CD événement, critique. MOZART / JEAN MULLER : Sonates Vol.2 (1 cd Hänssler)

muller-jean-piano-hanssler-sonatas-mozart-review-annonce-cd-critique-classiquenewsCD événement, critique. MOZART / JEAN MULLER : Sonates Vol.2 (1 cd Hänssler – 2016) – Les 4 Sonates de ce vol 2, éclairent la prodigieuse vitalité inventive de Wolfgang, alors adolescent, souvent touché par la grâce, à Munich puis Mannheim… Ainsi se précise l’idéal des Lumières, celui préclassique et galant des années 1770 qui confirme le style européen de Mozart. C’est une écriture dont la perfection formelle souvent aimable et virtuose n’écarte ni profondeur ni sincère tendresse. Jean Muller, pianiste remarquablement articulé, d’une volubilité réjouissante, à l’acrobatie élastique aux milles nuances, poursuit ce qui s’annonce comme un intégrale des Sonates mozartiennes, après un vol 1 également édité chez Hänssler.

Respectons la chronologie mozartienne. Les Sonates munichoises du cd constituent un corpus de 6, celle écrites à Munich où Mozart séjourne avant Mannheim, vers 1774-1775. A 19 ans, alors sur le métier de La Finta Giardiniera, Wolfgang éblouit par la richesse de son inspiration qui explore et expérimente autant à l’opéra que dans le genre sonate.
La K 282 est l’une des plus facétieuses et enjouées, riche en surprises, et aussi en suspense (début du Menuetto). Mozart s’y révèle un frère artistique proche de l’humour de Haydn son ainé. Mais le début de l’Adagio placé en premier mouvement, surprend tout autant pas sa délicatesse pudique à laquelle la digitalité de Jean Muller apporte une fluidité bondissante et rafraîchissante qui donne l’impression d’une section scherzando comme improvisée.

 

 

 

 

Finesse, humour, virtuosité… les Sonates de Mozart régénérées…
Jean Muller, superbe mozartien

 

 

La K 279 trahit une conception encore baroque tardive dans l’écriture qui rappelle évidemment le clavecin et ses effets d’un flux non continu mais déroulé par séquences. Jean Muller réussit à équilibrer séduction digitale et subtilité expressive. Le charme et l’élégance qu’y déploient Mozart, restent emblématique de son raffinement naturel comme de sa prodigieuse versatilité (éclats de rire dans le premier Allegro ; plis et replis d’une pudeur préservée dans le chant lumineux et presque secret de l’Andante).

La K 284 couronne le cycle des 6 Sonates munichoises. C’est la plus longue et la plus redoutable techniquement. Son premier mouvement déploie une architecture et un souffle orchestral. Le mouvement lent est un Rondeau en polonaise, subtil et intérieur (le jeu déploie un velouté suggestif).
La volubilité et la versatilité de Mozart redoublent d’intensité, en particulier dans le mouvement final et ses 12 variations, miroir d’une inspiration virtuose et sans limites qui sur le rythme d’une gavotte faussement badine, enchaîne les acrobaties les plus audacieuses. L’imagination de Mozart va plus loin encore qu’auparavant ; le pianiste libère toutes les facettes d’une prodigieuse inventivité (finesse éthérée, voire céleste de la variation 11, Adagio cantabile). Toutes les ressources de la technique et de l’écriture visent la sincérité et atteignent à une justesse de ton, jamais artificielle.

Mozart_1780Comme un concentré d’équilibre, Jean Muller place en ouverture de son programme la très aimable Sonate K 311. En 1777, Mozart apprend et assimile les caractères de l’école de Mannheim : nervosité, expressivité, élégance et flexibilité, surtout intense dramatisme qui explique combien l’écriture orchestrale et aussi comme ici pianistique, s’y trouve proche de … l’opéra. Dans sa vie personnelle, Mozart trouve à Mannheim, l’amour, au contact de la famille Weber, d’abord épris de Aloysia, puis de sa sœur Constanze, sa future épouse. Energie, exaltation, profondeur et tendresse s’entendent dans la K 311: souffle orchestral du premier mouvement ; duetto amoureux de l’Andante con espressione ; ivresse dansante du Finale. Jean Muller cisèle en particulier l’articulation des climats du Rondeau final (Allegro) dont il exprime avec une précision quasi électrique la diversité des séquences ; la palette expressive s’embrase mais toujours avec une élégance intérieure réjouissante. L’agilité mozartienne, sa volubilité virtuose se manifestent clairement de l’un à l’autre mouvement. Et l’interprète grâce à une articulation qui soigne les phrasés (admirable suspension millimétrée des reprises et des fins de phrases), insuffle un idéal d’élégance tout au long d’un jeu pourtant expressif et très contrasté. Pétillant et flexible.
CLIC D'OR macaron 200Ce recueil est une grande réussite. Jean Muller se montre un orfèvre du style et de la nuance. Goût maîtrisé du risque ; comme nous l’avons souligné beauté des phrasés souverains ; flexibilité ronde et facétieuse, préservent ici l’urgence, la profondeur, la passion. Ce Mozart est aussi tendre, intense que mûr et ambitieux. Passionnant. On attend la suite avec impatience. Parution : février 2020.

 

 

 
 

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CD événement, critique. MOZART / JEAN MULLER : Sonates Vol.2 : K 311, K 282, K 279, K 284 (1 cd Hänssler – enregistrement réalisé à Luxembourg, août 2016) – CLIC de classiquenews de février 2020.

 
 

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Les noces de l’humour et de l’élégance

 

 

ENTRETIEN avec JEAN MULLER, piano. A l’occasion de son 2è volume des Sonates de Mozart édité par Hänssler (février 2020), le pianiste luxembourgeois Jean Muller répond aux questions de CLASSIQUENEWS. L’intégrale en cours et qui comprendra à l’horizon 2022 (printemps) 5 volumes, s’annonce déjà comme une version de référence, tant par la justesse des intentions poétiques, que l’éloquence articulée que sait y déployer l’interprète. Jean Muller a raison de souligner combien le classicisme de Mozart à Vienne incarne un âge d’or esthétique, où la forme fusionne avec le sens. Rien n’est donc purement décoratif ici. Et malgré son jeune âge, Wolfgang bouleverse à bien des égards. C’est bien le propre du pianiste que d’éclairer ici, sur son propre Steinway D, la sincérité et la profondeur sous le masque de l’invention et aussi de la facétie. Entretien pour classiquenews.

 

 

 
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Illustrations : portrait de JEAN MULLER © Kaupo Kikkas