l’esprit de MoliĂšre, l’alliance inespĂ©rĂ©e du tragique et du comique que Strauss et son librettiste Hofmannstal sauront si subtilement recycler dans Ariadne auf Naxos (d’ailleurs, la Veuve Ă©plorĂ©e rappelle ici la posture d’Ariane abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e
).

Pour l’heure sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Comique, les joyeux lurons de la Clique des Lunaisiens portĂ©e par le baryton Arnaud Marzorati, s’engagent sans compter pour un spectacle qui accorde dĂ©lire et poĂ©sie tout en rappelant les diverses formes que les forains durent concevoir et assumer en rĂ©ponse aux multiples contraintes imposĂ©es par ses concurrents offensĂ©s dont surtout l’inĂ©vitable ComĂ©die Française : monologue, pantomime, Ă©criteaux Ă  l’adresse du public… (karaoke avant l’heure),  et marionnettes dont frĂšre en insolence d’Arlequin, le petomane Pulcinella qui pousse loin les rĂšgles de l’impertinence barbare en particulier Ă  l’adresse des vieux hĂ©ros  tragiques de la ComĂ©die Française.

Performances d’acteurs

guerre des theatres fuzelier matrone d ephese opera comique francoise rubelin clic de classiquenewsMalgrĂ© la diversitĂ© des sĂ©quences qui se succĂšdent, l’unitĂ© dramatique est prĂ©servĂ©e grĂące au jeu souple tout en finesse des acteurs-chanteurs. Les lazzi dArlequin fusent (Ă©poustouflante versatilité  imaginative du jeune Bruno Coulon dont on se dĂ©lecte de la facilitĂ© mordante dĂ©licieusement sĂ©dicieuse,  d’autant que lui aussi dans le tableau des marionnettes trouve un placement en voix de tĂȘte idĂ©alement strident pour incarner et actionner la figure d’une vieille chanteuse de l’OpĂ©ra qui fait les frais de l’ironie de Pulcinella. ..) ; Colombine  intrigue et caquĂšte ; Pierrot fait son benĂȘt (impeccable et irrĂ©sistible Arnaud Marzorati) et la ComĂ©die Française s’invite Ă  la foire, pleine de haine jalouse  et d’interdits exorbitants. Tous semblent bien Ă©trangers par leur drĂŽlerie satirique et parodique aux larmes mĂ©diterranĂ©ennes – et gitanes-,  de la matrone (Jean-François Novelli) dont le spectateur note dĂšs son entrĂ©e, la longueur du voile de pleureuse, Ă©gale Ă  la profondeur de son deuil, proportionnĂ©e Ă  la volontĂ© d’en finir.

Le spectacle joue habilement des situations, chacune ayant autant de vertus comiques que pĂ©dagogiques car il faut restituer  ce qui a fait l’essor de l’opĂ©ra comique Ă  ses dĂ©buts : sa nature expĂ©rimentale, sa fascinante qualitĂ© Ă  savoir rebondir malgré  les interdits de toutes sortes. La pertinence de la conception y est dĂ©fendue par la spĂ©cialiste du genre Françoise Rubellin, dont la coopĂ©ration est le gage de la justesse et de la qualitĂ© : son intervention au dĂ©but du spectacle a rappelĂ© les enjeux du spectacle dans son contexte.

La volubilitĂ© des chanteurs acteurs Ă©clatent dans une frĂ©nĂ©sie collective (pilotĂ©e tambour battant mais subtilement jusqu’au charivari final) ; une facilitĂ© aussi Ă  endosser et changer de rĂŽles pendant la soirĂ©e : Jean-Philippe  Desrousseaux qui signe aussi la mise en scĂšne incarne une ComĂ©die Française Grand SiĂšcle hurlant sa haine jalouse, son agacement colĂ©rique : diction, poses, gestuelle et intonation. … tout indique la maison mĂšre figĂ©e  dans son jus dĂ©clamatoire et… poussiĂ©reux : l’acteur se dĂ©lecte Ă  articuler son texte et ciseler son personnage que contrepointe toujours trĂšs subtilement la facĂ©tie irrĂ©vĂ©rencieuse d’Arlequin. Leur duo fonctionne  Ă  merveille. Il est tout autant irrĂ©sistible en acteur marionnettiste incarnant simultanĂ©ment et changeant de registre vocal de l’un Ă  l’autre, et le malicieux et trĂšs inconvenant Pulcinella, et le pompeux acteur tragique, spĂ©cifiquement parodiĂ©.

On rit du dĂ©but Ă  la fin d’autant que les interprĂštes d’une finesse dĂ©lectable nous servent de copieux entremets, riches en effets et saillies les plus diverses : toujours c’est la foire qu’on enterre et toujours elle se rĂ©invente pour mieux renaĂźtre. En voici une Ă©clatante et Ă©loquente illustration. L’OpĂ©ra Comique a Ă©tĂ© bien inspirĂ© de programmer ce spectacle idĂ©al pour illustrer son tricentenaire. Courrez applaudir ce spectacle haut en couleurs : on y rit sans mesure, en famille, pour petits et grands. Pour les enfants de tout Ăąge. Sur le plan artistique et thĂ©Ăątral, le spectateur enchantĂ© y mesure pas Ă  pas la complicitĂ© d’une troupe en maturation, l’accomplissement de l’esprit forain directement venu des trĂ©teaux Ă  Saint-Germain ou Saint-Laurent.