CRITIQUE, cd événement. Benoît BABEL : Les deux Couperin. Louis Couperin (1626 – 1661), François Couperin (1668 – 1733) – (1 cd PARATY records)

babel-benoit-cd-louis-francois-couperin-cd-paraty-critique-review-cd-classiquenews-clic-de-classiquenewsCRITIQUE, cd événement. Benoît BABEL : Les deux Couperin. Louis Couperin (1626 – 1661), François Couperin (1668 – 1733) – (1 cd PARATY records)   -   Décédé à 35 ans (en 1661), Louis est une comète qui marque le XVIIè par sa fulgurance ici magnifiquement solennelle, enflammée, douloureuse : le jeu tout en profondeur, articulation, retenue mais grande intensité de Benoît Babel restitue de Louis, sa prodigieuse invention ; sa couleur éloquente et mystérieuse ; lui que Louis XIV reconnut comme virtuose maniant… l’archet (pardessus de viole de la Chambre) ; ses œuvres dont ici enchaînées, les 6 Pièces en la et les 5 pièces en ré, n’on jamais été publiées ; il était plus que légitime de les jouer en en mesurant toutes les facettes contradictoires du génie poétique.
A la gravitas de Louis, sa poésie soyeuse et sombre (superbe Prélude initial « à l’imitation de M. Froberger ») répond celle plus enjouée, donc XVIIIè, profuse et virtuose de François né en 1668 ; avant Rameau, réactulisant la vivacité critique de l’observateur Saint-Simon mais avec l’esprit pointu voire pointilleux, François Couperin aime brosser le portrait de ses contemporains avec une facétie parfois insolente voire parodique ; le jeu distingue tous les détails et ornements, nuances et effets émaillant les manuscrits autographes d’un auteur hanté par l’exactitude. « Sans augmentation ni diminution », chaque pièce doit être strictement respectueuse des annotations (innombrables) du compositeur : un défi pour l’interprète que le piège de la stricte révérence agogique pourrait assécher, mécaniser, technologiser.

clavecin-benoit-babel-louis-francois-couperin-cd-paraty-critique-entretien-classiquenews-clic-de-classiquenews-critique-cd-reviewPour donner de l’âme à une musique abordée soit comme trop brillante soit comme exclusivement métronomique, Benoît Babel choisit un clavecin copie de 2006 d’un original datée de 1667 (et conservé à Boston) : « cordage en laiton et accents italiens qui en résultent ». Son caractère ainsi identifié contraste derechef avec un énième franco-flamand du XVIIIè : le choix s’avère pertinent ; il renforce la couleur « française » de celui qui incarne idéalement les goûts réunis, tout en soulignant l’étonnante continuité de Louis à François, dans le sens du tempérament poétique et de l’invention juste et sincère. La clarté polyphonique sert admirablement le discours de Louis comme la volubilité de François, toujours habile portraitiste, évocateur pertinent.

 

 

Louis & François
Les Couperin sublimés par Benoît Babel

 

 

Chez Louis le raffinement harmonique comme l’éloquence articulée, presque linguistique du clavier imprime aux Pièces structurées en suite de danses, un panache, un mordant dans l’élégance qui convainc : noblesse de l’Allemande ; franchise de La Piémontaise (aux harmonies improbables) ; chant nostalgique et tout à fait tranquille des deux Sarabandes (Pièces en la) ; caractère des Canaries ; rondeur suspendue, enchantée des deux Chaconnes, la seconde énoncée comme un questionnement intime (Pièces en ré).
François rayonne par une imagination qui atteint le prodige, tant la variété des couleurs, le nuancier millimétré des accents, l’euphorie rythmique (tendresse féerique, enivrante de « tic-toc-choc ») aussi témoignent d’une acuité suggestive hors normes ; un tel raffinement exprime la sensibilité du second Couperin, orfèvre des moindres inflexions sonores ; de « La Zénobie », aux « Grâces naturelles », de « L’Arlequine » à la sophistication ornementée de « La Verneuil », sans omettre la vitalité bavarde du « Turbulent »… ou la pudeur presque doloriste de « L’attendrissante » ; c’est une galerie de portraits d’une finesse inédite ; un labyrinthe aux connotations cachées aussi qui se dérobe sous la vivacité virtuose ou …la charge facétieuse voire délirante (« les vieleux et CLIC D'OR macaron 200les gueux », « Les invalides »…) ; l’enchaînement est pertinent ; il souligne indirectement la parenté du « Dodo ou l’amour au berceau » avec « Les barricades mystérieuses » ; le jeu est aussi analytique que souple et naturel, permettant à tous les champs harmoniques et mélodiques de se déployer dans un jeu contrapuntique des mieux articulés, d’une justesse de ton superlative. Superbe réalisation.

 

  

 

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CRITIQUE, cd événement. Benoît BABEL : Les deux Couperin. Louis Couperin (1626 – 1661), François Couperin (1668 – 1733) – (1 cd PARATY records) – enregistré en avril 2021 (Nièvre). CLIC de CLASSIQUENEWS été 2022.

 

  

  

 

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LIRE notre entretien avec Benoit BABEL à propos de son cd Louis et François COUPERIN (1 cd PARATY records)   -

Louis-François-Couperin-300x300GRAND ENTRETIEN : BENOIT BABEL joue Louis et François Couperin (nouveau cd Paraty, printemps 2022). Pour PARATY, le claveciniste Benoît BABEL qui nous avait tant convaincu à la tête de son ensemble Zaïs dans un premier disque très original, dédié à Rameau et Haendel, sort en juin 2022, un nouvel enregistrement, seul, comme claveciniste. Jouant son propre instrument, Benoît Babel explore les mondes imaginaires des Couperin, oncle et neveu. 2 tempéraments baroques dont l’intensité et l’expressivité inspirent un programme abouti, personnel, particulièrement saisissant. Louis c’est le feu, l’impatience à peine développée à cause d’une vie fauchée trop tôt ; François son neveu exalte comme personne avant lui, les vertus des « Goûts Réunis » ; les deux sont inspirés par un sens de l’économie, de la poésie, de la danse aussi, surtout… Entretien exclusif avec Benoît Babel à propos de Louis et de François Couperin.

 

  

  

 

GRAND ENTRETIEN : BENOIT BABEL joue Louis et François Couperin (nouveau cd Paraty, printemps 2022)

Louis-François-Couperin-300x300GRAND ENTRETIEN : BENOIT BABEL joue Louis et François Couperin (nouveau cd Paraty, printemps 2022). Pour PARATY, le claveciniste Benoît BABEL qui nous avait tant convaincu à la tête de son ensemble Zaïs dans un premier disque très original, dédié à Rameau et Haendel, sort en juin 2022, un nouvel enregistrement, seul, comme claveciniste. Jouant son propre instrument, Benoît Babel explore les mondes imaginaires des Couperin, oncle et neveu. 2 tempéraments baroques dont l’intensité et l’expressivité inspirent un programme abouti, personnel, particulièrement saisissant. Louis c’est le feu, l’impatience à peine développée à cause d’une vie fauchée trop tôt ; François son neveu exalte comme personne avant lui, les vertus des « Goûts Réunis » ; les deux sont inspirés par un sens de l’économie, de la poésie, de la danse aussi, surtout… Entretien exclusif avec Benoît Babel à propos de Louis et de François Couperin.

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CLASSIQUENEWS : Le fait de jouer en un même programme les œuvres des deux Couperin dévoile-t-il les caractères distinctifs ou les éléments communs entre Louis et François ? Lesquels justement.

Benoit-Babel-300x200Benoît BABEL : La première raison qui m’a fait choisir de jouer ces deux compositeurs est très simple : j’aime leur musique. Je n’ai pas souhaité dans ce programme démontrer une filiation, une continuité de style, pour la simple raison qu’il n’en existe pas. Louis et François Couperin n’appartiennent pas à la même époque. S’ils ne portaient pas le même nom, ces deux compositeurs seraient étrangers l’un à l’autre à nos yeux d’aujourd’hui. Néanmoins, outre leur lien du sang, ils ont en commun de symboliser une forme d’idéal dans leur genre, deux personnalités musicales suffisamment fortes et innovantes pour marquer de leur talent une étape dans la composition et la manière de faire sonner un instrument. Tous deux étaient à mes yeux des esprits curieux, arrivant à capter le meilleur de leur temps et des autres compositeurs pour se l’approprier dans leur langage musical.

Chez Louis Couperin, la danse et le mouvement sont dans son ADN. Il maîtrise également parfaitement les règles de la polyphonie, du contrepoint et de l’écriture en imitation. On retrouve également dans son œuvre un élément fondamental de la période baroque : le plaisir du son, des couleurs et des contrastes. J’imagine un jeune homme brillant et modeste qui ne tombe jamais dans la facilité et qui a une approche intuitive de la composition. Ses pièces les plus simples “chantent” toujours. Il sait jouer des enchaînements harmoniques, être méditatif ou plein de fougue.

François Couperin, dont la vie fut plus longue que celle de son oncle (Louis mourut à 35 ans, son neveu à l’âge de 65 ans), eut le temps de pousser plus loin son esprit curieux et précis. Son temps était celui de la diffusion des savoirs, ses responsabilités à la Cour lui permirent d’acquérir une solide réputation d’interprète, de compositeur et de pédagogue. Sa musique fait indéniablement preuve d’une inventivité remarquable et de toute évidence, d’un sens du détail inégalé. François Couperin se donna bien des peines pour éditer ses compositions et les écrire suffisamment précisément pour qu’elles soient jouées avec fidélité par le public. Chez François aussi, la danse et la mise en musique du mouvement sont un élément essentiel de son langage musical. À cela s’ajoute une recherche poussée de la technique de jeu du clavier (palette d’articulations et d’ornements, virtuosité, style luthé, etc…)
J’ai sélectionné les pièces de ces deux compositeurs de manière à tracer un chemin musical d’une heure, qui doit idéalement s’écouter d’une seule traite.

 

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CLASSIQUENEWS : Pour chacun, quelle œuvre vous paraît-elle particulièrement représentative ? Pour quelles raisons ?

BENOIT BABEL : Question difficile car exclusive, les deux Couperin nous ont laissé des pièces si contrastées !

Pour Louis Couperin, je sélectionnerais la première piste de l’album, le “prélude à l’imitation de Monsieur Froberger”. Ce prélude dit “non-mesuré” est en trois parties : une partie justement “non-mesurée”, une partie centrale bien mesurée, sorte de fugue dansante, et une troisième partie “non-mesurée”. Cette longue pièce introductive est une citation d’une toccata d’un grand maître du 17ème siècle : Johann Jacob Froberger (1616-1667). Ces parties “non-mesurées” sont belles à voir sur une partition : seules des rondes sont notées, plus ou moins espacées ou regroupées, sans barre de mesure, sans rythme. Seules quelques lignes ou liaisons plus ou moins approximatives nous indiquent parfois qu’il faut tenir certaines notes ou les regrouper. L’intention est évidente : tenter de traduire sur le papier une improvisation, un jeu spontané, un exercice de style libre où l’on explore les harmonies, les formules, l’étendue du clavier. C’est typiquement le genre de pièce que l’on joue pour laisser son oreille se porter sur le son, le timbre d’un instrument et l’explorer.

Pour François Couperin, je choisirais le Turbulent, pièce en fa majeur du Troisième Livre. C’est pour moi une pièce pleine d’esprit et d’humour. Pour le dire familièrement, elle porte bien son nom. La battue est à 2/4 dans la première partie et à 6/8 dans la seconde. J’imagine sans peine un enfant qui ne tient pas en place, qui va à droite, à gauche, qui court et qui s’arrête, qu’on a du mal à saisir et à faire tenir en place. C’est une pièce assez virtuose pour la précision d’exécution qu’elle demande et qui nécessite en même temps un détachement et une légèreté dans l’interprétation. Cet alliage de précision et de détachement est pour moi la difficulté principale de la musique de Couperin. À vouloir trop bien faire et avec minutie les détails de cette musique, on peut parfois en perdre la ligne, le souffle, le caractère. Je dis souvent à mes élèves de ne pas hésiter à enlever un ornement qui les entrave et pour lequel on ne trouve pas de solution technique. Après tout, si un ornement n’orne plus, autant l’enlever et retrouver la fraîcheur d’une phrase musicale ! Mais rassurez-vous, ma version est urtext ; et tous les ornements de Couperin sont bien présents de mon album.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : En quoi l’instrument que vous avez choisi permet-il cette confrontation / ce dialogue entre les deux compositeurs / entre leurs deux univers ?

BENOIT BABEL : C’est un instrument vraiment particulier que j’ai la chance de posséder depuis plus de dix ans. J’avais eu un coup de foudre pour ce petit clavecin plein de caractère que j’avais entendu sous les doigts d’Olivier Baumont et de Laurent Stewart. Il devait même être joué par Gustav Leonhardt mais hélas ce concert fut annulé… Mais il ne sonne plus comme au début ! Bien-sûr, il a “mûri” à force d’être joué. Puis nous avons changé le diapason, les cordes, l’harmonisation … et il a enfin reçu sa peinture intérieure de couvercle en 2020, travail remarquable de Florence Humeau. Tout était donc prêt, il ne manquait plus qu’à l’enregistrer. Je me permets d’inviter les lecteurs à aller consulter le livret du CD, dans lequel le facteur, Guillaume Rebinguet Sudre, donne de nombreuses informations sur les détails de la structure de cet instrument et ces spécificités. À ma connaissance, il n’y a pas d’autre copie de cet instrument en France, et très peu dans le monde. L’original daté de 1667, se trouve actuellement à Boston.

C’est un instrument qui réunit plusieurs esthétiques, françaises, italiennes et flamandes. Il a des aigus chantants et des basses précises. Son médium est bien présent également, ce qui permet d’obtenir une grande clarté pour les pièces polyphoniques. Son timbre convient aussi bien à Frescobaldi qu’à Byrd. En somme, tout le répertoire 17ème sonne sur cet instrument.
Il m’a semblé intéressant de jouer quelques pièces de François Couperin sur ce clavecin pour proposer une esthétique sonore un peu différente de celle que l’on entend habituellement pour ce répertoire. En effet, on a coutume de jouer François Couperin sur des clavecins plus gros, comme ceux de Blanchet, Taskin, ou des instruments du 17ème qui ont subi un agrandissement au 18ème siècle, que l’on nomme “ravalement”. Hors François Couperin étant né en 1668, il a connu, joué, entendu dans sa jeunesse des instruments similaires à celui que je joue ici. L’esthétique d’un compositeur étant plutôt la somme des timbres qu’il a pu entendre toute sa vie, il m’a semblé intéressant de faire entendre cette musique sur un instrument qui peut sembler un peu “archaïque” pour ce répertoire, mais qui je trouve, est très convaincant ; avec en plus le tempérament très inégal que nous avons réalisé.

 

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CLASSIQUENEWS : Sur le plan technique quels sont les défis majeurs pour jouer les deux compositeurs ?

BENOIT BABEL : Pour être très pragmatique, il y a beaucoup, beaucoup d’ornements. Comme François Couperin est très précis dans ses indications, il faut porter une attention particulière au texte. Le toucher doit être précis et souple. Le choix des tempi est important aussi, il faut donner du mouvement sans précipitation mais sans immobilisme non plus. On est toujours un peu sur le fil dans ce répertoire. Tel un funambule on doit jongler entre la détente, la vigueur, le mouvement, la vocalité. S’approprier les caractères si contrastés des pièces demande un investissement total et une présence musicale constante. On ne peut pas jouer cette musique en “pilotage automatique”, sinon, quel ennui !
Comme les pièces sont généralement courtes, on n’a pas le temps de profiter du développement de la musique pour trouver le caractère. Il faut le donner tout de suite, dès la première note.

D’un point de vue de l’écriture musicale, la musique des Couperin, particulièrement François, est un assemblage de cellules, petites phrases, formules inventives. Cela donne l’impression d’une juxtaposition d’effets, tout le contraire des grands développements de phrase que l’on connaît chez J. S. Bach. Le piège, il me semble est de tomber dans une sorte de maniérisme de jeu. J’ai tâché d’interpréter comme je le ressens, sans rubato maniéré ou effets exagérés.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : A travers les œuvres choisies, quelle image vous faîtes-vous de Louis et de François Couperin ?

BENOIT BABEL : J’imagine que François Couperin était un travailleur, un homme exigeant, conscient de ses qualités et de son talent. Il ne rechignait probablement pas à la reconnaissance et à la lumière. Mais sans illusion, il reste lucide et philosophe à l’approche de la mort, puisqu’il écrit dans la préface de son Quatrième Livre de pièces de clavecin : ” j’espère que ma famille trouvera dans mes portefeuilles de quoi me faire regretter, si les regrets servent à quelque chose après la vie ; mais il faut du moins avoir cette idée pour tâcher de mériter une immortalité chimérique où presque tous les hommes aspirent”. On le sait, il était également soucieux de la transmission de son savoir dans un esprit didactique et pédagogique. Ce n’était pas un artiste de clan, de chapelle, qui s’imaginait faire tout mieux que tout le monde. Il est mort trop tôt pour assister à la querelle des bouffons des années 1750, mais il n’a eu de cesse de conjuguer l’esprit et le style des grands maîtres français et italiens en construisant l’union des nations musicales grâce à son concept des “Gouts-réunis” et des Apothéoses de Lully (le plus italien des grands maîtres français) et de Corelli.

Louis-François-Couperin-300x300De Louis Couperin, nous n’avons que peu de documents nous permettant de retracer son parcours et de dresser un portrait fidèle du personnage. Ce qui m’a toujours interpelé dans sa musique c’est l’intensité, la force du discours musical. Il y a un feu qui brûle, presque une impatience. De manière tout à fait subjective, j’imagine un jeune homme brillant, sensible, modeste et désireux d’apprendre de ses maîtres, à la recherche du meilleur sans jamais tomber dans la flatterie de l’auditeur. Si son existence ne fut pas si brève, il aurait pu devenir le grand musicien français du 17ème siècle français. Il est de ces musiciens dont les œuvres qui ont survécu, font fantasmer celles qu’il n’a jamais écrites ou publiées.

Propos recueillis en juin 2022
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CLIC D'OR macaron 200CD événement : Louis et François COUPERIN : Benoît BABEL,babel-benoit-cd-louis-francois-couperin-cd-paraty-critique-review-cd-classiquenews-clic-de-classiquenews clavecin (1 cd PARATY) – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps été 2022 – LIRE notre critique complète dans le mag cd dvd livres de classiquenews / lien direct vers la critique ici : http://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-benoit-babel-les-deux-couperin-louis-couperin-1626-1661-francois-couperin-1668-1733-1-cd-paraty-records/… “François rayonne par une imagination qui atteint le prodige, tant la variété des couleurs, le nuancier millimétré des accents, l’euphorie rythmique (tendresse féerique, enivrante de « tic-toc-choc ») aussi témoignent d’une acuité suggestive hors normes ; un tel raffinement exprime la sensibilité du second Couperin, orfèvre des moindres inflexions sonores”…

 

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VISITEZ le site de Benoît BABEL
https://www.benoitbabel.com/

 

 

TEASER vidéo : Benoit Babel joue Louis et François COUPERIN

 

 

 

 

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VOIR aussi ENSEMBLE ZAÏS / Benoît Babel : La Forqueray – Rameau
Journées musicales d’Automne, Souvigny, France

https://www.youtube.com/watch?v=NfsW15BbVq8

 

 

 

 

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Autre CD de Benoît Babel : Rameau & Handel / Zaïs (Paraty, oct 2014) – CLIC de CLASSIQUENEWS :
PARATY rameau handel babel benoit zais concertos pieces pour clavecin et orgueD’abord au service du premier Concerto pour orgue de Haendel (HWV 309), la gravité (couleurs sombres d’un lugubre solennel grâce aux bassons vrombissants) de l’Adagio & organo ad libitum captive dès le début ; la précision mordante, -pulsionnellement pertinente de l’Allegro qui suit montre à quel point la musicalité rayonnante de l’ensemble Zaïs (Benoît Babel, direction) sait s’affirmer avec une exceptionnelle volupté assurée, complice à chaque mesure de l’orgue bordelais, royal, et même impérial dans sa démesure réellement impressionnante.

https://www.classiquenews.com/cd-rameau-handel-concertos-pour-orgue-pieces-pour-clavecin-zais-paul-goussot-paraty-2013/

 

 

 

 

Les Concerts Royaux : bilan discographique

couperin francois-bio_0 vignette classiquenewsFRANCE MUSIQUE. Dim 29 mai 2022, 16h. Couperin : Concert royaux, bilan discographique. La Tribune des critiques de disques. Pour chaque dimanche à Versailles, Couperin satisfait le plaisir de Louis XIV, grand amateur de « petits concerts de chambre » : la fin du grand siècle, s’accomplit ainsi à l’heure dominicale, en 1714 et 1715, le compositeur offrant au souverain de lumière, un crépuscule baigné de lueurs chaudes et caressantes, dans l’intimité de sa chambre, en un rouge et or, fascinant. Les amateurs de peinture diront de teintes solaires et automnales, « vénitiennes » car le style qui marque la fin du règne de Louis XIV, est un tonalisme de fin d’été, un néotitianisme, … les Coypel, Rigaud, Largillière, Lafosse,- pour certains, peintres de la voûte de la Chapelle royale, dernier chantier du Roy-, s’inspirent directement de la palette vaporeuse, chromatique de l’inégalable peintre vénitien du XVIè, Titien. En musique, Couperin fait de même, avec la pudeur mélancolique d’un Watteau.
Edités à Paris en 1722, après les avoir joués lui-même à Versailles (depuis le clavecin), les quatre Concerts royaux offrent un catalogue de danses d’une poésie intense, rappelant au Souverain vieillissant, l’éclat juvénile de sa jeunesse perdue. Car il fut grand danseur. Couperin qui ne fut jamais claveciniste de la Chambre (charge qui incombe à D’Anglebert fils), comme Marc-Antoine Charpentier, fut proche du Souverain : la finesse de son écriture parlait directement au cœur du roi. Mais déjà, la vivacité, l’espièglerie, une nouvelle virtuosité rayonnante, « italienne » se fait jour en particulier dans les dernières séquences des derniers Concerts : en cela, Couperin annonce directement Rameau, grand amateur de musicalité et de vocalità italiennes.

L’inventivité poétique, italienne,
pré ramiste de François Couperin

COUPERIN portrait couleursDeux ans plus tard, en 1724, les Nouveaux Concerts ou « Goüts réunis » affirmeront cette dilection ultramontaine. Et la fusion franco-italienne, en un esprit de synthèse dont Couperin le Grand garde le génie toujours intact. Les Sonades (Sonates en trio dans le goût italien, selon la terminologie chère au compositeur) citent Corelli ; elles répondent et complètent ici l’élégance racée des Concerts (strictement français, dans le style du très admiré Lully dont Couperin écrit une Apothéose demeurée célèbre en 1725 : leur tendresse, leur équilibre diffusent l’éclat versaillais à l’époque de Louis XIV). Les Concerts Royaux de 1722 (qui forment une totalité avec leur « suite », les Goüts réunis de 1724) ne ferment pas une ère, ils la subliment en l’inscrivant irrémédiablement vers le futur.

COUPERIN subliméPour nous, il n’existe qu’un seul enregistrement de référence des Concerts Royaux, recueillant le meilleur de la nouvelle génération d’instrumentistes baroqueux : celle des TIMBRES, fondé par Yoko Kawakubo (violon), Myriam Rignol (viole de gambe) et Julien Wolfs (clavecin)
LIRE ici notre critique développée des Concert Royaux de François Cuperin par LES TIMBRES, fondé par Yoko Kawakubo (violon), Myriam Rignol (viole de gambe) et Julien Wolfs (clavecin) :
http://www.classiquenews.com/cd-critique-fr-couperin-concerts-royaux-les-timbres-1-cd-flora-2017/

COMPTE-RENDU, concert. MARSEILLE, Samedi 10 novembre 2018, récital de clavecin : Christine Lecoin. François Couperin.

COMPTE-RENDU, concert. MARSEILLE, Samedi 10 novembre 2018, récital de clavecin : Christine Lecoin. François Couperin. Heureuse idée, en effet, que de célébrer le jour de la naissance du grand musicien par un brillant récital de clavecin par une de ses meilleurs interprètes, Christine Lecoin. Pianiste et claveciniste, en 1990, elle est l’unique française sélectionnée pour participer à la Master class de Gustav Leonhardt au Symposium International de Clavecin d’Utrecht (Pays Bas), invitée ensuite pendant quatre ans, à travailler avec lui à Cologne. L’an d’après, lauréate du Premier Prix du Concours International de Clavecin de la fondation Spivey (Atlanta, USA), elle se promène en soliste aux États-Unis et en Europe. Sans abandonner les concerts solistes ou de continuiste dans des ensembles baroques, désormais fixée à Marseille, elle est Professeur d’Enseignement Artistique en clavecin au Conservatoire National de Région, appréciée d’élèves attentifs à sa douce rigueur pédagogique. C’est dans la belle bastide de la Magalone, où elle prodigue aussi ses cours, qu’elle donnait un sensible et élégant récital à l’image même, sonore, du musicien qu’elle servait.

 
 
  
 
 

La Magalone

 
 
 

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Il y a des lieux privilégiés où la musique se love en un acte d’amour Symétriquement en face de la toujours moderne « Cité radieuse » de Le Corbusier, franchie la ligne du majestueux boulevard Michelet, un mur aveugle d’où débordent des arbres curieux. Un portail à l’ancienne ; un parc de buis taillés, géométrique bassin et fontaine, allées dont la raideur rectiligne à la française est déjouée par la fantaisie exotique de palmiers mêlés aux platanes (introduits en Europe au XVIIIe siècle), et magnolias, jardin peuplé de quelques statues : un chemin conduit nonchalamment à la belle Magalone, harmonieuse bastide entre XVIIe et XVIIIe siècles, façade et fronton classiques avec des réminiscences baroques. Sa vaste salle d’entrée, scandée de deux majestueux escaliers symétriques aux rampes en fer forgé, sous deux arcs en anse de panier du XVIIIe, portes soulignées de trumeaux et cartouches en style rocaille ornés de trophées dorés aux murs, est un intime salon de musique ancien pour un public choisi : atmosphère et proportion exacte des concerts d’autrefois.

 
 
 

Concert français

Lieu rêvé pour ce clavecin vert, la musique qui s’y va donner, et cette instrumentiste blonde joliment longiligne, ensemble pantalon corsaire noir et ceinture ceinte d’or, d’élégantes espadrilles aux lacets montant sur le mollet. L’expliquant avec le naturel souriant de la pédagogue, elle prend la pose imposée par Couperin même : la jambe face au public allongée sous l’instrument forcément sans pédale. Le compositeur, nous dit-elle, dans les préfaces de ses quatre livres de clavecin (1713, 1722, 1730) priait les interprètes, de respecter à la lettre ses partitions, sans ajout ni omission ; dans L’Art de toucher le clavecin (1716 et 1717), le professeur exposait une méthode pratique de jeu, cette position du corps, des doigts, et, surtout, la manière de réaliser les d’agréments. En commentant, spécialiste scrupuleuse, Christine Lecoin, physiquement, entre donc déjà en Couperin avant d’entrer dans sa musique, mais trouvera dans les contraintes, si chères à Valéry, sa paradoxale liberté.

 
 
 

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Évidemment, on ne saurait réduire à l’unité du semblable les deux-cent-vingt-six pièces composées par Couperin. L’interprète en a choisi quinze, qui la définissent quelque peu par son choix autant qu’elles dessinent un univers du musicien, alternant, dans la manière baroque, le vif et le lent, le gai et le grave. Wanda Landowska, à qui l’on doit la renaissance de l’instrument au XXe siècle, parlait du « noble ferraillement » du clavecin, sonore image belliqueuse, qui valait sans doute pour le sien, un Pleyel bien particulier, mais sans doute pas pour Couperin.

Homme bien de son temps à cheval sur deux siècles, entrant dans une période rococo qui, après les lourdeurs et pesanteurs grandiloquentes des fastes compassés d’un Versailles crépusculaires, déserte ses immenses galeries, préfère l’intimité heureuse des salons en ville, les formes légères et brèves en art. C’est toute l’esthétique, je dirais l’éthique du plaisir : Les idées heureuses d’une Régence délivrée de ce poids.

Classés selon des Ordres, appellation particulière, aussi étranges que ses Baricades mistérieuse[sic],aux obsédants amas brumeux d’accords dans le grave, ces pièces courtes, assurément, sont de sortes d’aphorismes musicaux à la touche rapide dirait-on en terminologie picturale, qui sera plus tard en faveur dans la peinture galante des Boucher, Fragonard, Tiepolo (La Voluptueuse, La Favorite, La Ténébreuse), des tableautins peignant explicitement des scènes campagnardes idylliques dans le goût pastoral du temps (Les Moissonneurs, Les Bergeries), un énigmatique animal Amphibie indéterminé, des portraits peut-être pensés à façon de La Bruyère (La Visionnaire, La Ténébreuse, La Lugubre, La Charolaise), ou un catalogue plaisant d’objets dans un style plaisamment représentatif (Le Tic-toc, Le Réveille-matin), sans oublier une adorable cantilène berceuse, Dodo ou l’amour au berceau, où l’amoureux XVIIIe siècle, plus qu’un bébé ou Jésus, ne voyait sûrement que Cupidon.

Des titres donc par lesquels Couperin, sans les négliger (Canaries), dépassait la traditionnelle suite de danses en enfilade, celles-ci servant dans cet échantillon, d’indication de forme, de rythme —ou de signe ou clin d’œil d’identification à ses mystérieux portraits : La Ténébreuse, c’est une « Allemande » ; La Lugubre est une « sarabande », d’origine espagnole, renvoyant, par un ironique renversement cette danse picaresque vive (on en a gardé l’expression « Faire la sarabande »), à la gravité prêtée alors au peuple espagnol ; La Favorite est marquée par une « chaconne en rondeau », danse aussi espagnole, mais à la formule réitérative variée, allusion peut-être malicieuse à la ronde incessante des favorites répétées. Qui sait, autant d’hypothèses que nous proposons à ces devinettes mignardes au charme piquant mais mystérieux.

En tous les cas, l’expressivité de l’interprète, tenue fidèlement par ces titres souvent énigmatiques de Couperin et ses révélatrices indications de tempo et de caractère (« Gravement, noblement, gaiement, naïvement, vivement, tendrement, légèrement… ») dessine à nos oreilles certes non une musique pléonastiquement figurative, mais peuplées de figures par lesquelles, leur donnant un sens, elle éveille nos sensations, nos visions, nos images : l’œil et l’oreille ravis.

C’est que le charme du clavecin, incapable d’enfler ou de diminuer le son, sans le forteraccoleur d’autres instruments qui nous tiennent à distance, sans le pianoqui invite à aller chercher la musique, convie à se laisser éclabousser par un flot délicat et délicieux mais entier, par sa fraîcheur ruisselante comme la blondeur solaire de la claveciniste semblait auréolée du nimbe argentin des notes.

Cependant, les limites de l’instrument sont habilement fardées ou dépassées par la virtuose : passant avec une prestesse de prestidigitatrice du registre aigu au grave, c’est bien l’illusion du passage de piano au forte que nous donne Lecoin (Les Bergeries). La dextérité, la célérité de ses agréments, pincés simples ou doubles, ports de voix, tremblements, batteries de croches, trilles, notes très vertigineusement rapprochées, semblent les lier, prolonger la durée du son, colorent une palette de nuances qu’on dénie à tort à l’instrument. Si bien que la netteté précise du son n’empêche pas de doux éclats satinés, diaprés, chatoyants, moelleux, vaporeux : art, artifice de la technicienne bien imprégnée d’un temps se plaisant aux trompe-l’œil, qui nous jouant aussi, voluptueusement, de l’illusion d’oreille.

Vers la fin du concert, la salle comble, la chaleur des spots affecte un peu la justice et justesse des cordes mais, finalement, pour une oreille contemporaine, délicatesse de plus à savourer comme le fin scintillement d’eau d’une fine cascade, poussière lumineuse irisée par le soleil, se vaporise en arc-en-ciel léger sous le soupir joueur d’un aimable zéphyr.

 
 
  
 
 

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COMPTE-RENDU, concert. MARSEILLE, Samedi 10 novembre 2018, récital de clavecin : Christine Lecoin. François Couperin.

Les idées heureuses

Pour les 350 ans de Couperin
(10 novembre 1668 – 22 septembre 1733)

Récital de clavecin
Christine Lecoin

Samedi 10 novembre 2018, Bastide de la Magalone,
Marseille

 
 
 
 
 
 

Livres, annonce. François Couperin (Actes Sud)

Francois_Couperin_portraitLivres, annonce. François Couperin (Actes Sud). En prévision de l’année 2018, l’éditeur Actes Sud publie une nouvelle biographie d’un auteur inspiré par la fusion des styles – français et italiens (les fameux et si fertiles “Goûts réunis” : soit François Couperin (1668-1733) dont 2018 marquera le 350ème anniversaire. On reste médusé par l’enivrement sonore, hypnotique et intérieur des fameuses Barricades mystérieuse… un sommet de grâce poétique écrit pour le clavecin (il faut absolument les écouter par Bruno Procopio, d’une subtilité naturelle désarmante : VOIR la vidéo Les Barricades Mystérieuses de Couperin par Bruno Procopio, clavecin Colesse de 1748 (Collection Laurent Soumagnac). Le chef et claveciniste Christophe Rousset reprend ici la plume (après un Rameau chez le même éditeur — paru en 2007), et s’appuyant sur sa connaissance musicale comme interprète, délivre son propre portrait de Couperin le Grand : « ensorcelant révélateur », dont la carrière à cheval entre deux règnes, celui long et solennel de Louis XIV, celui court et jouisseur du Régent, confirme un tempérament synthétique d’une profondeur inédite. Mais à l’égal d’un Watteau (1684-1721), peintre de l’élégance et de la nostalgie absolues à la fin du règne versaillais, Couperin indique une nouvelle sensibilité moins solennelle, plus intime et humaine, dans l’esprit galant de l’époque : une vision moins théâtralisée, plus individuelle, qui recherche l’expression de la conversation, moins de la représentation. Notre « Bach français » a la puissance inventive de son contemporain de Leipzig ; il a aussi l’élégance et la poésie humaniste du Saxon résidant à Londres : Handel. Mais il ajoute les vertus et qualités de son génie personnel : un raffinement intime unique à son époque. Un sens de la couleur instrumentale qui annonce les grands coloristes modernes jusqu’à Berlioz, Debussy, Ravel… Une écriture qui parlant au cœur, berce l’âme et excite l’esprit. Prochaine critique du livre François Couperin édité par Actes Sud, dans le mag cd dvd livres de classiquenews, d’ici le 30 septembre 2016.

LIVRES : François Couperin (Actes Sud). Parution : Septembre, 2016 / 10,0 x 19,0 / 224 pages — ISBN 978-2-330-06585-0 — Prix indicatif : 18 €

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Compte rendu, concert. Versailles. Chapelle Royale, 1er avril 2015. François Couperin (1668-1733) Les Leçons de Ténèbres. Louis Nicolas Clerambault (1676-1749) Miserere Sophie Junker et Ana Quintas, dessus ; Lucile Richardot, bas-dessus. Vincent Dumestre, théorbe, direction musicale.

Francois_Couperin_portraitL’Opéra Royal/Château de Versailles Spectacle, offre à son public à l’occasion des fêtes de Pâques, une série de concerts dont les œuvres et les interprètes sont une promesse d’enchantements ; promesse belle et bien tenue dès le premier soir. Le Poème Harmonique a enregistré et donné une première fois en la Chapelle royale en novembre 2013, les Leçons de Ténèbres de François Couperin. Alors que le CD vient de sortir, ces pièces composées pour le Mercredi Saint ne pouvaient pas être symboliquement mieux indiquées pour ouvrir les célébrations de la Semaine Sainte.
Chef-d’œuvre incontesté d’un genre qui accompagna la fin du règne du Roi Soleil, ces trois Leçons sont les seules du compositeur à nous être parvenues, les 6 autres étant malheureusement perdues. Elles furent composées pour le Couvent de Longchamp dans les années 1714-1715, alors que dans les églises et les couvents, un public nombreux, composé de courtisans et de membres de la bonne société citadine, se pressait. Cette passion pour un art vocal raffiné, sensuel, dramatique est fille de l’air de cour, art spécifiquement français. Pour compléter le programme on trouve ici le Miserere de Clérambault, contemporain de Couperin, où se déploie une palette expressive intense et ardente, si italienne.

Leçons de Ténèbres éblouissantes…

Vincent Dumestre et ses trois interprètes sont parvenus ce soir à soutenir ce miracle d’équilibre, qu’appellent ces œuvres et à les transfigurer jusqu’à l’incandescence. Aurait-on pu mieux nous donner à entendre toute la splendeur du beau chant français tel qu’il était pratiqué au tout début du XVIIIe siècle, donnant sens à cette union de la vocalité et de la spiritualité. ?Les trois voix féminines étaient parfaitement appariées. Trois timbres uniques, dont les couleurs se complètent, s’unissent jusqu’à embraser les mélismes sur les lettres introductives hébraïques, maintenant avec ferveur la souplesse de la ligne entre arioso et récit. Le timbre fruité et suave d’Ana Quintans, celui plus juvénile de Sophie Junker soulignent avec justesse les caractères des deux premières leçons. Ici tout n’est qu’élévation, nuances et humilité. Plus la nuit se fait autour de nous, -car comme à l’époque, venant souligner la dramaturgie, un officiant éteint les cierges après chaque psaume-, plus la lumière qui émane de la musique, par la grâce des interprètes,  prend possession de la Chapelle Royale et de nos âmes. Lucile Richardot, au timbre profond et charnel, apporte une présence éloquente et une ampleur de ton bouleversante.
L’interprétation du Miserere de Louis-Nicolas Clérambault, par les trois interprètes est tout simplement envoûtante. Jamais les couleurs de la voûte de Charles de la Fosse, ne nous ont semblé, aussi étincelantes et irradiantes qu’à l’instant où la voix d’Ana Quintans a lancé cet appel à la miséricorde.
L’accompagnement des trois musiciens est subtil et élégant. Sylvia Abramowicz à la basse de viole si tendre et mélancolique et Philippe Grisvard à l’orgue et clavecin si inventif, donnent corps à une basse continue pourtant si dépouillée. Vincent Dumestre au théorbe et à la direction a réuni ici une distribution idéale et bien au-delà crée une palette intemporelle et sensuelle, signature du Poème Harmonique. Tout ici est émotion intime, sensible et mystérieuse. La musique  s’harmonise avec un lieu qui dépasse son caractère religieux pour devenir un lieu « source ».

Compte rendu, concert. Versailles. Chapelle Royale, 1er avril 2015. François Couperin (1668-1733) Les Leçons de Ténèbres. Louis Nicolas Clerambault (1676-1749) Miserere Sophie Junker et Ana Quintas, dessus ; Lucile Richardot, bas-dessus.  Vincent Dumestre, théorbe, direction musicale.

Poitiers : 2 concerts Baroques au TAP

Poitiers, TAP. 2 concerts baroques, les 24 et 31 mars 2015. Le Théâtre Auditorium de Poitiers offre en mars 2 événements de musique baroque, les 24 et 31 mars 2015.

DOWLAND-john-luth-angleterre-John-Dowland-MaturePoitiers, TAP. Le 24 mars 2015, 20h30. Thomas Dunford, théorbe, archiluth. John Dowland : Lachrimæ. Un luth, quatre chanteurs : Thomas Dunford explore la tendre mélancolie du répertoire de John Dowland, entre Renaissance et Baroque. Les « chansons et airs à jouer ou chanter avec le luth » sont ici donnés tels qu’ils furent écrits et pratiqués à l’époque : la polyphonie vocale dialogue avec le luth, tantôt accompagnant, tantôt soliste, restituant ainsi une pratique intimiste “around the table”, si chère aux musiciens de cette période. Tous les ensembles baroques du moment s’arrachent Thomas Dunford, 25 ans, dont le disque consacré à ce répertoire a gravi les sommets de ventes et mis la critique à genoux. Il s’entoure d’une équipe de merveilleux chanteurs, majoritairement anglophones, rompus à cet exercice si particulier du « consort ».

John Dowland. Probablement né à Londres, Dowland suit son patron Sir Henry Cobhams, diplomate anglais à Paris, de 1579 à 1584. Il s’y convertit au catholicisme. Il se voyait successeur du luthiste attiré de la Cour anglaise, John Johnson, Dowland séjourne finalement à Cassel, Florence, Nuremberg. Début 1597, le musicien est à Londres sans poste officiel. Jusqu’en 1606, Dowaln est luthiste officiel due Christian IV de Danemark. Avant de renter à Londres où enfin, le poste de luthiste officiel lui est attribué.

Avec Lacrymae antiqua, son opus le plus célèbre demeure « Lachrimae or Seaven Teares Figured in Seaven Passionate Pavans (Pleurs ou Sept larmes représentées par sept pavanes passionnées) »,  cycle de sept pavanes pour cinq violes et luth, chacune reprenant le célèbre air à la mode :Flow My Tears. Compositeur pour le luth, la voix et le consort de violes, Dowland réalise une œuvre inégalée, par sa grâce nostalgique, sa profonde mélancolie, sa pudeur sensuelle. Sa pièce : « Semper Dowland, semper dolens (toujours Dowland, toujours souffrant), riche en dissonance inquiète et coloriste pourrait résumer à elle seule l’ensemble de son inspiration.

 

 

John Dowland : Lachrimæ

Thomas Dunford, luth et direction
Ruby Hughes, soprano
Reinoud Van Mechelen, ténor
Paul Agnew, ténor
Christian Immler, baryton

 Le 24 mars 2015, 20h30

Offre spéciale pour les 2 concerts achetés :
Offre duo baroque 30€
Dowland/Thomas Dunford +
Couperin/Le Concert Spirituel du 31 mars 2015
Offre valable du 9 février au 24 mars

 

 

couperinPoitiers, TAP. Le 31 mars 2015, 20h30. Couperin, Hervé Niquet. Les Leçons de Ténèbres de Couperin, chantées pendant la semaine de la Passion, sans égales en beauté, en grâce, en poésie, en émotion contenue, atteignirent leur apogée avec les œuvres de Couperin, Charpentier et Delalande. Elles sont ici confiées par Hervé Niquet à un ensemble de six chanteuses, au service de textes prophétiques, dramatiques, voire douloureux. La musique y est d’une grande expressivité mélodique et d’une vraie richesse harmonique où alternent des récitatifs et d’autres passages de style plus figuré et déclamatoire, notamment sur les lettres hébraïques où rayonne en permanence une sensualité qui contraste avec les textes. Sans effets appuyés, par le simple déroulement d’une voix de soprano ou d’un duo accompagné par l’orgue et la viole de gambe, c’est la musique la plus bouleversante qui soit, née de la plume de ce musicien poète et contemplatif.

 

 

Le Concert Spirituel / Hervé Niquet
Couperin : Leçons de Ténèbres
Hervé Niquet, orgue et direction

Le 31 mars 2015, 20h30

Tormod Dalen, violoncelle
Yuka Saïto, viole de gambe
Caroline Delume et Bruno Helstroffer, théorbes
Elisabeth Geiger, clavecin

Marie-Pierre Wattiez, Aude Fenoy, Agathe Boudet, Marie Griffet, Nadia Lavoyer et Anne-Marie Jacquin, sopranos

François Couperin : Leçons de Ténèbres

Marc-Antoine Charpentier : Répons
Michel-Richard Delalande : Miserere