RĂ©cital du Quatuor ZaĂŻde Ă  Saintes

quatuor zaide-cordes saintes 2014 quatuor ZAIDE concertSaintes. Quatuor ZaĂŻde : Haydn, Janacek, Beethoven, le 18 juillet 2014,22h. Le 3ème concert de la journĂ©e Ă  Saintes promet par tradition la dĂ©couverte voire rĂ©vĂ©lation de nouveaux et jeunes talents. C’est le cas des 4 musiciennes chambristes composant le Quatuor ZaĂŻde qui offrent ce 18 juillet au milieu de la nuit, un programme ambitieux rĂ©unissant Haydn, Beethoven, Janacek. Haydn: Quatuor opus 50 n°6. Dans l’histoire de la musique et dans celle de l’évolution progressive de la forme musicale, il y a pour le XVIIème les madrigaux de Monteverdi et pour le XVIIIè,  les …Quatuors de Mr Haydn. Le grand Claudio fait Ă©voluer le langage vocal et instrumental Ă  travers les madrigaux, passant de la polyphonie strictement vocale Ă  l’écriture baroque, dramatique, mĂŞlant instrumentistes et chanteurs vers un seul but, l’articulation expressive et poĂ©tique du mot. Quand la parole se fait geste et vice versa. A Vienne, Joseph Haydn transpose en musique, l’art de vivre raffinĂ© et social de la vie impĂ©riale cultivĂ©e … en musique : le Quatuor incarne peu Ă  peu l’idĂ©e de la conversation musicale mais Ă  quatre instruments de cordes seules. Le plan est parfaitement cernĂ© et de plus en plus strict : de 3 Ă  4 mouvements. L’ordre des Ă©pisodes se met en place : allegro initial (parfois avec un prĂ©lude sombre et imprĂ©visible), puis adagio, scherzo (et son trio ou menuet d’essence chorĂ©graphique), enfin allegro. Le tout forme un cycle caractĂ©risĂ© dont l’esprit et le caractère respectif contraste avec ce qui prĂ©cède et ce qui suit.

haydn_joseph_aristoLes six quatuors opus 50 de Joseph Haydn, dédiés à Frédéric Guillaume II de Prusse  sont dits «  prussiens et datent de 1787. La forme nouvelle permet au compositeur d’expérimenter, d’explorer dans toutes les directions, comme il le fait simultanément dans le domaine symphonique pour grand orchestre (les Symphonies parisiennes sont achevées juste avant les 3 Quatuors Prussiens. Outre le trio exceptionnel du Scherzo, Haydn affine encore les nuances de son écriture en particulier dans le dernier mouvement (allegro con spirito) où les mêmes notes répétées ne sont jamais colorées de la même façon. Le propre de Haydn ? Une élégance jamais mise en défaut, de l’invention là où on attend du conformisme, de la facétie où l’on espère du brio.

kamila janacekLes Lettres intimes de Janacek. Inventeur de l’opĂ©ra tchèque, Janacek brille sur la scène lyrique (Jenufa, l’Affaire Makropoulos, La Petite renarde rusĂ©e…), autant de chefs d’oeuvre dans sa langue natale qui apporte tout l’esprit original d’une culture spĂ©cifique, passionnĂ©e, contrastĂ©e, dont les ferments propres renouvellent aussi le genre opĂ©ra. Le compositeur est un homme comblĂ©, dont la vie intime fut une sĂ©rie d’épisodes enfiĂ©vrĂ©s dont tĂ©moignent presque explicitement ses Quatuors parmi les mieux autobiographiques du genre : bavardages dĂ©cousus diront les moins convaincus ; jaillissement libre et audacieux des affects diront les admirateurs pour qui Janacek a su aussi renouveler le genre crĂ©Ă© par Haydn. Le Quatuor Ă  cordes n°2, dit «lettres intimes», est le miroir d’une psychĂ© riche et bouillonnante : Ă  la fin des annĂ©es 1920, le compositeur vit une relation passionnĂ©e avec une jeune femme Kamila Stösslova, … qui a plus de 35 ans de moins que lui ! Le titre du Quatuor n°2 renvoie Ă  l’abondante correspondance entre les deux amants. Printemps sensuel pour le musicien en fin de carrière, comme avant lui, le vieux Rubens, amant regaillardi de la belle et très jeune HĂ©lène Fourment. L’histoire de l’art est Ă©difiante en vies sentimentales renouvelĂ©es oĂą des âmes ayant dĂ©jĂ  vĂ©cues leur cours, retrouvent Ă  l’extrĂ©mitĂ© de leur existence un nouveau soleil amoureux. Le grand souffle inspire Ă  Janacek l’une de ses Ĺ“uvres les plus inspirĂ©es, innocente par son flux premier, vital, primitif, d’un lyrisme Ă  fleur de peau et jamais tapageur. Ici la passion s’écrit en quatre mouvements tels que fixĂ©s par Haydn :  le premier mouvement exprime l’extase et le ravissement des cĹ“urs liĂ©s. Le final, après un moderato sensuel et lui aussi enivrĂ©, et parfois sombre, se fait dĂ©claratif … d’un Ă©lan conquĂ©rant, totalement lumineux. Illustration : Kamilla et Janacek (DR).

saintes abbatiale-facade-724x521Beethoven : Quatuor opus 59 n°3. A Saintes, les Zaide ajoute à ce programme généreux, le 3ème et ultime Quatuor Razumovsky de Beethoven, l’opus 59 n°3 (composé en 1807, créé par le Quatuor Schuppanzigh à Vienne en 1809) : à Vienne, Beethoven, célèbre déjà pour ses cycles symphoniques et de musique concertante (où il crée lui-même au clavier la plupart de ses Concertos pour piano), sait convaincre l’élite viennoise en lui offrant sa propre conception formelle du quatuor, après l’âge d’or incarné par son prédécesseur Haydn (et aussi Mozart). Parmi ses soutiens politiques, Razumovski qui est alors ambassadeur de Russie à Vienne. Emblème d’une modernité exigeante qui ne renonce à aucune audace, l’œuvre séduit immédiatement par sa puissante architecture harmonique comme sa grande fluidité mélodique (andante con moto). Parmi les annotations laissées par Ludwig sur le document autographe, l’auteur affirme sa claire conscience artistique malgré sa surdité : « «Ne garde plus le secret de ta surdité même dans ton art ». A croire que Schumann en avait compris l’incisive vérité : « ici Beethoven trouve ses motifs dans la rue, mais il en fait les plus belles paroles du monde ». Comme l’a fait Haydn mais de façon épisodique pour contraster l’ensemble de sa production, Beethoven inaugure ici, un procédé propre aux grands Quatuors de la fin, ceux de la maturité souveraine : une introduction lente et sombre parfois introspective et lugubre afin de préparer à la profondeur de ce qui suit et déjà susciter l’attention et l’écoute attentive de son auditoire. Comme pour Janacek après lui, Beethoven renouvelle le modèle de Haydn et fait du quatuor, le miroir musical de son âme palpitante. Un génial laboratoire intime qui manifeste ce que la musique peut dire ce que la voix ne saurait chanter.

 

Vendredi 18 juillet, 22h
Abbaye aux Dames
Quatuor ZaĂŻde

Joseph Haydn
(1732-1809)

Quatuor opus 50 n°6 : allegro en rĂ© majeur – poco adagio en rĂ© mineur – menuetto (allegretto) – allegro con spirito

Leos Janácek
(1865-1924)

Quatuor n°2 «lettreS intimes»  : andante – con moto – allegro adagio – vivace

moderato – andante – adagio allegro – andante – adagio

Ludwig van Beethoven
(1770-1827)

Quatuor opuS 59 n°3 : andante con moto- allegro vivace andante con moto quasi allegretto menuetto grazioso – allegro molto

Quatuor ZaĂŻde

Charlotte Juillard et Manon Philippe, violon

Sarah Chenaf, alto
Juliette Salmona, violoncelle

 

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