COMPTE-RENDU, concert. LURE, église Saint-Martin : Giovanni GABRIELLI : Incoronazione a Venetia (Venise 1615). La Fenice, Jean Tubéry

musique-et-memoire-festival-2019-annonce-programmation-concert-opera-festival-concerts-annonce-critiques-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. LURE, Ă©glise Saint-Martin, le 19 juillet 2019 (ouverture du 26è Festival Musique et MĂ©moire) : Giovanni GABRIELLI : Incoronazione a Venetia (Venise 1615). La Fenice, Jean TubĂ©ry. LABORATOIRE VÉNITIEN… Alors que la monarchie en France cherche encore la musique de sa gloire, Venise a dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© la sienne Ă  travers la chapelle de son Doge, incarnation vivante et théâtralisĂ©e de sa puissance sur les mers (en particulier depuis la bataille de LĂ©pante, 1571). En peinture, les maĂ®tres de la couleur affirment un sens innĂ© de l’architecture et des compositions vertigineuses qui font d’ailleurs dĂ©lices et splendeur du dĂ©cor du palais des doges : Tintoret (et sa formidable Ă©vocation du Paradis en anneaux cĂ©lestes), en attestent son souffle, sa carrure, son rythme dĂ©jĂ  baroque de la mise en scène… MĂŞme Ă©clat, mĂŞme faste et intelligence des mouvements et de l’espace chez Giovanni Gabrielli (1557 – 1612) dont la puissante polyphonie, le sens des contrastes, le raffinements des couleurs instrumentales (cordes, cornets, trombones) semblent ici concrĂ©tiser un absolu expressif qui concentre et les recherches musicales, et le prestige du doge.
Grand dĂ©fenseur de ce rĂ©pertoire et de cette pĂ©riode oĂą tout se joue entre Renaissance et Baroque, Jean TubĂ©ry rĂ©unit autour de lui instrumentistes et chanteurs pour Ă©voquer le cĂ©rĂ©moniel du couronnement du Doge Giovanni Bembo Ă  Venise, probablement vers 1615. Sous les coupoles de San Marco, – la chapelle du Doge, se dĂ©ploie comme nulle part ailleurs, l’esthĂ©tique Ă  la fois spatialisĂ©e et d’un grand raffinement de timbres, en rapport avec le riche dĂ©cor des mosaĂŻques d’or. Il paraĂ®t Ă©vident que Gabrielli a connu le remarquable recueil des VĂŞpres de la Vierge de Claudio Monteverdi (1557 – 1643), datĂ© de 1610 : vrai laboratoire mĂŞlant avec une rare intelligence expĂ©rimentale, styles modernes et anciens. De Giovanni Ă  Claudio (nĂ©s la mĂŞme annĂ©e), rayonnent une mĂŞme libertĂ© du geste, l’amour des combinaisons nouvelles, le sens des jeux formels, une volontĂ© inĂ©dite de renouveler et inventer les formes musicales en variant effectifs et dĂ©veloppements.

 
 

 
 

Pour lancer le 26è Festival Musique & MĂ©moire, Jean TubĂ©ry et La Fenice Ă©voquent le couronnement du Doge Giovanni Bembo… Ă  VENISE, Ă  San Marco et au Palazzo Ducale…

VENISE, 1615

 
 

Giovanni Bembo incoronazione a venezia la fenice jean tubery critique musique et memoire festival critique concert opera messe classiquenews 26 e festival musique et memoire 2019Autant d’inventions qui renouvellent le stricte cadre d’une célébration officielle et pompeuse. Car c’est bien ce que nous permet d’écouter Jean Tubéry et les musiciens de son ensemble La Fenice (la formation fêtera ses 30 ans en 2020) : la richesse et la sensualité, le dramatisme et la vitalité. Venise n’a pas encore inventé l’opéra (1637), mais elle a désormais tous les éléments du langage pour réussir ce défi. 10 années avant, on reste saisi par la faculté à varier, le souci de séduire et d’envelopper, la volonté d’articuler par la voix et l’instrument, traités à égalité. De Gabrieli à Monteverdi (et vice versa) circule la même ambition inventive, d’autant que Claudio Monteverdi succède à son aîné au poste de maître de chapelle de San Marco en 1614. Puis en 1617, sont publiées plusieurs recueils de la musique de Gabrieli alors que Claudio est responsable de toute la musique officielle à San Marco. Il est donc plus que légitime d’associer les deux signatures : opportunité pertinente qui éclaire cet atelier vénitien entre les deux styles (antico et moderno), une communauté de sensibilité et de recherches, aux manières quasi interchangeables (comme en leur atelier « cubiste », Picasso et Braque peignant de la même façon au début du XXè). Ici la proximité est indéniable : elle dévoile ce laboratoire musical intense et réformateur, entre Renaissance et Baroque, période mixte, intermédiaire, délicieusement ambivalente dont le Festival Musique et Mémoire aime préciser la dynamique des ferments mêlés.

Le concert dĂ©bute Ă  l’orgue positif (aux très riches couleurs instrumentales) qui ponctue toute l’architecture du concert ; puis c’est le vertigineux motet concertant (Motetto concertato) pour voix et instruments de Giovanni Gabrielli : « In ecclesiis benedicte Domino », vĂ©ritable cathĂ©drale bondissante et rugissante, sensuelle et mĂŞme caressante dont la prodigieuse architecture indique l’ambition de spatialisation, le souffle pictural, le sens dramatique aussi dans les longues vagues sonores qui n’en finissent pas d’étirer leur superbe ondulation. S’il ne fallait retenir qu’une pièce de Gabrielli, celle ci s’affirme sans discussion. Jean TubĂ©ry ajoute le « Laudate Dominum » de Francesco Usper (1561 – 1641), autre formidable partition, très dramatique lĂ  encore, exclamative dont on savoure le jeu dialoguĂ© entre cuivres (profondeur et majestĂ© des trombones) et cordes (brillance des violons). Joueur de l’instrument, le chef et crĂ©ateur de La Fenice, n’omet pas la place première du cornet, dont l’aigu infini dessine l’extrĂ©mitĂ© d’un spectre sonore Ă©largi, contrastant avec le grave spectaculaire (chtonien) des mĂŞmes trombones, complĂ©tĂ©s par le basson.
C’est à Venise aussi que se fixent les premières formes de musique instrumentale pure : le goût des timbres associés, diversifiés, alternés s’affirment dans plusieurs pièces qui font converser dans l’esprit d’un chambrisme qui se façonne alors, cornets, violons, cuivres amples et articulés.
Le collectif, instrumentistes et chanteurs, s’enivre et joue la surenchère en un festival de couleurs et de nuances dont le but ultime cherche à fusionner majesté et sensualité, élégance et expressivité. A l’égal des peintres qui ont marqué d’un âge d’or le siècle précédent à Venise, les musiciens s’offrent et affirment la même maestrià, dans l’opulence, la couleur, une suavité nouvelle qui fait bien de la Cité lacustre, en ce début du XVIIè (Seicento), le premier laboratoire artistique d’Europe. Inspiré par son sujet, pilotant les effectifs de la Fenice auxquels se joignent deux jeunes instrumentistes locaux pour le dernier épisode (« Jubilate Deo Omnis terra », particulièrement festif), Jean Tubéry illustre idéalement son sujet : le couronnement du Doge, à San Marco puis au Palais ducal (Palazzo Ducale) ; il en ressuscite l’énergie impétueuse, la riche palette sonore, l’ampleur et les étagements vertigineux. Pour inaugurer, le 26è festival Musique et Mémoire, on ne pouvait rêver meilleure arche à la fois majestueuse et raffinée, sacrée et profane, incarnée, dramatique et spirituelle.

 
 

 
 

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COMPTE-RENDU, concert. LURE, église Saint-Martin, le 19 juillet 2019 (26ème Festival MUSIQUE ET MÉMOIRE) : Giovanni GABRIELLI : Incoronazione a Venetia (Venise 1615). La Fenice, Jean Tubéry

VOSGES DU SUD : 26è Festival MUSIQUE & MÉMOIRE (19 juillet – 4 aoĂ»t)

musique-et-memoire-festival-2019-annonce-programmation-concert-opera-festival-concerts-annonce-critiques-classiquenewsVosges du Sud, 26è FESTIVAL MUSIQUE ET MEMOIRE : 19 juillet – 4 aoĂ»t 2019. C’est le festival estival le plus original et le plus passionnant au nord de la Loire (ils ne sont pas nombreux et d’autant plus mĂ©ritants) et dans le grand Est, en Franche-ComtĂ© ou dans les VOSGES DU SUD plus prĂ©cisĂ©ment. Inscrit dans le territoires des 1000 Ă©tangs, un paradis mĂ©connu accordant forĂŞts Ă©ternelles et musique classique, en une Ă©quation inoubliable. Depuis ses dĂ©buts, le Festival Musique et MĂ©moire sait dĂ©velopper l’audace et la fidĂ©litĂ©, rĂ©servant aux ensembles les plus engagĂ©s, une rĂ©sidence de 3 annĂ©es pour approfondir un geste musical, affiner l’interprĂ©tation d’un rĂ©pertoire ou d’un compositeur, ciseler le travail chambriste, l’écoute et l’expĂ©rimentation entre musiciens, et surtout le partage Ă  l’adresse du public, heureux de participer Ă  l’élaboration des programmes, stimulĂ© Ă  suivre ainsi la maturation des sensibilitĂ©s. L’édition 2019 de Musique et MĂ©moire rĂ©pond Ă  tout cela, rĂ©pondant avec dĂ©lices et souvent de manière surprenante aux attentes du public. Car l’esprit de dĂ©couverte et la curiositĂ© sont toujours lĂ , intactes et prĂ©servĂ©es après plus de 25 annĂ©es de programmation.

 

 

Musique et Mémoire 2019 se déroule ainsi autour de 3 WEEK ENDS : 20-21 puis 27-28 juillet, enfin 3-4 août 2019 : une occasion idéale pour organiser votre séjour en Franche-Comté.

 

 

 

 

 

NOS 4 TEMPS FORTS 2019

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Parmi les temps forts 2019, distinguons entre autres :

 

 

 

1 – VENDREDI 19 JUILLET 2019

 

Concert d’ouverture de la Fenice avec un programme haut en couleursmonteverdi claudio portrait
COURONNEMENTS A VENISE / Incoronazione a Venezia
Messe de couronnement dans la Venise des Doges (Ven 19 juillet, Eglise St-martin de Lure, 21h). Ensemble La Fenice, Jean Tubéry.
Musiques des Gabrieli et de Monteverdi à Venise en 1615…
A 17h, répétition ouverte au public

2 – SAMEDI 20 JUILLET 2019

SUBLIME ORGUE DE GRANDVILLARSCollaboration Jean-Charles Ablitzer (orgue) / Vox Luminis pour une valorisation du merveilleux orgue espagnol de Grandvillars / SOL Y SOMBRA (soleil et ombre) : un programme en clair obscur, aux contrastes caravagesques, l’orgue de Jean-Charles Ablitzer et les voix éthérées, allusives, magiciennes de l’ensemble Vox Luminis (Lionel Meunier, direction), déjà invité au Festival l’an dernier (Eglise St-Martin de Grandvillars, sam 20 juillet, 18h et 21h). Musiques de Victoria et Arauxo.

 

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3 – VENDREDI 26 et SAMEDI 27 JUILLET 2019

spilmont-olivier-by-nicolas-maget-classiquenews-festival-musique-et-memoire-juillet-2017-JS-BACHPoursuite du parcours Jean-SĂ©bastien Bach par Alia Mens
Vendredi 26 et samedi 27 juillet 2019 (3è année de résidence).
Récital d’Olivier Spilmont, clavecin (Suites Françaises, le 26 juil, Gd Salon de l’Hôtel de Ville de Lure, 21h)
Labyrinthe : Cantates de Leipzig en un labyrinthe de 3 cantates, un chanteur par partie, où règne, énigmatique et mystérieuse la plus doloriste et inquiétante « Meine Seufzer, meine Tränen » (Sam 27 juil, Basilique St-Pierre de Luxeuil-les-Bains, 21h)

 

 

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4 – WEEK END LES TIMBRES : 2,3,4, 5 AOĂ›T 2019

 

Enfin, le meilleur pour la fin, la dernière année de résidence (2 dans l’histoire dules-timbres-portrait-noi-et-blanc-classiquenews festival, pour un campagnonage unique) du jeune ensemble envoûtant LES TIMBRES, ven 2, sam 3, dim 4 août 2019. C’est un miracle musical de péosie chambriste et d’entente collective comme il en existe peu ailleurs. Ainsi le joyeux trio enchanteur : Yoko Kawakubo, Myriam Rignol, Julien Wolfs (violon, viole de gambe, clavecin) propose What is life (William Byrd, le ven 2 août, Eglise luthérienne d’Héricourt, 21h) ; Inventions à 2 violons (avec Maite Larburu, 2è violon), et Inventions avec 2 violes de gambe (avec Pau Marcos Vicens, 2è viole de gambe), Inventions à 4 mains (avec Marie-Anne Dachy, clavecin), puis L’art de la fugue qui réunit les 6 instrumentistes solistes, sam 3 août, Chapelle Saint-Martin de Faucogney, 15h.
Le dimanche 5 aoĂ»t, place aux individualitĂ©s : Suites par Myriam Rignol (11h, chĹ“ur roman de Melisey), Sonate et Partita par Yoko Kawakubo (15h, Eglise ND de l’Assomption de Château-Lambert), enfin Variations Goldberg pr Julien Wolfs – enfin, rĂ©union des 3 solistes des Timbres dans Sonates en trio (17h30, Eglise ND de l’Assomption de Servance).

 

 

 

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VOSGES DU SUD : le Festival Musique & MĂ©moire diffuse l'excellence au Pays des 1000 Ă©tangs


VIDEO TEASER
Ă©vasion dans les VOSGES DU SUD

https://www.youtube.com/watch?v=vW50y5VJwiY 

  

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Toutes les infos, les modalités de réservations
sur le site du festival MUSIQUE & MEMOIRE 2019 :

https://musetmemoire.com

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MUSIQUE ET MÉMOIRE EN VIDÉO :

 

 

 

REPORTAGE VIDEO Festival Musique & Mémoire 2018 : Pour les 25 ans du Festival, Vox Luminis réalise la Messe en si de Jean-Sébastien Bach

 

REPORTAGE. JS BACH : Messe en si par VOX LUMINIS / Festival Musique et MĂ©moire 2018 from classiquenews.com on Vimeo.

 

 

 

 

 

Les éditions précédentes :

 

 

 

Festival 2013

 

Festival Musique et MĂ©moire 2013 : Les 20 ans from classiquenews.com on Vimeo.

 

 

 

 

 

Festival 2015 : Les Timbres, l’opĂ©ra dans tous ses Ă©tats

 

GRAND REPORTAGE : Festival Musique et MĂ©moire 2015 / Les Timbres from classiquenews.com on Vimeo.

 

 

 

 

Festival 2016 : Les 400 ans de FROBERGER

 

REPORTAGE. Le Festival MUSIQUE & MÉMOIRE 2016 : les 400 ans de Froberger from classiquenews.com on Vimeo.

 

 

 

 

Festival 2017 : ALIA MENS interprète Cantates et Concertos de JS BACH

 

REPORTAGE, vidéo. Festival MUSIQUE & MÉMOIRE : ALIA MENS joue JS BACH (juil 2017). from classiquenews.com on Vimeo.

 

 

 

 

COMPTE RENDU, opéra. VENISE, La Fenice, nov 2013. MEYERBEER : L’Africaine, Kunde, Vuillaume

fenice-africana vuillaume pratt kunde critique opera review opera concert classiquenewsCOMPTE RENDU, opĂ©ra. VENISE, La Fenice, nov 2013. MEYERBEER : L’Africaine, Kunde, Vuillaume. VENISE, NOVEMBRE 2013. Après Les Huguenots, – tragĂ©die sur l’intolĂ©rance humaine, la barbarie des fanatiques, Scribe et Meyerbeer s’attèlent Ă  leur nouvel opĂ©ra en 1837, sur le thème de l’étrangère, Ă  partir de la figure historique et exotique de Vasco de Gama. Les auteurs ciblent en particulier la dĂ©couverte du Nouveau Monde puis son exploitation mĂ©thodique par les colons europĂ©ens. Le sujet est mordant, la mise en forme, ambitieuse… Le compositeur n’oublie pas l’alibi de la violence dominatrice, son corolaire religieux, puisque Ă  travers l’Inquisiteur, c’est le fanatisme qui est bien Ă©pinglĂ© aussi. Meyerbeer devra patienter cependant, tentĂ© par d’autres ouvrages prĂ©alables qui passent par le genre « comique » et lĂ©ger : L’Etoile du Nord et Dinorah. Puis Scribe meurt en 1861, et lui-mĂŞme dĂ©cède en 1864 quand la partition de L’Africaine est achevĂ©e et mise en rĂ©pĂ©titions. Les coupures et refondations que le compositeur savait orchestrer n’ont pas lieu : il nous lègue une version plus que complète, parfois indigeste, dans laquelle tous les chefs peuvent opĂ©rer des tailles salvatrices. Car la crĂ©ation en 1865 – l’annĂ©e de la crĂ©ation de Tristan de Wagner, c’est FĂ©tis qui a rĂ©agencĂ© l’œuvre de Meyerbeer, sans guère d’unitĂ©, quitte Ă  la rendre justement trop copieuse.
Emmanuel Villaume tout en raccourcissant, a préservé le souffle vital de l’orchestre, acteur du drame : l’ouverture et les préludes des actes III et IV en témoignent. Ailleurs, l’activité permanente du chant symphonique honore la réputation de Meyerbeer et l’on comprend que le symphoniste Wagner, ait tant admiré l’allure des opéras de Giacomo (fût-il juif.…). Quand on sait l’antisémitisme du compositeur, l’adoration n’est pas neutre. Mais Wagner n’en est pas à sa première contradiction, adulant et défendant le chef créateur de Parsifal, lui aussi juif, Hermann Lévi (1882). De fait, il faut un vrai chef capable d’éclairer les couleurs de la partition qui brille par son orchestration raffinée.

Dans cette version édulcorée, repensée par le chef, on peut aisément mesurer le génie de Meyerbeer, puissant créateur dans le genre du grand opéra à la française, où à un quatuor vocal solide, répond la fougue murmurée, rugissante de l’orchestre, la part léonine des chœurs omniprésents (chœur des femmes du III)… Ainsi l’acte III cumule les effets des plus contrastés tel un catalogue de rebondissements éclectiques (prière des marins, tempête, guerre maritime, enfin… massacre).

La Fenice peut s’enorgueillir de présenter telle lecture du dernier sommet lyrique de Meyerbeer quand Paris hésite à le produire malgré des possibilités … solides. Préférant Verdi et Puccini aux joyaux du patrimoine romantique et français.

Le Nelusko de Angelo Veccia est très crédible, vocalement agile, dramatiquement intelligent : le geste est entier et la voix sombre. Inès voit son profil de victime, ciselé par Jessica Pratt, au timbre charnu et aux aigus jamais contraints. Selika, elle aussi éprise de Gama, trouve en Veronica Simeoni, une personnalité de poids, elle aussi, en rien, décontenancée par les milles rudesses et épreuves qu’infligent sa partition : sa nature est loyale et déterminée jusqu’à son sacrifice final. Car il y faut de la souplesse expressive dans l’aigu comme dans le grave… En Vasco de Gama, Gregory Kunde séduit par la franchise et la sincérité d’une voix à présent mûre mais qui a conservé son impact et son intensité, une clarté qui sert l’intonation et l’articulation.

Meyerbeer a conçu un grand spectacle sans sacrifier les voix ni la crĂ©dibilitĂ© des situations (le grand septuor de l’acte II, ;le duo de Vasco et Selika au IV, empruntĂ© Ă  celui de Valentine / Raoul des Huguenots ; berceuse de SĂ©lika ; « Ô Paradis » de Vasco, …). Cette Afrique a tout de l’Inde : dont les rives furent rejointes par l’explorateur Vasco de Gama. Las, sur scène, on regrette une confusion qui gĂŞne l’éclat des profils (superbes, affrontĂ©s comme la confrontation des deux hĂ©roĂŻnes rivales Ă  l’acte V), la pertinence des thĂ©matiques dĂ©noncĂ©es par les auteurs. MalgrĂ© son titre, l’action se dĂ©roule dans une contrĂ©e aux vagues rĂ©fĂ©rences hindouistes (ces « africains » adorent Brahma). Une meilleure attention aux Ă©quilibres entre tableaux collectifs et prières ou impuissances individuelles eĂ»t Ă©tĂ© profitable. NĂ©anmoins, l’expĂ©rience tentĂ©e par La Fenice rend justice Ă  un opĂ©ra parmi les plus saisissants et touchants de Meyerbeer : les interludes avec projection vidĂ©o d’images affligeante du colonialisme esclavagiste tĂ©moigne de la rĂ©alitĂ© barbare Ă  l’époque de Gama, car Meyerbeer, tout pompeux qu’il soit, n’en a pas perdu son sens militant et humaniste. Reste qu’une version rĂ©visĂ©e, Ă©quilibrĂ©e est toujours Ă  prĂ©senter. Cette production vĂ©nitienne offre une belle fondation Ă  ce travail futur. Repris Ă  Paris ? – oĂą l’Africaine n’a pas Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e depuis 1902. A voir indiscutablement.

 

 

 

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COMPTE RENDU, opéra. VENISE, La Fenice, nov 2013. MEYERBEER : L’Africaine, Kunde, Vuillaume.

Giacomo Meyerbeer : L’Africaine
Opéra en cinq actes, livret d’Eugène Scribe
Création posthume, à Paris, salle Le Pelletier, le 28 avril 1865
Nouvelle production de la Fondation Teatro La Fenice
Pour le 150è anniversaire de la mort de Giacomo Meyerbeer

Emmanuel Villaume, direction
Mise en scène : Leo Muscato

Ines : Jessica Pratt
Vasco de Gama : Gregory Kunde
Nelusko : Angelo Veccia
Selika : Veronica Simeoni
Le Grand PrĂŞtre de Brahma : Ruben Amoretti
Don Pedro : Luca Dall’Amico
Don Diego : Davide Ruberti

Orchestre et chœur du Théâtre de La Fenice
Chef du chœur : Claudio Marino Moretti
Filmé en novembre 2013.

DVD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. TEATRO LA FENICE – 4 OPERAS (COFFRET 4 DVD, Ă©ditions Montparnasse)

dvd-editions-montparnasse-la-fenice-la-fenice-di-venezia-alceste-tannhauser-la-flute-enchantee-l-africaine-meyerbeer-dvd-critique-classiquenews-critique-opera-3346030029312DVD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. TEATRO LA FENICE – 4 OPERAS (COFFRET 4 DVD, Ă©ditions Montparnasse). InaugurĂ©e en 1772 de style nĂ©o-classique, le théâtre La Fenice de Venise, maintes fois reconstruite, – elle ne porte pas son nom pour rien (le phĂ©nix qui renaĂ®t de ses cendres) offre aujourd’hui l’une des salles les plus prestigieuses du monde… Rossini, Bellini, Verdi et Donizetti, … y ont crĂ©Ă© leurs ouvrages parmi les plus importants, tel La Traviata de Verdi… qui y fut pourtant dĂ©criĂ© (Ă  sa crĂ©ation en 1853). Les Ă©ditions Montparnasse ont sĂ©lectionnĂ© 4 productions qui montrent aussi l’ouverture vers tous les styles que dĂ©fend l’auguste institution. Le coffret Ă©laborĂ© par les Ă©ditions Montparnasse regroupe 2 piliers du rĂ©pertoire (Tannhäuser et la FlĂ»te EnchantĂ©e) et deux raretĂ©s pourtant signĂ©es par deux compositeurs majeurs : Alceste de Gluck et L’Africaine de Giacomo Meyerbeer. Choix Ă©quilibrĂ© qui fait la valeur du prĂ©sent coffret de 4 dvd.
- Alceste : la version italienne, rarement jouée, présentée à l’occasion du tricentenaire de la naissance du compositeur germanique, professeur de marie-Antoinette à Vienne, Christoph Willibald Gluck (Chef d’orchestre : Guillaume Tournaire / Mise en scène : Pier Luigi Pizzi).
- Tannhäuser: c’est l’opéra romantique allemand par excellence, conçu par Wagner , champion de l’opéra de l’avenir, dont le modernisme passe surtout par le chant de l’orchestre et la figure du poète dans laquelle se confond aussi l’idéal défendu par Wagner lui-même (Chef d’orchestre : Omer Meir Wellber / Mise en scène : Calixto Bieito).
- La Flûte Enchantée : œuvre à clés : rituel populaire ou inititiation philosophique, l’opéra de Mozart, en allemand, est aussi l’un des plus accessibles et des oniriques (Chef d’orchestre : Antonello Manacorda / Mise en scène : Damiano Michieletto).
- L’Africaine : une œuvre rarement jouée qui appartient au genre du grand opéra français, un registre que l’on classifie à torts comme poussiéreux et pompeux : rient de tel en vérité, mais du drame et des passions exacerbées selon la vision souvent terrifiante et noire de Meyerbeer (Chef d’orchestre : Emmanuel Villaume / Mise en scène : Leo Muscato).

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DVD, coffret Ă©vĂ©nement, annonce. TEATRO LA FENICE – 4 OPERAS (COFFRET 4 DVD) – Prix indicatif : 40 € – Editions Montparnasse / 4 productions lyrique Ă  La Fenice : Gluck, TannhaĂĽser, Mozart, Meyerbeer… de StĂ©phane VĂ©ritĂ©, Nicolas Foulon, avec Marlin Miller; Carmela Remigio; Pavlo Balakin; Stefan Vinke; Goran Juric; Antonio Poli; Luca dall’Amico; Davide Ruberti. Prochaine grand critique du DVD La Fenice des Ă©ditions Montparnasse dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

Ernani de Verdi avec Ramon Vargas, Ludovic TĂ©zier

france3 logo 2014France 3. Verdi : Ernani. Mercredi 19 novembre 2014, 23h50. 2 ans après le succès de Nabucco Ă  la Scala de Milan (mars 1842) Verdi est acclamĂ© de mĂŞme par les vĂ©nitiens heureux d’applaudir le nouveau drame lyrique Ernani, Ă©crit pour La Fenice (mars 1844), premier opus destinĂ© Ă  la scène lagunaire : le compositeur composa ensuite La Traviata au retentissement nettement moins fracassant. Avec Ernani, inspirĂ© de la pièce de Hugo de 1830, drame spectaculaire et historique comme scrupuleux et efficace, le jeune Verdi amorce une sĂ©rie d’ouvrages nerveux, aux rĂ©fĂ©rences clairement patriotes dont l’ardeur juvĂ©nile adaptĂ©e au sujet de conquĂŞte et d’amours Ă©prouvĂ©s galvanise l’enthousiasme des spectateurs. Ce sont ses fameuses annĂ©es de galère, apportant succès et aussi travail  forcenĂ© en particulier avec le librettiste Francesco Maria Piave, complice pour une dizaine d’opus lyriques. verdi, gĂ©nie de la mĂ©lodie partage avec Piave un sens très affĂ»tĂ© du drame : il recherche avant tout des situations habilement brossĂ©es qui approfondit toujours la psychologie de ses personnages.

Horreur tragique d’après Hugo…

xl_image1019Au centre de l’intrigue, Elvira est le sujet du dĂ©sir de trois hommes : Ernani (tĂ©nor), le Roi d’Espagne Carlo (baryton), son oncle Silva (basse), vieillard abusif (prĂ©figuration de Luna du Trouvère amoureux de la jeune Leonora. D’ailleurs Ă  partir du trio Elvira, Ernani, Silva soit la trinitĂ© verdienne soprano tĂ©nor baryton/basse, se prĂ©cise peu Ă  peu une typologie dramatique que le compositeur affinera peu Ă  peu Ă  travers ses opĂ©ras suivants : toujours la soprano et le tĂ©nor sont Ă©troitement attirĂ©s l’un par l’autre, une fusion remise / contrariĂ© par la prĂ©sence du baryton, soit que ce dernier soit le tuteur ou le père de la jeune femme (Rigoletto, Bocanegra, AĂŻda, La Traviata…) soit qu’il soit comme ici le rival grisonnant du jeune tĂ©nor (Le Trouvère, Don Carlo…).

Au XVIè (1519), en Espagne, le rebelle Ernani (ex Don Juan d’Aragon) est pourchassĂ© par le Roi de Castille Charles (le futur empereur Charles Quint) qui aime la mĂŞme femme, Elvira laquelle doit Ă©pouser son oncle, le vieux Silva. Alors que le Roi a emmenĂ© Elvira avec sa suite, Silva et Ernani signent un pacte pour sauver la jeune femme (fin du II) : au son du cor que fait retentir Silva, Ernani se donnera la mort pour sauver celle qu’il aime. Mais Devenu Empereur, Carlo se dĂ©die et pardonne en souverain clĂ©ment : Ernani et Elvira peuvent se marier (acte III)… le soir des noces, le cor de Silva retentit : hĂ©ros naĂŻvement loyal, Ernani se poignarde (acte IV). La fin d’Ernani a des accents  tragiques exacerbĂ©s, permettant que se rĂ©alise dans la scène finale, la terrible vengeance – une trame proche de celle du Trouvère d’ailleurs (opĂ©ra qui se passe Ă©galement en Espagne).

france3 logo 2014France 3. Verdi : Ernani. Mercredi 19 novembre 2014, 23h50.  Production enregistrĂ©e en avril 2014 Ă  l’OpĂ©ra de Monte Carlo. avec Ramon Vargas (Ernani), Ludovic TĂ©zier (Carlo), Svelta Vassilieva. Daniele Callegari, direction. Jean-Louis Grinda, mise en scène.