Rencontre – Entretien avec Pilar Tomas, directrice du Festival de Cuenca (Espagne)


tomas pilar tomas
Actrice majeure de la culture en Espagne, Pilar Tomas a fait du festival de Cuenca (Semana de musica religiosa de Cuenca SMR) l’un des festivals de musique sacrée les plus marquants parmi les offres européennes actuelles. Il ne s’agit pas simplement de développer une programmation musicale dans la cité historique de Castille véritable joyau architectural d’une rare cohérence. CUENCA est devenue une référence en matière artistique mais aussi l’exemple d’une exceptionnelle activité dont le propre est de susciter un questionnement très fécond sur le thème du sacré, associant les concerts dans les églises ou dans l’auditorium (Auditorio) aux autres disciplines notamment celles liées à l’image (peintures, vidéo, cinéma. …). Le festivalier sait alors qu’il va vivre pendant la Semaine Sainte un cheminement impressionnant qui se précise de concerts en programmes avec une intelligence rare et un rythme envoûtant ; cette exigence artistique dont classiquenews a rendu compte plusieurs années durant explique la réussite du Festival de Cuenca grâce au profil atypique de sa directrice artistique. Généreuse, entière, passionnée, Pilar Tomas est une personnalité qui compte en sachant acclimater l’exigence  du sens et le goût de la découverte à la notion même de festival. Elle a su renouveler l’expérience musicale à sa source. Le divertissement et la délectation y ont cours autant que la réflexion et l’éducation. Vivre Cuenca au moment du dimanche Pascal reste un temps fort de l’agenda européen. Entretien avec une grande dame de la musique.

 

 

 

Quelle sont les points forts de votre carrière avant votre arrivée à la tête de la Semana de Música Religiosa de Cuenca?

Mon travail de gestionnaire de la musique a commencé en organisant plusieurs  séries et cycles de concerts pour la Radio Nationale d’Espagne. Après cette expérience particulièrement formatrice, j’ai pris la direction de la Fundación Caja Madrid, - aujourd’hui disparue. Je pilotais alors non seulement l’organisation des concerts mais également la recherche, l’édition et la diffusion du patrimoine musical.

 

 

 

Quelles sont les points clés de la réussite de votre projet artistique au sein de la Semana de Música Religiosa de Cuenca?

Le bagage antérieur a été déterminant pour mon projet en tant que directrice de la Semana de Música Religiosa de Cuenca. Dans les années 60, nous avons créé l’Institut de Musique Religieuse, ce travail pionnier a été déterminant pour la sauvegarde du patrimoine et pour créer les inventaire des archives musicales espagnoles.

Le sens majeur du Festival de Cuenca repose sur  la qualité des artistes invités ; je reste concaincue que seule une programmation exigeante a toutes les chances de fidéliser les publics. Nous abordons un vaste répertoire dans la Semana, du chant grégorien aux commandes de musique contemporaine. Plusieurs de nos commandes de musique contemporaine ont reçu par la suite de nombreux prix nationaux.

Nous croisons également d’autres disciplines, plusieurs de nos projets interagissent  avec la littérature ainsi que les arts visuelles par le biais des nombreuses expositions organisées vidéo dans les diverd lieux mis a dispositiin pour le festival pascal : video, photographie, projection, installations, productions éclectiques dont la pluralité des champs et des formes investis suscitent le questionnement et invite à une réflexion et une participation sur le sens des oeuvres exposées à la période concernée, en l’occurrence à Cuenca, la Semaine Sainte.
Alites

La présence du répertoire médiéval, jamais programmé auparavant dans un grand festival en Espagne et celle de la musique de chambre, nous a permis de diffuser un répertoire inhabituel et novateur. Il sagit toujours de susciter la découverte ; dans cette même dynamique, nous soutenons les jeunes artistes et les solistes confirmés qui ont eu peu d’opportunité de jouer en Espagne.

J’ai également mis en Å“uvre un partenariat entre le Festival et les responsables des patrimoines architecturaux de la Région (Castilla La Mancha), car on ne saurait maintenir et développer une programmation musicale sans l’inscrire de façon cohérente dans son territoire;  nous avons pu établir une coopération fructueuse qui nous a permis de réaliser des concerts dans les lieux insolites et les aidant à les faire connaître tels le Monastère de Uclés, Alarcón, Parroquia de San Clemente, Basílica de Villanueva de la Jara….

 

 

 

Quelles sont vos plus importants partenaires, ceux qui ont vraiment compté pour la construction de votre projet à Cuenca?

Ma gestion à la tête de la SMRC a coïncidé avec la plus grande crise financière qui a traversé le pays depuis ces 10 dernières années. Sans aucun doute les partenariats établis avec la Radio Nacional, Televisión Española, Antena 3, Tele 5 nous ont permis de rayonner bien au-delà de notre public présent au festival.

 

 

 

Quelle est le point principal de votre apport à Cuenca, votre marque de fabrique en quelque sorte ?

Deux aspect m’ont particulièrement préoccupés et motivés : les rencontres avec les professionnels autours de notre thématique pour une meilleure clarification du fil rouge thématique propre à chaque édition. Et le soins particulier apporté pour chaque interprétation des Å“uvres choisies ; en temps de crise c’est toujours plus facile de reprendre des Å“uvres plus grand public, or nous avons pu garder une qualité internationale et nous avons toujours déniché de nouveaux talents et défendu malgré les contraintes, les répertoires originaux et inédits.

En tant que protagoniste de la vie culturelle et musical européenne, quels sont vos conseils pour mieux inscrire et developper la musique dans la société d’aujourd’hui?

Je n’ai pas de leçon à donner mais plutôt des pistes de réflexions ; je pense que nous devons assumer chacun nos défis avec honnêteté. Il faut une force de conviction sans faille pour garder certaines valeurs et une forte volonté pour continuer à transmettre certaines valeurs culturelles. Il est de notre devoir de mettre en relation la culture et l’éducation pour essayer de dépasser certaines habitudes   qui conduisent directement, inectablement vers  l’ignorance.

Seuls la culture et l’éducation ont la capacité de favoriser un développement humaniste. Je suis contre l’idée que seule la culture rentable a sa place dans notre société ; l’Art ne doit être assujettie à sa rentabilité. Une vision humaine de notre société, un regard fraternel envers les générations futures, voilà le fil conducteur de mon action.

 

 

 

Propos recueillis en septembre 2015.