COMPTE-RENDU, opéra. Paris, TCE, le 3 déc 2019. MOZART: Les Noces de Figaro. Aglatova, Gleadow, Santoni
 J Rhorer / J Grey

Compte rendu, opĂ©ra. Paris. ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, 3 dĂ©cembre 2019. Les Noces de Figaro, Mozart. Anna Aglatova, Robert Gleadow, StĂ©phane Degout, Vannina Santoni
 Le Cercle de l’Harmonie. JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction. James Gray, mise en scĂšne. Nouvelle production des Noces de Figaro de Mozart par le cinĂ©aste amĂ©ricain James Gray, rĂ©alisateur des films Little Odessa et plus rĂ©cemment Ad Astra, ce chef d’oeuvre sans prĂ©tention. Production trĂšs attendue Ă©galement par les talents rĂ©unis dans la distribution bouleversante de fraĂźcheur et la superbe direction musicale du chef JĂ©rĂ©mie Rhorer et son orchestre Le Cercle de l’Harmonie.

 

 

 

Prima la musica…

   

 

 

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Nous apprenons dans le programme de la reprĂ©sentation que le rĂ©alisateur, dans sa toute premiĂšre mise en scĂšne d’opĂ©ra, voulait prendre ce parti tout Ă  fait sage et respectable. Si les personnages de Beaumarchais et Mozart sont en effet atemporels, ils ont cette particularitĂ© de pouvoir parler Ă  notre Ă©poque. ƒuvre rĂ©volutionnaire et fĂ©ministe avant son temps, elle a un grand potentiel aux niveaux des possibilitĂ©s de lecture comme d’interprĂ©tation. Mais si nous savons pas comment faire parler ces personnages si riches, on peut bel et bien tout simplement les laisser chanter. Quand ils chantent aussi bien, une mise en scĂšne extrĂȘmement sage et peu imaginative peut rĂ©ussir son but de laisser l’ouĂŻe ĂȘtre protagoniste. N’oublions cependant pas que l’opĂ©ra, c’est du thĂ©Ăątre lyrique.

Le Noces de Figaro de Mozart est un des rares opĂ©ras dans l’histoire de la musique Ă  n’avoir jamais dĂ» subir d’absence au rĂ©pertoire international. En effet, depuis sa crĂ©ation il y a 233 ans, le monde entier n’a pas cessĂ© de solliciter et d’adorer le sublime Ă©quilibre entre la gĂ©niale musique du gĂ©nie salzbourgeois et l’Ă©lĂ©gant et amusant livret de Lorenzo da Ponte, d’aprĂšs Beaumarchais.

Le couple vedette de Suzanne et Figaro est vaillamment interprĂ©tĂ© par la soprano Anna Aglatova et le baryton-basse Robert Meadow. Tous deux, remarquables dans les nombreux ensembles, vocalement toujours ; scĂ©niquement 
 quand ceci peut avoir lieu. Pour la soprano, son « Deh vieni non tardar » au IVĂšme acte est un sommet d’expression ; dans ce bijou d’amour palpitant au rythme de sicilienne, elle rayonne et impressionne par sa ravissante maĂźtrise de l’instrument et l’émotion contenue ma non troppo qu’elle y imprime. Le baryton-basse quant Ă  lui est tout particuliĂšrement pĂ©tillant sur scĂšne, et dans son grand air au Ier acte, « Non piu andrai » : sa voix est large et seine, le timbre charmant et la prĂ©sence belle.

Le couple aristocratique du Comte et de la Comtesse est tout aussi brillamment interprĂ©tĂ© par la soprano Vannina Santoni et le baryton StĂ©phane Degout. Ils sont excellents dans les ensembles, parfois mĂȘme sublimes, comme la premiĂšre dans le duo du IIIe acte « Canzonetta sull’aria », avec cet Ă©cho bouleversant qui fait encore Ă©cho dans les cƓurs, tellement c’était beau. La soprano campe ses deux airs difficiles au niveau de l’expression avec beaucoup d’émotion et suscite chaque fois des applaudissements. StĂ©phane Degout a un magnĂ©tisme sur scĂšne indĂ©niable dĂšs son entrĂ©e et un sens aigu de l’expression lyrique qui nous touche particuliĂšrement. Son air redoutable du IIIe acte « Vedro mentr’io sospiro » est une explosion de passion et de brio, et sa voix large et belle nous captive entiĂšrement, presque suffisamment pour oublier la miĂšvrerie de l’action ponctuelle que lui impose le metteur en scĂšne Ă  ce moment : escrime dans le vide. La mezzo-soprano ElĂ©onore Pancrazi dans le rĂŽle de ChĂ©rubin ravit par la beautĂ© du timbre ; sa performance est solide et correcte, mĂȘme si nous la trouvons presque trop sage.

Les nombreux rĂŽles secondaires sont tout Ă  fait Ă  la hauteur des ambitions musicales de la production. Quel plaisir d’entendre Jennifer Larmore dans le rĂŽle de Marcelline, piquante et touchante au mĂȘme temps, ou encore Carlo Lepore dans le rĂŽle de Bartolo, rĂ©actif, percutant. La Barberine de Florie Valiquette est comme une rĂ©vĂ©lation ! Sa cavatine intimiste du IVĂšme acte « L’ho perduta » est un moment oĂč le temps s’arrĂȘte et fait place Ă  la beautĂ© nocturne du morceau sublimement interprĂ©tĂ© par la soprano. Remarquons Ă©galement la performance heureuse du choeur Unikanti sous la direction de GaĂ«l Darchen.

S’il y a un protagoniste dans cette production dont le seul dĂ©faut serait son propre investissement sans concession, c’est l’orchestre. Les rĂ©citatifs (avec pianoforte!) sont dĂ©licieusement interprĂ©tĂ©s par Paolo Zenzu, habillĂ© en costume d’époque avec perruque pour l’occasion, et la direction du chef JĂ©rĂ©mie Rhorer est d’un entrain et d’un dynamisme qui fait tout Ă  fait honneur Ă  la partition. L’interprĂ©tation des musiciens sur instruments d’époque est un plaisir auditif sans interruption ; leur performance est enjouĂ©e
 mozartienne Ă  souhait. L’aspect transgressif de l’oeuvre est, pour une fois, assurĂ© par l’orchestre et non pas par la transposition scĂ©nique.

RAFFINEMENT JUDICIEUX
 L’équipe artistique de James Gray est pleine de mĂ©rite. Les dĂ©cors classiques de Santo Loquasto sont beaux, rappelant beaucoup l’iconique mise en scĂšne de Giorgio Strehler, dans tous les actes sauf au IIIĂšme avec une proposition d’apparence plus originelle. Les costumes d’époque signĂ©s Christian Lacroix sont, bien Ă©videmment, trĂšs beaux et trĂšs nobles. Les lumiĂšres de Bertrand Couderc, efficaces, parfois poĂ©tiques mĂȘme. La volontĂ© de James Gray de respecter quelque chose paraĂźt Ă©vidente, et dans ce sens c’est une rĂ©ussite indĂ©niable qui fait penser Ă  la prĂ©face de l’opus par son librettiste Lorenzo Da Ponte :

« (
) Puissions-nous ĂȘtre ainsi parvenus Ă  peindre fidĂšlement et avec diversitĂ© les divers Ă©tats d’ñme qui s’y manifestent et Ă  rĂ©aliser notre intention d’offrir un genre de spectacle nouveau, en quelque sorte, Ă  un public au goĂ»t si raffinĂ© et au jugement si judicieux. » Ceci correspond Ă  la belle production du rĂ©alisateur. DiffusĂ© sur France 5 le samedi 14 dĂ©cembre 2019 Ă  22h30. Illustrations : photos © Vincent Pontet, 2019.

 

 

   

 

 

COMPTE RENDU, critique, opéra. PARIS, TCE, le 27 nov 2019. MOZART : Les Noces de Figaro. J RHORER / J GRAY

Mozart-portrait-chevalier-clemence-de-titus-idomeneo-mozartCOMPTE RENDU, critique, opĂ©ra. PARIS, TCE, le 27 nov 2019. MOZART : Les Noces de Figaro. J RHORER / J GRAY. On l’attendait comme le loup blanc, mieux : comme le nouveau messie venu (enfin) renouveler le genre lyrique passablement Ă©reintĂ© par de faux metteurs en scĂšne. Qu’allions nous alors (re)dĂ©couvrir dans ces Nozze miraculeuses oĂč brĂ»le le dĂ©sir et se consume l’amour en une transe collective, Ă  la fois nostalgique et facĂ©tieuse ? Qu’apporte rĂ©ellement Ă  l’opĂ©ra, le cinĂ©aste James Gray, lui qui Ă  50 ans, trĂšs marquĂ© par le style intello esthĂšte de l’Actor studio, a marquĂ© le cinĂ©ma amĂ©ricain depuis une dĂ©cennie, grĂące Ă  des cadrages et une photographie qui citent souvent 
 la modernitĂ© inusable d’un Degas ? En rĂ©alité  une (trop) sage mise en mouvement d’un incomparable chef d’Ɠuvre. Et si la musique trop divine de Wolfgang rendait le dĂ©fi de la reprĂ©sentation, dĂ©finitivement stĂ©rile ? La proposition de James Gray nous paraĂźt objectivement moins pertinente qu’au cinĂ©ma. Mais cela aurait pu ĂȘtre pire et tourner au dĂ©tournement spatial de la part du rĂ©cent rĂ©alisateur d’Ad Astra. Pourtant ayant encore vu rĂ©cemment The city of Z, dont l’action inscrite de la forĂȘt amazonienne (bolivienne) fait paraĂźtre comme d’un songe, une reprĂ©sentation de Cosi fan tutte, nous espĂ©rions ĂȘtre surpris, tout au moins touchĂ©s par le spectacle annoncĂ© comme majeur par le TCE


 
 

 
 

GRAY UN PEU GRIS…

  

 

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SAINE MAIS SAGE FIDELITÉ AUX TEXTES
 Architecture mĂ©ridionale vaguement sĂ©villane au I ; costumes outrageusement espagnols (Lacroix) ; situations dramatiques respectueuses du livret assez sage de da Ponte, du moins plus bourgeoises que rĂ©volutionnaires de la source Beaumarchais. On est parfois mĂȘme dans un pastiche kitch d’un XVIIIĂš exacerbĂ©, un rien pĂ©taradant. La vogue Marie-Antoinette, vomissant ses mouches, ses rubans et ses macarons
, sĂ©vit toujours. La lecture politique du conflit entre le Comte Almaviva qui fait valoir son droit de cuissage / jambage, et son valet Figaro, fiancĂ© dĂ©fenseur de sa future Ă©pouse Suzanne, reste une affaire strictement domestique. Observateur de la rĂ©alitĂ©, voire analyste sans l’avouer, Gray prolonge du cinĂ©ma Ă  l’opĂ©ra, son perfectionnisme visuel presque maladif. Il agrĂ©mente la vĂ©ritĂ© des sĂ©quences grĂące Ă  quelques objets / accessoires qui disent tout, clairement, synthĂ©tiquement: miroir, guitare
 qui passant de mains en mains dĂ©terminent l’idĂ©e des rĂ©seaux et des conspirations (fĂ©minines) contre le despote Almaviva. MĂȘme dans les replis de cette action fermĂ©e, entre maĂźtres et serviteurs, l’amĂ©ricain apporte une lecture pointilliste et plutĂŽt classique qui s’intĂ©resse de prĂšs Ă  chaque mouvement des corps, chaque geste, toujours trĂšs signifiants. Un travail d’acteurs
 de cinĂ©ma.

PLATEAU UN PEU TIEDE
 Gorge serrĂ©e et naturel en berne, le Comte Almaviva de StĂ©phane Degout a l’intelligence d’enrichir son personnage en Ă©vitant la caricature. Le despote est moins brutal et grossier qu’ailleurs. Ouf. Profonde voix suave, la Comtesse de la soprano Vannina Santoni apporte la touche de fĂ©minitĂ© complĂ©mentaire, habitĂ©e quoique parfois trop languissante, que transforme enfin, une tenue vocale trĂšs claire et lumineuse. La voix exprime le sentiment et c’est tant mieux : en l’occurrence, l’ennui et la nostalgie d’une Ă©pouse dĂ©laissĂ©e (et trompĂ©e) quoiqu’encore jeune.
Le Figaro de Robert Gleadow occupe tous les espaces et potentialitĂ©s du personnage : comĂ©dien autant que chanteur, la technique a quand mĂȘme du mal Ă  canaliser un trop plein de puissance et de vibrato. Bref un acteur dĂ©voilĂ©, mais un chanteur trĂšs peu mozartien. MĂȘme le jeune talent attendu ici, la soprano ElĂ©onore Pancrazi fait un Cherubin peu fluide, qui se cherche encore

BientĂŽt PlatĂ©e chez Rameau, le tĂ©nor percutant comme une trompette mais nuancĂ© comme le diseur baroque qu’il est, et magnifiquement, Ă©blouit par contre en Basilio : sorte de lĂąche insolent, canaille frustrĂ©e mais persiflante Ă  souhait. Le chanteur français, lui, manifeste un plaisir Ă©vident dans le jeu thĂ©Ăątral, d’autant qu’ici moyens et intentions sont idĂ©alement justes.

 

 

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Chef aux mouvements carrĂ©s mais vifs, et orchestre (sur instruments d’époque) rĂ©alisent un Mozart nuancĂ© mais comme fonctionnarisĂ© ; qui manque de respiration comme de souffle ; sans guĂšre de surprise. A croire qu’une certaine ĂąpretĂ© ciselĂ©e par Harnoncourt n’a jamais existĂ© ? Classique, mĂ©ticuleusement respectueuse des didascalies et indications de da Ponte, cette production cinĂ©matographique de James Gray fonctionne de toute Ă©vidence. Elle ne marque pas non plus les esprits. C’est un peu tiĂšde et trop sage.

 

 
 
 

 
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COMPTE RENDU, critique, opĂ©ra. PARIS, TCE, le 27 nov 2019. MOZART : Les Noces de Figaro. Opera biffa en quatre actes K. 492. Livret de Lorenzo Da Ponte, d’aprĂšs La Folle journĂ©e ou Le Mariage de Figaro de Beaumarchais.

Direction musicale : Jérémie Rhorer.
Mise en scĂšne : James Gray.

Scénographie : Santo Loquasto. Costumes : Christian Lacroix. LumiÚre : Bertrand Couderc.

Avec Anna Aglatova (Suzanne),
Robert Gleadow (Figaro),
Stéphane Degout (le comte Almaviva),
Vannina Santoni (la comtesse Almaviva),
ÉlĂ©onore Pancrazi (ChĂ©rubin).

 

 

 

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Photos / illustrations © Vincent Pontet / TCE service de presse

Les Noces de Figaro de James Gray

noces-de-figaro-mozart-james-gray-opera-concert-critique-classiquenews-tce-nocesFRANCE 5. MOZART : James Gray met en scĂšne les Noces de Figaro, sam 14 dĂ©c 2019. 22h25. C’est la production dont tout le milieu parisien s’est gargarisĂ© ; annonçant le prodige grĂące Ă  la (premiĂšre) contribution du rĂ©alisateur au cinĂ©ma James Gray Ă  l’opĂ©ra
 IL est vrai que dans son chef d’oeuvre qui traite de l’illusion qui rend fou, le hĂ©ros archĂ©ologue surprend en pleine Amazonie bolivienne, une reprĂ©sentation de Cosi fan tutte
 Cette production des Noces de Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart est enregistrĂ© au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es (Paris). L’opĂ©ra buffa en quatre actes, sur un livret de Lorenzo Da Ponte d’aprĂšs Le Mariage de Figaro ou La folle JournĂ©e de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1784). est donc prĂ©sentĂ© comme l’un des Ă©vĂ©nements lyriques de la rentrĂ©e 2019, Depuis son Lion d’argent Ă  la Mostra de Venise en 1994 pour son premier film, Little Odessa jusqu’à son rĂ©cent Ad Astra, le cinĂ©aste amĂ©ricain James Gray s’il a marquĂ© le cinĂ©ma amĂ©ricain, reste surtout plus connu en Europe qu’aux USA. Depuis ces vingt derniĂšres annĂ©es, il s’est distingué par son Ă©criture, une direction d’acteurs ambitieuse et trĂšs personnelle. Sa filmographie (The Yard, Two lovers, La nuit nous appartient, The Immigrant
) est marquĂ©e par un style romanesque et un goĂ»t prononcĂ© pour les fresques et chroniques Ă  dominante sociale et familiale. Grand amateur de littĂ©rature lyrique, les Noces seront ses premiers pas de metteur en scĂšne d’opĂ©ra.

AprĂšs Idomeneo, La ClĂ©mence de Titus, Cosi fan tutte et Don Giovanni, voici le cinquiĂšme opus mozartien que JĂ©rĂ©mie Rhorer dirige avenue Montaigne. À la tĂȘte de son ensemble, Le Cercle de L’Harmonie.

Distribution :
James Gray : mise en scĂšne‹ / JĂ©rĂ©mie Rhorer : direction musicale
Santo Loquasto: scĂ©nographie – ‹GlysleĂŻn Lefever : chorĂ©graphie‹  -  Christian Lacroix : costumes   –  ‹Bertrand Couderc : lumiĂšre

Anna Aglatova : Suzanne  - ‹Robert Gleadow : Figaro‹  -  StĂ©phane Degout : Le Comte Almaviva‹  -  Vannina Santoni : La Comtesse Almaviva  - ElĂ©onore Pancrazi : ChĂ©rubin  -‹Carlo Lepore : Bartolo  - ‹Jennifer Larmore : Marceline‹  -  Florie Valiquette : Barberine  -‹Mathias Vidal : Basilio.
Matthieu LĂ©croart : Antonio  -  ‹Rodolphe Briand : Curzio.

Le Cercle de l’Harmonie

James GRAY met en scĂšne les Nozze de Mozart

Mozart Wolfgang portrait par classiquenews -by-Croce-1780-81PARIS, TCE. MOZART: Nozze par James GRAY, 1er nov – 8 dĂ©c 2019. Le cinĂ©aste amĂ©ricain James Gray, bien connu pour soigner en particulier le profil psychologique de ses personnages, comme le tableau final qui les abandonne Ă  leur destin, rĂ©ussira-t-il Ă  renouveler notre perception des Nozze de Figaro de Mozart et Da Ponte, eux-mĂȘme inspirĂ©s par Beaumarchais ? Dans le trop court film d’annonce, Ă©ditĂ© sur le site du TCE, James Gray explique pourquoi il a dit oui Ă  cette aventure qui l’éloigne du cinĂ©ma, son territoire naturel. Lunettes d’intellos, faux air de mal rasĂ© sorti de son lit, – en rĂ©alitĂ© trĂšs new-yorkais, mais passionnĂ© par l’opĂ©ra, le rĂ©alisateur veut rendre hommage Ă  une partition et une piĂšce lyrique qu’il trouve « presque parfaite » 

GRAY, de l’espace Ă  l’opĂ©ra
NĂ© en 1969 (il a eu donc 50 ans en avril 2019), l’amĂ©ricain (d’origine ukrainienne) nĂ© Ă  New York, James Gray met en scĂšne Les Noces de Figaro du do mythique Mozart et Da Ponte. Adolescent, il a dĂ©sertĂ© les bancs de l’école pour occuper la rangĂ©e de fauteuil au cinĂ©ma, connaissant toutes l’histoire du genre et se passionnant aussi pour la littĂ©rature russe (Dostoievski en particulier et aussi Tolstoi) : il adapte au cinĂ©ma le sens d’une narration souvent Ă©pique, mais a le souci de la psychologie intime : ce qui le place comme le plus europĂ©en des rĂ©alisateurs amĂ©ricains.

PremiĂšre au TCE, Paris

James Gray met en scĂšne MOZART

De la psychologie autant que de l’action. Le rĂ©alisateur s’est taillĂ© une trĂšs solide rĂ©putation au cinĂ©ma avec des films devenus cultes : Little Odessa conçu Ă  25 ans en 1994 et qui remporte le lion d’argent de Venise (chronique noire et familiale dans un quartier dont il a parfaitement connu l’ambiance et les dangers ; The Yards (2000, autre Ă©pisode noir qui dĂ©crit la maffia newyorkaise) ; la nuit nous appartient (2007), Two lovers (2008), surtout The Immigrant (2013 dont l’hĂ©roĂŻne incarnĂ©e par Marion Cotillard Ă©voque la lente descente aux enfers d’une jeune polonaise dĂ©barquant Ă  New York) ; puis c’est le chef d’Ɠuvre absolu, illustration d’un rĂȘve personnel et esthĂ©tique qui adapte The Lost City of Z (2016), dramaturgie progressive qui comme dans The Immigrant, converge peu Ă  peu vers l’éblouissement saisissant du dernier tableau, vĂ©ritablement composĂ© comme une peinture d’histoire. Aucun doute alors, James Grey est non seulement un grand narrateur, c’est aussi un esthĂšte. Puis en 2019, le cinĂ©aste renouvelle le genre SF depuis Alien, avec Ad Astra (vers l’étoile). Moins connu (et compris) aux USA qu’en Europe, James Gray a la passion de l’opĂ©ra. RĂ©ussira-t-il son premier coup Ă  Paris en dĂ©cembre prochain ? A t il la fibre mozartienne ?

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PARIS, TCEboutonreservation
29 nov , 1er, 3, 5, 7, 8 décembre 2019
6 représentations
Infos et réservations
https://www.theatrechampselysees.fr/la-saison/opera-mis-en-scene/les-noces-de-figaro

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DISTRIBUTION
Glysleïn Lefever: chorégraphie
Christian Lacroix: costumes
Bertrand Couderc: lumiĂšre
Anna Aglatova: Suzanne
Robert Gleadow: Figaro
Stéphane Degout: Le Comte Almaviva
Vannina Santoni: La Comtesse Almaviva
Eléonore Pancrazi: Chérubin
Carlo Lepore: Bartolo
Jennifer Larmore: Marceline
Florie Valiquette: Barberine
Mathias Vidal: Basilio
Matthieu LĂ©croart: Antonio
Rodolphe Briand: Curzio

Le Cercle de l’Harmonie
Unikanti :  Gaël Darchen, direction

Jérémie Rhorer: direction
James Gray: mise en scĂšne
Santo Loquasto: scénographie

Opéra chanté en italien, surtitré en français et en anglais
DurĂ©e de l’ouvrage 2h40 environ

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mozart wolfgangMozart suit les pas de Beaumarchais : il n’oublie rien des enjeux de chaque protagoniste, 5 entitĂ©s parfaitement caractĂ©risĂ©es ; ni le contexte français de la RĂ©volution qui couve : un climat de rĂ©bellion et de libertĂ© Ă  tout craint qui exalte les dĂ©sirs et les pulsions de chacun
 VoilĂ  pourquoi tout tend ici Ă  l’implosion, en particulier des codes d’une sociĂ©tĂ© (celle monarchiste) passablement inĂ©galitaire et injuste. Tous sans exception souffre : les valets, Suzanne et Figaro, soumis Ă  des rĂšgles Ă©culĂ©es qui les renvoient toujours Ă  leur « bassesse » sociale ; le Comtesse jouisseur invĂ©tĂ©rĂ© qui comme Don Giovanni, « tourne en rond » ; la Comtesse son Ă©pouse, aussi frustrĂ©e, abandonnĂ©e que nĂ©gligĂ©e


Outre les dĂ©fis et les attentes que suscitent le choix d’un metteur en scĂšne de cinĂ©ma dans la rĂ©alisation de cette nouvelle production, le chef requis, mozartien diversement apprĂ©ciĂ© chez Mozart, JĂ©rĂ©mie Rhorer poursuit son approche du thĂ©Ăątre mozartien au TCE (aprĂšs Idomeneo, La ClĂ©mence de Titus, Cosi fan tutte et Don Giovanni, ces nouvelles Nozze sont donc le cinquiĂšme opus dirigĂ© avenue Montaigne, avec son ensemble Le Cercle de L’Harmonie sur instruments d’époque). Mais autant « d’expĂ©rience » saurait-elle Ă©galer l’excellente et rĂ©cente maĂźtrise mozartienne d’un autre chef Mathieu Herzog et son fabuleux collectif Appassionnata (rĂ©vĂ©lĂ©s dans une fabuleuse triologie symphonique, porutant trĂšs dĂ©licate; les 38, 39 et 40Ăšmes symphonies de Mozart, cimes orchestrales pour tout chef digne de ce nom ?
Parmi les chanteurs Ă  suivre particuliĂšrement, la Comtesse de la soprano Vannina Santoni, dĂ©jĂ  remarquĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Tours (XX), dans un rĂ©cital Beethoven et Mozart avec le Palais royal (le temps des hĂ©ros)
 La chanteuse saura-t-elle exprimer toute le dĂ©sarroi et la solitude de Rosina, hier courtisĂ©e par Belfiore, aujourd’hui devenue Ă©pouse dĂ©laissĂ©e ? De mĂȘme, le Cherubin de la pĂ©tillante ElĂ©onore Pancrazi dans le rĂŽle de Cherubin


Vendredi 22 novembre 2019, 18h30
Rencontre avec Erik Orsenna, auteur de Beaumarchais, un aventurier de la liberté, Jérémie Rhorer, directeur musical, James Gray, cinéaste et metteur en scÚne, Frédéric Bonnaud, directeur général de la CinémathÚque française.

EntrĂ©e libre – Inscription obligatoire ICI
https://billetterie.theatrechampselysees.fr/selection/event/date?productId=101500458435

France Musique diffuse cet opéra le 28 décembre à 20h