CD. Haydn : Symphonies Parisiennes (Sir Roger Norrington, SOny classical, 2013)

haydn symphonies parisiennes norrington sony classical cd 88875021332CD, compte rendu, critique. Haydn : 6 Symphonies parisiennes (Norrington, juillet 2013). ComposĂ©es en 1785 et 1786, les 6 Symphonies parisiennes n°82 Ă  87, marquent un nouveau jalon dans la maturation artistique de Haydn : alors qu’il sert son patron Ă  Esterhaza surtout en matiĂšre d’opĂ©ras bouffes (d’une veine comique dont la subtilitĂ© Ă©gale celle de Mozart et aussi annonce Rossini), Haydn livre plusieurs cycles de musique purement instrumentale et symphonique pour l’extĂ©rieur : avant ses concerts mĂ©morables Ă  Londres, Paris lui ouvre les bras Ă  travers le Comte d’Ogny qui commande pour le Concert de la Loge Olympique, plusieurs symphonies nouvelles dans le goĂ»t nouveau, c’est Ă  dire des LumiĂšres, classique, vĂ©ritable sommet de la Symphonie viennoise. Les premiĂšres symphonies furent crĂ©Ă©es Ă  Paris en 1787 et trĂšs vite reprises partout en Europe.

 

 

Sir Roger Norrington cisÚle la facétie inventive des Parisiennes de Haydn (1785-1786)

6 sommets de l’Ă©lĂ©gance viennoise pour Paris

 
 

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Les Symphonies 87 et 85 rassemblent les qualitĂ©s de ce coffret et dĂ©montrent les arguments du pĂ©tillant Norrington, capable de ciseler et varier les effets avec la complicitĂ© d’un orchestre sur instruments modernes. Preuve qu’il ne suffit pas jouer sur des cordes en boyau pour rĂ©ussir l’interprĂ©tation. Il y a aussi des questions de styles et de jeu qui pĂšsent de tout leur poids. Stylistiquement, l’interprĂ©tation de Norrington s’impose indiscutablement. DĂšs la 87, saluons l’Ă©tonnante vigueur du propos qui prĂ©ambule au superbe Adagio, de structure rhapsodique, en rĂ© majeur laisse s’Ă©panouir l’intelligence de l’orchestration : en particulier l’Ă©tonnante cadence pour les vents, d’une finesse d’inspiration spĂ©cifiquement viennoise et haydnienne… (flĂ»tes et hautbois pleins de fraĂźcheur pastorale, contrastant avec la gravitĂ© Ă  pas mesurĂ©s des cors). Les instrumentistes zurichois suivent la tendresse amusĂ©e du chef dans le Menuet, au rythme haletant, d’une couleur balkanique, avec le solo de hautbois virtuosissime dans le trio. L’Ă©quilibre, l’Ă©conomie des effets, la facĂ©tie raffinĂ©e, l’Ă©lĂ©gance du ton prĂ©serve toujours la noblesse pudique de Haydn.
La 85, dite “Reine de France”, hommage Ă  la protectrice des arts Ă  quelques annĂ©es de la RĂ©volution, s’impose aussi par la justesse des intentions et du style choisi, dĂ©fendu, dĂ©veloppĂ© par Norrington et l’Orchestre de chambre de Zurich. La romance française citĂ©e en ouverture du second mouvement (la gentille et jeune Lisette) s’adresse directement Ă  Marie-Antoinette qui de fait l’applaudit particuliĂšrement. DatĂ©e de 1785, c’est le sommet absolu du cycle : trĂ©pidante, et raffinĂ©e, elle exige motricitĂ© des cordes, dynamiques prĂ©cises, et accents calibrĂ©s des vents comme des cuivres (cors). La simplicitĂ©, l’Ă©lĂ©gance, et ce parfum de populaire parfaitement recyclĂ©, caractĂ©risent en effet l’une des meilleures rĂ©ussites symphoniques de Haydn.  Norrington sait admirablement caractĂ©riser l’Ă©lĂ©gance aristocratique du Menuet et la charge plus plĂ©bĂ©ienne du trio, comme un rĂ©sumĂ© de toute la sociĂ©tĂ© du XVIIIĂš, celle d’avant la RĂ©volution : codĂ©e, hiĂ©rarchisĂ©e, polissĂ©e et aussi corsetĂ©e. En usant d’une infime subtilitĂ©, Haydn sait varier les formes de la structure jusque dans le choix nouveau du rondo-sonate pour l’ultime mouvement (Finale, Presto).

CLIC D'OR macaron 200La tenue des autres symphonies dont la cĂ©lĂ©brissime Ours (au tempĂ©rament martial) est de la mĂȘme eau : on reste surpris par l’imagination fertile, somptueusement Ă©vocatrice du chef Norrington, averti, expert de l’approche historiquement informĂ©e. Ce qu’a Ă  nous dire le maestro relĂšve du prodige : comme Harnoncout et pourtant ici sur instruments modernes, il nous surprend, dĂ©voile la langue jamais rĂ©pĂ©titive, la syntaxe expĂ©rimentale de chaque symphonie. D’Esteraza, Haydn allait plonger dans un affadissement de son Ă©criture instrumentale. Opportune, la commande venant de Paris, lui permet de satisfaire ses ambitions les plus audacieuses : l’inspiration n’a jamais Ă©tĂ© aussi impĂ©tueuse, risquĂ©e, poĂ©tiquement juste. DĂ©fi pour tout orchestre de chambre, chaque Symphonie parisienne est un opĂ©ra en soi, un drame aux milles rebondissements. Il appartient au chef et Ă  ses instrumentistes de rĂ©vĂ©ler l’invention permanente de l’Ă©criture, d’en ciseler le relief et d’en dĂ©fendre la trĂ©pidante Ă©nergie. Ce que rĂ©ussit idĂ©alement Sir Roger. TrĂšs convaincant.

 

 

Joseph Haydn : 6 Symphonies parisiennes, n°82-87 (1785-1786). Zurich Chamber Orchestra. Sir Roger Norrington, direction. 3 cd Sony classical 88875021332. Enregistré à Zurich en juillet 2013.

 

 

 

Compte rendu, concert. Paris. Cathédrale Notre-Dame de Paris, le 23 mai 2014. Mozart : « Grande » Messe en Ut. Christina Landshamer, Ingeborg Gillebo, Pascal Charbonneau, Peter Harvey, solistes. Maitrise Notre-Dame de Paris. Lionel Sow, direction. Orchestre de Chambre de Paris. Roger Norrington, direction.

Sir Roger Norrington dirige la Messe en ut de MozartLa CathĂ©drale de Notre-Dame de Paris accueille l’Orchestre de Chambre de Paris sous la direction musicale de son premier chef invitĂ© Roger Norrington et une distribution des solistes pleine de cƓur. Cadre et compagnie idĂ©aux pour la reprĂ©sentation de la « Grande » messe inachevĂ©e de Mozart, la Messe en Ut mineur, en l’occurrence prĂ©sentĂ©e dans la version reconstituĂ©e par le pianiste et compositeur Robert Levin (2005). Dire que Roger Norrington est l’une des figures emblĂ©matiques du mouvement « baroqueux » n’est qu’approximation. La pratique historiquement informĂ©e (HIP en anglais) qu’il dĂ©fend si vivement pour notre plus grand bonheur, est un concept que le mot « baroqueux », si banal, n’illustre pas avec justesse. Certes, il est baroqueux parce qu’il s’Ă©loigne de la tradition post-romantique devenue standard Ă  la fin du XIXe siĂšcle, mais ceci n’implique pas toujours le fait de jouer sur instruments d’Ă©poque. Son approche historique a une profondeur qui dĂ©passe la date de facture des instruments. Le focus est plus dans la façon de jouer une Ɠuvre qu’autre chose. Dans ce sens, sa dĂ©marche a une valeur inestimable. Entendre un orchestre moderne s’attaquer Ă  un rĂ©pertoire prĂ©-romantique de façon historiquement informĂ©e, peut tout simplement ĂȘtre une expĂ©rience positive, bouleversante, transcendantale pour mĂ©lomanes et musiciens confondus. C’est le cas ce soir Ă  Notre-Dame avec cet opus qui condense en lui-mĂȘme le siĂšcle qui l’a vu naĂźtre.

L’OCP et Norrington à Notre-Dame : un Mozart majestueux !


Beaucoup d’encre a coulĂ© sur la ou les raisons pour lesquelles Mozart n’a pas achevĂ© le monument qu’est cette cĂ©lĂšbre Messe en Ut (K 427), parfaitement positionnĂ©e par son envergure entre les grandes Ɠuvres de Bach (Passions, Messe en si) et celle en RĂ© majeur de Beethoven. Elle a Ă©tĂ© composĂ©e pendant une pĂ©riode assez instable de la vie de Mozart, entre 1782 et 1783. A l’origine destinĂ©e Ă  sa femme Constance, elle restera inachevĂ©e comme la plupart des Ɠuvres qu’il aurait Ă©crit pour elle. Fait curieux, mais anecdotique. Sa valeur « religieuse » a aussi inspirĂ© (et inspire encore, bizarrement) de vives discussions. Il existe toujours une minoritĂ© de gens qui ne supportent pas qu’il y ait d’impressionnantes vocalises dans une messe, pour eux c’est tellement profane que c’est sacrilĂšge ! Curieusement, et pour partager une autre anecdote, le Pape actuel, Francois, considĂšre cette messe comme Ă©tant sans Ă©gale, et plus prĂ©cisĂ©ment que le « Et incarnatus est » Ă©lĂšve l’homme vers Dieu.

mozart_portrait-300DĂ©passons l’anecdote. La ferveur Ă  la CathĂ©drale, en cette soirĂ©e de printemps, est palpable. Elle s’exprime par l’investissement et le plaisir Ă©vident des artistes Ă  interprĂ©ter la Messe. Les solistes et les musiciens se regardent et sourient avec un bonheur paisible, tout en jouant une musique redoutable. Les voix fĂ©minines, comme souvent chez Mozart, sont privilĂ©giĂ©es. La soprano Christina Landshamer chante le « Kyrie » et le « Et incarnatus est » avec beaucoup de sentiment ; dans le dernier sa voix achĂšve des sommets cĂ©lestes et se confond avec les sublimes vents obligĂ©s. La jeune mezzo-soprano Ingeborg Gillebo, qui remplace Jennifer Larmore programmĂ©e originellement, est rayonnante dans l’italianisme virtuose et joyeux du « Laudamus te » ou encore dans le duo « Domine », variante sacrĂ©e des incroyables duos fĂ©minins des opĂ©ras de Mozart. Le tĂ©nor Pascal Charbonneau est visiblement habitĂ© par la musique, dont il chantonne en silence les chƓurs. Quand c’est Ă  lui de chanter vĂ©ritablement il fait preuve d’agilitĂ© et de lĂ©gĂšretĂ©, mĂȘme si le timbre paraĂźt plus corsĂ© que d’habitude, ce qui s’accorde superbement Ă  l’Ɠuvre. La basse Peter Harvey, qui, certes, chante peu, offre une prestation sans dĂ©faut.

Nous nous attendons toujours a d’excellentes performances de la part de la MaĂźtrise Notre-Dame de Paris sous la direction de Lionel Sow. Nous ne sommes pas déçus ce soir mais notre apprĂ©ciation n’est pas sans rĂ©serves. Le chƓur ne paraĂźt pas toujours concertĂ© lors des nombreux, glorieux et difficiles double-choeurs haendeliens, surtout au dĂ©but. Mais ces petits dĂ©tails dans la dynamique initiale, s’expriment au final en une performance d’une grande humanitĂ©, d’une intense ferveur.

Pour leur part, les musiciens de l’Orchestre de Chambre de Paris sont Ă  la hauteur de la piĂšce et du lieu. Le toujours fabuleux et implacable premier violon de Deborah Nemtanu, ou encore le non moins fantastique groupe des vents tout particuliĂšrement sollicitĂ©, ont Ă©tĂ© tous impressionnants dans leur prestation. Idem pour les cordes sans vibrato (ou peu, Ă  vrai dire) que nous aimons tant chez Norrington, Ă  la belle prĂ©sence malgrĂ© quelques petits oublis et notes comiques des violoncelles. Nous sommes encore Ă©bahis par la beautĂ© du concert et n’avons que des fĂ©licitations pour les artistes. Un concert de talents concertĂ©s qui restera dans nos mĂ©moires, et dans nos cƓurs.

Compte rendu, concert. Paris. Cathédrale Notre-Dame de Paris, le 23 mai 2014. Mozart : « Grande » Messe en Ut. Christina Landshamer, Ingeborg Gillebo, Pascal Charbonneau, Peter Harvey, solistes. Maitrise Notre-Dame de Paris. Lionel Sow, direction. Orchestre de Chambre de Paris. Roger Norrington, direction.

 

Messe en ut de Mozart par Norrington en direct de ND de Paris

mozart_portraitRadio Classique, ce soir : 22 mai, 20h. Mozart, Messe en ut mineur par SR Norrington, l’Orchestre de chambre de Paris, en direct de Notre-Dame de Paris. La messe en ut mineur KV 427, (ou Große Messe : « grand-messe ») est une partition inachevĂ©e de Wolfgang Amadeus Mozart, Ă©crite en 1782 : c’est une Ɠuvre majeure que Mozart compose Ă  Vienne, alors qu’il se marie avec Constanze Weber. L’Ɠuvre atteste une conscience ambitieuse, une ferveur sincĂšre, touche par la grĂące qui renouvelle le format traditionnel de la messe viennoise. AprĂšs la Messe en si de JS Bach dont il assimile l’art complexe de la polyphonie, la Messe en ut de Mozart est un jalon important, prĂ©ludant Ă  la Missa Solemnis de Beethoven.  La lĂ©gende prĂ©cise que Wolfgang aurait ainsi exaucĂ© le voeu de son pĂšre auquel le fils bienveillant avait promis une Messe si Constance se rĂ©tablissait d’une grave maladie.

Kyrie (Andante moderato)
Gloria
Gloria in excelsis Deo (Allegro vivace)
Laudamus te (Allegro aperto)
Gratias agimus tibi (Adagio)
Domine Deus (Allegro moderato)
Qui tollis (Largo)
Quoniam tu solus (Allegro)
Jesu Christe
Cum Sancto Spiritu
Credo
Credo in unum deum (Allegro maestoso)
Et incarnatus est (Andante)
Sanctus
Sanctus (Largo)
Hosanna
Benedictus (Allegro commodo)

roger norrington portrait faceL’Ɠuvre nous est parvenue incomplĂšte. AprĂšs le sommet qui reste la sĂ©quence de l’ “Et incarnatus est”, le Credo (et son orchestration), comme l’Agnus Dei, reste manquant. Pour faciliter son travail, Mozart a certainement rĂ©utilisĂ© du matĂ©riel antĂ©rieur, issu de messes Ă©crites certainement Ă  l’Ă©poque de ses fonctions Ă  Salzbourg.  Par la suite, le compositeur utilise plusieurs parties de la Messe pour son oratorio Davidde Penitente.

Aujourd’hui la reconstitution orchestrĂ©e par  H. C. Robbins Landon demeure la meilleure source pour mesurer l’ampleur et la subtilitĂ© de la Messe mozartienne. DurĂ©e : environ 1h05

Paris, Cathédrale Notre-dame. Les 22 et 23 mai 2014, 20h
Sir Roger Norrington et l’Orchestre de chambre de Paris
Solistes : Christina Landshamer, soprano. Jennifer Larmore, soprano. Pascal Charbonneau, ténor. Peter Harvey, basse. Maßtrise Notre-Dame de Paris (Lionel Sow, direction)

Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servation sur le site de l’Orchestre de chambre de Paris

Compte-rendu : Paris. Théùtre des Champs-Elysées, le 14 juin 2013. Gioacchino Rossini : Il Barbiere di Siviglia. Cyrille Dubois, Julia Lezhneva, Roberto De Candia, Carlo Lepore, Giorgio Giuseppini. Sir Roger Norrington, direction musicale.

rossini_portraitL’Orchestre de chambre de Paris et son principal chef invitĂ©, Sir Roger Norrington, prĂ©sentent dans la capitale un nouveau Barbier rossinien, une Ɠuvre que le public parisien apprĂ©cie visiblement et ne se lasse pas de rĂ©entendre.
Suite au forfait soudain du tĂ©nor chinois Yijie Shi – remplaçant lui-mĂȘme Antonino Siragusa initialement prĂ©vu – le jeune tĂ©nor français Cyrille Dubois est arrivĂ© Ă  la rescousse pour sauver la soirĂ©e, faisant semble-t-il par la mĂȘme occasion sa prise de rĂŽle dans le rĂŽle du Comte Almaviva. Saluons son beau timbre, ainsi que sa technique sĂ»re, son Ă©mission brillante et sa belle maĂźtrise de la voix mixte, parfaites pour le rĂ©pertoire français – il vient d’ĂȘtre annoncĂ© dans GĂ©rald de LakmĂ© Ă  Saint-Etienne pour la saison prochaine – mais peu rompu aux exigences rossiniennes.
Les vocalises sonnent prudentes et le suraigu se fait discret, tant et si bien que son ultime air, le redoutable « Cessa di piĂč resistere » a Ă©tĂ© prudemment coupĂ©.

 

 

Un Barbier inégal mais réjouissant

 

Une belle dĂ©couverte, qui se rĂ©vĂšlera sans doute idĂ©al dans un autre rĂ©pertoire. A ses cĂŽtĂ©s, le baryton italien Roberto De Candia fait admirer sa faconde gourmande dans Figaro, imposant dĂšs son entrĂ©e sa voix mordante et ample autant que son aigu facile et percutant. Et c’est avec cette mĂȘme assurance tranquille et cette gouaille ravageuse Ă  l’Ɠil malicieux qu’il traversera la soirĂ©e, saluĂ© aux saluts par une ovation mĂ©ritĂ©e.
La Rosine de la trĂšs jeune Julia Leznheva, annoncĂ©e partout comme une rĂ©vĂ©lation, laisse davantage songeur. Si le timbre rĂ©vĂšle par instants de beaux reflets irisĂ©s et la vocalise impressionne par sa prĂ©cision d’apparence facile et de belles variations, l’instrument demeure d’un volume modeste, au grave confidentiel et Ă  l’aigu Ă  peine esquissĂ©, le soutien se dĂ©robant Ă  chaque montĂ©e. Parfois, la voix perd en outre soudainement toute rondeur sur certaines voyelles ouvertes Ă  l’excĂšs, des sonoritĂ©s enfantines et droites le disputant Ă  d’autres plus fĂ©minines, mais presque trop matures, comme artificielles. Elle laisse en outre paraĂźtre un tempĂ©rament d’une agrĂ©able fraicheur, mais aux Ă©motions encore peu diffĂ©renciĂ©es.
On retrouve avec bonheur les talents de comĂ©dien de Carlo Lepore, toujours parfait dans ces emplois de basse bouffe, passant en un Ă©clair d’un affect Ă  l’autre. Par ailleurs, il semble avoir Ă©clairci son Ă©mission, et nous gratifie de quelques aigus parfaitement timbrĂ©s. Beau Basilio de la Giorgio Giuseppini, Ă  la voix un rien usĂ©e mais toujours percutante et efficace dans l’air de la Calomnie, et faisant bruisser la salle par un grave sĂ©pulcral et sonore dans « Buona sera » Ă  la seconde partie. Excellente surprise Ă©galement que la Berta en pleine forme vocale de Sophie Pondjiclis, rendant de l’importance Ă  ce personnage souvent sacrifiĂ©.
Le chƓur du ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, quant Ă  lui, offre une prestation solide et convaincante. Nous sommes moins convaincus, en revanche, par les affinitĂ©s de Sir Roger Norrington avec l’univers du cygne de Pesaro. Si les fameux crescendi sont correctement exĂ©cutĂ©s – mais sans grande flamme – par un Orchestre de chambre de Paris en petite forme, la pĂąte instrumentale sonne souvent pesante, alourdie encore par la cymbale omniprĂ©sente et envahissante, sans parler des nombreuses coupures opĂ©rĂ©es dans la partition – pas de reprise avant la fin des airs, des morceaux de rĂ©citatifs disparaissent, une grande partie de l’air de Bartolo passe Ă  la trappe -.
Une soirĂ©e pas exempte d’imperfections et de doutes, mais nĂ©anmoins agrĂ©able, grĂące, surtout, au gĂ©nie de Rossini.

Paris. ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, 14 juin 2013. Gioacchino Rossini : Il Barbiere di Siviglia. Livret de Cesare Sterbini. Avec Il Conte d’Almaviva : Cyrille Dubois ; Rosina : Julia Lezhneva ; Figaro : Roberto De Candia ; Bartolo : Carlo Lepore ; Basilio : Giorgio Giuseppini ; Berta : Sophie Pondjiclis ; Fiorello : Renaud Delaigue. ChƓur du ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es. Orchestre de chambre de Paris. Sir Roger Norrington, direction musicale.

Compte-rendu : Paris. TCE, ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es, le 14 juin 2013. Rossini : Le Barbier de SĂ©ville. Roberto de Candia, Julia Lezhneva… Sir Roger Norrington, direction.

roger norrington portrait faceLe ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es accueille Sir Roger Norrington dirigeant l’Orchestre de Chambre de Paris pour leur coproduction du Barbier de SĂ©ville de Rossini en version de concert.  AccompagnĂ©s par une excellente et enthousiaste distribution de chanteurs, les instrumentistes jouent de façon presque baroqueuse avec le grand maestro. L’Ă©clat et la vivacitĂ© sont au rendez-vous.

 

 

Barbier de SĂ©ville historique

 

Sir Roger Norrington est l’une des figures emblĂ©matiques du mouvement historiquement informĂ© (mĂ©thode HIP pour “Historically informed performance” ou pratique historiquement informĂ©e), oĂč chaque interprĂ©tation est prĂ©cĂ©dĂ©e d’une recherche organologique et musicologique particuliĂšrement poussĂ©e. C’est l’un des gĂ©nies qui ont osĂ© s’Ă©loigner des standards post-romantiques de performance musicale au 20e siĂšcle. Non seulement par l’utilisation des instruments d’Ă©poque, optionnelle, mais notamment par la façon de jouer la musique, mĂȘme avec instruments modernes. La notion de style et de jeu sont donc au cƓur d’une recherche captivante. En ce qui concerne la musique du 18e siĂšcle et avant, la pratique est logique et cohĂ©rente. Mais il s’attaque Ă©galement au rĂ©pertoire du 19e et l’effet est, pour dire le moindre, rafraĂźchissant! Le vibrato excessif cĂšde la place aux timbres contrastĂ©s et Ă  une certaine clartĂ© contrapuntique. Dans ce sens l’Orchestre de chambre de Paris se montre plus brillant que jamais, plein de gaĂźtĂ© et d’esprit, souvent spectaculaire, excellent toujours! Les vents souvent vedettes, sont suprĂȘmes  dans de l’orage au deuxiĂšme acte comme ils sont gracieux et vifs accompagnant le chant. Comme d’habitude, les musiciens sont fortement investis et leur enthousiasme est Ă©vident et … contagieux.

De mĂȘme pour les chanteurs, trĂšs engagĂ©s et engageants malgrĂ© l’absence de mise en scĂšne. Tous les rĂŽles sont interprĂ©tĂ©s avec coeur. Roberto de Candia incarne Figaro avec panache. Il gĂšre les acrobaties vocales peu frĂ©quentes pour un baryton avec aisance et charisme. Il est toujours trĂšs prĂ©sent et se projette brillamment en solo et dans les ensembles. Il n’Ă©clipse pourtant pas le Comte de Cyrille Dubois (excellent Ferrando Ă  Saint-Étienne), Ă  la fois noble et drĂŽle, ma non troppo. Si le public offre les plus chaleureux applaudissements pour leurs interventions, celle qui crĂ©e une plus grande excitation est sans doute la Rosina de la jeune soprano Julia Lezhneva. Quant elle chante “Una voce poco fa” au premier acte l’audience a du mal Ă  arrĂȘter les applaudissement. Ses aigus stratosphĂ©riques et insolents sont spectaculaires : ils inspirent la fureur d’un public trĂšs impressionnĂ©. Nous apprĂ©cions ses ornements rĂ©ussis et la maĂźtrise incontestable qu’elle a de son instrument virtuose. C’est une voix puissante et pleine de caractĂšre, qui se montre superbe technicienne. Cependant nous sommes de l’avis qu’elle peine Ă  trouver un Ă©quilibre entre force et lĂ©gĂšretĂ©, et sa performance paraĂźt plus dĂ©monstrative et concertante que sincĂšre. Faute minuscule qu’elle amĂ©liorera sans doute avec l’expĂ©rience, et qui passe au second plan tant l’agilitĂ© de son instrument reste indiscutable.

Carlo Lepore et Giorgio Giuseppini interprĂštent Bartolo et Basilio respectivement. Ils sont tous les deux trĂšs prĂ©sents,  particuliĂšrement le dernier : la voix et la prestance, magnifiques dans son air de la calomnie demeure mĂ©morable. Une mention Ă©galement pour la superbe Berta de Sophie Pondjiclis pĂ©tillante, trĂšs prĂ©sente, dĂ©montrant qu’il n’y a pas de petits rĂŽles mais de … petits chanteurs. Le choeur du ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es est de mĂȘme investi et d’une grande vivacitĂ©. Nous rejoignons au final le public pour la formidable et brillante coproduction, Ă  la fois historique et innovante sous la baguette du pĂ©tillant Sir Roger.

Paris. ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es, le 14 juin 2013. Rossini : Le Barbier de SĂ©ville.  Choeur du ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es. Alexandre Piquion, direction. Roberto de Candia, Julia Lezhneva… Orchestre De chambre de Paris. Sir Roger Norrington, direction.

Illustration : Sir Roger Norrington (DR)