Opéra, décÚs. MORT DE MIRELLA FRENI

FRENI Mirella chante tatiana mort de freni soprano classiquenewsOpĂ©ra, dĂ©cĂšs. MORT DE MIRELLA FRENI. La soprano italienne Mirella Freni s’est Ă©teinte ce dimanche 9 fĂ©vrier 2020 Ă  son domicile ModĂšne «  des suites d’une longue maladie » : nĂ©e en 1935, elle avait 84 ans. Timbre Ă©tincelant, puissance et finesse, Mirella Freni fut une verdienne et puccinienne cĂ©lĂ©brĂ©e Ă  juste titre (La Traviata et Desdemona dans Otello chez Verdi, Mimi dans La BohĂšme et Cio-Cio-San dans Madama Butterfly de Puccini
), partenaire privilĂ©giĂ©e du tĂ©nor lĂ©gendaire Luciano Pavarotti avec lequel elle partage la mĂȘme citĂ© natale, ModĂšne et la mĂȘme
nourrice. Les français l’on bien connue, entre autres dans le rĂŽle de Micaella (Carmen de Bizet, portĂ© sur le grand Ă©cran). Karajan l’a choisi pour nombre de ses opĂ©ras italiens (« sa plus grande DesdĂ©mone ») jusqu’à ce qu’elle refuse de chanter l’Everest des opĂ©ras de Puccini : Turandot. En artiste avisĂ©e et clairvoyante, la diva a su prĂ©server son instrument.

 

 

Mimi, Desdemona, Tatiana, Adriana…

Incandescente MIRELLA FRENI

freni-mirella-soprano-mort-dead-classiquenews-opera-reviewPour nous, la verdienne, diseuse et capable d’un chant intense comme brĂ»lĂ©, demeure Adrienne Lecouvreur de Cilea, une prise de rĂŽle que le dvd a fixĂ© : en plus d’un chant hallucinĂ©, en transe, Freni Ă©tait aussi une actrice de premier plan, renouvelant la leçon de Callas. Mirella Freni aura marquĂ© l’histoire du chant lyrique pendant les annĂ©es 1960, 1970, 1980 et jusqu’à la fin des annĂ©es 1990. Epouse de la basse bulgare Nicolai Ghiaurov, la diva qui a fait ses adieux en 2005 (Washington, Ă  70 ans), se lança aussi dans le rĂ©pertoire russe, incarnant Tatiana dans EugĂšne OnĂ©guine, dĂ©ployant les trois qualitĂ©s qui lui sont dĂ©sormais emblĂ©matiques : sensibilitĂ©, puissance, sobriĂ©tĂ©.
Depuis la disparition de Luciano Pavarotti (sept 2007), Mirella Freni incarnait l’ñge d’or du chant verdien aprùs Callas et Tebaldi.

 

 

 

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Mirella Freni, en 1991, pour le Gala des 25 ans du MET au Lincoln Center  (DR)

 

 

 

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VIDEO. MIRELLA FRENI chante Adrienne Lecouvreur
PARIS, Opéra Bastille, 1993
Freni exprime la toute puissance du chant comparĂ© Ă  la dĂ©clamation d’une tragĂ©dienne au thĂ©Ăątre car elle incarne la grande actrice du XVIIIĂš, Adrienne Lecouvreur (Ă©couter Ă  8’26 : « troppo » / Je respire Ă  peine
Je suis l’humble servante du gĂ©nie crĂ©ateur / Io son l’umile ancella
 je m’appelle FedeltĂ  / FidĂ©lité ». L’intĂ©rĂȘt de la version vient de sa performance qui allie candeur Ă©blouissante et puretĂ© de la ligne d’une rare puissance.

https://www.youtube.com/watch?v=RHH33GfkNHM

 

 

 

VIDEO : MIRELLA FRENI & LUCIANO PAVAROTTI

O soave fanciulla / Mimi / Rodolfo – La BohĂšme de PUCCINI
avec Luciano Pavarotti – 1964
https://www.youtube.com/watch?v=5O3mqk9jyPw

 

 

 

 

AUDIO. MIRELLA FRENI chante Adriana Lecouvreur

 

https://www.youtube.com/watch?v=aGL0SQTbiB8

 

 

 

 

 

 

 

L’HOMMAGE EN VIDÉO

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ALBUM photographique de ses rĂŽles, avec Luciano, derniĂšres images de la diva de ModĂšne qui nous a quittĂ©… Air de Suzel : Son Pochi fiori (L’Amico FRITZ de Mascagni)

MIRELLA FRENI chante Adriana Lecouvreur : je suis l’humble servante de la musique…
Gala du MET, New York 1991 – 25Ăš Anniversaire du Metropolitan Opera at Lincoln Center


 

 

 

 

 

L’hommage de son agent Jack Mastroianni

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Au moment de l’annonce de son dĂ©cĂšs, son agent chez IMG, Jack Mastroianni, a rĂ©digĂ© un communiquĂ© hommage que nous publions dans son intĂ©gralitĂ©, illustrĂ© par une photo de Mirella Freni, rĂ©alisĂ©e lors de son gala au MET en 2005 pour les 50 ans de ses dĂ©buts sur la scĂšne new yorkaise.

 

 

 

La-diva-Mirella-Freni-a-rejoint-les-etoiles-portrait-diva-classiquenews-mort-de-mirella-freni-critique-opera-review-opera-classiquenews

 

 

 

MIRELLA FRENI

 

27 Feb 1935 – 9 Feb 2020

Obituary

 

The passing of beloved Italian soprano Mirella Freni (aged 84) on 9 February after a long degenerative illness and a series of strokes was announced with profound sadness by Jack Mastroianni, her longtime manager at IMG Artists Management.  One of the great international artists of the last third of the twentieth century, Miss Freni passed away peacefully at her home in Modena, Italy surrounded by family — her daughter Micaela Magiera, grandchildren Gaia and Mattia Previdi, son-in-law Matteo Cuoghi, sister Marta, and longtime friend Fausta Mantovani. Originally married to Maestro Leoni Magiera, Freni had been married a second time for more than 30 years to the renowned Bulgarian bass Nicolai Ghiaurov who predeceased her in 2004.

Born in Modena on 27 February 1935, Miss Freni made her debut as Bizet’s Micaela on 3 March 1955. From the beginning of her career her vocal allure and spirited personality in the Mozart and bel canto repertory won favor with audiences and colleagues alike. It was serendipitous that La Scala brought Freni together with Herbert von Karajan for the 1963 premiere of the legendary Zeffirelli production of La Bohėme. In Freni, Karajan found his ideal “Mimi” as well as a kindred artistic spirit. Thus began a fruitful collaboration of more than twenty years during which period the Artist began to judiciously assume a heavier repertory, e.g. Verdi’s Otello, Requiem, Don Carlo, Boccanegra, Puccini’s Manon Lescaut as well as Tchaikovsky’s Onegin and Cilea’s Adriana. At the same time, “Mimi” remained her “signature role”.

Mirella Freni was ever known for her vocal discipline as well as her ability to say “no” rather than take a vocal risk — as when she declined Karajan’s invitation to sing the title role of Puccini’s Turandot.  As a result, Freni arrived to the fifth and last decade of her career fresh and eager to expand her repertory with Russian and verismo operas, such as Tchaikovsky’s Pique Dame and Maid of Orleans as well as Giordano’s Fedora. 

Freni had the good fortune to perform on many occasions with tenors Plácido Domingo and Luciano Pavarotti and conductors Claudio Abbado, Carlos Kleiber, James Levine, Riccardo Muti, Seiji Ozawa, Giuseppe Sinopoli and Herbert von Karajan – among others.  A rich legacy of CDs and DVDs testifies to her artistry.

The Metropolitan Opera honored Mirella Freni with a Gala on May 15, 2005 celebrating her 40 years with the Company and 50 years since her operatic debut. The occasion served as Freni’s “unannounced farewell” to the stage.

In her final years Freni enjoyed teaching until her advancing illness precluded continuous activities.

 

 

Jack Mastroianni / IMG Artists Management,

9 February 2020

 

 

 

Mirella Freni at 2005 Metropolitan Opera Gala / Mirella FRENI © Ken Howard

 

 

 

 

Mirella FRENI chante CIO CIO SAN (Madama Butterfly de Puccini / Karajan, 1974)

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Carmen, Violetta, Mimi… 3 visages de l’Ă©ternel fĂ©minin au XIXĂš

puccini-giacomo-portrait-operas-classiquenews-dossier-special-HOMEPAGE-classiquenewsARTE, Dim 7 juillet 2019. CARMEN, VIOLETTA, MIMI, ROMANTIQUES ET FATALES
« Mimi, Carmen, Violetta » compose un triptyque lyrique pour un film choral consacrĂ© aux hĂ©roĂŻnes des trois opĂ©ras romantiques les plus jouĂ©s dans le monde aujourd’hui : Carmen, La Traviata et La BohĂȘme. Mais alors Mozart n’existe pas dans cette (pseudo) statistique ? Et Don Giovanni, et La FlĂ»te enchantĂ©e ? Et Elvira, Anna, Zerlina, Pamina ? Quelle omission.
Selon la prĂ©sentation de l’éditeur, voici donc « Trois grandes figures d’émancipation fĂ©minine : Carmen, cet obscur objet de dĂ©sir, qui paie de sa vie son indomptable liberté  Violetta, la courtisane adulĂ©e qui, en sacrifiant son amour, devient une sorte de sainte laĂŻque
 Et enfin la douce et pauvre Mimi, la petite brodeuse dont la jeunesse est fauchĂ©e par la tuberculose ». Mais alors que dire de Mimi, digne et misĂ©rable, fauchĂ©e avant d’avoir pu cultiver et affirmer son maour (pour Rodolfo le poĂšte). On peut rĂȘver mieux comme modĂšle d’émancipation fĂ©minine. Mimi est quand mĂȘme une victime de la BohĂšme parisienne, entre pauvretĂ©, misĂšre, indigence

Qui sont-elles ? Et d’oĂč viennent-elles ? A travers un montage d’archives baignĂ© de musique et « aussi savant que sensible », le film part en quĂȘte des personnages, qui apparaissent Ă  Paris, quasiment en mĂȘme temps, au milieu du 19Ăšme siĂšcle, sous la plume de 3 Ă©crivains (Alexandre Dumas Fils, Prosper MĂ©rimĂ©e, Henry Murger). Des Ă©crivains qui font Ă©voluer la littĂ©rature en puisant dans leur propre vie la matiĂšre de leurs histoires.
A l’origine des mythes, on dĂ©couvre avant tout 3 femmes de chair et de sang : muse, amante ou hĂ©roĂŻne de fait divers, 
 comme la matiĂšre de Madame Bovary : elles viennent de la rĂ©alitĂ©, en rien de l’histoire antique ou de la fable hĂ©roĂŻque.
Tout le mĂ©rite revient aux compositeurs d’avoir su enrichir leur psychologie jusqu’à parvenir Ă  des personnages devenus des archĂ©types, des symboles, autant de visages de l’éternel fĂ©minin


En suivant leur parcours, c’est aussi tout le 19Ăšme siĂšcle, romantique, rĂ©aliste, naturaliste, qui est suggĂ©rĂ© : ses modes, sa littĂ©rature, sa musique, l’essor bourgeois nĂ© de la rĂ©volution industrielle
 La musique baigne entiĂšrement le film qui permet de faire entendre les pages les plus cĂ©lĂšbres des 3 opĂ©ras de Giuseppe Verdi, Georges Bizet, Giacomo Puccini.

arte_logo_2013ARTE, Dim 7 juillet 2019, 18h15 CARMEN, VIOLETTA, MIMI, ROMANTIQUES ET FATALES. Auteurs : Cyril Leuthy et Rachel Kahn / RĂ©alisation : Cyril Leuthy – Coproduction : ARTE France/ ET LA SUITE PRODUCTIONS / INA avec la participation de France TĂ©lĂ©visions (2018-52mn) / illustration

La Mimi d’Anna Netrebko

Anna Netrebko chante MimiCinĂ©ma. OpĂ©ra. La BohĂšme de Puccini avec Anna Netrebko. En direct de Londres, le 10 juin 2015, 20h15. A la faveur de la nuit, parce qu’une bougie dans la mansarde s’éteint, deux jeunes cƓurs amoureux s’enlacent : ainsi Mimi couturiĂšre misĂ©reuse et Rodolfo le poĂšte Ă©tudiant s’aiment dans le Paris 1830. Outre la vie parisienne (BarriĂšre d’Enfer, CafĂ© Momus), l’opĂ©ra de Puccini exprime avec un raffinement orchestral ciselĂ© et une ivresse mĂ©lodique irrĂ©sistible la fragilitĂ© et la sincĂ©ritĂ© des sentiments. L’amour des deux jeunes amants rĂ©sistera-t-il aux alĂ©as du temps ? La production plutĂŽt classique mais lisible du Royal Opera House ressuscite le Paris bohĂšme du XIXĂš, du Quartier Latin aux portes de Paris. Anna Netrebko et Joseph Calleja interprĂštent Mimi et Rodolfo, les coeurs maudits, lui rattrapĂ©s par la jalousie et l’ennui, elle frappĂ©e par la maladie. Par contraste, Puccini souligne le profil des amants opposĂ©s : extravertis et affrontĂ©s mais toujours passionnĂ©ment amoureux, Musetta (qui paraĂźt au II dans la scĂšne du CafĂ© Momus) et Marcello. La jeunesse, la fatalitĂ© et la misĂšre hantent l’opĂ©ra de Puccini qui Ă©vite subtilement l’artifice et la maniĂ©risme grĂące Ă  la justesse et la profondeur de son Ă©criture. MĂȘme au coeur de la douleur, la musique souveraine selon Puccini, se doit d’ĂȘtre caressante, d’une ineffable gravitĂ© poĂ©tique.

En direct au Cinéma le mercredi 10 juin à 20h15
LA BOHEME (1896) de Giacomo Puccini ‹Avec Anna Netrebko, Lucas Maechem, Joseph Calleja – direction : Dan Ettinger. OpĂ©ra en Italien sous-titrĂ© en français – 2h50 avec deux entractes. A l’affiche du Royal Opera House de Londres jusqu’au 16 juillet 2015. Aucun doute, l’argument principal de cette reprise londonienne reste la Mimi de la soprano austro russe Anna Netrebko qui en juillet est donc puccinienne, avant de reprendre en aoĂ»t suivant (8-17 aoĂ»t 2015) Ă  Salzbourg le rĂŽle qui lui a valu une nouvelle gloire planĂ©taire, Leonora du TrouvĂšre de Verdi. Depuis sa Donna Anna en 2002 Ă  Sazlbourg qui l’avait rĂ©vĂ©lĂ©e, Anna Netrebko cumule les paris risquĂ©s mais assumĂ©s : rĂ©cemment, aprĂšs sa Leonora, Lady Macbeth et Iolanta de Tchaikovski.

A l’origine, La BohĂšme Ă©voque les amours tragiques et tendres de la couturiĂšre Mimi et du poĂšte Rodolphe dans le Paris des annĂ©es 1830. Au CafĂ© Momus, Ă  la barriĂšre d’enfer sous la neige, l’action de La BohĂšme est une page spectaculaire, sentimentale et atmosphĂ©rique du Paris romantique rĂȘvĂ©, celui dĂ©crit par le roman de Burger (ScĂšnes de la vie de BohĂšme). Mimi et Rodolfo comme Musetta et Marcello, leurs comparses, vivent l’expĂ©rience amoureuse, sa fragilitĂ© (ils se sĂ©parent mais ne peuvent cesser de s’aimer), son Ă©ternitĂ© (leurs duos d’amour sont les plus beaux de tout le rĂ©pertoire romantique italien)


Synopsis

ACTE I : Le soir de NoĂ«l, Ă  Paris, au Quartier Latin. Sous leur mansarde gelĂ©e, quatre amis Rodolfo le poĂšte, Marcello le peintre, Schaunard le musicien et Colline le philosophe tentent de se rĂ©chauffer. Ils expĂ©dient leur bailleur venu rĂ©colter son loyer et sortent rĂ©veillonner sauf Rodolfo tout Ă  ses Ă©critures. Frappe Ă  sa porte la pauvre voisine, Mimi qui n’a plus d’allumettes pour sa bougie.Mais elle a perdu sa clĂ© et lorsque leurs deux bougies s’éteignent, dans le noir leurs mains se croisent et fous d’amour, ils s’embrassent.

ACTE II  : Au CafĂ© Momus, Mimi et Rodolfo retrouvent Marcello. Musetta paraĂźt : c’est l’ancienne copine de Marcello, Ă  prĂ©sent flanquĂ© d’un nouveau protecteur, le riche et vieux Alcindoro. Chacun Ă  des tables sĂ©parĂ©es dĂźne. Musetta entend rendre jaloux Marcello qu’elle veut reconquĂ©rir : le stratagĂšme fonctionne et tous soupent Ă  la barbe du vieillard qui doit payer la note.

ACTE III : Petit matin, prĂšs de la BarriĂšre d’Enfer, aux portes de Paris enneigĂ©. Mimi raconte Ă  Marcello que Rodolfo l’a quittĂ©e. Mais en rĂ©alitĂ© ce dernier misĂ©reux, en peut payer les soins de la maladie de Mimi : il prĂ©fĂšre se mettre Ă  l’écart et prendre Ă  riche protecteur
 Mais les deux amants se retrouvent, reportent leur sĂ©paration au printemps alors que Marcello et Musetta se disputent.

ACTE IV : Retour Ă  la mansarde du premier acte. A l’arrivĂ©e du printemps, Marcello et Rodolfo songent Ă  leurs amours perdues. Colline et Schaunard apportent un dĂ©jeuner frugal que les quatre amis masquent en festin. Musetta leur annonce que Mimi a quittĂ© son riche protecteur. Elle est trĂšs gravement malade. Rodolfo s’approche de la condamnĂ©e : les amants Ă©voquent les mois de bonheur passĂ©s : Mimi meurt dans les bras de Rodolfo qui dit son nom deux fois. Rideau.

Compte rendu, opéra. Théùtre des Bouffes du nord, le 21 novembre 2014. Puccini : Mimi, scÚnes de la vie de BohÚme. Frédéric VerriÚres, Bastien Gallet. Guilaume Vincent

DVD. Puccini: un sĂ©duisant Trittico (Opus Arte)Le soir tombe bien plus tĂŽt dans les brumes de novembre.  Paris s’enguirlande peu Ă  peu des phares et klaxons, mais au dessus de tout ce bouillonnement luisent les mansardes couronnĂ©es de zinc.  Ces tĂ©moins des heures famĂ©liques et inspirĂ©es des bohĂšmes d’hier, demeurent studieuses et souvent tout aussi prĂ©caires.  C’est au cƓur des spectres de Murger, entre le mĂ©tro aĂ©rien et les voies du Nord que le ThĂ©Ăątre des Bouffes du Nord a ouvert ses portes ce soir.  A l’affiche : « MIMI ». Une rĂ©verbĂ©ration vers ces ScĂšnes de la Vie de BohĂšme qui semblent demeurer encore et toujours dans l’ñme de Paris.  RĂ©solument moderne, la fantaisie lyrique de cette production fait intervenir Ă  la fois la musique contemporaine, la pop, le thĂ©Ăątre.  L’univers riche de la crĂ©ation au sens brut du terme.

 

 

Nouvelle « MIMI », une révolution lyrique et scénique

 

mimi-puccini-bouffes-du-nord-2014MIMI c’est d’abord l’articulation d’un mythe opĂ©ratique. Loin de l’hommage, du clin d’Ɠil simpliste, de la parodie superficielle, de la rĂ©Ă©criture sacrilĂšge, c’est une piĂšce Ă  l’état pur, une expĂ©rience forte d’une nouvelle Ă©nergie.  CrĂ©ation totale d’une Ă©quipe engagĂ©e et talentueuse, MIMI jaillit sur scĂšne comme un oriflamme d’une gĂ©nĂ©ration qu’on entend peu sur les scĂšnes conventionnelles.  La partition de FrĂ©dĂ©ric VerriĂšres est d’une grande inspiration. MĂȘme si ça et lĂ  des longueurs sont sensibles, le tout est d’une grande cohĂ©rence.  Nous sommes face Ă  une superposition d’ombres, de dentelles Ă  la fois dĂ©licieuses, mystĂ©rieuses, passionnĂ©es.  Les retours Ă  Puccini sont comme une ligne de crĂȘtes qui ponctuent le cours de l’intrigue sans se dĂ©naturer.  Un trĂšs beau travail de dialogue et de renouveau. Le livret de Bastien Gallet demeure assez intense, malgrĂ© des petits Ă©cueils de modernisme Ă  outrance qui n’apportent que du gag. La cohĂ©rence est maintenue malgrĂ© tout.

La mise en scĂšne de Guillaume Vincent retrace une intrigue qui met l’accent sur l’humanitĂ© des personnages. Le public s’identifie immĂ©diatement avec les uns ou les autres, et surtout quand on a vĂ©cu en papillon de nuit, ce parcours initiatique de la vie parisienne Ă©tudiante.  La jeunesse finalement se manifeste par un sol jonchĂ© de matelas qui reprĂ©senteraient le manque de repĂšres concrets, l’instabilitĂ© de la situation des apprentis artistes. Ces mĂȘmes matelas sont la pyramide funĂ©raire qui avale Mimi Ă  la fin de la piĂšce, comme une victime inerte de la prĂ©caritĂ© et de la passion.

L’ensemble Court-circuit prĂ©cis et multicolore, Ă©tonnant de nuances dans les pages pucciniennes, est menĂ© par un Jean Deroyer plutĂŽt engagĂ©. Une phalange musicale qui offre la part belle aux cuivres et aux bois pour offrir une ambiance lisse et racĂ©e, entre le brass band et l’harmonie.  Parfois d’une inquiĂ©tante sobriĂ©tĂ©, Court-circuit nous porte vers une musique aux contours saillants, Ă  la brutalitĂ© subtile qui ponctue notre temps.

Le cast est dominĂ© par la figure enflammĂ©e de CamĂ©lia Jordana. TransfigurĂ©e d’idole pop Ă  « cousette » tendance, CamĂ©lia Jordana nous rĂ©vĂšle la fragilitĂ©, l’insouciance insolente de cette Mimi Ă  double tranchant.  Elle est tour Ă  tour une silhouette et une flamme, une idĂ©e et une sensation.  HabituĂ©s Ă  des Mimi martyrs,  CamĂ©lia Jordana nous secoue avec efficacitĂ© et passion dans une Mimi terriblement fĂ©minine, belle Ă  s’y brĂ»ler. VĂ©ritable Ă©gĂ©rie de la rĂ©volution lyrique, que la musique contemporaine ne la quitte plus, nous en redemandons.  D’ailleurs elle nous a propulsĂ©s vers le paroxysme de l’émotion avec sa derniĂšre scĂšne,  dans une subtilitĂ© d’approche, une mort symbolique et bouleversante, un souffle coupĂ© et la force du silence qu’elle a rĂ©ussi Ă  cueillir en un soupir.

Face Ă  elle une Ă©quipe lyrique de grande qualitĂ© avec une Mimi 2 lyrique, incarnĂ©e avec Ă©motion et un panache absolu par Judith Fa. Une Musette espiĂšgle et truculente campĂ©e par la libertine Pauline Courtin. Le Marcel enthousiasmant de jeunesse et d’élĂ©gance de Christophe Gay, courtise en permanence les difficultĂ©s de la double partition sans y succomber.  Christian Helmer demeure trop juste nĂ©anmoins, il se rĂ©vĂšle un Rodolphe un brin terne, la voix est belle mais pas de flamme.

Personnage ajoutĂ© par le livret, mais d’une richesse extraordinaire c’est la Comtesse Geschwitz de Caroline Rose.  Spectaculaire dans ses scĂšnes de dĂ©bauche et dĂ©bordant de comique dĂ©cadent. A la lisiĂšre des hĂ©roĂŻnes d’Otto Dix,  Caroline Rose aurait pu rĂ©veiller les parfums subtils de Marlene Dietrich au milieu des ocĂ©ans passionnants de Puccini et de VerriĂšres. Caroline Rose nous rĂ©vĂšle une actrice et une chanteuse enthousiasmante.

Comment dĂ©crire une rĂ©volution ? Si la comparaison est hors sujet, le sort voulut que MIMI cohabite Ă  Paris avec une reprise sempiternelle de la trĂšs sage BohĂšme de Puccini. Mais l’avenir est en marche,  MIMI sonne le glas du spectacle lyrique des tenants de la convention.  Que le public de Paris prenne position, aprĂšs MIMI rien ne sera comme avant.

Compte rendu rédigé par notre envoyé spécial Pedro-Octavio Diaz

 

 

 

 

Compte rendu, opéra. Théùtre des Bouffes du nord, le 21 novembre 2014. Puccini : Mimi, scÚnes de la vie de BohÚme. Spectacle librement inspiré de La BohÚme de Giacomo Puccini Frédéric VerriÚres (partition), Bastien Gallet (livret). Guillaume Vincent. Avec :

Camélia Jordana (Mimi 1)

Judith Fa ( Mimi 2)

Pauline Courtin (Musette)

Christophe Gay (Marcel)

Christian Helmer (Rodolphe)

Caroline Rose (La comtesse Geschwitz)

Ensemble Court-circuit. Jean Deroyer, direction

Mise en scÚne : Guillaume Vincent