Powder her face de Thomas Adès Ă  l’OpĂ©ra de TOURS

powder-her-face-ades-opera-bruxelles-la-monnaie-septembre-2015TOURS, OpĂ©ra. Adès : Powder her face. 3, 5, 7 avril 2020. 20 ans après sa crĂ©ation sulfureuse, l’opĂ©ra de chambre de Thomas Adès avait fait l’affiche Ă  Bruxelles (sept 2015) ; en 2020, le voici Ă  Tours. CrĂ©Ă© en 1995, l’opus sur un livret de Philip Hensher dĂ©roule son action scandaleuse en deux actes inspirĂ©e des frasques sexuelles de la duchesse dĂ©jantĂ©e Margaret Campbell, duchesse d’Argyll (1912-1993) qui en 1963 dĂ©fraya la chronique par son divorce aux rĂ©vĂ©lations honteuses, ses dĂ©bauches Ă  peine masquĂ©es, un exhibitionisme surprenant de la part d’une aristocrate pourtant bien nĂ©e et parĂ©e de toutes les sĂ©ductions physiques.

 

 

 

CrĂ©Ă© en juillet 1995, l’opĂ©ra de Thomas Adès s’affiche 20 ans plus tard… Ă  Bruxelles

Fellation et frasques sexuelles de la Duchesse

 

 

 

 

Ades_Thomas_2013a_PC_BrianVoice_300_610_300_c1_center_center_0_-0_1La fameuse scène de fellation (alternant chant fermĂ© et suraigus) a marquĂ© les esprits au sein d’une partition globalement très apprĂ©ciĂ©e par le public : Ă  croire que les scènes dĂ©cadentes, d’orgies quasi explicites ont leur public Ă  l’opĂ©ra. En 1995, Thomas Adès alors âgĂ© de 23 ans, avait relevĂ© le dĂ©fi de rĂ©aliser cette scène scandaleuse et accepter le projet dans son entier sur cette invitation. L’auteur se montre influencĂ© par Berg, Stravinsky, Britten et Weill, mais aussi les tangos de Piazzolla. Adès fait de Lady Campbell une figure aussi dĂ©truite, comique et tragique que Lulu. DĂ©fendue par quatre chanteurs et 15 instrumentistes, la prose du texte s’apparente Ă  une farce cynique que la musique tempère par des accents immĂ©diatement touchants et sincères.

Le dĂ©roulement du drame suit Ă  la façon d’une cabaret opĂ©ra, la chronique du mariage libre entre le duc et la duchesse d’Argyll : l’action dĂ©bute dans une chambre de l’hĂ´tel Dorchester près de Hyde Park, oĂą la vieille dĂ©cadente se souvient de sa jeunesse dĂ©pravĂ©e : une sĂ©rie de flashbacks suscite ensuite les tableaux qui suivent ; des invitĂ©s en 1934 Ă©voquent son rĂ©cent divorce ; rappel du mariage ducal en 1936, puis les premières infidĂ©litĂ©s du couple hors mariage survenu Ă  partir de 1953. DivorcĂ©e en 1955, ruinĂ©e, la Duchesse paraĂ®t en 1970 lors d’une interview tĂ©lĂ©visĂ©e puis, ce sont les annĂ©es 1990, quand dans une suite d’hĂ´tel dont elle ne peut plus payer les factures, la sĂ©ductrices pourtant tapĂ©e, tente en vain de sĂ©duire le directeur de l’Ă©tablissement. Puis, un Ă©lectricien et une femme de chambre nettoient tout ce qui restait du passage de la dĂ©bauchĂ©e qui a finalement quittĂ© l’hĂ´tel (effectivement dans la rĂ©alitĂ© la vieille misĂ©reuse dut quitter son quotidien confortable en 1978 pour une maison mĂ©dicalisĂ©e). MĂŞme rouĂ©e et abonnĂ©e aux excès les plus inventifs, la dĂ©bauchĂ©e gagne le cĹ“ur du public : Powder her face conserve un soupçon de tendresse implicite, “poudrez son petit nez”… : cocaĂŻne ou fard sur le visage, la dĂ©cadente magnifique a de toute Ă©vidence sĂ©duit l’inspiration du jeune Adès, dans un ouvrage très rythmĂ© et dramatiquement haletant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

boutonreservationTOURS, Opéra
3 représentations
Les 3, 5, 7 avril 2020

(Rory Macdonald, dir / Dieter Kaegi, mes)
Cals, Hershkowitz, Boyd, Nolen… Première Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

 

 

 

 OpĂ©ra en deux actes
Livret de Philip Hensher
Créé au Cheltenham Music Festival le 1er juillet 1995

Nouvelle production de l’OpĂ©ra de Tours
Première représentation à l’Opéra de Tours

Durée : environ 2h sans entracte
 

 

Direction musicale : Rory Macdonald
Mise en scène : Dieter Kaegi
DĂ©cors et Costumes : Dirk Hofacker
Lumières : Mario Bösemann

La Duchesse : Isabelle Cals
La Bonne : Sara Hershkowitz
L’éléctricien : Jonathan Boyd
Le Directeur de l’Hôtel : Andrew Nolen

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

 

 
ConfĂ©rence : Mercredi 25 mars 2020 – 14h30
Grand Théâtre – Foyer du public
Entrée gratuite

 

 

Billetterie Opéra de Tours
Ouverture du mardi au samedi
10h30 Ă  13h00 / 14h00 Ă  17h45

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

Grand Théâtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

 

 
 

 
 

VIDEO : visionner l’opĂ©ra Powder her face de Thomas Adès

 
 

 
 

Powder her face, op.14 au Teatro Colon
Ă“pera en dos actos (1995)
Música de Thomas Adès
Libreto de Philip Hensher

DirecciĂłn musical : Marcelo Ayub
DirecciĂłn de escena : Marcelo Lombardero

Daniela Tabernig, Oriana Favaro, Santiago Burgi, Hernán Iturralde (mars 2019)

OpĂ©ra de TOURS, saison lyrique 2019 – 2020 : 7 productions Ă©vĂ©nements

TOURS-opera-nouvelle-saison-2019-2020-annonce-presentation-critique-concerts-critique-opera-classiquenewsOPERA DE TOURS, saison 2019 2020. TOURS, scène lyrique majeure en France. Ouverte voire audacieuse, majoritairement romantique, la programmation 2019 – 2020 de l’OpĂ©ra de Tours n’oublie pas pour autant de dĂ©licieusement provoquer (Powder her Face du compositeur contemporain Thomas Adès : une Ĺ“uvre forte et chambriste qui dĂ©cortique l’âme humaine crĂ©Ă©e il y a dĂ©jĂ  plus de 24 ans). Le chef et directeur des lieux, Benjamin Pionnier, veille au choix des productions dĂ©jĂ  crĂ©Ă©es ou dans le cas de nouvelles rĂ©alisations, au profil des hommes de théâtre capable de respecter la partition et de rĂ©ussir la fusion du théâtre et de la musique. Un Ă©quilibre entre musique et dramaturgie qui se montre exemplaire quand ailleurs l’outrance des scĂ©nographie pseudo-conceptuelles n’hĂ©site pas Ă  dĂ©naturer les ouvrages originaux et rĂ©Ă©crire mĂŞme l’action conçue par le compositeur et son librettiste…
En 2019 – 2020, Benjamin Pionnier a conçu l’une de ses programmations les mieux Ă©quilibrĂ©es, portant les dĂ©fis et les promesses de pas moins de 3 nouvelles productions : Don Quichotte, Powder her face et dernier volet de la saison, l’éblouissante Giovanna d’Arco de Verdi. Les 7 productions lyriques Ă  l’affiche de cette nouvelle saison 2017 – 2019 continuent d’explorer, de questionner, et aussi de divertir, en une totalitĂ© idĂ©ale. Ne manque que le baroque (peut-ĂŞtre la saison suivante ?). Soit une vraie scène lyrique, exigeante et gĂ©nĂ©reuse qui prend des risques et sait renouveler notre comprĂ©hension des ouvrages plus familiers. VoilĂ  la preuve qu’il n’y pas qu’à Paris intra muros que les productions et choix de rĂ©pertoires mĂ©ritent que l’on s’y attardent. Tours est plus que jamais une Ă©tape rĂ©gulière et importante de tout amateur d’opĂ©ra en France. Voici donc, d’octobre 2019 Ă  mai 2020, les 7 Ă©vĂ©nements lyriques Ă  ne pas manquer Ă  l’OpĂ©ra de Tours.

 
 

OCTOBRE 2019

Ainsi la première production célèbre le dernier opéra de la trilogie Da Ponte / Mozart, soit Cosi fan tutte, créé au Burgtheater de Vienne le 26 janvier 1790. Inspiré par le livret de Lorenzo Da Ponte, Mozart, après avoir composé Les noces de Figaro puis Don Giovanni surtout, aborde avec une subtilité inédite jusqu’alors, la duplicité des sentiments, les faux serments, la légèreté du cœur féminin (ainsi font elles toutes / toutes les mêmes…, comme nous le dit le titre même de l’opéra « Cosi fan tutte »). Quand Wolfgang aborde le genre buffa, la finesse et l’élégance de la nostalgie qu’il sait instiller à son écriture, renouvellent totalement le genre buffa napolitain… C’est un marivaudage avant l’heure : une carte du tendre semé de quiproquos douloureux, de tromperie et de cynisme amers, de faux serments et de vraies passions irraisonnées. La pulsion et l’éros choatique plutôt que la fidélité et la constance… (une approche réaliste déjà abordée dans les Noces et Don Giovanni, selon les thèmes chers au poète écrivain Lorenzo da Ponte). C’est l’école des amants, où les jeunes fiancés apprennent l’inconstance de leurs aimées respectives ; où les femmes aussi s’enivrent et se perdent dans le jeu de l’amour croisé… Les 4, 6 et 8 octobre 2019. Benjamin Pionnier, direction musicale / Gilles Bouillon, mise en scène.

RÉSERVEZ :
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 
 

 
 

DECEMBRE 2019

Toujours sur le mode comique déjanté, et pour fêter la fin d’année 2019, voici une pièce maîtresse de Charles Lecocq : Le Docteur Miracle, opéra comique en un acte créé aux Bouffes-Parisiens en avril 1857, les jeudi 12 déc et vend 13 déc en séances scolaires, et pour le grand public, le sam 14 décembre 2019. Version intimiste pour chanteurs et piano (Pierre Lebon, mise en scène). La fille du podestat de Padoue, Laurette, pourra-t-elle épouser celui qu’elle aime, le capitaine Silvio ?

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http://www.operadetours.fr/le-docteur-miracle

 
 

Ne manquez pas non plus en ces temps de célébrations de Noël, l’opérette en 3 actes d’André Messager : Les P’tites Michu (créé aux Bouffes-Parisiens en nov 1897). Messager se joue des contrastes sociaux quand deux filles échangées à leur naissance, vivent dans un milieu qui ne leur était pas destiné au départ… haute naissance ou milieu modeste, Marie-Blanche et Blanche-Marie sont les héroïnes de ce vaudeville léger, élégant, français qui suscita un immense succès jusqu’à Londres et Broadway… 4 dates pour la semaine entre Noël et le jour de l’an, les 27, 28, 29 et 31 décembre 2019.

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http://www.operadetours.fr/les-p-tites-michu

 
 

 
 

 
 

JANVIER 2020

Rossini, après avoir traité le genre seria, s’affirme réellement dans la veine du melodramma buffo (et en deux actes) comme l’atteste la réussite triomphale de son Barbier de Séville, d’après Beaumarchais, créé au Teatro Argentina de Rome, en février 1816. Fin lui aussi, mordant et d’une facétie irrésistible par sa verve toute en subtilité, le compositeur se montre à la hauteur du drame de Beaumarchais : il réussit musicalement dans les ensembles (fin d’actes) et aussi dans le profil racé, plein de caractère de la jeune séquestrée, Rosine : piquante, déterminée, une beauté pleine de charme… Avec le Figaro de Guillaume Andrieu, la Rosina d’Anna Bonitatibus… Direction musicale : Benjamin Pionnier / Mise en scène : Laurent Pelly. Les 29, 31 janvier puis 2 février 2020.

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MARS 2020

En mars 2020, nouvelle production événement : Don Quichotte de Jules Massenet, comédie héroïque en 5 actes, créé à Monte Carlo le 24 février 1910. L’ouvrage appartient à la dernière période de Massenet, épurée, intense, franche. Le chevalier à la triste figure espère en vain plaire à Dulcinée, la séduire, mais la belle est une beauté arrogante et hautaine. Heureusement, son fidèle compagnon Sancho adoucit la morsure d’une vie solitaire éprouvée par les railleries et les humiliations. Dirigé par Gwennolé Rufet et mis en scène par Louis Désiré, l’opéra du dernier Massenet demeure méconnu, à torts. La distribution réunie à l’Opéra de Tours comprend Nicolas Cavallier (Don Quichotte), Julie Robard-Gendre (Dulcinée) et Pierre-Yves Pruvost (Sancho) ; leur trio devrait proposer une belle lecture, entre autres convaincante par la caractérisation des personnages défendue par les solistes… 3 représentations attendues, les 6, 8 et 10 mars 2020.

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http://www.operadetours.fr/don-quichotte

 
 

 
 

AVRIL 2020

Voici une partition abusivement cataloguĂ©e de scandaleuse, crĂ©Ă©e dĂ©jĂ  il y a plus de 20 ans, en juillet 1995 au Cheltenham Music Festival : Powder her face du compositeur contemporain Thomas Adès (nĂ© en 1971) est un opĂ©ra en deux actes ; en rĂ©alitĂ© direct, juste, saisissant, dĂ©voilant avec un rĂ©alisme taillĂ© au scalpel, les tares de la sociĂ©tĂ© humaine… dans un certain milieu, celui de la soit disant belle sociĂ©tĂ© anglaise des annĂ©es 90… Adès Ă©voquant avec une verve ironique, poĂ©tique, dĂ©lirante et dans une Ă©criture extrĂŞmement raffinĂ©e, les frasques de Margaret Campbell, duchesse d’Argyll (1912-1993). DĂ©cadence, vertiges des hauteurs, cynisme glaçant… luxure et irresponsabilitĂ© suspendent leur cours entre vacuitĂ© et barbarie contemporaine. La Duchesse, pervertie par un orgueil dĂ©mesurĂ©, abandonnĂ©e Ă  elle-mĂŞme par facilitĂ© et par paresse, collectionne les mâles gigolos (dont une fameuse scène avec le pompiste) avant d’affronter cette rĂ©alitĂ© qui la rattrape (oĂą il faut alors payer la facture…) incarnĂ©e par un directeur d’hĂ´tel comptable de ses actes, figure de cette Angleterre hypocrite et machiste qui finit par broyer la figure dĂ©risoire et pathĂ©tique de cette Duchesse prise au piège d’un faux pouvoir nĂ©gociĂ© par sa fortune vite dilapidĂ©e. Dans les faits, son mari le duc d’Argyll, se venge d’une Ă©pouse trop volage, inconsĂ©quente voire obscène ; il livre ses photos et son cahier intime Ă  la justice, en 1963, dĂ©nonçant une femme pervertie, particulièrement immorale.
Dans le sillon de l’opéra de chambre réinventé par Britten au XXè, Adès ici en un plateau réduit à quatre chanteurs et une quinzaine de musiciens-, prolonge la veine intimiste et satirique, réaliste et acide qui révèle comme un miroir, les travers les plus sombres et lâches de la psyché. A la fois, prêtresse libertaire et victime expiatoire, la Duchesse fait partie désormais des héroïnes sublimes et tragiques de l’opéra contemporain : ses monologues se hissent aux séquences les plus mémorables de la scène lyrique (La voix humaine de Poulenc), réinventant un parlé chanté qui exprime le désarroi, cri et souffrance incarnés, d’une âme excessive et naïve, trompée, humiliée. Détruite malgré une arrogance de façade, la duchesse affiche une fausse préséance. Et l’ouvrage s’achève dans un tango faussement enivré, parodie caustique d’une vie qui ne fut qu’illusion. L’Opéra de Tours en offre une nouvelle production, les 3, 5 et 7 avril 2020. Avec dans le rôle de la Duchesse « scandaleuse » : Isabelle Cals. Rory Macdonald, direction / Dieter Kaegi, mise en scène.

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EXTRAIT VIDEO
https://www.dailymotion.com/video/x6j8mnb / avec l’excellente Allison Cook en Duchesse délirante, fantasque, suicidaire…

 
 

 
 

 
 

Mai 2020

La fin de la saison lyrique à Tours s’accomplit avec une autre nouvelle production, celle d’un ouvrage de Giuseppe Verdi, jamais représenté jusque là à Tours : Giovanna d’Arco (création à la Scala de Milan le 15 février 1845). Très inspiré par Schiller et son romantisme noir, souvent désespéré (mais ô combien exaltant), Verdi met en musique la légende spirituelle et miraculeuse de Jeanne la pucelle d’Orléans, ici amoureuse du Roi Charles VII, et dénoncée par son propre père pour sorcellerie… Verdi comme dans Luisa Miller (autre ouvrage d’après Schiller), écrit une partition éblouissante par ses airs passionnés, ses chœurs engagés, la force et la puissance du drame épique qui finit par broyer la figure de la jeune femme… 3 représentations pour clore cette saison particulièrement prometteuse : vend 15, dim 17 et mardi 19 mai 2020. Benjamin Pionnier, direction musicale / Yves Lenoir, mise en scène. Avec dans les rôles principaux : Astrik Khanamiryan, Giovanna, et Irakli Murjikneli, Carlo VII / production avec le Théâtre Orchestre Bienne Soleure.
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Powder her face Ă  Bruxelles

powder-her-face-ades-opera-bruxelles-la-monnaie-septembre-2015Bruxelles, La Monnaie. Adès : Powder her face. 22-30 septembre 2015. 20 ans après sa crĂ©ation sulfureuse, l’opĂ©ra de chambre de Thomas Adès fait l’affiche de Bruxelles. CrĂ©Ă© en 1995, l’opĂ©ra de chambre sur un livret de Philip Hensher dĂ©roule son action scandaleuse en deux actes inspirĂ©e des frasques sexuelles de la duchesse dĂ©jantĂ©e Margaret Campbell, duchesse d’Argyll (1912-1993) qui en 1963 dĂ©fraya la chronique par son divorce aux rĂ©vĂ©lations honteuses, ses dĂ©bauches Ă  peine masquĂ©es, un exhibitionisme surprenant de la part d’une aristocrate pourtant bien nĂ©e et parĂ©e de toutes les sĂ©ductions physiques.

CrĂ©Ă© en juillet 1995, l’opĂ©ra de Thomas Adès s’affiche 20 ans plus tard… Ă  Bruxelles

Fellation et frasques sexuelles de la Duchesse

 

Ades_Thomas_2013a_PC_BrianVoice_300_610_300_c1_center_center_0_-0_1La fameuse scène de fellation (alternant chant fermĂ© et suraigus) a marquĂ© les esprits au sein d’une partition globalement très apprĂ©ciĂ©e par le public : Ă  croire que les scènes dĂ©cadentes, d’orgies quasi explicites ont leur public Ă  l’opĂ©ra. En 1995, Thomas Adès alors âgĂ© de 23 ans, avait relevĂ© le dĂ©fi de rĂ©aliser cette scène scandaleuse et accepter le projet dans son entier sur cette invitation. L’auteur se montre influencĂ© par Berg, Stravinsky, Britten et Weill, mais aussi les tangos de Piazzolla. Adès fait de Lady Campbell une figure aussi dĂ©truite, comique et tragique que Lulu. DĂ©fendue par quatre chanteurs et 15 instrumentistes, la prose du texte s’apparente Ă  une farce cynique que la musique tempère par des accents immĂ©diatement touchants et sincères.

Le dĂ©roulement du drame suit Ă  la façon d’une cabaret opĂ©ra, la chronique du mariage libre entre le duc et la duchesse d’Argyll : l’action dĂ©bute dans une chambre de l’hĂ´tel Dorchester près de Hyde Park, oĂą la vieille dĂ©cadente se souvient de sa jeunesse dĂ©pravĂ©e : une sĂ©rie de flashbacks suscite ensuite les tableaux qui suivent ; des invitĂ©s en 1934 Ă©voquent son rĂ©cent divorce ; rappel du mariage ducal en 1936, puis les premières infidĂ©litĂ©s du couple hors mariage survenu Ă  partir de 1953. DivorcĂ©e en 1955, ruinĂ©e, la Duchesse paraĂ®t en 1970 lors d’une interview tĂ©lĂ©visĂ©e puis, ce sont les annĂ©es 1990, quand dans une suite d’hĂ´tel dont elle ne peut plus payer les factures, la sĂ©ductrices pourtant tapĂ©e, tente en vain de sĂ©duire le directeur de l’Ă©tablissement. Puis, un Ă©lectricien et une femme de chambre nettoient tout ce qui restait du passage de la dĂ©bauchĂ©e qui a finalement quittĂ© l’hĂ´tel (effectivement dans la rĂ©alitĂ© la vieille misĂ©reuse dut quitter son quotidien confortable en 1978 pour une maison mĂ©dicalisĂ©e). MĂŞme rouĂ©e et abonnĂ©e aux excès les plus inventifs, la dĂ©bauchĂ©e gagne le cĹ“ur du public : Powder her face conserve un soupçon de tendresse implicite, “poudrez son petit nez”… : cocaĂŻne ou fard sur le visage, la dĂ©cadente magnifique a de toute Ă©vidence sĂ©duit l’inspiration du jeune Adès, dans un ouvrage très rythmĂ© et dramatiquement haletant.

boutonreservationBruxelles, La Monnaie
6 représentations
Les 22,24,25,27,29,30 septembre 2015

(Halles de Schaerbeek)
PĂ©rez / Trelinski
Avec Kudlicka, Adamski, Ross, Macias, Lada. Nouvelle production