CD, critique. GEORGES PRETRE : The last concert at La Scala (1 cd DG Deutsche Grammophon, fev 2016)

pretre georges the last concert at la scala dg deutsche grammophon cd classiquenews cd critique opera classiquenewsCD, critique. GEORGES PRETRE : The last concert at La Scala (1 cd DG Deutsche Grammophon, fev 2016). Le chef français Georges Prêtre a dirigé régulièrement dans la fosse scaligène dès 1965, au moins pendant 17 saisons ; il y dirigeait Turandot, son dernier opéra à La Scala en 2001. Le programme de ce « dernier » concert à La Scala résume la carrière lyrique et la passion française de Prêtre : Egmont de Beethoven (fureur et intensité, avec ce sentiment d’urgence que le maestro partageait depuis ses débuts avec Karajan, Ozawa…), Verdi évidemment avec l’ouverture âpre et intense voire ivre et éplorée de La Forza del destino (qui est quand même l’histoire de deux amants maudits en quête de pardon): ce 22 février 2016, après une longue maladie, maestro Prêtre revenait ainsi à Milan. Quel plaisir de l’entendre diriger avec les instrumentistes de La Scala, la transe progressive, délurée, fièvreuse et déterminée du Boléro (assez long, étiré mais tendu, et de plus en plus explosif soit 17:23, dans la version M81) ; enfin l’acrobatique fantasque et délirante du can-can endiablé mais toujours sculpté comme dans une forge extrait d’Orphée aux enfers du malicieux et pétillant Offenbach.

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CD, critique. GEORGES PRETRE : The last concert at La Scala (1 cd DG Deutsche Grammophon, fev 2016)

Franck : Symphonie en ré, 1889

Paris, TCE, mercredi 25 septembre 2013, 20h : Symphonie en ré de Franck …

Georges Prêtre dirige la Symphonie en ré de César Franck

pretre_georges_Pretre_concertRien n’est comparable au monument qu’est l’unique Symphonie de César Franck (1889) : une synthèse des dernières évolutions symphoniques en France à la fin des années 1880, surtout un commentaire extrêmement personnel et original du symphonisme germanique de Beethoven à Wagner, auquel Franck (1822-1890), wagnériste motivé et aussi membre de la Société nationale de musique à Paris, entend apporter une sorte de démenti: ” il y a bien une autre façon de composer pour l’orchestre après Wagner (et ajoutons aussi après Liszt) “, semble nous dire le génial liégeois. A la fois portée par un souffle spirituel irrésistible (en liaison avec la ferveur personnelle de son auteur), la Symphonie en ré frappe par son audace formelle, sa parfaite architecture comme le jeu subtil des références et correspondances qui se répondent d’un mouvement à l’autre …

Monument symphonique de 1889

franck_cesar_orgue_symphonie_reEn pratique, la ré mineur (créée non sans rebondissements et résistances à Paris en 1889) succède aux jalons du genre: Symphonie espagnole de Lalo (1875), Symphonie romantique de Joncières (1876, hommage wagnérien personnel), Symphonie avec orgue de Saint-Saëns (1885), Symphonie Cévenole de D’indy (1886)… Franck, critiqué, vilipendé même par ses contemporains, trop antiwagnériens, sont aveuglés par dogmatisme et ne trouvent ici que pédantisme et épaisseur, surtout wagnérisme non dépassé. Or c’est tout l’inverse: dédié à son élève Duparc, la Symphonie de Franck dès le début développe ce caractère profond et empoisonné (tristanesque) et excelle dans l’art ténu et si subtil de la modulation et du développement cellulaire, offrant surtout une leçon d’écriture cyclique: les motifs étant réitérés tout au long des mouvements mais dans une formulation métamorphosée constante, soulignant dans l’écriture cette fluidité structurelle que doit diffuser l’orchestre. La cellule paraît et réapparaît, ses réitérations n’étant jamais identiques au premier énoncé; chacun de ses avatars jalonne les progrès et les avancées du flux dramatique. Chacun des trois thèmes développés séparément dans chacun des trois mouvements est exposé dès le début; leur combinaison superposée relève de la résolution libératrice qui structure encore l’architecture globale de l’œuvre.

Unité organique, symphonie en épisodes. Comment préserver l’unité et la cohérence du flux orchestral, en un tout organique malgré la nécessité du plan en quatre parties, c’est à dire par épisodes, de mise depuis les Viennois classiques et romantiques: Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert…?
Par le principe cyclique très largement exploité et avec quelle finesse et intelligence par Franck. Un concept magistralement défendu par Berlioz dans sa Symphonie Fantastique de 1830. Alors le cycle c’est à dire la réitération des thèmes précédemment écoutés, emblème du romantisme symphonique français? : très certainement. Franck au moment de la création de son chef d’œuvre est personna non grata parmi les plus conservateurs, ceux qui dans le sillon orthodoxe de Saint-Saëns considéraient le musicien belge comme un traître au nationalisme musical défendu par la Société nationale de musique. Depuis 1870, il reste patriotique de détester l’art germanique. En élargissant l’inspiration et la composition vers le style allemand, celui de Beethoven et de Wagner, Franck avait provoqué une vague d’opposition sans pareil, qui se traduit très vite par une incompréhension de son œuvre. Ambroise Thomas, Gounod épinglent sans nuance la Symphonie de Franck, la jugeant maladroite, aride, dogmatique,… c’est à dire insupportablement germanique (lisztéenne et wagnérienne).

Or, maître des climats les plus contrastés, Franck émerveille littéralement entre la gravité lizstéenne du lento-allegro non troppo initial, et le pastoralisme lumineux et mélancolique de l’Allegretto (à la fois andante et scherzo)… C’est en particulier dans le Finale-Allegretto on troppo où sont récapitulés tous les thèmes moteurs et leurs combinaisons souterraines que gonfle une voile orchestrale d’un nouveau souffle, quasi mystique quand la harpe se joint aux cordes, dialoguant avec les cuivres de plus en plus solennels et profonds. L’œuvre est traversée par l’expérience des gouffres désespérés puis, à l’instar des constructions lisztéennes, s’élève à mesure de son développement, en une arche puissante et très texturée mais jamais épaisse ni lourde… Lisztéenne et wagnérienne, beethovénienne et poétiquement totalement originale, comme structurellement façonnée selon le principe cyclique, la Symphonie suppose une maîtrise idéale sur le plan musical et artistique.

La Symphonie en ré de César Franck est couplée avec :
Poulenc : les animaux modèles, concerto pour 2 pianos
Orchestre de Paris
Georges Prêtre, direction

logo_francemusiqueFrance Musique, en direct du TCE à Paris, dès 20h
Mercredi 25 septembre 2013

César Franck : Symphonie en ré, 1889

France Musique, en direct ce soir, 20h. Franck: Symphonie en ré par Georges Prêtre …

Georges Prêtre dirige la Symphonie en ré de César Franck

franck_cesar_orgue_symphonie_reRien n’est comparable au monument qu’est l’unique Symphonie de César Franck (1889) : une synthèse des dernières évolutions symphoniques en France à la fin des années 1880, surtout un commentaire extrêmement personnel et original du symphonisme germanique de Beethoven à Wagner, auquel Franck (1822-1890), wagnériste motivé et aussi membre de la Société nationale de musique à Paris, entend apporter une sorte de démenti: ” il y a bien une autre façon de composer pour l’orchestre après Wagner (et ajoutons aussi après Liszt) “, semble nous dire le génial liégeois. A la fois portée par un souffle spirituel irrésistible (en liaison avec la ferveur personnelle de son auteur), la Symphonie en ré frappe par son audace formelle, sa parfaite architecture comme le jeu subtil des références et correspondances qui se répondent d’un mouvement à l’autre …

 

Monument symphonique de 1889

 

pretre_georges_Pretre_concertEn pratique, la ré mineur (créée non sans rebondissements et résistances à Paris en 1889) succède aux jalons du genre: Symphonie espagnole de Lalo (1875), Symphonie romantique de Joncières (1876, hommage wagnérien personnel), Symphonie avec orgue de Saint-Saëns (1885), Symphonie Cévenole de D’indy (1886)… Franck, critiqué, vilipendé même par ses contemporains, trop antiwagnériens, sont aveuglés par dogmatisme et ne trouvent ici que pédantisme et épaisseur, surtout wagnérisme non dépassé. Or c’est tout l’inverse: dédié à son élève Duparc, la Symphonie de Franck dès le début développe ce caractère profond et empoisonné (tristanesque) et excelle dans l’art ténu et si subtil de la modulation et du développement cellulaire, offrant surtout une leçon d’écriture cyclique: les motifs étant réitérés tout au long des mouvements mais dans une formulation métamorphosée constante, soulignant dans l’écriture cette fluidité structurelle que doit diffuser l’orchestre. La cellule paraît et réapparaît, ses réitérations n’étant jamais identiques au premier énoncé; chacun de ses avatars jalonne les progrès et les avancées du flux dramatique. Chacun des trois thèmes développés séparément dans chacun des trois mouvements est exposé dès le début; leur combinaison superposée relève de la résolution libératrice qui structure encore l’architecture globale de l’œuvre.

Unité organique, symphonie en épisodes. Comment préserver l’unité et la cohérence du flux orchestral, en un tout organique malgré la nécessité du plan en quatre parties, c’est à dire par épisodes, de mise depuis les Viennois classiques et romantiques: Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert…?
Par le principe cyclique très largement exploité et avec quelle finesse et intelligence par Franck. Un concept magistralement défendu par Berlioz dans sa Symphonie Fantastique de 1830. Alors le cycle c’est à dire la réitération des thèmes précédemment écoutés, emblème du romantisme symphonique français? : très certainement. Franck au moment de la création de son chef d’œuvre est personna non grata parmi les plus conservateurs, ceux qui dans le sillon orthodoxe de Saint-Saëns considéraient le musicien belge comme un traître au nationalisme musical défendu par la Société nationale de musique. Depuis 1870, il reste patriotique de détester l’art germanique. En élargissant l’inspiration et la composition vers le style allemand, celui de Beethoven et de Wagner, Franck avait provoqué une vague d’opposition sans pareil, qui se traduit très vite par une incompréhension de son œuvre. Ambroise Thomas, Gounod épinglent sans nuance la Symphonie de Franck, la jugeant maladroite, aride, dogmatique,… c’est à dire insupportablement germanique (lisztéenne et wagnérienne).

Or, maître des climats les plus contrastés, Franck émerveille littéralement entre la gravité lizstéenne du lento-allegro non troppo initial, et le pastoralisme lumineux et mélancolique de l’Allegretto (à la fois andante et scherzo)… C’est en particulier dans le Finale-Allegretto on troppo où sont récapitulés tous les thèmes moteurs et leurs combinaisons souterraines que gonfle une voile orchestrale d’un nouveau souffle, quasi mystique quand la harpe se joint aux cordes, dialoguant avec les cuivres de plus en plus solennels et profonds. L’œuvre est traversée par l’expérience des gouffres désespérés puis, à l’instar des constructions lisztéennes, s’élève à mesure de son développement, en une arche puissante et très texturée mais jamais épaisse ni lourde… Lisztéenne et wagnérienne, beethovénienne et poétiquement totalement originale, comme structurellement façonnée selon le principe cyclique, la Symphonie suppose une maîtrise idéale sur le plan musical et artistique.

La Symphonie en ré de César Franck est couplée avec :
Poulenc : les animaux modèles, concerto pour 2 pianos
Orchestre de Paris
Georges Prêtre, direction

logo_francemusiqueFrance Musique, en direct du TCE à Paris, dès 20h
Mercredi 25 septembre 2013

 

Illustrations: César Franck (DR), Georges Prêtre (DR)