Der FreischĂĽtz de WEBER

weber portrait par classiquenews OBERON EURYANTHE opera par classiquenews Carl-Maria-von-WeberFrance Musique, sam 9 nov 2019, 20h. WEBER : Freischütz. FREICHUTZ mi figue mi raisin… que pensez de cette production parisienne ? attendue mais au final séduisante qu’à moitié. Trop de videos… tue la mise en scène. Ce freischütz prend valeur d’exemple, ou plutôt de contre exemple à ne pas suivre. Le TCE accueillait à grands fracas Accentus, Insula Orchestra pour un spectacle qui revisitait le fantastique noir et terrifiant de Weber. Las, la compagnie 14:21 certes captive par des trouvailles visuelles parfois magiques, mais… laisse totalement le plateau en un vide dramatique… sidéral. Pas de direction d’acteurs, une prestation bancale qui ne présente guère de lecture scénographique pertinente sinon signifiante par son absence de jeu dramatique.
Tous les chanteurs évoluent comme s’il s’agissait d’un oratorio sans enjeu spatial ni scénique. La plupart chantent face public, sans mouvement ni intention expressive d’aucune sorte. Un exemple parmi d’autres : Agathe on le sait ne peut être sauvée que grâce à la couronne florale donnée par l’Ermite… les spectateurs cherchent toujours cet élément clé du salut… Il est vrai que plus rien n’a de valeur ni d’importance pour les nouveaux metteurs en scène. De la même façon, le présence si troublante et inquiétante de la forêt, profonde, mystérieuse, lieu des apparitions et des révélations (cf la gorge aux loups, théâtre dans le théâtre et écrin où paraît le diable) est écartée… exit la couleur et la poésie du monde des chasseurs, dans le mépris total de l’essence même du texte originel.
Diffusée sur les ondes radiophoniques, l’auditeur ne perd donc rien au change. Et peut donc se concentrer sur les voix et l’orchestre. Orchestralement parlant, on se délecte de la palette détaillée, des couleurs et des timbres précisément portés par le collectif Insula orchestra (dont un beau solo par l’altiste Adrien La Marca, stylé, racé, plien d’autorité sombre et lumineuse à la fois).
Le Max du ténor français Stanislas de Barbeyrac reste propre mais sans relief, avec un timbre marqué par l’usure (déjà), souvent terne et sans brillance ; trop galant pour se personnage ardent, tendu voire halluciné. Même prestation un peu courte et trop légère pour l’Agathe de la soprano sud-africaine Johanni van Oostrum, qui manque d’épaisseur et de chair. Il en va tout autre de l’excellente soprano Chiara Skerath qui habite le personnahe de Ännchen avec une énergie éperdue, active, admirable. Même tempérament de braise pour le Kaspar de Vladimir Baykov, particulièrement engagé dans son fameux duo avec Max, quand il s’agit de fondre les fameuses balles… Rien à dire pour les autres solistes ; palmes spéciales pour l’Ottokar de Daniel Schumtzhard et l’Ermite de Christian Immler : voix puissantes et timbrées de rêve. Sans être inoubliable, cette lecture du Freischutz sait parfois convaincre.

France Musique, sam 9 nov 2019, 20h. WEBER : FreischĂĽtz

Carl Maria von Weber : Der FreischĂĽtz
Opéra en trois actes crée le 18 juin 1821 au Königliches Schauspielhaus de Berlin.
Concert donné le 19 octobre 2019 à 19h30 au Théâtre des Champs-Elysées à Paris /
Johann-Friedrich Kind, librettiste

Stanislas de Barbeyrac, ténor, Max
Johanni Van Oostrum, soprano, Agathe
Chiara Skerath, soprano, Ă„nnchen
Vladimir Baykov, baryton-basse, Kaspar
Christian Immler, baryton, L’Ermite, Voix de Samiel
Thorsten GrĂĽmbel, basse, Kuno
Daniel Schmutzhard, baryton, Ottokar
Anas SĂ©guin, baryton, Kilian
Clément Dazin, Samiel
Adrien La Marca, alto solo
Accentus dirigé par Frank Markowitsch
Insula Orchestra
Direction : Laurence Equilbey

Compte-rendu, opéra. Strasbourg, Opéra national du Rhin, le 17 avril 2019. Weber : Der Freischütz. Patrick Lange / Jossi Wieler, Sergio Morabito

Compte-rendu, opĂ©ra. Strasbourg, OpĂ©ra national du Rhin, le 17 avril 2019. Weber : Der FreischĂĽtz. Patrick Lange / Jossi Wieler, Sergio Morabito. Der FreischĂĽtz (1821). Il faut souvent aller en Allemagne pour dĂ©couvrir la version originale avec dialogues parlĂ©s du FreischĂĽtz de Weber (voir notre prĂ©sentation dĂ©taillĂ©e de l’ouvrage http://www.classiquenews.com/carl-maria-von-weber-der-freischtz-1821radio-classique-dimanche-27-janvier-2008-21h/) – notre pays prĂ©fĂ©rant le plus souvent la version de Berlioz avec rĂ©citatifs et ajout d’un ballet (notamment Ă  l’OpĂ©ra-Comique en 2011 ou Ă  Nice en 2013). On ne peut donc que se rĂ©jouir de dĂ©couvrir ce joyau de l’opĂ©ra romantique qui inspira autant Wagner que Berlioz, deux fervents dĂ©fenseurs de Weber.

 

 

 

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La directrice gĂ©nĂ©rale de l’OpĂ©ra national du Rhin, Eva Kleinitz, choisit de confier la mise en scène de cet ouvrage aux expĂ©rimentĂ©s, mais peu connus en France, Jossi Wieler et Sergio Morabito. Ils travaillent ensemble depuis 1994, Ă  l’instar d’un autre couple cĂ©lèbre, Patrice Caurier et Moshe Leiser. Il s’agit de leurs dĂ©buts dans notre pays pour une nouvelle production – les deux hommes s’Ă©tant rĂ©servĂ©s ces dernières annĂ©es pour l’OpĂ©ra de Stuttgart, lĂ  mĂŞme oĂą ils ont fondĂ© leur amitiĂ© avec Eva Kleinitz, et ce avant la nomination de Jossi Wieler au poste prestigieux de dramaturge de l’OpĂ©ra de Vienne. Très attendus, leurs premiers pas ne convainquent cependant qu’Ă  moitiĂ©, tant leur transposition contemporaine manque de lisibilitĂ© : il faudra ainsi lire leurs intentions afin de saisir pleinement les idĂ©es dĂ©veloppĂ©es sur scène.

 

 

 

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Si nos bucherons sont ici grimĂ©s en guerriers, c’est que l’action est censĂ©e se passer après la guerre de Trente ans, d’oĂą une scène initiale en forme de bizutage pour le malheureux Max, risĂ©e de ses camarades. TraumatisĂ©s par le conflit, l’ensemble des personnages est tombĂ© dans une dĂ©prime qui explique autant leurs visions (dĂ©cors dĂ©formĂ©s, couleurs bizarres, visions d’animaux) que leur dĂ©bit robotique et sans âme dans les dialogues parlĂ©s : l’idĂ©e est intĂ©ressante mais trop ennuyeuse sur la durĂ©e au niveau théâtral. L’esthĂ©tique jeu vidĂ©o, aux beaux dĂ©cors inspirĂ©s d’Alekos Hofstetter, joue aussi sur cette distanciation utile pour quitter les rivages d’une intrigue naĂŻve : fallait-il cependant choisir des costumes aussi laids avec leurs couleurs bleu et orange criardes ? Si l’utilisation de la vidĂ©o avec deux Ă©crans en avant et en arrière-scène modernise l’action par ses effets de perspective saisissants dans la Gorge-aux-Loups, on est moins convaincu en revanche par l’ajout d’un drone, censĂ© nous rappeler les dangers de la banalisation du recours Ă  la robotisation Ă  outrance : le lien avec les balles diaboliques est tĂ©nu, mais Morabito et Wieler osent tout pour dĂ©noncer l’inhumanitĂ© des travers de nos sociĂ©tĂ©s modernes.

Face Ă  cette mise en scène inĂ©gale, le plateau vocal rĂ©uni s’avère on ne peut plus satisfaisant en comparaison. Ainsi de la lumineuse Lenneke Ruiten (Agathe), Ă  la petite voix idĂ©ale de fraicheur et de raffinement dans les nuances. Sa comparse Josefin Feiler (Aennchen) a davantage de caractère, brillant avec aisance dans les changements de registres. La dĂ©ception vient du chant aux phrasĂ©s certes d’une belle noblesse de Jussi Myllys (Max), mais trop peu projetĂ© dans le mĂ©dium et l’aigu, avec un positionnement de voix instable dans les passages difficiles. Rien de tel pour David Steffens (Kaspar), le plus applaudi en fin de reprĂ©sentation, qui s’impose avec son chant vaillant Ă  la diction assurĂ©e, le tout en un impact physique percutant. Si les seconds rĂ´les sont tous parfaitement distribuĂ©s, on notera la prestation frustrante de l’Ermite de Roman Polisadov, aux graves splendides de rĂ©sonance, mais manifestement incapable d’Ă©viter quelques dĂ©calages avec la fosse. Le choeur de l’OpĂ©ra national du Rhin livre quant Ă  lui une prestation alliant engagement et prĂ©cision de tous les instants, de quoi nous rappeler qu’il figure parmi les meilleurs de l’hexagone.

A la tĂŞte d’un Orchestre symphonique de Mulhouse en grande forme (Ă  l’exception du pupitre perfectible des cors), Patrick Lange fait des dĂ©buts rĂ©ussis ici, faisant l’Ă©talage de sa grande classe dans l’Ă©tagement et la finesse des dĂ©tails rĂ©vĂ©lĂ©s, en une direction finalement très française d’esprit. Les tempi respirent harmonieusement, en des couleurs dignes d’un ancien Ă©lève de Claudio Abbado, mĂŞme si on aimerait ici et lĂ  davantage d’Ă©lectricitĂ© pour oublier l’Ă©lĂ©gance et plonger Ă  plein dans le drame. C’est ce palier que doit encore franchir l’actuel chef principal de l’OpĂ©ra de Wiesbaden pour rentrer dans le cercle très fermĂ© des maestros d’exception.

 

 

 

 

 

 

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Compte-rendu, opĂ©ra. Strasbourg, OpĂ©ra national du Rhin, le 17 avril 2019. Weber : Der FreischĂĽtz. Lenneke Ruiten (Agathe), Josefin Feiler (Aennchen), Jussi Myllys (Max), David Steffens (Kaspar), Frank van Hove (Kuno), Jean-Christophe Fillol (Kilian), Ashley David Prewett (Ottokar), Roman Polisadov (L’Ermite). Orchestre symphonique de Mulhouse et chĹ“urs de l’OpĂ©ra national du Rhin, direction musicale, Patrick Lange / mise en scène, Jossi Wieler, Sergio Morabito.
A l’affiche de l’Opéra national du Rhin, à Strasbourg jusqu’au 29 avril 2019 et à Mulhouse les 17 et 19 mai 2019. Illustrations : © Klara Beck / Opéra National du Rhin 2019