samedi 3 octobre 2026

CRITIQUE, concert. LYON, Auditorium Maurice Ravel, le 18 décembre 2025. CHAUSSON, STRAVINSKY. Siobhan Stagg (soprano), Orchestre national de Lyon, Nikolaj Szeps-Znaider [direction]

A lire aussi
image_pdfTélécharger (.pdf)

À la tête de l’Orchestre national de Lyon, – dont il est devenu le 7ème directeur musical en 2020 -, le maestro Nikolaj Szeps-Znaider immerge dès les premières mesures du Poème d’Ernest Chausson, dans un océan de sentiments mêlés ; la houle que l’Orchestre déploie déborde en couleurs émotionnelles de plus en plus intimes et puissantes, à la fois tendres et sauvages pour reprendre le texte de Maurice Bouchor [lequel relève d’un sentimentalisme à la fois symboliste et impressionniste]…  Dommage que la soprano invitée, l’australienne Siobhan Stagg ne maîtrise pas le français autant qu’enivre son timbre soyeux et melliflu.

 

 

 

 

 

CHAUSSON : volupté sombre, poison fatal

Malgré l’aide des surtitrages, on perd l’intelligibilité du texte tout du long sans vraiment goûter l’alliance des images poétiques littéraires, et des nuances orchestrales, lesquelles en vagues successives ou croisées tissent un flamboyant poème symphonique chanté, ample mélodie pour voix et orchestre [ce qui fait regretter d’autant plus le relief du verbe chanté parfois à peine audible]. La direction du chef qui produit les effluves sonores enivrées, et comme envoûtées, indique dans la première partie une langueur sombre, extatique et presque amère puis après l’interlude, un dramatisme plus exalté, les visions d’une séparation et d’un deuil que l’on force à l’oubli. La texture orchestrale riche en passages harmoniques intenses et raffinés exprime l’attachement viscéral au passé, la volonté de réactiver l’épaisseur du souvenir jusqu’à l’épuiser… Ce qui advient inexorablement dans la dernière séquence [« Le temps des lilas et le temps des roses« ], forme d’un adieu retardé puis consenti dans une douleur tue, comme empoisonnée… Ce soir, l’opulence du son orchestral éclaire la très riche texture élaborée par Chausson, entre symbolisme et impressionnisme. Chef et instrumentistes en réussissent les noces surprenantes d’une partition envoûtante, entre Debussy et Wagner.

L’exercice est d’autant plus difficile [et sa réalisation méritoire] que l’intervalle stylistique est pour le moins impressionnant ; beau défi en effet que de passer en une seule soirée, de Chausson, si straussien et wagnérien ce soir, à… un Stravinsky virtuose et néo baroque, parodiant avec infiniment d’esprit et de malice, la vivacité des Napolitains, en particulier celle de Pergolèse.

Dans les faits, le plateau passe d’un grand effectif philharmonique à un groupe instrumental intimiste [avec pour les deux séquences, une remarquable exposition des vents, bois et cuivres]. Belle démonstration d’adaptabilité que le chef avec l’attention requise, (même si l’on note une tendance à ralentir voire épaissir le trait, surtout au début), défend sans faiblir.

 

 

 

UN STRAVINSKY PERGOLÉSIEN…

Du ballet PULCINELLA, écrit pour Diaghilev en 1919, le chef souligne l’esprit facétieux et libertaire en phase avec l’aplomb et l’insolence du caractère même de Pulcinella, le séducteur séditieux qui provoque, se moque, ironise, tout en collectionnant les conquêtes (au risque d’agacer leurs fiancés). La baguette explore toutes les nuances d’une partition qui se joue et de la vitalité chorégraphique de la partition, et de la saveur théâtrale qu’apporte la présence des 3 chanteurs au plateau. Évidemment il manque ici le mouvement des danseurs mais l’engagement des bois [Gavotte], les glissandi du magnifique tromboniste [Vivo], le chant perçant fulgurant de la trompette [dans le finale],… claquent, et virevoltent avec l’acuité piquante, virtuose, la volubilité expressive, attendues. Y compris de pures tournures rythmiques hispaniques qui rehaussent encore la fougue délirante du finale.

Les spectateurs retrouvent Siobhan Stagg au sein du trio vocal. Pourtant c’est surtout le baryton français Edwin Crossley-Mercer à son aise dans ce répertoire et bien articulé, qui sait capter le mieux la saveur parodique, gourmande et bouffonne de ses airs.
Les voix sont en effet parfois trop épaisses et passent à côté de l’insolence néo baroque, la légèreté affûtée, imaginée, exprimée par Stravinsky qui pensait plutôt aux figurines de porcelaine [style Saxe], aux profils juvéniles et mordants, ces caractères mixtes, fusionnant les tréteaux et la comédie bouffonne, rappelant aussi la fascination du compositeur pour la vie secrète des marionnettes [rappel de son fabuleux Petrouchka, mi comique mi tragique, autre ballet qui met en scène l’amour et le cynisme, la tendresse feinte et la barbarie bouffe].
Un seul air ici relève d’une tendresse sincère, celle de Silvia (le dernier air de la soprano) à l’endroit du petit berger certes estimé mais qui pourrait bien se prendre un coup d’épine, selon l’humeur d’une amoureuse aussi volage que le héros [« Se tu m’ami« ].

 

photo © classiquenews TV

 

 

Eclectique, associant 2 partitions trop rares au concert, le programme intitulé « l’Amour et la mer » est repris ce SAMEDI 20 déc 2025 à 18h, à l’Auditorium de Lyon, à ne pas manquer :
https://www.classiquenews.com/auditorium-orchestre-national-de-lyon-chausson-r-strauss-stravinsky-lamour-et-la-mer-les-18-et-20-dec-2025-siobhan-stagg-soprano-nikolaj-szeps-znaider-direction/

 

 

LIRE aussi notre présentation de la nouvelle saison de l’Auditorium Orchestre national de Lyon, saison 2025 – 2026 (temps forts, programmes, événements, artistes invités, cycles en cours…) : https://www.classiquenews.com/auditorium-orchestre-national-de-lyon-saison-2025-2026-nikolaj-szeps-znaider-daniil-trifonov-leif-ove-andsnes-isabelle-faust-bruce-liu/

AUDITORIUM ORCHESTRE NATIONAL DE LYON, saison 2025 – 2026. Nikolaj Szeps-Znaider, Daniil Trifonov, Leif Ove Andsnes, Isabelle Faust, Bruce Liu…

 

_____________________________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

LES TALENS LYRIQUES. REQUIEM de CAMPRA (Concertgebouw d’Amsterdam, puis Grand Manège de Namur), les 3 et 6 oct 2026. TARARE de SALIERI, du 10...

Avant d’interpréter le rare et exceptionnel TARARE de Salieri à l’Opéra Royal de Versailles (du 10 au 18 octobre...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img