La Bérénice abstraite de Michelle Jarrell

logo_francemusiquexl_berenice-onp-2018-barbara-hannigan-bo-skovhusFRANCE MUSIQUE, Mer 5 dĂ©c 18. JARRELL: BĂ©rĂ©nice. Que vaut cette BĂ©rĂ©nice du compositeur genevois Michael Jarrell, prĂ©sentĂ©e ainsi en crĂ©ation mondiale fin septembre 2018 ? AprĂšs Cassandre (monodrame crĂ©Ă© au ChĂątelet en 1994, depuis jouĂ© puis dĂ©fendu par hier Marthe Keller, aujourd’hui Fanny Ardant), GalilĂ©e (GenĂšve, 2006), voici BĂ©rĂ©nice (d’aprĂšs Racine : Titus et BĂ©rĂ©nice de 1670) qui bĂ©nĂ©ficie sur la scĂšne parisienne de chanteurs-acteurs, capables de rĂ©pondre au dĂ©fi surtout physique que leur impose la vision du metteur en scĂšne, direct, Ă©purĂ©e, Claus Guth. Certes le miroitement tĂ©nu, envoĂ»tant parfois de la partition fait son oeuvre (avec des parties aiguĂ«s pour le rĂŽle fĂ©minin, souvent vertigineuses), mais force est de constater l’insuffisance en intelligibilitĂ© d’un texte français qui pourtant pĂšse de toute sa puissance, ainsi Ă©touffĂ©e. La diffusion sur France Musique (donc sans les surtitres en salle) devrait souligner ce manque de lisibilitĂ© du livret. En BĂ©rĂ©nice, la soprano incandescente Barbara Hannigan (- qui fut ici mĂȘme Ă  Garnier, une fabuleuse “ELLE” dans la Voix humaine de Poulenc, dĂ©c 2015), exprime les tourments d’une Ăąme traversĂ©e par l’effroi d’un amour / passion impossible car la politique s’en mĂȘle. MĂȘme, ivresse de l’impuissance chez le Titus impĂ©rial mais dĂ©muni de Bo Skovhus. Un rite de l’impossibilitĂ© amoureuse qui tourne en rond, jusqu’au vide de l’obsession et de la rĂ©pĂ©tition, d’autant que les seconds rĂŽles, Ivan Ludlow (Antiochus), Alastair Miles (Paulin), Julien Behr (Arsace) colorent eux aussi un opĂ©ra finalement tissĂ© comme un rĂąle Ă  deux voix Ă©perdues, errantes entre rĂ©alitĂ© et cauchemard. On est loin de la vision d’un AlbĂ©ric Magnard, sensuelle et absolu, sur le mĂȘme thĂšme (VOIR notre reportage vidĂ©o BERENICE de Magnard, Ă  l’OpĂ©ra de Tours, 2014). Princesse orientale, BĂ©rĂ©nice aura quand mĂȘme façonnĂ© la personnalitĂ© de l’Empreur romain Titus, au point d’en faire « le dĂ©lice du genre humain », figure emblĂ©matique, « iconique » diraient les ados contemporains, du politique vertueux, touchĂ© par la grĂące – celui compassionnel et bienveillant que dĂ©peint Mozart, dans sa « ClĂ©mence de Titus » (1791). Chez Jarrell, rien de tel : mais la terreur Ă©veillĂ©e d’un amour maudit. Son opĂ©ra aurait pu s’appeler RomĂ©o et Juliette, ou Tristan et Yseult.

L’OpĂ©ra de Paris s’engage dans un cycle de crĂ©ations inspirĂ©es par les grands noms de la littĂ©rature française. AprĂšs Trompe-la-Mort de Luca Francesconi en 2017, d’aprĂšs Balzac, – opĂ©ra rude, barbare, cynique, finalement trĂšs parisien, et avant Le Soulier de satin de Marc-AndrĂ© Dalbavie d’aprĂšs Claudel, cette BĂ©rĂ©nice, osons le dire, n’a pas la force ni la violence rentrĂ©e de Trompe-la-Mort. Pour nous c’est une oeuvre abstraite qui ne sert pas totalement son sujet. Dommage car Jarrell est l’auteur du livret, fruit de coupes opĂ©ras sur la piĂšce de Racine. Il a souhaitĂ© surtout s’éloigner de l’alexandrin, parfois rĂ©pĂ©titif du XVIIĂš, pour s’intĂ©resser surtout Ă  une rĂ©flexion sur l’enfermement d’un drame sans action : la confrontation de deux Ăąmes, qui s’aiment mais doivent se sĂ©parer. La musique dit tout ce que les mots prĂ©cisent et finalement tuent. Elle dĂ©ploie ce possible ineffable dont l’expression libĂšre les hĂ©ros. Pourtant malgrĂ© cette invention envisagĂ©e, le compositeur ne s’intĂ©resse qu’à la situation de blocage, sans dĂ©velopper l’arriĂšre plan philosophique, ni ouvrir les plis et replis, failles et secrets de chaque personnalitĂ©s, obligĂ©s de rompre et donc de renoncer


France Musique, mercredi 5 décembre 2018. JARRELL : Bérénice.
Concert donné le 29 septembre 2018 à 20h au Palais Garnier à Paris

Michael Jarrell : Bérénice
OpĂ©ra en quatre sĂ©quences sur un livret du compositeur d’apĂšs Jean Racine
CrĂ©ation mondiale / Commande de l’OpĂ©ra national de Paris

Bo Skovhus, baryton, Titus
Barbara Hannigan, soprano, Bérénice
Ivan Ludlow, basse, Antiochus
Alastair Miles, basse, Paulin
Julien Behr, ténor, Arsace
Rina Schenfeld, Phénice (rÎle parlé)
Julien Joguet, basse, voix parlée (enregistrée)

Choeurs et Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris
Philippe Jordan, direction.

Illustration / Bérénice (c) Monika Rittershaus / ONP

Compte rendu, concert symphonique. Tours. Opéra, le 15 novembre 2014. Magnard, Tchaikovski (6Úme Symphonie). OSRCT Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction.

ossonce jean yves osrct symphonique toursTrilogie originale que celle inaugurant la nouvelle saison symphonique 2014-2015 de l’OpĂ©ra de Tours. Leonore III de Beethoven permet aux musiciens et au chef de mesurer leur capacitĂ© dans l’exposition d’une ouverture passionnĂ©e offrant toute l’exaltation de l’idĂ©al fraternel et humaniste dĂ©fendu et dĂ©veloppĂ© dans l’opĂ©ra qui suit, Fidelio. La rage et la dĂ©termination ouvertement tournĂ©es vers la lumiĂšre composent le plus bel hymne Ă  la fidĂ©litĂ© amoureuse, Ă  la loyautĂ© qui fait la grandeur humaine, autant d’idĂ©aux que Beethoven inscrit en lettres d’or sur le fronton de la scĂšne.  L’ĂąpretĂ© motorique des premiers violons, le chant aĂ©rien de la flĂ»te, la tendresse hĂ©roĂŻque du hautbois entre autres, lancent le formidable chant de victoire qui transforme peu Ă  peu la violence du drame en ferveur exaltĂ©e, une transe instrumentale que Jean-Yves Ossonce conduit sans sourciller ni sans faiblir jusqu’Ă  sa libĂ©ration finale. C’est ce mĂȘme orchestre qui porte tout au long de l’annĂ©e l’une des programmations lyriques les plus intĂ©ressantes de l’Hexagone : leur expĂ©rience et leur engagement comme orchestre lyrique, s’entendent nettement ici.

ORCHESTRE TOURS CHATELETMĂȘme tension fraternelle et vive opposition de deux thĂšmes contrastĂ©s dans la seconde partition plutĂŽt rare ailleurs, mais emblĂšme d’une curiositĂ© propre Ă  Tours Ă  prĂ©sent car les Ɠuvres d’AlbĂ©ric Magnard (mort en 1914) y sont rĂ©guliĂšrement jouĂ©es grĂące Ă  la curiositĂ© du chef : il y a quelques mois (avril 2014), rĂ©sonnait avec une vivacitĂ© envoĂ»tante, ce wagnĂ©risme français parfaitement maĂźtrisĂ© dans l’opĂ©ra BĂ©rĂ©nice (voir notre reportage vidĂ©o sur l’opĂ©ra BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours), rĂ©vĂ©lation totale oĂč l’ouvrage dĂ©ploie un symphonisme particuliĂšrement texturĂ©, des audaces harmoniques qui suivent trĂšs scrupuleusement la mĂ©tamorphose psychique des protagonistes (ici BĂ©rĂ©nice, phare moral pourtant rĂ©pudiĂ©e, et l’empereur Titus qui Ă  son contact vit un bouleversement personnel d’une dignitĂ© tragique rare). D’une architecture parfaitement Ă©laborĂ©e, l’Hymne Ă  la justice crĂ©Ă© en 1902 est l’acte de dĂ©nonciation qui est l’Ă©quivalent musical du ” J’accuse ” de Zola, en pleine affaire Dreyfus. A la violence qui s’y dĂ©gage dans l’Ă©noncĂ© de la barbarie humaine rĂ©pond le scintillement lumineux du thĂšme de la justice avec l’utilisation de la harpe dont Franck dans sa fameuse Symphonie en rĂ© fait un usage tout aussi rĂ©flĂ©chi au moment le plus spirituellement clĂ©. DouĂ© d’une grande motricitĂ© expressive, l’orchestre conduit le flux expressif tout en rĂ©vĂ©lant la plĂ©nitude rayonnante des timbres solistes (flĂ»te, basson, clarinette…). L’Ă©quilibre des rĂ©ponses entre les pupitres, la clartĂ© de la progression dramatique, la fluiditĂ© vive de la direction de Jean-Yves Ossonce au service d’une Ɠuvre rare, magnifiquement Ă©crite, dĂ©fendent avec une passion constante, la redĂ©couverte de Magnard.

 

tchaikovski-583-597Le clou de la soirĂ©e est dans sa seconde partie, la 6Ăšme Symphonie de TchaĂŻkovski (crĂ©Ă©e en 1893). PiĂšce maĂźtresse de l’orchestre symphonique russe Ă  son sommet romantique, dont les sĂ©quences sont autant de traversĂ©es sombres mais Ă©purĂ©es de l’autre cĂŽtĂ© du miroir. Voici assurĂ©ment l’une des Symphonies les plus intimes, sombres, graves jamais Ă©crites : un miroir noir pourtant fascinant par ses failles et ses Ă©lans instrumentalement ciselĂ©s. La conclusion (IV. Allegro lamentoso) d’un lugubre grave d’une totale poĂ©sie, Ă©tend son voile pianissimo jusqu’Ă  l’infime souffle de vie : il s’agit de la derniĂšre partition de Tchaikovski dont Jean-Yves Ossonce aura peu Ă  peu abordĂ© l’intĂ©grale des Symphonies au cours des derniĂšres saisons de l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours (OSRCT). Chef et instrumentistes ont rĂ©vĂ©lĂ© une Ă©nergie maĂźtrisĂ©e, jouant lĂ  encore sur les dĂ©licats Ă©quilibres entre les pupitres, l’Ă©loquence amĂšre et voluptueuse des timbres (dont Ă©videmment les pointes grimaçantes et sardoniques des cors bouchĂ©s en fin d’expĂ©rience : le chef fait battre la cadence d’un cƓur condamnĂ© dĂšs les premiĂšre notes.
Dans ce sublime parcours funĂšbre, le second mouvement allegro (con grazia) prend des allures de remise en ordre, de discipline reconquise, aux Ă©lans Ă©perdus mais qui ne peuvent au final empĂȘcher le lent effondrement progressif jusqu’Ă  l’anĂ©antissement des derniĂšres mesures du cycle. La dĂ©sespĂ©rance, la dĂ©pression, le dĂ©lire et la transe s’expriment dans une langue raffinĂ©e dont les interprĂštes soulignent la richesse des combinaisons, les effluves remarquablement orchestrĂ©s d’une lente et inĂ©luctable agonie. Le martĂšlement obsessionnel puis allĂ©gĂ© jusqu’Ă  l’innocence du second mouvement, la valse du troisiĂšme embrumĂ©e et voilĂ©e elle aussi de profonds ressentiments,  la chute finale et les derniĂšres saccades d’un cƓur mis Ă  mort, font le mĂ©rite d’une lecture tendue et fruitĂ©e qui n’a pu se dĂ©ployer ce soir sans une rĂ©elle complicitĂ© entre le chef et ses musiciens. Une entente capable de dĂ©passements en concert que l’on aime suivre pas Ă  pas, et demain peut-ĂȘtre dans de nouveaux champs d’exploration, de recherche, d’ajustement comme les 6 et 7 dĂ©cembre, ce Walton inconnu, ou nous l’espĂ©rons chez Sibelius, ou Mahler… sans omettre les symphonistes français mĂ©connues : Bizet, Franck, D’Indy, Lalo, Dukas, et tant d’autres dont nous ne doutons pas que Jean-Yves Ossonce, en symphoniste affĂ»tĂ©, rĂ©vĂ©lera bientĂŽt les qualitĂ©s oubliĂ©es.

Compte rendu, concert symphonique. Tours. Opéra, le 15 novembre 2014. Magnard, Tchaikovski (6Úme Symphonie). OSRCT Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction.

Prochain concert symphonique de l’OSRCT Ă  l’OpĂ©ra de Tours : les 6 et 7 dĂ©cembre 2014. Mozart (Ouverture des Noces de Figaro, Concerto pour piano n°25), Walton (Symphonie n°1) : OSRCT. Igor Tchetuev, piano. Emmanuel Joel-Hornak, direction

Prochain opĂ©ra Ă  l’affiche du Grand ThĂ©Ăątre de Tours : la sublime Chauve Souris de Johann Strauss fils qui associe dĂ©lire thĂ©Ăątral et orchestration Ă©lĂ©gantissime : un Ă©vĂ©nement pour les fĂȘtes et une nouvelle production sous la baguette de l’excellent Jean-Yves Osonce : 4 reprĂ©sentations pour la fin de l’annĂ©e et l’avĂšnement de 2015. Les 27, 28, 30 et 31 dĂ©cembre 2014. Jacques Duparc, mise en scĂšne. Avec Mireille Delunsch (Rosalinde), Vannina Santoni (AdĂšle), Didier Henry (Eisenstein), Aude Extremo (Orlovsky), Jacques Duparc (Frosch)… Nouvelle production

 

 

Illustrations : © GĂ©rard Proust 2014. Jean-Yves Ossonce et l’OSRCT, Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours

REPORTAGE vidĂ©o : BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours (4,6,8 avril 2014)

BĂ©rĂ©nice de Magnard (1909) ressuscite Ă  l'OpĂ©ra de ToursREPORTAGE vidĂ©o : BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours. Jean-Yves Ossonce engage toutes les forces vives de l’OpĂ©ra de Tours pour offrir une nouvelle production de l’opĂ©ra oubliĂ© d’AlbĂ©ric Magnard, BĂ©rĂ©nice, composĂ© en 1909, crĂ©Ă© en 1911 Ă  l’OpĂ©ra Comique. WagnĂ©rien et pourtant d’une inventivitĂ© inĂ©dite, puissante et originale, Magnard renouvelle la figure antique traitĂ©e avant lui par Racine et Corneille : le compositeur rĂ©ussit le portrait du couple amoureux que la politique dĂ©fait malgrĂ© eux. C’est pourtant leur profondeur morale et Ă©motionnelle qui intĂ©resse Magnard : son opĂ©ra est une Ă©pure dramatique et psychologique, conçu comme un huit clos thĂ©Ăątral, qui atteint au sublime Ă  l’Ă©gal des tragĂ©dies raciniennes mais dĂ©sormais enrichi et comme rĂ©chauffĂ© par le flamboiement raffinĂ© de l’orchestre. Grand Reportage vidĂ©o avec Catherine Hunold (BĂ©rĂ©nice), Jean-SĂ©bastien Bou (Titus), Jean-Yves Ossonce (directeur musical de l’OpĂ©ra de Tour), Alain Garichot (mise en scĂšne)…. Reportage exclusif © CLASSIQUENEWS.COM 2014

CLIP vidĂ©o. BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours

BERENICE OpĂ©ra de Tours avril 2014 © François Berthon  6145CLIP vidĂ©o : BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  Tours. RecrĂ©ation majeure Ă  l’OpĂ©ra de Tours : la nouvelle production de l’opĂ©ra BĂ©rĂ©nice d’AlbĂ©ric Magnard (1911) crĂ©Ă©e l’Ă©vĂ©nement les 4,6 et 8 avril 2014. D’une grandeur humaine raffinĂ©e, ciselĂ©e comme une Ă©pure tragique, l’Ă©criture de Magnard assimile et Wagner et Massenet avec une sensibilitĂ© instrumentale et une vitalitĂ© rythmique, originales, souvent inouĂŻes. Dans la fosse, Jean-Yves Ossonce, dĂ©taillĂ©, dramatique, rĂ©unit un plateau idĂ©al : Catherine Hunold et Jean-SĂ©bastien Bou, dans les rĂŽles principaux : BĂ©rĂ©nice et Titus, offrant aux figures antiques, une intensitĂ© poĂ©tique trĂšs convaincante.

Ayant perdu sa mĂšre alors qu’il n’avait que 4 ans, Magnard peint dans le portrait de BĂ©rĂ©nice, une figure de femme admirable, mesurĂ©e, loyale, d’une intĂ©gritĂ© morale exemplaire qui laisse la place peu Ă  peu au renoncement ultime aprĂšs avoir Ă©tĂ© passionnĂ©ment amoureuse. Saisi par Tristan und Isolde de Wagner, dĂ©couvert Ă  Bayreuth en 1886, Magnard se destine Ă  la musique, devenant l’Ă©lĂšve de Dubois, le proche de Ropartz. La pulsation rythmique rappelle Roussel, les raffinements harmoniques, Dubois ; et le caractĂšre langoureux extatique, le Wagner de Tristan et de la Walkyrie. BĂ©rĂ©nice est une Isolde française, un hommage personnel et puissamment original Ă  l’Ɠuvre wagnĂ©rienne.

Nouvelle production événement. CLIP vidéo exclusif CLASSIQUENEWS.COM

Lire notre compte rendu critique de BĂ©rĂ©nice d’AlbĂ©ric Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours avec Catherine Hunold et Jean-SĂ©bastien Bou

Compte rendu, opéra. Tours. Grand Théùtre, le 4 avril 2014. Albéric Magnard : Bérénice. Catherine Hunold, Jean-Sébastien Bou, Nona Javakhidze, Antoine Garcin. Jean-Yves Ossonce, direction musicale. Alain Garichot, mise en scÚne

BERENICE OpĂ©ra de Tours avril 2014 © François Berthon  6145Pour le centenaire de la disparition d’AlbĂ©ric Magnard, l’OpĂ©ra de Tours a eu le nez fin en programmant pour trois soirĂ©es sa rare BĂ©rĂ©nice (4,6, 8 avril 2014), ces reprĂ©sentations n’étant que les secondes depuis la crĂ©ation de l’Ɠuvre en dĂ©cembre 1911. En 2001, l’OpĂ©ra de Marseille avait osĂ© redĂ©couvrir cette tragĂ©die lyrique aprĂšs la lettre, et puis plus rien.
Disciple de Jules Massenet, ThĂ©odore Dubois et Vincent d’Indy, Ă©chaudĂ© par l’échec de ses ouvrages lyriques prĂ©cĂ©dents, Yolande et GuercƓur, et peinant Ă  trouver un nouveau sujet pour la scĂšne, Magnard se voit suggĂ©rer en 1904 la figure de BĂ©rĂ©nice, qui finit par le hanter tout Ă  fait.
PlutĂŽt que mettre en musique les vers de Racine, geste qu’il considĂ©rait comme un affront au gĂ©nie de l’auteur, le compositeur dĂ©cide d’écrire son propre livret en s’inspirant de diverses sources, allant jusqu’à puiser dans une BĂ©rĂ©nice Ă©gyptienne. C’est ainsi que la reine de JudĂ©e se trouve rajeunie, que Titus ne monte sur le trĂŽne de son pĂšre dĂ©funt qu’au deuxiĂšme acte, et que BĂ©rĂ©nice achĂšve l’Ɠuvre en offrant sa chevelure, symbole de sa fĂ©minitĂ©, Ă  la dĂ©esse VĂ©nus, comme un renoncement Ă  ses charmes fermant ainsi pour toujours son cƓur Ă  l’amour.

Racine Ă  l’opĂ©ra

La partition s’ouvre par une introduction respirant le large et les embruns, rĂ©sumant Ă  elle seule les thĂšmes qui seront dĂ©veloppĂ©s durant le drame, servie par une Ă©criture qui rappelle irrĂ©sistiblement Berlioz et son Île inconnue.

 

 

BERENICE Opéra de Tours avril 2014 © François Berthon  6018

         

 

 

Par la suite, le langage utilisé par le compositeur est celui de la déclamation mélodique, couvrant un large ambitus mais toujours au service du texte, sous lequel se tisse une harmonie qui rappelle aussi bien Wagner que Debussy, et préfigurant par instants déjà Poulenc. Racine est bien entendu présent, par la majesté des personnages, en particulier le rÎle-titre, à la fierté impériale, alors que Titus ploie sous les doutes et les tourments. Un ouvrage qui se noue comme un dialogue, les répliques des autres personnages ne venant que conforter les deux protagonistes dans leurs choix et leurs résolutions.
La richesse de l’orchestration met en valeur le travail effectuĂ© par Jean-Yves Ossonce et son Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours, dĂ©bordant de la fosse jusqu’à occuper les loges supĂ©rieures de l’avant-scĂšne. La cohĂ©sion des musiciens se rĂ©vĂšle remarquable, sans faiblesse du dĂ©but Ă  la fin malgrĂ© la densitĂ© de l’écriture musicale et les difficultĂ©s qui en dĂ©coulent. Tout au plus pourrait-on souhaiter encore davantage de subtilitĂ© et de liquiditĂ© dans les accents des cordes, mais la performance de l’ensemble est Ă  saluer bien bas.
Invisibles, les chƓurs servent avec bonheur leurs parties, chansons calomniant BĂ©rĂ©nice autant que voix des marins manƓuvrant les rames du navire emportant la jeune femme loin de Rome.
Tenant les rĂȘnes de cette soirĂ©e, le chef confirme ses affinitĂ©s avec ce rĂ©pertoire, dont il souligne autant les filiations que les particularitĂ©s et qu’il sert avec un bonheur communicatif.
GrĂące Ă  douze annĂ©es passĂ©es Ă  la ComĂ©die Française, Alain Garichot connaĂźt bien ce sujet cĂ©lĂšbre entre tous, et sert son illustration lyrique avec un immense respect. Il imagine une scĂ©nographie dĂ©pouillĂ©e et intemporelle, offrant Ă  voir tantĂŽt une colonne dorique, tantĂŽt une statue, l’ouvrage culminant sur une proue de bateau couronnĂ© de sa voile, reprĂ©sentation simple et efficace du dĂ©part de BĂ©rĂ©nice sur les flots. Des images dont la majestĂ© conviennent admirablement Ă  l’Ɠuvre et qui permettent Ă  la musique de se dĂ©ployer pleinement.
La direction d’acteurs est Ă  l’avenant, centrĂ©e sur les deux amants dĂ©chirĂ©s par le devoir. BĂ©rĂ©nice demeure toujours altiĂšre, mesurĂ©e dans ses mouvements, retenue jusque dans la colĂšre, les sentiments la dĂ©vorant de l’intĂ©rieur sans qu’elle laisse paraĂźtre son trouble autrement que par ses mots ; contrairement Ă  Titus qui ne cesse de se mouvoir, agitĂ© par son trouble, implorant, Ă  genoux, Ă©tendu aux pieds de sa maĂźtresse, sans parvenir Ă  trouver la paix. Une opposition saisissante, qui fait Ă©cho Ă  la partition, d’une grande justesse.
Entourant le couple central, les seconds rĂŽles remplissent parfaitement leur rĂŽle.
Nona Javakhidze incarne une Lia aussi bien maternelle que sĂ©vĂšre, faisant admirer son beau mezzo rond et ample, mais que davantage de luminositĂ© aurait aidĂ© Ă  servir ce rĂ©pertoire dans toute sa clartĂ©. Mucien au cƓur sec, Antoine Garcin met Ă  profit la profondeur de sa voix de basse pour incarner le devoir, rude et inflexible.
L’ouvrage trouvant sa palpitation au cƓur de la passion qui anime les deux amants, il fallait trouver deux interprĂštes Ă  mĂȘme de rendre justice Ă  cette musique. Aussi dissemblables que complĂ©mentaires, Jean-SĂ©bastien Bou et Catherine Hunold dĂ©livrent une prestation d’une qualitĂ© exceptionnelle.
Lui confirme la place qu’il occupe actuellement dans le paysage lyrique français, grĂące Ă  sa voix de baryton claire et puissante, jamais grossie mais toujours percutante, Ă  l’aise dans l’aigu, ciselant son texte avec la prĂ©cision de ses grands aĂźnĂ©s. Il se donne tout entier dans ce Titus torturĂ© par le devoir, abhorrant le pouvoir avant d’avoir rĂ©gnĂ©, d’une grande vĂ©ritĂ© dramatique dans sa vulnĂ©rabilitĂ©.
Elle dĂ©montre une fois encore qu’elle est bien ce soprano dramatique Ă  la française qu’il nous manquait depuis longtemps. L’instrument se dĂ©ploie peu Ă  peu, paraissant grandir au fur et Ă  mesure que le drame se joue, mais jamais au dĂ©triment des mots, Ă©noncĂ©s Ă  fleur de lĂšvres. Si le bas-mĂ©dium et le grave surprennent par leur peu d’appui – sĂ©curitĂ© pour permettre au registre supĂ©rieur de durer tant en vaillance qu’en longĂ©vité ? – l’aigu Ă©clate, solide et puissant, d’un impact tĂ©tanisant. Parfois un rien tendu dans les sauts d’intervalles, il trouve sa plĂ©nitude dans les longues tenues lorsqu’il est prĂ©parĂ© et dĂ©tendu, ainsi que l’exigent les grandes voix. L’abandon devenant inĂ©luctable, la fureur s’apaise, laissant place Ă  d’ineffables nuances, faisant irradier un « je t’aimerai toujours » suspendu, comme arrĂȘtant le temps, Ă  la sincĂ©ritĂ© bouleversante.
DotĂ©e d’un port de reine et d’un magnĂ©tisme scĂ©nique Ă©vident, elle occupe le plateau par sa seule prĂ©sence, stature d’airain et noblesse jusque dans le sacrifice. Tant de qualitĂ©s qui nous font rĂȘver Ă  une Reine de Saba de Gounod et, dans un tout autre rĂ©pertoire, Ă  une Norma qui augure du meilleur.
Une redĂ©couverte majeure, un pari risquĂ© de la part de l’OpĂ©ra de Tours mais remportĂ© haut la main, qui rĂ©habilite l’originalitĂ© d’AlbĂ©ric Magnard. A quand GuercƓur ?

Tours. Grand ThĂ©Ăątre, 4 avril 2014. AlbĂ©ric Magnard : BĂ©rĂ©nice. Livret du compositeur d’aprĂšs Racine. Avec BĂ©rĂ©nice : Catherine Hunold ; Titus : Jean-SĂ©bastien Bou ; Lia : Nona Javakhidze ; Mucien : Antoine Garcin. ChƓurs de l’OpĂ©ra de Tours et ChƓurs SupplĂ©mentaires ; Chef de chƓur : Emmanuel Trenque. Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours. Direction musicale : Jean-Yves Ossonce. Mise en scĂšne : Alain Garichot ; DĂ©cors : Nathalie Holt ; Costumes : Claude Masson ; LumiĂšres : Marc DelamĂ©ziĂšre

Illustrations : © François Berthon 2014

Bérénice de Magnard

berenice_titus_Racine_magnardTours, OpĂ©ra. Magnard : BĂ©rĂ©nice, 1911. Les 4,6,8 avril 2014. En s’inspirant trĂšs librement de Racine, Magnard compose son chef-d’oeuvre lyrique entre 1905 et 1909. Le symphoniste rĂ©vĂ©lĂ© et magnifiquement servi par Jean-Yves Ossonce, tourne le dos Ă  l’opĂ©ra Ă  la mode Ă  son Ă©poque. Inflexible et exigeant, Magnard, Ă©lĂšve de D’Indy, revendique la souverainetĂ© de la “musique pure”, la modernitĂ© du “style wagnĂ©rien”, tout en reconnaissant l’idĂ©al classique et romantique de Gluck et de Berlioz.
Dans la partition oĂč rĂšgne l’orchestre, Magnard cisĂšle le profil austĂšre et grave des deux protagonistes : Titus et BĂ©rĂ©nice, ici Jean-SĂ©bastien Bou, baryton et Catherine Hunold.
La nouvelle production portĂ©e par l’OpĂ©ra de Tours rend hommage Ă  Magnard dont 2014 marque le centenaire.
Outre Bérénice, les concerts de musique de chambre proposent son Trio et sa Sonate pour violoncelle et piano (2 février 2014). Une page rare de César Franck (Rédemption) est programmée dans la saison symphonique, avec le 2e Concerto de Saint-Saëns (15 et 16 février 2014). Enfin, la NeuviÚme Symphonie de Mahler, contemporaine de Bérénice, clÎturera la saison symphonique (12 et 13 avril 2014).  

BĂ©rĂ©nice (nĂ©e vers 28 aprĂšs JC) est une figure illustre de l’histoire romaine : multiple Ă©pouse au rang prestigieux, elle rejoint finalement son frĂšre Agrippa II Ă  JĂ©rusalem et exerce le pouvoir Ă  ses cĂŽtĂ©s comme reine.
En GalilĂ©e, elle se rapproche de Titus (30 ans), futur empereur alors qu’il mate la rĂ©sistance des juifs (66-70) et devient sa maĂźtresse (elle en a 40).
Telle Esther devant Assuerus, BĂ©rĂ©nice prend la dĂ©fense du peuple juif et tente d’adoucir la rĂ©pression des romains.  En 70, le temple de JĂ©rusalem est rĂ©duit en cendres et la JudĂ©e devient province romaine. L’union de Titus et BĂ©rĂ©nice est mentionnĂ©e et commentĂ©e par SuĂ©tone et Tacite.

 

 

aimer ou rĂ©gner …

 

De retour Ă  Rome Titus rappelle BĂ©rĂ©nice (75), promet de l’Ă©pouser, mais face au scandale de leur mariage, renonce Ă  elle et la renvoie auprĂšs de son frĂšre en GalilĂ©e en 79, alors qu’il est devenu empereur. FiĂšre et digne, politicienne et patricienne fortunĂ©e, BĂ©rĂ©nice incarne une figure fĂ©minine forte mais humaine que l’amour a blessĂ© et profondĂ©ment marquĂ©. Titus renonçant Ă  celle qu’il aime devient lui aussi cĂ©lĂšbre, frappant les esprits par son sens du devoir au mĂ©pris de l’amour…  Titus et BĂ©rĂ©nice donne Ă  rĂ©flĂ©chir sur l’antagonisme entre politique et amour.  Racine et Corneille ont traitĂ© son histoire, devenu un mythe thĂ©Ăątral avant que Magnard ne la choisisse pour son unique opĂ©ra.
Racine choisit de fixer son action Ă  Rome alors que le vainqueur de JudĂ©e, ayant ramenĂ© avec l’Ă©trangĂšre, veut recevoir l’hommage du SĂ©nat. Mais il se confronte Ă  l’hostilitĂ© des sĂ©nateurs quant Ă  son mariage avec BĂ©rĂ©nice. D’un Ă©pisode psychologique assez peu dramatique, Racine rĂ©ussit un tour de force : Ă©crire une tragĂ©die en 5 actes dont la langue dĂ©finit le modĂšle de la grandeur classique nĂ©o antique. Racine ajoute le personnage d’Antiochus, le meilleur ami de Titus, qui lui aussi aime mais en vain la belle BĂ©rĂ©nice. L’empereur a dĂ©jĂ  fait son choix mais timide, il prĂ©fĂšre que se soit Antiochus qui annonce Ă  la Reine de Palestine, qu’empereur il ne peut l’Ă©pouser…  L’acte IV est celui oĂč l’amoureuse se dĂ©voile Ă  sa tristesse : elle songe au suicide tant il lui est difficile voire insurmontable d’imaginer la vie sans Titus. A la fin de la tragĂ©die, Racine brosse le portrait de trois solitaires qui aiment et souffrent rĂ©signĂ©s ; c’est lĂ  la grandeur tragique de la piĂšce. L’homme fĂ»t-il empereur ou prince n’est pas le maĂźtre de son destin : il doit sacrifier ce qu’il aime et rĂ©gner sans bonheur. On est loin ici des amours scandaleuses mais victorieuses de NĂ©ron et PoppĂ©e qui dans le cĂ©lĂšbre opĂ©ra de Monteverdi (1642) inflĂ©chissent tous les pouvoirs : Amor vincit omnia (l’amour vainc tout). Le thĂšme de Titus et BĂ©rĂ©nice en serait l’antithĂšse la plus frappante. Quand il Ă©crit sa tragĂ©die en 1670, Racine se serait inspirĂ© des amours sans lendemains de Louis XIV et de sa maĂźtresse Marie Mancini.

 

720px-Salon_de_Vénus-TITUS_ET_BERENICEBérénice. Tragédie en musique en trois actes
Livret d’AlbĂ©ric Magnard, d’aprĂšs Racine
Création le 15 décembre 1911 à Paris
Editions Salabert
Présenté en français, surtitré en français

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Alain Garichot
DĂ©cors : Nathalie Holt
Costumes : Claude Masson
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Bérénice : Catherine Hunold
Titus : Jean-SĂ©bastien Bou
Lia : Nona Javakhidze
Mucien : Antoine Garcin

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires
Nouvelle production

Tours, Opéra
Vendredi 4 avril 2014 – 20h
Dimanche 6 avril 2014 – 15h
Mardi 8 avril 2014 – 20h

 

 

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Samedi 22 mars Ă  14h30 ‱ Grand ThĂ©Ăątre de Tours – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite dans la limite des places disponibles

Illustration : Versailles, angle du plafond du salon de Vénus. Titus et Bérénice ; carton de Lebun, peinture de Houasse, vers 1678.

Titus et Bérénice
Albéric Magnard

De l’aveu du compositeur lui-mĂȘme, humble serviteur de la musique qui osa mettre en musique le sujet inspirĂ© par Racine, BĂ©rĂ©nice a Ă©tĂ© composĂ© dans le style wagnĂ©rien. Ni dramatise exacerbĂ©, ni huit clos Ă©touffant, BĂ©rĂ©nice est un opĂ©ra classique et Ă©quilibrĂ© qui s’inspire de la mesure racinienne oĂč l’on ressent cette « tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragĂ©die ». Le langage de Magnard est celui d’un dĂ©fenseur ardent de musique pure soucieux de clartĂ© et de structure : coupe symphonique de l’ouverture, forme concertante pour le duo achevant le I; douce harmonie du canon Ă  l’octave pour toutes les effusions amoureuses ; final de sonate pour le retour de Titus au III
 Admirateur des grands dramaturges pour le thĂ©Ăątre, Magnard resserre, Ă©pure, allĂšge dans le sens d’un « dĂ©bat de conscience », entre la grandeur d’ñme et la vaillance admirable de BĂ©rĂ©nice et la lĂąchetĂ© de Titus
 Le compositeur a voulu exprimer le regret d’un empereur mort trĂšs jeune Ă  40 ans, celui d’avoir abandonnĂ© et trahi celle qui l’aimait pourtant d’un amour absolu. En sacrifiant le don de la vie le plus prĂ©cieux, Titus fĂ»t-il bien conseillĂ© et sincĂšre dans sa fĂ©lonie amoureuse, mĂ©ritait le chĂątiment suprĂȘme. L’opĂ©ra de Magnard entend surtout, et si tendrement, ressusciter le visage de l’amoureuse d’autant plus adorable qu’elle est ici affrontĂ©e Ă  l’esprit du calcul d’un amant trop politique. Pour confesser BĂ©rĂ©nice, Magnard invente le personnage de sa suivante et nourrice, Lia. Musicalement, le musicien veille Ă  diffuser depuis la fosse un parfum «  d’harmonie douloureuse, de tendresse sacrifiĂ©e ».

De Wagner à Virgile : composer Bérénice

Pour rendre sa figure plus Ă©clatante encore, Maganrd imagine son hĂ©roĂŻne jeune et conquĂ©rante, ĂągĂ© d’une vingtaine d’annĂ©es, en rien cette quinqa dĂ©jĂ  flĂ©trie qui cependant a rĂ©gnĂ© un temps sur le cƓur de son impĂ©rial cadet. Il fusionne aussi deux lĂ©gendes : la reine de JudĂ©e et une autre BĂ©rĂ©nice, celle-ci Ă©gyptienne, laquelle lui offre la grandeur poĂ©tique de son tableau final : pour hĂąter le retour de son aimĂ©, l’amoureuse enivrĂ©e coupe sa chevelure et l’offre en sacrifice Ă  VĂ©nus Aphrodite. Un acte d’une beautĂ© idĂ©ale qui rĂ©tablissant l’union de l’esthĂ©tique et de la tragĂ©die ressuscite l’esprit de Virgile. Comme le souhaitait Magnard.