CD. Haydn : Symphonies Parisiennes (Sir Roger Norrington, SOny classical, 2013)

haydn symphonies parisiennes norrington sony classical cd 88875021332CD, compte rendu, critique. Haydn : 6 Symphonies parisiennes (Norrington, juillet 2013). ComposĂ©es en 1785 et 1786, les 6 Symphonies parisiennes n°82 Ă  87, marquent un nouveau jalon dans la maturation artistique de Haydn : alors qu’il sert son patron Ă  Esterhaza surtout en matière d’opĂ©ras bouffes (d’une veine comique dont la subtilitĂ© Ă©gale celle de Mozart et aussi annonce Rossini), Haydn livre plusieurs cycles de musique purement instrumentale et symphonique pour l’extĂ©rieur : avant ses concerts mĂ©morables Ă  Londres, Paris lui ouvre les bras Ă  travers le Comte d’Ogny qui commande pour le Concert de la Loge Olympique, plusieurs symphonies nouvelles dans le goĂ»t nouveau, c’est Ă  dire des Lumières, classique, vĂ©ritable sommet de la Symphonie viennoise. Les premières symphonies furent crĂ©Ă©es Ă  Paris en 1787 et très vite reprises partout en Europe.

 

 

Sir Roger Norrington cisèle la facétie inventive des Parisiennes de Haydn (1785-1786)

6 sommets de l’Ă©lĂ©gance viennoise pour Paris

 
 

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Les Symphonies 87 et 85 rassemblent les qualitĂ©s de ce coffret et dĂ©montrent les arguments du pĂ©tillant Norrington, capable de ciseler et varier les effets avec la complicitĂ© d’un orchestre sur instruments modernes. Preuve qu’il ne suffit pas jouer sur des cordes en boyau pour rĂ©ussir l’interprĂ©tation. Il y a aussi des questions de styles et de jeu qui pèsent de tout leur poids. Stylistiquement, l’interprĂ©tation de Norrington s’impose indiscutablement. Dès la 87, saluons l’Ă©tonnante vigueur du propos qui prĂ©ambule au superbe Adagio, de structure rhapsodique, en rĂ© majeur laisse s’Ă©panouir l’intelligence de l’orchestration : en particulier l’Ă©tonnante cadence pour les vents, d’une finesse d’inspiration spĂ©cifiquement viennoise et haydnienne… (flĂ»tes et hautbois pleins de fraĂ®cheur pastorale, contrastant avec la gravitĂ© Ă  pas mesurĂ©s des cors). Les instrumentistes zurichois suivent la tendresse amusĂ©e du chef dans le Menuet, au rythme haletant, d’une couleur balkanique, avec le solo de hautbois virtuosissime dans le trio. L’Ă©quilibre, l’Ă©conomie des effets, la facĂ©tie raffinĂ©e, l’Ă©lĂ©gance du ton prĂ©serve toujours la noblesse pudique de Haydn.
La 85, dite “Reine de France”, hommage Ă  la protectrice des arts Ă  quelques annĂ©es de la RĂ©volution, s’impose aussi par la justesse des intentions et du style choisi, dĂ©fendu, dĂ©veloppĂ© par Norrington et l’Orchestre de chambre de Zurich. La romance française citĂ©e en ouverture du second mouvement (la gentille et jeune Lisette) s’adresse directement Ă  Marie-Antoinette qui de fait l’applaudit particulièrement. DatĂ©e de 1785, c’est le sommet absolu du cycle : trĂ©pidante, et raffinĂ©e, elle exige motricitĂ© des cordes, dynamiques prĂ©cises, et accents calibrĂ©s des vents comme des cuivres (cors). La simplicitĂ©, l’Ă©lĂ©gance, et ce parfum de populaire parfaitement recyclĂ©, caractĂ©risent en effet l’une des meilleures rĂ©ussites symphoniques de Haydn.  Norrington sait admirablement caractĂ©riser l’Ă©lĂ©gance aristocratique du Menuet et la charge plus plĂ©bĂ©ienne du trio, comme un rĂ©sumĂ© de toute la sociĂ©tĂ© du XVIIIè, celle d’avant la RĂ©volution : codĂ©e, hiĂ©rarchisĂ©e, polissĂ©e et aussi corsetĂ©e. En usant d’une infime subtilitĂ©, Haydn sait varier les formes de la structure jusque dans le choix nouveau du rondo-sonate pour l’ultime mouvement (Finale, Presto).

CLIC D'OR macaron 200La tenue des autres symphonies dont la cĂ©lĂ©brissime Ours (au tempĂ©rament martial) est de la mĂŞme eau : on reste surpris par l’imagination fertile, somptueusement Ă©vocatrice du chef Norrington, averti, expert de l’approche historiquement informĂ©e. Ce qu’a Ă  nous dire le maestro relève du prodige : comme Harnoncout et pourtant ici sur instruments modernes, il nous surprend, dĂ©voile la langue jamais rĂ©pĂ©titive, la syntaxe expĂ©rimentale de chaque symphonie. D’Esteraza, Haydn allait plonger dans un affadissement de son Ă©criture instrumentale. Opportune, la commande venant de Paris, lui permet de satisfaire ses ambitions les plus audacieuses : l’inspiration n’a jamais Ă©tĂ© aussi impĂ©tueuse, risquĂ©e, poĂ©tiquement juste. DĂ©fi pour tout orchestre de chambre, chaque Symphonie parisienne est un opĂ©ra en soi, un drame aux milles rebondissements. Il appartient au chef et Ă  ses instrumentistes de rĂ©vĂ©ler l’invention permanente de l’Ă©criture, d’en ciseler le relief et d’en dĂ©fendre la trĂ©pidante Ă©nergie. Ce que rĂ©ussit idĂ©alement Sir Roger. Très convaincant.

 

 

Joseph Haydn : 6 Symphonies parisiennes, n°82-87 (1785-1786). Zurich Chamber Orchestra. Sir Roger Norrington, direction. 3 cd Sony classical 88875021332. Enregistré à Zurich en juillet 2013.

 

 

 

Compte rendu, concert. Paris. Cathédrale Notre-Dame de Paris, le 23 mai 2014. Mozart : « Grande » Messe en Ut. Christina Landshamer, Ingeborg Gillebo, Pascal Charbonneau, Peter Harvey, solistes. Maitrise Notre-Dame de Paris. Lionel Sow, direction. Orchestre de Chambre de Paris. Roger Norrington, direction.

Sir Roger Norrington dirige la Messe en ut de MozartLa CathĂ©drale de Notre-Dame de Paris accueille l’Orchestre de Chambre de Paris sous la direction musicale de son premier chef invitĂ© Roger Norrington et une distribution des solistes pleine de cĹ“ur. Cadre et compagnie idĂ©aux pour la reprĂ©sentation de la « Grande » messe inachevĂ©e de Mozart, la Messe en Ut mineur, en l’occurrence prĂ©sentĂ©e dans la version reconstituĂ©e par le pianiste et compositeur Robert Levin (2005). Dire que Roger Norrington est l’une des figures emblĂ©matiques du mouvement « baroqueux » n’est qu’approximation. La pratique historiquement informĂ©e (HIP en anglais) qu’il dĂ©fend si vivement pour notre plus grand bonheur, est un concept que le mot « baroqueux », si banal, n’illustre pas avec justesse. Certes, il est baroqueux parce qu’il s’Ă©loigne de la tradition post-romantique devenue standard Ă  la fin du XIXe siècle, mais ceci n’implique pas toujours le fait de jouer sur instruments d’Ă©poque. Son approche historique a une profondeur qui dĂ©passe la date de facture des instruments. Le focus est plus dans la façon de jouer une Ĺ“uvre qu’autre chose. Dans ce sens, sa dĂ©marche a une valeur inestimable. Entendre un orchestre moderne s’attaquer Ă  un rĂ©pertoire prĂ©-romantique de façon historiquement informĂ©e, peut tout simplement ĂŞtre une expĂ©rience positive, bouleversante, transcendantale pour mĂ©lomanes et musiciens confondus. C’est le cas ce soir Ă  Notre-Dame avec cet opus qui condense en lui-mĂŞme le siècle qui l’a vu naĂ®tre.

L’OCP et Norrington à Notre-Dame : un Mozart majestueux !


Beaucoup d’encre a coulĂ© sur la ou les raisons pour lesquelles Mozart n’a pas achevĂ© le monument qu’est cette cĂ©lèbre Messe en Ut (K 427), parfaitement positionnĂ©e par son envergure entre les grandes Ĺ“uvres de Bach (Passions, Messe en si) et celle en RĂ© majeur de Beethoven. Elle a Ă©tĂ© composĂ©e pendant une pĂ©riode assez instable de la vie de Mozart, entre 1782 et 1783. A l’origine destinĂ©e Ă  sa femme Constance, elle restera inachevĂ©e comme la plupart des Ĺ“uvres qu’il aurait Ă©crit pour elle. Fait curieux, mais anecdotique. Sa valeur « religieuse » a aussi inspirĂ© (et inspire encore, bizarrement) de vives discussions. Il existe toujours une minoritĂ© de gens qui ne supportent pas qu’il y ait d’impressionnantes vocalises dans une messe, pour eux c’est tellement profane que c’est sacrilège ! Curieusement, et pour partager une autre anecdote, le Pape actuel, Francois, considère cette messe comme Ă©tant sans Ă©gale, et plus prĂ©cisĂ©ment que le « Et incarnatus est » Ă©lève l’homme vers Dieu.

mozart_portrait-300DĂ©passons l’anecdote. La ferveur Ă  la CathĂ©drale, en cette soirĂ©e de printemps, est palpable. Elle s’exprime par l’investissement et le plaisir Ă©vident des artistes Ă  interprĂ©ter la Messe. Les solistes et les musiciens se regardent et sourient avec un bonheur paisible, tout en jouant une musique redoutable. Les voix fĂ©minines, comme souvent chez Mozart, sont privilĂ©giĂ©es. La soprano Christina Landshamer chante le « Kyrie » et le « Et incarnatus est » avec beaucoup de sentiment ; dans le dernier sa voix achève des sommets cĂ©lestes et se confond avec les sublimes vents obligĂ©s. La jeune mezzo-soprano Ingeborg Gillebo, qui remplace Jennifer Larmore programmĂ©e originellement, est rayonnante dans l’italianisme virtuose et joyeux du « Laudamus te » ou encore dans le duo « Domine », variante sacrĂ©e des incroyables duos fĂ©minins des opĂ©ras de Mozart. Le tĂ©nor Pascal Charbonneau est visiblement habitĂ© par la musique, dont il chantonne en silence les chĹ“urs. Quand c’est Ă  lui de chanter vĂ©ritablement il fait preuve d’agilitĂ© et de lĂ©gèretĂ©, mĂŞme si le timbre paraĂ®t plus corsĂ© que d’habitude, ce qui s’accorde superbement Ă  l’œuvre. La basse Peter Harvey, qui, certes, chante peu, offre une prestation sans dĂ©faut.

Nous nous attendons toujours a d’excellentes performances de la part de la MaĂ®trise Notre-Dame de Paris sous la direction de Lionel Sow. Nous ne sommes pas déçus ce soir mais notre apprĂ©ciation n’est pas sans rĂ©serves. Le chĹ“ur ne paraĂ®t pas toujours concertĂ© lors des nombreux, glorieux et difficiles double-choeurs haendeliens, surtout au dĂ©but. Mais ces petits dĂ©tails dans la dynamique initiale, s’expriment au final en une performance d’une grande humanitĂ©, d’une intense ferveur.

Pour leur part, les musiciens de l’Orchestre de Chambre de Paris sont Ă  la hauteur de la pièce et du lieu. Le toujours fabuleux et implacable premier violon de Deborah Nemtanu, ou encore le non moins fantastique groupe des vents tout particulièrement sollicitĂ©, ont Ă©tĂ© tous impressionnants dans leur prestation. Idem pour les cordes sans vibrato (ou peu, Ă  vrai dire) que nous aimons tant chez Norrington, Ă  la belle prĂ©sence malgrĂ© quelques petits oublis et notes comiques des violoncelles. Nous sommes encore Ă©bahis par la beautĂ© du concert et n’avons que des fĂ©licitations pour les artistes. Un concert de talents concertĂ©s qui restera dans nos mĂ©moires, et dans nos cĹ“urs.

Compte rendu, concert. Paris. Cathédrale Notre-Dame de Paris, le 23 mai 2014. Mozart : « Grande » Messe en Ut. Christina Landshamer, Ingeborg Gillebo, Pascal Charbonneau, Peter Harvey, solistes. Maitrise Notre-Dame de Paris. Lionel Sow, direction. Orchestre de Chambre de Paris. Roger Norrington, direction.

 

Messe en ut de Mozart par Norrington en direct de ND de Paris

mozart_portraitRadio Classique, ce soir : 22 mai, 20h. Mozart, Messe en ut mineur par SR Norrington, l’Orchestre de chambre de Paris, en direct de Notre-Dame de Paris. La messe en ut mineur KV 427, (ou GroĂźe Messe : « grand-messe ») est une partition inachevĂ©e de Wolfgang Amadeus Mozart, Ă©crite en 1782 : c’est une Ĺ“uvre majeure que Mozart compose Ă  Vienne, alors qu’il se marie avec Constanze Weber. L’Ĺ“uvre atteste une conscience ambitieuse, une ferveur sincère, touche par la grâce qui renouvelle le format traditionnel de la messe viennoise. Après la Messe en si de JS Bach dont il assimile l’art complexe de la polyphonie, la Messe en ut de Mozart est un jalon important, prĂ©ludant Ă  la Missa Solemnis de Beethoven.  La lĂ©gende prĂ©cise que Wolfgang aurait ainsi exaucĂ© le voeu de son père auquel le fils bienveillant avait promis une Messe si Constance se rĂ©tablissait d’une grave maladie.

Kyrie (Andante moderato)
Gloria
Gloria in excelsis Deo (Allegro vivace)
Laudamus te (Allegro aperto)
Gratias agimus tibi (Adagio)
Domine Deus (Allegro moderato)
Qui tollis (Largo)
Quoniam tu solus (Allegro)
Jesu Christe
Cum Sancto Spiritu
Credo
Credo in unum deum (Allegro maestoso)
Et incarnatus est (Andante)
Sanctus
Sanctus (Largo)
Hosanna
Benedictus (Allegro commodo)

roger norrington portrait faceL’Ĺ“uvre nous est parvenue incomplète. Après le sommet qui reste la sĂ©quence de l’ “Et incarnatus est”, le Credo (et son orchestration), comme l’Agnus Dei, reste manquant. Pour faciliter son travail, Mozart a certainement rĂ©utilisĂ© du matĂ©riel antĂ©rieur, issu de messes Ă©crites certainement Ă  l’Ă©poque de ses fonctions Ă  Salzbourg.  Par la suite, le compositeur utilise plusieurs parties de la Messe pour son oratorio Davidde Penitente.

Aujourd’hui la reconstitution orchestrĂ©e par  H. C. Robbins Landon demeure la meilleure source pour mesurer l’ampleur et la subtilitĂ© de la Messe mozartienne. DurĂ©e : environ 1h05

Paris, Cathédrale Notre-dame. Les 22 et 23 mai 2014, 20h
Sir Roger Norrington et l’Orchestre de chambre de Paris
Solistes : Christina Landshamer, soprano. Jennifer Larmore, soprano. Pascal Charbonneau, ténor. Peter Harvey, basse. Maîtrise Notre-Dame de Paris (Lionel Sow, direction)

Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servation sur le site de l’Orchestre de chambre de Paris

Compte-rendu : Paris. Théâtre des Champs-Elysées, le 14 juin 2013. Gioacchino Rossini : Il Barbiere di Siviglia. Cyrille Dubois, Julia Lezhneva, Roberto De Candia, Carlo Lepore, Giorgio Giuseppini. Sir Roger Norrington, direction musicale.

rossini_portraitL’Orchestre de chambre de Paris et son principal chef invité, Sir Roger Norrington, présentent dans la capitale un nouveau Barbier rossinien, une œuvre que le public parisien apprécie visiblement et ne se lasse pas de réentendre.
Suite au forfait soudain du ténor chinois Yijie Shi – remplaçant lui-même Antonino Siragusa initialement prévu – le jeune ténor français Cyrille Dubois est arrivé à la rescousse pour sauver la soirée, faisant semble-t-il par la même occasion sa prise de rôle dans le rôle du Comte Almaviva. Saluons son beau timbre, ainsi que sa technique sûre, son émission brillante et sa belle maîtrise de la voix mixte, parfaites pour le répertoire français – il vient d’être annoncé dans Gérald de Lakmé à Saint-Etienne pour la saison prochaine – mais peu rompu aux exigences rossiniennes.
Les vocalises sonnent prudentes et le suraigu se fait discret, tant et si bien que son ultime air, le redoutable « Cessa di più resistere » a été prudemment coupé.

 

 

Un Barbier inégal mais réjouissant

 

Une belle découverte, qui se révèlera sans doute idéal dans un autre répertoire. A ses côtés, le baryton italien Roberto De Candia fait admirer sa faconde gourmande dans Figaro, imposant dès son entrée sa voix mordante et ample autant que son aigu facile et percutant. Et c’est avec cette même assurance tranquille et cette gouaille ravageuse à l’œil malicieux qu’il traversera la soirée, salué aux saluts par une ovation méritée.
La Rosine de la très jeune Julia Leznheva, annoncée partout comme une révélation, laisse davantage songeur. Si le timbre révèle par instants de beaux reflets irisés et la vocalise impressionne par sa précision d’apparence facile et de belles variations, l’instrument demeure d’un volume modeste, au grave confidentiel et à l’aigu à peine esquissé, le soutien se dérobant à chaque montée. Parfois, la voix perd en outre soudainement toute rondeur sur certaines voyelles ouvertes à l’excès, des sonorités enfantines et droites le disputant à d’autres plus féminines, mais presque trop matures, comme artificielles. Elle laisse en outre paraître un tempérament d’une agréable fraicheur, mais aux émotions encore peu différenciées.
On retrouve avec bonheur les talents de comédien de Carlo Lepore, toujours parfait dans ces emplois de basse bouffe, passant en un éclair d’un affect à l’autre. Par ailleurs, il semble avoir éclairci son émission, et nous gratifie de quelques aigus parfaitement timbrés. Beau Basilio de la Giorgio Giuseppini, à la voix un rien usée mais toujours percutante et efficace dans l’air de la Calomnie, et faisant bruisser la salle par un grave sépulcral et sonore dans « Buona sera » à la seconde partie. Excellente surprise également que la Berta en pleine forme vocale de Sophie Pondjiclis, rendant de l’importance à ce personnage souvent sacrifié.
Le chœur du Théâtre des Champs-Elysées, quant à lui, offre une prestation solide et convaincante. Nous sommes moins convaincus, en revanche, par les affinités de Sir Roger Norrington avec l’univers du cygne de Pesaro. Si les fameux crescendi sont correctement exécutés – mais sans grande flamme – par un Orchestre de chambre de Paris en petite forme, la pâte instrumentale sonne souvent pesante, alourdie encore par la cymbale omniprésente et envahissante, sans parler des nombreuses coupures opérées dans la partition – pas de reprise avant la fin des airs, des morceaux de récitatifs disparaissent, une grande partie de l’air de Bartolo passe à la trappe -.
Une soirée pas exempte d’imperfections et de doutes, mais néanmoins agréable, grâce, surtout, au génie de Rossini.

Paris. Théâtre des Champs-Elysées, 14 juin 2013. Gioacchino Rossini : Il Barbiere di Siviglia. Livret de Cesare Sterbini. Avec Il Conte d’Almaviva : Cyrille Dubois ; Rosina : Julia Lezhneva ; Figaro : Roberto De Candia ; Bartolo : Carlo Lepore ; Basilio : Giorgio Giuseppini ; Berta : Sophie Pondjiclis ; Fiorello : Renaud Delaigue. Chœur du Théâtre des Champs-Elysées. Orchestre de chambre de Paris. Sir Roger Norrington, direction musicale.

Compte-rendu : Paris. TCE, Théâtre des Champs ElysĂ©es, le 14 juin 2013. Rossini : Le Barbier de SĂ©ville. Roberto de Candia, Julia Lezhneva… Sir Roger Norrington, direction.

roger norrington portrait faceLe Théâtre des Champs ÉlysĂ©es accueille Sir Roger Norrington dirigeant l’Orchestre de Chambre de Paris pour leur coproduction du Barbier de SĂ©ville de Rossini en version de concert.  AccompagnĂ©s par une excellente et enthousiaste distribution de chanteurs, les instrumentistes jouent de façon presque baroqueuse avec le grand maestro. L’Ă©clat et la vivacitĂ© sont au rendez-vous.

 

 

Barbier de SĂ©ville historique

 

Sir Roger Norrington est l’une des figures emblĂ©matiques du mouvement historiquement informĂ© (mĂ©thode HIP pour “Historically informed performance” ou pratique historiquement informĂ©e), oĂą chaque interprĂ©tation est prĂ©cĂ©dĂ©e d’une recherche organologique et musicologique particulièrement poussĂ©e. C’est l’un des gĂ©nies qui ont osĂ© s’Ă©loigner des standards post-romantiques de performance musicale au 20e siècle. Non seulement par l’utilisation des instruments d’Ă©poque, optionnelle, mais notamment par la façon de jouer la musique, mĂŞme avec instruments modernes. La notion de style et de jeu sont donc au cĹ“ur d’une recherche captivante. En ce qui concerne la musique du 18e siècle et avant, la pratique est logique et cohĂ©rente. Mais il s’attaque Ă©galement au rĂ©pertoire du 19e et l’effet est, pour dire le moindre, rafraĂ®chissant! Le vibrato excessif cède la place aux timbres contrastĂ©s et Ă  une certaine clartĂ© contrapuntique. Dans ce sens l’Orchestre de chambre de Paris se montre plus brillant que jamais, plein de gaĂ®tĂ© et d’esprit, souvent spectaculaire, excellent toujours! Les vents souvent vedettes, sont suprĂŞmes  dans de l’orage au deuxième acte comme ils sont gracieux et vifs accompagnant le chant. Comme d’habitude, les musiciens sont fortement investis et leur enthousiasme est Ă©vident et … contagieux.

De mĂŞme pour les chanteurs, très engagĂ©s et engageants malgrĂ© l’absence de mise en scène. Tous les rĂ´les sont interprĂ©tĂ©s avec coeur. Roberto de Candia incarne Figaro avec panache. Il gère les acrobaties vocales peu frĂ©quentes pour un baryton avec aisance et charisme. Il est toujours très prĂ©sent et se projette brillamment en solo et dans les ensembles. Il n’Ă©clipse pourtant pas le Comte de Cyrille Dubois (excellent Ferrando Ă  Saint-Étienne), Ă  la fois noble et drĂ´le, ma non troppo. Si le public offre les plus chaleureux applaudissements pour leurs interventions, celle qui crĂ©e une plus grande excitation est sans doute la Rosina de la jeune soprano Julia Lezhneva. Quant elle chante “Una voce poco fa” au premier acte l’audience a du mal Ă  arrĂŞter les applaudissement. Ses aigus stratosphĂ©riques et insolents sont spectaculaires : ils inspirent la fureur d’un public très impressionnĂ©. Nous apprĂ©cions ses ornements rĂ©ussis et la maĂ®trise incontestable qu’elle a de son instrument virtuose. C’est une voix puissante et pleine de caractère, qui se montre superbe technicienne. Cependant nous sommes de l’avis qu’elle peine Ă  trouver un Ă©quilibre entre force et lĂ©gèretĂ©, et sa performance paraĂ®t plus dĂ©monstrative et concertante que sincère. Faute minuscule qu’elle amĂ©liorera sans doute avec l’expĂ©rience, et qui passe au second plan tant l’agilitĂ© de son instrument reste indiscutable.

Carlo Lepore et Giorgio Giuseppini interprètent Bartolo et Basilio respectivement. Ils sont tous les deux très prĂ©sents,  particulièrement le dernier : la voix et la prestance, magnifiques dans son air de la calomnie demeure mĂ©morable. Une mention Ă©galement pour la superbe Berta de Sophie Pondjiclis pĂ©tillante, très prĂ©sente, dĂ©montrant qu’il n’y a pas de petits rĂ´les mais de … petits chanteurs. Le choeur du Théâtre des Champs ElysĂ©es est de mĂŞme investi et d’une grande vivacitĂ©. Nous rejoignons au final le public pour la formidable et brillante coproduction, Ă  la fois historique et innovante sous la baguette du pĂ©tillant Sir Roger.

Paris. Théâtre des Champs ElysĂ©es, le 14 juin 2013. Rossini : Le Barbier de SĂ©ville.  Choeur du Théâtre des Champs ÉlysĂ©es. Alexandre Piquion, direction. Roberto de Candia, Julia Lezhneva… Orchestre De chambre de Paris. Sir Roger Norrington, direction.

Illustration : Sir Roger Norrington (DR)