DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello (Yoncheva, Lucic, NĂ©zet-SĂ©guin, 2015)

sony88985308909DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello (Yoncheva, Lucic, Nézet-Séguin, 2015). Septembre 2015, la bulgare Sonya Yoncheva, voix carressante, timbre meliflu (bientôt sur les traces de la sublime et câline Fleming, qui chanta ici même avant Netrebko, Desdemona?), d’une hyperféminité qu’elle partage avec Anna Netrebko justement, cumule depuis quelques mois, comme sa consœur, capable de surperbes défis vocaux (chez Verdi et Puccini), s’affirme peu à peu comme la voix internationale que le milieu lyrique attendait : sa Desdemona au Metropolitan Opera de New York, saisit, captive, s’impose par une musicalité juvénile, d’une richesse expressive et poétique admirable. Fragilité et finesse, rondeur et puissance du chant. Ces qualités ont fait depuis, la grâce habitée de sa Traviata à l’Opéra Bastille, ou le cristal adolescent de sa comtesse des Noces de Figaro dans un récent enregistrement édité par Deutsche Grammophon, live de Baden Baden sous la direction du même chef, Nézet-Séguin (LIRE notre compte rendu des Noces de Figaro avec Sonya Yoncheva à Baden Baden 2015). Sous le conduite du même chef, « La Yoncheva » affirme un tempérament souverain : et hors de la tradition de ses grandes aînées (Tebaldi, Freni, Te Kanawa…), cisèle une grâce féminine (sa signature désormais), qui aux côtés de la sensibilité sacrificielle finale, s’accompagne d’une assurance féline dans ses confrontations avec l’infâme Iago.

Succédant à Fleming et Netrebko,

Yoncheva, nouvelle reine du Met

Sonya Yoncheva : la nouvelle diva 2015 !Mais le point fort de cette production revient aussi à celui justement qui tire les ficelles, le jaloux rongé par l’impuissance, ce Iago parfait démon cynique auquel le superbe Zeljko Lucic offre sa présence et une vérité prodigieuse. Seul il n’était rien. Manipulant un Otello trop carré, Iago triomphe indirectement. Car ici Otello, le maure complexé par sa couleur de peau (ici aspect écarté, à torts), est plus brute épaisse qu’amoureux en doute (le letton Aleksandrs Antonenko demeure bien instable, son personnage mal assumé, inabouti ou trop carré : un comble d’autant plus criant confronté aux deux portraits captivants de ses deux partenaires…), il conviendrait que le ténor qui ne manque pas de puissance, affine considérablement son approche pour éviter des attitudes ….souvent ridicules. Grâce à l’éclair expressif qu’apporte le baryton serbe en revanche, le couple Otello et Iago / Lucic forme un monstre à deux têtes qui dévore la finesse de Yoncheva pourtant lionne autant que gazelle; sa prière en fin d’action est déchirante : sobre, ténue, murmurée, au legato quasi bellinien.
otello desdemona sonya yoncheva metropolitan opera new york opera classiquenewsParmi les comprimari, -rôles « secondaires », saluons le très juste et séduisant Cassio du prometteur Dimitri Pittas. Futur directeur musical du Metropolitan, le maestro adulé actuellement Yannick Nézet-Séguin prête une attention continue pour les instruments, relief de chaque timbre dans une partition souvent cataclysmique, et aussi introspective : contrastes et vertiges dignes de Shakespeare… on guettera son prochain Otello, avec un fini orchestral cette fois totalement maîtrisé. De toute évidence, le dvd est plus que recommandable, pour entre autres les confrontations Yoncheva et Lucic, la direction efficace de Nézet-Séguin : un must contemporain made in New York.

DVD, compte rendu critique. Verdi : Otello. Aleksandrs Antonenko (Otello), Sonya Yoncheva (Desdemona), Željko Lučić (Iago), Chad Shelton (Roderigo), Dimitri Pittas (Cassio), Jennifer Johnson Cano (Emilia), Tyler Duncan (A herald), Günther Groissböck (Lodovico), Jeff Mattsey (Montano)… Metropolitan Opera & Chorus. Yannick Nézet-Séguin, direction. 1 dvd Sony classical 889853089093, enregistré en septembre 2015.

En direct, Anna Netrebko chante Leonora au Met

Anna Netrebko : Leonora de braiseCinĂ©ma. Verdi. Le Trouvère, Anna Netrebko, le 3 octobre 2015, 18h55. Dans les salles de cinĂ©ma, en direct du Metropolitan Opera de New York, l’hyperfĂ©minine et ardente Anna Netrebko reprend après Berlin (2011) et Salzbourg, le rĂ´le de Leonora, âme passionnĂ©e et dĂ©terminĂ©e jusqu’au sacrifice, inaugurant la nouvelle saison lyrique du théâtre New yorkais. Elle y avait crĂ©er Lady Macbeth du mĂŞme Verdi : plus verdienne que jamais, la superdiva chante les vertiges de l’amour (son fameux air suspendu irradiant exigeant un vrai soprano lyrico spinto, agile et dramatique, subtil et puissant : “Di tale amor che dirsi “, d’un rythme haletant, Ă©perdu…), comme inspirĂ©e et portĂ©e par le charme du Trouvère, jusqu’Ă  l’extase sacrificielle. D’autant que dans ce drame noir et resserrĂ©, une BohĂ©mienne (rĂ´le Ă©crasant mais spectaculaire pour mezzo, cf son air “Stride la vampa”) se perd mais triomphe en conjectures hallucinatoires et brĂ»lantes, deux frères s’entretuent sans savoir qu’ils sont du mĂŞme sang. Le trouvère serait-il l’opĂ©ra sentimental et fantastique, le plus rĂ©ussi avec Macbeth ?
Direct incontournable dans toutes les salles de cinĂ©ma partenaires de l’opĂ©ra les opĂ©ras du Metropolitan en live et au grand Ă©cran.

Anna Netrebko Verdi album leonoraSirène lyrique. A 44 ans, Anna Netrebko (né en 1971) est la tête d’affiche de cette production produite à Salzbourg en août 2014 ; la diva russe a donné quelques indices (déjà très convaincants) de sa prise de rôle de Leonora, dans un disque Verdi, salué par la Rédaction cd de classiquenews (cd Verdi par Anna Netrebko, 1 cd Deutsche Grammophon). Voici les termes de la critique de notre rédacteur au moment de la sortie du cd Verdi par Anna Netrebko en octobre 2013 :

…dans Il Trovatore : sa Leonora palpite et se déchire littéralement en une incarnation où son angélisme blessé, tragique, fait merveille : la diva trouve ici un rôle dont le caractère convient idéalement à ses moyens actuels (s’il n’était ici et là ses notes vibrées, pas très précises)… mais la ligne, l’élégance, la subtilité de l’émission et les aigus superbement colorés dans ” D’amore sull’ali rosee ” …  (dialogués là encore avec la flûte) sont très convaincants. Elle retrouve l’ivresse vocale qu’elle a su hier affirmer pour Violetta dans La Traviata. Que l’on aime la soprano quand elle s’écarte totalement de tout épanchement vériste : son legato sans effet manifeste une musicienne née. Sa Leonora, hallucinée, d’une transe fantastique, dans le sillon de Lady Macbeth, torche embrasée, force l’admiration : toute la personnalité de Netrebko rejaillit ici en fin de programme, dans le volet le plus saisissant de ce récital verdien, hautement recommandable. Concernant Villazon, … le ténor fait du Villazon … avec des nuances et des moyens très en retrait sur ce qu’il fut, en comparaison moins aboutis que sa divine partenaire. Anna Netrebko pourrait trouver sur la scène un rôle à sa (dé)mesure : quand pourrons nous l’écouter et la voir dans une Leonora révélatrice et peut-être subjugante ? Bravissima diva.

Verdi. Le Trouvère, Anna Netrebko, le 3 octobre 2015, 18h55. Durée : 3h. Avec Anna Netrebko, Dolora Zajick, Yonghoon Lee, Dmitri Hvorostovsky. David McVicar, mise en scène. Marco Armiliato, direction musicale.

LIRE aussi Anna Netrebko chante Leonora du Trouvère de Verdi, France Musique le 31 août 2014

Cinéma. Verdi : Anna Netrebko chante Lady Macbeth en direct du Met

Macbeth anna netrebkoCinĂ©ma. Verdi : Anna Netrebko chante Lady Macbeth, le 11 octobre 2014, en direct du Metropolitan de New York, 19h. Les performances mondialement retransmises via les rĂ©seaux de salles de cinĂ©ma partenaires, du Metropolitan Opera de New York sont dĂ©sormais cĂ©lèbres et particulièrement suivies. En direct de New York ce jour, samedi 11 octobre 2014, la diva Anna Netrebko, après avoir chantĂ© Leonora du Trouvère Ă  Berlin et cet Ă©tĂ© Ă  Salzbourg, chante Lady Macbeth : voix expressive et sombre pour un rĂ´le hallucinĂ©… le succès sera-t-il au rendez vous pour la soprano nouvellement verdienne ? RĂ©ponse dans les salles de cinĂ©ma Ă  partir de 19h. En lire + 

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La Femme sans ombre de Richard Strauss

Strauss richardFrance Musique. En direct du Metropolitan Opera de New York.  Samedi 15 fĂ©vrier 2014, 19h. Richard Strauss : La Femme sans ombre. Anne Schwanewilms (l’ImpĂ©ratrice)… Vladimir Jurowski, direction. Le plus de cette production c’est Ă©videmment les moyens investis pour le plus grand opĂ©ra de Strauss (son ” dernier opĂ©ra romantique “), d’une imagination orchestrale fertile, sauvage et chambriste, c’est Ă  dire wagnĂ©rienne et mozartienne ; un sujet fĂ©Ă©erique et philosophique Ă  l’enseignement plus que compassionnel : humaniste. Dans La Femme sans ombre, le sommet de sa collaboration avec le poète et librettiste Hugo von Hofmannsthal, Strauss qui a dĂ©jĂ  conçu, avec son Ă©crivain fĂ©tiche, Ariadne auf naxos et Le Chevalier Ă  la rose, traite du principe allomatique et fraternel des destins croisĂ©s. Pour sauver l’Empereur son Ă©ternel amant, l’ImpĂ©ratrice, transparente comme une idĂ©e, doit prendre l’ombre d’une mortelle : s’incarner, c’est Ă  dire … souffrir ; mais dans sa quĂŞte Ă©goĂŻste, elle croise la figure du teinturier Barak et de sa femme ; touchĂ©e par la condition mortelle, essentiellement tragique et douloureuse – comment ne pas la dĂ©noncer dans l’Europe Ă  sang de la première guerre mondiale-, un miracle se produit : face Ă  l’Ă©preuve de la tentation finale, l’ImpĂ©ratrice refuse de voler l’Ă©pouse, mĂŞme si la vie de l’Empereur en dĂ©pend… elle ne volera pas l’ombre de la misĂ©reuse et causer davantage de souffrance. Formidable symbole d’un humanisme appliquĂ© qui prend tout son sens Ă  l’Ă©poque de la genèse de l’opĂ©ra. La Femme sans ombre composĂ©e pendant le conflit mondial, sera crĂ©Ă© après la guerre en 1919. De fait, l’orchestre fait entendre les secousses terrifiantes de la barbarie criminelle (lorsque l’ImpĂ©ratrice et sa nourrice descendent parmi les humains), la vaine agitation de la fange humaine embourbĂ©e dans sa trop misĂ©rable existence. A la fois fantastique et fĂ©erique, mais aussi rĂ©aliste et spirituel, La Femme sans ombre est l’un des sommets lyriques du dĂ©but du XXème siècle, et avec Le Chevalier Ă  la rose, l’offrande la plus convaincante Ă©laborĂ©e par le duo Strauss / Hofmannshtal.
A New York, une ImpĂ©ratrice de choc : la straussienne Anne Schwanewilms qui connaĂ®t le rĂ´le pour l’avoir dĂ©fendu dĂ©jĂ  Ă  Salzbourg Ă  l’Ă©tĂ© 2011 (festival Ă©minemment straussien sous la direction de Christian Thielemann) et fut aussi Ă  Sazlbourg encore une MarĂ©chale de choc… Pour l’annĂ©e Strauss 2014, la diffusion de cette production Ă©vĂ©nement, sous la direction de l’efficace et prĂ©cis Vladimir Jurowski est incontournable (mise en scène : Herbert Wernicke).

logo_francemusiqueRichard Strauss : La Femme sans ombre, Die Frau ohne schatten, 1919.
France Musique, samedi 15 février 2014 à partir de 19h. En direct