Compte rendu, concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 17 septembre 2016. Beethoven, Berlioz. Ch. Zacharias, Tugan Sokhiev

tugan-sokhievCompte rendu concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 17 septembre 2016 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) Concerto l’Empereur ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie Fantastique ; Christian Zacharias, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev. La rentrĂ©e musicale de l’Orchestre du Capitole a cette annĂ©e Ă©tĂ© fracassante. Le programme d’abord, associant deux Ɠuvres phares du romantisme et fondatrices de l’histoire de la musique. Le dernier Concerto de Beethoven qui dĂ©passe en ampleur tout ce qui avait Ă©tĂ© composĂ© pour le genre jusque lĂ  et pour longtemps. Ce Concerto l’Empereur n’a que rarement autant mĂ©ritĂ© son nom.  Et en deuxiĂšme partie la symphonie la plus imaginative, vĂ©ritablement rĂ©volutionnaire tant par la place que prend l’artiste dans son Ɠuvre que par l’originalitĂ© de l’orchestration, coup d’essai et de maĂźtre du jeune Berlioz : La symphonie Fantastique.

L’art des associations, la fouge Ă©ternelle du romantisme

D’autre part, l’association de deux personnalitĂ©s charismatiques et artistiques ne va pas de soi pour crĂ©er une rencontre au sommet. Nous avons eu ce soir Ă  Toulouse l’association entre un pianiste admirable de musicalitĂ©, Christian Zacharias, et un tandem d’exception, Tugan Sokhiev et ses musiciens toulousains.

Christian-Zacharias-8.7L’Empereur d‘abord nous a permis d’ĂȘtre emportĂ© dans un flot musical ininterrompu, sublime de rythme dansant et de chant nuancĂ©. L’orchestre a su accepter la vision de Christian Zacharias, version dĂ©licate et nuancĂ©e au delĂ  de l’habituel. Pour avoir entendu Tugan Sokhiev diriger ce Concerto avec LĂ©on Fleischer en 2012, il a Ă©tĂ© possible de mesurer l’admirable adaptation Ă  la richesse d’articulation, la somptuositĂ© des nuances exacerbĂ©es, le rythme souple mais entraĂźnant de Christian Zacharias. Ce pianiste est incroyablement sensible aux caractĂ©ristiques musicales de la partition qu’il interprĂšte Ă  l’opposĂ© d’un Goerner, cette semaine. Zacharias sait que Beethoven est un hĂ©ritier de Mozart et qu’il a brisĂ© le moule du concerto mais sans la violence que certains interprĂštes y mettent : il contient de la dĂ©licatesse et de la puissance mais sans violence. Cet Ă©quilibre dans son jeu est incroyablement apte Ă  nous faire entendre autrement ce concerto, chambriste, autant que symphonique et pianistique. Le premier mouvement est plein de fougue, d’élasticitĂ© dans le rythme. Jamais aucun accord n’est lourd, tous rebondissent et ne s’écrasent jamais. La direction de Tugan Sokhiev accentue cette Ă©lĂ©gante Ă©nergie rythmique si importante dans Beethoven. Les nuances de l’orchestre rĂ©pondent Ă  celles du piano et inversement Zacharias soupĂšse et apprĂ©cie chaque intervention de l’orchestre en connaisseur, lui qui dirige si bien et pas seulement de son piano. Le deuxiĂšme mouvement si dĂ©licatement phrasĂ© et nuancĂ© crĂ©e un rĂȘve dont personne ne voudrait s’évader. Il faut le charme du final, son alacritĂ© pour accepter de passer Ă  autre chose aprĂšs les accords de transitions si Ă©mouvants entre les deux derniers mouvements. C’est une fĂȘte de la pulsion de vie qui termine le Concerto !

Le pianiste a soulevĂ© l’enthousiasme du public et a offert une page aĂ©rienne de Scarlatti en bis.

berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980En DeuxiĂšme partie, Tugan Sokhiev a dĂ©veloppĂ© sa conception de la partition de Berlioz qu’il affectionne tant. Il prend Ă  bras le corps cette musique si intense, demande Ă  l’orchestre une passion inhabituelle, des couleurs franches, parfois laides dans le Dies Irae mais d’une beautĂ© sensuelle dans le bal ou la scĂšne aux champs. Les nuances sont creusĂ©es au plus profond, chaque instrumentiste dĂ©voile son amour pour l’Ɠuvre. Je conçois que des gĂ©nĂ©rations habituĂ©es au cĂŽtĂ© « français » de cette partition, trop sagement interprĂ©tĂ©e, avec des cordes fragiles et des cuivres discrets, ne souscrivent pas Ă  un tel choix. Je suis pour ma part persuadĂ© que disposant d’un orchestre de cette trempe, Hector Berlioz lui mĂȘme aurait donnĂ© toute la mesure de cette partition sans retenue comme l’a fait Tugan Sokhiev ce soir. La passion d’un artiste n’a rien de purement français ni d’obligatoirement mesurĂ©. C’est toute la dĂ©mesure de l’Ɠuvre qui a Ă©tĂ© offerte au public. Et Tugan Sokhiev sait habiter les silences comme peu. L’ovation faite Ă  l’orchestre et son chef vaut validation par une salle peine Ă  craquer (avec des demandes de places non honorĂ©es). Oui la passion est toute entiĂšre au service de la musique Ă  Toulouse. La saison s’annonce passionnante.

Compte rendu concert. Toulouse ; Halle-aux-Grains, le 17 septembre 2016 ; Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto n°5 pour piano et orchestre en mi bĂ©mol majeur,op.73, « L’Empereur » ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie Fantastique, op.14 ; Christian Zacharias, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction, Tugan Sokhiev.

Illustration : Christian Zacharias © H Scott

Compte rendu, concert. Concert du Nouvel An Ă  Toulouse. Le 1er janvier 2016. Tchaikovski, Bellini, Chostakovitch… Tugan Sokhiev…

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekSalle comble ce 1er janvier 2016 pour le deuxiĂšme concert du nouvel an. La veille au soir les musiciens avaient offert le mĂȘme programme aux toulousains. Un public rajeuni, et expressif a ovationnĂ© les artistes aprĂšs chaque piĂšce. Cette relation de plaisir et de confiance entre musiciens, solistes, chef et public a Ă©tĂ© le moteur d’une alchimie sophistiquĂ©e. Car ce programme qui en apparence comprend des piĂšces « faciles » est en fait exactement construit pour mettre en valeur toutes les facettes de la musique et la subtilitĂ© des instrumentistes. ThĂšme gĂ©nĂ©ral russe certes, avec un joyau belcantiste en son sein du plus sensibles des compositeurs de bel canto italien : Vincenzo Bellini (Concerto pour hautbois). Cela fonctionne Ă  merveille et la dĂ©licatesse, la longueur de souffle, l’élĂ©gance et la beautĂ© sonore du hautboĂŻste ont apportĂ© une instant de magie fraiche et nuageuse au milieu de couleurs flamboyantes et de rythmes irrĂ©sistibles. Car si le hautbois d’AlexeĂŻ Ogrintchouk est fĂȘtĂ© dans le monde entier, le soliste et chambriste inestimable a semblĂ© pendre un plaisir immense lors de l’interprĂ©tation des arabesques, volutes et phrases planantes du concerto de Bellini sous la direction lyrique de Tugan Sokhiev. L’entente a Ă©tĂ© admirable entre les musiciens. L’humour et la malice du final prestissimo ont renforcĂ© encore une complicitĂ© exquise.

 

 

 

Concert du Nouvel An : Sokhiev, Maestro Crescendo !

Les extraits des principaux ballets de TchaĂŻkovski ont Ă©tĂ© un enchantement sous la direction si idiomatique de Tugan Sokhiev. Nous avons toujours louĂ© ses interprĂ©tations de TchaĂŻkovski dont il a rĂ©galĂ© Toulouse Ă  l’opĂ©ra comme au concert.   MĂȘme en extraits si prĂ©cis, le charme de la thĂ©ĂątralitĂ© opĂšre, chaque extrait est situĂ© dans l’histoire du ballet. En Ă©tat de grĂące le chef a dirigĂ© tout le concert sans baguette dans un don complet de sa personne. Gestes expressifs de danseur, d‘escrimeur, de cavalier, de torero, sourire aux lĂšvres, yeux noirs ou malicieux, le spectacle de cette gestuelle Ă  l’esthĂ©tisme rare a Ă©tĂ© un enchantement Ă  lui seul. Musicalement les instrumentistes ont tous brillĂ©, explosant de virtuositĂ© et de beautĂ© sonore. La direction si souple de Tugan Sokhiev obtient pourtant une prĂ©cision rythmique incroyable. Les phrasĂ©s sont larges et toujours chantants, les couleurs variĂ©es tour Ă  tour Ă©blouissantes ou mordorĂ©es, les nuances portĂ©es par les mains si expressives du chef atteignent des sommets. Au point que Tugan Sokhiev peut ĂȘtre proclamĂ© « Maestro Crescendo ».

La deuxiĂšme partie du concert quitte TchaĂŻkovski pour Katchaturian et sa Danse du sabre si prompte Ă  mettre en valeur les percussions. Mais ce sont peut ĂȘtre les danses de Chostakovitch qui seront les plus irrĂ©sistibles en raison d’un humour incroyable de l’orchestration. Le trombone Ă  coulisse de « Tea for two » ayant la palme,  indiscutablement. Le final par la (trop) courte suite de 1909 de l’Oiseau de Feu de Stravinski Ă©largit l’espace sonore avec un crescendo final Ă©blouissant de force maitrisĂ©e. Maestro Crescendo oui vraiment, merci Tugan Sokhiev pour ce programme si stimulant permettant de commencer l’annĂ©e en pleine Ă©nergie !

Pris au piĂšge de son succĂšs, alors qu’un premier  bis a Ă©tĂ© donnĂ© (la vocalise de Rachmaninov ayant permis le retour du hautboĂŻste sublime), puis la marche de Radetzky (Johann Strauss pĂšre) mettant le public sous la direction du chef avec un charisme incroyable, une partie du public a houspillĂ© Tugan en  lui faisant comprendre qu’il n’était pas d ‘accord avec la fin du concert, lorsque celui ci voulait partir. Avec un « on ne m’a jamais fait cela », bousculĂ©, mais heureux, Tugan Sokhiev est revenu diriger, musiciens et public pour la reprise de la fameuse marche de Radetzky : un Grand moment de complicitĂ© et de partage. Avec un tel chef, un si bel orchestre  et un pareil public, l’annĂ©e musicale s’annonce …. fabuleuse Ă  Toulouse.