Compte rendu, opĂ©ra. Lille. OpĂ©ra de Lille, le 4 octobre 2015. Cavalli / Lully : Xerse (version Parisienne, en italien 1660). Ugo Guagliardo, Emöke Barath, Pascal Bertin, Emmanuelle de Negri… Le Concert d’AstrĂ©e, orchestre. Emmanuelle HaĂŻm, direction. Guy Cassiers, mise en scène.

xerse cavalli paris 1660 opera de lille le roi et l'Infante Amastre et Xerse se marient clip video classiquenewsSĂ©jour baroque Ă  l’OpĂ©ra de Lille avec une nouvelle production du rare Xerse de Cavalli (1660), dans une version hybride en langue italienne incluant la musique des ballets composĂ©e par Lully Ă  l’occasion de sa reprise parisienne en 1660 ! Un Ă©vĂ©nement d’exception qui compte avec le Concert d’AstrĂ©e dirigĂ© par Emmanuelle HaĂŻm dans la meilleure des formes et une sympathique distribution des chanteurs-acteurs. La mise en scène est signĂ©e Guy Cassiers. Francesco Cavalli est le plus distinguĂ© reprĂ©sentant de l’opĂ©ra vĂ©nitien au 17ème siècle et le digne successeur de Monteverdi. Ses opĂ©ras Ă©taient si cĂ©lèbres que le cardinal Mazarin l’invite en France pour une nouvelle commande Ă  l’occasion du mariage du jeune Louis XIV. PĂ©ripĂ©ties et vicissitudes font que le nouvel opĂ©ra ne voit jamais le jour. Cavalli prĂ©sente alors un ancien opĂ©ra, Xerse datant de 1655 et se voit obligĂ© d’adapter le livret et la dramaturgie pour inclure la musique des ballets obligatoires de Lulli, florentin, futur père de la musique française. Si l’oeuvre est donc « adaptĂ©e » au goĂ»t français de l’Ă©poque, la reprise audacieuse de l’OpĂ©ra de Lille en coproduction avec le CMBV et le Théâtre de Caen, mĂ©rite Ă©videmment d’être rĂ©alisĂ©e, rendant opportune une Ă©valuation du goĂ»t de Mazarin Ă  l’époque du mariage de Louis XIV.

« La beautĂ© est un don fugace… »

Guy Cassiers dĂ©cide de transposer l’action Ă  l’endroit de la première, la Petite Galerie du MusĂ©e du Louvre (actuelle Galerie d’Apollon). Remarquons les dĂ©cors astucieux de Tim Van Steenbergen, qui signe Ă©galement les costumes, sympathiques mais peu mĂ©morables. La dĂ©cision paraĂ®tra donc tout aussi intelligente que les dĂ©cors, tenant en compte les spĂ©cificitĂ©s et longueurs des livrets baroques. Or, le rĂ©sultat n’est ni solennel ni comique, ni tragique, ni particulièrement touchant. Les chanteurs font preuve d’un travail d’acteur soignĂ©, avec un clair penchant pour un certain expressionnisme qui touche le mĂ©lodrame, dans le sens moins noble du terme. Or, l’intention sĂ©rieuse avec un texte qui malgrĂ© les adaptations reste plus comique que tragique, est quelque peu discordante. Rien de grave, mais rien d’exceptionnel non plus. De bons chanteurs extrĂŞmement investis d’un point de vue dramatique et théâtral racontent des blagues en vers et en font pleurer, mais pas grâce Ă  une affectation quelconque Ă©voquĂ©e mais par l’incongruence qui touche le ridicule. On dirait que le metteur en scène avait des impĂ©ratives concernant le ton de l’œuvre, et qu’il a essayĂ© son mieux de s’adapter aux exigences des commandeurs. Une approche qui n’est pas sans qualitĂ©s mais qui demeure peu efficace. Des bons efforts tout Ă  fait louables.

xerse_01La performance des chanteurs l’est aussi. La distribution est très solide et Ă  l’investissement théâtral indĂ©niable se joignent des voix saines et quelques personnalitĂ©s musicales se distinguent. Xerse, le Roi Perse aux amours contrariĂ©s est interprĂ©tĂ© par Ugo Guagliardo avec panache. Il a une certaine prestance qui sert superbement le personnage, mĂŞme si le rĂ´le est plutĂ´t ingrat voire ridicule. S’il ne rĂ©ussit pas Ă  effrayer par sa fureur, en l’occurrence plutĂ´t comique, il est agrĂ©able Ă  l’ouĂŻe et aux yeux, avec un beau timbre. Ce trait, il le partage avec la Romilda d’Emöke Barath, qui nous impressionne dès son entrĂ©e par un phrasĂ© soignĂ© tout Ă  fait dĂ©licieux ! L’Arsamene de Tim Mead commence avec un « Va te barbaro ! » plein de brio, mais sa performance est inĂ©gale. L’Elviro de Pascal Bertin est excellent, peut-ĂŞtre le seul Ă  exploiter la farce inhĂ©rente Ă  l’oeuvre mais que l’Ă©quipe artistique paraĂ®t vouloir Ă©viter Ă  tout prix. Il contrĂ´le sa voix de façon rĂ©ussie et amuse l’auditoire pour des bonnes raisons. L’Amastre d’Emmanuelle de Negri est rĂ©ussie. Outre ses qualitĂ©s vocales et son art de l’articulation, la soprano est très convaincante dans le rĂ´le travesti. Nous remarquerons Ă©galement les performances d’Emiliano Gonzales Toro, malin et vivace en Eumène ; d’un Carlo Allemano, un Ariodate Ă  la voix imposante (airs de triomphes d’un caractère hĂ©roĂŻque) ; ou encore celles de Camille Poul, très touchante en confidente de Romilda, et FrĂ©dĂ©ric Caton, Aristone de belle dĂ©clamation.

Puisque qui dit Lully, dit danse, nous avons droit Ă  une compagnie de danse (Leda) dont les danseurs masculins dĂ©corent les intermèdes de ballet du maĂ®tre baroque… Un autre effort qui paraĂ®t bon, mais qui nous laisse surtout perplexes. La chorĂ©graphie a un je ne sais quoi d’extrĂŞmement amateur, ni narrative ni vraiment abstraite. Elle ne raconte absolument rien, et n’ajoute rien Ă  l’œuvre. Au contraire, elle nuit Ă  notre avis Ă  l’intelligibilitĂ© de l’action. Un souvenir que nous oublierons vite. Il y a heureusement la performance, elle, inoubliable, du fabuleux Concert d’AstrĂ©e sous la direction non moins fabuleuse d’Emmanuelle HaĂŻm. La plus grande rĂ©ussite de la soirĂ©e et la seule raison d’ĂŞtre de cette production. L’orchestre se montre vraiment maĂ®tre du langage, et cavallien et lullyste, et vĂ©nitien et français donc, avec ses affects bien contrastĂ©s, le continuo intelligent et sensible de HaĂŻm, et une complicitĂ© indĂ©niable avec le plateau. VivacitĂ©, brio, amour et humour sont tous au rendez-vous grâce Ă  la baguette magique de la chef !

Compte rendu, opĂ©ra. Lille. OpĂ©ra de Lille, le 4 octobre 2015. Cavalli / Lully : Xerse (version Parisienne, en italien 1660). Ugo Guagliardo, Emöke Barath, Pascal Bertin, Emmanuelle de Negri… Le Concert d’AstrĂ©e, orchestre. Emmanuelle HaĂŻm, direction. Guy Cassiers, mise en scène.

VIDEO, clip. Xerse de Cavalli Ă  l’OpĂ©ra de Lille

Cavalli_francesco20150210170938VIDEO, clip. Xerse de Francesco Cavalli Ă  l’OpĂ©ra de Lille, jusqu’au 10 octobre 2015. Mazarin règne encore sur le goĂ»t officiel et le jeune Louis XIV s’apprĂŞte Ă  rĂ©gner en maĂ®tre absolu. La France apprend le raffinement de l’Italie. Pour ses noces avec l’infante d’Espagne, le jeune Louis dĂ©couvre l’opĂ©ra vĂ©nitien au Louvre en novembre 1660 : Mazarin a invitĂ© Cavalli qui reprend son Xerse, mais adaptĂ© au goĂ»t français : le rĂ´le titre n’est pas chantĂ© par un castrat mais un baryton, l’action dĂ©barassĂ©e de ses facettes comiques est restructurĂ©e en 5 actes et surtout Lulli enchâsse la sensualitĂ© italienne de ses ballets d’une facĂ©tieuse invention. A la fin de l’action, comme Louis XIV et L’Infante marie-ThĂ©rèse, Xerse et Amastre se marient : mariage de raison pour un lieto finale que les ballets de Lulli subliment par leur insolence facĂ©tieuse. Voici Xerse, dans sa version parisienne, sous la direction d’Emmanuelle HaĂŻm Ă  l’OpĂ©ra de Lille, jusqu’au 10 octobre 2015. CLIP VIDEO © studio CLASSIQUENEWS.TV

Lille, Opéra
Xerse de Cavalli
5 représentations
Du 2 au 10 octobre 2015
Nouvelle production
Emmanuelle HaĂŻm, direction
Guy Cassiers, mise en scène
Maud Le Pladec, chorégraphie

Musique de Francesco Cavalli (1602-1676)
Livret de Nicola Minato (revu par Francesco Buti)
Ballets – Musique de Jean-Baptiste Lully (1632-1687)

Direction musicale: Emmanuelle HaĂŻm
Mise en scène: Guy Cassiers
DĂ©cors et costumes: Tim Van Steenbergen
Chorégraphie: Maud Le Pladec
Vidéo: Frederik Jassogne
Lumières: Maarten Warmerdam
Dramaturgie: Willem Bruls
Conseillère musicologique: Barbara Nestola

Avec
Xerse: Ugo Guagliardo
Arsamene: Tim Mead
Ariodate: Carlo Allemano
Romilda: Emöke Barath
Adelanta: Camille Poul
Eumene Emiliano: Gonzalez Toro
Elviro: Pascal Bertin
Amastre: Emmanuelle de Negri
Aristone: Frédéric Caton
Le Gardien: Pierre-Guy Cluzeau (figurant)

Le Concert d’Astrée
Compagnie Leda

VOIR aussi notre grand reportage sur l’atelier vocal dĂ©diĂ© Ă  l’interprĂ©tation du rĂ©citatif dans l’opĂ©ra français et italien du XVIIème siècle

LIRE aussi notre prĂ©sentation complète de Xerse de Cavalli Ă  l’OpĂ©ra de Lille
 

 

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Xerse qui incarne le roi sur la scène, se lamente au V, inconsolable d’avoir Ă©tĂ© Ă©cartĂ© par celle qu’il aime, Romilda (laquelle lui prĂ©fère son frère Arsamene)

Illustrations : photographies © studio CLASSIQUENEWS 2015

Nouveau Xerse de Cavalli Ă  Lille

Cavalli_francescoLille, OpĂ©ra. Cavalli: Xerse. Du 2 au 10 octobre 2015. Xerse de Cavalli dĂ©montre l’ampleur du gĂ©nie cavallien, capable de solennitĂ©, de raffinement, de sensualitĂ© mais aussi de surenchère (mesurĂ©e) dans la fusion des registres poĂ©tiques : comique, tragique et pathĂ©tique. L’hĂ©roĂŻsme y convoite le cynisme et la comĂ©die aime jouer des quiproquos voire des travestissements trompeurs d’une dĂ©licieuse confusion. On la compris : Cavalli, digne disciple de Monteverdi avec Cesti poursuit l’âge d’or de l’opĂ©ra vĂ©nitien : c’est d’ailleurs Ă  sa source que naĂ®tra en 1673, l’opĂ©ra français grâce au gĂ©nie assimilateur de Lulli. Xerse, opĂ©ra historique d’après HĂ©rodote, fait suite aux opĂ©ras de maturitĂ© propre aux annĂ©es 1640… tels Didone (1641), Egisto (1643), L’Ormindo (1644), La Doriclea (1645) surtout le mythique Giasone de 1649 qui prĂ©lude Ă  l’accomplissement esthĂ©tique des annĂ©es 1650 dont fait partie et de façon Ă©clatante voire spectaculaire Xerse, composĂ© comme Erismena et La Statira en 1655. AnnĂ©e fĂ©conde qui poursuit la poĂ©tique multiple et furieusement sensuelle de La Calisto (1651). Tous ces ouvrages ont Ă©tĂ© jadis dĂ©voilĂ©s par RenĂ© Jacobs, dĂ©fricheur visionnaire s’il en est, que les nouveaux champions de l’approche baroqueuse entendent poursuivre aujourd’hui ; ainsi l’argentin Leonardo Garcia Alarcon et son Ă©pouse, Mariana Flores (lire notre annonce du coffret HĂ©roĂŻnes cavaliennes Ă©ditĂ© chez Ricercar en septembre 2015, rĂ©alisation CLIC de classiquenews). L’ouvrage a Ă©tĂ© jouĂ© devant la Cour de France Ă  l’initiative de Mazarin, amateur d’opĂ©ra italien. Le commanditaire soucieux de plaire Ă  l’audience française, commande aussi des ballets au jeune Lulli.

Venise ressuscite les opéras de Cavalli

 

 

L’opĂ©ra vĂ©nitien Ă  Paris (1660)

 

DĂ©jĂ  avant Ercole Amante, nouvel ouvrage composĂ© pour le mariage du jeune Dauphin futur Louis XIV, Xerse est un opĂ©ra de Cavalli prĂ©sentĂ© devant la Cour de France. L’ouvrage a Ă©tĂ© composĂ© en 1654 et donc reprise Ă  Paris en 1660, soit 6 annĂ©es après sa crĂ©ation vĂ©nitienne, dans la Galerie d’Apollon du Louvre. Comment la figure du roi de Perse, qui entend vaincre et soumettre Athènes inspire-t-elle les acteurs de cette nouvelle production ? RĂ©ponse le 2 puis jusqu’au 10 octobre 2015.
Le livret signĂ© de Nicolo Minato renforce la puissante imagination théâtrale de Cavalli : Minato a Ă©crit pour Cavalli pas moins de 8 drames musicaux : Orimonte, Xerse, Artemisia, L’Antioco, Elena -rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ© au festival d’Aix 2013 et sujet d’un somptueux dvd Ă©ditĂ© chez Ricercar-, Scipione l’Africano, Mutio Scevola, Pompeo Magno. S’il est surtout inspirĂ© par l’Histoire (et les chroniques d’HĂ©rodote), Minato, qui succède au premier librettiste de Cavalli (Faustini dĂ©cĂ©dĂ© en 1651), ne partage pas la mĂŞme conscience littĂ©raire que l’inĂ©galable Busenello, librettiste de Moneverdi et pour Cavalli de Didone, Giulio Cesare, Statira). Minato est surtout un dilettante, avocat de son mĂ©tier qui flatte surtout l’ouĂŻe des spectateurs moins stimule leur intellect. Avec le temps, Minato privilĂ©gie surtout les airs et les formes formĂ©es, plutĂ´t que ce recitatif libre et ample, proche de la parole qui avait fini par lasser le public vĂ©nitien. Ses hĂ©ros Ă  l’inverse de l’effeminato pervers passionnĂ© Nerone ou Giasone, affirme une maĂ®trise des passions nouvelle, qui augure de l’esthĂ©tique mĂ©tastasienne au siècle suivant, celle du hĂ©ros vertueux et moral, clĂ©ment et compatissant. En 1669, Minato rejoint la Cour de Vienne pour y Ă©crire encore plus de 20 livrets. Trait propre Ă  Cavalli et sa sensibilitĂ© spĂ©cifique pour exprimer les passions humaines, le profil d’Adelante s’affirme aux cĂ´tĂ©s du hĂ©ros vainqueur et conquĂ©rant : la jeune femme y dĂ©veloppe une langueur Ă©motionnelle irrĂ©sistible en soupirant Ă  l’Ă©vocation de celui qu’elle aime sans retour, Arsamène, le frère de Xerse… (Acte II, scène 18). C’est elle qui incarne les vertiges d’un cĹ“ur impuissant et douloureux : ses airs sont les plus dĂ©sespĂ©rĂ©s et le plus sensuels, quand triomphe dĂ©terminĂ©s et fidèles l’un Ă  l’autre, Romida et Arsamène, le couple des amants insĂ©parables. Face Ă  ce modèle amoureux, le roi lui-mĂŞme s’inflĂ©chit et de raison Ă©pouse celle qui lui est fidèle, Amastre.

René Jacobs l’avait enregistré en 1985 en un album aujourd’hui non réédité. Xerse de Cavalli a marqué l’histoire  de l’opéra en France : Mazarin en demande une reprise à Paris pour le mariage du jeune Dauphin, le futur Louis XIV en 1660. Devant la Cour de France, l’ouvrage est réécrit et adapté au goût français : le rôle titre n’est plus chanté par un castrat mais une voix virile, telle que l’aime l’audience gauloise : un baryton. Car le héros de l’action c’est évidemment le Roi.

 

 

 

Lille, Opéra
Xerse de Cavalli
5 représentations
Du 2 au 10 octobre 2015
Nouvelle production
Emmanuelle HaĂŻm, direction
Guy Cassiers, mise en scène
Maud Le Pladec, chorégraphie

Musique de Francesco Cavalli (1602-1676)
Livret de Nicola Minato (revu par Francesco Buti)
Ballets – Musique de Jean-Baptiste Lully (1632-1687)

Direction musicale: Emmanuelle HaĂŻm
Mise en scène: Guy Cassiers
DĂ©cors et costumes: Tim Van Steenbergen
Chorégraphie: Maud Le Pladec
Vidéo: Frederik Jassogne
Lumières: Maarten Warmerdam
Dramaturgie: Willem Bruls
Conseillère musicologique: Barbara Nestola

Avec
Xerse: Ugo Guagliardo
Arsamene: Tim Mead
Ariodate: Carlo Allemano
Romilda: Emöke Barath
Adelanta: Camille Poul
Eumene Emiliano: Gonzalez Toro
Elviro: Pascal Bertin
Amastre: Emmanuelle de Negri
Aristone: Frédéric Caton
Le Gardien: Pierre-Guy Cluzeau (figurant)

Le Concert d’Astrée
Compagnie Leda

VOIR aussi notre grand reportage sur l’atelier vocal dĂ©diĂ© Ă  l’interprĂ©tation du rĂ©citatif dans l’opĂ©ra français et italien du XVIIème siècle

 

Xerse version 1660 Ă  l’OpĂ©ra de Lille. 

Ce que nous pensons de la production. C’est un vrai dĂ©fi de jouer la reprise de Xerse Ă  Paris. L’ouvrage vĂ©nitien de Cavalli crĂ©Ă© Ă  Venise en 1654 est un tout autre opĂ©ra adapté  et reformatĂ© au goĂ»t français quand il est jouĂ© au Louvre en 1660 pour le mariage du jeune Louis XIV;  c’est mĂŞme un nouvel ouvrage, avec des transformations notables comme le changement de tessiture pour le rĂ´le titre  (baryton plutĂ´t que contre tĂ©nor), surtout nouvelle structure en 5  actes, disparition des rĂ´les comiques  (mĂŞme si le suivant et confident du roi Perse a conservĂ© son caractère bouffon qui en fait un double sarcastique cynique et mordant du pouvoir), surtout intĂ©gration des ballets dans le goĂ»t français signĂ©s du proche de Louis XIV, le florentin Lulli.

 

Lille. Xerse de Cavalli dans sa version française

 

 

Le spectateur moderne peut mesurer Ă  loisirs le fossĂ© des esthĂ©tiques italienne et francaise : intercalĂ©s Ă  la fin de chaque acte, ces ballets jouĂ©s sur un autre diapason que l’orchestre vĂ©nitien tranchent nettement par leur vivacitĂ© avec la lyre si sensuelle du VĂ©nitien : dĂ©jĂ  l’affirmation de cette folle insolence crĂ©ative dont rafole le jeune monarque danseur car il le divertit. La confrontation est passionnante et souligne la forte identitĂ© des manières ici associĂ©es : en rĂ©alitĂ© plus juxtaposĂ©es que vraiment fusionnĂ©es mais qu’importe, sur le modèle importé  vĂ©nitien, Lulli prĂ©sente ses superbes et facĂ©tieux ballets : il saura puiser dans cette totalitĂ© Ă©clectique mais fascinante de 1660, les composantes de sa future tragĂ©die en musique inaugurĂ©e 13 ans  plus tard avec Cadmus  et Hermione. Emmanuelle HaĂŻm emporte ce projet ambitieux malgrĂ© la multiplicitĂ© des dĂ©fis et des contraintes techniques inouĂŻes  (faire jouer deux orchestres diapasons diffĂ©rents avec mis en espace spĂ©cifique : centralisĂ© autour de son clavecin pour le continuo vĂ©nitien,  Ă©clatĂ© en deux groupes distincts aux deux extrĂ©mitĂ©s de la fosse  (cordes Ă  jardin, flĂ»tes et hautbois Ă  cour). La chef rĂ©vèle et le profil profond du hĂ©ros trop naĂŻf et maladroit dans sa relation aux autres confrontĂ© dans le dĂ©dale d’un labyrinthe amoureux au cynisme du pouvoir associant devoir et sentiment. La torride sensualitĂ© du rĂ©citatif cavallien Ă  la quelle rĂ©pond en seconde partie  (actes IV et V) l’Ă©mergence d’airs plus fermĂ©s  (composante propre au Cavallien le plus mĂ»r) affinant davantage la solitude douloureuse de chaque protagoniste se dĂ©voilent ainsi Ă  Lille contrepointant avec le rire solennel d’un Lulli jeune  et rafraĂ®chissant. C’est un spectacle dont le cohĂ©rence convainc, dramatiquement unifiĂ© dans la rĂ©alisation du flamand  Guy Cassiers qui en plaçant l’action dans la galerie d’Apollon du Louvre son lieu de crĂ©ation originelle, rĂ©tablit un parallèle pertinent entre le destin sur scène de Xerse, son mariage de raison final  (Ă©pousant Amastre plutĂ´t  que Romida), et le mariage de Louis XIV, occasion de cette confrontation Lulli / Cavalli. La reprĂ©sentation de Xerse Ă  Paris en 1660 est d’autant plus dĂ©cisive qu’outre sa participation Ă  l’Ă©closion du  futur opĂ©ra français baroque, il s’agit aussi de la première reprĂ©sentation du souverain sur scène… de sorte que nous sommes alors Ă  l’amorce du mythe lyrique de Louis XIV ensuite gĂ©nĂ©reusement explicitĂ© et prĂ©cisĂ© dans les opĂ©ras Ă  venir de Lully devenu surintendant de la musique du Roi. Production Ă  ne pas  manquer jusqu’au  10 octobre 2015 Ă  l’OpĂ©ra de Lille.

 

 

 

 

XERSE de Cavalli 
Synopsis

xerse-cavalli-partition-presentation-opera-de-lille-classiquenewsLe Roi perse Xerse est en campagne contre la ville d’Athènes. Il stationne avec ses armĂ©es dans la ville amie d’Abydos, sur la rive orientale du dĂ©troit de l’Hellespont, juste en face de la rive grecque. L’action traitĂ©e par Cavalli et son librettiste Minato dĂ©voile la rĂ©sistance d’un seul couple amoureux Arsamene le frère du roi Xerse et la belle  d’Abydos, Romilda. Contre eux se dresse Xerse qui veut Ă©pouser l’amante de son frère, mais aussi Adelante, la soeur de Romilda qui est tombĂ©e amoureuse d’Arsamene. Heureusement survient la belle princesse de Suse, Amastre qui sous le dĂ©guisement d’un homme, entend reconquĂ©rir l’homme de son coeur, Xerse. De fait touchĂ© par la dĂ©termination d’Amastre, Xerse renonce Ă  Romilda et Ă©pouse Amastre. Le couplĂ© initial Ă©prouvĂ© Romilda / Arsamene confirmĂ©, a  vaincu. Dans la version parisienne prĂ©sentĂ©e Ă  Lille, tous les ballets de Lulli sont jouĂ©s par un orchestre diffĂ©rent (diapason diffĂ©rent) Ă  la fin de chaque acte).

 

 

 

 

 

 

 

PREMIERE PARTIE

 

 

Acte I

 

Pendant que Xerse confie Ă  l’ombre d’un platane ses Ă©tats d’âme avant l’assaut, son frère Arsamene fait sa cour Ă  une habitante d’Abydos, la belle Romilda, qui l’aime en retour. Interrompant l’entretien, Xerse, qui a seulement entendu la voix de Romilda, dĂ©cide sur le champ de l’épouser lui-mĂŞme. Le roi et son frère sont ainsi deux rivaux amoureux.

Pour Adelante, la soeur de Romilda, la passion subite du roi est une aubaine : si Xerse pouvait épouser Romilda, elle-même aurait enfin le champ libre pour se rapprocher d’Arsamene qu’elle aime en secret. Mais quand, accompagné d’Eumene son fidèle confident, Xerse vient offrir sa main et son trône à Romilda, la jeune fille le repousse fermement, fidèle à ses sentiments pour le frère du roi. Xerse use alors de son pouvoir royal pour bannir son propre frère et rival, mais Romilda demeure inflexible. La princesse du royaume de Suse, Amastre, semble une promise plus digne du Roi Xerse. C’est en tout cas ce qu’elle-même imagine : elle vient, déguisée sous des vêtements d’homme et accompagnée d’Aristone, pour tenter de faire la conquête de Xerse.

 

 

 

 

Acte II

 

Sous prétexte de gratifier ses alliés, Xerse déclare officiellement qu’il souhaite remercier la ville d’Abydos, en donnant un époux de sang royal à la jeune Romilda. S’il pense satisfaire ainsi sa nouvelle passion, la déclaration peut aussi être mal interprétée : son frère rival, Arsamene, pourrait être lui aussi un époux de lignée royale. Chacun comprenant la situation selon ses intérêts et ses sentiments, la confusion règne pour savoir qui épousera Romilda. Amastre, toujours déguisée en homme, demeure persuadée d’être toujours l’élue du roi. Arsamene confie alors à Elviro, son page, une lettre destinée à Romilda, sa bien-aimée. Les deux soeurs mettent à jour leur rivalité amoureuse et en viennent à se déclarer la guerre.

 

 

 

Acte III

 

La lettre d’Arsamene pour Romilda est interceptée par Adelanta, ce qui achève de semer la confusion. Elle l’utilise pour persuader Xerse de lui donner pour époux son frère Arsamene. Xerse y voit l’occasion de renouveler sa demande à Romilda. Forts de leurs sentiments, les deux amants Romilda et Arsamene ne cèdent pas aux propositions du roi, au risque de déclencher sa fureur et de mettre leur vie en danger.

 

 

 

 

DEUXIEME PARTIE

 

 

 

Acte IV

 

La princesse Amastre manque à plusieurs reprises d’être découverte, malgré ses habits d’homme, en tentant d’approcher Xerse. Adelanta avoue avoir menti au roi et au page Elviro, croyant bien faire… Alors que Romilda et Arsamene s’entretiennent, Xerse survient et trouble l’harmonie entre les deux amants. Il demande à Romilda sa main : celle-ci, cherchant à gagner du temps, lui répond humblement qu’il doit la demander à son père. Xerse promet à ce dernier un époux de sang royal et envoie Eumene apprêter la future reine. Devant les refus répétés de Romilda d’accepter ce titre de reine, Xerse, pris de fureur, condamne à mort son rival : son propre frère !

 

 

 

Acte IV

 

Prévenu du danger qu’il court, Arsamene retrouve Romilda et quand son père les surprend, il comprend que le royal époux promis était bien le frère du roi. Xerse, se voyant devancé, exige dans sa colère qu’Arsamene tue Romilda. C’est la princesse Amastre qui s’interpose, et le roi reconnaît enfin sous ses habits d’homme la princesse de Suse, sa promise. Ému par son courage, il consent à l’épouser et à pardonner aux deux amants, Arsamene et Romilda, avant de célébrer leur mariage.

La Ballet royal de la nuit : Louis XIV en Soleil

Louis XIV SoleilFrance Musique. Mardi 25 aoĂ»t 2015 : le Ballet royal de la nuit. Cavalli. Ercole Amante. Rossi : Orfeo. Correspondances. SĂ©bastien DaucĂ©, direction. En direct de La Chaise Dieu. Au dĂ©marrage, la production intitulĂ©e diffĂ©remment avait Ă©tĂ© crĂ©Ă©e au festival Musique et MĂ©moire, dès l’Ă©tĂ© 2013, lors de la rĂ©sidence de l’ensemble Correspondances en Haute-SaĂ´ne : Fabrice Creux directeur de Musique et MĂ©moire avait eu l’intuition juste et Ă©tonnamment visionnaire s’agissant d’un programme aujourd’hui repris dans diffĂ©rents lieux dont Ambronay et plus rĂ©cemment en ouverture du festival estival Ă  Saintes le 10 juillet dernier. A la Chaise Dieu, le spectacle s’est rodĂ©, Ă©toffĂ©, fluidifiĂ©, mais son dispositif originel a Ă©tĂ© permis grâce Ă  un accompagnement sans Ă©quivalent en France, en Haute-SaĂ´ne. A La Chaise-Dieu, devenu “le concert royal de la nuit”, le spectacle rassemble un plateau de jeunes chanteurs parmi le plus douĂ©s de l’heure (Lucile Richardot qui chante avec Les Arts Florissants ou Dagmar Saskova, mezzo incandescente formĂ©e au Centre de musique baroque de Versailles).

Louis XIV, aux origines du mythe solaire

Après la Fronde, Mazarin commande un ballet politique qui jette les fondations de la mythologie solaire de Lousi XIV

Le Soleil se lève à Paris en 1653

mazarin-portrait-par-philipep-de-champaigne-presentation-gout-de-mazarin-classiquenews-le-ballet-royal-de-la-nuit-orfeo-de-luigi-rossi-ercole-amante-de-cavalliContrairement Ă  son titre, le Ballet royal de la nuit favorise par un effet de contraste que le baroque aime cultiver, l’Ă©mergence du Soleil, et symboliquement, cĂ©lèbre l’omnipotence du Roi, le très jeune Louis XIV (qui n’a que 15 ans ; Lully q’il rencontre Ă  nouveau pour l’occasion n’en a que 21)… DĂ©but 1653, le Ballet royal de la nuit fut dansĂ© Ă  5 reprises par le jeune Dauphin, futur Louis XIV, dans la salle du Petit Bourbon au Louvre. Mazarin, revenu au pouvoir après les Ă©vĂ©nements violents de La Fronde entendait ainsi par un ballet spectaculaire, scĂ©nographiĂ© l’image du pouvoir royal, dĂ©sormais fastueux, avec en son centre, telle l’axe d’une constellation de planètes, le jeune prĂ©tendant au trĂ´ne. AssimilĂ© au Soleil, l’astre rayonnant et pilier du monde, le monarque est comme adoubĂ© par un spectacle qui cĂ©lèbre sa toute puissance. Mettre en scène la royautĂ© est le dessein de Mazarin, repris et amplifiĂ© après lui par le Roi-Soleil lui-mĂŞme. Le ballet royal de la nuit exprime donc une prise de conscience du politique et aussi la maturation de l’image royale, la prĂ©cision d’un nouvel imaginaire qui sert la propagande monarchique. Le Ballet qui est ici conçu pour la première fois comme un spectacle théâtral, avec vue frontale (et non plus dans un dispositif circulaire, au milieu de l’arène), opère ce changement esthĂ©tique et sociĂ©tal majeur : car tous les nobles comme le roi, dansent dans un spectacle codifiĂ© qui rĂ©tablit l’ordre hiĂ©rarchique voulu par le Roi et le Cardinal, soumettre les anciens frondeurs en les valorisant dans un protocole et une Ă©tiquette qui en vĂ©ritĂ© les tient en laisse. Toute la symbolique nocturne et crĂ©pusculaire du Ballet, son argument et l’enchaĂ®nement des 4 sĂ©quences (ou “veilles”) avec grand ballet final, cĂ©lèbre le lever du soleil, c’est Ă  dire, l’avènement du jeune roi. L’aurore sur son char dĂ©clare : “Le Soleil qui me suit, c’est le jeune Louis”, on ne saurait ĂŞtre plus clair.
lully_gravure_450CommandĂ© par Mazarin, le Ballet sert habilement son objectif politique tout en satisfaisant Ă  l’art poĂ©tique (vers de Benserade), chorĂ©graphique, dramatique, musical. Spectacle total avant l’opĂ©ra proprement dit (tragĂ©die en musique inventĂ©e par Jean-Baptiste Lully en 1673, soit 20 ans plus tard), le Ballet aborde tous les genres expressifs (dĂ©lirant, fantasque, comique, burlesque…) y compris satirique car les allusions aux dĂ©fauts physiques ou travers de ceux qui les disent ou paraissent alors quand ils sont lus ou dĂ©clamĂ©s, ne manquent pas. Preuve que la moquerie cynique faisait dĂ©jĂ  bonne figure : les grands y sont Ă©pinglĂ©s sans mĂ©nagement.
Louis XIV jeuneMazarin fut Ă©duquĂ© Ă  Rome au gĂ´ut des Barberini ses protecteurs ; dans leur palais romain, le futur cardinal, affine son goĂ»t pour l’oratorio et l’opĂ©ra, autant de spectacles qu’il ne cessera d’acclimater Ă  Paris pour assoir davantage le pouvoir de Louis XIV. Les genres connus y sont finement associĂ©s comme une synthèse de tout ce que connaissait le Cardinal et qu’il dĂ©sirait voir dans le Ballet, en un seul spectacle. La richesse, les effets mĂŞlĂ©s (emprunts Ă  la mythologie, la comĂ©die des Italiens dans la seconde veille…), tout souligne la nature supĂ©rieure du Roi et prĂ©pare au sacre qui suit. Les futurs opĂ©ras de Lully, dans leur prologue, cĂ©lèbreront encore la nature divine du Souverain, l’apport miraculeux de ses actions…
Aujourd’hui le Ballet nous est connu grâce Ă  l’unique copie rĂ©alisĂ©e par Philidor (77 danses au total), mais lacunaire car le copiste ne prĂ©cise qu’un partie instrumentale/musicale, celle du violon (premier dessus). A l’interprète moderne, le dĂ©fi de reconstituer les parties manquantes pour prĂ©server l’unitĂ© de l’architecture globale et aussi le raffinement de l’exĂ©cution.

 

 

Rossi et Cavalli

 

 

louis-XIV-danseur-ballet-royal-de-la-nuit-le-roi-soleil-aurore-et-naissance-du-mythe-royal-solaire-Paris-theatre-du-petit-bourbon-fevrier-1653-CLASSIQUENEWS-dossier-presentation

 

 

Mazarin-mignardCorrespondances a choisi non pas de reconstituer le Ballet seul (51 danses originelles ont Ă©tĂ© prĂ©servĂ©es), entreprise difficile sans connaĂ®tre le dĂ©roulement prĂ©cis et les composantes prĂ©cises du faste originel. Les textes de Benserade et les danses françaises sont donc ici associĂ©es Ă  l’opĂ©ra italien, tel qu’il fut favorisĂ© par Mazarin lui-mĂŞme (portrait ci contre par Philippe de Champaigne) : extraits des fameux et lĂ©gendaires Orfeo de Luigi Rossi et Ercole Amante de Cavalli, tous deux, ouvrages commandĂ©s et conçus pour la Cour de France et jouĂ©s Ă  Paris, respectivement en 1647 puis 1662. En constituant l’ordinaire culturel de la Cour entre Italie et France, les composantes mĂŞmes du goĂ»t que Mazarin transmet Ă  Louis XIV, (ci dessus en danseur, apparaissant en Soleil dans le Ballet royal de la nuit, fĂ©vrier 1653), la combinaison fonctionne ainsi idĂ©alement. Du Ballet de la Nuit Ă  Cavalli, le drame emprunte les mĂŞmes rĂ©fĂ©rences, mythologiques bien sĂ»r puisque dans la seconde veille, oĂą la comĂ©die muette voit les italiens parodier la tragĂ©die d’Alcmène, laquelle violĂ©e par Jupiter, enfante… Hercule. Ce dernier, hĂ©ros central de l’opĂ©ra du vĂ©nitien Cavalli lequel met en scène les mĂŞmes figures et allĂ©gories prĂ©sentes dans le Ballet de 1653 : la Lune, VĂ©nus, les Grâces, le sommeil…
LĂ©guĂ© par Louis XIII, le ballet de cour est ainsi magnifiĂ© sous l’adolescence de Louis XIV et fixe dĂ©jĂ  l’imaginaire et la mythologie solaire du plus grand roi de l’univers…

 

 

 

 

déroulement

 

Première veille : La Nuit
Les heures, chasseur, paysans, Ă©gyptiens, boutiques

Seconde veille : Vénus et les Grâces
Vénus, les 3 Grâces, les italiens et Cintia (chanté en italien)

Troisième veille : Hercule amoureux
La lune, Endimion, Hercule, Vénus et les Grâces, Junon, sacrificateurs, loups garous et sorcières, Déjanire

Quatrième veille : Orphée
Le sommeil, le silence, le dieu des songes, Eurydice, Apollon et les Dryades

Grand Ballet : le Soleil
rĂ©cit de l’Aurore, choeur des planètes, duo d’Hercule et de la BeautĂ©

 

 

 

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Mardi 25 aoĂ»t 2015: le Ballet royal de la nuit, Ercole Amante, Orfeo. Correspondances. SĂ©bastien DaucĂ©, direction. En direct de La Chaise Dieu. Le Ballet de cour sous Louis XIII, dansĂ© par le jeune Dauphin futur Louis XIV, âgĂ© de 15 ans, magnifiĂ© par le goĂ»t du mĂ©cène commanditaire de l’oeuvre, Mazarin (Paris, 1653).

Festival Les VĂ©nitiens Ă  Paris 2014

Paris, festival Les VĂ©nitiens Ă  Paris, les 26, 28 mars 2014. Venise perle de l’âge baroque, ayant crĂ©Ă© dans la lagune, l’opĂ©ra, la cantate, le concerto devait forcĂ©ment influencer au delĂ  de toute espĂ©rance la culture française.  Ce fut dĂ©jĂ  le cas au XVIè siècle quand les peintres Titien, VĂ©ronèse, Tintoret diffusaient partout en Europe leur raffinement et leur sens inĂ©galĂ© de la couleur… Le XVIIème n’est pas en reste … Ainsi Ă  l’initiative de Mazarin, Paris accueille une colonie d’artistes italiens, en particulier vĂ©nitiens, entre 1645 et 1662 : Cavalli, Torelli et Balbi, entre autres, sans omettre le plus grand compositeur de l’heure après Monteverdi, Francesco Cavalli. Il ne s’agit pas simplement du nouvel Ă©pisode d’une mode fugace mais bien d’un Ă©change dĂ©cisif qui marque dĂ©finitivement l’imaginaire du futur Louis XIV : pour son mariage, prend visage aux Tuileries l’opĂ©ra vĂ©nitien de Cavalli avec ses ballets et ses machineries. Jamais plus l’art français ne sera le mĂŞme : les nouveautĂ©s de l’art vĂ©nitien favorise l’essor des arts en France. Les français apprennent un style, un mĂ©tier, une science des arts de la scène… apprentissage utile pour que naisse l’opĂ©ra français dix annĂ©es plus tard.

 

 

concert 28 marsLe nouveau festival Les Vénitiens à Paris raconte cette histoire flamboyante d’un échange permanent entre français et italiens, et plus précisément entre la Cité des doges et la Cour de France. Versailles, ses fontaines, ses miroirs d’eau, son grand canal adaptent l’idée d’une cité sur l’eau ; les cimaises des salons d’apparat des Grands Appartements comportent de nombreuses toiles de Véronèse et le dessin de la Chapelle royale reprend des motifs palladiens.  En deux concerts et une journée d’étude sur le thème des Vénitiens à Paris, le nouveau festival évoque la richesse de la source vénitienne à laquelle les auteurs français se sont s’abreuvés.  Il s’agit d’évoquer le 26 mars 2014 en un programme de musique sacrée les concerts hebdomadaires de Saint-André-des-Arts dans les années 1650, fondés par le curé Mathieu qui avait séjourné à Rome et décidé de faire chanter la musique italienne chaque semaine dans son église à Paris.
Le 28 mars, place à l’opéra vénitien, une pratique spécifique de la vocalità où la conception dramatique et la place des machineries occupent le premier rang (extraits des premiers opéras donnés à Paris : La Finta Pazza de Sacrati, l’Orfeo de Rossi, Xerse et Ercole amante de Cavalli). Le 28 mars également, une journée d’étude à l’Institut culturel italien, rassemble les chercheurs spécialisés sur la question des Vénitiens à Paris.

Passion Paris Venise
. L’opéra vénitien est à l’origine de l’opéra baroque français. Dès 1643, l’œuvre de Mazarin vise à importer et assimiler l’opéra italien à Paris. Comme François Ier, protecteur de Leonardo da Vinci qu’il fait venir en France, le cardinal ne cesse de puiser dans l’art italien, les germes de l’art français.
Les fastes du spectacle lyrique ses machineries et bientôt ses ballets spécifiques sont le meilleur véhicule pour diffuser la suprématie du pouvoir monarchique français. Les Vénitiens Balbi, Torelli, Sacrati, Cavalli et, indirectement, la leçon de Claudio Monteverdi, le plus grand créateur d’opéras à Venise (Le Couronnement de Poppée, Le retour d’Ulysse dans sa patrie-), inspirent les auteurs français.
La couronne de France depuis Henri IV est liée au raffinement de la culture italienne en avance sur les autres nations depuis la Renaissance florentine. Déjà, justement pour ses noces avec Marie de Medicis à Florence, Henri IV en 1600 assiste aux premières formes de l’opéra italien encore embryonnaire : les Euridice de Peri et de Caccini. œuvres de divertissement, pas encore drames lyriques cohérents.  Convaincu, le roi Bourbon invite Caccini en France et témoin, Descartes écrit  en 1618 : « la musique n’a plus pour finalité de refléter l’harmonie de la création, mais bien de plaire et d’émouvoir en nous des passions variées » rapporte Olivier Lexa, initiateur du festival Les Vénitiens à Paris.
Chanteur dans l’opéra Saint-Ignace de Kapsberger à Rome en 1622, le jeune Mazarin s’initie très tôt et de l’intérieur à l’art lyrique. Il en comprend les possibilités de propagande au service des grands. En 1639, le politique organise la production d’un opéra à l’ambassade de France à Rome dédié à Richelieu, louant les qualités de Louis XIII. Devenu premier ministre en 1643, Mazarin ne cesse d’organiser des spectacles d’opéras et de musique italienne à Paris à la gloire de la monarchie française.

 

 

Paris à l’heure vénitienne

Mazarin

Mazarin invite à Paris Leonora Baroni,  soprano italienne réputée, le castrat Atto Melani acteur des fêtes royales françaises et aussi diplomate. En mars 1645, Nicandro e Fileno de Marazzoli est représenté au Palais Royal. Puis arrivent les vénitiens, créateurs du spectacle vénitien d’opéra : le chorégraphe et metteur en scène Balbi, l’ingénieur machiniste et grand sorcier de la scène, Torelli. Ainsi, de dernier aménage le Théâtre du Petit Bourbon en octobre 1645 pour y donner l’opéra La Finta Pazza, du vénitien Sacrati. Grand succès.

Les opéras de Sacrati, Monteverdi, Rossi à Paris. En février 1646, l’Egisto de Mazzocchi et Marazzoli est donné devant un cénacle restreint, en présence d’Antonio Barberini exilé à Paris avec son secrétaire l’abbé Francesco Buti. Sur la demande de Mazarin, leur ancien secrétaire à Rome, les Barberini font venir à Paris le castrat Marc’Antonio Pasqualini et Luigi Rossi. Buti assure le recrutement des musiciens : une troupe italienne s’installe à Paris en janvier 1647. Elle donne L’Incoronazione di Poppea de Monteverdi à Paris, puis l’Orfeo de Luigi Rossi, le 2 mars 1647 au Palais Royal. Outre la musique, les création visuelles de Balbi et les machines de Torelli font sensation. En avril suivant, Le Nozze di Peleo e di Teti de Sacrati (livret de Buti) où paraît déjà le futur Louis XIV, incarnant l’éternité du politique est représenté.

Après la Fronde (février 1653), Mazarin veut consolider le pouvoir royal si outrageusement contesté. Le Cardinal renforce l’éclat et le raffinement des ballets et spectacles de cour pour affirmer la santé de la monarchie. Le ballet de la nuit réalisé par Torelli, est donné le 23 février 1653 au Petit Bourbon. Le jeune dauphin futur Louis XIV danse en costume du Soleil : tout un symbole politique est né alors. Le florentin Lulli devient le compositeur de la musique instrumentale de la Chambre. Jusqu’en 1660, Lully ne cesse de prendre de l’importance en concevant les ballets de cour.  Mais l’apothéose de la politique artistique proitalienne de Mazarin se concrétise pour le mariage de Louis XIV avec l’Infante d’Espagne après la Paix des Pyrénées (9 juin 1659). Buti coordonne les travaux pour une immense machinerie dans le palais des Tuileries afin d’y donner un nouvel opéra …. vénitien. A l’œuvre, les italiens Gaspare, Lodovico et Carlo Vigarini imaginent une salle d’une ampleur inédite (7000 personnes) dont le chantier prenant du retard, s’achèvera en 1662.
Pour le mariage de Louis XIV, Mazarin invite l’immense Francesco Cavalli qui arrive à Paris en juillet 1660. Le plus grand compositeur vénitien après Monteverdi (son maître) avait donné un Te Deum à la basilique San Marco pour célébrer la Paix des Pyrénées. La machinerie des Tuileries n’étant pas prête pour un nouvel opéra, on donne un ancien ouvrage de Cavalli, Xerse, dans la galerie de peintures au Louvre, le 22 novembre 1660.

 

 

 

Concert 26 marsErcole Amante de Cavalli : la source de l’opéra de Louis XIV. Mazarin meurt le 9 mars 1661. Son grand  œuvre se réalise postmortem le 7 février 1662, dans l’écrin achevé de la Salle des Tuileries : Cavalli peut y voir son nouvel opéra spécialement conçu pour la Cour française : Ercole Amante. Le thème d’Hercule est un autre symbole du Roi de France (voir la galerie d’Hercule de l’Hôtel Lambert) : Louis XIV paraît au cours du spectacle grâces aux ballets complémentaires de Lully (Pluton, Mars, Soleil).  Dans son opéra, Cavalli prolonge le cynisme poétique du Couronnement de Poppée de Monteverdi où la figure de Néron inspire un portait particulièrement satirique et mordant des auteurs (Monteverdi et Busenello). Dix ans plus tard, à la source de cet opéra des origines, Lully allait donner enfin à la cour de France, la forme lyrique qu’elle attendait :  «  Ercole annonce ainsi la création de la tragédie lyrique française, qui à partir de Cadmus et Hermione de Lully en 1673, empruntera à l’opéra vénitien sa machinerie, son art du récit, l’emploi des ritournelles, les lamenti, les sommeils, les scènes infernales et autres tonnerres… « , précise encore Olivier Lexa.

Pour mesurer l’impact de la musique vénitienne à Paris au XVIIème siècle, le festival Les Vénitiens à Paris offre en deux concerts l’occasion de redécouvrir ce style vénitien qu’admirait tant Mazarin de son vivant.

 

 

agenda du festival Les VĂ©nitiens Ă  Paris : 2 concerts, 1 journĂ©e d’Ă©tude

Les VĂ©nitiens Ă  Paris

 

 

Mercredi 26 mars, 20h,
Eglise des Blancs Manteaux, Paris 4e
Ensemble Correspondances – Solistes, chĹ“ur et orchestre
Sébastien Daucé, clavecin, orgue & direction
« Le grand rĂ©pertoire sacré » : Ĺ“uvres de Monteverdi – Legrenzi - Lotti - Caldara – Melani – Giamberti – Charpentier

 
Vendredi 28 mars, 20h30,
Eglise Saint-Germain-l’Auxerrois, Paris 1er
La Cappella Mediterranea – Mariana Flores et Anna Reinhold, sopranos
Leonardo Garcìa Alarcòn, clavecin, orgue & direction
« Les opĂ©ras italiens Ă  la cour de France » :  Cavalli – Rossi – Sacrati

Vendredi 28 mars, 10h-18h, Institut culturel italien, Paris 7e
Journée d’étude « Les Vénitiens à Paris »

 

 

 

Festival Monteverdi Vivaldi 2014
Olivier Lexa et le Centre de musique baroque vénitien (www.vcbm.it) produisent aussi à Venise, un festival de musique baroque vénitienne chaque année, intitulée festival Monteverdi Vivaldi… prochaine édition, du 4 juillet au 4 octobre prochain à Venise, avec Jordi Savall et Hesperion XXI, Paul Agnew et Les Arts Florissants, Rinaldo Alessandrini, Leonardo Garcia Alarcon et La Cappella Mediterranea, Vivica Genaux et le Vox Ensemble, Marc Mauillon, etc. Programme détaillé disponible en mars 2014, sur le site du Centre vénitien : www.cvbm.it.

 

 

Illustration : Mazarin et sa collection de sculptures antiques Ă  Paris (DR)