CD, compte rendu critique : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca, septembre 2015)

ARMINIO Decca max emanuel cencic haendel handel annonce announce classiquenews review critique cd 61TCPTYOKYL._SL1400_CD, compte rendu critique : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca, septembre 2015). C’est le dernier des opĂ©ras baroques ressuscitĂ©s par le contre-tĂ©nor entrepreneur Max Emanuel Cencic, et sa fidèle troupe de chanteurs rĂ©unie / recomposĂ©e pour chaque projet / ouvrage lyrique : collectif toujours investi Ă  exprimer en une caractĂ©risation affĂ»tĂ©e, jamais neutre, les passions dramatiques ici du gĂ©nie haendĂ©lien. En couverture, alors que sa consĹ“ur romaine Cecilia Bartoli, elle aussi inspirĂ©e par des programmes insolites ou des rĂ©surrections captivantes, s’affichait en prĂŞtre exorciste (pour ses relectures dĂ©fricheuses de Steffani : en un album choc intitulĂ© non sans esprit de provoc “Mission”), voici Cencic, tel un acteur de cinĂ©ma sur un visuel sensĂ© nous sĂ©duire pour susciter le dĂ©sir d’en Ă©couter davantage : voyageur emperruquĂ© pistolet (encore fumant) Ă  la main, tel un espion en pleine mission…

ARMINIO… L’AVENTURE DU SERIA HAENDELIEN A LONDRES. CrĂ©Ă© en 6 reprĂ©sentations au Covent Garden de Londres en janvier et fĂ©vrier 1737, Arminio a visiblement marquĂ© les esprits de l’Ă©poque, certains tĂ©moins commentateurs n’hĂ©sitant pas Ă  parler de “miracle”… La partition n’a jamais pu depuis, Ă©tĂ© remontĂ©e jusqu’Ă  ce que Cencic s’y intĂ©resse. Le sujet emprunte Ă  l’histoire romaine (Tacite) : c’est mĂŞme un Ă©pisode peu glorieux pour les lĂ©gions de Rome confrontĂ©es en 49 avant JC, aux Germains, dans la forĂŞt de Teutoburg. Le gĂ©nĂ©ral Varus est fait prisonnier par le prince barbare prince Hermann Arminius, commandant des 7 valeureuses tribus germaines. La dĂ©faite des Romains enterre toute vellĂ©itĂ© de Rome Ă  assoir sa puissance sur une vaste zone au-delĂ  du Rhin.
L’opera seria s’attache Ă  ciseler chaque profil psychologique, (selon le livret signĂ© Antonio Salvi) chaque intention, chaque espoir silencieux, chaque noeud d’une situation conflictuelle (chère Ă  Racine au siècle prĂ©cĂ©dent, entre amour, dĂ©sir et jalousie) que l’action contredit ou prĂ©cipite, souvent de façon artificielle : ainsi la mort de Varus/Varo, le romain dĂ©fait, est-elle Ă©vacuĂ© en quelques mots Ă  la fin de l’ouvrage dans un rĂ©citatif lapidaire qui vaut dĂ©nouement. Auparavant, Arminio est capturĂ© par Varo qui a des vues sur l’Ă©pouse de son ennemi captif… Pour captiver l’audience londonienne qui n’entend pas l’italien pour la majoritĂ©, Haendel n’hĂ©site pas Ă  rĂ©duire le texte de Salvi, en particulier ses rĂ©citatifs, vĂ©ritables tunnels d’ennui pour qui peine Ă  goĂ»ter les subtilitĂ©s de l’italien.
Parmi les chanteurs vedettes, les castrats sont toujurs Ă  l’honneur ; après la trahison du contralto Senesino, son chanteur contralto fĂ©tiche, rival de Farinelli, qui finalement quitte Haendel pour un troupe rivale en 1733, c’est dans le rĂ´le-titre, l’alto aigu Domenico Annibali qui relève les dĂ©fis d’un personnage exigeant ; le castrat Sigismondo lui emboĂ®te le pas, l’Ă©galant mĂŞme par sa partie non moins audacieuse : Ă  la crĂ©ation, rĂ´le tenu par le sopraniste Domenico Conti, surnommĂ© Gizziello, probablement le plus connu des solistes rĂ©unis par Haendel en 1737 : c’est le seul castrat soprano (en dehors des mezzos et contraltos) pour lequel le compositeur Ă©crira des rĂ´les Ă  Londres. CĂ´tĂ© chanteuses, la prima donna demeure dans le rĂ´le de Tusnelda, la soprano cĂ©lĂ©brĂ©e alors, Anna  Maria Strada del Pò, partenaire et interprète familière de Haendel depuis le dĂ©but des annĂ©es 1730 dont la laideur lĂ©gendaire Ă©galait la finesse dramatique et l’engagement vocal. Le tĂ©nor anglais John Beard chante le commandant Vero. Le chanteur deviendra directeur du Covent Garden, et continuera de se produire comme chanteur pour Haendel dans de nombreux autres ouvrages lyriques et aussi dans ses futurs oratorios.

Le synopsis veille Ă  prĂ©senter de superbes profils psychologiques, tous impressionnĂ©s (les Romains), stimulĂ©s (les Germains) par l’hĂ©roĂŻsme stoĂŻcien du captif Arminio, prisonnier du gĂ©nĂ©ral romain Vero… Au dĂ©but, le Germain SĂ©geste livre le chef germain Arminio au gĂ©nĂ©ral romain Vero. La fille et le fils de SĂ©geste, Tusnelda (Ă©pouse d’Arminio) et Sigismondo payent très cher, la trahison de leur père : Tusnelda en l’absence d’Arminio, doit affronter les avances de Vero ; Sigismondo ne peut rien faire quand sa fiancĂ©e Ramise, la soeur d’Arminio, rompt leur vĹ“u… Pour augmenter les chances d’une paix avec Rome, SĂ©geste souhaite l’exĂ©cution d’Arminio pour que sa fille Tusnelda Ă©pouse Vero ; d’autant que Sigismondo a rejoint le parti de son père et accepte de pactiser avec les Romains. Figure hĂ©roĂŻque prĂŞte Ă  mourir, Arminio dans sa prison dĂ©clare qu’il ne cèdera pas quitte Ă  mourir. Son Ă©pouse Tusnelda lui reste fidèle.
A l’acte III, tout semble ĂŞtre jouĂ© : Arminio est conduit Ă  l’Ă©chafaud : mais Vero impressionnĂ© par la noblesse du prisonnier, reporte l’exĂ©cution quand on apprend que des Germains rebelles ont soumis les lĂ©gions de Rome. Les femmes Tusnelda et Ramise libèrent Arminio avec la complicitĂ© de Sigismondo ; Arminio prend la tĂŞte de la rĂ©bellion contre les Romains et tue Vero. SĂ©geste est soumis ; par clĂ©mence et grandeur morale, Arminio pardonne Ă  SĂ©geste en l’Ă©pargnant.
Arminio de 1737 incarne un jalon majeur de l’expĂ©rience de Haendel Ă  Londres ; l’ouvrage par son sujet Ă©difiant et moral contient aussi l’objectif finalement non exhaucĂ© : fidĂ©liser les spectateurs londoniens Ă  l’opera seria italien. MalgrĂ© toutes ses tentatives, Haendel Ă©chouera en y perdant des fortunes. Il se refera grâce au nouveau genre de l’oratorio anglais (en anglais Ă©videmment et non plus en italien), format inĂ©dit, promis Ă  de nombreux triomphes.

cencic Arminio-Cencic-1024x680LA CRITIQUE DU CD ARMINIO DE HAENDEL PAR MAX EMANUEL CENCIC. InterprĂ©tation d’Arminio. Ecartons d’emblĂ©e le maillon faible du plateau vocal globalement Ă©quilibrĂ© et homogène : le Sigismondo de la haute-contre Vince Yi : timbre clair certes mais le plus souvent aigre et trop mĂ©tallisĂ©, avec une rĂ©gulière et persistante incomprĂ©henion au texte italien, dĂ©duite de ses respirations instables, des ses phrasĂ©s discutables (comprend-t-il rĂ©ellement ce qu’il chante?).
D’autant que le sopraniste faiblit sur la durĂ©e et dans le dĂ©roulement de l’action, sans aucune nuance dans l’Ă©mission ; il claironne rĂ©vĂ©lant de grandes failles dans ses rĂ©citatifs si peu colorĂ©s, comme expĂ©diĂ©s avec toujours la mĂŞme intonation, projetant avec intensitĂ© mais artifice tous ses airs, tel un instrument sans âme. Tout cela contredit le travail des autres chanteurs dans le sens de la caractĂ©risation des passions.

En Arminio, rĂ©flĂ©chi, intĂ©rieur et souvent profond, Ă©videmment Max Emanuel Cencic se taille la part du lion, incarnant idĂ©alement la figure de l’hĂ©roĂŻsme et du stoicisme, prĂŞt Ă  se sacrifier pour la cause morale dont il est serviteur jusqu’au dĂ©nouement du drame. L’alto sĂ©duit toujours par la justesse de son intonation, mĂŞlant idĂ©alement tendresse grave, contredite ensuite par un indĂ©fectible esprit de revanche et de fière dĂ©termination (“Ritorno alle ritorte” qui ouvre le III).

MĂŞme sur un bon niveau vocal, la voix parfois poussĂ©e de la soprano Layla Claire (Tusnelda, Ă©pouse d’Arminio et fille de SĂ©geste) peine Ă  trouver une teinte affirmĂ©e dans le personnage tout autant loyal que celui de son Ă©poux Arminio. De toute Ă©vidence l’opĂ©ra de Haendel prend parti pour les Barbares… qui n’ont de barbare que leur (fausse) rĂ©putation, tant les Germains ici surclassent en grandeur morale leur rivaux romains.

Plus convaincant le Varo du tĂ©nor hĂ©roĂŻque Juan Sancho : il campe un romain colonisateur et conquĂ©rant par une voix claire et mĂ©tallique, idĂ©ale dans son air avec cor : “Mira il ciel”  (au III) ; la Ramise de l’alto fĂ©minin, cuivrĂ©e, incarnĂ©e de Ruxandra Donose s’affirme nettement (Voglio seguir) mĂŞme si l’on eĂ»t prĂ©fĂ©rĂ© articulation plus prĂ©cise et percutante.
De toute Ă©vidence, l’ouvrage fait l’apothĂ©ose des Germains, outrageusement dĂ©nigrĂ©s et finalement consolidĂ©s dans leur indĂ©fectible sens de l’honneur ; tout converge et prĂ©pare au duo final des Ă©poux enfin libĂ©rĂ©s, rĂ©confortĂ©s (après la mort expĂ©diĂ©e de Vero) : duetto final d’Arminio et Tusnelda qui rĂ©alise le lieto finale, dĂ©nouement heureux de mise dans tout seria. Le tenue orchestrale d’Armonia Atenea, conduit par George Petrou confirme sa rĂ©putation : alliant nervositĂ© et fluiditĂ©, acuitĂ© et accent d’un continuo, vĂ©ritable acteur plutĂ´t qui suiveur. Belle rĂ©alisation rĂ©vĂ©lant un inĂ©dit de Haendel. La production Ă©tait l’Ă©vĂ©nement du dernier festival Haendel de Karlsruhe (fĂ©vrier 2016) : on souhaite Ă  l’Ă©vĂ©nement allemand bien d’autres rĂ©surrections dĂ©fendues par un engagement aussi partagĂ© (hormis les solistes nettement moins convaincants que leur partenaires). MalgrĂ© ces (petites) rĂ©serves, la prĂ©sente rĂ©surrection mĂ©rite le meilleur accueil.

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Haendel : Arminio HWV 36, recrĂ©ation. Max Emanuel Cencic (Arminio), Juan Sancho (Varo), Ruxandra Donose (Ramise), Layla Claire (Tusnelda), Xavier Sabata (Tullio)… Armonia Atenea. George Petrou, direction; EnregistrĂ© en septembre 2015 Ă  Athènes — 2 cd Decca 478 8764. CLIC de CLASSIQUENEWS avril 2016.

CD. Beethoven : Les Créatures de Prométhée (Armonia Atenea, George Petrou, 2013)

prometheus beethoven decca armonia Atenea George Petrou cdCD. Beethoven : Les CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e (Armonia Atenea, George Petrou, 2013). C’est un Beethoven dĂ©poussiĂ©rĂ©, tonique mais aussi remarquablement articulĂ© qui s’impose Ă  nous grâce Ă  la sanguinitĂ© fĂ©line et Ă©lĂ©gante de George Petrou et de son ensemble Armonia Atenea. VitalitĂ©, finesse agogique, maĂ®trise Ă©loquente des contrastes dès l’Ouverture (en son entrĂ©e … nageant dans les bĂ©atitudes, contrepointant des Ă©clats guerriers), chef et instrumentistes, d’une Ă©lĂ©gance folle et très inspirĂ©s (superbe palpitation des cordes), nous rĂ©galent grâce aux bĂ©nĂ©fices des timbres des instruments anciens : un fruitĂ© mince mais intense et mordant, des attaques plus fines, une sonoritĂ© aux dynamiques d’un format originel que la prise de son magnifie avec style et intelligence. On Ă©coute ici du Beethoven comme rarement, d’autant plus bĂ©nĂ©fique s’agissant d’une oeuvre de jeunesse (supĂ©rieure Ă  sa Symphonie n°1 en rĂ©alitĂ© : l’ouverture fait souffler un vent tragique qui annonce directement par sa nature théâtrale et son Ă©criture dramatique Leonore III, rien de moins) ; une partition si mĂ©sestimĂ©e qu’elle Ă©tait devenue “mineure”  dans l’esprit embrumĂ© de tous… Ă  torts Ă©videmment : enfin rĂ©vĂ©lĂ©e dans sa stature d’origine, Ă  la fois pĂ©taradante et d’une intensitĂ© d’un raffinement inouĂŻ, la partition du Beethoven trentenaire Ă  Vienne sort de l’ombre.
Depuis les premiers apports de la pratique historiquement informĂ©e, les orchestres sur instruments d’Ă©poque sont de plus en plus nombreux : chacun apporte sa carte sonore, celle d’Armonia Atenea regorge de nervositĂ© et de grandeur, servant un Beethoven viril, altier, mais aussi d’une hypersensiblitĂ© qui le rend humain. L’Ă©quilibre et la clartĂ© des pupitres associĂ©s (bois, cuivres…) sont jubilatoires, d’une opulence caractĂ©risĂ©e d’une superbe tenue. Armonia Atenea mĂ©rite de figurer aux cĂ´tĂ©s des meilleures phalanges maĂ®trisant et la technicitĂ© volubile et l’intelligence expressive, capable d’une nettetĂ© de trait Ă©poustouflant comme d’une ampleur de geste presque dĂ©tachĂ© et souple, un modèle dans le genre : Orchestre des Champs ElysĂ©es et son “petit frère” : le JOA, Jeune Orchestre de l’Abbaye (ex Jeune Orchestre Atlantique), Anima Eterna de Jos Van Immerseel, sans omettre le très pertinent orchestre Les Siècle de François Xavier Roth… le gain en terme d’expressivitĂ© et de subtilitĂ© sonore au registre des orchestres sur instruments d’Ă©poque dans la veine symphonique n’est plus Ă  dĂ©montrer : l’apport d’Armonia Aeterna nous le prouve ici avec une finesse fluide rarement atteinte comme c’est le cas dans ce programme.

 

 

 

Réjouissant orchestre chorégraphique

 

CLIC D'OR macaron 200La direction ne fait pas que ciseler la très fine caractĂ©risation parfois pincĂ©e de chaque Ă©pisode ; le chef George Petrou n’oublie pas pour autant la pulsion, le nerf, la tension, la lumineuse espĂ©rance d’une orchestration portĂ©e vers la lumière et la glorification du mouvement.  A Vienne fin mars 1801 (le Ballet les CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e est crĂ©Ă© le 28 mars 1801), Beethoven semble prolonger le meilleur Haydn,  et non des moindres : celui de son oratorio, La CrĂ©ation crĂ©Ă© quelques semaines auparavant (1801), manifeste de toute cette Ă©lĂ©gance viennoise dĂ©but de siècle ou vĂ©ritable hymne musical de la Vienne des Lumières, et que le jeune et dĂ©jĂ  gĂ©nial Ludwig dĂ©passe avec un feu rayonnant,  une claire conscience qu’il y Ă©chafaude la musique de l’avenir : pressĂ© d’ĂŞtre convaincu ? N’Ă©coutez alors que la plage 11 (Adagio – Allegro molto) : une synthèse brillantissime dans le style frĂ©nĂ©tique du premier romantisme que George Petrou porte jusqu’Ă  incandescence dramatique : fièvre orchestrale, intelligence dynamique, ciselure des instruments solistes. Du grand art ! MĂŞmes climats d’une profondeur et d’une prĂ©cision superlative dans l’Ă©pisode qui suit, l’Allegro de la Pastorale dont l’inspiration musicale (balancement rayonnant entre dignitĂ© et panache fou) montre naturellement le gĂ©nie beethovĂ©nien … donc remarquablement exprimĂ© par les musiciens d’Armonia Atenea.

Voici une nouvelle vison particulièrement convaincante d’autant plus bĂ©nĂ©fique qu’elle ne nĂ©glige ni la pĂ©tillance des timbres restituĂ©s ni l’esprit de la partition qui aux cĂ´tĂ©s de son formidable essor orchestral, est aussi surtout une action chorĂ©graphique. La ciselure des instruments solistes (harpe, bois, vent, corde dans le printanier et pastoral du Grave, plage 7) dĂ©montre la science et la sensibilitĂ© du Ludwig trentenaire (31 ans en 1801). Dans ce bouillonnant festin de timbres ciselĂ©s, goĂ»tez en effet la harpe (si rare dans l’oeuvre de Beethoven pour ĂŞtre signalĂ©e) toute en lĂ©gèretĂ© mĂ©lancolique ; c’est, s’agissant du seul usage de l’instrument, une rĂ©vĂ©lation. MĂŞme sentiment pour le cor de basset (si aimĂ© du dernier Mozart dans La ClĂ©mence de Titus) que Beethoven aime chĂ©rir dans le solo della signora Cassentini, d’une sensualitĂ© irrĂ©sistible, certainement très inspirante pour la ballerine convoquĂ© de ce solo de plus de 5mn  (plage 16).

petrou-george-armonia-atenea-beethoven-582-380Rien ne manque de ce point du vue au chef : George Petrou a le sens des infimes dĂ©tails comme de l’architecture globale du ballet : il reste constamment soucieux de l’Ă©nergie dramatique (pulsation dansante des n°8, 15 et 16, ces deux derniers Ă©pisodes semblant faire la synthèse de toutes les symphonies de Haydn dans l’abandon, l’Ă©lĂ©gance, l’humour et la facĂ©tie aussi), de l’alternance des Ă©pisodes,  du sens du parcours dramatique. L’euphorie et l’ivresse jamais creuses des instrumentistes font tous les dĂ©lices de cette lecture qui dĂ©voile en bien des points, des trouvailles rĂ©jouissantes ; ce jaillissement irrĂ©pressible du Beethoven, symphoniste gĂ©nial : l’essor du thème principal du Finale, dĂ©jĂ  esquissĂ© dans l’Ouverture- qui sera repris dans le final de la Symphonie n°3 ‘HĂ©roĂŻque” l’indique clairement : il fallait bien que l’Ă©nergie palpitante et souvent irrĂ©sistible du ballet PromĂ©thĂ©e, ainsi rĂ©vĂ©lĂ© par Armonia Atenea, soit finalement recyclĂ© dans un programme de musique pure, et non des moindres. De sorte qu’ici, en place d’un final de Ballet, n’en dĂ©plaise au chorĂ©graphe et danseur vedette, initiateur de l’ouvrage, Salvatore Vigano (qui destina le Ballet pour l’ImpĂ©ratrice si mĂ©lomane Marie-ThĂ©rèse), c’est bien le chant du seul orchestre qui se dĂ©ploie enfin dans un finale dont l’esprit symphonique est d’une irrĂ©sistible Ă©lĂ©gance. On connaissait Armonia Atenea comme complice du baroqueux et très haendĂ©lien contre tĂ©nor Max Emanuel Cencic (cf. Alessandro ou le rĂ©cent Rokoko cĂ©lĂ©brant Hasse, 2 albums Ă©ditĂ©s aussi chez Decca) : le plaisir de servir Beethoven avec autant de finesse que d’intelligence reste saisissant. Une très grande surprise et donc, un CLIC de classiquenews pour l’Ă©tĂ© 2014.

 

 

Beethoven : Les Créatures de Prométhée, ballet opus 43, Vienne, le 28 mars 1801. Armonia Atenea, George Petrou, enregistrement réalisé en juillet et septembre 2013 à Athènes). 1 cd Decca 478 6755.

 

Illustration : George Petrou © Ilias Sakalak