Festival Musique et Mémoire 2019 : La Fenice, Vox Luminis, Jean-Charles Ablitzer

musique-et-memoire-festival-2019-annonce-programmation-concert-opera-festival-concerts-annonce-critiques-classiquenewsVIDEO. MUSIQUE MEMOIRE 2019 : La Fenice, Vox Luminis et Jean-Charles ABLITZER, orgue (juillet 2019) – Le 26è Festival Musique et Mémoire poursuit son exploration des répertoires entre XVIè et XVIIè avec La Fenice et Jean Tubéry ; il met aussi en scène le formidable orgue ibérique de Grandvillars, récemment inauguré, que joue l’organiste Jean-Charles Ablitzer (Tientos de Arauxo) auquel répondent les voix uniques, célestes, de VOX LUMINIS, interprètes du Requiem de Victoria – reportage © studio classiquenews.tv / Réalisation : Philippe-Alexandre PHAM (juillet 2019)

COMPTE-RENDU, concert. LURE, église Saint-Martin : Giovanni GABRIELLI : Incoronazione a Venetia (Venise 1615). La Fenice, Jean Tubéry

musique-et-memoire-festival-2019-annonce-programmation-concert-opera-festival-concerts-annonce-critiques-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. LURE, église Saint-Martin, le 19 juillet 2019 (ouverture du 26è Festival Musique et Mémoire) : Giovanni GABRIELLI : Incoronazione a Venetia (Venise 1615). La Fenice, Jean Tubéry. LABORATOIRE VÉNITIEN… Alors que la monarchie en France cherche encore la musique de sa gloire, Venise a déjà réalisé la sienne à travers la chapelle de son Doge, incarnation vivante et théâtralisée de sa puissance sur les mers (en particulier depuis la bataille de Lépante, 1571). En peinture, les maîtres de la couleur affirment un sens inné de l’architecture et des compositions vertigineuses qui font d’ailleurs délices et splendeur du décor du palais des doges : Tintoret (et sa formidable évocation du Paradis en anneaux célestes), en attestent son souffle, sa carrure, son rythme déjà baroque de la mise en scène… Même éclat, même faste et intelligence des mouvements et de l’espace chez Giovanni Gabrielli (1557 – 1612) dont la puissante polyphonie, le sens des contrastes, le raffinements des couleurs instrumentales (cordes, cornets, trombones) semblent ici concrétiser un absolu expressif qui concentre et les recherches musicales, et le prestige du doge.
Grand défenseur de ce répertoire et de cette période où tout se joue entre Renaissance et Baroque, Jean Tubéry réunit autour de lui instrumentistes et chanteurs pour évoquer le cérémoniel du couronnement du Doge Giovanni Bembo à Venise, probablement vers 1615. Sous les coupoles de San Marco, – la chapelle du Doge, se déploie comme nulle part ailleurs, l’esthétique à la fois spatialisée et d’un grand raffinement de timbres, en rapport avec le riche décor des mosaïques d’or. Il paraît évident que Gabrielli a connu le remarquable recueil des Vêpres de la Vierge de Claudio Monteverdi (1557 – 1643), daté de 1610 : vrai laboratoire mêlant avec une rare intelligence expérimentale, styles modernes et anciens. De Giovanni à Claudio (nés la même année), rayonnent une même liberté du geste, l’amour des combinaisons nouvelles, le sens des jeux formels, une volonté inédite de renouveler et inventer les formes musicales en variant effectifs et développements.

 
 

 
 

Pour lancer le 26è Festival Musique & Mémoire, Jean Tubéry et La Fenice évoquent le couronnement du Doge Giovanni Bembo… à VENISE, à San Marco et au Palazzo Ducale…

VENISE, 1615

 
 

Giovanni Bembo incoronazione a venezia la fenice jean tubery critique musique et memoire festival critique concert opera messe classiquenews 26 e festival musique et memoire 2019Autant d’inventions qui renouvellent le stricte cadre d’une célébration officielle et pompeuse. Car c’est bien ce que nous permet d’écouter Jean Tubéry et les musiciens de son ensemble La Fenice (la formation fêtera ses 30 ans en 2020) : la richesse et la sensualité, le dramatisme et la vitalité. Venise n’a pas encore inventé l’opéra (1637), mais elle a désormais tous les éléments du langage pour réussir ce défi. 10 années avant, on reste saisi par la faculté à varier, le souci de séduire et d’envelopper, la volonté d’articuler par la voix et l’instrument, traités à égalité. De Gabrieli à Monteverdi (et vice versa) circule la même ambition inventive, d’autant que Claudio Monteverdi succède à son aîné au poste de maître de chapelle de San Marco en 1614. Puis en 1617, sont publiées plusieurs recueils de la musique de Gabrieli alors que Claudio est responsable de toute la musique officielle à San Marco. Il est donc plus que légitime d’associer les deux signatures : opportunité pertinente qui éclaire cet atelier vénitien entre les deux styles (antico et moderno), une communauté de sensibilité et de recherches, aux manières quasi interchangeables (comme en leur atelier « cubiste », Picasso et Braque peignant de la même façon au début du XXè). Ici la proximité est indéniable : elle dévoile ce laboratoire musical intense et réformateur, entre Renaissance et Baroque, période mixte, intermédiaire, délicieusement ambivalente dont le Festival Musique et Mémoire aime préciser la dynamique des ferments mêlés.

Le concert débute à l’orgue positif (aux très riches couleurs instrumentales) qui ponctue toute l’architecture du concert ; puis c’est le vertigineux motet concertant (Motetto concertato) pour voix et instruments de Giovanni Gabrielli : « In ecclesiis benedicte Domino », véritable cathédrale bondissante et rugissante, sensuelle et même caressante dont la prodigieuse architecture indique l’ambition de spatialisation, le souffle pictural, le sens dramatique aussi dans les longues vagues sonores qui n’en finissent pas d’étirer leur superbe ondulation. S’il ne fallait retenir qu’une pièce de Gabrielli, celle ci s’affirme sans discussion. Jean Tubéry ajoute le « Laudate Dominum » de Francesco Usper (1561 – 1641), autre formidable partition, très dramatique là encore, exclamative dont on savoure le jeu dialogué entre cuivres (profondeur et majesté des trombones) et cordes (brillance des violons). Joueur de l’instrument, le chef et créateur de La Fenice, n’omet pas la place première du cornet, dont l’aigu infini dessine l’extrémité d’un spectre sonore élargi, contrastant avec le grave spectaculaire (chtonien) des mêmes trombones, complétés par le basson.
C’est à Venise aussi que se fixent les premières formes de musique instrumentale pure : le goût des timbres associés, diversifiés, alternés s’affirment dans plusieurs pièces qui font converser dans l’esprit d’un chambrisme qui se façonne alors, cornets, violons, cuivres amples et articulés.
Le collectif, instrumentistes et chanteurs, s’enivre et joue la surenchère en un festival de couleurs et de nuances dont le but ultime cherche à fusionner majesté et sensualité, élégance et expressivité. A l’égal des peintres qui ont marqué d’un âge d’or le siècle précédent à Venise, les musiciens s’offrent et affirment la même maestrià, dans l’opulence, la couleur, une suavité nouvelle qui fait bien de la Cité lacustre, en ce début du XVIIè (Seicento), le premier laboratoire artistique d’Europe. Inspiré par son sujet, pilotant les effectifs de la Fenice auxquels se joignent deux jeunes instrumentistes locaux pour le dernier épisode (« Jubilate Deo Omnis terra », particulièrement festif), Jean Tubéry illustre idéalement son sujet : le couronnement du Doge, à San Marco puis au Palais ducal (Palazzo Ducale) ; il en ressuscite l’énergie impétueuse, la riche palette sonore, l’ampleur et les étagements vertigineux. Pour inaugurer, le 26è festival Musique et Mémoire, on ne pouvait rêver meilleure arche à la fois majestueuse et raffinée, sacrée et profane, incarnée, dramatique et spirituelle.

 
 

 
 

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COMPTE-RENDU, concert. LURE, église Saint-Martin, le 19 juillet 2019 (26ème Festival MUSIQUE ET MÉMOIRE) : Giovanni GABRIELLI : Incoronazione a Venetia (Venise 1615). La Fenice, Jean Tubéry

VOSGES DU SUD : 26è Festival MUSIQUE & MÉMOIRE (19 juillet – 4 août)

musique-et-memoire-festival-2019-annonce-programmation-concert-opera-festival-concerts-annonce-critiques-classiquenewsVosges du Sud, 26è FESTIVAL MUSIQUE ET MEMOIRE : 19 juillet – 4 août 2019. C’est le festival estival le plus original et le plus passionnant au nord de la Loire (ils ne sont pas nombreux et d’autant plus méritants) et dans le grand Est, en Franche-Comté ou dans les VOSGES DU SUD plus précisément. Inscrit dans le territoires des 1000 étangs, un paradis méconnu accordant forêts éternelles et musique classique, en une équation inoubliable. Depuis ses débuts, le Festival Musique et Mémoire sait développer l’audace et la fidélité, réservant aux ensembles les plus engagés, une résidence de 3 années pour approfondir un geste musical, affiner l’interprétation d’un répertoire ou d’un compositeur, ciseler le travail chambriste, l’écoute et l’expérimentation entre musiciens, et surtout le partage à l’adresse du public, heureux de participer à l’élaboration des programmes, stimulé à suivre ainsi la maturation des sensibilités. L’édition 2019 de Musique et Mémoire répond à tout cela, répondant avec délices et souvent de manière surprenante aux attentes du public. Car l’esprit de découverte et la curiosité sont toujours là, intactes et préservées après plus de 25 années de programmation.

 

 

Musique et Mémoire 2019 se déroule ainsi autour de 3 WEEK ENDS : 20-21 puis 27-28 juillet, enfin 3-4 août 2019 : une occasion idéale pour organiser votre séjour en Franche-Comté.

 

 

 

 

 

NOS 4 TEMPS FORTS 2019

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Parmi les temps forts 2019, distinguons entre autres :

 

 

 

1 – VENDREDI 19 JUILLET 2019

 

Concert d’ouverture de la Fenice avec un programme haut en couleursmonteverdi claudio portrait
COURONNEMENTS A VENISE / Incoronazione a Venezia
Messe de couronnement dans la Venise des Doges (Ven 19 juillet, Eglise St-martin de Lure, 21h). Ensemble La Fenice, Jean Tubéry.
Musiques des Gabrieli et de Monteverdi à Venise en 1615…
A 17h, répétition ouverte au public

2 – SAMEDI 20 JUILLET 2019

SUBLIME ORGUE DE GRANDVILLARSCollaboration Jean-Charles Ablitzer (orgue) / Vox Luminis pour une valorisation du merveilleux orgue espagnol de Grandvillars / SOL Y SOMBRA (soleil et ombre) : un programme en clair obscur, aux contrastes caravagesques, l’orgue de Jean-Charles Ablitzer et les voix éthérées, allusives, magiciennes de l’ensemble Vox Luminis (Lionel Meunier, direction), déjà invité au Festival l’an dernier (Eglise St-Martin de Grandvillars, sam 20 juillet, 18h et 21h). Musiques de Victoria et Arauxo.

 

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3 – VENDREDI 26 et SAMEDI 27 JUILLET 2019

spilmont-olivier-by-nicolas-maget-classiquenews-festival-musique-et-memoire-juillet-2017-JS-BACHPoursuite du parcours Jean-Sébastien Bach par Alia Mens
Vendredi 26 et samedi 27 juillet 2019 (3è année de résidence).
Récital d’Olivier Spilmont, clavecin (Suites Françaises, le 26 juil, Gd Salon de l’Hôtel de Ville de Lure, 21h)
Labyrinthe : Cantates de Leipzig en un labyrinthe de 3 cantates, un chanteur par partie, où règne, énigmatique et mystérieuse la plus doloriste et inquiétante « Meine Seufzer, meine Tränen » (Sam 27 juil, Basilique St-Pierre de Luxeuil-les-Bains, 21h)

 

 

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4 – WEEK END LES TIMBRES : 2,3,4, 5 AOÛT 2019

 

Enfin, le meilleur pour la fin, la dernière année de résidence (2 dans l’histoire dules-timbres-portrait-noi-et-blanc-classiquenews festival, pour un campagnonage unique) du jeune ensemble envoûtant LES TIMBRES, ven 2, sam 3, dim 4 août 2019. C’est un miracle musical de péosie chambriste et d’entente collective comme il en existe peu ailleurs. Ainsi le joyeux trio enchanteur : Yoko Kawakubo, Myriam Rignol, Julien Wolfs (violon, viole de gambe, clavecin) propose What is life (William Byrd, le ven 2 août, Eglise luthérienne d’Héricourt, 21h) ; Inventions à 2 violons (avec Maite Larburu, 2è violon), et Inventions avec 2 violes de gambe (avec Pau Marcos Vicens, 2è viole de gambe), Inventions à 4 mains (avec Marie-Anne Dachy, clavecin), puis L’art de la fugue qui réunit les 6 instrumentistes solistes, sam 3 août, Chapelle Saint-Martin de Faucogney, 15h.
Le dimanche 5 août, place aux individualités : Suites par Myriam Rignol (11h, chÅ“ur roman de Melisey), Sonate et Partita par Yoko Kawakubo (15h, Eglise ND de l’Assomption de Château-Lambert), enfin Variations Goldberg pr Julien Wolfs – enfin, réunion des 3 solistes des Timbres dans Sonates en trio (17h30, Eglise ND de l’Assomption de Servance).

 

 

 

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VOSGES DU SUD : le Festival Musique & Mémoire diffuse l'excellence au Pays des 1000 étangs


VIDEO TEASER
évasion dans les VOSGES DU SUD

https://www.youtube.com/watch?v=vW50y5VJwiY 

  

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Toutes les infos, les modalités de réservations
sur le site du festival MUSIQUE & MEMOIRE 2019 :

https://musetmemoire.com

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MUSIQUE ET MÉMOIRE EN VIDÉO :

 

 

 

REPORTAGE VIDEO Festival Musique & Mémoire 2018 : Pour les 25 ans du Festival, Vox Luminis réalise la Messe en si de Jean-Sébastien Bach

 

REPORTAGE. JS BACH : Messe en si par VOX LUMINIS / Festival Musique et Mémoire 2018 from classiquenews.com on Vimeo.

 

 

 

 

 

Les éditions précédentes :

 

 

 

Festival 2013

 

Festival Musique et Mémoire 2013 : Les 20 ans from classiquenews.com on Vimeo.

 

 

 

 

 

Festival 2015 : Les Timbres, l’opéra dans tous ses états

 

GRAND REPORTAGE : Festival Musique et Mémoire 2015 / Les Timbres from classiquenews.com on Vimeo.

 

 

 

 

Festival 2016 : Les 400 ans de FROBERGER

 

REPORTAGE. Le Festival MUSIQUE & MÉMOIRE 2016 : les 400 ans de Froberger from classiquenews.com on Vimeo.

 

 

 

 

Festival 2017 : ALIA MENS interprète Cantates et Concertos de JS BACH

 

REPORTAGE, vidéo. Festival MUSIQUE & MÉMOIRE : ALIA MENS joue JS BACH (juil 2017). from classiquenews.com on Vimeo.

 

 

 

 

COMPTE RENDU, opéra. VENISE, La Fenice, nov 2013. MEYERBEER : L’Africaine, Kunde, Vuillaume

fenice-africana vuillaume pratt kunde critique opera review opera concert classiquenewsCOMPTE RENDU, opéra. VENISE, La Fenice, nov 2013. MEYERBEER : L’Africaine, Kunde, Vuillaume. VENISE, NOVEMBRE 2013. Après Les Huguenots, – tragédie sur l’intolérance humaine, la barbarie des fanatiques, Scribe et Meyerbeer s’attèlent à leur nouvel opéra en 1837, sur le thème de l’étrangère, à partir de la figure historique et exotique de Vasco de Gama. Les auteurs ciblent en particulier la découverte du Nouveau Monde puis son exploitation méthodique par les colons européens. Le sujet est mordant, la mise en forme, ambitieuse… Le compositeur n’oublie pas l’alibi de la violence dominatrice, son corolaire religieux, puisque à travers l’Inquisiteur, c’est le fanatisme qui est bien épinglé aussi. Meyerbeer devra patienter cependant, tenté par d’autres ouvrages préalables qui passent par le genre « comique » et léger : L’Etoile du Nord et Dinorah. Puis Scribe meurt en 1861, et lui-même décède en 1864 quand la partition de L’Africaine est achevée et mise en répétitions. Les coupures et refondations que le compositeur savait orchestrer n’ont pas lieu : il nous lègue une version plus que complète, parfois indigeste, dans laquelle tous les chefs peuvent opérer des tailles salvatrices. Car la création en 1865 – l’année de la création de Tristan de Wagner, c’est Fétis qui a réagencé l’œuvre de Meyerbeer, sans guère d’unité, quitte à la rendre justement trop copieuse.
Emmanuel Villaume tout en raccourcissant, a préservé le souffle vital de l’orchestre, acteur du drame : l’ouverture et les préludes des actes III et IV en témoignent. Ailleurs, l’activité permanente du chant symphonique honore la réputation de Meyerbeer et l’on comprend que le symphoniste Wagner, ait tant admiré l’allure des opéras de Giacomo (fût-il juif.…). Quand on sait l’antisémitisme du compositeur, l’adoration n’est pas neutre. Mais Wagner n’en est pas à sa première contradiction, adulant et défendant le chef créateur de Parsifal, lui aussi juif, Hermann Lévi (1882). De fait, il faut un vrai chef capable d’éclairer les couleurs de la partition qui brille par son orchestration raffinée.

Dans cette version édulcorée, repensée par le chef, on peut aisément mesurer le génie de Meyerbeer, puissant créateur dans le genre du grand opéra à la française, où à un quatuor vocal solide, répond la fougue murmurée, rugissante de l’orchestre, la part léonine des chœurs omniprésents (chœur des femmes du III)… Ainsi l’acte III cumule les effets des plus contrastés tel un catalogue de rebondissements éclectiques (prière des marins, tempête, guerre maritime, enfin… massacre).

La Fenice peut s’enorgueillir de présenter telle lecture du dernier sommet lyrique de Meyerbeer quand Paris hésite à le produire malgré des possibilités … solides. Préférant Verdi et Puccini aux joyaux du patrimoine romantique et français.

Le Nelusko de Angelo Veccia est très crédible, vocalement agile, dramatiquement intelligent : le geste est entier et la voix sombre. Inès voit son profil de victime, ciselé par Jessica Pratt, au timbre charnu et aux aigus jamais contraints. Selika, elle aussi éprise de Gama, trouve en Veronica Simeoni, une personnalité de poids, elle aussi, en rien, décontenancée par les milles rudesses et épreuves qu’infligent sa partition : sa nature est loyale et déterminée jusqu’à son sacrifice final. Car il y faut de la souplesse expressive dans l’aigu comme dans le grave… En Vasco de Gama, Gregory Kunde séduit par la franchise et la sincérité d’une voix à présent mûre mais qui a conservé son impact et son intensité, une clarté qui sert l’intonation et l’articulation.

Meyerbeer a conçu un grand spectacle sans sacrifier les voix ni la crédibilité des situations (le grand septuor de l’acte II, ;le duo de Vasco et Selika au IV, emprunté à celui de Valentine / Raoul des Huguenots ; berceuse de Sélika ; « Ô Paradis » de Vasco, …). Cette Afrique a tout de l’Inde : dont les rives furent rejointes par l’explorateur Vasco de Gama. Las, sur scène, on regrette une confusion qui gêne l’éclat des profils (superbes, affrontés comme la confrontation des deux héroïnes rivales à l’acte V), la pertinence des thématiques dénoncées par les auteurs. Malgré son titre, l’action se déroule dans une contrée aux vagues références hindouistes (ces « africains » adorent Brahma). Une meilleure attention aux équilibres entre tableaux collectifs et prières ou impuissances individuelles eût été profitable. Néanmoins, l’expérience tentée par La Fenice rend justice à un opéra parmi les plus saisissants et touchants de Meyerbeer : les interludes avec projection vidéo d’images affligeante du colonialisme esclavagiste témoigne de la réalité barbare à l’époque de Gama, car Meyerbeer, tout pompeux qu’il soit, n’en a pas perdu son sens militant et humaniste. Reste qu’une version révisée, équilibrée est toujours à présenter. Cette production vénitienne offre une belle fondation à ce travail futur. Repris à Paris ? – où l’Africaine n’a pas été présentée depuis 1902. A voir indiscutablement.

 

 

 

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COMPTE RENDU, opéra. VENISE, La Fenice, nov 2013. MEYERBEER : L’Africaine, Kunde, Vuillaume.

Giacomo Meyerbeer : L’Africaine
Opéra en cinq actes, livret d’Eugène Scribe
Création posthume, à Paris, salle Le Pelletier, le 28 avril 1865
Nouvelle production de la Fondation Teatro La Fenice
Pour le 150è anniversaire de la mort de Giacomo Meyerbeer

Emmanuel Villaume, direction
Mise en scène : Leo Muscato

Ines : Jessica Pratt
Vasco de Gama : Gregory Kunde
Nelusko : Angelo Veccia
Selika : Veronica Simeoni
Le Grand Prêtre de Brahma : Ruben Amoretti
Don Pedro : Luca Dall’Amico
Don Diego : Davide Ruberti

Orchestre et chœur du Théâtre de La Fenice
Chef du chœur : Claudio Marino Moretti
Filmé en novembre 2013.

DVD, coffret ̩v̩nement, annonce. TEATRO LA FENICE Р4 OPERAS (COFFRET 4 DVD, ̩ditions Montparnasse)

dvd-editions-montparnasse-la-fenice-la-fenice-di-venezia-alceste-tannhauser-la-flute-enchantee-l-africaine-meyerbeer-dvd-critique-classiquenews-critique-opera-3346030029312DVD, coffret événement, annonce. TEATRO LA FENICE – 4 OPERAS (COFFRET 4 DVD, éditions Montparnasse). Inaugurée en 1772 de style néo-classique, le théâtre La Fenice de Venise, maintes fois reconstruite, – elle ne porte pas son nom pour rien (le phénix qui renaît de ses cendres) offre aujourd’hui l’une des salles les plus prestigieuses du monde… Rossini, Bellini, Verdi et Donizetti, … y ont créé leurs ouvrages parmi les plus importants, tel La Traviata de Verdi… qui y fut pourtant décrié (à sa création en 1853). Les éditions Montparnasse ont sélectionné 4 productions qui montrent aussi l’ouverture vers tous les styles que défend l’auguste institution. Le coffret élaboré par les éditions Montparnasse regroupe 2 piliers du répertoire (Tannhäuser et la Flûte Enchantée) et deux raretés pourtant signées par deux compositeurs majeurs : Alceste de Gluck et L’Africaine de Giacomo Meyerbeer. Choix équilibré qui fait la valeur du présent coffret de 4 dvd.
- Alceste : la version italienne, rarement jouée, présentée à l’occasion du tricentenaire de la naissance du compositeur germanique, professeur de marie-Antoinette à Vienne, Christoph Willibald Gluck (Chef d’orchestre : Guillaume Tournaire / Mise en scène : Pier Luigi Pizzi).
- Tannhäuser: c’est l’opéra romantique allemand par excellence, conçu par Wagner , champion de l’opéra de l’avenir, dont le modernisme passe surtout par le chant de l’orchestre et la figure du poète dans laquelle se confond aussi l’idéal défendu par Wagner lui-même (Chef d’orchestre : Omer Meir Wellber / Mise en scène : Calixto Bieito).
- La Flûte Enchantée : œuvre à clés : rituel populaire ou inititiation philosophique, l’opéra de Mozart, en allemand, est aussi l’un des plus accessibles et des oniriques (Chef d’orchestre : Antonello Manacorda / Mise en scène : Damiano Michieletto).
- L’Africaine : une œuvre rarement jouée qui appartient au genre du grand opéra français, un registre que l’on classifie à torts comme poussiéreux et pompeux : rient de tel en vérité, mais du drame et des passions exacerbées selon la vision souvent terrifiante et noire de Meyerbeer (Chef d’orchestre : Emmanuel Villaume / Mise en scène : Leo Muscato).

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DVD, coffret événement, annonce. TEATRO LA FENICE – 4 OPERAS (COFFRET 4 DVD) – Prix indicatif : 40 € – Editions Montparnasse / 4 productions lyrique à La Fenice : Gluck, Tannhaüser, Mozart, Meyerbeer… de Stéphane Vérité, Nicolas Foulon, avec Marlin Miller; Carmela Remigio; Pavlo Balakin; Stefan Vinke; Goran Juric; Antonio Poli; Luca dall’Amico; Davide Ruberti. Prochaine grand critique du DVD La Fenice des éditions Montparnasse dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

Ernani de Verdi avec Ramon Vargas, Ludovic Tézier

france3 logo 2014France 3. Verdi : Ernani. Mercredi 19 novembre 2014, 23h50. 2 ans après le succès de Nabucco à la Scala de Milan (mars 1842) Verdi est acclamé de même par les vénitiens heureux d’applaudir le nouveau drame lyrique Ernani, écrit pour La Fenice (mars 1844), premier opus destiné à la scène lagunaire : le compositeur composa ensuite La Traviata au retentissement nettement moins fracassant. Avec Ernani, inspiré de la pièce de Hugo de 1830, drame spectaculaire et historique comme scrupuleux et efficace, le jeune Verdi amorce une série d’ouvrages nerveux, aux références clairement patriotes dont l’ardeur juvénile adaptée au sujet de conquête et d’amours éprouvés galvanise l’enthousiasme des spectateurs. Ce sont ses fameuses années de galère, apportant succès et aussi travail  forcené en particulier avec le librettiste Francesco Maria Piave, complice pour une dizaine d’opus lyriques. verdi, génie de la mélodie partage avec Piave un sens très affûté du drame : il recherche avant tout des situations habilement brossées qui approfondit toujours la psychologie de ses personnages.

Horreur tragique d’après Hugo…

xl_image1019Au centre de l’intrigue, Elvira est le sujet du désir de trois hommes : Ernani (ténor), le Roi d’Espagne Carlo (baryton), son oncle Silva (basse), vieillard abusif (préfiguration de Luna du Trouvère amoureux de la jeune Leonora. D’ailleurs à partir du trio Elvira, Ernani, Silva soit la trinité verdienne soprano ténor baryton/basse, se précise peu à peu une typologie dramatique que le compositeur affinera peu à peu à travers ses opéras suivants : toujours la soprano et le ténor sont étroitement attirés l’un par l’autre, une fusion remise / contrarié par la présence du baryton, soit que ce dernier soit le tuteur ou le père de la jeune femme (Rigoletto, Bocanegra, Aïda, La Traviata…) soit qu’il soit comme ici le rival grisonnant du jeune ténor (Le Trouvère, Don Carlo…).

Au XVIè (1519), en Espagne, le rebelle Ernani (ex Don Juan d’Aragon) est pourchassé par le Roi de Castille Charles (le futur empereur Charles Quint) qui aime la même femme, Elvira laquelle doit épouser son oncle, le vieux Silva. Alors que le Roi a emmené Elvira avec sa suite, Silva et Ernani signent un pacte pour sauver la jeune femme (fin du II) : au son du cor que fait retentir Silva, Ernani se donnera la mort pour sauver celle qu’il aime. Mais Devenu Empereur, Carlo se dédie et pardonne en souverain clément : Ernani et Elvira peuvent se marier (acte III)… le soir des noces, le cor de Silva retentit : héros naïvement loyal, Ernani se poignarde (acte IV). La fin d’Ernani a des accents  tragiques exacerbés, permettant que se réalise dans la scène finale, la terrible vengeance – une trame proche de celle du Trouvère d’ailleurs (opéra qui se passe également en Espagne).

france3 logo 2014France 3. Verdi : Ernani. Mercredi 19 novembre 2014, 23h50.  Production enregistrée en avril 2014 à l’Opéra de Monte Carlo. avec Ramon Vargas (Ernani), Ludovic Tézier (Carlo), Svelta Vassilieva. Daniele Callegari, direction. Jean-Louis Grinda, mise en scène.