Wagner et les juifs

Richard WagnerARTE. Wagner et les juifs. Dimanche 9 novembre 2014, 17h30. Le compositeur Richard Wagner entretint avec les juifs des rapports plus riches et plus complexes que ce que peuvent laisser croire ses positions antisĂ©mites. La question est : Wagner fut-il plus antisĂ©mite que ces contemporains ? L’antisĂ©mitisme de Richard Wagner Ă©tait de notoriĂ©tĂ© publique et pourtant, certains de ses mĂ©cènes les plus ardents Ă©taient de confession juive. Dans ce documentaire, le rĂ©alisateur amĂ©ricain Hilan Warshaw se penche sur les rapports complexes qu’entretenait Wagner avec les juifs et raconte les histoires Ă©difiantes d’Hermann Levi, le chef juif qui entendait comme personne la musique de son divin mentor, et celle de Carl Tausig, qui comptaient parmi ses collaborateurs les plus proches. Hilan Warshaw s’est rendu en Allemagne, en Suisse et en Italie, oĂą le compositeur a vĂ©cu et travaillĂ©. Au fil d’extraits d’opĂ©ra, Ă  l’appui de nombreux interviews de personnalitĂ©s, il aborde une question qui fait controverse : peut-on jouer les Ĺ“uvres de Richard Wagner en IsraĂ«l ? Le chef israĂ©lo-palestinien Daniel Barenboim ne s’encombre pas d’un tel cas de conscience : pour lui, le message d’amour et de compassion fraternel qui Ă©mane du Ring et la magie hypnotique de l’opĂ©ra Tristan und Isolde, sommet du romantisme europĂ©en (1865) suffisent Ă  rĂ©pondre Ă  une « fausse question ». Pourtant, les opĂ©ras de Wagner sont toujours persona non grata en IsraĂ«l…

arte_logo_2013ARTE. Wagner et les juifs. Dimanche 9 novembre 2014, 17h30. Documentaire de Michel Beyer et Steffen Herrmann (États-Unis, 2013, 52mn)

Livres. Daniel Barenboim : La musique est un tout (Fayard)

fayard daniel barenboim la musique est un toutLivres. Daniel Barenboim : La musique est un tout… VoilĂ  un opuscule que beaucoup d’artistes devraient mĂ©diter, assimiler, rĂ©gulièrement consulter et interroger : leur place dans la sociĂ©tĂ©, la relation salvatrice de l’art et de l’engagement philosophique, sociĂ©tal Ă  dĂ©faut d’ĂŞtre politique, y gagnent un manifeste qui vaut tĂ©moignage exemplaire. Il n’est pas d’Ă©quivalent en France Ă  la personnalitĂ© transnationale du chef charismatique Daniel Barenboim aujourd’hui : une telle hauteur de vue, une telle pensĂ©e musicale et artistique se font rare et qui dans sa suite dĂ©fendront les mĂŞmes valeurs ? Humaniste engagĂ©, en particulier au service de la rĂ©conciliation des peuples au Moyen Orient, Daniel Barenboim qui a la double nationalitĂ© (palestinienne et israĂ©lienne) s’exprime ici en textes choisis, dĂ©jĂ  connus et publiĂ©s, mais rassemblĂ©s avec quelques autres plus rĂ©cents (premier chapitre ” Ă©thique et esthĂ©tique ” oĂą l’acte musical est dĂ©sormais investi d’une exigence morale). Le chef argumente sa vision de la musique, une chance pour l’humanitĂ© de sauver son destin trop marquĂ© par la guerre, la destruction, l’incommunicabilitĂ©. En homme de paix qui a cĂ´toyĂ© les plus grands politiques, Daniel Barenboim prĂ©cise aussi ici une manière d’idĂ©al de vie, une formule personnelle qui s’appuyant sur l’expĂ©rience et les rencontres, brosse le  (l’auto)portait d’un homme de bonne volontĂ©, prĂ©occupĂ© par le sens de l’histoire et de la sociĂ©tĂ©, l’avenir des peuples pour lesquels l’offrande musicale pourrait s’avĂ©rer salutaire. Une forme de vivre ensemble, de penser autrement le monde qui suscite Ă©videmment l’admiration.

 

Penser la musique

l’acte musical, un humanisme concret

CLIC_classiquenews_2014En intitulant cet ouvrage ” La musique est un tout “, Daniel Barenboim relie l’activitĂ© artistique Ă  une pensĂ©e critique, soucieuse d’amĂ©liorer le destin des sociĂ©tĂ©s ; l’homme de lettres prend pour son compte, l’Ĺ“uvre de la musique dans nos vies, en particulier dans l’histoire belliciste des IsraĂ©liens et des Palestiniens, programmĂ©s Ă  une lente mais irrĂ©sistible autodestruction s’il n’Ă©tait des espaces d’Ă©changes et de reconnaissance comme ceux que permet la musique, en dehors du champs politique et militaire. La musique n’est pas une activitĂ© dĂ©connectĂ©e du monde et des hommes : Daniel Barenboim en son combat admirable nous le prouve ici dans le texte.
S’il y a une solution entre palestiniens et israĂ©liens, celle ci peut voir le jour par la culture et la musique : tel est son combat, la motivation première de son orchestre abolissant les barrières et les frontières, le West Eastern Diwan Orchestra, composĂ© de jeunes musiciens de toutes les nationalitĂ©s et toutes les confessions.

Dans ” Ă©thique et esthĂ©tique “, Barenboim prĂ©cise le statut et la mission de l’interprète, au service de la musique, non de lui-mĂŞme (servir la musique plutĂ´t que se servir de la musique) ; la place active du spectateur qui rĂ©tablit le temps rĂ©el de la performance. Passionnantes les pages dĂ©diĂ©es Ă  Wagner et la question juive, l’hommage du chef aux habitants (de bonne volontĂ©) de Gaza, pris en otages par les IsraĂ©liens et leur blocus abusif.

Chapitres essentiels à ce titre, le discours de Daniel Barenboim lorsqu’il reçut le prix Willy Brandt dont la personnalité politique reste un modèle à méditer réalisant cet idéal dont le chef fait son miel : «  vision, stratégie, courage » ; enfin on ne saurait trop recommander la lecture du chapitre intitulé « Wagner, les Israéliens et les Palestiniens » : tout y est expliqué et finement analysé. Barenboim expose les sources de la haine des Israéliens envers les Palestiniens, remontant aux origines de l’Etat d’Israël (1948) : un état qui fut créer sans cependant chasser ni dominer un autre peuple… A cela s’ajoute la question de jouer Wagner en Israël : Barenboim sait de quoi il parle, lui qui a dirigé Prélude et Mort d’Isolde devant un parterre d’Israéliens, non sans expliquer l’enjeu et le sens de sa démarche. Avant Hitler et les camps d’extermination, Wagner était joué à Tel Aviv par des juifs. La question n’est donc pas la musique de Wagner mais l’instrumentalisation qui en est faite par les extrémistes des deux bords.

Les derniers chapitres rĂ©unissent plusieurs transcriptions de conversations entre 2008 et 2011 oĂą Daniel Barenboim, chef lyrique Ă  la Scala, s’exprime sur diverses Ĺ“uvres : Carmen, Don Giovanni, La Walkyrie. L’Ă©pilogue examine la question du tempo et du rapport mĂ©tronomique chez Verdi, conception personnelle qui rĂ©vèle l’admiration tardive du maestro pour le compositeur italien (pour son Requiem principalement). Le cas Barenboim rĂ©tablit l’espace libre, plein d’espoirs et d’espĂ©rance, oĂą la culture se fait action concrète. Que vaut l’art sans conscience ? Un divertissement sans enjeux ni consistance. Pour ceux qui pensent que l’art et la musique peuvent changer notre sociĂ©tĂ©, et pour tous les autres qui en doutent encore, voici une lecture incontournable. L’offrande trop rare de l’un des derniers musiciens humanistes et engagĂ©s, soucieux de l’avenir de la culture et des hommes.

Rappel biographique. Pianiste et chef d’orchestre de réputation internationale, Daniel Barenboim est directeur artistique de la Scala de Milan et chef à vie de la Staatskapelle de Berlin, après avoir dirigé entre autres l’Orchestre de Paris (de 1975 à 1989) puis l’Orchestre symphonique de Chicago (de 1991 à 2006). Il est l’auteur de La musique éveille le temps (Fayard, 2008).

Daniel Barenboim : La musique est un tout. EAN : 9782213678085. Parution :  02/04/2014. 176 pages. Format :135 x 215 mm. Prix public indicatif TTC: 15.00 €

Wagner et les juifs (docu, 2013)

wagner_une_430Arte, Wagner et les juifs, le 19 mai 2013, 16h50  …   Pour fĂŞter Richard Wagner en 2013, l’annĂ©e de son bicentenaire, Arte diffuse un docu inĂ©dit sur la relation plus qu’explicite entre Wagner les juifs. Si le thĂ©oricien n’ a jamais cachĂ© sa dĂ©testation des compositeurs juifs (Mendelssohn…), ses actions, rapports vĂ©cus, amitiĂ©s ou approches dĂ©notent une position moins tranchĂ©e… Hermann Levi et Carl Tausig ses collaborateurs Ă©taient juifs. En Allemagne, en Suisse, en Italie, le film part Ă  la recherche des traces et tĂ©moignages pour Ă©clairer l’affaire Wagner, un antisĂ©mite qui dĂ©range… avec comme question qui gratouille : peut on jouer les oeuvres de Wagner en IsraĂ«l ? En son heure, le chef Daniel Barenboim avait rĂ©pondu : oui, Ă©videmment. L’ouverture, la curiositĂ©, la comprĂ©hension peuvent dĂ©tendre les tensions…  Car si l’homme Ă©tait dĂ©testable, son oeuvre lyrique et les thèmes dĂ©fendus et dĂ©veloppĂ©s illustrent un amour de la vie, des hommes, une exigence humaniste et un souci fraternel qui rĂ©tablit son image… Compassion, amour, tendresse sont au cĹ“ur de l’hĂ©ritage musical wagnĂ©rien.

Richard Wagner et les juifs. Documentaire (Etats-Unis, 2013, 52 mn). Arte, dimanche 19 mai 2013, 16h50