CASSE NOISETTE au Mariinsky (V Gergiev)

casse-noisette-mariinsky-valery-gergiev-concert-ballet-critique-classiquenewsFRANCE 5, Sam 28 déc 2019, 22h25. CASSE NOISETTE au Mariinsky. Composée en 1892, la partition du ballet Casse-Noisette affirme le génie dramatique et mélodique de Piotr Illitch Tchaïkovsky. Ballet intemporel en deux actes, Casse-Noisette est présenté au public pour la première fois en décembre de la même année (1892) au Théâtre Mariinsky à Saint-Petersbourg. La production ici filmée en 2017 au Mariinsky est donc « un retour au source », dans son lieu originel.

L’histoire s’inspire du conte allemand d’Ernst Hoffman, « Casse- Noisette et le Roi des Souris » repris par Alexandre Dumas. C’est la version de Dumas qu’adapte en livret pour le ballet, Marius Petipa, célèbre chorégraphe du Mariinsky.

Erreur que de réduire le spectacle à un conte pour enfants, car la musique de Casse-Noisette est un condensé de tubes demeurés depuis la création, inoubliables et très populaires. L’intérêt de cette captation de 2017 vient de la version retenue, jouée dans le lieu historique, écrin idéal pour ce « ballet-féérie » imaginé par l’incomparable Piotr Illytch Tchaikovski. Avec les danseurs étoiles et le corps de ballet du Mariinsky. Casse Noisette est un grand ballet classique romantique destiné au plus grand nombre et au public le plus exigeant… Bonnes fêtes de Noël 2019.

Casse-Noisette
Auteur et livret E.T.A. Hoffmann – Marius Petipa
Compositeur Piotr Ilitch TchaĂŻkovski
Production 2017 au Mariinsky, Saint-Petersbourg.

Chorégraphe : Vasily Vainonen
Costumes : Simon Virsaladz
Chef d’orchestre : Valery Gergiev
Solistes : Olga Okhromenko (célesta) / Sofia Kiprskaya (harpe)

CD, événement. Denis Matsuev, piano : Rachmaninov, Stravinsky, Shchedrin (1 cd Mariinsky)

CLIC D'OR macaron 200CD, Ă©vĂ©nement. Denis Matsuev, piano : Rachmaninov, Stravinsky, Shchedrin (1 cd Mariinsky). Versatile mais pas artificiel, le piano de Denis Matsuev impose avec un style irrĂ©sistible sa furia interprĂ©tative : un volcan, un dragon capable d’audace et d’intĂ©rioritĂ©. Ce programme moins Ă©clectique qu’il n’y paraĂ®t, Rachamaninov, Stravinsky, Shchedrin en tĂ©moigne : la puissante magie du sorcier Matsuev s’y dĂ©verse et y cisèle une digitalitĂ© sĂ»re, Ă©lectrique, d’une prodigieuse assurance, combinant, expressivitĂ© et poĂ©sie.

FluiditĂ© et virilitĂ© du Concerto n°1 de Rachmaninov : nervositĂ© scintillante, un feu d’une rare vitalitĂ© grâce Ă  un toucher alliant Ă©nergie et ductilitĂ©. La vĂ©locitĂ© digitale dont est capable Denis Matsuev, ne sacrifiant jamais la finesse allusive sur l’autel de la facile virtuositĂ©, s’impose Ă  nous dans ce premier volet dont il sait exprimer toutes les nostalgies et les langueurs Ă  peine tenus assumĂ©es par l’expatriĂ© Rachma,toujours profondĂ©ment tentĂ© par le dĂ©mon des gouffres lisztĂ©ens (dernière sĂ©quence du I “Vivace”).

matsuev denis review compte rendu classiquenews CLIC de classiquenews compte rendu critique Cover_MAR0587_1024x1024Dans sa version tardive de 1949, le Capriccio pour piano et orchestre de Stravinsky prĂ©pare Ă  la mĂ©canique apocalytique de Shchedrin, par sa coupe syncopĂ©, ses accents tragico-cyniques auxuquels Matsuev aime Ă  ciseler mais sans duretĂ© chaque trait incisif. LĂ  encore, la maĂ®trise expressive et suggestive, la mise en place assurĂ©e par le maestro Gergiev, un partenaire fiable assurant la rĂ©ussite de ses deux artistes en pleine complicitĂ©, contribuent Ă  la grande sĂ©duction du morceau, formidable mouvement de bascule permanent entre tragique et comique ; s’y insinuent Ă©videmment la morsure du cynisme, de l’angoisse rentrĂ©e, la peur et le visage de toutes les terreurs politiques, proches en cela de Chostakovitch. SĂ©rieux, insouciant, fantaisiste ou profond… tout l’art de l’insaisissable Stravinsky est magistralement exprimĂ©. L’andante Rapsodico et ses dĂ©lires nĂ©obaroques ou nĂ©oclassiques aprofondit encore la portĂ©e d’autodĂ©rision et de satire Ă  peine voilĂ©e. Le toucher prĂ©cis, contrĂ´lĂ© du pianiste offre au mouvement, une grandeur tendre, une coloration de sincĂ©ritĂ© (malgrĂ© les masques que le compositeur aime y user jusqu’Ă  l’Ă©cĹ“urement), totalement irrĂ©sistible.

 

 

 

Rachmaninov, Stravinsky, Shchdrine, un triptyque de la modernitĂ© russe…

Piano fauve et allusif du félin Matsuev

 

 

matsuev denis piano russe classiquenewsLe Concerto pour piano n°2 de  Rodion Shchedrin (ChĂ©drine, nĂ© en 1932) s’impose plus encore par sa carrure de l’Ă©trange, un cycle d’atmosphères et de climats qui perturbent et dĂ©stabilisent. L’opus composĂ© en 1966 et dĂ©diĂ© comme l’ensemble de ses 6 Concertos Ă  son Ă©pouse la danseuse Ă©toile MaĂŻa PlissetskaĂŻa (dĂ©cĂ©dĂ©e en 2015) tĂ©moigne de l’inspiration contrastĂ©e, ardente, efficace de son auteur. Morsures hallucinĂ©es, et inquiĂ©tudes finales quasi murmurĂ©es (entre dĂ©sespoir et renoncement total) de “Dialogues” (I); rythmicitĂ© mĂ©canique d’Improvisations : allegro (très courts scherzo parfois grimaçant et sec) ; l’intĂ©rioritĂ© du compositeur s’affirme vĂ©ritablement dans le dernier et troisième mouvement notĂ© “Contrastes : Andante – allegro” oĂą le cadre lĂ  encore resserrĂ©, fait l’inventaire d’un champs de ruines, dĂ©vastĂ©, criant d’effrayante vĂ©ritĂ©. Le piano Ă  la fois funambule et comme hagard de Matsuev saisit par sa juste pudeur, introspective, tĂ©nue, mesurĂ©e oĂą des gouffres s’ouvrent sans filet, contrastant avec des sĂ©quences jazzy d’une inconscience / insouciance d’autant plus inquiĂ©tante que la dualitĂ© des deux climats paraĂ®t bien ĂŞtre le miroir de notre Ă©poque : dĂ©ni collectif des sociĂ©tĂ©s consommatrices et violence barbare en plein expansion… tout le mouvement dernier tire sa force hypnotique du contraste nĂ© des deux styles. Shchedrin a ressenti le dĂ©règlement profond de notre sociĂ©tĂ© dans un Concerto dĂ©concertant Ă  bien des Ă©gards. DĂ©stabilisant mais terriblement Ă©loquent. La musique nous tend le miroir… ce que nous  voyons, grâce au pianiste en transe, relève de l’horreur absolu. Le rĂ©cital, conçu tel le triptyque de la modernitĂ© russe captive du dĂ©but Ă  la fin. Le piano fauve et allusif du fĂ©lin Mastuev saisit par sa prĂ©cision, son mordant, sa justesse, sa maturitĂ© et sa musicalitĂ©. CLIC de classiquenews de janvier 2016.

CD, Ă©vĂ©nement. Denis Matsuev, piano : Rachmaninov (Concerto pour piano n°2, version de 1917), Stravinsky (Capriccio pour piano et orchestre, version de 1949), Shchedrin (Concerto pour piano n°2). Mariinsky Orchestra. Valery Gergiev, direction – Enregistrement rĂ©alisĂ© en 2014 (Rachma), avril 2015 Ă  Saint-Petersbourg, Mariinsky Theatre Concert Hall – 1 cd SACD Mariinsky MARO 587.