Compte-rendu critique. Opéra. INNSBRUCK, HAENDEL, Ottone, 22 août 2019. Orchestre Accademia La Chimera, Fabrizio Ventura.

Compte-rendu critique. OpĂ©ra. INNSBRUCK, HAENDEL, Ottone, 22 aoĂ»t 2019. Orchestre Accademia La Chimera, Fabrizio Ventura. AprĂšs trois productions « jeune » d’un trĂšs haut niveau, cette nouvelle production d’Ottone déçoit un peu sur le plan scĂ©nique, mais rĂ©vĂšle une belle galerie de chanteurs trĂšs prometteurs. En raison du mauvais temps
 qui finalement Ă©tait plutĂŽt beau, le concert a dĂ» se replier dans la nouvelle salle de la Hausmusik, Ă  l’acoustique un peu sĂšche. Comme souvent, dans ces productions destinĂ©es aux laurĂ©ats du Concours Cesti, la mise en scĂšne vise Ă  l’efficacitĂ© et Ă  la concentration dramatique avec une grande Ă©conomie de moyens. Dans cet opĂ©ra superbe de Haendel, le premier composĂ© pour le King’s Theater, saturĂ© de considĂ©rations politiques, la lecture de l’actrice et metteuse en scĂšne de thĂ©Ăątre Anna Magdalena Fitzi, est allĂ©e Ă  l’essentiel, en gommant notamment les rĂ©fĂ©rences au contexte politique (la conquĂȘte de l’Italie par un souverain allemand) ; exit ainsi les scĂšnes spectaculaires et pittoresques de la bataille du premier acte, dans les jardins nocturnes au bord du Tibre, dans la prison, au second acte, ou la scĂšne de la tempĂȘte du 3e.

 

 

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Ottone 3152Les dĂ©cors et les costumes sobres et Ă©lĂ©gants de Bettina Munzer renvoient davantage Ă  un huis-clos presque abstrait et atemporel, une sorte d’hĂŽtel lorgnant davantage vers un sommet de dirigeants du G7 que d’une confrontation entre souverains du Bas-Empire. À cela s’ajoutent trois figurants, un barman et deux policiers gardes du corps, qui accompagnent de leurs dĂ©placements le dĂ©roulement plein de pĂ©ripĂ©ties de l’intrigue. Sur scĂšne, une simple bĂątisse blanche Ă  trois Ă©tages, dont le niveau infĂ©rieur est constituĂ© d’arcades permettant d’entrevoir la circulation des personnages Ă  l’arriĂšre-plan de la scĂšne ; quelques fauteuils sur le cĂŽtĂ©, une table au centre oĂč le repas est servi, et l’arrivĂ©e des protagonistes avec leurs bagages, achĂšvent de planter le dĂ©cor. Cette transposition efficace mais guĂšre originale, aurait pu davantage fonctionner si la partition n’avait pas Ă©tĂ© autant amputĂ©e dans ses rĂ©citatifs, qui seuls, dans le dramma per musica des 17e et 18e siĂšcles, permettent Ă  l’action d’avancer. On perd ainsi en clartĂ© et lisibilitĂ© ce qu’on gagne en concentration musicale, mais la cohĂ©rence de la dramaturgie s’en ressent.
Heureusement, sur scĂšne, la distribution, extrĂȘmement homogĂšne, compense largement ces dĂ©fauts de mĂ©canique thĂ©Ăątrale. Dans le rĂŽle-titre, la mezzo Marie Seidler incarne Ă  merveille le souverain allemand, tiraillĂ© entre l’optimisme de sa rĂ©cente victoire militaire et l’incapacitĂ© manifeste Ă  maĂźtriser ses affects. Voix sonore, d’une belle amplitude, Ă  l’élocution irrĂ©prochable, la chanteuse allemande campe un souverain tour Ă  tour langoureux (« Ritorna, o dolce amore ») et dĂ©pitĂ© (« Dopo l’orrore »), Ă©pris d’une Teofane qui ne le connaĂźt qu’à travers un portrait. La princesse impĂ©riale, vĂ©ritable moteur de l’intrigue, a les traits de la soprano française Mariamelle Lamagat, 3e prix au Concours Cesti 2018. Nous avions assistĂ© Ă  ce concours et sa prestation ne nous avait pas pleinement convaincu, malgrĂ© une voix solidement charpentĂ©e, mais qui privilĂ©giait davantage la performance vocale que la clartĂ© de l’élocution, dĂ©faut perceptible Ă  nouveau dans cette production. En revanche, la jeune mezzo Valentina Stadler, en Gismonda, veuve du tyran Berengario, impressionne par sa puissance vocale et son autoritĂ© qu’elle manifeste dĂšs son air d’entrĂ©e (« La speranza Ăš giunta in porto »). En Matilda, sans doute le personnage le plus touchant de l’opĂ©ra, l’autre mezzo, bolivienne, Angelica Monje Torrez, est encore plus convaincante, par la chaleur et le moelleux de son timbre, et les multiples nuances qu’elle apporte dans le phrasĂ©, tant dans la dĂ©clamation des rĂ©citatifs que dans les termes pathĂ©tiquement chargĂ©s des arias (« Diresti poi cosÏ » au premier acte, en est un exemple Ă©loquent). Les deux autres voix masculines n’appellent que des Ă©loges, aussi bien le contre-tĂ©nor espagnol Alberto MoguĂ©lez Rouco, voix fine et acidulĂ©e, mais non sans un abattage certain qui sied bien au personnage falot d’Adelberto (son chant Ă©merveille dans les airs Ă©lĂ©giaques : « Bel labbro » ou de colĂšre : « Tu puoi straziarmi »), que la magnifique basse allemande Yannick Debus, corsaire qui ne rĂ©vĂšlera qu’in fine son identitĂ© royale. Ses graves caverneux (« Al minacciar del vento »), sa diction impeccable (« No, non temere »), et sa prĂ©sence trĂšs expressive sur scĂšne, ont Ă©tĂ© l’une des rĂ©vĂ©lations de cette soirĂ©e.
Dans la fosse (qui n’en est pas une, l’orchestre se situant au mĂȘme niveau que les chanteurs), Fabrizio Ventura dirige sa phalange de La Chimera – bien rĂ©duite eu Ă©gard Ă  l’orchestre opulent du King’s Theater – avec prĂ©cision et intelligence, confĂ©rant un bel Ă©quilibre entre les voix et les instrumentistes.

 

 

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Compte-rendu opĂ©ra. Innsbruck, Festwochen der Alten Musik, Georg Friedrich Haendel, Ottone, 22 aoĂ»t 2019. Marie Seidler (Ottone), Mariamielle Lamagat (Teofane), Valentina Stadler (Gismonda), Alberto MiguĂ©lez Rouco (Adelberto), Angelica Monje Torrez (Matilda), Yannick Debus (Emireno), Anna Magdalena Fitzi (mise en scĂšne), Bettina Munzer (dĂ©cors et costumes), Accademia La Chimera, Fabrizio Ventura (direction) – Illustrations : Mariamielle Lamagat © Rupert Larl / Marie Seidler, Alberto MiguĂ©lez Rouco© Rupert Larl.

 

 

 

 

Compte-rendu critique. Opéra. INNSBRUCK, CESTI, La Dori, 24 août 2019. Orchestre Accademia Bizantina, Ottavio Dantone

Compte-rendu critique. OpĂ©ra. INNSBRUCK, CESTI, La Dori, 24 aoĂ»t 2019. Orchestre Accademia Bizantina, Ottavio Dantone. Avec le Giasone de Cavalli, La Dori de Cesti est l’opĂ©ra le plus jouĂ© au XVIIe siĂšcle. L’opĂ©ra est redonnĂ© pour la premiĂšre fois dans les lieux mĂȘmes oĂč il fut crĂ©Ă©, il y a 362 ans, en 1657. Spectacle magnifique Ă  tous points de vue, l’un des plus beaux qu’ils nous aient Ă©tĂ© donnĂ© de voir, depuis la mĂ©morable Finta pazza dijonnaise.

 

 

Festival d’Innsbruck 2019

Trouble dans le genre
Magnifique résurrection de la Dori de Cesti

 

 
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Entre Cesti et Innsbruck, c’est une longue histoire. Compositeur officiel de l’archiduc d’Autriche, le compositeur y a fait reprĂ©senter bon nombre de ses opĂ©ras. Sa maison, offerte par les Habsbourg, est d’ailleurs toujours visible face Ă  la cathĂ©drale S. Jacobs. Le Festival lui a rendu souvent hommage, depuis l’ùre RenĂ© Jacobs, avec des extraits de ses opĂ©ras, puis vinrent la rĂ©surrection de la Semiramide, du Tito et de l’Argia. En 2015, le metteur en scĂšne Stefano Vizioli nous avait dĂ©jĂ  Ă©bloui avec une production « jeune » de l’autre chef-d’Ɠuvre de Cesti, l’Orontea. Pour fĂȘter comme il se doit les 350 ans de la mort du compositeur (1623-1669), le festival a eu la trĂšs bonne idĂ©e de programmer un pur joyau du rĂ©pertoire vĂ©nitien. La Dori y concentre tous les ingrĂ©dients de cette esthĂ©tique qui enchanta la pĂ©ninsule – et au-delĂ  de ses frontiĂšres – pendant prĂšs d’un siĂšcle : amours contrariĂ©es, Ă©quivoques sexuelles, mĂ©lange des genres et des registres, prĂ©sence d’une vieille nourrice nymphomane et dĂ©sabusĂ©e servant de faire-valoir moral et d’un eunuque comique qui rappelle l’indiffĂ©renciation sexuelle chĂšre aux libertins de la SĂ©rĂ©nissime. La Dori se dĂ©marque cependant par l’absence de divinitĂ©s et par une relĂ©gation Ă  un plan secondaire de la sphĂšre politique. L’excellent livret de Giovanni Filippo Apolloni repose finalement sur une intrigue profondĂ©ment humaine, centrĂ©e sur le thĂšme Ă©minemment baroque des apparences trompeuses, mais qui dit aussi que ce qui est rĂ©el est ce qui apparaĂźt comme tel aux yeux des personnages, ce qui nous ramĂšne Ă  l’autre thĂ©matique baroque par excellence : la vue et le regard, qui mettent en mouvement les passions et embrasent les cƓurs.
Sur scĂšne, on est d’abord frappĂ© par l’élĂ©gance et la sobriĂ©tĂ© des dĂ©cors couleur pastel d’Emanuele Sinisi, d’une infinie poĂ©sie, et les Ă©clairages non moins poĂ©tiques de Ralph Kopp thĂ©Ăątralement trĂšs efficaces (notamment lors de la scĂšne presqu’effrayante de l’apparition de l’ombre de Parisatide devant un Oronte endormi). La mise en scĂšne et la direction d’acteurs orchestrĂ©e par Stefano Vizioli est un modĂšle d’intelligence, qui n’oublie jamais qu’on est ici d’abord au thĂ©Ăątre, que la musique, pour superbe et Ă©mouvante qu’elle est, est surtout au service d’une dramaturgie porteuse de toute la gamme des affects. L’opĂ©ra vĂ©nitien est un thĂ©Ăątre des sens exacerbĂ© et justifie Ă  lui seul le mĂ©lange des registres que l’intrigue complexe vĂ©hicule.

 

 

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La distribution rĂ©unie pour cette rĂ©surrection exemplaire comble toutes les attentes et brille par son exceptionnelle homogĂ©nĂ©itĂ©. Dans le rĂŽle-titre, l’alto Francesca Ascioti est bouleversante d’humanitĂ© dĂšs son lamento initial (« Io son pur sola »). Ses graves profonds traduisent Ă  merveille l’androgynie du personnage, aussi Ă  l’aise dans le registre pathĂ©tique que dans la vĂ©hĂ©mence du concitato. Les changements de rythme sont d’ailleurs lĂ©gion dans les nombreux airs brefs de cet opĂ©ra. En tĂ©moigne « Non scherzi con amor » du prĂ©cepteur Arsete, superbement dĂ©fendu par le tĂ©nor Bradley Smith, dont le timbre vaillant et trĂšs bien projetĂ© confĂšre une efficace assurance Ă  un rĂŽle par ailleurs assez conventionnel. Musicalement, le rĂŽle d’Oronte, roi falot, moins prĂ©occupĂ© des affaires de l’état que de ses tourments amoureux, est l’un des plus riches de toute la partition. Promis Ă  la princesse Arsinoe, mais encore Ă©pris de Dori qu’il croit morte, ses accents presque constamment pathĂ©tiques sont d’une beautĂ© Ă  faire pleurer les pierres : « Rendetemi il mio bene » au premier acte, dont les mĂ©lismes chromatiques laissent poindre l’espoir des retrouvailles, « Mi rapisce la mia pace » au second acte, interrompu par la voix d’AlĂŹ, ou encore, Ă  la fin de la mĂȘme scĂšne « Dori, ove sei », qui rappelle le « Berenice, ove sei ? » du Tito, atteignent au sublime, confirmĂ© par l’air le plus cĂ©lĂšbre de la partition : « Speranze, fermate » qu’il chante avant de s’endormir. Le contre-tĂ©nor Rupert Enticknap, dont le timbre juvĂ©nile et dĂ©licat n’est pas exempt de mĂąles accents, est un Oronte magnifique, et le pathĂ©tique Ă©mouvant de ses plaintes vire Ă  la fin au pathĂ©tique grotesque, lors de la reconnaissance des identitĂ©s, alors qu’il Ă©tait sur le point d’épouser contre son grĂ© la princesse Arsinoe. Celle-ci trouve en Francesca Lombardi Mazzulli une superbe incarnation. Soprano racĂ©e, touchante dans les airs langoureux (« Quanto Ăš dura la speranza »), comme dans ses accĂšs de dĂ©pit, notamment au dernier acte. L’autre rĂŽle travesti est une habituĂ©e du rĂ©pertoire baroque. Éclatante dans Elena de Cavalli et plus rĂ©cemment dans la Doriclea de Stradella, Emöke BarĂĄth est un Tolomeo/Celinda d’une grande force dramatique. Son duo d’entrĂ©e avec Arsinoe rĂ©vĂšle aussi la variĂ©tĂ© de son jeu scĂ©nique et musical (« Se perfido Amore »), et le trouble dans le genre, quand Arsinoe la prend pour un homme (bref duo « Addio », Ă  la fois comique et pathĂ©tique). Timbre toujours clair et prĂ©cis, diction impeccable qui sĂ©duit le capitaine Erasto, brillamment interprĂ©tĂ© par Pietro Di Bianco ; belle prestance, qualitĂ©s d’acteur superlatives, timbre d’airain qui Ă  juste titre ensorcelle, son costume superbe l’apparente Ă  un personnage tout droit sorti d’un tableau de Rembrandt ou du VĂ©nitien Pietro Della Vecchia. MĂȘmes qualitĂ©s chez l’oncle d’Oronte, Artaxerse, interprĂ©tĂ© par la basse Federico Sacchi, impressionnant d’autoritĂ©.

 

 

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Tandis qu’une grande partie du plaisir Ă©prouvĂ© lors de ces presque trois heures de musique vient des trois rĂŽles comiques, extraordinaire galerie des personnages prototypiques de l’opĂ©ra vĂ©nitien. La vieille nourrice libidineuse Dirce, avec l’impayable incarnation d’Alberto Allegrezza. Formidable acteur, troublant de vĂ©ritĂ©, Ă  l’élocution exceptionnelle de prĂ©cision et de clartĂ©, son entrĂ©e en scĂšne constitue l’habituel badinage amoureux, inaugurĂ© par le Couronnement de PoppĂ©e. Le tĂ©nor impressionne aussi par l’extrĂȘme variĂ©tĂ© de son jeu scĂ©nique et vocal, chaque mot pathĂ©tiquement chargĂ© est savamment distillĂ©, en tĂ©moigne l’extraordinaire scĂšne oĂč la nourrice se transforme en sorciĂšre prĂ©parant le somnifĂšre qu’elle veut administrer Ă  AlĂŹ dont elle s’est entichĂ©e. L’Eunuque est un autre personnage trĂšs prĂ©sent dans les premiers opĂ©ras vĂ©nitiens, symbole de l’hybridisme du genre. Le contre-tĂ©nor ukrainien Konstantin Derri dĂ©fend parfaitement le rĂŽle de Bagoa, et on apprĂ©cie les Ă©normes progrĂšs, notamment concernant la diction, qu’il a fait depuis que nous l’avions dĂ©couvert ici mĂȘme il y a deux ans, dans un autre opĂ©ra de Cesti, Le nozze in sogno. Sa voix flĂ»tĂ©e et parfaitement projetĂ©e, sa franche bonhommie et ses indĂ©niables talents d’acteur, en font un personnage essentiel dans la complexe dramaturgie de l’intrigue. Le dernier rĂŽle comique est constituĂ© par le serviteur et bouffon de cour Golo ; Rocco Cavalluzzi est une trĂšs belle voix de basse et lui aussi un comĂ©dien hors-pair, qui fait merveille, notamment dans ses nombreuses confrontations Ă©bouriffantes avec la nourrice.
Dans la fosse, Ottavio Dantone, pourtant peu habituĂ© aux opĂ©ras du XVIIe siĂšcle, dirige son Accademia Bizantina, comme s’il connaissait parfaitement ce rĂ©pertoire. L’orchestre, assez fourni, privilĂ©gie les cordes, mais introduit une variĂ©tĂ© bienvenue, dans le choix de certains instruments (l’orgue positif, la harpe, la flĂ»te traversiĂšre), pour souligner de façon idoine certains airs qui exigent de l’ĂȘtre plus singuliĂšrement que d’autres. On apprĂ©cie surtout l’absence de cornets, inexistants dans l’orchestre vĂ©nitien de cette Ă©poque. Rarement, une telle osmose entre la fosse, les interprĂštes et la mise en scĂšne n’aura Ă©tĂ© aussi homogĂšne. Un spectacle mĂ©morable, heureusement bientĂŽt immortalisĂ© par une captation vidĂ©o.

 

 

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Compte-rendu opĂ©ra. Innsbruck, Festwochen der Alten Musik, Pietro Antonio Cesti, La Dori, le 24 aoĂ»t 2019. Francesca Ascioti (Dori/AlĂŹ), Rupert Enticknap (Oronte), Federico Sacchi (Artaxerse), Francesca Lombardi Mazzulli (Arsinoe), Emöke BarĂĄth (Tolomeo/Celinda), Bradley Smith (Arsete), Pietro Di Bianco (Erasto), Alberto Allegrezza (Dirce), Rocco Cavalluzzi (Golo), Konstantin Derri (Bagoa), Francesca Ascioti (Ombre de Parisatide, mĂšre d’Oronte), Stefano Vizioli (mise en scĂšne), Emanuele Sinisi (dĂ©cors), Anna Maria Heinreich (costumes), Ralph Kopp (LuliĂšres), Accademia Bizantina, Ottavio Dantone (direction)

Illustrations : / Federico Sacchi – La Dori par Stefano Vizioli (© Innsbrucker Festwochen / Rupert Larl) / EmƑke BarĂĄth, Pietro Di Bianco – La Dori par Stefano Vizioli (© Innsbrucker Festwochen / Rupert Larl) / © Konstantin Derri, Alberto Allegrezza – La Dori par Stefano Vizioli (© Innsbrucker Festwochen 2019 / Rupert Larl)

 

 

 

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VIDEO, opĂ©ra : La Dori – opera by / par Pietro Antonio Cesti
Innsbruck 2019
https://www.youtube.com/watch?v=tCIbZvARkqA#action=share
More than 350 years after Pietro Antonio Cesti’s death, his tragicomedy “La Dori” returns to Innsbruck!

24./26. August 2019
Innsbrucker Festwochen der Alten Musik
 
Musical direction: Ottavio Dantone
Stage direction: Stefano Vizioli
Set: Emanuele Sinisi
Costumes: Anna Maria Heinreich
Lighting: Ralph Kopp
Orchestra: Accademia Bizantina

 

 

 

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Compte-rendu, festival. Festival International de Musique Ancienne d’Innsbruck, Landestheater, 16-19 aoĂ»t 2016. Il Matrimonio segreto de Cimarosa et Le nozze in sogno de Cesti

INNSBRUCK, festival de musique ancienne : l’Ă©dition des 40 ans. DEUX MARIAGES POUR UN FESTIVAL. C’est sous le signe du mariage que s’est placĂ© le Festival International de musique ancienne d’Innsbruck, qui fĂȘtait cette annĂ©e ses 40 ans d’existence. Si l’opĂ©ra de Cimarosa n’est pas en soi une raretĂ©, il est en revanche rarement donnĂ© dans son intĂ©gralitĂ©. C’est chose enfin faite Ă  Innsbruck et, tout comme Ă  la crĂ©ation Ă  Vienne en 1792, on aurait souhaitĂ© un bis complet tant cette production mĂ©morable nous a rĂ©jouis Ă  tout point de vue. À la lecture du livret, construit selon une mĂ©canique thĂ©Ăątrale parfaitement huilĂ©e, on se demande bien ce que l’on pouvait couper sans entamer l’équilibre et la cohĂ©rence de l’intrigue. Nous sommes dans une comĂ©die typiquement goldonienne qui n’exclut pas l’alternance des registres et des tonalitĂ©s, la franche comĂ©die cĂŽtoyant le pathĂ©tisme le plus larmoyant. La mise en scĂšne et les dĂ©cors et costumes imaginĂ©s par Renaud Doucet et AndrĂ© Barbe nous entrainent dans une basse-cour gĂ©ante, les personnages portent des costumes de volatiles (inspirĂ©s d’une authentique mode vestimentaire viennoise contemporaine de l’opĂ©ra) ; poule d’eau, pintade, faisan, pigeon, coq, c’est un bestiaire bariolĂ© digne du Chanteclerc de Rostand qui, au-delĂ  de la transposition allĂ©gorique, a le mĂ©rite de maintenir une parfaite lisibilitĂ© de l’intrigue. Le dĂ©cor unique, aux dessins couleur sĂ©pia et noir Ă©voquant l’univers de la bande dessinĂ©e, devient le rĂ©ceptacle des sentiments contrastĂ©s des personnages grĂące Ă  une ingĂ©nieuse utilisation de la lumiĂšre (admirable travail de Ralf Kopp).

Bilan / tĂ©moignage du Festival d’Innsbruck 2016

DEUX MARIAGES POUR UN FESTIVAL

innsbruck-festspiel-festival-festwochen-ancien-musikSur scĂšne, on doit saluer un casting quasiment irrĂ©prochable dominĂ© par les deux voix de basse de Donato Di Stefano (Geronimo) et surtout de Renato Girolami (le Comte Robinson). Ce dernier impressionne par son ampleur vocale, son phrasĂ© et sa diction admirables qui en font une vĂ©ritable bĂȘte de scĂšne. Tout chanteur devrait le prendre comme modĂšle, et se souvenir que l’opĂ©ra, avant d’ĂȘtre du chant est d’abord du thĂ©Ăątre. La grande joute verbale et musicale qui ouvre le second acte, vĂ©ritable prise de bec avec gestuelle animaliĂšre ad hoc est l’un des sommets de la partition et de cette production ĂŽ combien roborative. Dans le rĂŽle de Paolino, JesĂșs Álvarez déçoit quelque peu par un timbre nasillard et s’il est souvent fĂąchĂ© avec la justesse, son engagement dramatique sans faille et son intelligence du texte compensent les faiblesses vocales. CĂŽtĂ© fĂ©minin, les voix sont plus homogĂšnes sans ĂȘtre toutefois exceptionnelles. Giulia Semenzato campe une excellente Carolina, mĂȘme si le rĂŽle est un peu aigu pour la jeune soprano vĂ©nitienne, mais la technique est irrĂ©prochable et l’on tient lĂ  une chanteuse racĂ©e, promise Ă  un brillant avenir ; dans celui de la sƓur de l’épouse secrĂšte, Elisetta, Klara Eck, que l’on a pu entendre l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente dans le Germanico de Porpora, possĂšde le timbre fougueux qui sied au personnage, et fait merveille notamment dans les airs virtuoses Ă  l’agilitĂ© prĂ©-rossinienne (« No, indegno traditore » et « Se son vendicata » du second acte). Enfin le rĂŽle de Fidalma, la veuve Ă©plorĂ©e elle aussi amoureuse du jeune Paolino, initialement destinĂ©e Ă  Vesselina Kasarova, a Ă©tĂ© magnifiquement dĂ©fendu par Arianna Vendittelli, Ă©galement prĂ©sente dans le Cesti. Une voix mordante, trĂšs bien projetĂ©e, d’une grĂące confondante, notamment dans son aria d’une simplicitĂ© toute mozartienne (« È vero che in casa / son io la signora ») du premier acte.

L’orchestre de l’Accademia Montis Regalis, dirigĂ© avec poigne et prĂ©cision par Alessandro De Marchi, est l’autre grand triomphateur de la soirĂ©e. DĂšs l’ouverture, le thĂ©Ăątre est là ; la plĂ©nitude et l’équilibre des pupitres, le respect scrupuleux des contrastes, Ă©cho aux registres mĂȘlĂ©s du genre (« dramma giocoso ») qui fait se cĂŽtoyer moments pĂ©tulants et d’autres franchement pathĂ©tiques, montrent les progrĂšs exceptionnels de cette phalange qui compte dĂ©sormais parmi les plus aguerries pour ce rĂ©pertoire.

Connaissez vous Pietro Antonio Cesti ?La crĂ©ation mondiale des Nozze in sogno de Pietro Antonio Cesti constituait l’autre moment fort du Festival. La partition, qui dormait anonymement dans les tiroirs de la BibliothĂšque Nationale de Paris, a Ă©tĂ© rĂ©cemment attribuĂ©e Ă  Cesti sur la foi d’un compte-rendu du spectacle (l’opĂ©ra fut reprĂ©sentĂ© Ă  Florence en 1665) qui cite explicitement le nom du compositeur. La production a Ă©tĂ© dĂ©diĂ©e Ă  la mĂ©moire d’Alan Curtis qui aurait dĂ» diriger les reprĂ©sentations. Le choc est Ă  la mesure de cette redĂ©couverte exceptionnelle. MalgrĂ© les coupures (la durĂ©e initiale de 3h30 a Ă©tĂ© ramenĂ©e Ă  2h40), il s’agit lĂ  d’une partition foisonnante qui couvre un spectre d’une infinie variĂ©tĂ© d’affects, du comique au pathĂ©tique, en passant par l’élĂ©giaque et le parodique (magnifique rĂ©Ă©criture des incantations de MĂ©dĂ©e du Giasone de Cavalli, « Dagl’antri gelidi »), le fantastique et le mĂ©tathĂ©Ăątral (« Un sogno Ăš la vita », duo envoĂ»tant aux accents madrigalesques dignes de Monteverdi). Il faudrait citer la totalitĂ© des plus de quarante formes closes (aria, arioso, duos, trios, quatuors et mĂȘme quintettes), tant la qualitĂ© reste constamment Ă©levĂ©e. Le livret, le seul Ă©crit par le dramaturge Pietro Susini, est d’une richesse incroyable, Ă  mi-chemin entre le Shakespeare du Songe d’une Nuit d’étĂ© et le CalderĂČn du Grand thĂ©Ăątre du monde. Appartenant au genre typiquement florentin du dramma civile, qui met en scĂšne des personnages modestes, avec une forte composante rĂ©aliste et dialectale (on y trouve mĂȘme un personnage juif, Ă©cho Ă  la forte communautĂ© israĂ©lite de Livourne oĂč se dĂ©roule l’intrigue), les Nozze in sogno ont Ă©tĂ© composĂ©es au retour de Cesti de la cour d’Innsbruck oĂč il officia durant quatre ans. La mise en scĂšne voulue par Alessio Pizzech tient compte, certes, des contraintes du plein air (dans la cour de FacultĂ© de ThĂ©ologie, Ă  l’acoustique remarquable), mais parvient difficilement Ă  rendre justice Ă  ce merveilleux thĂ©Ăątre nourri des sources les plus diverses. L’inĂ©vitable adaptation Ă  l’actualitĂ© (la fin d’une reprĂ©sentation thĂ©Ăątrale sur laquelle s’ouvre l’opĂ©ra est remplacĂ©e par une sortie de boĂźte de nuit) ne convainc qu’à moitiĂ© et les scĂšnes fantastiques et oniriques virent Ă  la farce grand-guignolesque. Le thĂ©Ăątre finit heureusement par avoir le dessus et les grandes caisses en bois imaginĂ©es par Davide Amadei, disposĂ©es sur la petite scĂšne deviennent autant de micro-lieux oĂč se dĂ©ploie l’ingĂ©niositĂ© du dramaturge.

Le casting, qui rĂ©unissait la plupart des laurĂ©ats du Concours Cesti 2015, est dominĂ© par la superbe Lucinda d’Arianna Vendittelli. Une voix gĂ©nĂ©reuse au phrasĂ© d’une remarquable prĂ©cision, et une prĂ©sence scĂ©nique constamment affirmĂ©e (qui triomphe dans les merveilleux lamenti dont la partition regorge, comme le sublime « Pur sei tu, mio Flammiro » du premier acte) sont les principales qualitĂ©s de cette jeune soprano prometteuse. Le contre-tĂ©nor vĂ©nĂ©zuĂ©lien Rodrigo Sosa Del Pozzo campe un Flammiro tout en fougue juvĂ©nile, dont le timbre sonore et bien projetĂ© en fait un compagnon idĂ©al de Lucinda (trĂšs beau duo « Io contenta/Io felice »). Ce sont les mĂȘmes qualitĂ©s qui illuminent le chant gĂ©nĂ©reux de Yulia Sokolik (Emilia), Ludwig Obst (dans le rĂŽle du serviteur astucieux Fronzo) et de Rocco Cavaluzzi (criant de vĂ©ritĂ© en marchand Pancrazio et irrĂ©sistible dans la parodie de la chanson napolitaine accompagnĂ©e au colachon, « Chiangiu lu iurnu »). Dans le rĂŽle de Scorbio, serviteur de Flammiro), Konstantin Derri, jeune contre-tĂ©nor ukrainien Ă  la voix ample, a parfois du mal Ă  canaliser sa puissance de feu et la clartĂ© de l’élocution s’en ressent, mais son timbre rĂ©vĂšle un potentiel rare dans sa catĂ©gorie. Enfin, les trois tĂ©nors dans les rĂŽles de la nourrice Filandra (Francisco FernĂĄndez-Rueda), du jeune amoureux Lelio (Bradley Smith) et de Teodoro et du juif MosĂš (l’inusable Jeffrey Francis, qui plus est, merveilleux acteur), complĂštent magnifiquement la distribution.

Dans la fosse, amĂ©nagĂ©e derriĂšre une balustrade en bois en forme de bateau gravĂ© au nom d’Alan Curtis, l’Ensemble Innsbruck Barock, d’une dizaine de musiciens, selon les pratiques de l’époque, est dirigĂ© avec passion et une parfaite connaissance de la rhĂ©torique du genre par Enrico Onofri. Un chef-d’Ɠuvre qui mĂ©rite d’ĂȘtre repris et enregistrĂ© urgemment.

Jean-François Lattarico

Reportage vidĂ©o. Festival d’Innsbruck 2015 : les Napolitains, Lully et MĂ©tastase

de-marchi-alessandro-festival-innsbruck-2015Reportage vidĂ©o. Festival d’Innsbruck 2015. Retour sur les temps forts de l’Ă©dition 2015 : prĂ©sence des Napolitains (Porpora et Jommelli), constance de la poĂ©sie de MĂ©tastase, deux lignes fortes de la nouvelle direction artistique dĂ©fendue par le chef et directeur artistique Alessandro De Marchi ; en aoĂ»t 2015, le Festival rĂ©alise aussi la crĂ©ation d’une nouvelle production d’Armide de Lully avec les jeunes chanteurs du Concours Cesti, rĂ©cemment crĂ©Ă© par Alessandro De Marchi. Entretiens, nombreuses images de la ville baroque et mĂ©diĂ©vale d’Innsbruck en Autriche © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015 (RĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham)

VIDEO, reportage. Nouvelle Armide de Lully à Innsbruck (août 2015)

Nouvelle production d'Armide de Lully Ă  Innsbruck et PostdamVIDEO, reportage. Nouvelle Armide de Lully Ă  Innsbruck (aoĂ»t 2015). AoĂ»t 2015 : le Festival de musique ancienne et baroque Ă  Innsbruck (Autriche) accueille pour la premiĂšre fois de son histoire, un opĂ©ra français : Armide de Lully (1686) dans une nouvelle production rĂ©alisĂ©e par le Centre de musique baroque de Versailles dans laquelle participent jeunes instrumentistes sur instruments d’Ă©poque, jeunes chanteurs dont les laurĂ©ats du Concours Cesti 2014. Dans Armide derniĂšre opĂ©ra de Lully, l’interaction de la danse et du drame intĂ©rieur de l’enchanteresse impuissante face Ă  Renaud est exceptionnelle. La partition permet aussi au CMBV Centre de musique baroque de Versailles de diffuser l’opĂ©ra baroque français Ă  l’Ă©tranger, tout en transmettant aux jeunes chanteurs le goĂ»t du thĂ©Ăątre et de la langue baroques. Reportage vidĂ©o : entretiens avec les chanteurs, BenoĂźt Dratwicki, Deda Cristina Colonna (mise en scĂšne), Patrick Cohen-AkĂ©nine (direction musicale). DurĂ©e : 15mn © studio CLASSIQUENEWS.TV – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham. Lire aussi notre prĂ©sentation de la production d’Armide de Lully Ă  Innsbruck (aoĂ»t 2015)

 

 

 

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Compte rendu critique, opĂ©ra. Innsbruck, festival / Festwochen der Alten Musik (chĂąteau d’Ambras). Jommelli: Don Trastullo. Robin Johannsen (Arsenia), Federico Sacchi (Don Trastullo), Francesco Castoro (Giambarone). Academia Montis Regalis. Alessandro De Marchi, direction. Christophe von Bernuth, mise en scĂšne.

Innsbruck, chĂąteau d’Ambras, le 19 aoĂ»t 2015. Jommelli : Don Trastullo. Suite de la prĂ©sence des Napolitains au festival d’Innsbruck. Alessandro De Marchi directeur artistique, et qui dirige aussi son ensemble trĂšs Ă  l’aise dans ce rĂ©pertoire : Academia Montis Regalis-, fait de l’opĂ©ra partĂ©nopĂ©en, un axe fort de sa ligne artistique. AprĂšs une passionnante recrĂ©ation d’Il Germanico de Porpora (seria musicalement flamboyant de 1732), voici une piĂšce comique du Jommelli alors cĂ©lĂ©brĂ© Ă  Rome, compositeur officiel pour les autoritĂ©s religieuses et aussi, pĂ©tulant narrateur sur la scĂšne lyrique. L’auteur des Didon et Armide AbandonnĂ©e a aussi rĂ©ussi dans la veine comique et ce Don Trastullo de 1749 en tĂ©moigne Ă©videmment, ne dĂ©mĂ©ritant guĂšre aux cĂŽtĂ©s de La Serva Padrona d’un Pergolesi antĂ©rieur et tout autant inspirĂ©. Mis en espace dans l’ample galerie supĂ©rieure du chĂąteau d’Ambras, villĂ©giature des Habsbourg, le spectacle tient son rĂŽle, divertissant et enjouĂ©. Intermezzo jouĂ© Ă  l’origine en parties intercalaires Ă  un seria de plus grande ampleur, les deux parties sont jouĂ©es successivement, dĂ©fendues par un jeu dramatique efficace partagĂ© par les trois solistes.

 

 

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Du trio animĂ©, c’est la soprano non italienne (son texte reste alĂ©atoire), Robin Johannsen qui par son timbre et la justesse du style, fin et onctueux (malgrĂ© des aigus parfois serrĂ©s), remporte la palme de la caractĂ©risation dramatique. Voici donc dans une mise en espace ingĂ©nieuse, fluide et habile (oĂč Trastullo, habitĂ© par le modĂšle des hĂ©ros antiques, devient un Quichotte dupĂ© mais flamboyant), ce thĂ©Ăątre dĂ©lirant, facĂ©tieux, picaresque, oĂč la femme est une maĂźtresse dominatrice et astucieuse, usant de tous les stratagĂšmes pour sĂ©duire, manipuler, triompher. Guerre des sexes, Ă©cole comique certes mais aussi satire parfois cynique, jouant du double voire triple sens de certains mots, le buffa napolitain trouve ici des interprĂštes honnĂȘte car efficaces : d’autant que instrumentistes et chef redoublent de souple vitalitĂ© pour exprimer la verve et la finesse d’une partition qui rayonne par sa santĂ© et son Ă©nergie (cordes bondissantes et cors trĂšs justes Ă  la fĂȘte).
Le festival d’Innsbruck sait autant proposer des programmes de dĂ©frichement – qui ont fait sa rĂ©putation internationale (comme Il Germanico dĂ©jĂ  citĂ©) qu’offrir dans la cohĂ©rence de sa ligne artistique, des soirĂ©es plus lĂ©gĂšres quoique moins badines qu’il n’y parait, de surcroit dans un lieu aussi magicien et impressionnant que la galerie cynĂ©gĂ©tique d’Ambras (salle espagnole / Spanischer saal), prĂ©servĂ©e dans son jus dĂ©coratif (stucs et fresque nĂ©o italiennes) depuis le XVIIĂšme. La prochaine Ă©tape majeure, outre la nouvelle Ă©dition du Concours Cesti (rare concours de chant baroque), demeure la nouvelle production d’Armide de Lully (premiĂšre le 22 aoĂ»t 2015).

Compte rendu critique, opĂ©ra. Innsbruck, festival / Festwochen der Alten Musik (chĂąteau d’Ambras). Jommelli: Don Trastullo. Robin Johannsen (Arsenia), Federico Sacchi (Don Trastullo), Francesco Castoro (Giambarone). Academia Montis Regalis. Alessandro De Marchi, direction. Christophe von Bernuth, mise en scĂšne.

Jommelli : Don Trastullo Ă  Innsbruck

innsbruck-2015-vignette-DEPECHE-2015Festival d’Innsbruck 2015. Don Trastullo de Jommelli, Ă©vĂ©nement lyrique, les 19 et 20 aoĂ»t 2015.  Suite des Napolitains Ă  Innsbruck… Alessandro De Marchi nous a dĂ©ja rĂ©galĂ© ce 16 aoĂ»t avec Il Germanico de Porpora, seria enchanteur par la diversitĂ© des situations mĂ©lodiques et dramatiques, oĂč percent outre les tempĂ©rament des deux guerriers affrontĂ©s, Arminio (le germain) et Germanico (le romain), le profil des deux soeurs germaines, Ersinda et Rosmonda, toutes deux filles de SĂ©geste et opposĂ©es par la rivalitĂ© des deux clans. AprĂšs la veine historico-sentimentale, voici dans la citĂ© autrichienne, le bouffon napolitain, intermezzo de pure facĂ©tie, signĂ©e d’un maĂźtre postĂ©rieur Ă  Porpora, Jommelli dont on connaĂźt plus familiĂšrement les opĂ©ras tragiques. Don Trastullo crĂ©Ă© au Teatro della Valle, pour le Carnaval Ă  Rome en 1749,  se distingue par sa cocasserie, une intelligence rare des situations comiques qui en font un joyau du genre buffa. Trois personnages s’affrontent (Don Trastullo, Giambarone et la mordante et piquante Arsenia), se mesurent en une joute oĂč se joue la suprĂ©matie des genres et des sexes, comme des Ăąges. Et comme souvent dans la tradition napolitaine, Ă©galement illustrĂ©e par Pergolesi et sa Serva Padrona (1733), la femme est maĂźtresse, d’une finesse espiĂšgle dont Mozart se souviendra encore dans le personnage de Despina pour son Cosi fan tutte. Ici Arsenia parviendra coĂ»te que coĂ»te Ă  Ă©pouser son aimĂ© (Giambarone/Totaro) et l’Ă©pousera aprĂšs avoir extorquĂ© Ă  Trastullo, prĂšs de 100 doublons.

de-marchi-alessandro-innsbruck-maestro-academia-montis-realisLa partition devait imposer Jommelli Ă  Paris contre Rameau et l’inscrire d’emblĂ©e comme le maĂźtre de la scĂšne comique aux cĂŽtĂ©s de Hasse et de PergolĂšse.  En deux parties, l’intermĂšde suit la construction symĂ©trique en vogue : pour chaque partie, les 3 personnages ont chacun un air d’exposition, de situation, de rĂ©solution. Le mince argument est centrĂ© autour de la situation typique de la commedia dell’arte prĂ©sentant un Ă©lĂ©gant riche et stupide (Don Trastullo) que berne et dĂ©pouille de son argent une fille astucieuse (Arsenia) pour se marier avec son fiancĂ©. ComposĂ©e l’annĂ©e oĂč Jommelli est nommĂ© maestro coadiutore Ă  la chapelle papale, Don Trastullo tĂ©moigne de la versatilitĂ© poĂ©tique d’un maĂźtre du drame lyrique, qu’il soit seria ou bouffa. Comme toujours, la scĂšne comique parodie la style noble et solennel voire hĂ©roĂŻque : ainsi la cantate de l’Acte I destinĂ©e Ă  Don Trastullo, et aussi les airs caricaturaux du benĂȘt fortunĂ©, satire du style aristocratique nourrissent un ouvrage qui n’est pas que pur divertissement : il s’agit aussi pour Jommelli, d’interroger les limites du genre, la porositĂ© entre les deux veines poĂ©tique (seria/buffa), qui alors, depuis la rĂ©forme de Zeno, sont parfaitement sĂ©parĂ©es (alors qu’ils Ă©taient mĂȘlĂ©s et avec quel Ă©clat trouble dans l’opĂ©ra vĂ©nitien du siĂšcle prĂ©cĂ©dent).
Parodique, satirique, comique, Don Trastullo exige des interprĂštes fins et subtils, en particulier dans les rĂ©citatifs, piliers du drame (dont une sĂ©quence d’improvisation littĂ©raire par Trastullo qui demeure exemplaire et irrĂ©sistible.

Jommelli_portrait_250LIRE aussi notre grand dossier Niccolo Jommelli (1714-1774). Portrait et carriĂšre de l’auteur de Didone abbandonata, Armida abbandonata, citĂ© par Balzac dans sa nouvelle musicale Sarasine. Discographie sĂ©lective par Alexandre Pham
Il existe un excellent enregistrement de Don Trastullo de Jommelli par Antonio Florio (édité dÚs 2000, Opus 111).

Compte rendu, opĂ©ra.Innsbruck, Festival de Musique ancienne (Autriche). Tiroler Landestheater Oper, le 16 aoĂ»t 2015. Superbe recrĂ©ation d’Il Germanico de Nicola Porpora (Rome, 1731). Alexander Schulin, mise en scĂšne. Alessandro de Marchi, direction.

germanico-porpora-innsbruck-2015Innsbruck. Compte rendu, opĂ©ra. Superbe recrĂ©ation d’Il Germanico de Porpora par Alessandro De Marchi Ă  Innsbruck. TrĂšs belle surprise Ă  Innsbruck pour la recrĂ©ation d’Il Germanico de 1732 de Nicola Porpora, compositeur Ă  torts Ă©tiquettĂ© (et expĂ©diĂ© en mĂȘme temps) comme exclusivement “virtuose” c’est Ă  dire dĂ©monstratif voire dĂ©coratif et creux. Rien de tel en vĂ©ritĂ© tout au long du spectacle comprenant trois actes et dans lesquels le chef Alessandro De Marchi avec un zĂšle passionnant, joue toutes les reprises des airs : tremplin excitant pour les chanteurs mais aussi loupe radicale pour ceux qui tenteraient de masquer des dĂ©fauts techniques ou stylistiques.

 

 

Germanico-innsbruck-david-hansen-patricia-bardon-compte-rendu-review-classiquenews-2015La vedette attendue de la soirĂ©e Ă©tait le contre-tĂ©nor David Hansen dont un premier disque (“Rivals”) paru sous Ă©tiquette DHM avait alors convaincu la RĂ©daction de classiquenews (rĂ©cital dĂ©diĂ© Ă  “Farinelli and Co”). Certes, le soliste a du cran de pousser sa voix dans les aigus atteignant des accents puissants et de mieux en mieux couverts, mais dĂšs le dĂ©but, un dĂ©faut majeur gĂąte l’Ă©coute : son Ă©mission serrĂ©e presque engorgĂ©e (le temps de chauffer la voix est long) et surtout, son italien laisse vraiment Ă  dĂ©sirer, comparĂ© Ă  celui dĂ©fendu par les autres chanteurs. L’articulation patine, reste imprĂ©cise et flottante : un charabia Ă©nigmatique pour les plus fines oreilles italophiles. Un conseil, il ne s’agit pas de forcer et de projeter des aigus mĂ©talliques spectaculaires, il faut encore savoir articuler et nuancer… On invite donc le chanteur Ă  suivre une formation sĂ©rieuse d’articulation de l’italien : avec cette maĂźtrise, l’interprĂšte devrait gagner encore en conviction d’autant qu’il est aujourd’hui au sommet de ses possibilitĂ©s vocales. La seule performance montre ses limites tant il faut de la subtilitĂ©.

En ressuscitant Il Germanico, Alessandro de Marchi dévoile la profondeur de Porpora

Seria subtil et humain

 

Car c’est lĂ  la surprise de la soirĂ©e : on attendait un Porpora rien que superfĂ©tatoire et virtuose, on dĂ©couvre un thĂ©Ăątre oĂč les scĂšnes hĂ©roiques et historiques (confrontation du romain Germanico / Germanicus et du germain rebelle Arminio / Arminius) sont finalement prĂ©texte Ă  de superbes dĂ©voilements Ă©motionnels, oĂč les protagonistes ne sont pas ceux que nous espĂ©rions. Certes face Ă  l’Arminio de David Hansen, le Germanico de Patricia Bardon ne manque pas d’allure et campe mĂȘme une figure du pouvoir mobile, trĂšs juste : d’abord dure, inflexible, puis de plus en plus troublĂ©e et atteinte, jusque dans la scĂšne finale, augurant Les LumiĂšres, en pardonnant au vaincu Arminio
 lequel suscite dans l’esprit du vainqueur romain, un pur sentiment d’admiration et de compassion.

 

 

Germanico innsbruck ensemble classiquenews review aout 2015

 

 

Les rĂ©vĂ©lations de la soirĂ©e sont du cĂŽtĂ© des “seconds rĂŽles” : celle des deux soeurs germaines (toute deux filles de Segeste, fidĂšle du clan Romain), Rosmonda et Ersinda, respectivement soprano et mezzo, remarquablement caractĂ©risĂ©es par deux solistes idĂ©alement convaincantes, jeunes tempĂ©raments d’une musicalitĂ© nuancĂ©e, au jeu crĂ©dible : Klara Ek et Emilie Renard ; cette derniĂšre confirme les promesses dĂ©jĂ  exprimĂ©es quand nous l’avions dĂ©couverte comme laurĂ©ate de l’AcadĂ©mie de William Christie, Le Jardin des Voix 2013 ; la mĂȘme annĂ©e, la jeune britannique remportait aussi le Concours de chant Cesti
 d’Innsbruck. GrĂące Ă  Emilie Renard, Ersinda s’impose sur la scĂšne par sa franche et souple sensualitĂ©, et le couple amoureux d’une lascivitĂ© assumĂ©e (voire explicite dans cette mise en scĂšne) qu’elle forme avec le trĂšs correct Cecina (Hagen Matzeit, 2Ăšme contre tĂ©nor de la production, s’impose superbement dans ses “affrontements” et duos suaves, qui sont autant de contrepoints conjugaux, rĂ©flexion sur la fidĂ©litĂ© et le dĂ©sir, Ă  l’action politique. Ces deux lĂ  sont l’antithĂšse du couple Ă©prouvĂ© par l’autoritĂ© de Germanico : Rosmonda et son Ă©poux, Arminio. Ainsi dans le rĂŽle de Rosmonda, Klara Ek incarne Ă  l’inverse, l’effroi de la soeur plutĂŽt gagnĂ©e au clan des germains rebelles, tous les vertiges et les tiraillements de la jeune femme, Ăąme piĂ©gĂ©e, prise entre la rĂ©sistance au Romain, son lien filiale Ă  Segeste (pĂšre dĂ©vouĂ© au parti de Germanico) et surtout son amour pour son Ă©poux, Arminio (figure splendide de la rĂ©sistance). Les rapports entre les personnages sont parfaitement calibrĂ©s, d’autant que chaque protagoniste dĂ©fend son pĂ©rimĂštre expressif avec une autoritĂ© qui ne faiblit jamais.

Saluons Ă©galement l’engagement, la projection, l’aisance, la prĂ©cision linguistique (naturels pour un natif) du tĂ©nor Carlo Vincenzo Allemano qui apporte au personnage mĂ©dian de Segeste, un relief particulier: le rĂŽle assure le lien entre les cercles mĂȘlĂ©s : cour de Germanico dont il est le serviteur, et cercle sentimental des deux soeurs Rosmonda et Ersinda dont il est le pĂšre. HĂ©roĂŻques, ses airs sont redoutables et cĂ©lĂšbrent continĂ»ment la gloire romaine.

 

Collection de séquences enivrantes

 

Parmi les meilleurs moments de la soirĂ©e : citons quelques instants vocalement trĂšs rĂ©ussis, fruits d’une complicitĂ© entre les solistes et d’un esprit d’Ă©quipe qui demeure manifeste et s’affirme mĂȘme de façon croissante jusqu’Ă  la derniĂšre mesure de cette 3Ăšme et derniĂšre reprĂ©sentation Ă  Innsbruck.

 

 

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Au I, c’est d’abord, l’enchaĂźnement des airs d’Ersinda puis de son fiancĂ©, Cecina, le second reprenant la mĂȘme mĂ©lodie comme une surenchĂšre Ă©motionnelle qui rĂ©pond en miroir Ă  son aimĂ©e, avec une Ă©vidente coloration Ă©rotique (scĂšne 6 : enchaĂźnĂ©s, les airs “Al Sole lumi d’Ersinda”, puis “Splende per mille amanti” de Cecina) : ce jeu de dĂ©clarations successives relĂšve d’une exigence dramaturgique et inspire particuliĂšrement Porpora (s’inspirerait-il pour le couple d’amoureux Ersinda/Cecina, des couples emblĂ©matiques de l’opĂ©ra vĂ©nitien : un hommage imprĂ©vu de Porpora Ă  Vivaldi finalement, et plus loin encore Ă  Cesti et Cavalli ?).

L’air de Rosmonda qui conclut l’acte (avec hautbois obligĂ©), outre qu’il souligne le dĂ©chirement intĂ©rieur qui dĂ©vore l’Ă©pouse d’Arminio comme on l’a dit, dĂ©voile aussi un jeu d’acteurs et une conception scĂ©nographique trĂšs justes : Klara Ek est la seule Ă  se dĂ©placer. La soprano va de l’un Ă  l’autre des 5 autres protagonistes, comme si soudainement l’action se dĂ©roulait de son point de vue, rĂ©vĂ©lant l’horreur de sa situation personnelle : son impuissance et sa souffrance. La subtilitĂ© qu’apporte la chanteuse Ă©claire ce personnage central dans l’action, comme Emilie Renard cisĂšle la sensualitĂ© lĂ©gĂšre mais profonde d’Ersinda : les deux portraits de femmes (antagoniques) sont dans cette production idĂ©alement restituĂ©s.

 

 

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L’Acte II est centrĂ© sur le couple politique affrontĂ© : Germanico qui a contrario de son pouvoir omnipotent, s’inflĂ©chit intĂ©rieurement ; et Arminio qui dans sa prison, laisse fuser une plainte sombre qui Ă©gale les grands Haendel, par sa grandeur tragique et son esprit de rĂ©sistance. “Nasce da  valle impura” (ici s’adressant Ă  Arminio) rĂ©vĂšle un Romain dĂ©fait humainement et profondĂ©ment troublĂ© (mĂȘme sentiment dĂ©voilĂ© face Ă  Ersinda dans l’air qui suit : “Per un moment ancora” – scĂšne 3 oĂč dans cette mise en scĂšne, le Romain s’effondre en larmes en fin d’air) ; puis,  ”Parto, ti lascio, o Cara” (s’adressant alors Ă  son Ă©pouse Rosmonda) souligne pour Arminio, une autre facette chez David Hansen, la gravitĂ© lugubre, oĂč perce le masque de la mort : mĂȘme si l’italien s’enlise, le style s’assagit, les couleurs sont plus nuancĂ©es, le souffle surgit. Ses deux grands airs distinguent nettement les deux guerriers affrontĂ©s et accrĂ©ditent le trĂšs grand intĂ©rĂȘt de la partition crĂ©Ă©e Ă  Rome. Il paraĂźt Ă©vident que Haendel Ă  puiser chez le Napolitain, et que plus tard Ă  Vienne, le jeune Haydn profite des enseignements de son maĂźtre Porpora.

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Tout cela rĂ©vĂšle la sĂ©duction d’une esthĂ©tique thĂ©Ăątrale qui Ă©claire diffĂ©remment notre connaissance de Porpora : la combinaison des deux mondes (politique avec Germanico et Arminio, et sentimental avec les deux soeurs, Rosmonda et Ersinda) fonctionne Ă  merveille. Le jeu des contrastes produit la diversitĂ© du spectacle et dans sa continuitĂ©, sa grande diversitĂ© de climats. On comprend mieux ainsi que le compositeur napolitain ait pu dĂ©fier Haendel sur ses terres londoniennes justement dans les annĂ©es 1730.

de-marchi-alessandro-innsbruck-maestro-academia-montis-realisL’artisan d’une telle rĂ©ussite est le chef, Alessandro de Marchi qui est aussi le directeur artistique du Festival : direction souple, affĂ»tĂ©e, trĂšs soucieuse de l’Ă©quilibre voix/chanteurs, le maestro convainc pleinement dans cette rĂ©surrection d’un seria en rien indigeste malgrĂ© sa longueur. Le continuo est idĂ©alement souple et subtil, travaillant surtout une fine caractĂ©risation des sĂ©quences selon les enjeux politiques ou sentimentaux. La vivacitĂ© des enchaĂźnements, la rĂ©partition des airs, le profil dramatique de chacun des caractĂšres, d’autant mieux servi ici par une troupe trĂšs cohĂ©rente, de surcroĂźt dans une mise en scĂšne intelligente et fine (avec changements Ă  vue grĂące Ă  une machinerie tournante) soulignent la justesse du choix musical ; la partition mĂ©rite absolument d’ĂȘtre connue et dans ce dispositif (de prochaines reprises sont vivement souhaitĂ©es). VoilĂ  qui dĂ©montre que la transmission est assurĂ©e et que l’ancien assistant-continuiste de RenĂ© Jacobs, devenu son successeur pour la direction du festival autrichien, retrouve ce goĂ»t si essentiel du dĂ©frichement et de la prise de risques. Jacobs s’Ă©tait engagĂ© pour l’opĂ©ra vĂ©nitien (rĂ©vĂ©lant le premier les perles mĂ©connues de Cesti et Cavalli), De Marchi fait de mĂȘme aujourd’hui, au service d’autres compositeurs, dont Porpora et son Germanico dĂ©sormais mĂ©morable. TrĂšs belle rĂ©vĂ©lation.

de-marchi-alessandro-maestro-alessandro_de_marchi__c_innsbrucker_festwochen_thomas_schrottInnsbruck, Festival de Musique ancienne (Autriche). Tiroler Landestheater Oper, le 16 août 2015. Nicola Porpora : Il Germanico (Rome, 1731). Recréation. Livret de Niccolo Coluzi. Patricia Bardon, Germanico. David Hansen, Arminio. Klara Ek, Rosmonda. Emilie Renard, Ersinda. Hagen Matzeit, Cecina. Carlo Vincenzo Allemano, Segeste. Academia Montis Regalis (Olivia Centurioni, premier violon). Alexander Schulin, mise en scÚne. Alessandro de Marchi, direction.

Illustrations : © R.IarI / Festival d’Innsbruck 2015

 

légendes des 6 photographies :
1- Arminio / Germanico : David Hansen / Patricia Bardon
2- Ensemble, de gauche Ă  droite : Segeste, Rosmonda, Ersinda et Germanico
3- Ersinda : Emilie Renard
4- Germanico et sa suite (Patricia Bardon)
5- finale de l’opĂ©ra
6- finale du II

 

 

 

 

 

 

 

 

Prochains temps forts du Festival d’Innsbruck 2015 :

 

Suite de la prĂ©cence de l’opĂ©ra napolitain du XVIIIĂš mais dans le genre buffa, avec l’intermezzo pĂ©tillant facĂ©tieux, Don Trastullo de Jommelli (1714-1774), les 19 puis 20 aoĂ»t 2015 Ă  20h (Spanischer saal, ChĂąteau d’Ambras)

 

Armide de Lully avec les laurĂ©ats du dernier concours de chant baroque Cesti d’Innsbruck, les 22,24,26 aoĂ»t 2015

 

Toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servations sur le site du Festival d’Innsbruck / Innsbrucker Festwochen Der Alten Musik 2015

 

 

LIRE notre prĂ©sentation complĂšte du Festival d’Innsbruck 2015 “Stylus Phantasticus”

 

 

Innsbruck 2015 : David Hansen chante Arminio

Contre-tĂ©nor Ă  suivre : David Hansen chante ArminioInnsbruck. RecrĂ©ation d’Il Germanico de Porpora : les 12,14,16 aoĂ»t 2015. Alors que Beaune 2015 ressucite en premiĂšre mondiale son oratorio clĂ© : Il Trionfo della Giustizia (lire notre prĂ©sentation “Il Trionfo della Giustizia: un oratorio inĂ©dit Ă  Beaune”, le 24 juillet 2015 ), le Festival autrichien d’Innsbruck, propose l’un des temps forts de l’Ă©tĂ© lyrique, en programmant en recrĂ©ation mondiale, Il Germanico de Nicolo Porpora (1868-1768), les 12, 14, 16 aoĂ»t 2015 (au Tirol Landstheater), sous la direction du directeur du Festival, l’heureux successeur de RenĂ© Jacobs Ă  ce poste, Alessandro de Marchi. Porpora reste mĂ©connu, cantonnĂ© Ă  l’ombre de Haendel dont il fut le rival flamboyant Ă  Londres dans les annĂ©es 1730. MaĂźtre de Haydn, Porpora incarne l’Ăąge d’or de l’opĂ©ra napolitain, trouvant un Ă©quilibre subtil entre suprĂȘme virtuositĂ© et Ă©lĂ©gance mĂ©lodique, alliĂ© parfois Ă  un sens dramatique aigu. A Naples, il est le professeur de chant des plus grands chanteurs napolitains, en particulier du castrat Farinelli pour lequel il compose nombre d’ouvrages mettant en avant la facilitĂ© vocale de son Ă©lĂšve favori.

Nicola_Antonio_PorporaLe style de Porpora (chaĂźnon flamboyant de l’art vocal entre Alessandro Scarlatti et Haendel) marque l’art musical du premier tiers du XVIIIĂšme : le Napolitain marque les esprit comme professeur de chant au Conservatoire San Onofrio de Naples de 1715 Ă  1721 ; il devient le maĂźtre du castrat Farinelli (comme des autres chanteurs adulĂ©s Cafarelli, favori de Haendel, ou de Hasse), et plus tard de Haydn, Porpora atteint un rare Ă©quilibre entre virtuositĂ© technique et fine caractĂ©risation des personnages qu’il s’agisse d’opĂ©ras ou d’oratorios. Porpora, gĂ©nie de l’art vocal, voyage beaucoup, atteignant mĂȘme avant Gluck ou Piccinni, un statut europĂ©en : il quitte Naples en 1726 pour Venise (oĂč il dirige l’Ospedale des Incurabili) ; puis rejoint Londres en 1733, pilotant la direction artistique de l’Opera de la Noblesse, maison rivale de celle de Haendel. Puis c’est Ă  nouveau Naples puis Venise en 1742 (crĂ©ation de Statira au Grisostomo) oĂč il dirige alors l’Ospedaletto. De 1747 Ă  1752, Porpora rejoint Dresde oĂč se produit son Ă©lĂšve Hasse. Il devient Kappellmeister de la Cour en 1748 avant de gagner Vienne en 1753 : il emploie alors Haydn comme valet ! Ce dernier deviendra son Ă©lĂšve enfin, recevant sa maĂźtrise exceptionnelle de l’écriture lyrique. Pour sa crĂ©ation Ă  Rome au Capranica, il Germanico in Germania de Porpora est crĂ©Ă© par Cafarelli, castrat vedette Ă  Naples qui chante aussi pour Haendel Ă  Londres. L’oeuvre est emblĂ©matique du gĂ©nie lyrique de Porpora : elle est composĂ©e entre sa rĂ©sidence Ă  Venise (comme directeur musical de l’Ospedale degli Incurabili, nommĂ© dĂšs 1726) et son arrivĂ©e Ă  Londres en 1733 comme directeur du nouveau thĂ©Ăątre rival de celui de la Royal Academy of Music de Haendel, l’Opera of the Nobility. Il Germanico renseigne donc sur l’Ă©criture de Porpora avant qu’il ne compose pour Londres, prĂšs de 5 ouvrages majeurs (dont Arianna in Nasso). LIRE notre prĂ©sentation complĂšte d’Il Germanico de Porpora, crĂ©ation mondiale, prĂ©sentĂ©e au Festival d’Innsbruck 2015

 

 

 

distribution de la recrĂ©ation d’Il Germanico Ă  Innsbruck

PremiÚre mondiale, recréation
Nicola Porpora (1686 – 1768)
Il Germanico
Opera seria en 3 actes
Livret de Niccolo Coluzzi
création à Rome, 1732

direction musicale : Alessandro De Marchi
mise en scĂšne : Alexander Schulin
Academia Montis Regalis

 

 

hansen-david-contre-tenor-582-594-arminius-germanico-porpora-innsbruck-2015Patricia Bardon, mezzo : Germanico
David Hansen, contre ténor : Arminio (portrait ci contre)
Klara Ek, soprano : Rosmonda
Emilie Renard, mezzo : Ersinda
Hagen Matzeit, contre ténor : Cecina
Carlo Vincenzo Allemano, ténor : Segeste

 

TIROLER LANDESTHEATER Oper
Les 12 et 14 aout 2015 (18h), le 16 août 2015 à 15h

 

 

germanicus-expirant-poussin-tableau-classiquenews-critique-description-germanico-porpora-innsbruck-aout-2015-582David Hansen, maillon fort d’Il Germanico prĂ©sentĂ© en crĂ©ation Ă  Innsbruck. Partenaire de la mezzo Patricia Bardon, Germanico attendu Ă  Innsbruck, le contre tĂ©nor australien David Hansen, qui a sucitĂ© rĂ©cemment l’enthousiasme de la RĂ©daction de Classiquenews pour son premier cd Ă©ditĂ© par Sony (DHM), et intitulĂ© “RIvals” en rĂ©fĂ©rence aux joutes vocales de l’Ă©poque des castrats dont Ă©videmment le modĂšle Farinelli, est le jalon fort de la nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Innsbruck. LIRE notre compte rendu critique du cd de David Hansen, “Rivals” (DHM). EN voici un extrait :

David HansenInspirĂ© par les Cafarelli, Farinelli, Bernacchi et Manzuoli, Hansen ose tout, se risque souvent, et relĂšve les dĂ©fis multiples de ce rĂ©cital hors normes. En outre, audacieux dĂ©fricheur, Hansen nous gratifie gĂ©nĂ©reusement de plusieurs inĂ©dits dont quelques airs que le frĂšre de Farinelli, Carlo Broschi, composa pour son parent prodigieux
 (Son qual Nave
 restituĂ© avec les notations du crĂ©ateur de l’air).
Plein de santĂ© juvĂ©nile et osons dire de testostĂ©rone prĂȘte Ă  dĂ©gainer vocalement, le divo au look ravageur a dĂ©cidĂ©ment tout pour rĂ©ussir et affirmer une trĂšs plaisante carriĂšre. Les Cencic ou Scholl connaissent Ă  prĂ©sent leur successeur. Ce gars lĂ  a apparemment une prĂ©sence, bientĂŽt scĂ©nique, Ă  revendre : voilĂ  qui changera des voix Ă©troites au physique maladroit. Pour ses prises de risques, son sens de l’équilibre sur le fil, ce disque est exemplaire et si le talent se confirme ici, voici Ă  n’en pas douter l’un des meilleurs reprĂ©sentants de la jeune gĂ©nĂ©ration de haute contre rĂ©ellement sensationnels.

 

Innsbruck. RecrĂ©ation d’Il Germanico de Porpora

germanicus-expirant-poussin-tableau-classiquenews-critique-description-germanico-porpora-innsbruck-aout-2015-582Innsbruck. RecrĂ©ation d’Il Germanico de Porpora : les 12,14,16 aoĂ»t 2015. Alors que Beaune 2015 ressucite en premiĂšre mondiale son oratorio clĂ© : Il Trionfo della Giustizia (lire notre prĂ©sentation “Il Trionfo della Giustizia: un oratorio inĂ©dit Ă  Beaune”, le 24 juillet 2015 ), le Festival autrichien d’Innsbruck, propose l’un des temps forts de l’Ă©tĂ© lyrique, en programmant en recrĂ©ation mondiale, Il Germanico de Nicolo Porpora (1868-1768), les 12, 14, 16 aoĂ»t 2015 (au Tirol Landstheater), sous la direction du directeur du Festival, l’heureux successeur de RenĂ© Jacobs Ă  ce poste, Alessandro de Marchi. Porpora reste mĂ©connu, cantonnĂ© Ă  l’ombre de Haendel dont il fut le rival flamboyant Ă  Londres dans les annĂ©es 1730. MaĂźtre de Haydn, Porpora incarne l’Ăąge d’or de l’opĂ©ra napolitain, trouvant un Ă©quilibre subtil entre suprĂȘme virtuositĂ© et Ă©lĂ©gance mĂ©lodique, alliĂ© parfois Ă  un sens dramatique aigu. A Naples, il est le professeur de chant des plus grands chanteurs napolitains, en particulier du castrat Farinelli pour lequel il compose nombre d’ouvrages mettant en avant la facilitĂ© vocale de son Ă©lĂšve favori.

Nicola_Antonio_PorporaLe style de Porpora (chaĂźnon flamboyant de l’art vocal entre Alessandro Scarlatti et Haendel) marque l’art musical du premier tiers du XVIIIĂšme : le Napolitain marque les esprit comme professeur de chant au Conservatoire San Onofrio de Naples de 1715 Ă  1721 ; il devient le maĂźtre du castrat Farinelli (comme des autres chanteurs adulĂ©s Cafarelli, favori de Haendel, ou de Hasse), et plus tard de Haydn, Porpora atteint un rare Ă©quilibre entre virtuositĂ© technique et fine caractĂ©risation des personnages qu’il s’agisse d’opĂ©ras ou d’oratorios. Porpora, gĂ©nie de l’art vocal, voyage beaucoup, atteignant mĂȘme avant Gluck ou Piccinni, un statut europĂ©en : il quitte Naples en 1726 pour Venise (oĂč il dirige l’Ospedale des Incurabili) ; puis rejoint Londres en 1733, pilotant la direction artistique de l’Opera de la Noblesse, maison rivale de celle de Haendel. Puis c’est Ă  nouveau Naples puis Venise en 1742 (crĂ©ation de Statira au Grisostomo) oĂč il dirige alors l’Ospedaletto. De 1747 Ă  1752, Porpora rejoint Dresde oĂč se produit son Ă©lĂšve Hasse. Il devient Kappellmeister de la Cour en 1748 avant de gagner Vienne en 1753 : il emploie alors Haydn comme valet ! Ce dernier deviendra son Ă©lĂšve enfin, recevant sa maĂźtrise exceptionnelle de l’écriture lyrique. Pour sa crĂ©ation Ă  Rome au Capranica, il Germanico in Germania de Porpora est crĂ©Ă© par Cafarelli, castrat vedette Ă  Naples qui chante aussi pour Haendel Ă  Londres. L’oeuvre est emblĂ©matique du gĂ©nie lyrique de Porpora : elle est composĂ©e entre sa rĂ©sidence Ă  Venise (comme directeur musical de l’Ospedale degli Incurabili, nommĂ© dĂšs 1726) et son arrivĂ©e Ă  Londres en 1733 comme directeur du nouveau thĂ©Ăątre rival de celui de la Royal Academy of Music de Haendel, l’Opera of the Nobility. Il Germanico renseigne donc sur l’Ă©criture de Porpora avant qu’il ne compose pour Londres, prĂšs de 5 ouvrages majeurs (dont Arianna in Nasso).

Germanicus, héros julio claudien

germanicus-porpora-poussin-julio-claudien-general-classiquenews-juillet-2015Drusus Germanicus (nĂ© en 15 avant JC – mort en 19 aprĂšs JC). Le gĂ©nĂ©ral romain Germanicus appartient Ă  la famille impĂ©riale julio-claudienne (c’est le petit-fils de Marc Antoine et d’Octavie, la soeur d’Auguste) : hĂ©ritier de TibĂšre (son pĂšre adoptif) mais dĂ©cĂ©dĂ© avant la mort de celui-ci, Germanicus est l’archĂ©type du guerrier romain, loyal, couvert de gloire grĂące Ă  ses compagnes victorieuses au profit de la puissance impĂ©riale romaine. Epoux d’Agrippine l’aĂźnĂ©e, il a pour enfants : Julius Cesar, Agrippine (monstre politique et mĂšre de NĂ©ron). En 10 av JC, Drusus devient Germanicus en raison de ses victoires contre les Germains en 15 et 16 aprĂšs JC.  C’est le vainqueur du guerrier germain Arminius Ă  Idistaviso.

Avant d’ĂȘtre Germanicus, stratĂšge vainqueur des barbares, Drusus fut un lettrĂ© dĂšs sa jeunesse : Ovide lui dĂ©die ses Fastes (alors que Drusus n’a que 20 ans). En 18, Germanicus est nommĂ© consul romain dans les provinces d’Orient : pour TibĂšre, le loyal guerrier transforme la Cappadoce en province romaine et rattache la CommagĂšne Ă  la Syrie. Il meurt Ă  Antioche probablement empoisonnĂ© par Piso, gouverneur de Syrie. Nicolas Poussin, gĂ©nie pictural du classicisme baroque, a peint la mort de Germanicus, l’un des plus beaux tableaux du XVIIĂš français, aujourd’hui au Louvre : disposition (composition) en fresque, chatoiement des couleurs nĂ©ovĂ©nitiennes (titianesques), clartĂ© et hĂ©roĂŻsme des attitudes et des gestes, accessoires minutieusement restituĂ©s dans le souci d’une reconstitution archĂ©ologique…).

Il Germanico in Germania (1732) de Nicolo Porpora Ă  Innsbruck, recrĂ©ation lyrique attendue / Germanico in Germania, crĂ©Ă© Ă  Rome en 1732, de Porpora, avec mise en scĂšne sous la direction d’Alessandro de Marchi, le directeur  artistique du Festival : premiĂšre mondiale les 12 et 14 aoĂ»t, 18h puis le 16 Ă  15h)
 Avec Patricia Bardon (Germanico), David Hansen (Arminio), Carlo Vincenzo Alemanno (Segeste), Hagen Matzeit (Cecina)… Academia Montis Regalis. Alexander Schulin (scĂ©nographie). + d’infos sur la page Il Germanico du festival d’Innsbruck

EVASION en Autriche : le festival d'Innsbruck 2015Stylus fantasticus, festival d’Innsbruck 2015. Du 8 au 28 aoĂ»t 2015. Lire notre prĂ©sentation, les temps forts, les productions d’opĂ©ras Ă  ne pas manquer : Il Germanico, Don Trastullo, Armide… La recrĂ©ation du seria de 1732, Il Germanico de Nicola Porpora Ă  Innsbruck est l’un des temps forts du Festival autrichien 2015. L’atout majeur de cette premiĂšre attendue reste les deux chanteurs dans les rĂŽles protagonistes antagonistes : l’excellente mezzo Patricia Bardon et le contre tĂ©nor David Hansen dans les rĂŽles respectifs de Germanicus et de son rival barbare : Arminius.

 

 

 

distribution de la recrĂ©ation d’Il Germanico Ă  Innsbruck

PremiÚre mondiale, recréation
Nicola Porpora (1686 – 1768)
Il Germanico
Opera seria en 3 actes
Livret de Niccolo Coluzzi
création à Rome, 1732

direction musicale : Alessandro De Marchi
mise en scĂšne : Alexander Schulin
Academia Montis Regalis

 

 

hansen-david-contre-tenor-582-594-arminius-germanico-porpora-innsbruck-2015Patricia Bardon, mezzo : Germanico
David Hansen, contre ténor : Arminio (portrait ci contre)
Klara Ek, soprano : Rosmonda
Emilie Renard, mezzo : Ersinda
Hagen Matzeit, contre ténor : Cecina
Carlo Vincenzo Allemano, ténor : Segeste

 

TIROLER LANDESTHEATER Oper
Les 12 et 14 aout 2015 (18h), le 16 août 2015 à 15h 

 

 

David Hansen, maillon fort d’Il Germanico prĂ©sentĂ© en crĂ©ation Ă  Innsbruck. Partenaire de la mezzo Patricia Bardon, Germanico attendu Ă  Innsbruck, le contre tĂ©nor australien David Hansen, qui a sucitĂ© rĂ©cemment l’enthousiasme de la RĂ©daction de Classiquenews pour son premier cd Ă©ditĂ© par Sony (DHM), et intitulĂ© “RIvals” en rĂ©fĂ©rence aux joutes vocales de l’Ă©poque des castrats dont Ă©videmment le modĂšle Farinelli, est le jalon fort de la nouvelle production prĂ©sentĂ©e Ă  Innsbruck. LIRE notre compte rendu critique du cd de David Hansen, “Rivals” (DHM). EN voici un extrait :

David HansenInspirĂ© par les Cafarelli, Farinelli, Bernacchi et Manzuoli, Hansen ose tout, se risque souvent, et relĂšve les dĂ©fis multiples de ce rĂ©cital hors normes. En outre, audacieux dĂ©fricheur, Hansen nous gratifie gĂ©nĂ©reusement de plusieurs inĂ©dits dont quelques airs que le frĂšre de Farinelli, Carlo Broschi, composa pour son parent prodigieux
 (Son qual Nave
 restituĂ© avec les notations du crĂ©ateur de l’air).
Plein de santĂ© juvĂ©nile et osons dire de testostĂ©rone prĂȘte Ă  dĂ©gainer vocalement, le divo au look ravageur a dĂ©cidĂ©ment tout pour rĂ©ussir et affirmer une trĂšs plaisante carriĂšre. Les Cencic ou Scholl connaissent Ă  prĂ©sent leur successeur. Ce gars lĂ  a apparemment une prĂ©sence, bientĂŽt scĂ©nique, Ă  revendre : voilĂ  qui changera des voix Ă©troites au physique maladroit. Pour ses prises de risques, son sens de l’équilibre sur le fil, ce disque est exemplaire et si le talent se confirme ici, voici Ă  n’en pas douter l’un des meilleurs reprĂ©sentants de la jeune gĂ©nĂ©ration de haute contre rĂ©ellement sensationnels.

 

Festival d’Innsbruck (Autriche), du 8 au 28 aoĂ»t 2015

Innsbruck-festival-2015-austria-august--8-28-2015-classiquenews-selection-summer-2015Innsbruck (Autriche), festival estival 8 du 28 aoĂ»t 2015. Pourquoi aller Ă  Innsbruck en aoĂ»t prochain ? Pour la qualitĂ© des Ɠuvres programmĂ©es (Innsbruck est un festival de musique ancienne et baroque), les interprĂštes qui les dĂ©fendent et aussi l’attrait du site comme les thĂ©matiques affichĂ©es : Fantastique, extravagance 
 voilĂ  les clĂ©s d’accĂšs, pour une invitation prometteuse, celle du 39Ăšme festival de musique ancienne d’Innsbruck. Concerts et rĂ©citals au chĂąteau d’Ambras (y paraissent entre autres les sopranos Roberta Invernizzi, Anna Prohaska, le violoniste Giulano Carmignola), recrĂ©ation lyrique attendue (Germanico in Germania, crĂ©Ă© Ă  Rome en 1732, de Porpora, avec mise en scĂšne sous la direction d’Alessandro de Marchi, le directeur  artistique du Festival : premiĂšre mondiale les 12 et 14 aoĂ»t, 18h puis le 16 Ă  15h)
 les Ă©vĂ©nements ne manquent pas.

 

 
Porpora, Lully, Hasse, Jommelli…

Germanico, Armide, Romolo ed Ersilia


Moissons d’évĂ©nements lyriques Ă  Innsbruck

 

lully_portrait_mignard_lebrunMais fiertĂ© hexagonale oblige, c’est peut-ĂȘtre en plus de ce Germanico du Napolitain Porpora (le maĂźtre et compositeur attirĂ© du prodige Farinelli
 lequel crĂ©e le rĂŽle titre), une autre production attendue est celle de l’Armide de Lully, – les 22, 24 et 26 aoĂ»t 2015 : la partition tragique majeure traite du mythe de la guerriĂšre enchanteresse, proie dĂ©munie et si humaine, dĂ©passĂ©e par l’amour brĂ»lant que suscite Ă  ses yeux, le beau chevalier chrĂ©tien Renaud. InspirĂ© du Tasse, et dĂ©jĂ  traitĂ© par le Monteverdi madrigalesque des dĂ©buts (le plus audacieux, le plus sensuel, le plus expĂ©rimental aussi, celui du Livre II de madrigaux de 1590), le profil fĂ©minin inspire aussi en 1686, le compositeur de Louis XIV Ă  Versailles : la distribution Ă  Innsbruck rĂ©unit la fine fleur du jeune chant baroque, distinguĂ©e l’annĂ©e derniĂšre (Ă©tĂ© 2014, lord du premier Concours Cesti de chant baroque : Elodie Hache, Daniela Skorka, Miriam Albano
). PremiĂšre tragĂ©die française crĂ©Ă©e Ă  Innsbruck (avec chorĂ©graphie de la compagnie suĂ©doise spĂ©cialisĂ©e Nordic Baroque dancers), Armide est aussi le chef d’oeuvre de Lully, ultime offrande du Florentin au genre lyrique français qu’il a crĂ©Ă© pour Louis XIV. Le spectacle pilotĂ© en partie par le CMBV Centre de musique baroque de Versailles, met Ă  l’honneur la puretĂ© digne du chant baroque versaillais, tel que l’aimait le Roi-Soleil : Ă©loquence sensible d’un chant expressif aussi articulĂ© et convaincant que le thĂ©Ăątre parlĂ©. Tous les chanteurs sont coachĂ©s par BenoĂźt Dratwicki et Jeffrey Francis dans leur approfondissement du chant baroque Ă  la française  (en particulier pour la rĂ©ussite des recitatifs).

Autre Ă©vĂ©nement d’Innsbruck 2015, Romolo ed Ersilia, opĂ©ra seria de Hasse pour les noces Ă  Innsbruck de l’archiduc Pierre-LĂ©opold avec l’Infante Marie-Louise d’Espagne en aoĂ»t 1765. Le festival renoue avec les fastes des cĂ©rĂ©monies dynastiques liĂ©es Ă  la vie des Habsbourg (Gala pour Marie-ThĂ©rĂšse, le 13 aoĂ»t 2015, 20h) dont Innsbruck est l’une des rĂ©sidences officielles. La production rĂ©unit au Landstheater la soprano Sunhae Im, le contretĂ©nor Valer Varna Sabadus au chant irradiĂ© particuliĂšrement expressif (comme son confrĂšre de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration et lui aussi rĂ©vĂ©lĂ© par Max Emanuel Cencic : Franco Fagioli).

Donc Innsbruck n’est pas seulement un laboratoire de partitions mĂ©connues et pourtant captivantes, c’est aussi un festival particuliĂšrement dĂ©fricheur, dĂ©nicheur de jeune tempĂ©raments lyriques


Jommelli_portrait_250Enfin, saluons la comĂ©die, Don Trastullo, perle buffa de Jommelli, autre napolitain de la fin XVIIIĂš, qui renaĂźt ici dans la Salle espagnole du ChĂąteau d’Ambras (les 19 et 20 aoĂ»t) ; et le rĂ©cital de la soprano Sandrine Piau dans un programme consacrĂ© aux hĂ©roĂŻnes de Rameau : la cantatrice française offre un chant instrumental d’une sensibilitĂ© Ă©tonnante, d’autant bienvenue ici qu’elle avait marquĂ© les esprits lors des concerts Rameau Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles dans la recrĂ©ation de ZaĂŻs oĂč son incarnation sensible de ZĂ©lidie, Ăąme amoureuse Ă©prouvĂ©e, avait atteint une justesse poĂ©tique bouleversante
 (rĂ©cital Sandrine Piau : Les Surprises de l’amour, le 27 aoĂ»t, 20h).

Soit Porpora, Lully, Hasse, Jommelli
 quel festival européen offre une telle richesse artistique dans le domaine baroque ?

 

 

boutonreservationToutes les infos et les modalitĂ©s pratiques de rĂ©servation sur le site du festival de musique ancienne d’Innsbruck : Innsbruck Festwochen der Alten Musik, du 8 au 28 aoĂ»t 2015.

 

 

Pietro Antonio Cesti (1623-1669)

rosa salvatore marc antonio cesti Self-portrait_by_Salvator_RosaPietro Antonio Cesti (1623-1669).  A l’heure oĂč depuis Aix cet Ă©tĂ©, retentit (enfin) la gloire oubliĂ©e de Cavalli et ce thĂ©Ăątre enchanteur vĂ©nitien originaire du XVIIĂšme, classiquenews s’intĂ©resse Ă  son contemporain Pietro Antonio Cesti, autre figure majeure de l’opĂ©ra italien du Seicento (XVIIĂšme). L’heure est aux vĂ©nitiens (avant les napolitains au XVIIIĂš) : l’opĂ©ra est un divertissement populaire rĂ©cent qui impose sur les planches le mĂ©lange des genres, propice Ă  l’essor lyrique
 Il y a 32 ans Ă  prĂ©sent RenĂ© Jacobs rĂ©vĂ©lait dans un enregistrement pionnier (L’Orontea) le geste sensuel, cynique et furieusement parodique de Cesti, compositeur au succĂšs foudroyant qui croise le chemin de Christine de SuĂšde, laquelle se passionne Ă  Innsbruck pour son opĂ©ra L’Argia, composĂ© lors de sa venue dans la ville tyrolienne. L’Orontea qui porte le nom de l’hĂ©roĂŻne, -reine fiĂšre et autoritaire qui a renoncĂ© Ă  l’amour, apporte un Ă©clairage prĂ©cis sur le style et le monde esthĂ©tique de Cesti : comme nombre d’ouvrages de son contemporain et rival Cavalli (La Calisto, Elena
), L’Orontea met en scĂšne les figures ordinaires de l’opĂ©ra vĂ©nitien du Seicento : dans un cadre particuliĂšrement thĂ©Ăątral (beaucoup de rĂ©citatifs, peu d’airs dĂ©veloppĂ©s et surtout des situations multiples qui enchaĂźnent rebondissements, coups de thĂ©Ăątres, confrontations, oppositions, faux semblants, quiproquos
), Cesti emploie le travestissement qui concourt Ă  la confusion des sexes et des sentiments : ainsi Jacinta qui espionne Ă  la Cour d’Orontea, se travestit en homme, et devient Ismero, lequel suscite les avances de la vieille Aristea
 – mĂȘme canevas chez Cavalli dans Elena oĂč MĂ©nĂ©las, l’amoureux d’Elena, s’étant habillĂ©e en femme, devient  l’objet des dĂ©sirs ardents du roi Tyndare et de PirithoĂŒs, le compagnon de ThĂ©sĂ©e
 (!). Le comique bouffon et les saillies oniriques voire satiriques vont aussi bon train chez Cesti, en cela fidĂšle au style vĂ©nitien qui aime mĂ©langer les genres.

L’identitĂ© miroitante et changeante, le trouble nĂ© du dĂ©sir est au coeur de l’intrigue car le jeune peintre Alidoro, que le philosophe CrĂ©onte tient pour un vagabond opportuniste dont s’est entichĂ©e la reine, ne sait pas qui il est ; au III, par un revirement thĂ©Ăątral qui singe la rĂ©alitĂ© (n’oublions pas que le rĂ©el peut parfois dĂ©passer l’imaginaire), l’artiste porte un mĂ©daillon qui l’identifie clairement comme
 le fils du roi de PhĂ©nicie, Floridano. Le peintre errant peut ainsi Ă©pouser Orontea en un happy end (Fine lieto) enfin pacifiĂ©. Hors des tensions et rivalitĂ©s, intrigues et manipulations, l’amour vainc tout.

Rosa salvatore 1024px-Self-portrait_of_Salvator_Rosa_mg_0154Biographie. La vie de Cesti se confond avec les lieux qui ont portĂ© avant lui l’éclosion du talent de Piero della Francesca. NĂ© Ă  Arezzo en 1623, Cesti (donc toscan) entre chez les Franciscains Ă  14 ans, puis devient organiste et maĂźtre de musique au sĂ©minaire de Volterra. MĂȘme Ă©loignĂ© des grands foyers artistiques toscans, – Sienne, Florence-, Cesti reste informĂ©s des avants-gardes : il rencontre le peintre fantasque et fascinant Salvatore Rosa (1615-1673) dont l’univers fantasmagorique, et la sensibilitĂ© panthĂ©iste, en fait un conteur et paysagiste parmi les plus captivants de l’époque.

A Florence en 1650, Cesti presque trentenaire, se distingue au thĂ©Ăątre : il chante Ă  Lucques, le Giasone de Cavalli. MenacĂ© d’exclusion par les frĂšres mineurs,  mais dĂ©jĂ  remarquĂ© par les Medicis, Cesti fait crĂ©er Ă  Venise pour les Carnavals de 161 et 1652, ses deux premiers drames lyriques. En 1652, l’archiduc Ferdinand, duc de Toscane le nomme compositeur de la chambre : succĂšs foudroyant pour celui qui est prĂ©sentĂ© aprĂšs la mort de Monteverdi (1643) et malgrĂ© le rayonnement de Cavalli (l’autre Ă©lĂšve de Monteverdi) comme le compositeur le plus douĂ© de sa gĂ©nĂ©ration. Il compose des cantates, forme les castrats de la cour toscane, surtout pilote les divertissements organisĂ©s Ă  Innsbruck sur le modĂšle des thĂ©Ăątres vĂ©nitiens. Ainsi se succĂšdent les grands opĂ©ras cestiens : Cesare amante (repris en 1654 sous le nom de Cleopatra : et qui reprend la figure du tyran effĂ©minĂ© / efeminato, c’est Ă  dire dĂ©cadent et corrompu dans la lignĂ©e du Nerone de Monteverdi et Busenello dans Le couronnement de PoppĂ©e antĂ©rieur, de 1642-1643)), puis avec le librettiste Apolloni (qui travaille aussi avec Cavalli pour Elena de 1659), ce sont trois opus majeurs : Argia en 1655 donnĂ© pour la Reine Christine de SuĂšde rĂ©cemment convertie au catholicisme ; Orontea en 1656 ; La Dori en 1657. Cesti est rappelĂ© par les Franciscains en 1659 et doit rejoindre immĂ©diatement Rome.

GĂ©nie de l’opĂ©ra vĂ©nitien du Seicento

Il devient chantre Ă  la Chapelle Sixtine, continue de composer des cantates, certaines licencieuses, se produit sur les scĂšnes privĂ©s (Rome n’a pas encore de thĂ©Ăątre public). Il supervise la reprise de l’Orontea chez les Colonna en 1661. Pour les Noces de CĂŽme III et Marguerite Louise d’OrlĂ©ans, il chante dans l’opĂ©ra de Melani, Ercole in Tebe. A Vienne, au service des Habsbourg et favorisĂ© par ces derniers, Cesti compose son chef d’oeuvre, Il Pomo d’oro. MalgrĂ© son prĂ©texte dynastique qui en fait une partition de circonstance, Cesti produit comme Cavalli Ă  Paris pour les Noces de Louis XIV (Ercole amante), une oeuvre opulente et raffinĂ©e, touchante par sa profondeur, fascinante par son invention poĂ©tique. En 1666, il fait reprendre Ă  Venise (Teatro San Giovanni e Paolo) l’Orontea, pourtant « vieille partition de 10 ans »  preuve de son succĂšs auprĂšs des publics. SollicitĂ© Ă  Vienne et Ă  Venise, mais aussi Ă  Florence, il meurt au faĂźte de sa gloire, en pleine activitĂ© en 1669 Ă  46 ans. Sa maison, cadeau de son protecteur pour service rendu, existe toujours Ă  Innsbruck, occupant un angle face Ă  la CathĂ©drale Saint-Jacob d’Innsbruck.



Salvator_Rosa_poetryAristocratique et populaire. Cesti familier des grands livre une musique raffinée et aristocratique
, tout en fournissant les opĂ©ras pour les thĂ©Ăątres vĂ©nitiens publiques dont la formule s’exporte alors partout en Europe. L’Orontea incarne l’engouement des audiences pour la formule de l’opĂ©ra vĂ©nitien, au point que l’ouvrage de Cesti occulta un premier drame musical sur le mĂȘme sujet signĂ© de Lucio. Le succĂšs d’Orontea d’aprĂšs le livret originel de Cicognini est un vrai drame thĂ©Ăątral, turbulent, grotesque, acide et sensuel Ă  la fois, d’esprit carnavalesque et lĂ©ger : une comĂ©die grinçante dont les vĂ©nitiens ont toujours eu le gĂ©nie. La rĂ©solution n’intervient qu’au terme du IIIĂš acte, aprĂšs que les auteurs en aient compliquĂ© et densifiĂ© le dĂ©ploiement au fur et Ă  mesure de son dĂ©roulement, quitte Ă  (sur)charger les intrigues parallĂšles, et les rencontres des plus improbables; comme dans les opĂ©ras les mieux conçus de Cavalli, le thĂ©Ăątre de Cesti tisse un labyrinthe oĂč les identitĂ©s et les tempĂ©raments se perdent, s’inversent, se confondent comme en un miroir dĂ©formant. Cesti impose dans l’Orontea, une vĂ©ritable intelligence des situations, diversifiant ses choix formels afin de vivifier un drame musical proche de la rue. Sa facilitĂ© Ă  ciseler les rĂ©citatifs en scĂšnes courtes, vivantes mais capitales pour la comprĂ©hension et la continuitĂ© de l’action se distingue particuliĂšrement dans l’Orontea. Cesti partage avec Cavalli, cette versatilitĂ© vertigineuses des sentiments et des climats Ă©motionnels : tous deux incarnent l’ñge d’or de l’opĂ©ra vĂ©nitien du XVIIĂšme, une pĂ©riode fĂ©conde qui est aussi ce bel canto originel. Dans le sillon fixĂ© par leur maĂźtre Monteverdi, Cesti et Cavalli portent Ă  son sommet l’art du bel canto qui alors profite du mĂ©lange des genres : comiques, hĂ©roĂŻques, tragiques, bouffons. C’est une scĂšne d’une flamboyante richesse poĂ©tique que le XVIIIĂš s’ingĂ©niera Ă  assĂ©cher, jusqu’à Mozart qui dans ses drames giocosos (dont Don Giovanni) revient Ă  la richesse originelle de l’opĂ©ra.

salvator-rosa-battle

Illustrations : Toutes les illustrations de notre portrait de Pietro Antonio Cesti sont de Salvatore Rosa, peintre, paysagiste, ami de Cesti. Deux autoportraits, allĂ©gorie de la poĂ©sie, bataille…

 

CD. Provenzale : La Stellidaura Vendicante (Alessandro de Marchi, 2012)

provenzale stellidaura vendicante marchi innsbruckCD. Provenzale : La Stellidaura Vendicante (Alessandro de Marchi, 2012). Il fut un temps, Ă  l’époque du feu label Opus 111, depuis rachetĂ© par NaĂŻve, Provenzale occupait une place non nĂ©gligeable du catalogue discographique grĂące entre autres Ă  l’audace dĂ©fricheuse de l’ex Capella dei Turchini (Antonio Florio, direction) qui s’était fait une spĂ©cialitĂ© de dĂ©fricher l’Ɠuvre prolifique du Napolitain. Un tempĂ©rament taillĂ© pour l’opĂ©ra qui aux cĂŽtĂ©s des perles comiques et des oratorios et drames sacrĂ©s (spesames fervents de Rosalia dans La Colomba ferita), nous offre ici un opĂ©ra tragico hĂ©roĂŻque de 1674, nouveau jalon de l’opĂ©ra partĂ©nopĂ©en du premier baroque (Seicento). S’y agrĂšgent tous les ferments d’un gĂ©nie lyrique et dramatique puissant et terriblement sensuel (Cavalli le sublime vĂ©nitien n’est pas loin) au service d’une action qui met en scĂšne l’indomptable et loyale Stellidaura, femme dĂ©terminĂ©e et courageuse, prĂȘte Ă  tout pour sauver son amant Armidoro, bravant le cynisme barbare de son ennemi, l’inflexible Orismondo : Stellidaura est donc une prĂ©figuration de Leonora et de Tosca, une lionne faite femme.

Stellidaura, la veine pathétique et sensuelle de Provenzale
L’ouvrage est inspirĂ©e de la cantatrice Giulia de Caro, directrice du San Bartolomeo de Naples qui passa commande Ă  Provenzale. ExhumĂ©e en 1997 (Bruxelles, La Monnaie), la partition est ensuite remontĂ©e en 2012 Ă  Innsbruck, sous la tutelle du mĂȘme chef explorateur, Alessandro de Marchi et son ensemble Academia Montis Realis. L’Italien devenu aprĂšs RenĂ© Jacobs, directeur du festival d’Innsbruck, entend reproduire le miracle des reprĂ©sentations passĂ©es, un peu Ă  la façon de La Calisto de Cavalli pour le mĂȘme Jacobs. Las, la distribution est loin d’ĂȘtre Ă  la hauteur de l’ouvrage et les instrumentistes de de Marchi n’ont pas toute le flexibilitĂ© ni la science dynamique
 des Turchini. Ni mĂȘme la verve versatile, entre langueurs sincĂšres et amoureuse du couple hĂ©roĂŻque (Stellidaura et Armidoro) et comique dĂ©jantĂ© voire dĂ©lirant des personnages secondaires (dont Ă©videmment des dĂ©rapages plĂ©bĂ©iens cocasses voire picaresques. ici en dialecte calabrais)

Dans le rĂŽle titre, la mezzo Jennifer Rivera affirme un tempĂ©rament vocal gĂ©nĂ©reux quoique manquant parfois de nuances, son vibrato permanent nuisant aussi Ă  la clartĂ© de l’émission. Face Ă  elle, Carlo Allemano sait en revanche nuancer le rĂŽle du mĂ©chant Orimsondo dont le dĂ©sir et l’activitĂ© de la la jalousie se dĂ©voile, tissant un ĂȘtre de chair et de sang, se rĂ©vĂ©lant plus humain que mĂ©caniquement barbare : un individu et non plus un type. (trĂšs beau lamento amoroso : « TrĂ  pianti e sospiri »). D’un tessiture ample et d’une prĂ©sence continue, le rĂŽle du tĂ©nor amoureux et fervent, coloriste aussi, Armidoro est plus bancal : Adrian Strooper manque de finesse, de clartĂ©, de justesse aussi : schĂ©matisant un personnage qui exige Ă©clat, tendresse, intensitĂ©. Domestique Ă  l’origine tenu par le castrat juvĂ©nile Nicolo Grimaldi (Nicolini alors ĂągĂ© de 12 ans
 qui crĂ©era Rinaldo de Hanedel), Armillo est ici dĂ©fendu par le contre tĂ©nor Hagen Matzeit, loquace, ardent malgrĂ© sa petite voix.
En fosse, chef et instrumentistes peinent Ă  exprimer l’extase amoureuse comme l’ivresse bouffe des situations. Le geste reste Ă©troit, systĂ©matique en un continuo peu caractĂ©risĂ© et lui aussi peu nuancĂ©, qu’un Ottavio Dantone et sa Academia Bizantina (vrai rival dans ce rĂ©pertoire) aurait certainement mieux sculptĂ©. Il y manque un soupçon de dĂ©passement, de transe, de vertiges comme de dĂ©lire
 autant de critĂšres dĂ©terminants qui font les grandes interprĂ©tations au service des grandes Ɠuvres (c’était le cas de La Calisto de Cavalli par Jacobs dans la mise en scĂšne de Wernicke : un must devenu lĂ©gendaire). Avec l’intensitĂ© (et l’épaisseur vibrĂ©e) de Jennifer Rivera, la production d’Innsbruck en avait la promesse
 mais le cast reste bancal et les instrumentistes, trop neutres. Tout est trop poli.

Francesco Provenzale (1624 – 1704) : La Stellidaura Vendicante (Naples, 1674). OpĂ©ra en 3 actes sur un livret d’Andrea Perrucci. Stellidaura : Jenifer Rivera, mezzo-soprano. Orismondo : Carlo Allemano, tĂ©nor. Armidoro : Adrian Strooper, tĂ©nor. Giampetro : Enzo Capuano, basse. Armillo : Hagen Matzeit, contre tĂ©nor. Academia Montis Regalis. Alessandro de Marchi, direction. 2 cd, DHM. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Innsbruck en 2012.