Compte-rendu : Bordeaux. OpĂ©ra National de Bordeaux, le 9 juin 2013. Mozart : La FlĂ»te EnchantĂ©e. Julien Behr, Olga Pudova… Orch. National Bordeaux Aquitaine. Jurjen Hempel, direction. Laura Scozzi, mise en scène.

mozart_1L’OpĂ©ra National de Bordeaux clĂ´t sa saison lyrique 2012-2013 avec la reprise de La FlĂ»te EnchantĂ©e de 2010, signĂ©e Laura Scozzi. La transposition insolente, interventionniste voire irrĂ©vĂ©rencieuse est pourtant une rĂ©ussite incontestable. D’un point de vue purement théâtral, voici une comĂ©die convaincante : d’une fraĂ®cheur, d’un piquant, d’une actualitĂ© indĂ©niables.

 

 

FlĂ»te pleine d’humour …

 

Les superbes dĂ©cors de Natacha Le Guen de Kerneizon n’y sont pour rien. L’action se dĂ©roule dans les vallĂ©es et montagnes des Alpes autrichiennes, dirait-on. La rĂ©alisation est cohĂ©nte et bien pensĂ©e, et le sens de la comĂ©die est surtout magnifiĂ©. Ainsi nous avons droit Ă  trois dames en chaleur, une Reine de la Nuit ivrogne, un Sarastro joueur de golf, une piscine, un hĂ©licoptère… le tout composant une certaine fantaisie mozartienne plutĂ´t dĂ©calĂ©e, vĂ©cue autrement. La mise en scène glaciale se chauffe grâce aux rires et sourires des spectateurs. La divertissante bataille des sexes au ski dĂ©contractĂ©e et bebette se dĂ©roule sur les planches.
Si les yeux et l’intellect sont stimulĂ©s par la mise en scène, l’oreille l’est de mĂŞme par la belle implication des chanteurs. Lors de notre visite (la reprise a deux distributions en alternance), Tamino est interprĂ©tĂ© par Julien Behr. Le jeune tĂ©nor chante son lied du 1er acte avec une certaine qualitĂ© nostalgique d’une tendre beautĂ©. Très vite, il rayonne grâce Ă  son enthousiasme et les modulations sensibles de sa voix. Olga Pudova dans le rĂ´le de la Reine de la Nuit fait preuve Ă©galement d’une Ă©tonnante sensibilitĂ©. Ă€ cela s’ajoutent une coloratura impressionnante, une facilitĂ© dans le suraigu irrĂ©prochable, un timbre vocal d’une beautĂ© et d’une chaleur particulières.

Melody Moore en Pamina a le chant solide. Sa voix est d’une richesse qui a tendance Ă  aller vers le grave. Dans ce sens, elle paraĂ®t avoir plus de caractère que de souplesse, ce qui contraste un peu avec le personnage et la mise en scène, très comique. Le Papageno de Florian Sempey a Ă©galement une tendance vers le grave. Sa voix est sombre comme elle est puissante, mais rĂ©ussit Ă  allĂ©ger sa prestation avec un excellent jeu d’acteur. Wenwei Zhang fait, quant Ă  lui, un Sarastro avec un registre grave puissant et d’une noble beautĂ©. Il se projette et s’impose sans effort apparent et touche par les nuances chaleureuses de son chant.

Les rĂ´les secondaires se distinguent de la mĂŞme façon. En particulier les trois dames d’Eve Christophe-Fontana, Caroline Fèvre et GaĂ«lle Mallada, coquettes et dĂ©sinvoltes, ainsi que le Monostatos de Cyril Auvity, d’un chant presque trop beau pour son personnage mĂ©chant. Mention spĂ©ciale pour les 3 garçons interprĂ©tĂ©s par trois sopranos (Morgane Collomb, Laura Jarrell et Bridget Bevan) au bel investissement.

L’Orchestre National Bordeaux Aquitaine dirigĂ© par Jurjen Hempel est d’une rĂ©activitĂ© trĂ©pidante. Si les tempis sont parfois arbitraires et l’Ă©quilibre pas toujours Ă©vident, la prestation est dans les lignes gĂ©nĂ©rales, d’une grande beautĂ©, notamment la prestation des vents très Ă©lĂ©gante. Une FlĂ»te hivernale au printemps bordelais qui fait tant rigoler, et qui inspire autant de sourires que d’applaudissements. Ă€ l’affiche jusqu’au 10 juin 2013 Ă  l’OpĂ©ra National de Bordeaux.

Bordeaux. OpĂ©ra National de Bordeaux, le 9 juin 2013. Mozart : La FlĂ»te EnchantĂ©e. Julien Behr, Olga Pudova, Wenwei Zhang… Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Jurjen Hempel, direction. Laura Scozzi, mise en scène.