Compte rendu, opéra. Lille. Opéra de Lille, le 4 octobre 2015. Cavalli / Lully : Xerse (version Parisienne, en italien 1660). Ugo Guagliardo, Emöke Barath, Pascal Bertin, Emmanuelle de Negri… Le Concert d’Astrée, orchestre. Emmanuelle Haïm, direction. Guy Cassiers, mise en scène.

xerse cavalli paris 1660 opera de lille le roi et l'Infante Amastre et Xerse se marient clip video classiquenewsSéjour baroque à l’Opéra de Lille avec une nouvelle production du rare Xerse de Cavalli (1660), dans une version hybride en langue italienne incluant la musique des ballets composée par Lully à l’occasion de sa reprise parisienne en 1660 ! Un événement d’exception qui compte avec le Concert d’Astrée dirigé par Emmanuelle Haïm dans la meilleure des formes et une sympathique distribution des chanteurs-acteurs. La mise en scène est signée Guy Cassiers. Francesco Cavalli est le plus distingué représentant de l’opéra vénitien au 17ème siècle et le digne successeur de Monteverdi. Ses opéras étaient si célèbres que le cardinal Mazarin l’invite en France pour une nouvelle commande à l’occasion du mariage du jeune Louis XIV. Péripéties et vicissitudes font que le nouvel opéra ne voit jamais le jour. Cavalli présente alors un ancien opéra, Xerse datant de 1655 et se voit obligé d’adapter le livret et la dramaturgie pour inclure la musique des ballets obligatoires de Lulli, florentin, futur père de la musique française. Si l’oeuvre est donc « adaptée » au goût français de l’époque, la reprise audacieuse de l’Opéra de Lille en coproduction avec le CMBV et le Théâtre de Caen, mérite évidemment d’être réalisée, rendant opportune une évaluation du goût de Mazarin à l’époque du mariage de Louis XIV.

« La beauté est un don fugace… »

Guy Cassiers décide de transposer l’action à l’endroit de la première, la Petite Galerie du Musée du Louvre (actuelle Galerie d’Apollon). Remarquons les décors astucieux de Tim Van Steenbergen, qui signe également les costumes, sympathiques mais peu mémorables. La décision paraîtra donc tout aussi intelligente que les décors, tenant en compte les spécificités et longueurs des livrets baroques. Or, le résultat n’est ni solennel ni comique, ni tragique, ni particulièrement touchant. Les chanteurs font preuve d’un travail d’acteur soigné, avec un clair penchant pour un certain expressionnisme qui touche le mélodrame, dans le sens moins noble du terme. Or, l’intention sérieuse avec un texte qui malgré les adaptations reste plus comique que tragique, est quelque peu discordante. Rien de grave, mais rien d’exceptionnel non plus. De bons chanteurs extrêmement investis d’un point de vue dramatique et théâtral racontent des blagues en vers et en font pleurer, mais pas grâce à une affectation quelconque évoquée mais par l’incongruence qui touche le ridicule. On dirait que le metteur en scène avait des impératives concernant le ton de l’œuvre, et qu’il a essayé son mieux de s’adapter aux exigences des commandeurs. Une approche qui n’est pas sans qualités mais qui demeure peu efficace. Des bons efforts tout à fait louables.

xerse_01La performance des chanteurs l’est aussi. La distribution est très solide et à l’investissement théâtral indéniable se joignent des voix saines et quelques personnalités musicales se distinguent. Xerse, le Roi Perse aux amours contrariés est interprété par Ugo Guagliardo avec panache. Il a une certaine prestance qui sert superbement le personnage, même si le rôle est plutôt ingrat voire ridicule. S’il ne réussit pas à effrayer par sa fureur, en l’occurrence plutôt comique, il est agréable à l’ouïe et aux yeux, avec un beau timbre. Ce trait, il le partage avec la Romilda d’Emöke Barath, qui nous impressionne dès son entrée par un phrasé soigné tout à fait délicieux ! L’Arsamene de Tim Mead commence avec un « Va te barbaro ! » plein de brio, mais sa performance est inégale. L’Elviro de Pascal Bertin est excellent, peut-être le seul à exploiter la farce inhérente à l’oeuvre mais que l’équipe artistique paraît vouloir éviter à tout prix. Il contrôle sa voix de façon réussie et amuse l’auditoire pour des bonnes raisons. L’Amastre d’Emmanuelle de Negri est réussie. Outre ses qualités vocales et son art de l’articulation, la soprano est très convaincante dans le rôle travesti. Nous remarquerons également les performances d’Emiliano Gonzales Toro, malin et vivace en Eumène ; d’un Carlo Allemano, un Ariodate à la voix imposante (airs de triomphes d’un caractère héroïque) ; ou encore celles de Camille Poul, très touchante en confidente de Romilda, et Frédéric Caton, Aristone de belle déclamation.

Puisque qui dit Lully, dit danse, nous avons droit à une compagnie de danse (Leda) dont les danseurs masculins décorent les intermèdes de ballet du maître baroque… Un autre effort qui paraît bon, mais qui nous laisse surtout perplexes. La chorégraphie a un je ne sais quoi d’extrêmement amateur, ni narrative ni vraiment abstraite. Elle ne raconte absolument rien, et n’ajoute rien à l’œuvre. Au contraire, elle nuit à notre avis à l’intelligibilité de l’action. Un souvenir que nous oublierons vite. Il y a heureusement la performance, elle, inoubliable, du fabuleux Concert d’Astrée sous la direction non moins fabuleuse d’Emmanuelle Haïm. La plus grande réussite de la soirée et la seule raison d’être de cette production. L’orchestre se montre vraiment maître du langage, et cavallien et lullyste, et vénitien et français donc, avec ses affects bien contrastés, le continuo intelligent et sensible de Haïm, et une complicité indéniable avec le plateau. Vivacité, brio, amour et humour sont tous au rendez-vous grâce à la baguette magique de la chef !

Compte rendu, opéra. Lille. Opéra de Lille, le 4 octobre 2015. Cavalli / Lully : Xerse (version Parisienne, en italien 1660). Ugo Guagliardo, Emöke Barath, Pascal Bertin, Emmanuelle de Negri… Le Concert d’Astrée, orchestre. Emmanuelle Haïm, direction. Guy Cassiers, mise en scène.

VIDEO, clip. Xerse de Cavalli à l’Opéra de Lille

Cavalli_francesco20150210170938VIDEO, clip. Xerse de Francesco Cavalli à l’Opéra de Lille, jusqu’au 10 octobre 2015. Mazarin règne encore sur le goût officiel et le jeune Louis XIV s’apprête à régner en maître absolu. La France apprend le raffinement de l’Italie. Pour ses noces avec l’infante d’Espagne, le jeune Louis découvre l’opéra vénitien au Louvre en novembre 1660 : Mazarin a invité Cavalli qui reprend son Xerse, mais adapté au goût français : le rôle titre n’est pas chanté par un castrat mais un baryton, l’action débarassée de ses facettes comiques est restructurée en 5 actes et surtout Lulli enchâsse la sensualité italienne de ses ballets d’une facétieuse invention. A la fin de l’action, comme Louis XIV et L’Infante marie-Thérèse, Xerse et Amastre se marient : mariage de raison pour un lieto finale que les ballets de Lulli subliment par leur insolence facétieuse. Voici Xerse, dans sa version parisienne, sous la direction d’Emmanuelle Haïm à l’Opéra de Lille, jusqu’au 10 octobre 2015. CLIP VIDEO © studio CLASSIQUENEWS.TV

Lille, Opéra
Xerse de Cavalli
5 représentations
Du 2 au 10 octobre 2015
Nouvelle production
Emmanuelle Haïm, direction
Guy Cassiers, mise en scène
Maud Le Pladec, chorégraphie

Musique de Francesco Cavalli (1602-1676)
Livret de Nicola Minato (revu par Francesco Buti)
Ballets – Musique de Jean-Baptiste Lully (1632-1687)

Direction musicale: Emmanuelle Haïm
Mise en scène: Guy Cassiers
Décors et costumes: Tim Van Steenbergen
Chorégraphie: Maud Le Pladec
Vidéo: Frederik Jassogne
Lumières: Maarten Warmerdam
Dramaturgie: Willem Bruls
Conseillère musicologique: Barbara Nestola

Avec
Xerse: Ugo Guagliardo
Arsamene: Tim Mead
Ariodate: Carlo Allemano
Romilda: Emöke Barath
Adelanta: Camille Poul
Eumene Emiliano: Gonzalez Toro
Elviro: Pascal Bertin
Amastre: Emmanuelle de Negri
Aristone: Frédéric Caton
Le Gardien: Pierre-Guy Cluzeau (figurant)

Le Concert d’Astrée
Compagnie Leda

VOIR aussi notre grand reportage sur l’atelier vocal dédié à l’interprétation du récitatif dans l’opéra français et italien du XVIIème siècle

LIRE aussi notre présentation complète de Xerse de Cavalli à l’Opéra de Lille
 

xerse-cavalli-opera-de-lille-lamento-acte-V-cilp-video-classiquenews

 

Xerse qui incarne le roi sur la scène, se lamente au V, inconsolable d’avoir été écarté par celle qu’il aime, Romilda (laquelle lui préfère son frère Arsamene)

Illustrations : photographies © studio CLASSIQUENEWS 2015

Nouveau Xerse de Cavalli à Lille

Cavalli_francescoLille, Opéra. Cavalli: Xerse. Du 2 au 10 octobre 2015. Xerse de Cavalli démontre l’ampleur du génie cavallien, capable de solennité, de raffinement, de sensualité mais aussi de surenchère (mesurée) dans la fusion des registres poétiques : comique, tragique et pathétique. L’héroïsme y convoite le cynisme et la comédie aime jouer des quiproquos voire des travestissements trompeurs d’une délicieuse confusion. On la compris : Cavalli, digne disciple de Monteverdi avec Cesti poursuit l’âge d’or de l’opéra vénitien : c’est d’ailleurs à sa source que naîtra en 1673, l’opéra français grâce au génie assimilateur de Lulli. Xerse, opéra historique d’après Hérodote, fait suite aux opéras de maturité propre aux années 1640… tels Didone (1641), Egisto (1643), L’Ormindo (1644), La Doriclea (1645) surtout le mythique Giasone de 1649 qui prélude à l’accomplissement esthétique des années 1650 dont fait partie et de façon éclatante voire spectaculaire Xerse, composé comme Erismena et La Statira en 1655. Année féconde qui poursuit la poétique multiple et furieusement sensuelle de La Calisto (1651). Tous ces ouvrages ont été jadis dévoilés par René Jacobs, défricheur visionnaire s’il en est, que les nouveaux champions de l’approche baroqueuse entendent poursuivre aujourd’hui ; ainsi l’argentin Leonardo Garcia Alarcon et son épouse, Mariana Flores (lire notre annonce du coffret Héroïnes cavaliennes édité chez Ricercar en septembre 2015, réalisation CLIC de classiquenews). L’ouvrage a été joué devant la Cour de France à l’initiative de Mazarin, amateur d’opéra italien. Le commanditaire soucieux de plaire à l’audience française, commande aussi des ballets au jeune Lulli.

Venise ressuscite les opéras de Cavalli

 

 

L’opéra vénitien à Paris (1660)

 

Déjà avant Ercole Amante, nouvel ouvrage composé pour le mariage du jeune Dauphin futur Louis XIV, Xerse est un opéra de Cavalli présenté devant la Cour de France. L’ouvrage a été composé en 1654 et donc reprise à Paris en 1660, soit 6 années après sa création vénitienne, dans la Galerie d’Apollon du Louvre. Comment la figure du roi de Perse, qui entend vaincre et soumettre Athènes inspire-t-elle les acteurs de cette nouvelle production ? Réponse le 2 puis jusqu’au 10 octobre 2015.
Le livret signé de Nicolo Minato renforce la puissante imagination théâtrale de Cavalli : Minato a écrit pour Cavalli pas moins de 8 drames musicaux : Orimonte, Xerse, Artemisia, L’Antioco, Elena -récemment révélé au festival d’Aix 2013 et sujet d’un somptueux dvd édité chez Ricercar-, Scipione l’Africano, Mutio Scevola, Pompeo Magno. S’il est surtout inspiré par l’Histoire (et les chroniques d’Hérodote), Minato, qui succède au premier librettiste de Cavalli (Faustini décédé en 1651), ne partage pas la même conscience littéraire que l’inégalable Busenello, librettiste de Moneverdi et pour Cavalli de Didone, Giulio Cesare, Statira). Minato est surtout un dilettante, avocat de son métier qui flatte surtout l’ouïe des spectateurs moins stimule leur intellect. Avec le temps, Minato privilégie surtout les airs et les formes formées, plutôt que ce recitatif libre et ample, proche de la parole qui avait fini par lasser le public vénitien. Ses héros à l’inverse de l’effeminato pervers passionné Nerone ou Giasone, affirme une maîtrise des passions nouvelle, qui augure de l’esthétique métastasienne au siècle suivant, celle du héros vertueux et moral, clément et compatissant. En 1669, Minato rejoint la Cour de Vienne pour y écrire encore plus de 20 livrets. Trait propre à Cavalli et sa sensibilité spécifique pour exprimer les passions humaines, le profil d’Adelante s’affirme aux côtés du héros vainqueur et conquérant : la jeune femme y développe une langueur émotionnelle irrésistible en soupirant à l’évocation de celui qu’elle aime sans retour, Arsamène, le frère de Xerse… (Acte II, scène 18). C’est elle qui incarne les vertiges d’un cÅ“ur impuissant et douloureux : ses airs sont les plus désespérés et le plus sensuels, quand triomphe déterminés et fidèles l’un à l’autre, Romida et Arsamène, le couple des amants inséparables. Face à ce modèle amoureux, le roi lui-même s’infléchit et de raison épouse celle qui lui est fidèle, Amastre.

René Jacobs l’avait enregistré en 1985 en un album aujourd’hui non réédité. Xerse de Cavalli a marqué l’histoire  de l’opéra en France : Mazarin en demande une reprise à Paris pour le mariage du jeune Dauphin, le futur Louis XIV en 1660. Devant la Cour de France, l’ouvrage est réécrit et adapté au goût français : le rôle titre n’est plus chanté par un castrat mais une voix virile, telle que l’aime l’audience gauloise : un baryton. Car le héros de l’action c’est évidemment le Roi.

 

 

 

Lille, Opéra
Xerse de Cavalli
5 représentations
Du 2 au 10 octobre 2015
Nouvelle production
Emmanuelle Haïm, direction
Guy Cassiers, mise en scène
Maud Le Pladec, chorégraphie

Musique de Francesco Cavalli (1602-1676)
Livret de Nicola Minato (revu par Francesco Buti)
Ballets – Musique de Jean-Baptiste Lully (1632-1687)

Direction musicale: Emmanuelle Haïm
Mise en scène: Guy Cassiers
Décors et costumes: Tim Van Steenbergen
Chorégraphie: Maud Le Pladec
Vidéo: Frederik Jassogne
Lumières: Maarten Warmerdam
Dramaturgie: Willem Bruls
Conseillère musicologique: Barbara Nestola

Avec
Xerse: Ugo Guagliardo
Arsamene: Tim Mead
Ariodate: Carlo Allemano
Romilda: Emöke Barath
Adelanta: Camille Poul
Eumene Emiliano: Gonzalez Toro
Elviro: Pascal Bertin
Amastre: Emmanuelle de Negri
Aristone: Frédéric Caton
Le Gardien: Pierre-Guy Cluzeau (figurant)

Le Concert d’Astrée
Compagnie Leda

VOIR aussi notre grand reportage sur l’atelier vocal dédié à l’interprétation du récitatif dans l’opéra français et italien du XVIIème siècle

 

Xerse version 1660 à l’Opéra de Lille. 

Ce que nous pensons de la production. C’est un vrai défi de jouer la reprise de Xerse à Paris. L’ouvrage vénitien de Cavalli créé à Venise en 1654 est un tout autre opéra adapté  et reformaté au goût français quand il est joué au Louvre en 1660 pour le mariage du jeune Louis XIV;  c’est même un nouvel ouvrage, avec des transformations notables comme le changement de tessiture pour le rôle titre  (baryton plutôt que contre ténor), surtout nouvelle structure en 5  actes, disparition des rôles comiques  (même si le suivant et confident du roi Perse a conservé son caractère bouffon qui en fait un double sarcastique cynique et mordant du pouvoir), surtout intégration des ballets dans le goût français signés du proche de Louis XIV, le florentin Lulli.

 

Lille. Xerse de Cavalli dans sa version française

 

 

Le spectateur moderne peut mesurer à loisirs le fossé des esthétiques italienne et francaise : intercalés à la fin de chaque acte, ces ballets joués sur un autre diapason que l’orchestre vénitien tranchent nettement par leur vivacité avec la lyre si sensuelle du Vénitien : déjà l’affirmation de cette folle insolence créative dont rafole le jeune monarque danseur car il le divertit. La confrontation est passionnante et souligne la forte identité des manières ici associées : en réalité plus juxtaposées que vraiment fusionnées mais qu’importe, sur le modèle importé  vénitien, Lulli présente ses superbes et facétieux ballets : il saura puiser dans cette totalité éclectique mais fascinante de 1660, les composantes de sa future tragédie en musique inaugurée 13 ans  plus tard avec Cadmus  et Hermione. Emmanuelle Haïm emporte ce projet ambitieux malgré la multiplicité des défis et des contraintes techniques inouïes  (faire jouer deux orchestres diapasons différents avec mis en espace spécifique : centralisé autour de son clavecin pour le continuo vénitien,  éclaté en deux groupes distincts aux deux extrémités de la fosse  (cordes à jardin, flûtes et hautbois à cour). La chef révèle et le profil profond du héros trop naïf et maladroit dans sa relation aux autres confronté dans le dédale d’un labyrinthe amoureux au cynisme du pouvoir associant devoir et sentiment. La torride sensualité du récitatif cavallien à la quelle répond en seconde partie  (actes IV et V) l’émergence d’airs plus fermés  (composante propre au Cavallien le plus mûr) affinant davantage la solitude douloureuse de chaque protagoniste se dévoilent ainsi à Lille contrepointant avec le rire solennel d’un Lulli jeune  et rafraîchissant. C’est un spectacle dont le cohérence convainc, dramatiquement unifié dans la réalisation du flamand  Guy Cassiers qui en plaçant l’action dans la galerie d’Apollon du Louvre son lieu de création originelle, rétablit un parallèle pertinent entre le destin sur scène de Xerse, son mariage de raison final  (épousant Amastre plutôt  que Romida), et le mariage de Louis XIV, occasion de cette confrontation Lulli / Cavalli. La représentation de Xerse à Paris en 1660 est d’autant plus décisive qu’outre sa participation à l’éclosion du  futur opéra français baroque, il s’agit aussi de la première représentation du souverain sur scène… de sorte que nous sommes alors à l’amorce du mythe lyrique de Louis XIV ensuite généreusement explicité et précisé dans les opéras à venir de Lully devenu surintendant de la musique du Roi. Production à ne pas  manquer jusqu’au  10 octobre 2015 à l’Opéra de Lille.

 

 

 

 

XERSE de Cavalli 
Synopsis

xerse-cavalli-partition-presentation-opera-de-lille-classiquenewsLe Roi perse Xerse est en campagne contre la ville d’Athènes. Il stationne avec ses armées dans la ville amie d’Abydos, sur la rive orientale du détroit de l’Hellespont, juste en face de la rive grecque. L’action traitée par Cavalli et son librettiste Minato dévoile la résistance d’un seul couple amoureux Arsamene le frère du roi Xerse et la belle  d’Abydos, Romilda. Contre eux se dresse Xerse qui veut épouser l’amante de son frère, mais aussi Adelante, la soeur de Romilda qui est tombée amoureuse d’Arsamene. Heureusement survient la belle princesse de Suse, Amastre qui sous le déguisement d’un homme, entend reconquérir l’homme de son coeur, Xerse. De fait touché par la détermination d’Amastre, Xerse renonce à Romilda et épouse Amastre. Le couplé initial éprouvé Romilda / Arsamene confirmé, a  vaincu. Dans la version parisienne présentée à Lille, tous les ballets de Lulli sont joués par un orchestre différent (diapason différent) à la fin de chaque acte).

 

 

 

 

 

 

 

PREMIERE PARTIE

 

 

Acte I

 

Pendant que Xerse confie à l’ombre d’un platane ses états d’âme avant l’assaut, son frère Arsamene fait sa cour à une habitante d’Abydos, la belle Romilda, qui l’aime en retour. Interrompant l’entretien, Xerse, qui a seulement entendu la voix de Romilda, décide sur le champ de l’épouser lui-même. Le roi et son frère sont ainsi deux rivaux amoureux.

Pour Adelante, la soeur de Romilda, la passion subite du roi est une aubaine : si Xerse pouvait épouser Romilda, elle-même aurait enfin le champ libre pour se rapprocher d’Arsamene qu’elle aime en secret. Mais quand, accompagné d’Eumene son fidèle confident, Xerse vient offrir sa main et son trône à Romilda, la jeune fille le repousse fermement, fidèle à ses sentiments pour le frère du roi. Xerse use alors de son pouvoir royal pour bannir son propre frère et rival, mais Romilda demeure inflexible. La princesse du royaume de Suse, Amastre, semble une promise plus digne du Roi Xerse. C’est en tout cas ce qu’elle-même imagine : elle vient, déguisée sous des vêtements d’homme et accompagnée d’Aristone, pour tenter de faire la conquête de Xerse.

 

 

 

 

Acte II

 

Sous prétexte de gratifier ses alliés, Xerse déclare officiellement qu’il souhaite remercier la ville d’Abydos, en donnant un époux de sang royal à la jeune Romilda. S’il pense satisfaire ainsi sa nouvelle passion, la déclaration peut aussi être mal interprétée : son frère rival, Arsamene, pourrait être lui aussi un époux de lignée royale. Chacun comprenant la situation selon ses intérêts et ses sentiments, la confusion règne pour savoir qui épousera Romilda. Amastre, toujours déguisée en homme, demeure persuadée d’être toujours l’élue du roi. Arsamene confie alors à Elviro, son page, une lettre destinée à Romilda, sa bien-aimée. Les deux soeurs mettent à jour leur rivalité amoureuse et en viennent à se déclarer la guerre.

 

 

 

Acte III

 

La lettre d’Arsamene pour Romilda est interceptée par Adelanta, ce qui achève de semer la confusion. Elle l’utilise pour persuader Xerse de lui donner pour époux son frère Arsamene. Xerse y voit l’occasion de renouveler sa demande à Romilda. Forts de leurs sentiments, les deux amants Romilda et Arsamene ne cèdent pas aux propositions du roi, au risque de déclencher sa fureur et de mettre leur vie en danger.

 

 

 

 

DEUXIEME PARTIE

 

 

 

Acte IV

 

La princesse Amastre manque à plusieurs reprises d’être découverte, malgré ses habits d’homme, en tentant d’approcher Xerse. Adelanta avoue avoir menti au roi et au page Elviro, croyant bien faire… Alors que Romilda et Arsamene s’entretiennent, Xerse survient et trouble l’harmonie entre les deux amants. Il demande à Romilda sa main : celle-ci, cherchant à gagner du temps, lui répond humblement qu’il doit la demander à son père. Xerse promet à ce dernier un époux de sang royal et envoie Eumene apprêter la future reine. Devant les refus répétés de Romilda d’accepter ce titre de reine, Xerse, pris de fureur, condamne à mort son rival : son propre frère !

 

 

 

Acte IV

 

Prévenu du danger qu’il court, Arsamene retrouve Romilda et quand son père les surprend, il comprend que le royal époux promis était bien le frère du roi. Xerse, se voyant devancé, exige dans sa colère qu’Arsamene tue Romilda. C’est la princesse Amastre qui s’interpose, et le roi reconnaît enfin sous ses habits d’homme la princesse de Suse, sa promise. Ému par son courage, il consent à l’épouser et à pardonner aux deux amants, Arsamene et Romilda, avant de célébrer leur mariage.

La Ballet royal de la nuit : Louis XIV en Soleil

Louis XIV SoleilFrance Musique. Mardi 25 août 2015 : le Ballet royal de la nuit. Cavalli. Ercole Amante. Rossi : Orfeo. Correspondances. Sébastien Daucé, direction. En direct de La Chaise Dieu. Au démarrage, la production intitulée différemment avait été créée au festival Musique et Mémoire, dès l’été 2013, lors de la résidence de l’ensemble Correspondances en Haute-Saône : Fabrice Creux directeur de Musique et Mémoire avait eu l’intuition juste et étonnamment visionnaire s’agissant d’un programme aujourd’hui repris dans différents lieux dont Ambronay et plus récemment en ouverture du festival estival à Saintes le 10 juillet dernier. A la Chaise Dieu, le spectacle s’est rodé, étoffé, fluidifié, mais son dispositif originel a été permis grâce à un accompagnement sans équivalent en France, en Haute-Saône. A La Chaise-Dieu, devenu “le concert royal de la nuit”, le spectacle rassemble un plateau de jeunes chanteurs parmi le plus doués de l’heure (Lucile Richardot qui chante avec Les Arts Florissants ou Dagmar Saskova, mezzo incandescente formée au Centre de musique baroque de Versailles).

Louis XIV, aux origines du mythe solaire

Après la Fronde, Mazarin commande un ballet politique qui jette les fondations de la mythologie solaire de Lousi XIV

Le Soleil se lève à Paris en 1653

mazarin-portrait-par-philipep-de-champaigne-presentation-gout-de-mazarin-classiquenews-le-ballet-royal-de-la-nuit-orfeo-de-luigi-rossi-ercole-amante-de-cavalliContrairement à son titre, le Ballet royal de la nuit favorise par un effet de contraste que le baroque aime cultiver, l’émergence du Soleil, et symboliquement, célèbre l’omnipotence du Roi, le très jeune Louis XIV (qui n’a que 15 ans ; Lully q’il rencontre à nouveau pour l’occasion n’en a que 21)… Début 1653, le Ballet royal de la nuit fut dansé à 5 reprises par le jeune Dauphin, futur Louis XIV, dans la salle du Petit Bourbon au Louvre. Mazarin, revenu au pouvoir après les événements violents de La Fronde entendait ainsi par un ballet spectaculaire, scénographié l’image du pouvoir royal, désormais fastueux, avec en son centre, telle l’axe d’une constellation de planètes, le jeune prétendant au trône. Assimilé au Soleil, l’astre rayonnant et pilier du monde, le monarque est comme adoubé par un spectacle qui célèbre sa toute puissance. Mettre en scène la royauté est le dessein de Mazarin, repris et amplifié après lui par le Roi-Soleil lui-même. Le ballet royal de la nuit exprime donc une prise de conscience du politique et aussi la maturation de l’image royale, la précision d’un nouvel imaginaire qui sert la propagande monarchique. Le Ballet qui est ici conçu pour la première fois comme un spectacle théâtral, avec vue frontale (et non plus dans un dispositif circulaire, au milieu de l’arène), opère ce changement esthétique et sociétal majeur : car tous les nobles comme le roi, dansent dans un spectacle codifié qui rétablit l’ordre hiérarchique voulu par le Roi et le Cardinal, soumettre les anciens frondeurs en les valorisant dans un protocole et une étiquette qui en vérité les tient en laisse. Toute la symbolique nocturne et crépusculaire du Ballet, son argument et l’enchaînement des 4 séquences (ou “veilles”) avec grand ballet final, célèbre le lever du soleil, c’est à dire, l’avènement du jeune roi. L’aurore sur son char déclare : “Le Soleil qui me suit, c’est le jeune Louis”, on ne saurait être plus clair.
lully_gravure_450Commandé par Mazarin, le Ballet sert habilement son objectif politique tout en satisfaisant à l’art poétique (vers de Benserade), chorégraphique, dramatique, musical. Spectacle total avant l’opéra proprement dit (tragédie en musique inventée par Jean-Baptiste Lully en 1673, soit 20 ans plus tard), le Ballet aborde tous les genres expressifs (délirant, fantasque, comique, burlesque…) y compris satirique car les allusions aux défauts physiques ou travers de ceux qui les disent ou paraissent alors quand ils sont lus ou déclamés, ne manquent pas. Preuve que la moquerie cynique faisait déjà bonne figure : les grands y sont épinglés sans ménagement.
Louis XIV jeuneMazarin fut éduqué à Rome au gôut des Barberini ses protecteurs ; dans leur palais romain, le futur cardinal, affine son goût pour l’oratorio et l’opéra, autant de spectacles qu’il ne cessera d’acclimater à Paris pour assoir davantage le pouvoir de Louis XIV. Les genres connus y sont finement associés comme une synthèse de tout ce que connaissait le Cardinal et qu’il désirait voir dans le Ballet, en un seul spectacle. La richesse, les effets mêlés (emprunts à la mythologie, la comédie des Italiens dans la seconde veille…), tout souligne la nature supérieure du Roi et prépare au sacre qui suit. Les futurs opéras de Lully, dans leur prologue, célèbreront encore la nature divine du Souverain, l’apport miraculeux de ses actions…
Aujourd’hui le Ballet nous est connu grâce à l’unique copie réalisée par Philidor (77 danses au total), mais lacunaire car le copiste ne précise qu’un partie instrumentale/musicale, celle du violon (premier dessus). A l’interprète moderne, le défi de reconstituer les parties manquantes pour préserver l’unité de l’architecture globale et aussi le raffinement de l’exécution.

 

 

Rossi et Cavalli

 

 

louis-XIV-danseur-ballet-royal-de-la-nuit-le-roi-soleil-aurore-et-naissance-du-mythe-royal-solaire-Paris-theatre-du-petit-bourbon-fevrier-1653-CLASSIQUENEWS-dossier-presentation

 

 

Mazarin-mignardCorrespondances a choisi non pas de reconstituer le Ballet seul (51 danses originelles ont été préservées), entreprise difficile sans connaître le déroulement précis et les composantes précises du faste originel. Les textes de Benserade et les danses françaises sont donc ici associées à l’opéra italien, tel qu’il fut favorisé par Mazarin lui-même (portrait ci contre par Philippe de Champaigne) : extraits des fameux et légendaires Orfeo de Luigi Rossi et Ercole Amante de Cavalli, tous deux, ouvrages commandés et conçus pour la Cour de France et joués à Paris, respectivement en 1647 puis 1662. En constituant l’ordinaire culturel de la Cour entre Italie et France, les composantes mêmes du goût que Mazarin transmet à Louis XIV, (ci dessus en danseur, apparaissant en Soleil dans le Ballet royal de la nuit, février 1653), la combinaison fonctionne ainsi idéalement. Du Ballet de la Nuit à Cavalli, le drame emprunte les mêmes références, mythologiques bien sûr puisque dans la seconde veille, où la comédie muette voit les italiens parodier la tragédie d’Alcmène, laquelle violée par Jupiter, enfante… Hercule. Ce dernier, héros central de l’opéra du vénitien Cavalli lequel met en scène les mêmes figures et allégories présentes dans le Ballet de 1653 : la Lune, Vénus, les Grâces, le sommeil…
Légué par Louis XIII, le ballet de cour est ainsi magnifié sous l’adolescence de Louis XIV et fixe déjà l’imaginaire et la mythologie solaire du plus grand roi de l’univers…

 

 

 

 

déroulement

 

Première veille : La Nuit
Les heures, chasseur, paysans, égyptiens, boutiques

Seconde veille : Vénus et les Grâces
Vénus, les 3 Grâces, les italiens et Cintia (chanté en italien)

Troisième veille : Hercule amoureux
La lune, Endimion, Hercule, Vénus et les Grâces, Junon, sacrificateurs, loups garous et sorcières, Déjanire

Quatrième veille : Orphée
Le sommeil, le silence, le dieu des songes, Eurydice, Apollon et les Dryades

Grand Ballet : le Soleil
récit de l’Aurore, choeur des planètes, duo d’Hercule et de la Beauté

 

 

 

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Mardi 25 août 2015: le Ballet royal de la nuit, Ercole Amante, Orfeo. Correspondances. Sébastien Daucé, direction. En direct de La Chaise Dieu. Le Ballet de cour sous Louis XIII, dansé par le jeune Dauphin futur Louis XIV, âgé de 15 ans, magnifié par le goût du mécène commanditaire de l’oeuvre, Mazarin (Paris, 1653).

Festival Les Vénitiens à Paris 2014

Paris, festival Les Vénitiens à Paris, les 26, 28 mars 2014. Venise perle de l’âge baroque, ayant créé dans la lagune, l’opéra, la cantate, le concerto devait forcément influencer au delà de toute espérance la culture française.  Ce fut déjà le cas au XVIè siècle quand les peintres Titien, Véronèse, Tintoret diffusaient partout en Europe leur raffinement et leur sens inégalé de la couleur… Le XVIIème n’est pas en reste … Ainsi à l’initiative de Mazarin, Paris accueille une colonie d’artistes italiens, en particulier vénitiens, entre 1645 et 1662 : Cavalli, Torelli et Balbi, entre autres, sans omettre le plus grand compositeur de l’heure après Monteverdi, Francesco Cavalli. Il ne s’agit pas simplement du nouvel épisode d’une mode fugace mais bien d’un échange décisif qui marque définitivement l’imaginaire du futur Louis XIV : pour son mariage, prend visage aux Tuileries l’opéra vénitien de Cavalli avec ses ballets et ses machineries. Jamais plus l’art français ne sera le même : les nouveautés de l’art vénitien favorise l’essor des arts en France. Les français apprennent un style, un métier, une science des arts de la scène… apprentissage utile pour que naisse l’opéra français dix années plus tard.

 

 

concert 28 marsLe nouveau festival Les Vénitiens à Paris raconte cette histoire flamboyante d’un échange permanent entre français et italiens, et plus précisément entre la Cité des doges et la Cour de France. Versailles, ses fontaines, ses miroirs d’eau, son grand canal adaptent l’idée d’une cité sur l’eau ; les cimaises des salons d’apparat des Grands Appartements comportent de nombreuses toiles de Véronèse et le dessin de la Chapelle royale reprend des motifs palladiens.  En deux concerts et une journée d’étude sur le thème des Vénitiens à Paris, le nouveau festival évoque la richesse de la source vénitienne à laquelle les auteurs français se sont s’abreuvés.  Il s’agit d’évoquer le 26 mars 2014 en un programme de musique sacrée les concerts hebdomadaires de Saint-André-des-Arts dans les années 1650, fondés par le curé Mathieu qui avait séjourné à Rome et décidé de faire chanter la musique italienne chaque semaine dans son église à Paris.
Le 28 mars, place à l’opéra vénitien, une pratique spécifique de la vocalità où la conception dramatique et la place des machineries occupent le premier rang (extraits des premiers opéras donnés à Paris : La Finta Pazza de Sacrati, l’Orfeo de Rossi, Xerse et Ercole amante de Cavalli). Le 28 mars également, une journée d’étude à l’Institut culturel italien, rassemble les chercheurs spécialisés sur la question des Vénitiens à Paris.

Passion Paris Venise
. L’opéra vénitien est à l’origine de l’opéra baroque français. Dès 1643, l’œuvre de Mazarin vise à importer et assimiler l’opéra italien à Paris. Comme François Ier, protecteur de Leonardo da Vinci qu’il fait venir en France, le cardinal ne cesse de puiser dans l’art italien, les germes de l’art français.
Les fastes du spectacle lyrique ses machineries et bientôt ses ballets spécifiques sont le meilleur véhicule pour diffuser la suprématie du pouvoir monarchique français. Les Vénitiens Balbi, Torelli, Sacrati, Cavalli et, indirectement, la leçon de Claudio Monteverdi, le plus grand créateur d’opéras à Venise (Le Couronnement de Poppée, Le retour d’Ulysse dans sa patrie-), inspirent les auteurs français.
La couronne de France depuis Henri IV est liée au raffinement de la culture italienne en avance sur les autres nations depuis la Renaissance florentine. Déjà, justement pour ses noces avec Marie de Medicis à Florence, Henri IV en 1600 assiste aux premières formes de l’opéra italien encore embryonnaire : les Euridice de Peri et de Caccini. œuvres de divertissement, pas encore drames lyriques cohérents.  Convaincu, le roi Bourbon invite Caccini en France et témoin, Descartes écrit  en 1618 : « la musique n’a plus pour finalité de refléter l’harmonie de la création, mais bien de plaire et d’émouvoir en nous des passions variées » rapporte Olivier Lexa, initiateur du festival Les Vénitiens à Paris.
Chanteur dans l’opéra Saint-Ignace de Kapsberger à Rome en 1622, le jeune Mazarin s’initie très tôt et de l’intérieur à l’art lyrique. Il en comprend les possibilités de propagande au service des grands. En 1639, le politique organise la production d’un opéra à l’ambassade de France à Rome dédié à Richelieu, louant les qualités de Louis XIII. Devenu premier ministre en 1643, Mazarin ne cesse d’organiser des spectacles d’opéras et de musique italienne à Paris à la gloire de la monarchie française.

 

 

Paris à l’heure vénitienne

Mazarin

Mazarin invite à Paris Leonora Baroni,  soprano italienne réputée, le castrat Atto Melani acteur des fêtes royales françaises et aussi diplomate. En mars 1645, Nicandro e Fileno de Marazzoli est représenté au Palais Royal. Puis arrivent les vénitiens, créateurs du spectacle vénitien d’opéra : le chorégraphe et metteur en scène Balbi, l’ingénieur machiniste et grand sorcier de la scène, Torelli. Ainsi, de dernier aménage le Théâtre du Petit Bourbon en octobre 1645 pour y donner l’opéra La Finta Pazza, du vénitien Sacrati. Grand succès.

Les opéras de Sacrati, Monteverdi, Rossi à Paris. En février 1646, l’Egisto de Mazzocchi et Marazzoli est donné devant un cénacle restreint, en présence d’Antonio Barberini exilé à Paris avec son secrétaire l’abbé Francesco Buti. Sur la demande de Mazarin, leur ancien secrétaire à Rome, les Barberini font venir à Paris le castrat Marc’Antonio Pasqualini et Luigi Rossi. Buti assure le recrutement des musiciens : une troupe italienne s’installe à Paris en janvier 1647. Elle donne L’Incoronazione di Poppea de Monteverdi à Paris, puis l’Orfeo de Luigi Rossi, le 2 mars 1647 au Palais Royal. Outre la musique, les création visuelles de Balbi et les machines de Torelli font sensation. En avril suivant, Le Nozze di Peleo e di Teti de Sacrati (livret de Buti) où paraît déjà le futur Louis XIV, incarnant l’éternité du politique est représenté.

Après la Fronde (février 1653), Mazarin veut consolider le pouvoir royal si outrageusement contesté. Le Cardinal renforce l’éclat et le raffinement des ballets et spectacles de cour pour affirmer la santé de la monarchie. Le ballet de la nuit réalisé par Torelli, est donné le 23 février 1653 au Petit Bourbon. Le jeune dauphin futur Louis XIV danse en costume du Soleil : tout un symbole politique est né alors. Le florentin Lulli devient le compositeur de la musique instrumentale de la Chambre. Jusqu’en 1660, Lully ne cesse de prendre de l’importance en concevant les ballets de cour.  Mais l’apothéose de la politique artistique proitalienne de Mazarin se concrétise pour le mariage de Louis XIV avec l’Infante d’Espagne après la Paix des Pyrénées (9 juin 1659). Buti coordonne les travaux pour une immense machinerie dans le palais des Tuileries afin d’y donner un nouvel opéra …. vénitien. A l’œuvre, les italiens Gaspare, Lodovico et Carlo Vigarini imaginent une salle d’une ampleur inédite (7000 personnes) dont le chantier prenant du retard, s’achèvera en 1662.
Pour le mariage de Louis XIV, Mazarin invite l’immense Francesco Cavalli qui arrive à Paris en juillet 1660. Le plus grand compositeur vénitien après Monteverdi (son maître) avait donné un Te Deum à la basilique San Marco pour célébrer la Paix des Pyrénées. La machinerie des Tuileries n’étant pas prête pour un nouvel opéra, on donne un ancien ouvrage de Cavalli, Xerse, dans la galerie de peintures au Louvre, le 22 novembre 1660.

 

 

 

Concert 26 marsErcole Amante de Cavalli : la source de l’opéra de Louis XIV. Mazarin meurt le 9 mars 1661. Son grand  œuvre se réalise postmortem le 7 février 1662, dans l’écrin achevé de la Salle des Tuileries : Cavalli peut y voir son nouvel opéra spécialement conçu pour la Cour française : Ercole Amante. Le thème d’Hercule est un autre symbole du Roi de France (voir la galerie d’Hercule de l’Hôtel Lambert) : Louis XIV paraît au cours du spectacle grâces aux ballets complémentaires de Lully (Pluton, Mars, Soleil).  Dans son opéra, Cavalli prolonge le cynisme poétique du Couronnement de Poppée de Monteverdi où la figure de Néron inspire un portait particulièrement satirique et mordant des auteurs (Monteverdi et Busenello). Dix ans plus tard, à la source de cet opéra des origines, Lully allait donner enfin à la cour de France, la forme lyrique qu’elle attendait :  «  Ercole annonce ainsi la création de la tragédie lyrique française, qui à partir de Cadmus et Hermione de Lully en 1673, empruntera à l’opéra vénitien sa machinerie, son art du récit, l’emploi des ritournelles, les lamenti, les sommeils, les scènes infernales et autres tonnerres… « , précise encore Olivier Lexa.

Pour mesurer l’impact de la musique vénitienne à Paris au XVIIème siècle, le festival Les Vénitiens à Paris offre en deux concerts l’occasion de redécouvrir ce style vénitien qu’admirait tant Mazarin de son vivant.

 

 

agenda du festival Les Vénitiens à Paris : 2 concerts, 1 journée d’étude

Les Vénitiens à Paris

 

 

Mercredi 26 mars, 20h,
Eglise des Blancs Manteaux, Paris 4e
Ensemble Correspondances – Solistes, chÅ“ur et orchestre
Sébastien Daucé, clavecin, orgue & direction
« Le grand répertoire sacré » : Å“uvres de Monteverdi – Legrenzi - Lotti - Caldara – Melani – Giamberti – Charpentier

 
Vendredi 28 mars, 20h30,
Eglise Saint-Germain-l’Auxerrois, Paris 1er
La Cappella Mediterranea – Mariana Flores et Anna Reinhold, sopranos
Leonardo Garcìa Alarcòn, clavecin, orgue & direction
« Les opéras italiens à la cour de France » :  Cavalli – Rossi – Sacrati

Vendredi 28 mars, 10h-18h, Institut culturel italien, Paris 7e
Journée d’étude « Les Vénitiens à Paris »

 

 

 

Festival Monteverdi Vivaldi 2014
Olivier Lexa et le Centre de musique baroque vénitien (www.vcbm.it) produisent aussi à Venise, un festival de musique baroque vénitienne chaque année, intitulée festival Monteverdi Vivaldi… prochaine édition, du 4 juillet au 4 octobre prochain à Venise, avec Jordi Savall et Hesperion XXI, Paul Agnew et Les Arts Florissants, Rinaldo Alessandrini, Leonardo Garcia Alarcon et La Cappella Mediterranea, Vivica Genaux et le Vox Ensemble, Marc Mauillon, etc. Programme détaillé disponible en mars 2014, sur le site du Centre vénitien : www.cvbm.it.

 

 

Illustration : Mazarin et sa collection de sculptures antiques à Paris (DR)