BERLIN : les 200 ans du FreischĂŒtz de Weber au Konzerthaus (Eschenbach, juin 2021)

ARTE, dim 26 sept 2021, 5h. WEBER : Der FreischĂŒtz, Berlin, Fura del Baus / juin 2021. DirigĂ©e par Christoph Eschenbach, directeur musical principal du Konzerthaus Berlin depuis sept 2019, cette production du FreischĂŒtz de Weber est mise en scĂšne par La Fura Dels Baus qui propose une relecture dĂ©lirante, parfois trash.
weber carl maria von euryanthe freischutz opera critique classiquenewsD’abord, il s’agit d’un opĂ©ra romantique de premier plan qui a marquĂ© tous les esprits europĂ©ens, dont en France (crĂ©ation en 1824), Berlioz, admirateur inconditionnel de ce fantastique germanique irrĂ©sistible. AprĂšs Euryanthe dont les chƓurs d’hommes ont durablement frappĂ© l’imaginaire de Victor Hugo, Carl Maria von Weber Ă©difie avec Der FreischĂŒtz (/ le Franc-tireur), un opĂ©ra mythique qui semble concrĂ©tiser aprĂšs Mozart (La flĂ»te enchantĂ©e, 1791) et Beethoven (Fidelio, 1814) le modĂšle de l’opĂ©ra germanique, vraie alternative Ă  l’opĂ©ra français et Ă  l’opera seria italien. L’action se dĂ©roule en BohĂšme au XVIIĂš, dans le milieu des chasseurs et des forestiers.
Âmes vendues au diable (Caspar), invocation d’esprits, balles magiques fondues (fameuse scĂšne de la Gorge aux loups Ă  l’acte II, lieu des plus maudits), surtout tableaux diaboliques fantastiques terrifiants
 : en 1821, Carl Maria von Weber compose l’opĂ©ra fondateur du romantisme allemand, qui narre les mĂ©saventures du chasseur Max qui a perdu toute agilitĂ© au tir ; or pour conquĂ©rir la main de sa fiancĂ©e Agathe, il doit rĂ©ussir le fameux concours
 s’associant avec le diable par l’entremise de Caspar (vendu au dĂ©mon Samiel), Max se rendra Ă  minuit au lieu dit afin d’obtenir balles magiques
.
Exactement deux cents ans aprĂšs la premiĂšre triomphale du FreischĂŒtz de Carl Maria von Weber (juin 1821), dans un Konzerthaus de Berlin flambant neuf, la compagnie catalane La Fura Dels Baus rĂ©interprĂšte cet opĂ©ra pionnier dans les lieux de sa crĂ©ation.
Onirisme et fantastique parfois terrifiant, songe visionnaire et mĂ©lancolie enivrĂ©e (airs d’Agathe), vaillance sincĂšre (Max), esprit et Ɠuvre du Mal (Samiel susictĂ© par Caspar dans le tableau de la gorge aux loups au II), action inespĂ©rĂ©e et miraculeuse de l’ermite (incarnant le pouvoir surnaturel de la Nature protectrice), chƓur des chasseurs et des villageois, le drame offre une diversitĂ© de tableaux et de situations Ă  couper le souffle

Dans la salle – rĂ©amĂ©nagĂ©e Ă  l’occasion de la pandĂ©mie de Covid-19 – la troupe catalane a conçu un dispositif prolongeant l’espace scĂ©nique en le dĂ©doublant Ă  l’aide de camĂ©ras à l’épaule.

VOIR Der FreischĂŒtz sur ARTE : Berlin, Fura del Baus / juin 2021. DirigĂ©e par Christoph Eschenbach
https://www.arte.tv/fr/videos/098416-000-A/der-freischuetz/

FilmĂ© en juin 2021, pour les 200 ans du Konzerthaus et de la crĂ©ation du FreitschĂŒtz de Weber 


Distribution :
Benjamin Bruns (Max), ‹Anna Prohaska (Ännchen), ‹Jeanine de Bique (Agathe)‹, Christof Fischesser (Kaspar), ‹Franz Hawlata (Kuno)‹, Viktor Rud (Kilian)‹, Mikhail Timoshenko (Ottokar)‹, Tijl Favets (l’Ermite), ‹Isabelle VosskĂŒhler, Bianca Reim, Christina Bischoff, Heike Peetz (4 servantes)  -  ‹Wolfgang HĂ€ntsch (Samiel, rĂŽle parlĂ©)

Mise en scĂšne : Carlus Padrissa – La Fura dels Baus
Direction musicale : Christoph Eschenbach
Orchestre : Konzerthausorchester Berlin
Choeur : Rundfunkchor Berlin

arte_logo_2013Diffusion : ARTE (antenne) : Dim 26 sept 2021, 5h – lundi 27 sept 2021 Ă  minuit. 2h15mn. Konzerthaus Berlin, 2021.

Der FreischĂŒtz de WEBER

weber portrait par classiquenews OBERON EURYANTHE opera par classiquenews Carl-Maria-von-WeberFrance Musique, sam 9 nov 2019, 20h. WEBER : FreischĂŒtz. FREICHUTZ mi figue mi raisin
 que pensez de cette production parisienne ? attendue mais au final sĂ©duisante qu’à moitiĂ©. Trop de videos
 tue la mise en scĂšne. Ce freischĂŒtz prend valeur d’exemple, ou plutĂŽt de contre exemple Ă  ne pas suivre. Le TCE accueillait Ă  grands fracas Accentus, Insula Orchestra pour un spectacle qui revisitait le fantastique noir et terrifiant de Weber. Las, la compagnie 14:21 certes captive par des trouvailles visuelles parfois magiques, mais
 laisse totalement le plateau en un vide dramatique
 sidĂ©ral. Pas de direction d’acteurs, une prestation bancale qui ne prĂ©sente guĂšre de lecture scĂ©nographique pertinente sinon signifiante par son absence de jeu dramatique.
Tous les chanteurs Ă©voluent comme s’il s’agissait d’un oratorio sans enjeu spatial ni scĂ©nique. La plupart chantent face public, sans mouvement ni intention expressive d’aucune sorte. Un exemple parmi d’autres : Agathe on le sait ne peut ĂȘtre sauvĂ©e que grĂące Ă  la couronne florale donnĂ©e par l’Ermite
 les spectateurs cherchent toujours cet Ă©lĂ©ment clĂ© du salut
 Il est vrai que plus rien n’a de valeur ni d’importance pour les nouveaux metteurs en scĂšne. De la mĂȘme façon, le prĂ©sence si troublante et inquiĂ©tante de la forĂȘt, profonde, mystĂ©rieuse, lieu des apparitions et des rĂ©vĂ©lations (cf la gorge aux loups, thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre et Ă©crin oĂč paraĂźt le diable) est Ă©cartĂ©e
 exit la couleur et la poĂ©sie du monde des chasseurs, dans le mĂ©pris total de l’essence mĂȘme du texte originel.
DiffusĂ©e sur les ondes radiophoniques, l’auditeur ne perd donc rien au change. Et peut donc se concentrer sur les voix et l’orchestre. Orchestralement parlant, on se dĂ©lecte de la palette dĂ©taillĂ©e, des couleurs et des timbres prĂ©cisĂ©ment portĂ©s par le collectif Insula orchestra (dont un beau solo par l’altiste Adrien La Marca, stylĂ©, racĂ©, plien d’autoritĂ© sombre et lumineuse Ă  la fois).
Le Max du tĂ©nor français Stanislas de Barbeyrac reste propre mais sans relief, avec un timbre marquĂ© par l’usure (dĂ©jĂ ), souvent terne et sans brillance ; trop galant pour se personnage ardent, tendu voire hallucinĂ©. MĂȘme prestation un peu courte et trop lĂ©gĂšre pour l’Agathe de la soprano sud-africaine Johanni van Oostrum, qui manque d’épaisseur et de chair. Il en va tout autre de l’excellente soprano Chiara Skerath qui habite le personnahe de Ännchen avec une Ă©nergie Ă©perdue, active, admirable. MĂȘme tempĂ©rament de braise pour le Kaspar de Vladimir Baykov, particuliĂšrement engagĂ© dans son fameux duo avec Max, quand il s’agit de fondre les fameuses balles
 Rien Ă  dire pour les autres solistes ; palmes spĂ©ciales pour l’Ottokar de Daniel Schumtzhard et l’Ermite de Christian Immler : voix puissantes et timbrĂ©es de rĂȘve. Sans ĂȘtre inoubliable, cette lecture du Freischutz sait parfois convaincre.

France Musique, sam 9 nov 2019, 20h. WEBER : FreischĂŒtz

Carl Maria von Weber : Der FreischĂŒtz
Opéra en trois actes crée le 18 juin 1821 au Königliches Schauspielhaus de Berlin.
Concert donné le 19 octobre 2019 à 19h30 au Théùtre des Champs-Elysées à Paris /
Johann-Friedrich Kind, librettiste

Stanislas de Barbeyrac, ténor, Max
Johanni Van Oostrum, soprano, Agathe
Chiara Skerath, soprano, Ännchen
Vladimir Baykov, baryton-basse, Kaspar
Christian Immler, baryton, L’Ermite, Voix de Samiel
Thorsten GrĂŒmbel, basse, Kuno
Daniel Schmutzhard, baryton, Ottokar
Anas SĂ©guin, baryton, Kilian
Clément Dazin, Samiel
Adrien La Marca, alto solo
Accentus dirigé par Frank Markowitsch
Insula Orchestra
Direction : Laurence Equilbey

Compte-rendu, opĂ©ra. Strasbourg, OpĂ©ra national du Rhin, le 17 avril 2019. Weber : Der FreischĂŒtz. Patrick Lange / Jossi Wieler, Sergio Morabito

Compte-rendu, opĂ©ra. Strasbourg, OpĂ©ra national du Rhin, le 17 avril 2019. Weber : Der FreischĂŒtz. Patrick Lange / Jossi Wieler, Sergio Morabito. Der FreischĂŒtz (1821). Il faut souvent aller en Allemagne pour dĂ©couvrir la version originale avec dialogues parlĂ©s du FreischĂŒtz de Weber (voir notre prĂ©sentation dĂ©taillĂ©e de l’ouvrage http://www.classiquenews.com/carl-maria-von-weber-der-freischtz-1821radio-classique-dimanche-27-janvier-2008-21h/) – notre pays prĂ©fĂ©rant le plus souvent la version de Berlioz avec rĂ©citatifs et ajout d’un ballet (notamment Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 2011 ou Ă  Nice en 2013). On ne peut donc que se rĂ©jouir de dĂ©couvrir ce joyau de l’opĂ©ra romantique qui inspira autant Wagner que Berlioz, deux fervents dĂ©fenseurs de Weber.

 

 

 

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La directrice gĂ©nĂ©rale de l’OpĂ©ra national du Rhin, Eva Kleinitz, choisit de confier la mise en scĂšne de cet ouvrage aux expĂ©rimentĂ©s, mais peu connus en France, Jossi Wieler et Sergio Morabito. Ils travaillent ensemble depuis 1994, Ă  l’instar d’un autre couple cĂ©lĂšbre, Patrice Caurier et Moshe Leiser. Il s’agit de leurs dĂ©buts dans notre pays pour une nouvelle production – les deux hommes s’Ă©tant rĂ©servĂ©s ces derniĂšres annĂ©es pour l’OpĂ©ra de Stuttgart, lĂ  mĂȘme oĂč ils ont fondĂ© leur amitiĂ© avec Eva Kleinitz, et ce avant la nomination de Jossi Wieler au poste prestigieux de dramaturge de l’OpĂ©ra de Vienne. TrĂšs attendus, leurs premiers pas ne convainquent cependant qu’Ă  moitiĂ©, tant leur transposition contemporaine manque de lisibilitĂ© : il faudra ainsi lire leurs intentions afin de saisir pleinement les idĂ©es dĂ©veloppĂ©es sur scĂšne.

 

 

 

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Si nos bucherons sont ici grimĂ©s en guerriers, c’est que l’action est censĂ©e se passer aprĂšs la guerre de Trente ans, d’oĂč une scĂšne initiale en forme de bizutage pour le malheureux Max, risĂ©e de ses camarades. TraumatisĂ©s par le conflit, l’ensemble des personnages est tombĂ© dans une dĂ©prime qui explique autant leurs visions (dĂ©cors dĂ©formĂ©s, couleurs bizarres, visions d’animaux) que leur dĂ©bit robotique et sans Ăąme dans les dialogues parlĂ©s : l’idĂ©e est intĂ©ressante mais trop ennuyeuse sur la durĂ©e au niveau thĂ©Ăątral. L’esthĂ©tique jeu vidĂ©o, aux beaux dĂ©cors inspirĂ©s d’Alekos Hofstetter, joue aussi sur cette distanciation utile pour quitter les rivages d’une intrigue naĂŻve : fallait-il cependant choisir des costumes aussi laids avec leurs couleurs bleu et orange criardes ? Si l’utilisation de la vidĂ©o avec deux Ă©crans en avant et en arriĂšre-scĂšne modernise l’action par ses effets de perspective saisissants dans la Gorge-aux-Loups, on est moins convaincu en revanche par l’ajout d’un drone, censĂ© nous rappeler les dangers de la banalisation du recours Ă  la robotisation Ă  outrance : le lien avec les balles diaboliques est tĂ©nu, mais Morabito et Wieler osent tout pour dĂ©noncer l’inhumanitĂ© des travers de nos sociĂ©tĂ©s modernes.

Face Ă  cette mise en scĂšne inĂ©gale, le plateau vocal rĂ©uni s’avĂšre on ne peut plus satisfaisant en comparaison. Ainsi de la lumineuse Lenneke Ruiten (Agathe), Ă  la petite voix idĂ©ale de fraicheur et de raffinement dans les nuances. Sa comparse Josefin Feiler (Aennchen) a davantage de caractĂšre, brillant avec aisance dans les changements de registres. La dĂ©ception vient du chant aux phrasĂ©s certes d’une belle noblesse de Jussi Myllys (Max), mais trop peu projetĂ© dans le mĂ©dium et l’aigu, avec un positionnement de voix instable dans les passages difficiles. Rien de tel pour David Steffens (Kaspar), le plus applaudi en fin de reprĂ©sentation, qui s’impose avec son chant vaillant Ă  la diction assurĂ©e, le tout en un impact physique percutant. Si les seconds rĂŽles sont tous parfaitement distribuĂ©s, on notera la prestation frustrante de l’Ermite de Roman Polisadov, aux graves splendides de rĂ©sonance, mais manifestement incapable d’Ă©viter quelques dĂ©calages avec la fosse. Le choeur de l’OpĂ©ra national du Rhin livre quant Ă  lui une prestation alliant engagement et prĂ©cision de tous les instants, de quoi nous rappeler qu’il figure parmi les meilleurs de l’hexagone.

A la tĂȘte d’un Orchestre symphonique de Mulhouse en grande forme (Ă  l’exception du pupitre perfectible des cors), Patrick Lange fait des dĂ©buts rĂ©ussis ici, faisant l’Ă©talage de sa grande classe dans l’Ă©tagement et la finesse des dĂ©tails rĂ©vĂ©lĂ©s, en une direction finalement trĂšs française d’esprit. Les tempi respirent harmonieusement, en des couleurs dignes d’un ancien Ă©lĂšve de Claudio Abbado, mĂȘme si on aimerait ici et lĂ  davantage d’Ă©lectricitĂ© pour oublier l’Ă©lĂ©gance et plonger Ă  plein dans le drame. C’est ce palier que doit encore franchir l’actuel chef principal de l’OpĂ©ra de Wiesbaden pour rentrer dans le cercle trĂšs fermĂ© des maestros d’exception.

 

 

 

 

 

 

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Compte-rendu, opĂ©ra. Strasbourg, OpĂ©ra national du Rhin, le 17 avril 2019. Weber : Der FreischĂŒtz. Lenneke Ruiten (Agathe), Josefin Feiler (Aennchen), Jussi Myllys (Max), David Steffens (Kaspar), Frank van Hove (Kuno), Jean-Christophe Fillol (Kilian), Ashley David Prewett (Ottokar), Roman Polisadov (L’Ermite). Orchestre symphonique de Mulhouse et chƓurs de l’OpĂ©ra national du Rhin, direction musicale, Patrick Lange / mise en scĂšne, Jossi Wieler, Sergio Morabito.
A l’affiche de l’OpĂ©ra national du Rhin, Ă  Strasbourg jusqu’au 29 avril 2019 et Ă  Mulhouse les 17 et 19 mai 2019. Illustrations : © Klara Beck / OpĂ©ra National du Rhin 2019