PARIS. Récital de piano : Jean-Nicolas DIATKINE à GAVEAU

Jean-Nicolas Diatkine à GaveauPARIS, Gaveau. 3 avril 2019, 20h. Récital JN DIATKINE, piano. Classiquenews avait déjà remarqué le jeu facétieux mais précis, imaginatif mais juste du pianiste Jean-Nicolas Diatkine (à Gaveau aussi en nov 2014 : programme Ravel, Chopin…). C’est un lutin éclairé et cultivé qui lui-même cherche et trouve des filiations poétiques secrètes d’un musicien l’autre, d’une partition à un écrivain (ainsi Proust parlant de Chopin…). L’éclectisme des programmes nourrit en réalité une riche réflexion sur le jeu des inspirations, sur la construction des édifices poétiques… C’est évidemment le cas de ce nouveau récital qui marie Mozart (gluckiste, et d’une gravitas enfin apaisée dans l’Adagio k540), Beethoven (passionné, conquérant, inflexible) et Chopin (mélancolique et langoureux mais surtout vif, nerveux, fier…).

Diatkine jean nicolas piano gaveau JNDDans l’Appassionnata, Beethoven alors au service du Prince Lichnowsky, refuse de jouer pour les Français de Napoléon qui occupent son palais : Lichnowsky fait enfoncer la porte de la chambre du compositeur qui s’y était réfugié ; mais Beethoven fier comme un paon, s’obstine et quitte les lieux (et son protecteur à Vienne). Dans une lettre demeurée fameuse, il exprime comme Mozart, l’unicité et l’indépendance non serviles de son génie : « « Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance. Ce que je suis, je le suis par moi-même. Des princes, il y en a et il y en aura des milliers. Il n’y a qu’un seul Beethoven – signé : Beethoven ». JN Diatkine saura souligner entre chaque note musicale, cette assurance qui n’est pas arrogance mais suprême conscience de la pureté de son art. Inflexible Beethoven et tellement naïf aussi.

Puis la main preste, allégée, s’accorde à la pensée fugace des Préludes, ceux de Chopin : 24 esquisses dont l’acuité critique du pianiste révélera surtout le fourmillement des idées, jaillissantes, fulgurantes. Mais le génie de Chopin tient surtout à sa relecture du genre emblématique de la dignité de sa nation, occupée, meurtrie, martyrisée : dans la Polonaise opus 53, il y a certes le souvenir de la marche noble des princes en représentation ; il y a surtout l’expression intime d’une blessure qui sublime la souffrance en … grâce. Magie de l’acte créateur et poétique.

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Récital Jean-Nicolas DIATKINE, piano

PARIS, Salle Gaveau
Mercredi 3 avril 2019, 20h30

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.sallegaveau.com/spectacles/jean-nicolas-diatkine-piano

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Programme: 

Mozart :
Adagio K. 540 et Variations sur un thème de Gluck K. 455

Beethoven :
Sonate n°23 op.57 « Appassionata”

Chopin :
24 Préludes (1839)
Polonaise op. 53 “Héroïque” (1842)

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Salle Gaveau à PARIS
45-47 rue La Boétie
75008 PARIS
01.49.53.05.07

Gaveau : Elizabeth Sombart joue les Concertos de Chopin

SOMBART_NB_260_clavier_elisabeth_sombartParis, salle Cortot. Récital Chopin. Elizabeth Sombart, le 14 février 2016, 17h30. Pianiste engagée, soucieuse de transmettre et de rendre accessible au plus grand nombre, la musique classique, Elizabeth Sombart aborde à Paris, un compositeur qu’elle sert avec passion et profondeur, Frédéric Chopin. Etre légendaire, d’une tendresse mozartienne qui ouvrit des perspectives inédites, crépusculaires et intimes, alors à l’époque où Liszt enflammait par son brio virtuose voire pétaradant, les audiences européennes, Chopin a néanmoins traité la forme concertante d’une virtuosité cependant introspective et même passionnée. En témoignent ses deux Concertos de jeunesse, composés en Pologne avant sa départ pour Vienne et la France. D’une subtilité allusive dont elle a le secret, la pianiste Elizabeth Sombart, créatrice de la Fondation Résonnance depuis 1998, ne cesse de s’impliquer dans l’explicitation généreuse et limpide du pianisme chopinien. En fondant la fondation Résonnance (qui a son siège à Morges en Suisse et compte de nombreuses écoles de musique), Elizabeth Sombart s’engage pour rendre accessible l’expérience de la musique classique au plus large public, le public habitué des concerts certes mais aussi les patients et résidents des lieux de souffrance (maison de vie, retraités, hôpitaux) : en un dialogue ténu, silencieux et pourtant immédiat, la pianiste sait rétablir ce lien entre auditeurs et instrumentiste, dans ce cycle désormais réunifié que suscite le temps du jeu musical… Son approche a été marquée par la phénoménologie apprise auprès du chef d’orchestre Sergiu Cilibidace entre autres.

SOmbart Quatuor resonances elizabeth sombart concert Chopin concertos pour piano version de chambreConcentré et inspiré, le jeu d’Elizabeth Sombart témoigne d’une quête permanente, exigente et sincère, que stimule une sensibilité étonnante aux champs intérieurs. Son Chopin toujours fraternel et hypnotique ne laisse pas de nous captiver. Le 14 février 2016, salle Cortot à Paris, l’interprète s’intéresse à nous offrir sa version des deux Concertos pour piano de Chopin, en effectif chambriste (avec un quatuor à cordes) soit la complicité de musiciens qui partagent avec elle, cet amour du jeu et du don collectif. Concert à Paris, Salle Cortot, incontournable.

 

 

 

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Le Concerto pour piano n°1 est dédié au prodige Kalkbrenner qui le créée à Varsovie le 11 octobre 1830. Chopin y signe sa dernière offrande encore juvénile mais très inspirée (comme le souligne Ravel contre les détracteurs qui le tiennent pour une maladresse fruit de l’inexpérience…), avant son départ pour Vienne puis Paris, où ne rejoignant jamais Londres comme il en avait fait le projet, il meurt précocément en 1849 (à l’âge de 30 ans). Plan : allegro maestoso, Romance (larghetto), Rondo vivace. La Romance centrale est celle qui dévoile déjà le mieux ce qu’est le caractère intime et profond de Chopin : elle annonce ses futurs Nocturnes, inscrits voire ensevelis dans plis et replis d’une vie intérieure secrète mais riche et active.

chopin_frederic portrait chopin classiquenewsLe Concert pour piano n°2 est créé à Varsovie lui aussi mais avant le n°1, c’est à dire le 17 mars 1830 à Varsovie, en hommage à la Comtesse Potocka. Il est plus contrasté voire impétueux que le Concerto n°1. Plan : Maestoso. Larghetto puis Allegro vivace. Le larghetto est en fait une longue cantilène à l’italienne : allusivement dédiée à une femme aimée, Konstanze Gladowska, la pièce suit les méandres d’une douce déclartion amoureuse à peine masquée dont Chopin aime cultiver la ligne suspendue étirée. Son impact se ressent jusqu’à Schumann et Liszt qui s’en souviendront dans leurs Concertos respectifs (en mi bémol majeur pour le second). Loin d’être ses esquisses maladroites qu’on a bien voulu écrire et répandre, les deux Concertos polonais de Chopin expriment au plus près, l’âme ardente, éprise du Mozart romantique, né pour faire chanter le piano.
Elizabeth Sombart en révèle à Paris, la tendresse éperdue, juvénile, ardente, dans une version chambriste pour piano et instruments à cordes.

 

 

 

Concertos de Chopin (version pour quatuor)
Concerto n°1 en mi mineur, op. 11
Concerto n°2 en fa mineur, op. 21

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et le Quatuor Résonance
Fabienne Stadelman, alto
Lucie Bessière, violon
Nathanaëlle Marie, violon
Christophe Beau, violoncelliste

 

 

boutonreservationEn concert à la Salle Cortot
Le Dimanche 14 février 2016 à 17h30
78, rue Cardinet – 75017 Paris
Tarifs: de 16 à 25 euros
Location: 01 43 37 60 71

 

 

VOIR notre reportage Elizabeth Sombart joue auprès des patients en souffrance…

 

Elizabeth Sombart, piano, la musique à l'hôpital, récital, RésonnanceLa musique à l’hôpital. La pianiste Elizabeth Sombart se dédie totalement à la diffusion de la musique classique hors des salles de concerts. En témoigne son récital offert aux résidents de la Maison Saint-Jean de Malte (Paris 19ème ardt). Le programme est choisi par les résidents ; le partage, la rencontre sont au coeur d’une expérience intense, profondément humaniste et fraternelle. Reportage vidéo exclusif CLASSIQUENEWS.COM (réalisé en novembre 2013). VOIR notre reportage vidéo complet

 

Festival Arpeggiata, Christina Pluhar à Gaveau

pluhar PLUHAR CHRISTINA arpeggiata festival 2015 CLASSIQUENEWSPARIS, salle Gaveau. Festival L’Arpeggiata. les 14 et 15 novembre 2015. Week end L’Arpeggiata / Christina Pluhar : 4 concerts.  1 concert le samedi, 3 concerts enchaînés dans l’esprit d’une fête familiale dimanche. La théorbiste et chef d’orchestre, Christina Pluhar qui a la goût des autres et du partage, propose un week end mémorable fondé sur les métissages, la rencontre, les regards croisés, et la souveraine sensualité baroque (celle en particulier de Cavalli et de Purcell…), autour de la pratique sur instruments anciens baroque et l’improvisation jazz… Au programme : tarentelles trépidantes et improvisations, voix fabuleuses, danses endiablées, humour et cocktail de surprises… Pour fêter ses 15 ans d’existence, comme fondatrice de l’ensemble sur instruments anciens L’Arpeggiata, Christina Pluhar au théorbe dirige ses amis et partenaires de longue date pour un cycle de concerts commémoratifs où l’amitié, la complicité et le partage au service des oeuvres baroque sont à l’honneur.

 

 

samedi 14 novembre 2015


Cavalli révélé
21h : Francesco Cavalli « L’Amore innamorato »
Programme du nouveau disque de l’Arpeggiata (parution le 23 octobre chez Erato, CLIC de CLASSIQUENEWS de novembre 2015, critique complète sur classiquenews.com).

dimanche 15 novembre 2015
16h30 : concert anniversaire « Arpeggiata – 15 ans ! » programme surprise
20h30 : « Music for a while », cycle d’improvisations d’après les musiques d’Henry Purcell
23h : « JAM SESSION – Late Night Club »

 

 

 

Samedi 14 novembre 2015

Cavalli_francesco21h : Francesco Cavalli « L’Amore innamorato ». Programme du nouveau disque de l’Arpeggiata (parution le 23 octobre chez Erato).
Pour fêter la sortie du nouveau disque de l’Arpeggiata, le festival 15 ans! s’ouvrira le 14 novembre avec un beau programme composé d’arie et lamenti des opéras de Francesco Cavalli. Pour l’occasion, les sopranos Nurial Rial et Hana Blazíková, qui ont participé à l’album, chanteront la lyre sensuelle et érotique de Cavalli, le plus grand compositeur d’opéras au XVIIè, grand invité de Mazarin pour jouer à Paris, Xerse (1660) et Ercole Amante (1661) pour le mariage du jeune Louis XIV avec l’Infante Marie-Thérèse d’Autriche. Les musiciens de l’Arpeggiata joueront également une sélection de pièces instrumentales virtuoses et feront renaitre au cÅ“ur de Paris, l’éclat de la flamboyante Venise…

Dimanche 15 novembre 2015

pluhar PLUHAR CHRISTINA arpeggiata festival 2015 CLASSIQUENEWS16h30 : Arpeggiata – 15 ans ! Concert anniversaire – programme surprise
Quinze ans déjà que l’ensemble l’Arpeggiata enchante les auditeurs du monde entier !
Ce concert anniversaire est l’occasion de revenir sur quinze années d’aventures musicales, en partageant avec le public un spectacle exceptionnel et unique. On y retrouvera bien entendu les fidèles musiciens et chanteurs de l’ensemble. Au programme : tarentelles trépidantes, improvisations entre baroque et jazz, voix envoûtantes, danses endiablées, humour, complicité, partage : Christina Pluhar s’est entendu comme personne à culitver les amitiés artistiques, regroupant autour d’elle des partenaires forts comme Philippe Jaroussky à ses débuts, toute une nouvelle génération de chanteurs et d’instrumentistes passionnés par l’interprétation historiquement informée et la maîtrise des instruments d’époque… L’intuition et le tempérament de la théorbiste fondatrice de L’Arpeggiata l’ont conduit à défricher, explorer, expérimenter, parfois en associant des styles en périphérie de la pratique orthodoxe, ce qui lui a valu des critiques souvent excessives : pourtant et jazz ont en gène commun, l’art subtil de l’improvisation.

20h30 : « Music for a while » Improvisations sur Henry Purcell
Purcell-portraitRetrouvons Christina Pluhar et l’Arpeggiata à la croisée des mondes avec le programme «Music for a while», une parenthèse audacieuse, mêlant la pure tradition baroque et l’improvisation jazz. Avec les solistes Céline Scheen et Vincenzo Capezzuto, la musique de Purcell révèle toute sa finesse, sa beauté et se pare d’une dimension nouvelle grâce aux chaleureuses improvisations des musiciens de l’Arpeggiata, rejoints pour l’occasion par le clarinettiste Gianluigi Trovesi et son phrasé unique. C’est une véritable invitation au rêve, qui révèle la justesse émotionnelle et la modernité extraordinaire de la musique de Henry Purcell, le plus grand auteur britannique du XVIIè, l’égal de Cavalli à Venise.

23h : « JAM SESSION – Late Night Club »
Christina Pluharfoto: Marco BorggreveLe mélange des genres musicaux est aujourd’hui devenu une spécialité de Christina Pluhar et de son ensemble audacieux. Si les incursions jazzistiques de l’ensemble et les multiples talents musicaux des musiciens de l’Arpeggiata ont su vous séduire voire vous envoûter, ce concert de clôture du festival est fait pour vous. Christina Pluhar invite les musiciens jazzy de l’ensemble et leur donne carte blanche pour une joute virtuose et expérimentale unique et prometteuse.

 

 

Artistes annoncés au festival L’Arpeggiata – 15 ans !

L’Arpeggiata – Christina Pluhar

Nuria Rial, soprano
Vincenzo Capezzuto, alto
Nahuel Pennisi, voix & guitare
Ensemble Barbara Furtuna
Gianluigi Trovesi, clarinette
Anna Dego, teatro-danza
et invités surprise…!

Doron Sherwin, cornet à bouquin
Veronika Skuplik, violon baroque
Margit Übellacker, psaltérion
Sarah Ridy, harpe baroque
Eero Palviainen, archiluth, guitare baroque
Marcello Vitale, chitarra battente, guitare baroque
Rodney Prada, viole de gambe
David Mayoral & Sergey Saprichev, percussions
Boris Schmidt, contrebasse
Francesco Turrisi, clavecin & piano
Haru Kitamika, clavecin & orgue positif

Christina Pluhar, théorbe & direction

Christina Pluharfoto: Marco BorggreveEn 2000 naissait l’ensemble l’Arpeggiata, collectif ou plutôt famille fondé par la théorbiste, harpiste et chef d’orchestre Christina Pluhar. Leur succès dure depuis 15 ans maintenant. Depuis sa création, L’Arpeggiata a donné environ 800 concerts en Europe, Amérique du Nord, Amérique du Sud, Asie et Australie. L’ensemble a enregistré 13 albums (près de 600.000 disques vendus…) dédiés principalement à l’expression des passions humaines à l’âge baroque, avec une prédilection pour les compositeurs italiens du Seicento, dont Monteverdi bien sûr et aujourd’hui, Cavalli et Purcell.

 

 

 

boutonreservationInfos, réservations sur le site de la salle Gaveau, Paris
Samedi 14 novembre 2015 à 21h
Dimanche 15 novembre 2015 à 16h30, 20h30, 23h

Cocktail offert l’issue du concert pour toutes les places en CATEGORIE OR

Tarif Abonnement* : -20% à partir de deux concerts de l’Arpeggiata les 14 et 15 novembre (sauf “Jam Session – Late Night Club”)

 

 

Cavalli révéléCD. LIRE notre critique complète du disque L’amore innamorato : Cavalli, extrait d’opéras par L’Arpeggiata et Christina Pluhar … “Ne distinguons que quelques exemples d’un programme très cohérent où deux voix féminines incarnent intensément les accents les plus expressifs et les plus divers de la lyre cavallienne.  Saluons l’éloquence ciselée très finement articulée de la soprano ibérique Nuria Rial qui traversant tous les paysages émotionnels du programme nouveau de L’Arpeggiata, captive par sa subtilité dramatique et la suavité de son chant incarné”…

Cyril Huvé fête le centenaire Scriabine

Cyrilhuve_webParis, Salle Gaveau. Cyril Huvé, piano. Récital Scriabine, le 3 mars 2015, 20h30. Elève de Claudio Arrau et de György Cziffra, Cyril Huvé – Victoire de la musique classique 2010 (pour un superbe programme Mendelssohn sur instrument d’époque), offre à l’occasion du centenaire Scriabine, un récital dédié à l’auteur de Vers la flamme, aphorisme musical d’une profondeur inégalée. Entre ivresse et vertige, quête mystique et sublimation musicale, l’écriture d’Alexandre Scriabine prolonge Chopin et Liszt et annonce Satie, Debussy, Stockhausen… les modernes à venir après lui. Profondément touché par la théosophie, Scriabine double l’expérience musicale et donc pianistique, d’une exigence spirituelle où les notions de mort, de résurrection, de salut sont manifestement abordées. LIRE notre dossier Alexandre Scriabine 2015.

Alexandre ScriabineConcis, suggestif, essentiel, l’art de Scriabine témoigne d’un penseur hors normes qui contemporain et ami de Rachmaninov, fut un prophète. Salle Gaveau, mardi 3 mars 2015, Cyril Huvé joue :

Alexandre Scriabine

Préludes opus 9, 11 et 13

Etudes opus 8 n°2, n°12

Fantaisie opus 28 en si mineur

Sonate n°5

Masque opus 63

Etrangeté opus 63

Poème nocturne opus 61

Vers la flamme opus 72

Le récital commence par la Sonate funèbre opus 35 de Chopin.

Cyril Huvé vient de publier un nouveau cd chez Paraty : dédié à Franz Liszt (Carnet d’un Pèlerin, sur piano Steinweg 1875 : Sposalizio, Il Penseroso, Sonnet de Pétrarque, Après une lecture de Dante…).

Le pianiste Jean-Nicolas Diatkine à Gaveau

Diatkine jean nicolas piano gaveau JNDParis, Salle Gaveau, le 12 novembre 2014, 20h30. Récital Jean-Nicolas Diatkine, piano. Beethoven, Brahms, Ravel, Chopin marquent chacun un jalon dans les traversées intérieures que propose le pianiste Jean-Nicolas Diatkine. Dans la Vienne du premier romantisme, les Sonates pour piano de Beethoven font l’admiration des mélomanes : dans les salons de la bonne société où le décoratif et le moderne stimulent l’attrait pour l’élégance musicale, la personnalité de monsieur Ludwig Van Beethoven intrigue déjà. Victime de son succès fracassant, le compositeur pianiste regrette que bon nombre d’éditeurs publient sans son contrôle, de nombreuses transcriptions de ses oeuvres. La Sonate n°9 prend le contrecoup de cette usurpation organisée : Beethoven en écrit lui-même la transcription pour quatuor à cordes : dans sa conception même pour le piano, Ludwig y concentre et renouvelle dans le même temps le principe des 4 voix dialoguées (dans l’esprit facétieux, resserré, élégantissime du modèle pour tous, Haydn). Les 4 parties discutent et concertent sur le clavier avec une telle souplesse et vivacité que l’on pense à l’inverse : Beethoven n’aurait-il pas écrit d’abord le quatuor puis sa transcription pour le piano seul ?… Depuis la madrigal monteverdien, jamais le musique n’aura à ce point exprimer la volubilité concertante, le plaisir rare et d’un instant partagé, vécu à … quatre, comme l’emblème d’une conversation fraternelle… déjà se profile la fraternité de l’Hymne à la joie, composé effectivement 25 ans après.

A l’inverse, Brahms dans ses huit pièces de l’opus 76 se replie en une introspection féconde, d’une rare intériorité qui sait pourtant comme Sibelius, interroger le mystère de la nature, comme s’il s’agissait d’établir une secrète correspondance entre les élans de l’âme solitaire avec les phénomènes du cosmos. En références à Mendelssohn, le critique Hansslick, son champion, vivement remonté contre Wagner alors, y  parle de “Romances sans paroles” : plénitude expressive des notes, aussi puissantes que les mots du poète.

 

 

 

De la Structure à la Magie

Jean-Nicolas Diatkine à Gaveau

 

diatkine jean nicolas piano salle gaveauDans Gaspard de La Nuit, d’après les trois poèmes d’Aloysius Bertrand (1820), Ravel  ressuscite les mondes enchantés fantastiques du romantisme germanique le plus troublant. Jean-Nicolas Diatkine précise combien l’écriture filigranée et ciselée du musicien répond précisément au raffinement parfois délirant mais subjuguant du poème originel : “Soulignons seulement comment Ravel y  exprime le caractère diabolique du lutin Scarbo : Tout en se dilatant jusqu’ à devenir aussi grand qu’une cathédrale puis rétrécir et disparaître sous le lit, il émet toutes sortes de sons inquiétants auxquels se mêlent des caractères de danse hispaniques parfaitement reconnaissables. La féminité de ces rythmes diaboliques nous emmène  bien loin  de Méphistophélès tel que Liszt le conçoit dans sa valse du même nom, valse dont la virtuosité a pourtant certainement  influencé Ravel dans sa composition “, l’on ne saurait être plus sensible et ouvert à la puissante et féconde magie du miroitement poétique.

Diatkine jean nicolas piano salle gaveau diatkine jean nicolas ditakine pianiste 428589_jean-nicolas-diatkine-recital-de-piano-1_203319Le récital événement de Jean-Nicolas Diatkine se conclue par les Trois Mazurkas, et la Sonate N°3 op.58 de Frédéric Chopin dont on ne souligne pas assez l’intensité douloureuse parfois impétueuse et puissante de l’étoffe musicale : si Liszt brille et pavane, volontiers démonstratif et toujours très virtuose, surtout pendant sa période de récitaliste-, Frédérici Chopin tout en cultivant le murmure crépusculaire et les climats allusifs, exprime tout autant une étonnante force de détermination.  Jean-Nicolas Diatkine nous rappelle l’expression du compositeur, ici particulièrement emblématique : « La plume me brûle les doigts ». Le pianiste ajoute, pour conclure sa présentation du programme à Gaveau : “Laissons donc le dernier mot à Marcel Proust : « Les phrases au long col sinueux et démesuré de Chopin, si libres, si flexibles, si tactiles, qui commencent par chercher et essayer leur place en dehors et bien loin de la direction de leur départ, bien loin du point où on avait su espérer qu’atteindrait leur attouchement, et qui ne se jouent dans cet écart de fantaisie que pour revenir plus délibérément – d’un retour plus prémédité, avec plus de précision, comme sur un cristal qui résonnerait jusqu’à faire crier – vous frapper au cÅ“ur. »

Récital du pianiste Jean-Nicolas Diatkine. Paris, Salle Gaveau, mercredi 12 novembre 2014, 20h30.

Programme

Beethoven, Sonate N°9 op.14 N°1
Brahms, Huit pièces pour piano op.76
Ravel, Gaspard de la Nuit
Chopin, Trois Mazurkas, Sonate N°3 op.58

Jean-Nicolas Diatkine : en savoir plus

À lire et à écouter 

Critique musicale sur France Musique, émission « Changez de disque » : 
http://bit.ly/1lPndjQ
Interview de Jean-Nicolas Diatkine par Thierry Vagne: 
http://vagnethierry.fr/jean-nicolas-diatkine/ 
Vidéo du concert de Jean-Nicolas Diatkine du 5 décembre 2011, salle >
Gaveau: http://youtu.be/B-PQGZe_IGY
Son CD consacré à Liszt, Schumann & Bonet, est disponible sur 
Qobuz.com: http://bit.ly/131bciE
La page officielle facebook de JN Diatkine: https://www.facebook.com/jean.nicolas.diatkine.pianiste 

Discographie 

Beethoven : n° 21 en do Majeur, opus 53,Waldstein –  Robert Schumann : Carnaval, opus 9. Enregistrement 2012.   Franz Liszt : Sonate en si mineur - Robert Schumann : Kreisleriana - Narcis Bonet : Cincos Noturnos (Parnassié Editions 2007).  Sélection de Mélodies de Georges Bizet avec Zeger Vandersteene, ténor (Gents MuzikaalArchief 2006).  Les 16 Mélodies de Henri Duparc avec Zeger Vandersteene, ténor (Gents MuzikaalArchief 2005). 

 

Informations pratiques salle Gaveau 

Mercredi 12 novembre 2014 à 20h30
Salle Gaveau
45 rue de la Boétie
75008 Paris
Tarifs : 45 €, 35 €, 25 €, 15 €
Réservation : 01 49 53 05 07
www.sallegaveau.com 

Compte rendu, concert. Paris. Salle Gaveau, le 14 février 2014. Le mystère Bizet, de et par Eric-Emanuel Schmitt. Avec Karine Deshayes, mezzo soprano. Philippe Do, ténor. Nicolas Stavy, piano.

bizet_mystere_schmitt_theatre_operaCompte-rendu : Le Mystère Bizet … En près de deux heures, Eric-Emanuel Schmitt démêle la carrière d’un génie romantique français : Georges Bizet. Un génie précoce et trop prometteur, puis des aléas et beaucoup de compromis (malheureux ?), enfin l’accomplissement grâce à son dernier opéra (il était temps) : Carmen, coup de génie mais qui demeure de son vivant totalement incompris.
Il y a bien un mystère Bizet qui interroge surtout sa mort et donc réclame des éclaircissements … ce en quoi le déroulement du spectacle nous satisfait.
Georges qui vient de livrer l’Å“uvre de sa vie : Carmen, en 1875, son opéra le plus abouti et aussi le plus autobiographique, ne se remettra jamais d’une mauvaise baignade à Bougival. Il n’avait que 36 ans. Acte suicidaire manqué (à quelques jours de décalage cependant) ou assassinat astucieusement maquillé, nul le saura peut-être jamais, quoiqu’en dernier recours, – à l’extrême fin de la soirée, Eric Emmanuel Schmitt apporte en enquêteur zélé et passionnant, une pièce nouvelle au dossier : pièce maîtresse en vérité qui permet de comprendre le contexte sentimental dans lequel le compositeur a vécu ses derniers instants.

 

le dernier spectacle musical d’Eric-Emanuel Schmitt

Le mystère Bizet : Carmen… c’est moi !

 

Les deux heures de spectacle s’écoulent ainsi comme une évocation théâtrale et musicale plutôt bien rythmée, alternant récit et musique, que le piano de Nicolas Stavy (pas toujours à l’écoute réelle des chanteurs car il joue souvent trop fort) rehausse encore en jouant des Chants du Rhin (1865), L’Aurore et Le Retour… La musique de Bizet commence ici par une baignade pour finir comme un anéantissement liquide, en une évocation magistralement pilotée par l’écrivain comédien, avocat argumenté pour la défense du génial compositeur.
Après avoir été ce symphoniste inouï de 17 ans (Symphonie en ut) capable de dépasser son maître Gounod, Bizet poursuit à l’époque du Second Empire quand règne le comique déjanté d’Offenbach, une carrière parisienne plutôt chaotique, jalonnée d’Å“uvres souvent inégales (évoquées par extraits : Le docteur Mircale de 1857 ; La Jolie fille de Perth de 1867 …), surtout détruites par la compromission d’un esprit qui veut réussir et plaire. Pourtant ce que dévoile la soirée, tel un fil conducteur très bien identifié, c’est la quête d’une sensualité toujours plus immédiate et âpre à laquelle le mezzo velouté et de plus en plus assurée de Karine Deshayes offre son timbre rayonnant, sa présence ensorcelante jusqu’à incarner une Carmen d’une justesse exemplaire. Quelle cantatrice et quelle présence. Sans chichi, d’une sincérité admirable.

Des Adieux de l’hôtesse arabe (sur le poème de Victor Hugo), à Djamileh (1872), se profile et s’impose peu à peu, sur fond d’orientalisme, la figure de la femme libre et audacieuse, furieuse et passionnée, l’égal féminin de Don Giovanni : Carmen. Tout le spectacle prépare à comprendre ce qui fait la modernité et la grandeur philosophique du personnage inspiré de Mérimée… pas moins de cinq extraits (solos et duos) exprime la chair incandescente de cette femme monstrueusement humaine. Généreux dans son enquête, le récitant habité nous immerge même dans l’atelier de Bizet occupé à composer sa fameuse habanera ” l’amour est un enfant rebelle ” : inspiré par une mélodie originelle signée Sebastian Yradier ( El Arreglito), Bizet reprend, réécrit le texte pour accoucher d’un air à jamais universel : les deux versions comparée sont d’un apport éloquent. Bizet est bien comme le peintre Manet, ce passionné d’Espagne, au style franc, immédiat, d’une sensualité directe voire scandaleuse.

Accessible, précis, souvent drôle, le texte écrit par Eric-Emmanuel Schmitt compose le plus bel hommage rendu à Bizet. Son admiration pour Carmen s’expose en un playdoyer très argumenté qui nous fait prendre conscience de la sauvagerie fascinante d’une Å“uvre qui scandalisa par sa crudité. Doué d’une bel empathie, le charismatique écrivain nous fait aimer Carmen… une partition qui aurait pu être composée par Mozart sur un livret de Nietzsche. Et si à l’opéra, le seul véritable héros, digne de tous les éloges était une … femme ? L’art d’apprendre et de se divertir nous est ici révélé. A voir et à écouter de toute urgence. Brillant.

 

Paris. Salle Gaveau, le 14 février 2014. Le mystère Bizet, de et par Eric-Emanuel Schmitt. Avec Karine Deshayes, mezzo soprano. Philippe Do, ténor. Nicolas Stavy, piano.