COMPTE-RENDU critique, ballet. PARIS, Opéra Garnier, le 9 oct 2020 : Étoiles d’opéra

etoiles-de-l-opera-hugo-marchand-pagliero-critique-danse-classiquenewsCOMPTE-RENDU critique, ballet. PARIS, Opéra Garnier, le 9 oct 2020. Fokine, Forsythe, Graham, Van Manen, Marriott, Neumeier, Robbins, chorégraphes. Mathieu Ganio, Ludmila Pagliero, Hugo Marchand, Laura Hecquet, Emilie Cozette, Étoiles. Elena Bonnay, Ryoko Hisayama, piano. Le programme néoclassique au sens large du terme avec solos et duos, met en valeur des Étoiles (et trois Premiers Danseurs) ; couplé à un second programme signé Noureev, il sert d’ouverture à la saison danse 2020 2021. La soirée éclectique comble le public friand de danse, et quelque peu téméraire, curieux d’œuvres plus ou moins iconiques ou caractéristiques du 20e siècle jusqu’au nôtre, de Fokine jusqu’à l’entrée au répertoire signée Marriott, comptant aussi Martha Graham, Hans van Manen, Forsythe, Neumeier… C’est un cadeau purement affectif aux danseurs qu’il est agréable de revoir danser ; ainsi qu’à l’auditoire visiblement emballé par les performances malgré l’ambiance étrange, pandémie oblige.

Rentrée Etoilée en temps de crise
Pas de deux et solos des XX / XXIè

L’Étoile Mathieu Ganio, prince romantique par excellence, ouvre la soirée avec l’entrée au répertoire du solo « Clair de Lune » du britannique Alastair Marriott, musique éponyme de Debussy. L’’intensité émotionnelle de l’interprétation, la beauté sublime des mouvements bouleversent. Ses lignes si belles, sa musicalité enchanteresse font presque oublier sa condition physique étonnamment élyséenne… Sa prestation d’Antinoüs nous transcende et nous transforme en Hadrien, épris d’amour divin. Une heureuse et poétique entrée au répertoire mémorable.

Après un précipité viennent les Trois Gnossiennes de Hans van Manen, bijoux d’abstraction néoclassique, de sensualité subtile et de musicalité ! Le couple d’Étoiles Ludmila Pagliero et Hugo Marchand forme un partenariat réussi (notre photo ci dessus) ; lui, assurant sans faille les portés compliqués ; elle avec une aisance frappante, faisant de la gravité comme si de rien n’était. L’aisance de Ludmila Pagliero dans ce langage chorégraphique est évidente, sa prestation dès le début interpelle par l’excellence, l’attitude délicieuse, l’extension insolente.

Un moment très attendu de la soirée, car l’œuvre est aussi puisante que rare : l’interprétation du solo « Lamentation » de Martha Graham, dont certains ont peut-être le souvenir, au moins photographique, de la chorégraphe torturée dans le tube de tissu qu’est le costume : cette « tragédie qu’obsède le corps ». La performance de l’Étoile Emilie Cozette fusionne austérité pesante et dignité solaire. C’est beau, mais la caractérisation révèle quelques faiblesses. Après cette respiration tortueuse sous la musique de Kodaly, voici le pas de deux, entre désinvolture et énergie : Herman Schmerman de William Forsythe (musique originelle de Thom Willems), par les Premiers Danseurs Vincent Chaillet et Hannah O’Neill. Le danseur est tout simplement idéal pour Forsythe. Elle est incroyable, percutante à souhait et lui un partenaire de qualité, virevoltant et décalé autant que précis et tranchant dans ses mouvements rapides.

L’œuvre la plus ancienne et iconique du programme, la Mort du Cygne de Michel Fokine (créé par Anna Pavlov en 1907) affirme la Première Danseuse Sae Eun Park, interprète marquante par ses capacités dramatiques et la beauté de ses lignes. Elle est bouleversante par son intériorité languissante, par une sorte de sérénité, tout exultante et balsamique. Les bravos disent alors l’enthousiasme du public.

A Suite of dances de Jerome Robbins, crée en 1994 par Mikhail Baryshnikov, est dansé par l’Etoile Hugo Marchand (musiques de Bach par la violoncelliste Ophélie Gaillard sur scène). L’Étoile masculine s’approprie une chorégraphie pleine d’humour, inéluctablement automnale. Débuts désinvoltes, ma non troppo, puis conclusions gaillardes, ma non tantol ; les entrechats sont impeccables ; puis jaillit le point central du ballet où il est le plus grave et déconcertant. La fin avec ses enjambements pleins de candeur et de naturel.
évoque les pas de danse libre d’Isadora Duncan,

En guise de fin, le pas de deux champêtre du ballet de Neumeier, La Dame aux Camélias (musiques de Chopin par Ryoko Hisayama au piano). L’Etoile Laura Hocquet y est époustouflante ! Ravissante et rayonnante de bonheur et d’allégresse amoureuse, la danseuse s’impose aux côtés de l’Étoile Mathieu Ganio (superbes portés tout particulièrement difficiles).

Une soirée onirique, généreusement étoilée, qui aspire à la profondeur et à l’élévation, mais surtout un cadeau au public et aux danseurs, où la beauté est le maître-mot. Spectacle « Etoiles de l’Opéra » / A l’affiche de l’Opéra Garnier les 13, 14, 19, 20, 23, 27 et 29 octobre 2020.
https://www.operadeparis.fr/saison-20-21/ballet/etoiles-de-lopera