Offenbach : Le Roi Carotte, 1872

offenbach-jacques-la-belel-helene-classiquenews-2015DOSSIER. Le Roi Carotte, opĂ©ra fĂ©erique de Jacques Offenbach. En intitulant son ouvrage fĂ©erique et fantastique appelĂ© Ă  un immense succès en partie grâce Ă  sa diversitĂ© formelle flamboyante (et coĂ»teuse) : Le Roi Carotte, Offenbach souligne l’Ĺ“uvre de la magie, celle de la sorcière, ennemi jurĂ© du hĂ©ros Fridolin. Ce Roi lĂ©gume a bien de l’aplomb : il incarne mĂŞme la figure du despote le plus haĂŻssable : le portrait satirique de tous les tyrans terrestres ? … L’ouvrage crĂ©Ă© au théâtre de la GaĂ®tĂ© le 15 janvier 1872 sous son titre d’opĂ©ra bouffe fĂ©erie ou d’opĂ©rette fĂ©erie est bien emblĂ©matique de l’engouement par le public parisien pour le rĂŞve et le loufoque dĂ©lirant, et dans le parcours d’Offenbach, de sa verve gĂ©niale dans le mĂ©lange des genres. Totalisant malgrĂ© le coĂ»t de sa production (6h de spectacle quand mĂŞme), près de 195 reprĂ©sentations, c’est un triomphe du boulevard. Pour sa première coopĂ©ration avec Offenbach, Sardou tenait absolument Ă  reprĂ©senter (en deux tableaux : les ruines actuelles / la citĂ© antique florissante) la PompĂ©i fastueuse d’avant l’irruption du VĂ©suve. C’Ă©tait sacrifier au goĂ»t spĂ©cifique des reconstitutions et du spectaculaire.

Le règne de la féerie

La composition de la musique et la collaboration avec Sardou sont interrompues par la guerre de 1870 : Offenbach se rĂ©fugie avec sa famille Ă  Etretat, et seul il part Ă  Bordeaux, Vienne et Milan. Mars 1871 : les deux compères reprennent la trame d’une fĂ©erie marquĂ©e de plus en plus par le signe du rythme, de la fantaisie et de la comĂ©die dĂ©lirante mais poĂ©tique. D’emblĂ©e les articles de presse qui annoncent la production comme un Ă©vĂ©nement de l’annĂ©e 1872, souligne le travail des dĂ©cors et le souci du spectaculaire fantaisiste.
A la crĂ©ation, toute la presse loue l’Ă©quilibre et la finesse règnant sur 6h d’Ă©blouissement visuel. Le public applaudit surtout les tableaux pompĂ©iens, la vivacitĂ© des Insectes, tableaux miraculeux en poĂ©sie et onirisme (prĂ©figurant L’Enfant et les sortilèges de Ravel), l’enchanteur Quiribibi (et ses “trucs” intĂ©grĂ©s dans l’action, c’est Ă  dire ses tours authentiques de magie), le duo du prince et de la princesse CunĂ©gonde, la kermesse et surtout sa farandole, le pays des singes… sans omettre le quatuor des ruines de Pompei (digne de Donizetti), la rondes colporteurs, le final des armures…

offenbachRoi de la finesse et de la subtilitĂ© (ce qu’on oublie souvent dans les productions actuelles), Offenbach mĂŞle mĂ©lancolie ou lĂ©gèretĂ© (comme Mozart : et d’ailleurs ne l’appelait-on pas le petit Mozart des boulevards): chansons populaire Ă  succès, duos enivrĂ©s, ensembles fiĂ©vreux, grand opĂ©ra et comĂ©die, Offenbach rĂ©ussit tout en mĂ©langeant ses composantes avec une habiletĂ© stupĂ©fiante. C’est le vrai pari des spectacles modernes que d’exprimer cette caractĂ©ristique importante de son style : variĂ©tĂ©, raffinement, profondeur. Car il n’est pas facile Ă  travers cette fĂ©erie qui ne cesse de multiplier effets et tableaux oniriques de maintenir la malice, la facĂ©tie, la vraisemblance sans tomber dans la caricature. Tous ses personnages mĂŞme esquissĂ©s rapidement dans une succession d’Ă©pisodes fĂ©eriques rĂ©clame de la finesse et de la profondeur : comment exprimer le profil loyal de la princesse RosĂ©e du soir, celui de Robin-Luron, le gĂ©nie protecteur de Fridolin, etc… Un dĂ©fi pour les interprètes et les metteurs en scène. Jusqu’Ă  l’acte II, l’action se passe autour ou dans la cour d’un château ; puis Ă  partir de l’intervention du mage Quiribibi, les Ă©pisodes se diversifient de façon spectaculaire : les deux tableaux de Pompei (surtout la reconstitution de la citĂ© romaine florissante, vĂ©ritable point d’orgue de l’acte II), puis la forĂŞt sombre, le dĂ©filĂ© des insectes, l’Ă®le des singes, le dĂ©sert, enfin la rĂ©volte finale et le triomphe de Fridolin, hĂ©ros Ă©prouvĂ© mais rĂ©compensĂ©.

Le Roi Carotte, synopsis

Acte Ier

La brasserie, premier tableau. AccompagnĂ© de ses ministres incompĂ©tents, le prince Fridolin visite incognito son royaume. Le prince frivole s’apprĂŞte Ă  Ă©pouser la princesse CunĂ©gonde, Ă  qui est promise une belle dot d’autant bienvenue qu’il est ruinĂ©. Dans une brasserie oĂą des Ă©tudiants fĂŞtent leurs pĂ©cules, Robin-Luron, un gĂ©nie, paraĂ®t sous l’aspect d’un Ă©tudiant. Il offre Ă  Fridolin une somme importante d’argent pour les vieilles armures conservĂ©es au château. Fridolin accepte. Robin-Luron annonce l’arrivĂ©e de sa promise dĂ©guisĂ©e incognito, sous les traits d’une bonne amie. Devant la description que Fridolin fait de lui-mĂŞme, la princesse CunĂ©gonde accepte de l’Ă©pouser. Pour enterrer sa vie de garçon, Fridolin invite les Ă©tudiants Ă  une petite sauterie dans la salle des armures du vieux-palais royal.

Rosée-du-Soir. Deuxième tableau. Dans le grenier d’une tour du vieux palais, la princesse Rosée-du-Soir rêve de Fridolin. La sorcière Coloquinte la retient prisonnière. grâce à un petit peloton de soie, le génie Robin-Luron lui permet d’échapper à sa captivité. Mais la sorcière Coloquinte les surprend : le geôlière pactise avec le génie : elle détrônera Fridolin, prince « paresseux, léger, libertin ».

Les Ă©tudiants accompagnĂ©s de Fridolin, Robin-Luron, Truck et Pipertrunck entrent dans la salle des armures et, alors qu’ils boivent moquant les armures, celles-ci s’animent par magie et insultent Fridolin qui s’enfuit immĂ©diatement avec ses invitĂ©s.
Les conjurations de Coloquinte. Pendant ce temps, Coloquinte qui a retrouvĂ© sa baguette de magicienne entend se venger de Fridolin (le fils de celui qui l’avait vaincue) : elle enchante le jardin potager royal et donne vie aux carottes, radis, betteraves, navets… C’est l’armĂ©e des lĂ©gumes.

Devant la Cour rĂ©unie en grande pompe, CunĂ©gonde attend son prince ; lequel paraĂ®t non sans retard : il s’apprĂŞte Ă  lui proposer une valse quand des invitĂ©s surprise se font entendre : c’est le Roi Carotte et sa suit dont la sorcière Coloquinte. EnvoĂ»tĂ©s par Coloquinte, les courtisans acclament le Roi carotte qui est reconnu comme leur nouveau souverain : Fridolin dont la tĂŞte est mise Ă  prix, doit fuir, accompagnĂ© par les armures vivantes, Robin-Luron et de Truck.

Acte II
La Farandole, premier tableau. Dans la cour d’une hĂ´tellerie, Fridolin, Robin-Luron et Truck se cachent, aidĂ©s de la princesse RosĂ©e-du-Soir (dĂ©guisĂ©e en page) : par amour, elle vient se mettre aux ordres de Fridolin. Tous fuient lorsque paraissent les ministres Koffre, Pipertrunck, Trac et des soldats qui viennent arrĂŞter Fridolin. Robin-Luron les attaquent en suscitant une farandole enragĂ©e : soldats et ministres s’Ă©chappent vaincus, mais Pipertrunck se rallie Ă  Fridolin.

Quiribibi, second tableau.
Robin-Luron emmène Fridolin et ses alliĂ©s chez l’enchanteur Quiribibi. Ce dernier les invite Ă  recourir au « talisman des talismans » : « l’Anneau de Salomon » qui se trouve Ă  PompĂ©i, chez un soldat romain, « qui s’en Ă©tait emparĂ© Ă  la prise de JĂ©rusalem » et qui eut « la fatale idĂ©e de s’arrĂŞter Ă  PompĂ©i, le jour mĂŞme de l’éruption ». Pour rejoindre PompĂ©i quelques heures avant l’irruption du VĂ©suve, Quiribibi utilise une petite lampe antique et magique.

Les ruines de Pompeï, troisième tableau.
A Pompei, les ruines leur inspirent le respect ; puis Robin-Luron sollicite le gĂ©nie de la lampe antique pour faire apparaĂ®tre Pompei Ă  l’Ă©poque de sa splendeur romaine. ImmĂ©diatement, par un effet spectaculaire, la scène ressuscite le bouillonnement urbain de la citĂ© antique romaine. Les visiteurs « modernes » s’emparent de l’anneau de fer, Fridolin invoque le « Djinn de Salomon » pour Ă©chapper Ă  la colère des pompĂ©iens, laquelle s’estompe bientĂ´t Ă  mesure que gronde le VĂ©suve….

Acte III
L’anneau de Salomon, premier tableau. Le Roi Carotte fait rĂ©gner la terreur dans son château : Robin-Luron, RosĂ©e-du-Soir, Truck et Pipertrunck dĂ©guisĂ©s en colporteurs, lui prĂ©sentent une Ă©toffe qui n’est « visible que pour les honnĂŞtes gens ». CunĂ©gonde avertit le Roi Carotte du retour dans la place de Fridolin qui grâce Ă  son anneau magique est prĂŞt Ă  reprendre la couronne : le Roi Carotte paniquĂ© s’enfuit avec sa suite. DĂ©guisĂ© en oiseau, Fridolin peut admirer CunĂ©guonde qui s’empare de l’anneau, le donne Ă  Coloquinte. La sorcière aurait envoĂ»tĂ© le prince trop naĂŻf s’il n’Ă©tait son bon gĂ©nie Robin-Luron pour le dĂ©fendre.

Le trèfle à quatre feuilles, deuxième tableau.
Dans une forĂŞt sombre, RosĂ©e-du-Soir grâce Ă  Robin-Luronpeut formuler 4 vĹ“ux : elle rejoint ainsi Fridolin chez les fourmis (troisième tableau dit des insectes) : dans la fourmilière oĂą ils Ă©taient maintenus captifs, Fridolin et Truck sont dĂ©livrĂ©s grâce Ă  l’intervention de Robin-Luron et de RosĂ©e-du-Soir. Pour la fĂŞte du printemps, tous les insectes dĂ©filent. Le dĂ©filĂ© s’achève, les abeilles capturent Coloquinte. Nos hĂ©ros accompagnant Fridolin le vainqueur s’Ă©chappent alors, grâce au char de la reine des abeilles qui les emmène jusqu’Ă  l’Ă®le des Singes.

Acte IV
Les Singes, premier tableau. Ayant utilisĂ© l’une des feuilles de son trèfle magique, RosĂ©e-du-Soir sauve Fridolin qui lui dĂ©clare sa flamme alors que Truck au milieu des singes tente de s’en prĂ©server. Mais Fridolin doit capturer le roi des singes pour l’utiliser contre le Roi Carotte. Le Roi des singes est capturĂ© dans une malle.

Le Désert, deuxième tableau. Mais la sorcière Coloquinte transforme le paysage en désert. Fridolin et Rosée-du-Soir, assoiffés, sont pétrifiés par la sorcière; heureusement pas rancunier, le Roi des singes les rend à la vie. Ils partent pour Krokodyne.

Une salle du Palais de Carotte, troisième tableau. Dans le palais du Roi Carotte, c’est la dĂ©bandade. Les ministres dĂ©noncent le Roi au peuple de plus en plus mĂ©content.

La révolte, quatrième tableau. Fridolin, Robin-Luron, Rosée-du-Soir et Truck déguisés en musiciens ambulants, observent la révolte du peuple, écrasé par les impôts dans un pays en déroute. Police, ministres et armée se joignent au peuple qui acclame à présent Fridolin, accueilli comme un sauveur. Le Roi Carotte est vaincu : il est terrassé par Robin-Luron et reprend sa forme de légume carotte. Dernier tableau : te triomphe de Fridolin. Sous les acclamations du peuple, Fridolin demande la main de Rosée-du-Soir et renvoie la princesse Cunégonde chez son père.

Nouvelle production du Roi Carotte Ă  Lyon

Lyon roi carotte offenabch opera presentation annonce classiquenews opera-spectacles-800x450-v210Lyon, Opéra. Offenbach: Le Roi Carotte, du 12 décembre 2015 au 1er janvier 2016. Féerie mozartienne. A la source du Roi Carotte, Offenbach s’inspire du conte fantastique d’Hoffmann, Klein Zaches, genannt Zinnober (Petit Zaches, surnommé Cinabre), héros hideux transformé par une fée en beau jeune homme… le compositeur reprendra d’ailleurs dans ses Contes d’Hoffmann la fameuse chanson de Kleinzach au début de l’ouvrage…

offenbachAprès le traumatisme de la guerre de 1970, déchirure profonde pour l’identité française, vaincue avec les conséquences à venir que l’on sait, Offenbach répond au besoin d’insouciance et de plaisir dont les spectateurs expriment le besoin. La magie, le mélange des genres, la féerie comme l’ivresse amoureuse, l’élan juvénile comme la gravité tragique. Dans cette tendance, le théâtre en France renoue avec une richesse formelle qui permet de nouvelles expériences poétiques.  Offenbach et Victorien Sardou (librettiste de Tosca et de Madame Sans Gêne) élaborent ainsi Le Roi Carotte dont l’invention fantasque et loufoque mais si onirique suscite immédiatement un triomphe dès sa création en janvier 1872.  L’acte II et sa reconstitution de la Pompéi antique et romaine flamboyante, l’île des Singes, la fourmilière, le potager magique, le char de la reine des abeilles,… sont autant d’épisodes hauts en couleurs et en péripéties, au cours desquels le jeune roi en devenir Fridolin apprend son métier et surtout reconnaît qui le soutient par loyauté, Ribon-Luron son bon génie et la belle princesse d’abord minimisée : Rosée du soir…

Paris, Londres, New York et Vienne assurent à l’ouvrage une reconnaissance européenne et mondiale. Mais ce délire visuel et scénographie impose des coûts pharaoniques qui emportent finalement le spectacle : malgré son triomphe, la production est retirée de l’affiche mais après une carrière très honorable qui en fait l’un des grands succès du boulevard.

résumé de l’action 

Saga à la star wars avant l’heure… Le Roi Carotte associe féerie et délire narratif, à la façon de Jules Verne ou d’Alexandre Dumas. Offenbach aime à varier les épisodes, les climats, les situations : toujours il s’agit de la lutte pour le pouvoir, celle qui oppose principalement la sorcière Coloquinte contre le jeune prince Fridolin. Chacun soutient les affrontés selon ses intérêts (masqués) : Cunéguonde sert les intérêts de la magicienne quand le génie Robin-Luron puis le mage Quiribibi soutiennent plutôt Fridolin. A travers les péripétie et obstacles en tous genres, surgit des figures complices ou fantasques : la princesse Rosée du soir (véritable amie pour Fridolin) ou ce Roi Carotte, né de l’enchantement créé par Coloquinte : roi de représentation qui fait les frais de la guerre qui se joue… Au coeur de cette féerie unique dan sl’histoire de la scène lyrique française, le tableau de Pompei (avant l’irruption du Vésuve !) à l’acte II.

Le Roi Carotte de Jacques Offenbach à l’Opéra de Lyon
Opéra-bouffe-féerie en 3 actes, 1872
Livret de Victorien Sardou d’après un conte d’Hoffmann
En français – nouvelle production

9 représentationsboutonreservation
Les 12, 14, 16, 18, 21, 23, 27, 29 décembre 2015 et 1er janvier 2016
3h30mn

Victor Aviat, direction
Laurent Pelly, mise en scène
Yann Beuron, Fridolin XXIV
Jean-SĂ©bastien Bou, Piepertrunk
Felicity Lott, la sorcière Coloquinte
…

APPROFONDIR : Dossier spécial Le Roi Carotte de Jacques Offenbach

offenbach-jacques-la-belel-helene-classiquenews-2015DOSSIER. Le Roi Carotte, opéra féerique de Jacques Offenbach. En intitulant son ouvrage féerique et fantastique appelé à un immense succès en partie grâce à sa diversité formelle flamboyante (et coûteuse) : Le Roi Carotte, Offenbach souligne l’œuvre de la magie, celle de la sorcière, ennemi juré du héros Fridolin. Ce Roi légume a bien de l’aplomb : il incarne même la figure du despote le plus haïssable : le portrait satirique de tous les tyrans terrestres ? … L’ouvrage créé au théâtre de la Gaîté le 15 janvier 1872 sous son titre d’opéra bouffe féerie ou d’opérette féerie est bien emblématique de l’engouement par le public parisien pour le rêve et le loufoque délirant, et dans le parcours d’Offenbach, de sa verve géniale dans le mélange des genres. Totalisant malgré le coût de sa production (6h de spectacle quand même), près de 195 représentations, c’est un triomphe du boulevard. Pour sa première coopération avec Offenbach, Sardou tenait absolument à représenter (en deux tableaux : les ruines actuelles / la cité antique florissante) la Pompéi fastueuse d’avant l’irruption du Vésuve. C’était sacrifier au goût spécifique des reconstitutions et du spectaculaire. LIRE le dossier complet  Le Roi Carotte.