Compte-rendu, concert. Colmar. Eglise Saint-Matthieu, le 3 juillet 2015 ; Wolgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Ouverture de La Clemenza di Tito K 621, Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre en mi bémol majeur K 364 ; Richard Strauss (1864-1949) : Le Bourgeois gentilhomme, Suite pour orchestre op. 60 ; Frank Peter Zimmermann (violon) ; Antoine Tamestit (alto) ; Orchestre Symphonique de la Radio de Berlin.Marek Janowski, direction.

colmar-festival-2015-presentation-compte-rendu-classiquenewsDĂ©diĂ©e l’an dernier Ă  la mĂ©moire du grand chef russe Evgeny Svetlanov, la 27ème Ă©dition du Festival International de Colmar rend hommage cette annĂ©e au cĂ©lèbre trompettiste français Maurice AndrĂ©. Pas de trompettes cependant pour le concert d’ouverture, confiĂ© aux mains expertes du chef polonais Marek Janowski, placĂ© Ă  la tĂŞte de l’Orchestre Symphonique de la Radio de Berlin. La soirĂ©e dĂ©bute par une exĂ©cution de l’Ouverture de La ClĂ©mence de Titus de Mozart, Ă  laquelle Janowski donne toute l’alacritĂ© rythmique et la vivacitĂ© des couleurs requises. Suit la fameuse Symphonie concertante K364 que vient dĂ©fendre deux princes de l’archet : le violoniste français Antoine Tamestit et l’altiste allemand Frank Peter Zimmermann. D’emblĂ©e, une vraie familiaritĂ© est très perceptible, tant dans le jeu très sĂ»r de l’orchestre, que dans l’entente manifeste entre les deux musiciens. Les deux artistes proposent une vision assez tonique et contrastĂ©e de l’œuvre, loin de toute galanterie, avec un Andante douloureusement expressif. Le violon de Zimmermann est lumineux et impĂ©rieux, alors que Tamestit est un altiste passionnĂ©, Ă  la sonoritĂ© plutĂ´t sombre.

 

 

 

COLMAR festival compte rendu critique fic 3 juillet 2015. orch. symph. radio de berlin, marek janowski, f-peter zimmermann, antoine tamestit. photo bernard fruhinsholz (30)

 

 

 

En seconde partie, c’est la rare Suite du Bourgeois Gentilhomme de Richard Strauss, qui est donnĂ©e Ă  entendre. Cette Ĺ“uvre a connu une gestation compliquĂ©e : fruit de la collaboration fructueuse de Strauss avec Hofmannsthal elle devait ĂŞtre une musique de scène pour la comĂ©die-ballet de Molière et destinĂ©e Ă  prĂ©cĂ©der son cĂ©lèbre ouvrage lyrique Ariane Ă  Naxos. RemaniĂ©e par Strauss en 1919, elle devient finalement une Suite pour orchestre en neuf parties. Écrite pour un orchestre de chambre, douze vents, percussions, piano et harpe, l’œuvre s’inscrit dans un courant nĂ©oclassique, comme le Stravinski de Pulcinella ou certaines pièces de Martinu. Pastiche de la musique française du Grand Siècle, elle cite deux danses de Lully (dont le cĂ©lèbre Menuet), alterne pièces de musique de chambre, concerto grosso ou musique symphonique, dans un esprit tour Ă  tour gracieux, espiègle, pompeux ou brillant. Marek Janowski dirige ses musiciens de la Radio de Berlin avec grande prĂ©cision et clartĂ©, toujours attentif Ă  mettre en valeur les nombreux solistes, notamment le premier violon solo de l’orchestre (EntrĂ©e et Danse des tailleurs), le pianiste (non mentionnĂ© dans le programme) ou les vents.

Le festival bat son plein jusqu’au 14 juillet et il est encore temps d’aller Ă©couter – toujours Ă  21h Ă  l’Eglise Saint-Matthieu – des artistes de la trempe de Grigory Sokolov (rĂ©cital Bach/Beethoven/Schubert, le 10), les frères Capuçon accompagnĂ©s de HĂ©lène Mercier (dans le Triple concerto de Beethoven, le 11), David Guerrier (dans un Concerto pour cor de Mozart et un Concerto de trompette de Haydn, le 12), ou encore SergueĂŻ Nakariakov (dans une transcription pour bugle des Variations sur le thème rococo de TchaĂŻkovski, le 13 juillet). Le Gala de clĂ´ture du 14 juillet (17h Ă  l’Eglise Saint Matthieu) rendra un vibrant hommage au maĂ®tre disparu en 2012, en rĂ©unissant pas moins de 10 trompettistes (pour un florilège de morceaux cĂ©lèbres) dont Bernard Soustrot, Guy Touvron, Nicolas AndrĂ© ou encore David Guerrier. Informations sur le site du Festival de Colmar.

Compte-rendu, concert. Colmar. Eglise Saint-Matthieu, le 3 juillet 2015 ; Wolgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Ouverture de La Clemenza di Tito K 621, Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre en mi bémol majeur K 364 ; Richard Strauss (1864-1949) : Le Bourgeois gentilhomme, Suite pour orchestre op. 60 ; Frank Peter Zimmermann (violon) ; Antoine Tamestit (alto) ; Orchestre Symphonique de la Radio de Berlin ; Marek Janowski, direction.

CD. Wagner : Götterdämmerung (Janowski, 1983)

CD. Le Crépuscule incontournable de Marek Janowski (Dresde, 1983). 4 cd Sony Eurodisc

Wagner : Götterdämmerung (Janowski, 1983). Avouons la satisfaction que procure aussi la vision de Marek Janowski en 1983 qui, formidable conteur confrontĂ© au massif du Ring, bĂ©nĂ©ficie de l’opulence maĂ®trisĂ©e et remarquablement dramatique (mais en finesse) de la Staatskapelle de Dresde : un orchestre de rĂŞve (et des cuivres prodigieux). A notre avis, le symphoniste wagnĂ©rien n’a pas encore Ă©tĂ© suffisamment cĂ©lĂ©brĂ© dans une telle direction au souffle indiscutable. De ce point de vue le sommet du Ring, Le CrĂ©puscule des Dieux offre une vision orchestrale d’un fini irrĂ©sistible avec des Ă©clairs chambristes rĂ©ellement passionnants, une balance instrumentale certainement très proche du dispositif Bayreuth souhaitĂ© par Wagner.

Le Crépuscule passionnant de Marek Janowski

wagner_gotterdammerung_4cd_sony_opera_houseCĂ´tĂ© voix, le Siegfried toujours un peu raide mais bien chantant de RenĂ© Kollo reste efficace et c’est Jeannine Altmeyer qui tire la couverture pour elle, atteignant des accents dĂ©chirants surtout Ă  la fin d’une justesse elle aussi irrĂ©sistible. Matti Salminen, noir et diabolique, c’est Ă  dire abject fait un Hagen anthologique, qu’inspire le venin de la vengeance savamment distillĂ© par son père, le très subtil et noir AlbĂ©rich de Siegmund Nimsgern (lui aussi pilier du plateau grâce Ă  l’intelligence expressif de son chant : superbe entrĂ©e en matière au dĂ©but de l’acte II). Et parmi les filles du Rhin la vĂ©tĂ©rante Lucia Popp ajoute son grain sublimissime dans une Ă©popĂ©e dĂ©finitivement tournĂ©e vers l’humain… Un must.
Version à connaître, rééditée dans la collection Sony opera house (4 cd The Sony Opera House).