Premier Beethoven au TAP de Poitiers

Poitiers, TAP. Lundi 7 décembre 2015. 20h. Concert Beethoven, Philippe Herreweghe.Superbe concert symphonique au Théâtre Auditorium de Poitiers, ce 7 décembre 2015 où la fine caractérisation des instruments d’époque renouvelle notre perception des deux premières Symphonies et du Concerto en ré de Ludwig van Beethoven. Philippe Herreweghe s’intéresse au Beethoven le plus fougueux, le plus libérateur celui qui des cendres encore chaudes de la Révolution, bâtit un nouvel ordre musical, poétique et esthétique offrant enfin au siècle romantique, un langage digne de ses ambitions et de ses défis. Partenaire de l’orchestre dans le Concerto pour violon, l’éblouissante violoniste Isabelle Faust, alliant finesse, pudeur, intériorité restitue au Concerto en ré majeur, son étoffe émotionnelle tissée d’élan et de promesse amoureuse car Beethoven est alors le fiancé secret de Thérèse de Brunswick.

Philippe Herreweghe et l'Orchestre des Champs Elysées à Poitiers

 
 

Fidelio de BeethovenAux sources du romantisme beethovénien. Le collectif d’instrumentistes sur instruments d’époque fondé par Philippe Herreweghe revisite le pilier de son répertoire : le premier romantisme avec le Beethoven des années 1800 / 1803. Revenir à Beethoven reste pour un orchestre un défi qu’il est toujours indispensable de requestionner, c’est tout un imaginaire esthétique, tout un monde sonore qui s’affirme dans les derniers feux du classicisme viennois, ceux éblouissants des inventeurs et des poètes – Haydn et Mozart ; chantre de l’avenir, Ludwig trentenaire à Vienne en 1800 (Symphonie n°1) puis 1803 (n°2), affirme de nouveaux horizons définissant le romantisme allemand, quand Bonaparte, héros des Lumières, semble redessiner une nouvelle Europe politique et sociétale, fruit de la société des Lumières et de la Révolution française (de facto, la n°3 “Héroïca”, créée en 1804,  porta comme première dédicace “Bonaparte”, le héros libérateur de la tyrannie des monarchies).

Critiquée pour sa fureur militaire qui déchirait les tympans plutôt qu’elle ne touchait le cœur, la Symphonie n°1 est encore très redevable à Haydn. De fait, la partition de ce premier opus symphonique beethovénien, est dédié au librettiste de Haydn, le baron Gottfried van Swieten, poète de la Création, l’oratorio prophétique et panthéiste du bon papa Haydn. Le large accord dissonant d’ouverture est un signe sans appel : ce qui suit ouvre une nouvelle ère (accord dissonant de septième de dominante du ton de fa majeur). L’offrande la plus originale cependant est reste le “Menuet” (3ème mouvement Menuetto : Allegro molto e vivace) qui est déjà un véritable scherzo, dont le tempo est deux fois plus vif et alerte que les menuets de Haydn et Mozart.

La Seconde Symphonie de Beethoven prolonge les avancées de la n°1 : elle est contemporaine d’une grave crise dans la vie du compositeur : époque critique et dépressive mais aussi refondatrice de la pensée musicale telle qu’elle est alors rédigée dans le testament d’Heiligenstadt, marquant la maturité d’un auteur qui s’enfonce un peu plus dans la surdité. C’et le point culminant donc finale de la Symphonie Sonate héritée des Lumières, d’une joie enivrante malgré les événements tragiques de la vie intime. Ici, Beethoven parachève l’évolution de la Symphonie moderne : le Scherzo est nommément signifié et écrit sur le manuscrit (au lieu de “Menuet”). Une page est tournée dans le grand livre de la Symphonie beethovénienne…

Le Concerto pour violon en ré majeur opus 61, d’une architecture solaire, est contemporain de la Symphonie n°4 et des 3 Quatuors Razumowski : il est dédié au violoniste virtuose Franz Clement qui en assure la création le 23 décembre 1806. C’est l’heure de l’insuccès de l’opéra Fidelio et aussi des fiançailles secrètes avec Thérèse de Brunswiick en mai 1806. De fait relié à ce miracle de la vie intime, le Concerto pour violon est souvent considéré comme un poème amoureux, porté par le bonheur et la promesse d’un amour durable, comme en témoigne surtout la tonalité bienheureuse, extatique de mouvement central (Larghetto en sol majeur).

 
 
 

boutonreservationBeethoven au TAP de Poitiers
Lundi 7 décembre 2015, 20h

Ludwig van Beethoven :
Concerto pour violon en ré majeur op. 61,
Symphonie n°1 en ut majeur op. 21,
Symphonie n°2 en ré majeur op. 36

Places numérotées
Durée : 2h avec entracte
1 bd de Verdun 86000 Poitiers
Résa-info +33 (0)5 49 39 29 29

Orchestre des Champs-Elysées

Philippe Herreweghe, direction
Isabelle Faust, violon

 

Illustration : Philippe Herreweghe dirige l’Orchestre des Champs Elysées © A.Péquin