CHRIST EST RESSUSCITÉ ! (Pâques en musique)

bach_jean_sebastien_portrait-eisenach-haussmann-1730CHRIST est ressuscité ! Jean-Sébastien Bach : Oratorio de Pâques BWV 249. Comme à l’accoutumée, s’agissant de Jean-Sébastien Bach, l’Oratorio de Pâques tel que nous le connaissons actuellement, et tel qu’il est joué par les ensembles les plus informés, regroupe plusieurs partitions sur le thème pascal qui remonte à plusieurs époques, certains opus étant réécrits, modifiés selon l’idéal esthétique du compositeur, selon aussi les effectifs à sa disposition au moment de la commande. La première version remonte à 1725 pour les célébrations pascales, en particulier pour le Dimanche de Pâques. Bach recycle une cantate de voeux (donc originellement profane) de février 1725 dédié à l’anniversaire de son patron, le Duc Christian de Saxe-Weissenfels (Entfliet verschwindet, entweichet ihr Sorgen, BWV 249a). Puis il en déduit une nouvelle célébration, d’essence sacrée: Kommt, eilet und laufet, ihr flüchtigen Füsse … (BWV 249), cantate célébrant la dévotion de la feria I de Pâques au 1er avril 1725.

 

 

Christ est ressuscité !Puis dans un nouveau texte de Picander, la même cantate sert une nouvelle célébration profane en août 1726 pour l’anniversaire de son autre mécène le Comte Joachim Freidrich von Flemming (BWV 249b). Pour livrer une nouvelle musique pascale, Bach recycle entre 1732 et 1735, les partitions déjà écrites et intitule le nouveau cycle “oratorium”. Comme pour la Messe en si mineur, il s’agit grâce au génie synthétique dont il est capable, de combiner des éléments épars en une totalité dont la cohérence et l’architecture nous stupéfient. Soucieux d’unité, le compositeur reprend encore son ouvrage après 1740, et fixe désormais ce que nous connaissons sous le nom d’Oratorio de Pâques.

 

 

 

 

 

Christ est ressuscité !

 

 

 

 

 

 

Oratorio en 11 numéros

Plan en 10 numéros/épisodes

 

Véritable opéra sacré, l’Oratorio de Pâques de JS Bach saisit par la maîtrise des contrastes, l’absolu génie des réemplois et aussi, le raffinement d’une grande culture musicale qui utilise selon un plan dramaturgique éblouissant, les styles italiens et français.

N°1 à 3. Au début, les 3 premiers numéros (Sinfonia avec flûtes et hautbois d’amour, Adagio, Chorus) composent un triptyque d’ouverture selon le schéma d’un concerto italien (vif, lent, vif), avec une même tonalité de ré majeur) pour unifier le cycle pour les volets 1 et 3. Dans ce dernier épisode, le texte convoque les fidèles qui pressent le pas vers la sépulture de Jésus.
Le n°4 fait paraître les 4 solistes, sombres et graves, qui se retrouvent près du tombeau : Maria Jacobi (soprano), Maria Magdalena (alto), Petrus (ténor), Johannes (basse). Se détache surtout l’aria adagio en si mineur (avec traverso) de Maria Magdalena dans laquelle la chanteuse invite à renoncer aux parfums et onguents de l’embaumement pour choisir les lauriers, annonciateurs de la victoire du Christ ressuscité (n°5).
CHRIST-endormi-programmes-brava-hd-noel-2015-582-390N°6-7 : surviennent Petrus et Johannes qui découvrent la tombe vide et la pierre déplacée. Maria Magdalena précise alors qu’un ange est venu annoncer la Résurrection du Sauveur. Ainsi Petrus (ténor, en sol majeur) adopte le calme serein d’une bourrée pour exprimer avec les flûtes à bec, la profonde certitude de la paix intérieure, après la proclamation du Miracle christique. N°8 à 10 : les airs des deux Marie basculent dans l’arioso, portés par l’impatience de revoir Jésus : tendre et compatissante, Maria Magadalena se demande où le Christ lui apparaîtra (air en la majeur, avec hautbois d’amour sur rythme de gavotte). Tandis que Johannes invite chacun à se réjouir. Jean-Sébastien Bach conclut par un chœur de réjouissance (n°11) où l’éclat des trompettes dit la réalisation de la transfiguration finale. Le dernier épisode suit un plan en deux parties : format et esprit français et d’une élégance haendélienne tout d’abord ; puis gigue fuguée d’une ivresse collective irrésistible.

 

 

 

Tizian, Verklaerung Christi - Titian / Transfig.of Christ / c.1560 - Titien / Transfiguration du Christ

Résurrection du CHRIST par Fra Angelico et Tiziano (DR)

Festival de Cuenca 2016

cuenca-cathedrale-570ESPAGNE. Festival de Cuenca : 19>27 mars 2016. C’est l’un des plus anciens festivals de musique sacrée en Europe, un Salzbourg ibérique ayant lui aussi sa ville haute, ses superbes églises posées sur un pic rocher qui offre une vue vertigineuse sur la nature environnante (digne du peintre Patinir). Le Festival de Cuenca (dans la région de Castilla-La Mancha) qui s’appelle aussi en espagnol “Semana de musica religiosa de Cuenca” / Semaine de musique religieuse”, parce qu’il se déroule pendant la Semaine Sainte (donc sur le rythme des nombreuses processions dans la vieille ville) a tout pour plaire : le charme d’un bourg historiquement très riche ; des églises préservées intactes et d’une grande diversité dont la sublime Cathédrale (et ses multiples chapelles du gothique au baroque tardif), un environnement éblouissant et aussi une gastronomie locale à découvrir absolument à condition de connaître évidemment les bonnes adresses (et de commander sa table quelques jours avant, Semaine Sainte oblige : les espagnols convergent vers le vieux Cuenca pour y mesurer et pour y vivre cet esprit de fièvre collective et d’intense expérience musicale au temps du Festival de musique sacrée).

cabeceraSMRC2015-1Pour sa dernière édition, la directrice artistique Pilar Tomas, véritable âme du festival a choisi l’Allemagne comme pays invité, avec le Vocalconsort de Berlin comme artiste résident. On ne sera donc pas surpris d’y écouter, en liaison avec le calendrier liturgique pascal (du lundi au samedi saint, après le week end des Rameaux), plusieurs oeuvres germaniques médiévales, renaissantes et baroques. La 55 ème édition du festival de Cuenca du 19 au 27 mars promet donc d’être particulièrement convaincante. Parmi nos coups de coeurs de cette édition très prometteuse : le programme Duron sublimé par La Grande Chapelle et Albert Recasens le 23 mars ; évidemment le programme phare défendu en 2016 par Les Arts Florissants et William Christie : la Messe en si mineur de Bach, le lendemain 24 mars ; enfin, le concert du Samedi saint (dans la Cathédrale de Cuenca, le 26 mars défendu par l’ensemble en résidence cette année : Vocalconsort Berlin (James Wood, direction), arche emblématique de la programmation du Festival : entre musique ancienne et création : Hector Parra (1976) : Breathing (création mondiale, commande du festival de Cuenca) puis Missa a 4 de William Byrd. Eclectique, multiple, mais singulièrement cohérente, la direction artistique à Cuenca, grâce à Pilar Tomas, a incarné un modèle du genre, entre pertinence, rythme, poésie et diversité. Festical incontournable, coups de coeur CLASSIQUENEWS 2016.

 

 

 

 

En voici nos 12 temps forts :

Samedi de la Passion, 19 mars 2016 (concert 1)
Eglise San Miguel, 19h
Concert Vivaldi : Salve Regina, Motet in furore, Laudate pueri
Roberta Mamelli, soprano
Modo Antiquo. Federico Maria Sardelli, direction

Dimanche des Rameaux, 20 mars 2016 (concert 2)
Eglise San Pedro
Wolfgang Rihm (1952) : Vigilia, 2006
Singer Pur
Ensemble Musikfabrik

Lundi Saint, 21 mars 2016 (concert 3)
Salla de Camara, Teatro Auditorio à Cuenca, 17h
Cantates de Jean-Sébastien Bach
Accademia del Piacere
Fahmi Alqhai, direction

idem (concert 4)
Eglise San Miguel, 20h30
Jean-Sébastien Bach : Sonatas et Partitas pour violon
BWV 1001 à 1006
Christian Tetzlaff, violon

Mardi Saint, 22 mars 2016 (concert 6)
Teatro Auditorio, 20h30
Miguel de Cervantès, 1547-1616
La Conquête de Jerusalem par Godefroy de Boullon
Musiques de Guerrero, Flecha, Juan del Enzima, …
La Danserye
Capella Prolationum
Compania Antiqua Escena
Juan Sanz, mise en scène

Mercredi Saint, 23 mars 2016 (concert 7)
Eglise San Miguel, 17h
Sebastian Duron : Semana Santa en la Real Capilla, vers 1700
(Psaume, Lamentations, Villancico de Pasion…)
La Grande Chapelle
Albert Recasens, direction

Eglise de la Merced, 20h30
SOS : Songs of Suffering
Lamentation de Jérémie
Oeuvres de Lobo, Tallis, James Wood (1953)
Vocalconsort Berlin
James Wood, direction
Arnim Fries, projection vidéo

christie-bill-william-grands-motets-rameau-concerts-2014Coup de coeur de classiquenews 2016 :
Jeudi Saint, 24 mars 2016 (concert 10)
Teatro Auditorio, 20h30
KATHERINE WATSON, soprano
EMMANUELLE DE NEGRI, soprano
TIM MEAD, contre-ténor
REINOUD VAN MECHELEN, tenor
ANDRÉ MORSCH, basse
Jean-Sébastien Bach : Messe en si mineur BWV 232
Les Arts Florissants
William Christie, direction

Vendredi Saint, 25 mars 2016 (concert 12)
Teatro Auditorio, 20h30
Récital Scarlatti, Vivaldi, Albinoni, Vivaldi
Giovanni Battista Ferrandini : Il pianto di Maria
Ann Hallenberg, mezzo soprano
The English Consort
Harry Bicket, direction

Samedi Saint, 26 mars 2016 (concert 13)
O Celestial Medicina
Canciones, Villanescas spirituelles de Guerrero
Armonia Concertada
Maria Cristina Kiehr, soprano
Sara Agueda, harpe double

Cathédrale de Cuenca, 20h
Hector Parra (1976) : Breathing
(création mondiale, commande du festival de Cuenca)
William Byrd : Missa a 4
Vocalconsort Berlin
James Wood, direction

Dimanche de la Résurrection, 27 mars 2016 (concert 16)
Eglise de la Asuncion, Tarancon, 18h
Sebastian Duron : El Blando Susurro
Cantadas y tonadas sacras
Raquel Andueza, soprano
La Galania

Ne pas manquer aussi :
Visite acoustique au Musée du Trésor de la Cathédrale
Dimanche des Rameaux, Jeudi, Vendredi et Samedi Saint
Visiter le site du festival de Cuenca 2016, 55ème Semana de Musica Religiosa

 

 

 

 

 

cabeceraSMRC2015-1Renseignements, informations pratiques sur le site du Festival de Cuenca 2016, 55è Semana de Musica Religiosa de Cuenca (Castilla La Mancha, Espagne)

 

 

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Cavalleria Rusticana de Mascagni à Salzbourg

salzbourg-evasion-classiquenews-582-570Salzbourg, les 28 mars et 6 avril 2015. Mascagni : Cavalleria Rusticana, 18h. Osterfestspiele Salzburg. Le festival de Pâques de Salzbourg affiche en 2015, mars et avril, l’opéra vériste génial signé Mascagni : Cavalleria Rusticana avec entre autres l’excellent Jonas Kaufmann. L’oeuvre est couplée avec i Pagliacci de Leoncavallo, formant un diptyque familier des amateurs d’opéras. Chaque partition courte, d’un acte, compose ainsi le double portrait d’un drame amoureux passionnel et tragique : chacun s’achève sur la mort de l’un des amants.

 

 

mascagni Pietro Mascagni1La jalousie dévorante et criminelle fait les bons drames passionnels en particulier sur la scène lyrique. En Sicile, le dimanche de Pâques, Santuzza se désespère, démunie et trahie : elle a perdu l’amour de son ancien amant Turiddu qui en aime une autre Lola, l’épouse du charretier Alfio. Santuzza a beau se confier à la propre mère de Turiddu (Mamma Lucia), rien ne peut adoucir le ressentiment et la haine, le désir de vengeance et la tentation du meurtre qui envahissent l’esprit de l’amoureuse humiliée. L’action se déploie comme un relief antique : sans dilution, droit au but, épure, embrasement, catastrophe. Mascagni compose sa partition en 1890 (deux années avant I Pagliacci de Leoncavallo, autre partition courte et fulgurante avec laquelle Cavalleria est souvent couplée dans la même soirée) : c’est le manifeste de toute une esthétique à l’opéra. Franche, immédiate, réaliste : l’opéra vériste ou naturaliste est né sous sa plume car le drame est court, concis, resserré, d’une irrépressible activité et sur une durée très limitée (ici 1h10mn selon les versions). LIRE notre dossier spécial Cavalleria Rusticana de Mascagni

 

 

 

Programmer Cavalleria Rusticana au moment de Pâques est justifié car c’est le temps réel de l’action du drame. La distribution affichée par le festival de Salzbourg promet engagement et caractérisation sous la baguette fine et nerveuse de Christian Thieleman…

Cavalleria Rusticana de Mascagni au festival de Salzbourg 2015

 

festival de paques salzbourg 2015 cavalleria rusticana

 

Christian Thieleman, direction

Philipp Stölzl, mise en scène, régie

Jonas Kaufmann : Turiddu, Canio

Liudmyla Monastyrska:Santuzza

Annalisa Stroppa : Lola

Maria Agresta: Nedda

Dimitri Platanias : Tonio

Tansel Akzeybek: Beppe

Sächsische Staatskapelle Dresden

Choeur d’enfants du Festival de Salzbourg