CD, critique. Alain LefĂšvre, piano. MY PARIS YEARS (1 cd Warner classics, nov 2016)

LEFEVRE-ALAIN-cesar-franck-Prelude-choral-fugue-critique-cd-review-cd-classiquenews-alain_lefevre_my_paris_years_cover~2205CD, critique. Alain LefĂšvre, piano. MY PARIS YEARS (1 cd Warner classics, nov 2016). NĂ© Français mais quĂ©bĂ©cois de cƓur, le pianiste Alain LefĂšvre publie un album clĂ© dans son journal intime et artistique, totalement dĂ©diĂ© Ă  PARIS et donc intitulĂ© My Paris Years
 Aux cĂŽtĂ©s de ses propres compositions (prochain album Ă  venir sous la mĂȘme Ă©tiquette Warner classics), l’interprĂšte, dĂ©fenseur depuis toujours d’AndrĂ© Mathieu (avec lequel jouait son propre pĂšre), choisit ici des Ă©critures qui font sens, selon le thĂšme parisien : Satie (GymnopĂ©dies Ă©videmment), Ravel, Debussy et l’immense CĂ©sar Franck dont on se rĂ©jouit de rĂ©Ă©couter PrĂ©lude, Choral et fugue, morceau de choix et de fulgurance de plus de 20mn : sorte de plongĂ©e introspective postwagnĂ©rienne qui n’en finit pas d’interroger de souterraines perspectives. FidĂšle Ă  une maniĂšre qui lui est propre, Alain LefĂšvre en dĂ©roule l’écriture contrapuntique avec un soin de clartĂ© murmurĂ©e, une Ă©loquence feutrĂ©e qui sait aussi en souligner les vertiges comme la puissante architecture, en superposition et rĂ©bus, peu Ă  peu dĂ©mĂȘlĂ©s.

FRANCAIS ET QUEBECOIS… un album parisien en forme de rĂ©conciliation. Paris est un asile enracinĂ© dans son identitĂ© profonde, un temps malvĂ©cu en raison de l’arrogance française, surtout parisienne Ă  l’égard de sa seconde patrie, le QuĂ©bec. Mais comme toujours chez les Français qui suspectent et minimisent ce qu’ils ne voient pas immĂ©diatement, – l’éloignement les rend aveugles et crĂ©tins (il faut bien le dire), il suffit de retourner en terres quĂ©bĂ©coises pour comprendre l’amour de la nation francophone outre Atlantique pour la culture française et la langue de Baudelaire ou de Rimbaud. C’est donc dans une fluiditĂ© toute quĂ©bĂ©coise que le pianiste dĂ©ploie ses affinitĂ©s françaises. L’artiste dĂ©voile ce qui importe dans le fait d’ĂȘtre Français et QuĂ©bĂ©cois, un pur esprit de synthĂšse et de rĂ©conciliation, une fraternitĂ© musicale.
Les Satie prolongent ce goĂ»t du pianiste pour la lenteur et la suspension Ă©nigmatique. Les couleurs y sont lĂ  encore trĂšs nuancĂ©es et idĂ©alement dessinĂ©es sans incision, dans l’épaisseur de la suggestion. EsquissĂ©es, en demi teintes (N°2, « lent et triste »). La Pavane de Ravel nous fait entendre les rĂ©sonances de l’enfance rĂ©activĂ©e par un Ravel Ă©merveillĂ© et comme langoureux. Tandis que ses Debussy coulent comme une onde emperlĂ©e, Ă  l’articulation dĂ©taillĂ©e et chantante (« Arabesque »).

VoilĂ  donc un recueil on le rĂ©pĂšte clĂ© dans la carriĂšre du pianiste et de l’homme : Paris, en forme de cĂ©lĂ©bration, et aussi allusivement une maniĂšre d’hommage Ă  la mĂ©moire de son maĂźtre parisien, Pierre Sancan. Un tĂ©moignage pour la beautĂ© fraternelle et la cristallisation d’un idĂ©al français et quĂ©bĂ©cois : belle pierre Ă  l’édifice de la culture francophone quĂ©bĂ©coise, alors que se tourne avec dĂ©bats et frictions, la question de la laĂŻcitĂ© de l’Etat, de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique.

 

 

 

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CD, critique. Alain LefĂšvre, piano. MY PARIS YEARS (1 cd Warner classics, nov 2016).

LIRE aussi notre critique du CD, Ă©vĂ©nement, critique. Mathieu : Concerto n°4 ; Rachmaninov : Rhapsodie op.43 – Jean-Philippe Sylvestre, piano / Orchestre MĂ©tropolitain / Alain Trudel, direction – 1 cd ATMA classiques / ACD22768 – novembre, 2018

 

 

 

LIVRE, Ă©vĂ©nement, annonce. D. E. INGHELBRECHT (1880-1965) : MOUVEMENT CONTRAIRE, SOUVENIRS D’UN MUSICIEN (La CoopĂ©rative)

ingelbrecht mouvement contraire editions la cooperative souvenir d'un chef critique annonce livre classiquenews DE Inghelbrecht critique livre classiquenews operLIVRE, Ă©vĂ©nement, annonce. D. E. INGHELBRECHT (1880-1965) : MOUVEMENT CONTRAIRE, SOUVENIRS D’UN MUSICIEN (La CoopĂ©rative). Dans Mouvement contraire ressuscite le Paris lĂ©gendaire de PellĂ©as, des Ballets Russes de Diaghilev puis des Ballets SuĂ©dois de Rolf de MarĂ©, de la crĂ©ation parisienne jalonnant les deux guerres du XXĂš. Les (trĂšs inspirĂ©es) Ă©ditions de La CoopĂ©rative rĂ©Ă©dite un texte majeur (et jusque lĂ  oubliĂ©) dans l’histoire de la musique Ă  Paris au XXĂš, les souvenirs du chef DĂ©sirĂ©-Émile Inghelbrecht, nĂ© en 1880, mort en 1965 et acteur principal Ă  l’OpĂ©ra-Comique, au TCE, Ă  la salle Pleyel, etc
, fondateur du National de France. Une personnalitĂ© du milieu musical Ă  Paris, proche de Debussy et de Ravel : un dĂ©fenseur zĂ©lĂ© et inspirĂ© de la crĂ©ation musicale dans la premiĂšre moitiĂ© du XXĂš siĂšcle, soit pendant la rĂ©volution esthĂ©tique orchestrĂ©e par Ravel et Debussy. Ses souvenirs Ă©ditĂ© Ă  la maturitĂ© et aprĂšs guerre en 1947, jette un regard amusĂ©, dans un style littĂ©raire original, sur les annĂ©es de jeunesse et de formations, les rencontres et les Ɠuvres clĂ©s dĂ©couvertes alors, le milieu des artistes Ă  l’époque d’un « ùge d’or » de la crĂ©ation musicale en France et surtout Ă  Paris. Sa position est privilĂ©giĂ©e : le gendre du peintre des chats Steinlen, et l’époux de la danseuse et chorĂ©graphe suĂ©doise Carina Ari (1897-1970) cĂŽtoie naturellement le tout Paris artistique, la ruche bouillonnante des planches et des salles de concerts. Du prĂ©sent qui le concerne Ă  la parution de l’ouvrage (au mitemps des annĂ©es 1940), Inghelbrecht remonte le fil de son histoire personnelle et artistique jusqu’à l’enfance. C’est une Ă©criture rĂ©trospective, du prĂ©sent aux origines. A rebours.

En 29 chapitres et un essai discographique, le texte rĂ©vĂšle un observateur plein d’humour, d’une perspicacitĂ© honnĂȘte et fidĂšle, un esprit libre Ă  la critique affĂ»tĂ©e, Ă  l’analyse facile et souvent juste sur les histoires humaines et le jeu du goĂ»t, sur les humeurs et les tendances du Paris « branché «  d’alors ; on y goĂ»te en particulier, les citations et commentaires concernant les gĂ©nies approchĂ©s, Debussy et Ravel (dont les Ă©lĂ©ments sur la vie sont des plus rares).

En couverture l’ancien Conservatoire de Musique de Paris, rue BergĂšre, en 1900, longuement Ă©voquĂ© par Inghelbrecht. une quarantaine de document iconographique complĂštent cette riche et indispensable Ă©vocation du Paris musical, vĂ©cu en son coeur artistique.

 
 
 

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LIVRE, Ă©vĂ©nement, annonce. D. E. INGHELBRECHT (1880-1965) : MOUVEMENT CONTRAIRE / SOUVENIRS D’UN MUSICIEN (La CoopĂ©rative) – ISBN 979-10-95066-26-2 – 320 pages, brochĂ©, sous jaquette illustrĂ©e, 21 €.

PLUS D’INFOS sur le site des Ă©ditions de La CoopĂ©rative :

https://www.editionsdelacooperative.com/découvrez-nos-auteurs/d-e-inghelbrecht/

 
 
 

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GSTAAD MENUHIN FESTIVAL & academy 2019 : 18 juil – 6 sept 2019 : une Ă©dition en OR

gstaad-menuhin-festival-2019-PARIS-annonce-prĂ©sentation-classiquenews-582MENUHIN GSTAAD Festival 2019 (Suisse), LOCATION OUVERTE. Le premier festival musical estival en Suisse (Ă  Saanen et Ă  Gstaad lĂ  mĂȘme oĂč Yehudi Menuhin avait repĂ©rĂ© des lieux propices Ă  la musique et aux concerts) ouvre sa billetterie : il est enfin possible de rĂ©server ses places, ce pour tous les concerts de l’édition 2019 : une foison de programmes servis par les meilleurs artistes et interprĂštes de la scĂšne actuelle : chefs, pianistes, chanteurs, orchestres
 Le 63Ăš festival Menuhin allie comme Ă  son habitude l’excellence et aussi l’audace, sans omettre aux cĂŽtĂ©s de l’équilibre de ses propositions, la sensibilisation du classique Ă  tous les publics.

PARIS, JE T’AIME !! Le programme dĂ©taillĂ© de l’ensemble des concerts du 63e Gstaad Menuhin Festival est dĂ©sormais en ligne : assurez-vous les meilleurs places en rĂ©servant directement sur le site du Menuhin Gstaad Festival 2019, ou par tĂ©lĂ©phone au 033 748 81 82.
Du 18 juillet au 6 septembre 2019 : 60 CONCERTS Ă  l’affiche pendant presque 2 mois. Les concerts ont lieu dans les Ă©glises du canton (Ă©crins intimistes du Saanenland), ou sous la tente Ă  Gstaad,  ample vaisseau rĂ©servĂ© aux grandes cĂ©lĂ©brations symphoniques, opĂ©ratiques, Ă©vĂ©nementielles
 Il y a pour tous les goĂ»ts Ă  Gstaad chaque Ă©tĂ©.

 

 

 

le GSTAAD MENUHIN FESTIVAL 2019 fĂȘte PARIS !

 

 

 

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GSTAAD MENUHIN Festival 2018

 

 

 

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gstaad-menuhin-festival-2019-paris-gd-format-artistes-petibon-say-gabetta-annonce-location-par-classiquenewsMOISSON DE TEMPERAMENTS… Cette annĂ©e le Festival suisse fĂȘte PARIS, son thĂšme fĂ©dĂ©rateur. De nombreux artistes français sont prĂ©sents mais pas seulement :
L’Ă©glise de Saanen accueille cette annĂ©e HervĂ© Niquet et son Concert Spirituel dans le «Te Deum» de Charpentier (20.7), Sol Gabetta dans le 2e Concerto de Saint-SaĂ«ns (21.7), Patricia Petibon dans des airs de Mozart et de Gluck (27.7), l’organiste de Notre-Dame de Paris Olivier Latry (28.7), le trompettiste GĂĄbor Boldoczki (29.7), Andreas Ottensamer et Yuja Wang en duo (31.7), Fazil Say dans le «Clair de lune» de Debussy (2.8), Ute Lemper dans des chansons françaises et de cabaret (10.8), Bertrand Chamayou dans le 23e Concerto de Mozart (11.8), Cecilia Bartoli (23.8) ou encore Hilary Hahn dans les deux concertos pour violon de Bach avec la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen (29.8). On pourra entendre sinon David Guerrier Ă  ChĂąteau-d’ƒx (22.7), Nuria Rial (5.8), Isabelle Faust (9.8), L’Arpeggiata (15.8) et Maurice Steger (4.9) Ă  Zweisimmen, l’Ensemble Janoska et BirĂ©li LagrĂšne (8.8), Christophe Rousset (20.8) et Francesco Piemontesi (26.8) Ă  Rougemont, le Quatuor Chiaroscuro (23.7) et Christian Bezuidenhout (27.8) Ă  Lauenen. Quelques-uns parmi les plus de 60 concerts proposĂ©s en 2019


 

 

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FOCUS GRANDES FORMATIONS :Vous prĂ©fĂ©rez les grands effectifs? RĂ©servez aussi vos soirĂ©es sous la Tente de Gstaad avec Seong-Jin Cho et Manfred Honeck dans «L’Empereur» de Beethoven et la «PathĂ©tique» de TchaĂŻkovski (17.8), «Carmen» en version de concert (24.8), Vilde Frang dans Bruch (25.8), Gautier Capuçon et Mikko Franck dans Haydn et la «Symphonie fantastique» de Berlioz (31.8), Klaus Florian Vogt dans Wagner (1.9), Yuja Wang et Myung-Whun Chung dans le 3e Concerto de Rachmaninov (6.9), qui sont en vente depuis le 20 dĂ©cembre dĂ©jĂ !

 

 

 

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Depuis 2 ans, le GSTAAD Menuhin Festival enrichit son offre numĂ©rique proposant Ă  la relecture et au visionnage permanent, de nombreux contenus vidĂ©os, au sein de son offre « GSTAAD DIGITAL FESTIVAL » – Actuellement, reportage sur l’un des laurĂ©ats de l’AcadĂ©mie de direction d’orchestre, organisĂ©e chaque Ă©tĂ© sous la tente / le jeune maestro Joseph Bastian, laurĂ©at du Neeme JĂ€rvi 2016 explique le fonctionnement de la «Gstaad Conducting Academy»

 

 

 

 

 

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RESERVEZ VOS PLACES

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directement sur le site du 63Ăš MENUHIN GSTAAD FESTIVAL :

https://www.gstaadmenuhinfestival.ch/fr/programme-and-location/edition-2019

 

 

 

 

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et aussi les concerts symphoniques spectaculaires
sous la tente de Gstaad

TOURS, Opéra. KURT WEILL : Les 7 péchés capitaux, 26,27, 28 avril 2019

WEILL kurt opera concert festival concerts annonces critique classiquenews musique classique newsTOURS, OpĂ©ra. KURT WEILL : Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux, 26,27, 28 avril 2019. Nouvelle production Ă  l’OpĂ©ra de Tours. Les Ɠuvres de Weill sont marquĂ©es par le sceau du gĂ©nie et de l’invention thĂ©Ăątrale. Kurt Weill (1900 – 1950) est un crĂ©ateur atypique, audacieux, rĂ©volutionnaire et visionnaire. Il a dĂ» quittĂ© l’Allemagne hitlĂ©rienne, rejoint Paris (oĂč sont crĂ©Ă©s les 7 pĂ©chĂ©s capitaux, 
 dans un incomprĂ©hension totale hĂ©las, et suscitant les foudres des antisĂ©mites particuliĂšrement virulents alors). Weill fut un auteur prĂ©coce Ă©crivant ses Quatuor, premier opĂ©ra, lieder) dĂšs l’adolescence. Il s’est formĂ© Ă  Berlin (Musikhoschule), auprĂšs de Ferrucio Busoni (AcadĂ©mie prussienne des arts). Avant son exil, Weill incarne le court Ăąge d’or des arts du spectacle des annĂ©es Weimar (avec Eisler, Krenek, Wolpe ; travaillant avec les plus grands chefs Erich Kleiber, Fritz Busch, Otto Klemperer, Hermann Scherchen
 ), soit pendant une dĂ©cennie, celle des annĂ©es 1920 et le dĂ©but des annĂ©es 1930 (jusqu’en 1933, en mars prĂ©cisĂ©meent oĂč il rejoint la France). A Paris, Les 7 PĂ©chĂ©s prolongent l’intelligence et l’imagination des ouvrages reconnus, cĂ©lĂ©brĂ©s : Der Protagonist, Royal Palace, L’Opera de quat’sous, Celui qui dit oui (Der Jasager)


 

 

 

Nouveau théùtre musical
créé à Paris sur la scÚne du TCE en 1933

Le dessein de Weill est de crĂ©er Ă  la suite de Mozart, un genre populaire, surtout pas Ă©litiste ; pour se faire il croise l’opĂ©ra classique, le ballet, le jazz
 d’oĂč une invention mĂ©lodique sans pareil. Ses lieder sont des tubes, chantĂ©s par tous. Il reste Ă  Paris, deux ans, jusqu’en 1935 (en septembre il quitte Paris pour New York avec le metteur en scĂšne Max Reinhardt, cofondateur avec R Strauss et Hofmannsthal du Festival de Salzbourg en 1922). Pour la scĂšne parisienne, Weill (qui parlait un français magnifique) compose Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux, la Symphonie n°2 et Marie Galante. avant d’accoster en terre amĂ©ricaine, Weil Ă©voque le vertige des villes des Etats-Unis, avec Ă  dĂ©faut d’y avoir encore vĂ©cu, le fantasme de l’imaginaire.

 

 

 

weill-kurt-7-peches-capitaux-opera-de-tours-annonce-critique-opera-classiquenews-avril-2019-opera-musique-classique-concerts-festival-actualites-musique-classique-newsLes 7 pĂ©chĂ©s incarnent cette pause, entre deux mondes, avant que Weill ne se dĂ©die Ă  la comĂ©die amĂ©ricaine Ă  Broadway (il devient citoyen amĂ©ricain en 1943), grĂące aux ouvrages applaudies tels Lady in the Dark (1941), One touch of Venus (1943), Street scene (1947), ou Lost in the Stars (tragĂ©die de 1949). Au final, la culture, le sens critique, et l’imagination fertile de Weill le portent Ă  rĂ©inventer le genre musical et thĂ©Ăątral dans la premiĂšre moitiĂ© du XXĂš.
Face au sĂ©rialisme bon teint d’une Ă©lite pseudo conceptuelle, en mal d’ambition intellectuelle, l’écriture classique, tonale et populaire de Weill reprĂ©sente aujourd’hui cette veine poĂ©tique indiscutable qui tout en recyclant le savant et le mordant, Ă  su conserver un lien profitable avec le grand public. De fait, on ne cesse de reconnaĂźtre aujourd’hui la modernitĂ© et la singularitĂ© de son thĂ©Ăątre : poĂ©tique, dĂ©lirant, satirique, d’une justesse bouleversante. Weill n’est pas l’inventeur de chansons et mĂ©lodies inoubliables (Mack the Knife tirĂ© de l’OpĂ©ra de quat’sous, 1928 ; Surabaya Johnny, Alabama song, Youkali ou My Ship
) : il illustre un genre indĂ©trĂŽnable et inusable dont la saveur et la noirceur, le rĂ©alisme cynique et la grĂące poĂ©tique continuent de toucher le public. Ce n’est pas l’opĂ©ra ballet Les 7 pĂ©chĂ©s capitaux qui dĂ©mentiront cette qualitĂ©.

 

 

 

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TOURS, Opéra. KURT WEILL : Les 7 péchés capitauxboutonreservation
3 représentations
Vendredi 26 avril 2019 – 20h
Samedi 27 avril – 20h
Dimanche 28 avril – 15h

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/les-sept-peches-capitaux

 

 

 

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Les 7 péchés capitaux
CrĂ©Ă© le 7 juin 1933 au ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es
Textes de Bertolt Brecht – NOUVELLE PRODUCTION de l’OpĂ©ra de Tours

Précédés de Berliner Kabarett

Direction musicale : Pierre Bleuse
Mise en scĂšne : Olivier Desbordes

Costumes : Patrice Gouron
LumiÚre : Joël Fabing
Décors : Opéra de Tours

Avec

Anna : Marie Lenormand
La MÚre : Frédéric Caton
Le PĂšre : Carl Ghazarossian
Les FrÚres : Jean-Gabriel Saint Martin, Raphaël Jardin
Danseuse et chorégraphe : Fanny Aguado

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours

Conférence
Samedi 13 avril 2019 – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

 

 

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ACTION : le prix pour la rĂ©alisation d’un rĂȘve immobilier

Pour se payer leur propre maison, les parents deux sƓurs, Anna I et Anna II, les envoient faire un tour des villes amĂ©ricaines : soit pendant 7 ans, une nouvelle citĂ© chaque annĂ©e. Anna II tentĂ©e, sollicitĂ©e manquent de succomber aux 7 pĂ©chĂ©s (la paresse, l’orgueil, la colĂšre, la gourmandise, la luxure, l’avarice et l’envie). Mais plus raisonnĂ©e et mesurĂ©e, Anna I sait la sauver d’une nouvelle passe. Ainsi les parents suivent par articles de journaux interposĂ©s, les frasques de leur progĂ©nitures en mal de sensations : Ă  chaque ville explorĂ©e, sa tentation capitale
 la premiĂšre ville inconnue (la paresse) ; Memphis (l’orgueil) ; Los angeles (la colĂšre) ; Philadelphie (la gourmandise) ; Boston (la luxure) ; Baltimore (l’avarice) ; enfin, San Francisco (l’envie / la jalousie).
Au terme du cycle d’épreuves, aprĂšs sept ans, les deux Annas ont engrangĂ© un beau pactole ; rentrĂ©es en Louisiane, elles permettent que la famille Ă©difie enfin la maison familiale tant espĂ©rĂ©e.

 

 
 

 

TARARE de SALIERI

Le gĂ©nie de Salieri rĂ©vĂ©lĂ© : La Scuola de'gelosi (1779)VERSAILLES, OpĂ©ra royal, le 22 nov 18. SALIERI : TARARE, 1787. Rendons Ă  CĂ©sar
. C’est Jean-Claude Malgoire qui le premier – comme souvent, c’est intĂ©ressĂ© Ă  la partition de l’opĂ©ra de Salieri Tarare, conte philosophique et ouvrage le plus imprĂ©gnĂ© de l’idĂ©al des LumiĂšres : le livret il est vrai, est le seul texte pour l’opĂ©ra signĂ© de Beaumarchais. Il existe un remarquable DVD de l’interprĂ©tation du chef hĂ©las dĂ©cĂ©dĂ©, approche Ă©tonnamment rĂ©ussie rĂ©alisĂ© en 
 1988 (et dans le cadre du festival de Schwetzinger). Dans la forme, l’objet est inclassable : Ă  la fois tragĂ©die en musique (restituant la tradition antĂ©rieurement illustrĂ©e par Lully et Rameau) et aussi comĂ©die satirique : les Ă©crivains de la fin des annĂ©es 1780, maniant avec gĂ©nie, la double langue, tissĂ©e de rĂ©fĂ©rences en Ă©chos aux remous de l’époque prĂ© rĂ©volutionnaire. Le spectacle est complet comprenant 5 actes, Prologue et grand divertissement dansĂ©. En 2018 c’est l’excellent tĂ©nor français Cyrille Dubois qui suit le sillon de l’éloquence Ă©lĂ©gantissime et surtout intelligible d’Howard Crook chez Malgoire, qui incarne les aspirations Ă  la lumiĂšre du prince Tarare.

 

 

 

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Antonio Salieri (1750-1825) : Tarare
Opéra en cinq actes sur un livret de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, créé en 1787 à Paris.

Versailles, jeudi 22 nov 2018
Opéra royal à 20h
3h30 mn, 1 entracte inclus
RÉSERVER
https://www.chateauversailles-spectacles.fr/programmation/salieri-tarare_e1993

 

 

 

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Cyrille Dubois, Tarare
Karine Deshayes, Astasie
Jean-Sébastien Bou, Atar
Judith van Wanroij, La Nature/Spinette
Enguerrand de Hys, Calpigi
Tassis Christoyannis, Arthénée/Le Génie du Feu
JĂ©rĂŽme Boutillier, Urson/Un Esclave/Un PrĂȘtre
Philippe-Nicolas, Martin Altamort/Un Paysan/Un Eunuque
Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles (Direction : Olivier Schneebeli)

Les Talens lyriques (Ch Rousset, dir)

 

 

 

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PARIS, PASSION SALIERI (1787)
 Quoiqu’on en dise, mai quand mĂȘme d’un gĂ©nie moindre que celui de son « rival » Mozart », Salieri eut cependant son heure de gloire et un statut plus qu’enviable
 Il devient compositeur officiel Ă  Vienne,  car il est italien et plutĂŽt douĂ©, « dauphin » de Gluck, jouĂ© et estimĂ© partout en Europe, 
 c’est peut-ĂȘtre moins par ses opĂ©ras rĂ©cemment remontĂ©s (Les DanaĂŻdes, d’abord commandĂ© Ă  Gluck puis confiĂ© Ă  son meilleur Ă©lĂšve), que ses buffas dĂ©licieux (le rĂ©cent par DHM), que le tempĂ©rament de Salieri pour le thĂ©Ăątre s’affirme le mieux. Or, inclassable, fruit de la maturitĂ©, TARARE fait partie de ses joyaux mĂ©connus qui pourraient inscrire l’auteur au nombre des meilleurs dramaturges de son temps.
Les DanaĂŻdes (1784) ont rĂ©vĂ©lĂ© aux parisiens l’écriture de Salieri, qui devient du jour au lendemain, un compositeur Ă  la mode, adulĂ© (et rĂ©compensĂ©) par Marie-Antoinette, heureuse de cĂ©lĂ©brĂ© aprĂšs son cher Gluck (qui fut son maĂźtre de musique Ă  Vienne) un nouveau compositeur « viennois ».
Le cas de TARARE est significatif, de la passion des parisiens pour l’opĂ©ra ; de l’engouement rĂ©cent pour Salieri. Beaumarchais, auteur du livret, sut orchestrer une campagne de publicitĂ© admirable, suscitant l’intĂ©rĂȘt quasi hystĂ©rique pour le nouvel ouvrage de Salieri qu’il commença de composer en 1787. RĂ©sultat : 400 gardes furent nĂ©cessaires pour maĂźtriser l’affluence de la premiĂšre en 1787 ! A la fois turquerie orientaliste et satire en rĂšgle contre le pouvoir despotique (trĂšs habilement dĂ©guisĂ© selon l’intelligence de Beaumarchais), TARARE resta Ă  l’affiche durablement, assurant Ă  l’OpĂ©ra de belles recettes. Sur le plan littĂ©raire et philosophique comme musical et dramatique, l’ouvrage est une piĂšce maĂźtresse de l’époque des LumiĂšres.
Salieri et Da Ponte refondirent l’Ɠuvre pour une version italienne, Axur, Re d’Ormuz crĂ©Ă©e Ă  Vienne pour l’empereur en 1788, et qui fit le tour du monde, de la Russie au BrĂ©sil

Un gĂ©nĂ©ral martyrisĂ© par le Sultan se voit dĂ©fendu par le peuple puis choisi par lui pour ĂȘtre roi : les germes de la RĂ©volution Ă  venir, infiltrent toute l’édifice lyrique conçu par les visionnaires Beaumarchais et Salieri : ainsi y sont prophĂ©tisĂ©es la fin et la chute de Louis XVI et Bonaparte ! En phase avec son Ă©poque et les aspirations dĂ©mocratiques de la nation, Beaumarchais reprit son Tarare, devenu emblĂšme de la libertĂ© contre l’oppression, et Ă  l’occasion des Ă©vĂ©nements commandĂ©s pour la FĂȘte de la FĂ©dĂ©ration, en 1790 Ă  Paris, il Ă©labora un acte final complĂ©mentaire crĂ©ant ainsi « Le Couronnement de Tarare », promis Ă  un nouveau succĂšs populaire.

 

 

 

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L’Orfeo de Rossi Ă  Londres

orfeo orphee lyre opera luigi rossi 1647 opera presentation announce CLASSIQUENEWSLondres. ROH : Rossi : L’Orfeo, 1647. 23 octobre > 15 novembre 2015. DĂ©jĂ  saluĂ©s pour leur Ormindo prĂ©sentĂ© sur les mĂȘmes planches, Christian Curnyn et The Early Opera Company abordent L’Orfeo de Luigi Rossi dans la rĂ©alisation scĂ©nique de Keith Warner. L’Orfeo de Rossi est bien connu dans l’histoire de l’opĂ©ra en France : c’est le premier opĂ©ra italien, dans l’esthĂ©tique lyrique romaine du XVIIĂš qui est reprĂ©sentĂ© Ă  Paris Ă  la fin des annĂ©es 1640, en 1647 prĂ©cisĂ©ment, nouveau jalon de l’apprentissage de l’opĂ©ra ultra-montain par les français, quand Mazarin, ex collaborateur des Barberini Ă  Rome, entendait importer le raffinement musical et artistique italien Ă  Paris. Luigi Rossi (1597-1653) Ă©tudie Ă  Naples, puis se rend Ă  Rome au service des Barberini. Sa cantate Ă©crite Ă  35 ans (1632) : Lamento della regina di Svetia, pour Gustave II de SuĂšde lui produre une immense notoriĂ©tĂ©. Ainsi peut-il rejoindre la cour du pape Urbain VIII en 1641 Ă  Rome : il crĂ©e son opĂ©ra Il Palazzo d’Atlante incantato (sur le livret du Cardinal Rospigliosi, futur ClĂ©ment IX).

mazarin-portrait-par-philipep-de-champaigne-presentation-gout-de-mazarin-classiquenews-le-ballet-royal-de-la-nuit-orfeo-de-luigi-rossi-ercole-amante-de-cavalliL’Orfeo est Ă©crit spĂ©cialement pour Paris Ă  la demande du cardinal Mazarin, crĂ©Ă© le 2 mars 1647 au Petit Bourbon avec les castrats vedettes de l’Ă©poque : l’alto Atto Melani (Orfeo) et le soprano Pasqualini (Aristeo). Le succĂšs est tel que l’ouvrage est repris 5 fois ! Un record pour une partition Ă©trangĂšre. Xerse de Cavalli reprĂ©sentĂ© pour le mariage de Louis XIV en novembre 1660 au Louvre, sera loin de connaĂźtre le mĂȘme accueil (et ce sont les ballets de Lulli qui alors au dĂ©but de sa carriĂšre, attirent a contrario des longues scĂšnes du VĂ©nitien Cavalli, tous les suffrages). Contemporain de Monteverdi, le gĂ©nie de Rossi est immense. Il aurait crĂ©Ă© le genre de la cantate et son oratorio Giuseppe reste aussi un ouvrage d’un raffinement expressif et d’une gravitĂ© poĂ©tique, irrĂ©sistibles.
Sur un livret de Francesco Buti (secrĂ©taire du Cardinal Barberini), L’Orfeo que dĂ©couvrent les parisiens est un spectacle total : Rossi a pu bĂ©nĂ©ficiĂ© des machineries de Torelli et des chorĂ©graphies de Baldi.
DĂ©jĂ  dans le prologue, la Victoire chante le triomphe des armĂ©es française menĂ©es par Anne d’Autriche. La victoire du poĂšte chanteur aux Enfers annoncent la victoire finale de la France sur le mal.
A l’Ă©poque de la composition de son Orfeo, Luigi Rossi perd son Ă©pouse : il restera en France jusqu’en 1649 puis repart pour Rome avec Antonio Barberini. Au sein d’une production qui dura 6 heures, les longs recitatifs italiens spĂ©cialitĂ© de l’opĂ©ra italien ont paru ennuyer parfois l’auditoire s’il n’Ă©tait la magie des machineries conçues par le magicien Torelli, l’un des plus grands crĂ©ateurs de son temps (dont outre les plaintes d’OrphĂ©e, l’apparition du char du soleil, une image clĂ© qui annonce dĂ©jĂ  le mythe solaire du futur souverain versaillais). Le jeune roi, Louis XIV, alors ĂągĂ© de 8 ans, assiste Ă  3 reprĂ©sentation sur les 8  au total. AprĂšs les 3 actes (prĂ©cĂ©dĂ©s par un prologue), Jupiter dĂ©crĂšte que OrphĂ©e et Eurydice sont changĂ©s en constellation et glorifiĂ©s. Mercure explique que la lyre immortelle et irrĂ©sistible d’OrphĂ©e est le Lys royal de la France triomphante. Belle assimilation qui fusionne puissance monarchique française et emblĂšme musical : l’Ă©poque est Ă  l’identification du souverain au hĂ©ros de la fable. Si l’ouvrage de Rossi tend Ă  identifier le Roi Ă  Orfeo, bientĂŽt ce dernier identifiĂ© Ă  Hercule ou Xerse (chez Cavalli) atteindra sa nature divine, devenant le soleil lui-mĂȘme selon le mythe solaire Ă©laborĂ© peu Ă  peu par Louis XIV Ă  Versailles.

La nouvelle production prĂ©sentĂ©e par l’OpĂ©ra royal de Londres Covent Garden est une coproduction partagĂ©e avec le ThĂ©Ăątre du Globe Shakespeare

Diffusion Ă  la radio : BBC Radio 3, le 28 novembre 2015 (18h30 GMT)

boutonreservationL’Orfeo de Rossi au Royal OpĂ©ra House
Covent Garden, Londres
Du 23 octobre au 15 novembre 2015

distribution

Orpheus: Mary Bevan
Eurydice: Louise Alder
Aristeus: Caitlin Hulcup
Charon/Endymion: Philip Smith
Cupid: Keri Fuge
Venus: Sky Ingram
Pluto: Graeme Broadbent
Satiro: Graeme Broadbent
Momus/Old Woman/Jupiter : Mark Milhofer
Aegea: Verena Gunz

Ensemble musical the Early Opera Company
Christian Curnyn, direction musicale

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Nouveau Xerse de Cavalli Ă  Lille

Cavalli_francescoLille, OpĂ©ra. Cavalli: Xerse. Du 2 au 10 octobre 2015. Xerse de Cavalli dĂ©montre l’ampleur du gĂ©nie cavallien, capable de solennitĂ©, de raffinement, de sensualitĂ© mais aussi de surenchĂšre (mesurĂ©e) dans la fusion des registres poĂ©tiques : comique, tragique et pathĂ©tique. L’hĂ©roĂŻsme y convoite le cynisme et la comĂ©die aime jouer des quiproquos voire des travestissements trompeurs d’une dĂ©licieuse confusion. On la compris : Cavalli, digne disciple de Monteverdi avec Cesti poursuit l’Ăąge d’or de l’opĂ©ra vĂ©nitien : c’est d’ailleurs Ă  sa source que naĂźtra en 1673, l’opĂ©ra français grĂące au gĂ©nie assimilateur de Lulli. Xerse, opĂ©ra historique d’aprĂšs HĂ©rodote, fait suite aux opĂ©ras de maturitĂ© propre aux annĂ©es 1640… tels Didone (1641), Egisto (1643), L’Ormindo (1644), La Doriclea (1645) surtout le mythique Giasone de 1649 qui prĂ©lude Ă  l’accomplissement esthĂ©tique des annĂ©es 1650 dont fait partie et de façon Ă©clatante voire spectaculaire Xerse, composĂ© comme Erismena et La Statira en 1655. AnnĂ©e fĂ©conde qui poursuit la poĂ©tique multiple et furieusement sensuelle de La Calisto (1651). Tous ces ouvrages ont Ă©tĂ© jadis dĂ©voilĂ©s par RenĂ© Jacobs, dĂ©fricheur visionnaire s’il en est, que les nouveaux champions de l’approche baroqueuse entendent poursuivre aujourd’hui ; ainsi l’argentin Leonardo Garcia Alarcon et son Ă©pouse, Mariana Flores (lire notre annonce du coffret HĂ©roĂŻnes cavaliennes Ă©ditĂ© chez Ricercar en septembre 2015, rĂ©alisation CLIC de classiquenews). L’ouvrage a Ă©tĂ© jouĂ© devant la Cour de France Ă  l’initiative de Mazarin, amateur d’opĂ©ra italien. Le commanditaire soucieux de plaire Ă  l’audience française, commande aussi des ballets au jeune Lulli.

Venise ressuscite les opéras de Cavalli

 

 

L’opĂ©ra vĂ©nitien Ă  Paris (1660)

 

DĂ©jĂ  avant Ercole Amante, nouvel ouvrage composĂ© pour le mariage du jeune Dauphin futur Louis XIV, Xerse est un opĂ©ra de Cavalli prĂ©sentĂ© devant la Cour de France. L’ouvrage a Ă©tĂ© composĂ© en 1654 et donc reprise Ă  Paris en 1660, soit 6 annĂ©es aprĂšs sa crĂ©ation vĂ©nitienne, dans la Galerie d’Apollon du Louvre. Comment la figure du roi de Perse, qui entend vaincre et soumettre AthĂšnes inspire-t-elle les acteurs de cette nouvelle production ? RĂ©ponse le 2 puis jusqu’au 10 octobre 2015.
Le livret signĂ© de Nicolo Minato renforce la puissante imagination thĂ©Ăątrale de Cavalli : Minato a Ă©crit pour Cavalli pas moins de 8 drames musicaux : Orimonte, Xerse, Artemisia, L’Antioco, Elena -rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ© au festival d’Aix 2013 et sujet d’un somptueux dvd Ă©ditĂ© chez Ricercar-, Scipione l’Africano, Mutio Scevola, Pompeo Magno. S’il est surtout inspirĂ© par l’Histoire (et les chroniques d’HĂ©rodote), Minato, qui succĂšde au premier librettiste de Cavalli (Faustini dĂ©cĂ©dĂ© en 1651), ne partage pas la mĂȘme conscience littĂ©raire que l’inĂ©galable Busenello, librettiste de Moneverdi et pour Cavalli de Didone, Giulio Cesare, Statira). Minato est surtout un dilettante, avocat de son mĂ©tier qui flatte surtout l’ouĂŻe des spectateurs moins stimule leur intellect. Avec le temps, Minato privilĂ©gie surtout les airs et les formes formĂ©es, plutĂŽt que ce recitatif libre et ample, proche de la parole qui avait fini par lasser le public vĂ©nitien. Ses hĂ©ros Ă  l’inverse de l’effeminato pervers passionnĂ© Nerone ou Giasone, affirme une maĂźtrise des passions nouvelle, qui augure de l’esthĂ©tique mĂ©tastasienne au siĂšcle suivant, celle du hĂ©ros vertueux et moral, clĂ©ment et compatissant. En 1669, Minato rejoint la Cour de Vienne pour y Ă©crire encore plus de 20 livrets. Trait propre Ă  Cavalli et sa sensibilitĂ© spĂ©cifique pour exprimer les passions humaines, le profil d’Adelante s’affirme aux cĂŽtĂ©s du hĂ©ros vainqueur et conquĂ©rant : la jeune femme y dĂ©veloppe une langueur Ă©motionnelle irrĂ©sistible en soupirant Ă  l’Ă©vocation de celui qu’elle aime sans retour, ArsamĂšne, le frĂšre de Xerse… (Acte II, scĂšne 18). C’est elle qui incarne les vertiges d’un cƓur impuissant et douloureux : ses airs sont les plus dĂ©sespĂ©rĂ©s et le plus sensuels, quand triomphe dĂ©terminĂ©s et fidĂšles l’un Ă  l’autre, Romida et ArsamĂšne, le couple des amants insĂ©parables. Face Ă  ce modĂšle amoureux, le roi lui-mĂȘme s’inflĂ©chit et de raison Ă©pouse celle qui lui est fidĂšle, Amastre.

RenĂ© Jacobs l’avait enregistrĂ© en 1985 en un album aujourd’hui non rĂ©Ă©ditĂ©. Xerse de Cavalli a marquĂ© l’histoire  de l’opĂ©ra en France : Mazarin en demande une reprise Ă  Paris pour le mariage du jeune Dauphin, le futur Louis XIV en 1660. Devant la Cour de France, l’ouvrage est rĂ©Ă©crit et adaptĂ© au goĂ»t français : le rĂŽle titre n’est plus chantĂ© par un castrat mais une voix virile, telle que l’aime l’audience gauloise : un baryton. Car le hĂ©ros de l’action c’est Ă©videmment le Roi.

 

 

 

Lille, Opéra
Xerse de Cavalli
5 représentations
Du 2 au 10 octobre 2015
Nouvelle production
Emmanuelle HaĂŻm, direction
Guy Cassiers, mise en scĂšne
Maud Le Pladec, chorégraphie

Musique de Francesco Cavalli (1602-1676)
Livret de Nicola Minato (revu par Francesco Buti)
Ballets – Musique de Jean-Baptiste Lully (1632-1687)

Direction musicale: Emmanuelle HaĂŻm
Mise en scĂšne: Guy Cassiers
DĂ©cors et costumes: Tim Van Steenbergen
Chorégraphie: Maud Le Pladec
Vidéo: Frederik Jassogne
LumiĂšres: Maarten Warmerdam
Dramaturgie: Willem Bruls
ConseillĂšre musicologique: Barbara Nestola

Avec
Xerse: Ugo Guagliardo
Arsamene: Tim Mead
Ariodate: Carlo Allemano
Romilda: Emöke Barath
Adelanta: Camille Poul
Eumene Emiliano: Gonzalez Toro
Elviro: Pascal Bertin
Amastre: Emmanuelle de Negri
Aristone: Frédéric Caton
Le Gardien: Pierre-Guy Cluzeau (figurant)

Le Concert d’AstrĂ©e
Compagnie Leda

VOIR aussi notre grand reportage sur l’atelier vocal dĂ©diĂ© Ă  l’interprĂ©tation du rĂ©citatif dans l’opĂ©ra français et italien du XVIIĂšme siĂšcle

 

Xerse version 1660 Ă  l’OpĂ©ra de Lille. 

Ce que nous pensons de la production. C’est un vrai dĂ©fi de jouer la reprise de Xerse Ă  Paris. L’ouvrage vĂ©nitien de Cavalli crĂ©Ă© Ă  Venise en 1654 est un tout autre opĂ©ra adapté  et reformatĂ© au goĂ»t français quand il est jouĂ© au Louvre en 1660 pour le mariage du jeune Louis XIV;  c’est mĂȘme un nouvel ouvrage, avec des transformations notables comme le changement de tessiture pour le rĂŽle titre  (baryton plutĂŽt que contre tĂ©nor), surtout nouvelle structure en 5  actes, disparition des rĂŽles comiques  (mĂȘme si le suivant et confident du roi Perse a conservĂ© son caractĂšre bouffon qui en fait un double sarcastique cynique et mordant du pouvoir), surtout intĂ©gration des ballets dans le goĂ»t français signĂ©s du proche de Louis XIV, le florentin Lulli.

 

Lille. Xerse de Cavalli dans sa version française

 

 

Le spectateur moderne peut mesurer Ă  loisirs le fossĂ© des esthĂ©tiques italienne et francaise : intercalĂ©s Ă  la fin de chaque acte, ces ballets jouĂ©s sur un autre diapason que l’orchestre vĂ©nitien tranchent nettement par leur vivacitĂ© avec la lyre si sensuelle du VĂ©nitien : dĂ©jĂ  l’affirmation de cette folle insolence crĂ©ative dont rafole le jeune monarque danseur car il le divertit. La confrontation est passionnante et souligne la forte identitĂ© des maniĂšres ici associĂ©es : en rĂ©alitĂ© plus juxtaposĂ©es que vraiment fusionnĂ©es mais qu’importe, sur le modĂšle importé  vĂ©nitien, Lulli prĂ©sente ses superbes et facĂ©tieux ballets : il saura puiser dans cette totalitĂ© Ă©clectique mais fascinante de 1660, les composantes de sa future tragĂ©die en musique inaugurĂ©e 13 ans  plus tard avec Cadmus  et Hermione. Emmanuelle HaĂŻm emporte ce projet ambitieux malgrĂ© la multiplicitĂ© des dĂ©fis et des contraintes techniques inouĂŻes  (faire jouer deux orchestres diapasons diffĂ©rents avec mis en espace spĂ©cifique : centralisĂ© autour de son clavecin pour le continuo vĂ©nitien,  Ă©clatĂ© en deux groupes distincts aux deux extrĂ©mitĂ©s de la fosse  (cordes Ă  jardin, flĂ»tes et hautbois Ă  cour). La chef rĂ©vĂšle et le profil profond du hĂ©ros trop naĂŻf et maladroit dans sa relation aux autres confrontĂ© dans le dĂ©dale d’un labyrinthe amoureux au cynisme du pouvoir associant devoir et sentiment. La torride sensualitĂ© du rĂ©citatif cavallien Ă  la quelle rĂ©pond en seconde partie  (actes IV et V) l’Ă©mergence d’airs plus fermĂ©s  (composante propre au Cavallien le plus mĂ»r) affinant davantage la solitude douloureuse de chaque protagoniste se dĂ©voilent ainsi Ă  Lille contrepointant avec le rire solennel d’un Lulli jeune  et rafraĂźchissant. C’est un spectacle dont le cohĂ©rence convainc, dramatiquement unifiĂ© dans la rĂ©alisation du flamand  Guy Cassiers qui en plaçant l’action dans la galerie d’Apollon du Louvre son lieu de crĂ©ation originelle, rĂ©tablit un parallĂšle pertinent entre le destin sur scĂšne de Xerse, son mariage de raison final  (Ă©pousant Amastre plutĂŽt  que Romida), et le mariage de Louis XIV, occasion de cette confrontation Lulli / Cavalli. La reprĂ©sentation de Xerse Ă  Paris en 1660 est d’autant plus dĂ©cisive qu’outre sa participation Ă  l’Ă©closion du  futur opĂ©ra français baroque, il s’agit aussi de la premiĂšre reprĂ©sentation du souverain sur scĂšne… de sorte que nous sommes alors Ă  l’amorce du mythe lyrique de Louis XIV ensuite gĂ©nĂ©reusement explicitĂ© et prĂ©cisĂ© dans les opĂ©ras Ă  venir de Lully devenu surintendant de la musique du Roi. Production Ă  ne pas  manquer jusqu’au  10 octobre 2015 Ă  l’OpĂ©ra de Lille.

 

 

 

 

XERSE de Cavalli 
Synopsis

xerse-cavalli-partition-presentation-opera-de-lille-classiquenewsLe Roi perse Xerse est en campagne contre la ville d’AthĂšnes. Il stationne avec ses armĂ©es dans la ville amie d’Abydos, sur la rive orientale du dĂ©troit de l’Hellespont, juste en face de la rive grecque. L’action traitĂ©e par Cavalli et son librettiste Minato dĂ©voile la rĂ©sistance d’un seul couple amoureux Arsamene le frĂšre du roi Xerse et la belle  d’Abydos, Romilda. Contre eux se dresse Xerse qui veut Ă©pouser l’amante de son frĂšre, mais aussi Adelante, la soeur de Romilda qui est tombĂ©e amoureuse d’Arsamene. Heureusement survient la belle princesse de Suse, Amastre qui sous le dĂ©guisement d’un homme, entend reconquĂ©rir l’homme de son coeur, Xerse. De fait touchĂ© par la dĂ©termination d’Amastre, Xerse renonce Ă  Romilda et Ă©pouse Amastre. Le couplĂ© initial Ă©prouvĂ© Romilda / Arsamene confirmĂ©, a  vaincu. Dans la version parisienne prĂ©sentĂ©e Ă  Lille, tous les ballets de Lulli sont jouĂ©s par un orchestre diffĂ©rent (diapason diffĂ©rent) Ă  la fin de chaque acte).

 

 

 

 

 

 

 

PREMIERE PARTIE

 

 

Acte I

 

Pendant que Xerse confie Ă  l’ombre d’un platane ses Ă©tats d’ñme avant l’assaut, son frĂšre Arsamene fait sa cour Ă  une habitante d’Abydos, la belle Romilda, qui l’aime en retour. Interrompant l’entretien, Xerse, qui a seulement entendu la voix de Romilda, dĂ©cide sur le champ de l’épouser lui-mĂȘme. Le roi et son frĂšre sont ainsi deux rivaux amoureux.

Pour Adelante, la soeur de Romilda, la passion subite du roi est une aubaine : si Xerse pouvait Ă©pouser Romilda, elle-mĂȘme aurait enfin le champ libre pour se rapprocher d’Arsamene qu’elle aime en secret. Mais quand, accompagnĂ© d’Eumene son fidĂšle confident, Xerse vient offrir sa main et son trĂŽne Ă  Romilda, la jeune fille le repousse fermement, fidĂšle Ă  ses sentiments pour le frĂšre du roi. Xerse use alors de son pouvoir royal pour bannir son propre frĂšre et rival, mais Romilda demeure inflexible. La princesse du royaume de Suse, Amastre, semble une promise plus digne du Roi Xerse. C’est en tout cas ce qu’elle-mĂȘme imagine : elle vient, dĂ©guisĂ©e sous des vĂȘtements d’homme et accompagnĂ©e d’Aristone, pour tenter de faire la conquĂȘte de Xerse.

 

 

 

 

Acte II

 

Sous prĂ©texte de gratifier ses alliĂ©s, Xerse dĂ©clare officiellement qu’il souhaite remercier la ville d’Abydos, en donnant un époux de sang royal Ă  la jeune Romilda. S’il pense satisfaire ainsi sa nouvelle passion, la dĂ©claration peut aussi ĂȘtre mal interprĂ©tĂ©e : son frĂšre rival, Arsamene, pourrait ĂȘtre lui aussi un Ă©poux de lignĂ©e royale. Chacun comprenant la situation selon ses intĂ©rĂȘts et ses sentiments, la confusion rĂšgne pour savoir qui Ă©pousera Romilda. Amastre, toujours dĂ©guisĂ©e en homme, demeure persuadĂ©e d’ĂȘtre toujours l’élue du roi. Arsamene confie alors Ă  Elviro, son page, une lettre destinĂ©e Ă  Romilda, sa bien-aimĂ©e. Les deux soeurs mettent Ă  jour leur rivalitĂ© amoureuse et en viennent Ă  se dĂ©clarer la guerre.

 

 

 

Acte III

 

La lettre d’Arsamene pour Romilda est interceptĂ©e par Adelanta, ce qui achĂšve de semer la confusion. Elle l’utilise pour persuader Xerse de lui donner pour Ă©poux son frĂšre Arsamene. Xerse y voit l’occasion de renouveler sa demande Ă  Romilda. Forts de leurs sentiments, les deux amants Romilda et Arsamene ne cĂšdent pas aux propositions du roi, au risque de dĂ©clencher sa fureur et de mettre leur vie en danger.

 

 

 

 

DEUXIEME PARTIE

 

 

 

Acte IV

 

La princesse Amastre manque Ă  plusieurs reprises d’ĂȘtre dĂ©couverte, malgrĂ© ses habits d’homme, en tentant d’approcher Xerse. Adelanta avoue avoir menti au roi et au page Elviro, croyant bien faire
 Alors que Romilda et Arsamene s’entretiennent, Xerse survient et trouble l’harmonie entre les deux amants. Il demande Ă  Romilda sa main : celle-ci, cherchant Ă  gagner du temps, lui rĂ©pond humblement qu’il doit la demander Ă  son pĂšre. Xerse promet Ă  ce dernier un Ă©poux de sang royal et envoie Eumene apprĂȘter la future reine. Devant les refus rĂ©pĂ©tĂ©s de Romilda d’accepter ce titre de reine, Xerse, pris de fureur, condamne Ă  mort son rival : son propre frĂšre !

 

 

 

Acte IV

 

PrĂ©venu du danger qu’il court, Arsamene retrouve Romilda et quand son pĂšre les surprend, il comprend que le royal Ă©poux promis Ă©tait bien le frĂšre du roi. Xerse, se voyant devancĂ©, exige dans sa colĂšre qu’Arsamene tue Romilda. C’est la princesse Amastre qui s’interpose, et le roi reconnaĂźt enfin sous ses habits d’homme la princesse de Suse, sa promise. Ému par son courage, il consent Ă  l’épouser et Ă  pardonner aux deux amants, Arsamene et Romilda, avant de cĂ©lĂ©brer leur mariage.

La Mimi d’Anna Netrebko

Anna Netrebko chante MimiCinĂ©ma. OpĂ©ra. La BohĂšme de Puccini avec Anna Netrebko. En direct de Londres, le 10 juin 2015, 20h15. A la faveur de la nuit, parce qu’une bougie dans la mansarde s’éteint, deux jeunes cƓurs amoureux s’enlacent : ainsi Mimi couturiĂšre misĂ©reuse et Rodolfo le poĂšte Ă©tudiant s’aiment dans le Paris 1830. Outre la vie parisienne (BarriĂšre d’Enfer, CafĂ© Momus), l’opĂ©ra de Puccini exprime avec un raffinement orchestral ciselĂ© et une ivresse mĂ©lodique irrĂ©sistible la fragilitĂ© et la sincĂ©ritĂ© des sentiments. L’amour des deux jeunes amants rĂ©sistera-t-il aux alĂ©as du temps ? La production plutĂŽt classique mais lisible du Royal Opera House ressuscite le Paris bohĂšme du XIXĂš, du Quartier Latin aux portes de Paris. Anna Netrebko et Joseph Calleja interprĂštent Mimi et Rodolfo, les coeurs maudits, lui rattrapĂ©s par la jalousie et l’ennui, elle frappĂ©e par la maladie. Par contraste, Puccini souligne le profil des amants opposĂ©s : extravertis et affrontĂ©s mais toujours passionnĂ©ment amoureux, Musetta (qui paraĂźt au II dans la scĂšne du CafĂ© Momus) et Marcello. La jeunesse, la fatalitĂ© et la misĂšre hantent l’opĂ©ra de Puccini qui Ă©vite subtilement l’artifice et la maniĂ©risme grĂące Ă  la justesse et la profondeur de son Ă©criture. MĂȘme au coeur de la douleur, la musique souveraine selon Puccini, se doit d’ĂȘtre caressante, d’une ineffable gravitĂ© poĂ©tique.

En direct au Cinéma le mercredi 10 juin à 20h15
LA BOHEME (1896) de Giacomo Puccini ‹Avec Anna Netrebko, Lucas Maechem, Joseph Calleja – direction : Dan Ettinger. OpĂ©ra en Italien sous-titrĂ© en français – 2h50 avec deux entractes. A l’affiche du Royal Opera House de Londres jusqu’au 16 juillet 2015. Aucun doute, l’argument principal de cette reprise londonienne reste la Mimi de la soprano austro russe Anna Netrebko qui en juillet est donc puccinienne, avant de reprendre en aoĂ»t suivant (8-17 aoĂ»t 2015) Ă  Salzbourg le rĂŽle qui lui a valu une nouvelle gloire planĂ©taire, Leonora du TrouvĂšre de Verdi. Depuis sa Donna Anna en 2002 Ă  Sazlbourg qui l’avait rĂ©vĂ©lĂ©e, Anna Netrebko cumule les paris risquĂ©s mais assumĂ©s : rĂ©cemment, aprĂšs sa Leonora, Lady Macbeth et Iolanta de Tchaikovski.

A l’origine, La BohĂšme Ă©voque les amours tragiques et tendres de la couturiĂšre Mimi et du poĂšte Rodolphe dans le Paris des annĂ©es 1830. Au CafĂ© Momus, Ă  la barriĂšre d’enfer sous la neige, l’action de La BohĂšme est une page spectaculaire, sentimentale et atmosphĂ©rique du Paris romantique rĂȘvĂ©, celui dĂ©crit par le roman de Burger (ScĂšnes de la vie de BohĂšme). Mimi et Rodolfo comme Musetta et Marcello, leurs comparses, vivent l’expĂ©rience amoureuse, sa fragilitĂ© (ils se sĂ©parent mais ne peuvent cesser de s’aimer), son Ă©ternitĂ© (leurs duos d’amour sont les plus beaux de tout le rĂ©pertoire romantique italien)


Synopsis

ACTE I : Le soir de NoĂ«l, Ă  Paris, au Quartier Latin. Sous leur mansarde gelĂ©e, quatre amis Rodolfo le poĂšte, Marcello le peintre, Schaunard le musicien et Colline le philosophe tentent de se rĂ©chauffer. Ils expĂ©dient leur bailleur venu rĂ©colter son loyer et sortent rĂ©veillonner sauf Rodolfo tout Ă  ses Ă©critures. Frappe Ă  sa porte la pauvre voisine, Mimi qui n’a plus d’allumettes pour sa bougie.Mais elle a perdu sa clĂ© et lorsque leurs deux bougies s’éteignent, dans le noir leurs mains se croisent et fous d’amour, ils s’embrassent.

ACTE II  : Au CafĂ© Momus, Mimi et Rodolfo retrouvent Marcello. Musetta paraĂźt : c’est l’ancienne copine de Marcello, Ă  prĂ©sent flanquĂ© d’un nouveau protecteur, le riche et vieux Alcindoro. Chacun Ă  des tables sĂ©parĂ©es dĂźne. Musetta entend rendre jaloux Marcello qu’elle veut reconquĂ©rir : le stratagĂšme fonctionne et tous soupent Ă  la barbe du vieillard qui doit payer la note.

ACTE III : Petit matin, prĂšs de la BarriĂšre d’Enfer, aux portes de Paris enneigĂ©. Mimi raconte Ă  Marcello que Rodolfo l’a quittĂ©e. Mais en rĂ©alitĂ© ce dernier misĂ©reux, en peut payer les soins de la maladie de Mimi : il prĂ©fĂšre se mettre Ă  l’écart et prendre Ă  riche protecteur
 Mais les deux amants se retrouvent, reportent leur sĂ©paration au printemps alors que Marcello et Musetta se disputent.

ACTE IV : Retour Ă  la mansarde du premier acte. A l’arrivĂ©e du printemps, Marcello et Rodolfo songent Ă  leurs amours perdues. Colline et Schaunard apportent un dĂ©jeuner frugal que les quatre amis masquent en festin. Musetta leur annonce que Mimi a quittĂ© son riche protecteur. Elle est trĂšs gravement malade. Rodolfo s’approche de la condamnĂ©e : les amants Ă©voquent les mois de bonheur passĂ©s : Mimi meurt dans les bras de Rodolfo qui dit son nom deux fois. Rideau.

Compte rendu, danse. Paris. Palais Garnier, le 2 dĂ©cembre 2014. Jean-Guillaume Bart : La Source. Muriel Zusperreguy, François Alu, Audric Bezard, Vamentine Colasante
 Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. Minkus, DĂ©libes, compositeurs. Orchestre Colonne. Koen Kessels, direction musicale.

la source bart carre vignetteLa Source revient au Palais Garnier Ă  Paris trois ans aprĂšs sa crĂ©ation pour notre plus grand bonheur ! (LIRE notre premier compte rendu de la crĂ©ation de La Source au Palais Gariner, le 25 octobre 2011 par Alban Deags) Le professeur et chorĂ©graphe français (ancien danseur Etoile) Jean-Guillaume Bart signe une chorĂ©graphie trĂšs riche inspirĂ©e du ballet Ă©ponyme original d’Arthur Saint-LĂ©on crĂ©e en 1866. Pour cette aventure, il est rejoint par une Ă©quipe artistique fabuleuse, avec notamment les costumes de Christian Lacroix, les dĂ©cors d’Eric Ruf. L’Orchestre Colonne accompagne les diffĂ©rentes distributions sous la direction musicale de Koen Kessels.

 

 

 

Une Source éternelle de beauté

Le livret de La Source, d’aprĂšs Charles Nuitter, est l’un de ces produits typiques de l’Ăšre romantique inspirĂ© d’un orient imaginĂ© et dont la cohĂ©rence narrative cĂšde aux besoins expressifs de l’artiste. L’actualisation Ă©laborĂ©e par Jean-Guillaume Bart avec l’assistance de ClĂ©ment Hervieu-LĂ©ger pour la dramaturgie, rapproche le spectacle, avec une histoire toujours complexe, Ă  l’Ă©poque actuelle et y explore des problĂ©matiques de façon subtile. Ainsi, nous trouvons le personnage de La Source, appelĂ© NaĂŻla, hĂ©roĂŻne Ă  la fois pĂ©tillante, bienveillante et tragique, qui aide le chasseur dont elle est Ă©prise, DjĂ©mil, Ă  trouver l’amour auprĂšs de Nouredda, princesse caucasienne aux intentions douteuses. Elle est promise au Khan par son frĂšre Mozdock. Un DjĂ©mil ingĂ©nu ne reconnaĂźt pas l’amour de NaĂŻla qui se donne et s’abandonne en se sacrifiant pour que DjĂ©mil et Nouredda puisse vivre leur histoire d’amour. La Source a des elfes, des nymphes, des caucasiens caractĂ©ristiques, les odalisques du Khan exotiques, et tant d’autres figures fĂ©eriques
 Si l’histoire racontĂ©e parle de la situation de la femme, toute Ă©poque confondue, il s’agĂźt surtout de l’occasion de revisiter la grande danse noble de l’Ecole française, avec ses beautĂ©s et ses richesses. Un faste audio-visuel et chorĂ©graphique, plein de tension comme d’intentions.

 

 

 

Rafinement collectif, virtuosités individuelles


source bart delibes opera garnier paris decembre 2014 49199La-SourceNous sommes impressionnĂ©s par la qualitĂ© et la grandeur de la production dĂšs le levĂ©e du rideau. L’introduction fantastique rĂ©vĂšle non seulement les incroyables dĂ©cors d’Eric Ruf, mais prĂ©sente aussi les elfes virevoltants de La Source. ZaĂ«l, l’elfe vert en est le chef de file. Il est interprĂ©tĂ© ce soir par Axel Ibot, Sujet, sautillant et lĂ©ger, avec un regard d’enfant qui s’associe trĂšs bien Ă  l’aspect irrĂ©el du personnage, dont la danse est riche des difficultĂ©s techniques. Audric Bezard dans le rĂŽle de Mozdock, le frĂšre de la princesse caucasienne, est magnĂ©tique sur scĂšne. Il fait preuve d’une beautĂ© grave par son allure, amplifiĂ©e par un je ne sais quoi d’allĂ©chant dans sa danse de caractĂšre, souple et tranchant au besoin. Si nous trouvons ses atterrissages parfois pas trĂšs propres, son investissement, sa prĂ©sence sur scĂšne, et sa complicitĂ© surprenante avec ses partenaires, notamment avec sa sƓur Nouredda, Ă©blouissent. François Alu en DjĂ©mil est aussi impressionnant. Le jeune Premier Danseur a l’habitude d’Ă©pater le public avec une technique brillante et une virtuositĂ© insolite et insolente. Ce ne sera pas autrement ce soir, mais nous constatons une Ă©volution intĂ©ressante chez le danseur. Le personnage de DjĂ©mil semble ne jamais ĂȘtre au courant des vĂ©ritĂ©s sentimentales de ses partenaires. Il subit l’action presque. Dans ce sens il n’a pas beaucoup de moyens d’expression, Ă  part la danse. C’est tant mieux. DĂšs sa rentrĂ©e Alu frappe l’audience avec une virilitĂ© palpitante sur scĂšne (trait qu’il partage avec Bezard) ; tout au long de la reprĂ©sentation, c’est une dĂ©monstration de prouesses techniques Ă©poustouflantes, de sauts et de tours Ă  couper le souffle.

Indiscutablement, le danseur gagne de plus en plus en finesse, mais nous remarquons un fait intĂ©ressant… Il est si virtuose en solo qu’il paraĂźt un tout petit peu moins bien en couple. Nous pensons surtout Ă  la fin de la reprĂ©sentation, qu’il y avait quelque chose de maladroit dans ses portĂ©s avec la Nouredda d’Eve Grinsztajn, peut-ĂȘtre une baisse de concentration
 due Ă  la fatigue.

La-Source-danse-Opera_pics_390Les femmes de la distribution ce soir offrent aussi de trĂšs belles surprises. Trois PremiĂšres Danseuses dont les prestations, contrastantes, rĂ©vĂšlent les grandes qualitĂ©s de leurs techniques et de personnalitĂ©s. Eve Grinsztajn est une Nouredda finalement formidable, mĂȘme si nous n’en avons eu la certitude qu’aprĂšs l’entracte. C’est une princesse sĂ©duisante manipulatrice et glaciale Ă  souhait, avec un cĂŽtĂ© mĂ©chant mais subtile qui montre aussi qu’il s’agĂźt d’une bonne actrice. Mais c’est aprĂšs sa rencontre avec le Khan (fabuleux Yann SaĂŻz!), et l’humiliation qui arrive, que nous la trouvons dans son mieux. Elle laisse tomber la couverture Ă©paisse et contraignante de la mĂ©chancetĂ© et de la froideur aprĂšs le rejet du Khan et devient ensuite touchante, presque Ă©lĂ©giaque. La NaĂŻla de Muriel Zusperreguy est tous sourires et ses gestes sont fluides et ondulants comme l’eau qui coule. Une sorte de grĂące chaleureuse s’installe quand elle est sur scĂšne, avec une dĂ©licatesse et une fragilitĂ© particuliĂšre. Elle fait preuve d’un abandon lors de son Ă©change avec le Khan auquel personne ne put rester insensible. Une beautĂ© troublante et sublime. Finalement, Valentine Colasante campe une DadjĂ© (favorite du Khan) tout Ă  fait stupĂ©fiante ! En tant qu’Odalisque elle paraĂźt avoir plus d’Ă©lĂ©gance et de prestance que n’importe quelle princesse mĂ©chante… Elle est majestueuse, caractĂ©rielle, ma non tanto, avec des pointes formidables… Sa performance brille comme les bijoux qui dĂ©corent son costume exotique !

Qu’en est-il du Corps de Ballet ? Jean-Guillaume Bart montre qu’il sait aussi faire des trĂšs beaux tableaux, insistons sur la tenue de ces groupes, chose devenue rare dans la danse actuelle. Les nymphes sont un sommet de grĂące mystĂ©rieuse mais pĂ©tillante, elles deviennent des odalisques altiĂšres et allĂ©chantes. Les mĂȘmes danseuses plus ou moins dans le mĂȘme dĂ©cor, dans les ensembles ne se ressemblent pas, et les groupes sont tous intĂ©ressants. De mĂȘme pour les caucasiens et leur danse de caractĂšre, Ă  la fois noble et sauvage. L’orchestre Colonne sous la direction de Koen Kessels joue aussi bien les contrastes entre la musique de Minkus, simple, pas trĂšs mĂ©morable, mais irrĂ©mĂ©diablement russe et mĂ©lancolique, et celle de LĂ©o Delibes, sophistiquĂ©e, raffinĂ©e, plus complexe. Il sert l’Ɠuvre et la danse avec panache et sensibilitĂ©, avec des nombreux solos de violon et des vents qui touchent parfois le sublime.

 

 

Une soirĂ©e exceptionnelle dans le Palais de la danse, Ă  voir et revoir au Palais Garnier Ă  Paris les 2, 3, 5, 6, 7, 8, 10, 12, 13, 15, 17, 19, 20, 22, 23, 24, 26, 27, 28, 29, 30 et 31 dĂ©cembre 2014. Spectacle idĂ©al pour les fĂȘte de cette fin d’annĂ©e 2014.

Compte rendu, danse. Paris. Palais Garnier, le 2 dĂ©cembre 2014. Jean-Guillaume Bart : La Source. Muriel Zusperreguy, François Alu, Audric Bezard, Vamentine Colasante
 Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. Minkus, DĂ©libes, compositeurs. Orchestre Colonne. Koen Kessels, direction musicale.

 

 

 

Festival Les VĂ©nitiens Ă  Paris 2014

Paris, festival Les VĂ©nitiens Ă  Paris, les 26, 28 mars 2014. Venise perle de l’ñge baroque, ayant crĂ©Ă© dans la lagune, l’opĂ©ra, la cantate, le concerto devait forcĂ©ment influencer au delĂ  de toute espĂ©rance la culture française.  Ce fut dĂ©jĂ  le cas au XVIĂš siĂšcle quand les peintres Titien, VĂ©ronĂšse, Tintoret diffusaient partout en Europe leur raffinement et leur sens inĂ©galĂ© de la couleur
 Le XVIIĂšme n’est pas en reste 
 Ainsi Ă  l’initiative de Mazarin, Paris accueille une colonie d’artistes italiens, en particulier vĂ©nitiens, entre 1645 et 1662 : Cavalli, Torelli et Balbi, entre autres, sans omettre le plus grand compositeur de l’heure aprĂšs Monteverdi, Francesco Cavalli. Il ne s’agit pas simplement du nouvel Ă©pisode d’une mode fugace mais bien d’un Ă©change dĂ©cisif qui marque dĂ©finitivement l’imaginaire du futur Louis XIV : pour son mariage, prend visage aux Tuileries l’opĂ©ra vĂ©nitien de Cavalli avec ses ballets et ses machineries. Jamais plus l’art français ne sera le mĂȘme : les nouveautĂ©s de l’art vĂ©nitien favorise l’essor des arts en France. Les français apprennent un style, un mĂ©tier, une science des arts de la scĂšne… apprentissage utile pour que naisse l’opĂ©ra français dix annĂ©es plus tard.

 

 

concert 28 marsLe nouveau festival Les VĂ©nitiens Ă  Paris raconte cette histoire flamboyante d’un Ă©change permanent entre français et italiens, et plus prĂ©cisĂ©ment entre la CitĂ© des doges et la Cour de France. Versailles, ses fontaines, ses miroirs d’eau, son grand canal adaptent l’idĂ©e d’une citĂ© sur l’eau ; les cimaises des salons d’apparat des Grands Appartements comportent de nombreuses toiles de VĂ©ronĂšse et le dessin de la Chapelle royale reprend des motifs palladiens.  En deux concerts et une journĂ©e d’étude sur le thĂšme des VĂ©nitiens Ă  Paris, le nouveau festival Ă©voque la richesse de la source vĂ©nitienne Ă  laquelle les auteurs français se sont s’abreuvĂ©s.  Il s’agit d’évoquer le 26 mars 2014 en un programme de musique sacrĂ©e les concerts hebdomadaires de Saint-AndrĂ©-des-Arts dans les annĂ©es 1650, fondĂ©s par le curĂ© Mathieu qui avait sĂ©journĂ© Ă  Rome et dĂ©cidĂ© de faire chanter la musique italienne chaque semaine dans son Ă©glise Ă  Paris.
Le 28 mars, place Ă  l’opĂ©ra vĂ©nitien, une pratique spĂ©cifique de la vocalitĂ  oĂč la conception dramatique et la place des machineries occupent le premier rang (extraits des premiers opĂ©ras donnĂ©s Ă  Paris : La Finta Pazza de Sacrati, l’Orfeo de Rossi, Xerse et Ercole amante de Cavalli). Le 28 mars Ă©galement, une journĂ©e d’étude Ă  l’Institut culturel italien, rassemble les chercheurs spĂ©cialisĂ©s sur la question des VĂ©nitiens Ă  Paris.

Passion Paris Venise‹. L’opĂ©ra vĂ©nitien est Ă  l’origine de l’opĂ©ra baroque français. DĂšs 1643, l’Ɠuvre de Mazarin vise Ă  importer et assimiler l’opĂ©ra italien Ă  Paris. Comme François Ier, protecteur de Leonardo da Vinci qu’il fait venir en France, le cardinal ne cesse de puiser dans l’art italien, les germes de l’art français.
Les fastes du spectacle lyrique ses machineries et bientĂŽt ses ballets spĂ©cifiques sont le meilleur vĂ©hicule pour diffuser la suprĂ©matie du pouvoir monarchique français. Les VĂ©nitiens Balbi, Torelli, Sacrati, Cavalli et, indirectement, la leçon de Claudio Monteverdi, le plus grand crĂ©ateur d’opĂ©ras Ă  Venise (Le Couronnement de PoppĂ©e, Le retour d’Ulysse dans sa patrie-), inspirent les auteurs français.
La couronne de France depuis Henri IV est liĂ©e au raffinement de la culture italienne en avance sur les autres nations depuis la Renaissance florentine. DĂ©jĂ , justement pour ses noces avec Marie de Medicis Ă  Florence, Henri IV en 1600 assiste aux premiĂšres formes de l’opĂ©ra italien encore embryonnaire : les Euridice de Peri et de Caccini. Ɠuvres de divertissement, pas encore drames lyriques cohĂ©rents.  Convaincu, le roi Bourbon invite Caccini en France et tĂ©moin, Descartes Ă©crit  en 1618 : « la musique n’a plus pour finalitĂ© de reflĂ©ter l’harmonie de la crĂ©ation, mais bien de plaire et d’émouvoir en nous des passions variĂ©es » rapporte Olivier Lexa, initiateur du festival Les VĂ©nitiens Ă  Paris.
Chanteur dans l’opĂ©ra Saint-Ignace de Kapsberger Ă  Rome en 1622, le jeune Mazarin s’initie trĂšs tĂŽt et de l’intĂ©rieur Ă  l’art lyrique. Il en comprend les possibilitĂ©s de propagande au service des grands. En 1639, le politique organise la production d’un opĂ©ra Ă  l’ambassade de France Ă  Rome dĂ©diĂ© Ă  Richelieu, louant les qualitĂ©s de Louis XIII. Devenu premier ministre en 1643, Mazarin ne cesse d’organiser des spectacles d’opĂ©ras et de musique italienne Ă  Paris Ă  la gloire de la monarchie française.

 

 

Paris Ă  l’heure vĂ©nitienne

Mazarin

Mazarin invite Ă  Paris Leonora Baroni,  soprano italienne rĂ©putĂ©e, le castrat Atto Melani acteur des fĂȘtes royales françaises et aussi diplomate. En mars 1645, Nicandro e Fileno de Marazzoli est reprĂ©sentĂ© au Palais Royal. Puis arrivent les vĂ©nitiens, crĂ©ateurs du spectacle vĂ©nitien d’opĂ©ra : le chorĂ©graphe et metteur en scĂšne Balbi, l’ingĂ©nieur machiniste et grand sorcier de la scĂšne, Torelli. Ainsi, de dernier amĂ©nage le ThĂ©Ăątre du Petit Bourbon en octobre 1645 pour y donner l’opĂ©ra La Finta Pazza, du vĂ©nitien Sacrati. Grand succĂšs.

Les opĂ©ras de Sacrati, Monteverdi, Rossi Ă  Paris. En fĂ©vrier 1646, l’Egisto de Mazzocchi et Marazzoli est donnĂ© devant un cĂ©nacle restreint, en prĂ©sence d’Antonio Barberini exilĂ© Ă  Paris avec son secrĂ©taire l’abbĂ© Francesco Buti. Sur la demande de Mazarin, leur ancien secrĂ©taire Ă  Rome, les Barberini font venir Ă  Paris le castrat Marc’Antonio Pasqualini et Luigi Rossi. Buti assure le recrutement des musiciens : une troupe italienne s’installe Ă  Paris en janvier 1647. Elle donne L’Incoronazione di Poppea de Monteverdi Ă  Paris, puis l’Orfeo de Luigi Rossi, le 2 mars 1647 au Palais Royal. Outre la musique, les crĂ©ation visuelles de Balbi et les machines de Torelli font sensation. En avril suivant, Le Nozze di Peleo e di Teti de Sacrati (livret de Buti) oĂč paraĂźt dĂ©jĂ  le futur Louis XIV, incarnant l’éternitĂ© du politique est reprĂ©sentĂ©.

AprĂšs la Fronde (fĂ©vrier 1653), Mazarin veut consolider le pouvoir royal si outrageusement contestĂ©. Le Cardinal renforce l’éclat et le raffinement des ballets et spectacles de cour pour affirmer la santĂ© de la monarchie. Le ballet de la nuit rĂ©alisĂ© par Torelli, est donnĂ© le 23 fĂ©vrier 1653 au Petit Bourbon. Le jeune dauphin futur Louis XIV danse en costume du Soleil : tout un symbole politique est nĂ© alors. Le florentin Lulli devient le compositeur de la musique instrumentale de la Chambre. Jusqu’en 1660, Lully ne cesse de prendre de l’importance en concevant les ballets de cour.  Mais l’apothĂ©ose de la politique artistique proitalienne de Mazarin se concrĂ©tise pour le mariage de Louis XIV avec l’Infante d’Espagne aprĂšs la Paix des PyrĂ©nĂ©es (9 juin 1659). Buti coordonne les travaux pour une immense machinerie dans le palais des Tuileries afin d’y donner un nouvel opĂ©ra 
. vĂ©nitien. A l’Ɠuvre, les italiens Gaspare, Lodovico et Carlo Vigarini imaginent une salle d’une ampleur inĂ©dite (7000 personnes) dont le chantier prenant du retard, s’achĂšvera en 1662.
Pour le mariage de Louis XIV, Mazarin invite l’immense Francesco Cavalli qui arrive Ă  Paris en juillet 1660. Le plus grand compositeur vĂ©nitien aprĂšs Monteverdi (son maĂźtre) avait donnĂ© un Te Deum Ă  la basilique San Marco pour cĂ©lĂ©brer la Paix des PyrĂ©nĂ©es. La machinerie des Tuileries n’étant pas prĂȘte pour un nouvel opĂ©ra, on donne un ancien ouvrage de Cavalli, Xerse, dans la galerie de peintures au Louvre, le 22 novembre 1660.

 

 

 

Concert 26 marsErcole Amante de Cavalli : la source de l’opĂ©ra de Louis XIV. Mazarin meurt le 9 mars 1661. Son grand  Ɠuvre se rĂ©alise postmortem le 7 fĂ©vrier 1662, dans l’écrin achevĂ© de la Salle des Tuileries : Cavalli peut y voir son nouvel opĂ©ra spĂ©cialement conçu pour la Cour française : Ercole Amante. Le thĂšme d’Hercule est un autre symbole du Roi de France (voir la galerie d’Hercule de l’HĂŽtel Lambert) : Louis XIV paraĂźt au cours du spectacle grĂąces aux ballets complĂ©mentaires de Lully (Pluton, Mars, Soleil).  Dans son opĂ©ra, Cavalli prolonge le cynisme poĂ©tique du Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi oĂč la figure de NĂ©ron inspire un portait particuliĂšrement satirique et mordant des auteurs (Monteverdi et Busenello). Dix ans plus tard, Ă  la source de cet opĂ©ra des origines, Lully allait donner enfin Ă  la cour de France, la forme lyrique qu’elle attendait :  «  Ercole annonce ainsi la crĂ©ation de la tragĂ©die lyrique française, qui Ă  partir de Cadmus et Hermione de Lully en 1673, empruntera Ă  l’opĂ©ra vĂ©nitien sa machinerie, son art du rĂ©cit, l’emploi des ritournelles, les lamenti, les sommeils, les scĂšnes infernales et autres tonnerres
 « , prĂ©cise encore Olivier Lexa.

Pour mesurer l’impact de la musique vĂ©nitienne Ă  Paris au XVIIĂšme siĂšcle, le festival Les VĂ©nitiens Ă  Paris offre en deux concerts l’occasion de redĂ©couvrir ce style vĂ©nitien qu’admirait tant Mazarin de son vivant.

 

 

agenda du festival Les VĂ©nitiens Ă  Paris : 2 concerts, 1 journĂ©e d’Ă©tude

Les VĂ©nitiens Ă  Paris

 

 

Mercredi 26 mars, 20h,
Eglise des Blancs Manteaux, Paris 4e
Ensemble Correspondances – Solistes, chƓur et orchestre
Sébastien Daucé, clavecin, orgue & direction
« Le grand rĂ©pertoire sacré » : Ɠuvres de Monteverdi – Legrenzi - Lotti - Caldara – Melani – Giamberti – Charpentier

 
Vendredi 28 mars, 20h30,
Eglise Saint-Germain-l’Auxerrois, Paris 1er
La Cappella Mediterranea – Mariana Flores et Anna Reinhold, sopranos
Leonardo GarcĂŹa AlarcĂČn, clavecin, orgue & direction
« Les opĂ©ras italiens Ă  la cour de France » :  Cavalli – Rossi – Sacrati

Vendredi 28 mars, 10h-18h, Institut culturel italien, Paris 7e
JournĂ©e d’étude « Les VĂ©nitiens Ă  Paris »

 

 

 

Festival Monteverdi Vivaldi 2014
Olivier Lexa et le Centre de musique baroque vénitien (www.vcbm.it) produisent aussi à Venise, un festival de musique baroque vénitienne chaque année, intitulée festival Monteverdi Vivaldi
 prochaine édition, du 4 juillet au 4 octobre prochain à Venise, avec Jordi Savall et Hesperion XXI, Paul Agnew et Les Arts Florissants, Rinaldo Alessandrini, Leonardo Garcia Alarcon et La Cappella Mediterranea, Vivica Genaux et le Vox Ensemble, Marc Mauillon, etc. Programme détaillé disponible en mars 2014, sur le site du Centre vénitien : www.cvbm.it.

 

 

Illustration : Mazarin et sa collection de sculptures antiques Ă  Paris (DR)

 

La Fanciulla del West de Puccini Ă  l’OpĂ©ra Bastille

Paris, Bastille. Puccini: La Fanciulla del West. 1-28 fĂ©vrier 2014 … La Fanciulla del West raconte le rĂȘve amĂ©ricain dans l’écriture d’un Puccini soucieux de plaire Ă  l’audience anglosaxone en 1910: dans un dĂ©cor de Far-west, Minnie est une jeune femme pleine de courage et de tendresse; un coeur tendre qui dans un monde d’hommes (celui des chercheurs d’or), sait imposer sa fiĂšre fĂ©minitĂ©; une sorte d’hĂ©roĂŻne moderne. CrĂ©Ă© le 10 dĂ©cembre 1910, sur les planches du Metropolitan de New York, l’opĂ©ra de Puccini est une offrande vĂ©riste du compositeur italien Ă  l’adresse des USA.
Puccini s’inspire de la piĂšce de David Belasco (1905), The girl of the Golden. Le compositeur assiste Ă  la crĂ©ation (triomphale) de son 7Ăš opĂ©ra (en 3 actes), l’un des rares opus qui met en scĂšne une action amoureuse qui se termine … bien. Success love story, The Fanciulla mĂ©tropolitaine sĂ©duit immĂ©diatement le public amĂ©ricain et les New Yorkais sous le charme rĂ©servent une salve d’hommage au compositeur italien. Dans la fosse, Arturo Toscanini porte la tension et la rĂ©ussite de la production dont font partie Emmy Destinn (Minie) et Enrico Caruso (Dick Johnson), 
 avant l’exceptionnel et dĂ©sormais lĂ©gendaire Franco Corelli dans le rĂŽle masculin.

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La Fanciulla fait son entrée à Bastille

 

Le sujet central de la ruĂ©e vers l’or en Californie inspire Ă  Puccini l’une de ses pages orchestrales les plus flamboyantes (et les plus audacieuse). La valeur de l’écriture puccinienne vient du respect permanent du crĂ©ateur vis Ă  vis de la psychologie des personnages.‹Parmi les garçons brusques au coeur tendre, tous Ă©pris de la belle barmaid, propriĂ©taire du saloon La Polka, Minnie tient la dragĂ©e haute: elle leur enseigne la lecture comme institutrice et incarne aussi la loyautĂ© morale: elle leur lit la Bible. C’est une Ăąme noble et admirable par son humanitĂ© et sa gĂ©nĂ©rositĂ©. Alors que Jack Rance le shĂ©rif (baryton) aime lui aussi Minnie, survient l’étranger par lequel la catastrophe arrive: Jack Johnson (tĂ©nor). Un vaillant au passĂ© trouble qui saisit dĂšs son apparition le coeur de la jeune femme
 D’autant que Minnie est une Ăąme romantique qui croit au prince charmant.
Eprise, la jeune femme sauve des griffes du shĂ©rif Rance, Jack qui est en fait un bandit en fuite (de son vrai nom Ramerrez). Ici triomphe l’amour et Minnie se distingue du milieu des mineurs par ses rĂȘves utopiques, son dĂ©sir de dĂ©passement, son ardente croyance dans la construction d’un monde pacifiĂ©, hors des joutes viriles sans lendemain qui se nourrissent d’alcool, de rivalitĂ©s potaches, d’affrontements rĂ©guliers.‹La figure de Minnie ne partage rien avec les hĂ©roĂŻnes antĂ©rieures de Puccini: ni Manon, ni Tosca, ni mĂȘme Cio Cio San et pas encore Turandot. A contrario des sacrifiĂ©es tragiques, voici une femme forte qui inscrit ses rĂȘves en lettres d’or Ă  la face d’une sociĂ©tĂ© masculine permissive, jalouse, sauvage, Ă©triquĂ©e. Dans une sociĂ©tĂ© phallocratique, la femme n’est elle pas l’avenir de l’homme ?

 

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La fanciulla del West fait son entrĂ©e au rĂ©pertoire de l’OpĂ©ra national de Paris (il Ă©tait temps), du 1er au 28 fĂ©vrier 2014. 10 reprĂ©sentations Ă  l’OpĂ©ra Bastille.
Diffusion en direct dans les salles de cinéma, le lundi 10 février (réseau UGC), 19h30
Diffusion en direct sur France Musique le samedi 22 février 2014 à 19h30

 

 

 

Pourquoi y aller ? 3 raisons pour ne pas manquer La Fanciulla del West Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris :
- la direction de Carlo Rizzi, fin maestro, ardent dĂ©fenseur d’une dramaturgie haletante et certainement dĂ©taillĂ©e
- Claudio Sgura dans le rĂŽle de Jack Rance, le voyou au cƓur tendre, Ă©pris de la belle Minnie
- Nina Stemme, hier wagnĂ©rienne accomplie sous la direction de Philippe Jordan dans TannhĂ€user : son timbre ample et chaud devrait apporter chair et fiĂšvre Ă  l’Ăąme gĂ©nĂ©reuse de la belle Minnie ; y compris lorsque la jeune femme cache son amant et doit mĂȘme tricher aux cartes pour sauver l’homme qu’elle aime…

 

Informations et rĂ©servations sur le site de l’OpĂ©ra national de Paris, page dĂ©diĂ©e Ă  la nouvelle production de La Fanciulla del West de Puccini (production crĂ©Ă© Ă  Amsterdam, Nederlandse Opera)

 

 

 

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Compte-rendu : Paris. ThĂ©Ăątre de l’AthĂ©nĂ©e, le 16 mai 2013. Richard Strauss : Ariadne auf Naxos. Julie Fuchs, LĂ©a Trommenschlager, Anna Destrael, Marc Haffner
 Ensemble Le Balcon. Maxime Pascal, direction. Benjamin Laza

Richard Strauss photo portrait profilCertains spectacles, dans de grandes salles, avec des distributions prestigieuses, des dispositifs pharaoniques, des moyens considĂ©rables, parviennent Ă  peine Ă  vous maintenir en Ă©veil et ne vous laissent que peu de souvenirs. D’autres, beaucoup plus modestes, vous bouleversent profondĂ©ment et vous donnent l’impression d’ĂȘtre au plus prĂšs de l’Ɠuvre  …  d’accĂ©der Ă  la pure substance  de la musique. L’Aridane auf Naxos prĂ©sentĂ©e par le ThĂ©Ăątre de l’AthĂ©nĂ©e-Louis Jouvet appartient indĂ©niablement Ă  cette seconde catĂ©gorie.

 

 

Spontanéité

 

Qui aurait pourtant pu l’attendre d’une version de concert donnĂ©e par des musiciens dont la moyenne d’ñge doit avoisiner les 25-30 ans ? Et pour une Ɠuvre pensĂ©e uniquement pour la scĂšne ? C’était sans compter les talents de Benjamin Lazar. ‹Sa mise en scĂšne, qu’on pourrait davantage qualifier de « mise en espace » en raison de l’absence de dĂ©cors et d’une scĂšne mangĂ©e aux trois quarts par les instrumentistes dĂ©bordant de la fosse – parvient Ă  donner vie Ă  l’action de maniĂšre trĂšs astucieuse. Avec le peu de moyens Ă  sa disposition (un fond noir, les armatures sur lesquelles sont placĂ©s les musiciens, des costumes « de civils ») il rend l’action trĂšs humaine, crĂ©e des ambiances contrastĂ©es ; il profite du sujet pour jouer avec les conventions et casser les codes. Le public est mis Ă  contribution pendant quelques scĂšnes, alors que des personnages sillonnent le parterre, et sera mĂȘme invitĂ© Ă  taper joyeusement dans les mains – sans heureusement tomber dans le vulgaire.
Bref, ce qui pourrait ressembler de loin Ă  un spectacle montĂ© par des Ă©lĂšves de conservatoires dans une maison de quartier, se rĂ©vĂšle ĂȘtre en rĂ©alitĂ© une prestation d’un trĂšs grand professionnalisme, associĂ© Ă  une qualitĂ© musicale et artistique surprenantes.

Quand jeunesse peut – et sait …

La distribution vocale, d’une homogĂ©nĂ©itĂ© rare, participe aussi largement Ă  cette rĂ©ussite.‹Julie Fuchs est une jeune chanteuse dont la carriĂšre est dĂ©jĂ  bien lancĂ©e – elle fut la « RĂ©vĂ©lation lyrique » des Victoires de la musique classique 2012 – et qui aborde des rĂ©pertoires trĂšs variĂ©s avec beaucoup d’enthousiasme et de rĂ©ussite. Zerbinetta lui sied comme un gant, elle sait se faire dĂ©licieusement espiĂšgle et sĂ©ductrice. Et si certains suraigus ne sont pas encore tout Ă  fait assurĂ©s, la virtuositĂ© du rĂŽle ne l’handicape nullement !‹Dans le rĂŽle d’Ariadne, LĂ©a Trommenschlager, 27 ans, surprend par sa maturitĂ©. On pourra arguer que la voix ne « rayonne » pas beaucoup, que les aigus sont lĂ©gĂšrement engorgĂ©s ; mais l’interprĂ©tation est d’une grande finesse, sans emphase ni superflu.‹Le Compositeur d’Anna Destrael – qui remplaçait pour toutes les reprĂ©sentations ClĂ©mentine Margaine, mĂ©rite aussi les palmes. Alors que la mise en scĂšne la borne Ă  un personnage statique, elle parvient avec sa voix chaleureuse et frĂ©missante Ă  se travestir en un jeune homme passionnĂ© et tempĂ©tueux. L’une des performances les plus touchantes du spectacle.
Seul Bacchus, interprĂ©tĂ© par Marc Heffner, fait une ombre au tableau. Le tĂ©nor, certainement en mĂ©forme, rate douloureusement la plupart de ses aigus et finit mĂȘme par octavier les derniers. Le rĂŽle est extrĂȘmement difficile, et il eĂ»t sans doute Ă©tĂ© judicieux d’engager un tĂ©nor un peu plus lĂ©ger ici, dans cette petite salle avec un petit orchestre.‹Parmi tous les seconds rĂŽles excellemment interprĂ©tĂ©s, on retiendra notamment le maĂźtre de ballet de Damien Bigourdan et la Dryade au timbre chaud de Camille Merckx.
L’Ensemble Le Balcon n’est lui aussi composĂ© que de jeunes musiciens, y compris son chef Maxime Pascal, 28 ans. Ils livrent une performance presque irrĂ©prochable d’un point de vue technique, sans doute rendu possible grĂące Ă  un long travail de prĂ©paration et de nombreuses rĂ©pĂ©titions. Le rĂ©sultat est superbe, parfois proche de ce qu’on peut attendre de grands orchestres, mettant parfaitement en valeur une partition claire mais exigeante.‹L’Ensemble est en rĂ©sidence Ă  l’AthĂ©nĂ©e depuis cette saison pour une sĂ©rie d’un an de concerts, qui se clĂŽturera par la reprĂ©sentation de l’opĂ©ra de Peter Eötvös qui lui a donnĂ© son nom : Le Balcon.

Au plus prùs de l’Ɠuvre

Dans cette petite salle richement dĂ©corĂ©e qu’est le ThĂ©Ăątre de l’AthĂ©nĂ©e, l’Ɠuvre prend tout son sens, l’interactivitĂ© avec le public est plus aisĂ©e et l’impact de la musique, plus fort. Si, d’un point de vue froidement objectif, le niveau gĂ©nĂ©ral n’est tout de mĂȘme pas comparable, on prend infiniment plus de plaisir Ă  voir Ariadne ici que dans la rĂ©cente production Ă  l’opĂ©ra Bastille. ‹L’osmose, la profonde complicitĂ© qui semble s’ĂȘtre nouĂ©e entre les artistes permet la totale rĂ©ussite d’un spectacle d’une grande fraĂźcheur, alliĂ©e Ă  un trĂšs haut niveau technique et une maturitĂ© rare. Sans doute l’un des plus beaux spectacles lyriques de cette saison.

Paris. ThĂ©Ăątre de l’AthĂ©nĂ©e, le 16 mai 2013. Richard Strauss, Ariadne auf Naxos. Julie Fuchs, Zerbinetta ; LĂ©a Trommenschlager, Ariadne ; Anna Destrael, Le Compositeur ; Marc Haffner, Bacchus ; Thill Mantero, maĂźtre de musique ; Damien Bigourdan, maĂźtre de ballet et Scaramouche ; Vladimir Kapshuk, perruquier et Arlequin ; Virgile Ancely, laquais et Truffaldin ; Cyrille Dubois, officier et Brighella ; Norma Nahoun, NaĂŻade ; Élise Chauvin, Écho ; Camille Merckx, Dryade. Ensemble Le Balcon. Maxime Pascal, direction. Benjamin Lazar, mise en scĂšne.