CD, coffret événement, critique. Coffret OFFENBACH : The operas & opérettes / operettas Collection (30 cd Warner classics).

offenbach operas & operettas collection 30 cd warner classics centenaire naissance dossier offenbach 2019 classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement, critique. Coffret OFFENBACH : The operas & opĂ©rettes / operettas Collection (30 cd Warner classics). AprĂšs un excellent coffret Berlioz, Ă©galement Ă©ditĂ© pour l’anniversaire 2019, voici en 30 cd, l’intĂ©grale Warner OFFENBACH, qui permet de mesurer la verve prolifique du Jacques des Boulevards, roi autoproclamĂ© de la pantalonnade. Esprit canaille, libertin critique, Offenbach a su faire rire et divertir la bonne sociĂ©tĂ© du Second Empire, tout en Ă©pinglant en un savant jeu de miroir, les travers et les abus comme l’immoralitĂ© de son esprit de fĂȘte (comme rameau Ă  son Ă©poque, Ă  la Cour de Louis XV, pour lequel il rĂ©invente le genre lyrique, mĂȘle les registres
 comme Offenbach, un siĂšcle aprĂšs.
Warner classics a pris soin d’équilibrer sa sĂ©lection. Il n’y manque qu’un seul ouvrage de valeur, le premier Les fĂ©es du Rhin, magistralement crĂ©Ă© Ă  l’opĂ©ra de Tours en 2018 (Classiquenews Ă©tait prĂ©sent et a rĂ©alisĂ© un documentaire sur le sujet, jalon majeur de notre connaissance de Jacques Offenbach / VOIR notre reportage Les FĂ©es du Rhin, OpĂ©ra de Tours, oct 2018). Cette opĂ©ra de jeunesse qui rivalise avec Weber et Wagner comme le grand opĂ©ra français Ă©tait jusque lĂ  connu 
 dans sa version allemande car il faut crĂ©Ă© Ă  Vienne et chantĂ© en allemand. Offenbach demeure un compositeur Ă©galement fĂȘtĂ© de chaque cĂŽtĂ© du Rhin, en France et Allemagne. Double tradition que prend en compte intelligemment le coffret Warner classics : y paraissent ainsi dans les deux langues, OrphĂ©e aux enfers, La Belle HĂ©lĂšne, La Vie Parisienne, Les Contes d’Hoffmann, en un jeu de lectures parallĂšles qui nourrit la vision des drames et comĂ©dies et relativise la place de Jacques en France


Bicentenaire OFFENBACH 2019Le coffret Warner est un absolu indispensable. On y retrouve ainsi les premiers ouvrages et les grands standards, les petites perles oubliĂ©es et les opus majeurs (par ordre d’apparition dans le coffret : Ba-ta-clan (Orc JF Paillard, Marcel Couraud), Les Bavards (ORTF, Marcel Couraud), OrphĂ©e aux enfers (Capitole, Plasson avec Rhodes, MesplĂ©, SĂ©nĂ©chal, BerbiĂ©, Lafont
le nec plus ultra du chant français articulĂ© et mordant), auquel rĂ©pond la version en allemand, car Offenbach fut jouĂ© et reste Ă  l’affiche de nombreux thĂ©Ăątres allemands, chantĂ© dans la langue de Goethe (Orpheus in der Unterwelt, Phil. Hungarica, Willy Mattes), La Belle HĂ©lĂšne (Jessye Norman, Bacquier, Lafont, 
 Capitole / Plasson), et donc Die Schöene Elena (MĂŒnchner Rundfunkorchester, Willy Mattes), La Vie Parisienne (Crespin, SĂ©nĂ©chal, MesplĂ©, 
 Capitole, Plasson), Pariser Leben (Anneliese Rothenberger, MĂŒnchner Rundfunkorchester, Willy Mattes)
 ; La fille du Tambour major (Orch StĂ© des Concerts du Conservatoire, FĂ©lix Nuvolone) ; La Grande Duchesse de Gerolstein (extraits, Eliane Lublin, JP Marty), Die Großherzogin von Gerolstein (Enriqueta TarrĂ©s, Kölner RForchester, Pinchas Steinberg) ; La PĂ©richole (Berganza, carreras, Bacquier, SĂ©nĂ©chal
 Capitole, Plasson) ; Les Brigands (Le Roux, E Vidal, 
 OpĂ©ra de Lyon, Gardiner); Pomme d’Api, Monsieur Choufleuri, Mesdames de la Halle (MesplĂ©, Lafont, Trempont
 Orch Philh. Monte Carlo, Manuel Rosenthal). De mĂȘme, fermant la collection, dans une mĂȘme combinaison bilingue complĂ©mentaire : Les Contes d’Hoffmann (Neil Shicoff, Murray, Plowright, Jessye Norman, La Monnaie, S Cambreling) / Hoffmanns ErzĂ€hlungen (Siegfried Jerusalem, Norma Sharp, julia Varady, Dietrich Fischer-Dieskau
 MĂŒnchner RForchester, Heinz Wallberg)

Bonus dĂ©couverte : les cd 29 et 30, respectivement : rĂ©cital Offenbach de Jane Rhodes (Orch Bordeaux, Roberto Benzi), enfin La GaĂźtĂ© Parisienne (Suite orchestrale, par Orch Monte-Carlo, Manuel Rosenthal ; version pour 3 pianos), puis inĂ©dits, Offenbach mĂ©lodiste, auteur de joyaux Ă  redĂ©couvrir, et Ă  goĂ»ter grĂące aux dons du diseur François Le Roux (« 6 fables de la Fontaine », dont le dĂ©lectable « Le Savetier et le financier »,
 trĂšs actuel, avec Jeff Cohen au piano).

CLIC_macaron_2014Parce qu’il souligne la grande tradition du chant français – Ă  une Ă©poque oĂč le chanteur sait articuler et dĂ©fendre non pas une voix, (sa voix) mais un texte, de surcroĂźt s’agissant de grands chanteurs d’opĂ©ras ; parce qu’il dĂ©voile tout autant la tradition outre-Rhin des opĂ©ras d’Offenbach chantĂ©s Ă  Cologne, Ă  Munich
 en allemand (d’autant plus avec le concours de grands chanteurs wagnĂ©riens : Ă©couter Hoffmanns ErzĂ€hlungen)
 ; pour les mĂ©lodies ainsi dĂ©nichĂ©es qui devraient figurer avec Berlioz, Poulenc, Debussy, Ravel ou Chausson, Massenet et Hahn, dans tout concours de mĂ©lodie française qui se respecte
 le coffret OFFENBACH concoctĂ© par Warner classics pour l’annĂ©e Offenbach 2019 est un incontournable / indispensable. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2019.

Compte rendu, opĂ©ra. Paris, Palais Garnier, le 27 mars 2015. Jules Massenet : Le Cid. Roberto Alagna, Annick Massis, Paul Gay
 Orchestre et choeurs de l’OpĂ©ra national de Paris. Michel Plasson, direction. Charles Roubaud, mise en scĂšne.

Michel Plasson revient Ă  l’OpĂ©ra National de Paris pour Le Cid de Jules Massenet. Le Palais Garnier accueille la production marseillaise signĂ©e Charles Roubaud. La distribution largement francophone fait honneur Ă  l’occasion rare et l’orchestre et choeurs de l’OpĂ©ra de Paris rayonnent par leur un bel investissement.

 

 

 

Le Cid de Massenet au Palais Garnier : artificielle séduction servie par un grand chef

Plasson, vive Plasson !

 

SLIDE_Massenet_580_320 - copieLa premiĂšre du Cid de Massenet a lieu au Palais Garnier le 30 novembre 1885 et l’Ɠuvre est unanimement saluĂ©e par le public et la critique. OpĂ©ra ambitieux sur l’amour et sur la gloire, inspirĂ© de la piĂšce historique de GuillĂ©n de Castro y Bellvis et son adaptation par Pierre Corneille, il pose quelques problĂšmes formels Ă  l’heure actuelle. Le livret raconte l’histoire de Rodrigue dans l’Espagne de la Reconquista. Et comment pour venger l’offense faite Ă  son pĂšre, Don DiĂšgue, il finit par provoquer et tuer le pĂšre de ChimĂšne, sa fiancĂ©e. Elle ne peut qu’exiger le chĂątiment de son bien-aimĂ© mais le Roi a besoin de lui pour lutter contre les Maures. Il revient vainqueur, ChimĂšne est terriblement partagĂ©e, mais le lieto fine arrive quand Rodrigue dĂ©cide de se donner la mort 
 qu’elle empĂȘche, et le Roi les unit. L’amour et l’honneur sont vainqueurs. Cette difficultĂ© contemporaine avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© ressentie par Claude Debussy qui trouva impossible d’achever son propre essai lyrique Rodrigue et ChimĂšne, d’aprĂšs la mĂȘme histoire, sur le livret de Catulle MendĂšs.

En effet, fin XIXe siĂšcle, le grand opĂ©ra historique est dĂ©jĂ  essoufflĂ©. Il l’est davantage Ă  notre Ă©poque. Or, la partition est riche en mĂ©lodies et pleine des moments de beautĂ© comme d’intensitĂ© ; Massenet se montre artisan solide des procĂ©dĂ©s grand-opĂ©ratiques, mis au point par un Meyerbeer ou un HalĂ©vy. L’influence de Verdi est aussi remarquable. Avec des interprĂštes de qualitĂ©, la facilitĂ© comme l’ambition mĂ©lodique de Massenet se traduisent en grands airs impressionnants. Mais il s’agĂźt surtout du mĂ©lodrame habituel du compositeur dont la complaisance est Ă©vidente vis-Ă -vis des attentes du lieu de la crĂ©ation de son opĂ©ra. Remarquons que la derniĂšre fois que l’Ɠuvre a Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ©e Ă  Paris fut en 1919 !

 

 

cid-palais-garnier-roberto-alagna-paul-gay-massenet-michel-plassonEn cette fin d’hiver 2014 – 2015, Roberto Alagna et Sonia Ganassi interprĂštent le couple contrariĂ© de Rodrigue et ChimĂšne. Le tĂ©nor se montre toujours maĂźtre de sa langue, avec une attention Ă  la diction indĂ©niable, malgrĂ© la prosodie parfois maladroite et anti-esthĂ©tique du livret. Il est aussi un acteur engageant et engagĂ©, appassionato, ma non tanto en l’occurrence. Un Divo avec plein de qualitĂ©s dans une Ɠuvre et une mise en scĂšne Ă  la beautĂ© 
 superficielle. Remarquons nĂ©anmoins son chant passionnĂ© lors des airs « O noble lame Ă©tincelante » et « O souverain, ĂŽ juge, ĂŽ pĂšre », vivement rĂ©compensĂ©s par le public, malgrĂ© une certaine difficultĂ© dans le dernier. Le public rĂ©compense aussi ChimĂšne dans son cĂ©lĂšbre air « Pleurez, pleurez mes yeux ». Ganassi fait preuve d’un bel investissement Ă©galement, mais sa caractĂ©risation du rĂŽle met en valeur l’aspect hautain et caractĂ©riel du personnage, quand elle aurait pu davantage le nuancer. Le timbre plutĂŽt sombre et la prestation parfois trop forte ont un effet pas toujours favorable chez l’auditoire. Inversement, le Don DiĂšgue de Paul Gay est le vĂ©ritable sommet d’expression, de prĂ©cision, de justesse de la distribution. Le chanteur affirme une prestation largement inoubliable par la force et la beautĂ© de son instrument, en l’occurrence dĂ©licieusement nuancĂ© selon les besoins (mĂ©lo)dramatiques. Son duo Ă  la fin du premier acte avec Rodrigue est un des nombreux moments forts le concernant.
Remarquons Ă©galement la belle prestation d’Annick Massis dans le rĂŽle de l’Infante. Du cĂŽtĂ© des femmes de la distribution, elle rayonne par la beautĂ© exquise de son instrument, une prĂ©sence scĂ©nique distinguĂ©e mais sans prĂ©tention, et une vĂ©racitĂ© Ă©motionnelle Ă©vidente (et surprenante!) lors de ses morceaux terriblement beaux, pourtant trĂšs artificiels. Retenons entre autres sa pseudo-priĂšre lors de la distribution des aumĂŽnes au dĂ©but du IIe acte. Si le Roi de Nicolas Cavallier, correct, paraĂźt moins noble que le Don DiĂšgue de Paul Gay, l’EnvoyĂ© Maure interprĂ©tĂ© par Jean-Gabriel Saint-Martin est, lui, tout altier, toute agilitĂ©. FĂ©licitons les chƓurs de l’OpĂ©ra sous la direction de JosĂ© Luis Basso, trĂšs sollicitĂ©s pour les processions, les hymnes guerriers et religieux, les marches, etc


 

La mise en scĂšne de Charles Roubaud, dans sa transposition de l’action vers l’Espagne de Franco, demeure pourtant sans pertinence. Elle se contente souvent de suivre l’intrigue du Moyen Age, dans des habits du XXe siĂšcle. Dans ce sens, elle s’accorde Ă  l’opĂ©ra lui-mĂȘme, d’une beautĂ© rĂ©elle mais peu profonde, et fais trĂšs peu pour insuffler de la vitalitĂ© durable et mĂ©morable Ă  la partition. La mise en scĂšne, avec ses qualitĂ©s plastiques (beaux costumes et dĂ©cors de Katia Duflot et Emmanuelle Favre respectivement), paraĂźt laisser le public indiffĂ©rent, dans les meilleurs des cas. Heureusement, et comme d’habitude, il revient Ă  l’orchestre d’ĂȘtre le protagoniste rĂ©el de la piĂšce. Sous la baguette sincĂšre et experte de Michel Plasson les instrumentistes parisiens savent ĂȘtre discrets et pompeux Ă  souhait. Si personne ne prĂ©tend qu’il s’agĂźt d’un chef-d’Ɠuvre absolu de Massenet, nous y croirions presque devant la science si juste et si belle de Plasson, et la complicitĂ© et le respect des musiciens pour sa direction. Une Ɠuvre rare Ă  dĂ©couvrir au Palais Garnier Ă  l’affiche les 2, 6, 9, 12, 15, 18 et 21 avril 2015.

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. OpĂ©ra Bastille, le 2 mars 2015. Charles Gounod : Faust. Piotr Beczala, Jean-François Lapointe
 Orchestre et choeurs de l’OpĂ©ra National de Paris. Michel Plasson, direction. Jean-Romain Vesperini, mise en scĂšne.

Michel Plasson revient Ă  l’OpĂ©ra National de Paris pour Faust de Charles Gounod. L’OpĂ©ra Bastille accueille une distribution largement non-francophone dans une nouvelle mise en scĂšne conçue par Jean-Romain Vesperini. 3 heures d’Ă©motion et de musique enchanteresse, mais peut-ĂȘtre trop dĂ©sĂ©quilibrĂ©e en ce qui concerne quelques choix artistiques qui laissent perplexes. Une performance honorĂ©e plutĂŽt par les quelques spĂ©cialistes engagĂ©s, et un choeur et un orchestre… ravissants.

 Gounod + Plasson = un duo gagnant !

FAUSTFaust de Gounod a Ă©tĂ© reçu comme une Ɠuvre innovante et impressionnante lors de sa crĂ©ation en 1859 grĂące Ă  un certain rejet des conventions de l’Ă©poque, notamment le chƓur introductif et le final concertĂ©. Aujourd’hui, nous apprĂ©cions surtout les vertus musicales de la partition, sa transparente et efficace thĂ©ĂątralitĂ©, malgrĂ© le livret de modeste envergure de Jules Barbier et Michel CarrĂ© d’aprĂšs Goethe. Rarement mise en scĂšne, l’opus a une abondance mĂ©lodique indĂ©niable et un certain flair avec beaucoup de potentiel dramatique. Or, ce soir le drame se voit largement affectĂ© par toute une sĂ©rie de pĂ©ripĂ©ties et choix incomprĂ©hensibles. Le bateau tient bon grĂące Ă  la direction musicale d’un Michel Plasson toujours maĂźtre de son art et des chƓurs impressionnants, mais nous avons de nombreuses rĂ©serves vis-Ă -vis de la plupart des rĂŽles et aussi quant Ă  la mise en scĂšne.

Les choeurs de l’OpĂ©ra de Paris sous la nouvelle direction de JosĂ© Luis Basso sont extraordinaires. Ils sont toujours investis lors des nombreuses interventions et font preuve d’un dynamisme saisissant que ce soit dans la lĂ©gĂšretĂ© mondaine au deuxiĂšme acte dans « Ainsi que la brise lĂ©gĂšre » ou dans l’expression d’un hĂ©roĂŻsme mystique et glorieux au quatriĂšme lors du cĂ©lĂšbre chƓur des soldats « Gloire immortelle ». Nous regrettons pourtant l’Ă©cart abyssal entre la richesse de leur prestation musicale et la trop modeste inspiration du metteur en scĂšne. En ce qui concerne les solistes embauchĂ©s, il s’agĂźt sans doute d’artistes de qualitĂ©, dont les talents musicaux arrivent Ă  toucher l’auditoire malgrĂ©, notamment, un grand souci d’articulation et de diction du français pour la plupart. Mais connaissant la prosodie pas facile du livret, nous constatons tout autant que de tels artistes spĂ©cialistes du chant français auraient pu avoir plus d’impact. En
l’occurrence le Faust de Piotr Beczala est solide, avec le beau timbre qui lui est propre et une projection correcte. Or, si nous aimons l’intensitĂ© passionnante et passionnĂ©e de son chant lors du cĂ©lĂšbre air « Salut, demeure chaste et pure », nous pensons que le français peut s’amĂ©liorer et nous sommes davantage frappĂ©s et conquis par le violon solo du morceau (NDLR : le tĂ©nor polonais vient de sortir chez Deutsche Grammophon un rĂ©cital dĂ©diĂ© aux Romantiques Français : Piotr Beczala, The French Collection : lire notre compte rendu critique complet “Les Boieldieu et Donizetti sans dĂ©faut de Beczala, 1 cd DG).
Ildar Abdrazakov en MĂ©phistophĂ©lĂšs est une force de la nature. C’est un diable charmant et charmeur, avec une voix qui ne nous laisse pas insensibles. Or, encore une fois, il est regrettable que son français ne soit pas Ă  la hauteur de son charisme scĂ©nique ni de son Ă©vidente musicalitĂ©. Nous pouvons presque en dire autant de Krassimira Stoyanova dans le rĂŽle de Marguerite. Si nous aimons les qualitĂ©s de l’instrument, le français presque incomprĂ©hensible nous Ă©loigne des charmes de sa belle voix. En plus elle ,’est guĂšre aidĂ©e par la mise en scĂšne, pas trĂšs valorisante pour son personnage.

Bien heureusement la distribution compte avec quelques francophones dans les rĂŽles secondaires, notamment le baryton spĂ©cialiste du chant français Jean-François Lapointe. Il habite le rĂŽle de Valentin avec une prestance et une prĂ©sence pleine d’Ă©motion qui ensorcelle l’auditoire. A la beautĂ© plastique du chanteur se joignent une prosodie sensible et un chant sincĂšre et touchant. Lors de son air au deuxiĂšme acte « Sol natal de mes aĂŻeux » comme dans la scĂšne de sa mort au quatriĂšme, il se donne et s’abandonne totalement,  thĂ©Ăątralement et musicalement, rĂ©galant l’audience des moments de trĂšs fortes sensations. La mezzo-soprano AnaĂŻk Morel dans le rĂŽle travesti de Siebel, rayonne d’un charme attendrissant lors de ses participations, son articulation est bonne et son chant irrĂ©prochable.

L’orchestre de l’OpĂ©ra, lui, est sans doute le protagoniste de l’oeuvre en l’occurrence, et son principal argument. Si nous avons aimĂ© les lumiĂšres de François Thouret et la chorĂ©graphie de Selin DĂŒndar au ballet du dernier acte, nous avons beaucoup de rĂ©serves vis-Ă -vis Ă  la mise en scĂšne de Jean-Romain Vesperini, protĂ©gĂ© d’un Luc Bondy et d’un Peter Stein.
Certaines idĂ©es de potentiel aboutissent souvent Ă  un rien quelque peu dĂ©suet. Des nombreuses et longues transitions scĂ©niques impliquent beaucoup de temps mort (dans une Ɠuvre dĂ©jĂ  longue…), l’aspect fantastique se limite Ă  des explosions et du feu sur scĂšne, frappant aux yeux et aux oreilles, mais d’un kitsch et d’une facilitĂ© confondante. La beautĂ© monumentale des dĂ©cors de Johan Engels contrastant avec la modestie confondante de quelques scĂšnes cĂ©lĂšbres. Notamment la scĂšne de Marguerite, avec tant de potentiel, « Il Ă©tait un Roi de ThulĂ© » finissant dans l’air des bijoux,  moments de la mise en scĂšne que nous aimerions oublier.

FAUSTLa prestation de l’orchestre est, elle, complĂštement inoubliable. Michel Plasson est un des grands spĂ©cialistes de la musique romantique française d’une ardeur intacte, et toujours avec une baguette sensible et raffinĂ©e, mais aussi inventive, rĂ©active, parfois dynamique, parfois sublime. Toujours intĂ©ressante ! Impossible de ne pas aimer l’Ɠuvre devant un travail si bien ciselĂ©, l’Orchestre de l’OpĂ©ra faisant preuve d’un beau coloris, de transparence et de clartĂ©, de charme et de brio ; une prestation si frappante par son naturel et son rigueur, inspirant tour Ă  tour des soupirs et des frissons, des frĂ©missements dĂ©licieux qui caressent et enivre l’ouĂŻe  en permanence. Une Ɠuvre Ă  voir par sa raretĂ©, pour la beautĂ© des performances et gestes d’un Lapointe saisissant, d’un Plasson inspirĂ© et rayonnant, d’un superbe orchestre, de superbes choeurs, et de quelques bons danseurs… Suffisamment de sĂ©ductions Ă  nous yeux pour venir applaudir ce nouveau Faust parisien.  A l’affiche Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris, les 5, 9, 12, 15, 18, 22, 25 et 28 mars 2015.