LIVRE événement, critique. Les Métamorphoses du ballet, histoire et identité d’une genre lyrique, XVIIè – XVIIIè siècles / éditions Aedam Musicae

ballet metamorphoses du ballet rameau cahusac rousseau gluck critique livre classiquenews aedam musicae 9782919046751LIVRE événement, critique. Les Métamorphoses du ballet, histoire et identité d’une genre lyrique, XVIIè – XVIIIè siècles / éditions Aedam Musicae – Remarquable analyse sur le terme même de « ballet » et tout ce qu’il signifie dans l’histoire de l’opéra français: dès la fin du XVIIè, – après l’offrande lullyste, les auteurs s’emparent du « ballet » à la fois pièce dansée et vocable générique, pour réformer et régénérer le genre en le croisant avec le développement chorégraphique qui structure jusqu’à l’architecture dramatique des ouvrages ; on sait combien à la naissance de l’opéra français versaillais, Lully et Molière (Psyché) avaient déjà conçu le futur opéra tragique en partant de la danse et du ballet de cour. Avant Rameau (et ses Indes Galantes de 1735), le temps est à l’amour et à la danse : le ballet, forme hybride, réinvente l’opéra et offre à la fin du règne de Louis XIV, un formidable réservoir de formes théâtrales : « Ballet héroïque », « opéra-ballet », « ballet comique », « ballet bouffon », …
Le titre du présent ouvrage « Métamorphoses » indique clairement l’évolution continue d’un genre polymorphe, jamais réellement fixé, entre danse, drame, chant (et effets de machinerie, mis de côté ici); véritable laboratoire et vivier de possibilités du spectacle vivant. A l’opposé de notre conception exclusive sur la notion de cohérence dramatique, le spectacle baroque en France privilégie plutôt la variété et les contrastes, célébrant le « fragment » où la chanteuse doit chanter autant que danser ! L’époque et son esthétique sont à la célébration de l’action lyrique par le mouvement ; aucune tragédie sans divertissements et ballets. Avant Rameau, dans le plein XVIIIè, les 4 opéras-ballets de Campra, comportent pas moins de 123 danses ! Le ballet structure tout opéra français ; son sujet même (mis en scène sous forme de « divertissement ») éclaire et enrichit le sens général du drame. D’esprit mobile et adaptable – voire mercantile, les directeurs optent pour des représentations en « fragments », soit une série de ballets courts sans unité poétique entre eux, – d’auteurs différents-, mais composites et disparates, vecteurs de surprises spectaculaires qui flatte le goût du public (moins de certains témoins comme JJ Rousseau…).
L’approche analytique est large et mesure toutes les composantes des arts du spectacle gravitant autour de la notion de ballet … outre la notion clé qu’apporte le cas emblématique du « Fragment », c’est la conception même du drame et de son déroulement formel sur la scène qui se précise à travers les diverses contributions ; la dernière partie (quatrième) est de ce point de vue la plus passionnante, apportant des éléments clés sur la genèse du « ballet héroïque » à l’orée du règne de Louis XV ; sur « le ballet figuré » conçu par le librettiste de Rameau, Cahusac (à l’épreuve de Zaïs de Rameau, 1748) ; sur « l’architecture harmonique des ballets à plusieurs actes ou entrées chez Rameau » ; enfin interroge l’esthétique du ballet chez Gluck et sa place au sein de l’Académie royale de musique… Incontournable.

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CLIC_macaron_2014LIVRE événement, critique. Les Métamorphoses du ballet, histoire et identité d’une genre lyrique (XVIIè – XVIIIè siècles) – Aedam Musicae – Ouvrage collectif sous la direction de Alexandre De Craim, Thomas Soury
Paru en mars 2022 / CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022.

PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur Aedam MUSICAE :
https://www.musicae.fr/livre-Les-metamorphoses-du-ballet-Ouvrage-collectif-sous-la-direction-de-Alexandre-De-Craim–Thomas-Soury-248-216,215.html

Rameau 2014, Les Indes Galantes. Entretien avec Jérôme Corréas

CORREAS jerome_correas.jpgAu cours d’une tournée qui passe ce 25 novembre 2014 à La Piscine de Châtenay Malabry (92), Jérôme Corréas célèbre aussi le génie révolutionnaire de Rameau en proposant comme Hugo Reyne récemment une nouvelle lecture de l’opéra ballet Les Indes Galantes. Flamboyante partition portée par le rythme des danses et des divertissements, l’œuvre illustre l’invention inégalée dont Rameau fut capable de son vivant. Explications. Entretien avec Jérôme Corréas, directeur musical de l’ensemble qu’il a créé, Les Paladins. 

 

 

 

 

Quel regard jetez vous sur Les Indes Galantes ? De quelle manière la musique unifie toutes les entrées ?

Les Indes Galantes sont souvent considérées comme une revue, de par le caractère divertissant et ludique des différentes entrées. C’est un opéra-ballet, avec une certaine liberté de ton par rapport à une tragédie lyrique. Un opéra ballet est constitué d’un prologue et de plusieurs histoires indépendantes se terminant par des divertissements dansés. C’est une forme assez libre, plus libre en tous cas que celle du grand opéra qu’on appelle tragédie lyrique.  Cette souplesse favorise l’humour, le second degré, un niveau de langage un peu plus familier. Pour autant, on trouve dans cette œuvre des thèmes sérieux comme l’esclavage, la parole donnée (dans Le turc généreux), la liberté d’aimer, la colonisation, la paix ou la fraternité entre les peuples (Les Sauvages) .

Sans verser dans un discours féministe ou anticolonialiste militant qui n’a rien à voir avec l’œuvre, on peut dire que ces thèmes permettent de relier les différentes histoires à notre monde actuel tout en nous rapprochant de l’imaginaire de ce XVIIIeme siècle très attiré par l’exotisme, mais aussi très préoccupé de générosité envers les peuples et les individus, et de lutte contre les inégalités.

Dans ce contexte, la musique agit comme un cataliseur des énergies, elle apporte rythme et couleur en caractérisant chaque personnage, chaque univers différent. Chaque histoire est un voyage.

Que peut nous apporter en 2014 le spectacle version Rameau tel qu’il se déploie dans Les Indes Galantes ?

Les Indes galantes parlent du triangle amoureux habituel : amant-amante-rival. Cette relation triangulaire nous a incités avec Constance Larrieu, la metteure en scène,  à imaginer un travail entre chanteurs, marionnettes et marionnettistes, pour mettre en valeur ces histoires simples, ces intrigues vite résolues qui sont des numéros, voire des sketches se terminant invariablement par des numéros dansés.

Rameau est un homme de spectacle, c’est un maître de l’harmonie, un amoureux des belles mélodies; on trouve dans sa musique une joie de vivre, un enthousiasme et un sens du rythme qui plongent l’auditeur dans un état de jubilation; la « Danse du grand calumet de la paix », qu’on appelle aussi «  Les Sauvages », en est un bon exemple.  Cette année Rameau a été pour moi l’opportunité d’interpréter beaucoup de ses musiques. Plus je joue Rameau, plus j’ai cette impression qu’on peut aussi aller le chercher hors de la conception grandiose dans laquelle on l’enferme parfois.

Cette forme légère des Indes galantes est pour moi l’occasion de présenter un Rameau plus proche, plus direct, plus accessible à tous publics et à tous âges. Il est important de montrer que la musique baroque n’est ni élitiste, ni compassée, et que l’on peut se divertir avec Rameau. C’est le cas avec Platée, c’est aussi le cas dans certaines scènes des Indes galantes.

De quelle manière cette nouvelle production met-elle en avant les qualités propres des Paladins ?

Tous les projets des Paladins sont de expériences, des défis ou des recherches. Je ne peux faire autrement et j’ai besoin d’avancer et progresser à chaque étape de mon travail.

Les Indes galantes, c’est pour moi une exploration de la théâtralité dans la musique française, c’est l’opportunité de chercher plus de naturel dans les récitatifs, plus de souplesse dans la texture orchestrale, et d’expérimenter sans cesse en matière de nuances et d’expressivité, tant avec les chanteurs qu’avec l’orchestre.

Cette musique est tellement bien écrite pour les instruments que les musiciens se sentent tout de suite à l’aise et peuvent prendre des risques.

Avec les chanteurs, nous explorons les possibilités du parlé-chanté tel que nous l’avons déjà travaillé dans l’opéra italien, mais en s’adaptant aux exigences de la langue française, faisant en sorte qu’elle soit toujours claire, naturelle et résonnante.

Je souhaite surtout que ces Indes galantes présentent une version décomplexée et jubilatoire du répertoire baroque français, c’est l’objectif que nous nous sommes fixé avec les musiciens des Paladins et les chanteurs. J’espère que le public aura envie de danser avec sur l’air du Grand calumet de la paix !

 

 

Propos recueillis par Alexandre Pham en novembre 2014.

 

 
 
 

AGENDA. Les Paladins en concert avec Jérôme Corréas. Rameau : les Indes Galantes, le 25 novembre 2014 – Théâtre La Piscine, Châtenay Malabry (92)