COMPTE-RENDU, opéra. SAINT-ETIENNE, Opéra, le 8 mars 2019. GODARD : Dante. Gaugler, Marin-Degor, Vesperini / Gerts

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. SAINT-ETIENNE, OpĂ©ra, le 8 mars 2019. GODARD : Dante. Gaugler, Marin-Degor, Vesperini / Gerts. RĂ©vĂ©lĂ© il y trois ans Ă  Munich, lors d’un mĂ©morable concert et enregistrĂ© dans la foulĂ©e avant une reprise Ă  Versailles, le Dante de Benjamin Godard reçoit enfin les honneurs d’une recrĂ©ation scĂ©nique. Mise en scĂšne et direction d’acteurs efficace pour une partition qui regorge de beautĂ©s compensant une intrigue quelque peu statique.

 

 

 

La lyrique Comédie

 

DANTE godard paul gaugler frederic caton

 

 

 

En apparence, le drame d’Édouard Blau et de Benjamin Godard reproduit la structure du Grand OpĂ©ra : quatre actes, une juxtaposition de tableaux plus qu’un entremĂȘlement d’intrigues complexes, une grande importance accordĂ©e aux masses chorales et une inscription dans l’Histoire, ici la Florence du XIIIe siĂšcle troublĂ©e par les luttes intestines entre Guelfes et Gibelins. C’est un bref et dramatique interlude qui nous plonge directement au cƓur du sujet Ă  travers un double chƓur vĂ©hĂ©ment opposant les deux factions rivales. Le lien avec le poĂšme de Dante est assez tĂ©nu et c’est Ă  un Ă©pisode de la vie sentimentale du poĂšte que l’intrigue de l’opĂ©ra s’intĂ©resse : Ă  la rivalitĂ© politique qui sert de toile de fond Ă  l’histoire, fait Ă©cho la rivalitĂ© amoureuse entre Dante et son ami Simeone Bardi pour la jeune et belle BĂ©atrice. Celle-ci est secondĂ©e par sa confidente Gemma, tandis que l’ombre de Virgile sert de contrepoint au voyage du poĂšte dans les Enfers – prĂ©cĂ©dĂ© d’une trĂšs entrainante tarentelle – occasion pour Ă©voquer quelques Ă©pisodes de la Divine ComĂ©die (Paolo et Francesca, Ugolin) opposĂ©s Ă  une vision fantasmĂ©e du Paradis dans une synthĂšse dramatiquement efficace.
La mise en scĂšne de Jean-Romain Vesperini, les dĂ©cors sobres de Bruno de LavenĂšre et les costumes superbes de CĂ©dric Tirado, constituent un Ă©crin idĂ©al pour cette recrĂ©ation (quelques colonnes entourĂ©es d’une passerelle et des escaliers en hĂ©lice), un dĂ©cor unique amovible permettant de suggestifs changements d’angle, magnifiĂ© par les lumiĂšres chaleureuses de Christophe Chaupin.
La distribution rĂ©unie pour cette recrĂ©ation mondiale, qui diffĂšre de celle du disque (seule Diana Axentii fit partie de la premiĂšre aventure) brille par sa cohĂ©sion et sa cohĂ©rence. Dans le rĂŽle-titre, le tĂ©nor Paul Gaugler rĂ©vĂšle des accents hĂ©roĂŻques souvent convaincants, une lĂ©gĂšretĂ© de timbre qui trahit la fragilitĂ© du personnage, mĂȘme s’il est parfois Ă  la peine quand il est sollicitĂ© dans le registre aigu (« Ah, de tous mes espoirs ») ; la BĂ©atrice de Sophie Marin-Degor n’est pas vraiment la jeune fille de quinze ans qu’elle est censĂ© incarner et si son chant traduit sa riche et longue expĂ©rience, notamment dans ses brillants aigus, le registre mĂ©dium manque de moelleux et la diction en pĂątit quelque peu (« Comme deux oiseaux que leur vol rassemble »). L’autre interprĂšte fĂ©minine, la Gemma de la mezzo AurhĂ©lia Varak, bouleverse par un timbre mordant, riche et ample, notamment dans la romance du dernier acte (« Au milieu de vous, dans ce monastĂšre ») et dans le superbe duo avec Bardi au dĂ©but du second acte (« À lui, dĂšs son enfance »). Mais la palme revient justement au baryton JĂ©rĂŽme Boutiller, incarnation admirable du noble chant Ă  la française ; diction et projection impeccables, chacune de ces interventions est un concentrĂ© d’énergie pathĂ©tique qui rendrait sublime le plus mĂ©diocre livret. Dans le rĂŽle de l’ombre de Virgile, la basse FrĂ©dĂ©ric Caton est sombre Ă  souhait dans ses interventions de la vision dantesque du 3e acte. Contraste saisissant avec le timbre solaire de son Ă©colier Diana Axentii qui, bien que souffrante le soir de la premiĂšre, a fort bien tirĂ© son Ă©pingle du jeu dans son ode Ă  Virgile. Le hĂ©raut d’armes Jean-François Novelli, qu’on ne voit pourtant guĂšre sur scĂšne, complĂšte efficacement la distribution.
Dans la fosse, la baguette alerte de Mihhail Gerts rend justice Ă  cette partition qui combine efficacement les registres – les volutes miroitantes de la tarentelle et celles hypnotiques du tourbillon infernal –, privilĂ©giant dans tous les cas une grande lisibilitĂ© des pupitres. On saluera Ă©galement la magnifique prestation des chƓurs (prĂ©parĂ©s par Laurent Touche), plus engagĂ©s encore qu’au disque. MalgrĂ© quelques menues coupures, cette rĂ©surrection du Dante de Godard poursuit le travail de dĂ©frichage de l’opĂ©ra de Saint-Étienne qui se poursuivra en mai avec la rare Cendrillon d’Isouard.  DerniĂšre demain, mardi 12 mars 2019.
http://www.opera.saint-etienne.fr/otse/saison-18-19/saison-18-19//type-lyrique/dante/s-495/

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. SAINT-ETIENNE, OpĂ©ra, le 8 mars 2019. GODARD : Dante. Paul Gaugler (Dante), Sophie Marin-Degor (BĂ©atrice), JĂ©rĂŽme Boutiller  (Bardi), AurhĂ©lia Varak (Gemma), FrĂ©dĂ©ric Caton (L’ombre de Virgile / Un vieillard), Diana Axentii (L’écolier), Jean-François Novelli (Un hĂ©raut d’armes), Claire Babel, Émilie Broyer, Brigitte Chosson, VĂ©ronique Richard (Les religieuses), Jean-Romain Vesperini (mise en scĂšne), Claire ManjarrĂšs (assistante Ă  la mise en scĂšne), Bruno de LavenĂšre (dĂ©cors), CĂ©dric Tirado (costumes), Christophe Chaupin (lumiĂšres), Laurent Touche (Chef de chƓurs), Orchestre symphonique Saint- Étienne, Mihhail Gerts  (direction). Photos : © Cyrille Cauvet – OpĂ©ra de Saint-Étienne

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