#EUROBALCON. Confinement : Te Deum de Charpentier, tous les vendredi Ă  19h

Eurobalcon_visuel_bandeau-concert-confinement-balcon-te-deum-charpentier-classiquenews#EUROBALCON. Confinement : Te Deum de Charpentier, tous les vendredi Ă  19h – « À VOS BALCONS, À VOS FENÊTRES ! TOUS LES VENDREDIS À 19h, et dĂšs le 3 avril 2020 », dans un communiquĂ© deux conservatoires unissent leurs voix et soulignent combien il est difficile pour les instrumentistes de concilier confinement et entretien nĂ©cessaire (quotidien) de leur pratique : « En plus de l’isolement que nous partageons tous, ils ont souvent des difficultĂ©s pour combiner en habitat urbain le respect de leur voisinage et les nombreuses heures quotidiennes de travail nĂ©cessaires Ă  la pratique de leur art. Des difficultĂ©s que les Ă©tudiants partagent avec leurs enseignants et avec beaucoup de musiciens professionnels. Des difficultĂ©s qui n’empĂȘchent pas musiciens et danseurs de continuer de s’exprimer, notamment sur les rĂ©seaux sociaux, de fĂ©dĂ©rer autour de leur art et de s’associer au soutien de la population et des soignants, Ă  leur façon. »
Aussi les deux Conservatoires Nationaux SupĂ©rieurs de Musique et de Danse de Paris et Lyon proposent un moment symbolique de rencontre entre leurs Ă©tudiants musiciens, leurs enseignants et le public, et plus largement entre tous ceux qui jouent d’un instrument ou qui chantent :

 

 

tous les vendredis soir Ă  19h
jouez, chantez le début du TE DEUM

 
du compositeur baroque français Marc-Antoine Charpentier,
ex hymne de l’Eurovision, associĂ© Ă  chaque programme de tĂ©lĂ©vision en diffusion europĂ©enne.

 

Chacun quelque soit son niveau peut participer / partitions disponibles ici : https://cmbv.fr/fr/actualites/eurobalcon

 

 

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Chaque vendredi Ă  19h,
tous Ă  vos fenĂȘtres, tous Ă  vos balcons,
pour 1’30 de musique.
C’est EUROBALCON !

partagez : #eurobalcon

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CD, critique. ORPHEE AUX ENFERS (Vox Luminis, A Note temporis, 1 cd Alpha, 2019)

orphee aux enfers charpentier vox luminis nocte temporis meunier mechelen cd alpha critique opera baroque classiquenewsCD, critique. ORPHEE AUX ENFERS (Vox Luminis, A Note temporis, 1 cd Alpha, 2019). La Descente d’OrphĂ©e aux enfers est le joyau de ce double regard orphique qui comprend aussi la courte cantate plus ancienne et sur le mĂȘme thĂšme OrphĂ©e descendant aux enfers (1684). La partition plus ancienne est une premiĂšre Ă©pure, directe, serrĂ©e, incisive comme une gravure Ă©conome de ses traits. La Descente plus dĂ©veloppĂ©e, en tableaux aboutis, au souffle pathĂ©tique et tragique – est composĂ©e pour la cour de Marie de Lorraine probablement en 1687 : Charpentier n’a rien laissĂ© du 3Ăš acte oĂč OrphĂ©e Ă©tait dĂ©vorĂ© par les mĂ©nades. Comme chez Monteverdi, le dĂ©but met en scĂšne des nymphes charmantes bientĂŽt apitoyĂ©es par le deuil qui Ă©treint et dĂ©vore OrphĂ©e ayant perdu Eurydice, Charpentier excelle dans l’évocation des bocages tendres. Pourtant une tension enfle trĂšs vite – nervositĂ© propre au baroque français, car tous invectivent l’inflexibilitĂ© des dieux. Le mordant du choeur s’enflamme et perce directement au choeur, tandis que l’OrphĂ©e de Reinoud van Mechelen se languit dans la perte d’une insondable douleur. Charpentier suit les Italiens et son maĂźtre Ă  Rome Carrissimi et aussi Monteverdi, tout inspirĂ© par la figure du poĂšte blessĂ©, atteint au coeur.

Charpentier aime s’alanguir et respirer dans une voluptĂ© Ă©lastique dont la courbe expressive et la flexibilitĂ© se dĂ©voilent idĂ©alement dans la couleur et la cohĂ©rence indiscutable du chƓur des Nymphes & des Bergers, incarnĂ©s par les chantres magistraux de Vox Luminis, collectif de luxe et de passion maĂźtrisĂ©e (qualitĂ© de leur effusion lacrymale dans le chƓur final du premier acte).
La seconde partie qui est celle de la Descente aux enfers proprement dite vaut surtout pour le choeur lĂ  encore, aux accents et nuances picturales, et pour la Proserpine Ă  la fois intense et franche de la soprano StĂ©phanie True. Dans l’articulation qui mĂšne de la terre pastorale des bergers au gouffre infernal, Charpentier articule et s’électrise mĂȘme Ă  la Lully, Ă©voquant le drame mais aussi la volontĂ© d’OrphĂ©e d’en dĂ©coudre (intermĂšde entre les deux actes, trĂšs investi et au relief expressif).
LĂ©nifiant, suave voire un peu lisse, OrphĂ©e sait adoucir les tourments des trois torturĂ©s rencontrĂ©s ici bas (Ixion, Tantale, Titye) vraie prĂ©figuration dans le lugubre infernal, des trois Parques Ă  venir chez Rameau (Hippolyte et Aricie). On y dĂ©tecte la mĂȘme tension pour le rictus (de douleur), l’imprĂ©cation exacerbĂ©e, sans les audaces harmoniques ramĂ©liennes.
Dans l’empire de la mort, OrphĂ©e sait inflĂ©chir et toucher le coeur de Proserpine, meilleure entrĂ©e pour vaincre et adoucir la rigueur de Pluton : de fait, s’il rĂ©clame la rĂ©surrection de son aimĂ©e Eurydice, OrphĂ©e souligne combien sa requĂȘte est fugace ; il reviendra mortel avec sa belle, se soumettre Ă  Pluton
 Ainsi vivent et meurt les hommes, mais sur terre, l’amour leur est capital.

En dĂ©pit des beautĂ©s chorales de cette lecture trĂšs esthĂ©tique, on reste moins convaincu par l’accentuation du vieux françois, oĂč « souviens-toi » devient « souviens touÚ », intĂ©grant une saveur rustique dans l’air charmant et sĂ©ducteur d’OrphĂ©e : « Ah, Ah, laisse touĂš toucher  » ; rien Ă  reprocher au chant ondulant et flexible du soliste Reinoud van Mechelen. Mais c’est dĂ©cidĂ©ment les couleurs profondes, intĂ©rieures du continuo (A Nocte temporis, collectif fondĂ© par le tĂ©nor flamand) et de l’admirable chƓur qui atteint souvent l’homogĂ©nĂ©itĂ© expressive des Arts Flo, qui nous charment ici, avant toute chose (dernier choeur des Ombres heureuses, avec lequel Charpentier achĂšve sa partition). En descendant aux enfers, OrphĂ©e les a pacifiĂ©s. Divin pouvoir du chant. Voici certainement, malgrĂ© quelques rĂ©serves, les piliers de la nouvelle gĂ©nĂ©ration baroque.

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CD, critique. ORPHEE AUX ENFERS (Vox Luminis, A Nocte temporis, 1 cd Alpha, 2019)

 

ACHETER le programme : https://lnk.to/Orphee_CharpentierYV

 

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TEASER VIDEO :

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra, GENEVE,Grand-Théùtre, 30 avril 2019. CHARPENTIER : Médée. L Garcia Alarcón / David Mc Vicar

COMPTE-RENDU, opĂ©ra, GENEVE,Grand-ThĂ©Ăątre, 30 avril 2019. CHARPENTIER : MĂ©dĂ©e. L Garcia AlarcĂłn / David Mc Vicar. On attendait la tension, la dĂ©mesure, la grandeur tragique, mais aussi l’intime, la plainte, la magie. On sort partagĂ©. Cette rĂ©alisation scĂ©nique est admirable, cohĂ©rente, accomplie, tout comme la performance musicale, de haut niveau. Mais chacun semble exercer son art dans un registre incompatible. La transposition triviale, parfois boulevardiĂšre, rĂ©duit la tragĂ©die Ă  une trahison suivie d’un accĂšs de folie criminelle. L’émotion est ramenĂ©e Ă  la lecture d’un fait divers horrible. Certes, CrĂ©use souffre de l’embrasement interne de sa somptueuse robe, la puissance dĂ©moniaque de MĂ©dĂ©e Ă©lectrocute les gardes chargĂ©s de se saisir d’elle, des diables et diablesses surgissent, pour une bacchanale effrĂ©nĂ©e. C’est beau, mais on demeure spectateur. OĂč sont cette dĂ©mesure, la force paroxystique, le surnaturel ?

 

 

 

McVicar, l’anti-mythe

 

 

 

On ne prĂ©sente plus David Mc Vicar, auquel on est redevable depuis vingt ans de tant de rĂ©ussites, ainsi son Wozzeck donnĂ© ici mĂȘme en 2017. Toute l’action se dĂ©roule dans l’espace d’un somptueux salon sur lequel s’ouvrent trois hautes portes vitrĂ©es. Nous sommes Ă  Londres durant la seconde guerre mondiale. Les changements Ă  vue (ainsi la carlingue d’un avion de chasse oĂč CrĂ©use et Oronte vont s’installer) et de judicieux Ă©clairages suffiront Ă  permettre la variĂ©tĂ© des tableaux. Les nombreux costumes, uniformes militaires, tenues de soirĂ©e, travestissements des danseurs, sont autant de rĂ©ussites.

La dissonance entre le texte chantĂ©, la musique instrumentale et le cadre visuel est d’autant plus flagrante que la direction d’acteur, millimĂ©trĂ©e, nous vaut parfois de vĂ©ritables caricatures (ainsi, la distinction de l’officier de marine opposĂ©e Ă  la dĂ©sinvolture grossiĂšre de l’aviateur). On frĂŽle plus d’une fois le thĂ©Ăątre de boulevard et Broadway. Des dĂ©fections du public qui se font jour Ă  la faveur des entractes confirment notre perplexitĂ© : la catalyse que l’on espĂšre ne se rĂ©alise que rarement, dans les moments oĂč l’on oublie cette histoire substituĂ©e, qui relĂšve du fait divers.

CHARPENTIER critique classiquenews critique opera medee_gpiano_c_gtg_magali_dougados-0506-thumbMĂ©dĂ©e, la plus paroxystique des hĂ©roĂŻnes, femme et magicienne, barbare et tendre, exilĂ©e, vulnĂ©rable par son amour, sacrifiera tout aprĂšs s’ĂȘtre sacrifiĂ©e. MalgrĂ© cet amour, ses efforts, ses renoncements, elle n’appartient pas Ă  ce monde d’aristocrates affairistes. DĂšs son premier air « un dragon assoupi », sa puissance est manifeste, terrifiante. La prise de rĂŽle de Anna Caterina Antonacci est pleinement convaincante. Sa voix ample, dans une tessiture qui lui convient Ă  merveille, se dĂ©ploie avec toutes les expressions attendues. Elle est MĂ©dĂ©e, dont elle a la maturitĂ© et la passion. Plus qu’aucun autre, le rĂŽle de MĂ©dĂ©e exige une diction parfaite, propre Ă  illustrer le poĂšme de Thomas Corneille, et c’est un modĂšle que celle de notre prima donna. Son engagement est absolu, sa rĂ©sistance surhumaine, tant au plan dramatique que pour ce qui relĂšve de la voix. Il n’est pas de rĂ©citatif d’air ou de duo qui laisse indiffĂ©rent. Lorsqu’elle chante « Je sens couler mes larmes », avec tendresse et douleur, comment retenir les nĂŽtres ? La duplicitĂ©, le mensonge, les arrangements douteux, la trahison entraĂźneront sa vengeance et ses crimes, et malgrĂ© l’horreur qu’ils nous inspirent, on l’acquitterait volontiers, tant elle nous fait partager sa souffrance et sa folie.

CHARPENTIER critique opera classiquenews medee_pg_c_gtg_magali_dougados-0156-thumbChanteur accompli, particuliĂšrement familier de ce rĂ©pertoire, Cyril Auvity campe un Jason, imbu de sa personne, inconstant, faible, fourbe dĂšs la deuxiĂšme scĂšne, habile, touchant par ses dĂ©fauts, trop humains. La voix est rayonnante, ample, souple, longue d’une articulation exemplaire avec un style exemplaire. Le CrĂ©on de Williard White ne manque pas de noblesse. Bien timbrĂ©e, parfois instable, la basse est puissante mais pĂȘche par une prononciation teintĂ©e de couleurs anglo-saxonnes. AprĂšs son affrontement avec MĂ©dĂ©e, son air de la folie est de belle facture. Sa fille, CrĂ©use, la rivale de MĂ©dĂ©e, est chantĂ©e par Keri Fuge, beau soprano, Ă©panoui, qui donne une subtilitĂ© psychologique inattendue au personnage. Charles Rice – dont on se souvient de la prestation dans Viva la mamma ! – nous vaut un Oronte de qualitĂ©, juste dans son expression. La NĂ©rine d’Alexandra Dobos-Rodriguez fait partie des heureuses dĂ©couvertes de la soirĂ©e. D’une aisance vocale rare, son Ă©mission et son jeu nous sĂ©duisent. Il faut encore signaler Magali LĂ©ger, que l’on apprĂ©cie dans le rĂ©pertoire baroque français, dans trois petits rĂŽles Ă  sa mesure, comme JĂ©rĂ©mie SchĂŒtz et Mi-Young Kim. Le ChƓur du Grand ThĂ©Ăątre , pleinement investi, donne le meilleur de lui-mĂȘme, puissant, Ă©quilibrĂ©, d’une diction souveraine. Son jeu scĂ©nique est exemplaire. Le corps de ballet, virtuose, frĂ©quemment sollicitĂ©, dans les styles les plus variĂ©s, participe Ă  la rĂ©ussite visuelle du spectacle.

charpentier critique opera classiquenews medee_gpiano_c_gtg_magali_dougados-0257-thumbComme Ă  Londres, le prologue est amputĂ© et n’en subsiste que l’ouverture. Ce qui nous vaut un autre contresens : sĂ©duisant, dĂ©coratif, tendre et enlevĂ©, ce qui sied idĂ©alement Ă  l’allĂ©gorie chantant les mĂ©rites de Louis XIV, elle dĂ©tonne lorsqu’elle est accolĂ©e Ă  la premiĂšre scĂšne, oĂč les Ă©lĂ©ments du drame sont exposĂ©s. L’allĂšgement de certains rĂ©citatifs sauve l’essentiel. Conduits avec justesse, fluiditĂ© et expressivitĂ©, ceux-ci s’intĂšgrent parfaitement au flux musical conduit par Leonardo Garcia AlarcĂłn. Il en va de mĂȘme des abondantes danses et divertissements, qui prolongent le drame, lorsqu’ils n’y participent pas directement, et lui donnent sa respiration. C’est un constant rĂ©gal que la vie qu’il insuffle Ă  sa Capella Mediterranea : du continuo (avec la merveilleuse Monika Pustilnik, entre autres) aux cordes, aux vents et Ă  la percussion, l’équilibre, le relief, les couleurs sont plus prĂ©sents que jamais. Son attention au chant ne se relĂąche pas, et si, rarement quelques dĂ©calages sont perceptibles, ils sont immĂ©diatement corrigĂ©s.

Au sortir de cette extraordinaire prestation, on se prend Ă  rĂȘver de ce qu’aurait pu rĂ©aliser un metteur en scĂšne, musicien, ayant compris le sens profond ainsi que la force du poĂšme de Thomas Corneille, comme celui de la musique magistrale de Charpentier


 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, opéra, GENEVE, Grand-Théùtre, 30 avril 2019.

M.-A. CHARPENTIER : MĂ©dĂ©e. Leonardo Garcia AlarcĂłn / David Mc Vicar. Anna Catrina Antonacci, Cyril Auvity, William White, Keri Fuge, Charles Rice. CrĂ©dit photographique © GTG – Magali Dougados

 

 

 

 

 

 

CD, compte rendu critique. Bien que l’Amour
 (Les Arts Florissants. William Christie)

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsCD, compte rendu critique. Bien que l’Amour
 (Les Arts Florissants. William Christie). Sur l’arc tendu de Cupidon, Les Arts Flo redoublent d’ingĂ©nieuse intelligence. Qu’elle soit comique, amoureuse, tragique ou langoureuse, la veine dĂ©fendue atteint un miracle d’ivresse sonore, vocale et instrumentale ; l’écoute collective, le geste individualisĂ©e, la caractĂ©risation poĂ©tique et intĂ©rieure font une collection de dĂ©lices sonores et sĂ©mantiques d’une profonde subtilitĂ©. De toute Ă©vidence, voici l’une des rĂ©alisations discographiques qui confirme les profondes et indĂ©passables affinitĂ©s de William Christie avec la poĂ©sie amoureuse du Grand SiĂšcle français.

 

 

Bien que l’amour


Christie, maßtre du Baroque poétique et amoureux

 

 

 

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsC’est l’attention au verbe, Ă  chaque image du mot, chaque Ă©motion du texte et une Ă©coute d’un chanteur Ă  l’autre, d’un instrumentiste Ă  l’autre qui subliment la chair suave et indiciblement nostalgique des poĂšmes regroupĂ©s ici. Qu’elles soient Iris, ClimĂšne
 les amoureuses s’alanguissent ou restent inatteignables donc fantasmĂ©es. Mais Ă  l’acuitĂ© du chant, prĂ©cis, mesurĂ©, rĂ©pond l’évanescence enivrĂ©e des suggestions musicales. Lambert amoureux, La Fontaine perspicace pertinent (Epitaphe d’un paresseux sur la musique du grand Couperin – excusĂ© du peu
), HonorĂ© d’Ambruys (secret, doux, Ă  l’énigmatique tendresse : Le doux silence de nos bois), 
 tous et chacun sont nos guides dans cette carte en tendresse, ce labyrinthe des coeurs Ă©prouvĂ©s, un temps inquiets, en attente, en dĂ©sir voire en souffrance mais toujours accomplis. Le charme opĂšre ; le geste esquisse le plus subtile des dessins immatĂ©riels mais la musique du verbe s’inscrit dans notre esprit. Et grĂące au magicien Christie, – peintre des nuances musicales-, le rĂȘve de l’amour tremble et frĂ©tille comme un dĂ©licieux songe que la musique fait durer, au delĂ  des siĂšcles.
Plus mordant et espiÚgle, le maßtre nous abreuve aussi de la pointe plus affûtée du rire parodique ou de la comédie délirante, préservée dans les ScÚnes et IntermÚdes pour Le Mariage forcé de MoliÚre, musique de Charpentier. Les trois chanteurs : Marc Mauillon,
Cyril Auvity, Lisandro Abadie
redoublent de connivente facĂ©tie, chacun apportant l’acuitĂ© caressante de son timbre complĂ©mentaire.
Aux cĂŽtĂ©s du raffinement, c’est dans le style collectif, la vĂ©ritĂ© et la sincĂ©ritĂ© des interprĂštes qui nous touchent infiniment. A noter parmi les instrumentistes des Arts florissants ici rĂ©duits au diapason de ce rĂȘve chambriste, l’excellente gambiste Myriam Rignol dont on sait Ă  prĂ©sent l’intelligence musicale et la virtuositĂ© tout en raffinement parmi son propre ensemble, Les Timbres (pour nous l’un des meilleurs ensembles rĂ©cents dĂ©diĂ©s Ă  la musique baroque). Programme miraculeux. Et donc CLIC de classiquenews de l’étĂ© 2016. Un disque que l’on emporte avec nous sur l’üle dĂ©serte et dĂ©jĂ , sur la plage en juillet et en aoĂ»t 2016.

CD, compte rendu critique. Bien que l’Amour
 Airs sĂ©rieux et boire. Les Arts Florissants. William Christie, direction. 1 cd Harmonia Mundi HAF 8905276.

 

CD, compte rendu critique. Cyril Auvity, haute contre. Stances du Cid (L’Yriade. 1 cd Glossa GCD 923601)

charpentier stances du cid airs de cour cyril auvity glossa cd review critique classiquenews presentation 1540-1CD, compte rendu critique. Cyril Auvity, haute contre. Stances du Cid (L’Yriade. 1 cd Glossa GCD 923601). Difficile de demeurer insensible Ă  la dĂ©clamation fluide et naturelle, trĂšs articulĂ©e de la haute-contre française Cyril Auvity, au sommet de ses facultĂ©s vocales et expressives,et toujours prĂȘt Ă  relever les dĂ©fis de partitions mĂ©connues comme ici ou de programme thĂ©matiquement pertinents, surtout cohĂ©rents. Un prochain disque Ă  paraĂźtre d’ici dĂ©cembre 2016, dĂ©diĂ© aux Motets de ClĂ©rambault (totalement inĂ©dits et pourtant d’une puissance dramatique absolue) le prouvera encore (rĂ©alisĂ© grĂące Ă  la volontĂ© dĂ©fricheuse de l’organise Fabien Armengaud et son excellent ensemble SĂ©bastien de Brossard). Enregistrement rĂ©alisĂ© en Belgique en mai 2015, le prĂ©sent recueil Stances du Cid incarne un standard du rĂ©cit français traversĂ© par l’Ă©thique morale, un rien rigide mais toujours Ă©tonnamment noble et solennel, d’un hĂ©roĂŻsme loyal sans Ă©gal, presque shakesparien tel qu’il fut portĂ© sous Louis XIII et au dĂ©but du rĂšgne de Louis XIV par l’illustre Pierre Corneille.

 

 

 

Cyril Auvity captive par un chant tendre, nuancé, flexible

Langoureuse lyre du Grand SiĂšcle

 

 

AUVITY Cyril stances du cid classiquenews rreview critique compte rendu criitique cyrilauvity-sbcmCyril Auvity construit ce programme rĂ©jouissant autour de la particularitĂ© de sa voix et de celle de l’air de cour. Le style vocal du chanteur, parfaitement intelligible et d’une tenue dramatique naturelle (mi air mi rĂ©cit), souvent franche et directe exprime parfaitement les tourments et les doutes du Cid, dĂšs les 3 premiers airs de Charpentier (“fait-il punir le pĂšre de ChimĂšne? ….(…) Tous mes plaisirs sont morts “…, dilemne central du cƓur hĂ©roĂŻque, tiraillĂ© entre amour et honneur, dĂ©sir et dĂ©voir). La tendresse subtilement Ă©noncĂ©e du Cid paraĂźt sans fadeur ni prĂ©ciositĂ© maniĂ©riste dans un chant droit, timbrĂ©, aux phrasĂ©s dĂ©licats et mesurĂ©s. C’est l’offrande – en sol mineur, tonalitĂ© de la douceur ardente, entre priĂšre et Ă©nergie intĂ©rieure voire tristesse osbcure finale-, d’un compositeur Ă©pris de prosodie exacte et efficace (moins de 2mn pour chaque), et en 1680, dĂ©jĂ  postĂ©rieure Ă  lapiĂšce de Corneille de prĂšs de 40 ans… Le timbre de Cyril Auvity exprime le tourment et le dĂ©sarroi voire l’impuissance du jeune Rodrigue qui bien que guerrier aguerri ne maĂźtrise rien des Ă©lans du cƓur.
charpentier marc antoineMarc-Antoine Charpentier diffuse ses airs de cours – mĂ©lodies que tout un chacun peut entonner chez lui, partout dans ses dĂ©placements et devant sa famille ou ses amis-, dans les colonnes du Mercure Galant, fondĂ© par un proche Jean Donneau de VisĂ©. Aux cĂŽtĂ©s de Marc-Antoine Charpentier, le chanteur joint d’autres mĂ©lodies au texte tout autant Ă©loquent, matiĂšre Ă  articuler et nuancer la projection vivante et colorĂ©e du texte poĂ©tique, signĂ©es du poitevin Michel Lambert Ă©tabli Ă  Puteaux (remarquĂ© et favorisĂ© par MouliniĂ© puis Richelieu et les OrlĂ©ans, puis proche de Lully qui Ă©pouse d’ailleurs sa fille Madeleine) … Lambert, Charpentier, deux immenses gĂ©nies de la lyre poĂ©tique, intime et introspectives de l’Ăąme baroque. En tĂ©moignent dans ce recueil Ă©patant : la volontĂ© fĂ©brile de l’amant trahi entre volontĂ© puis faiblesse de l’une des plus longues (plus de 4mn) : “Non je ne l’aime plus” ; langueur en forme de chaconne de Ma bergĂšre de Lambert… L’extase langoureuse, le rĂȘve amoureux dĂ©chirĂ© (“Vous me donnez la mort”… de “Rendez-moi mes plaisirs / ma Sylvie”…de Charpentier), la quĂȘte d’un dĂ©sir insatisfait… tout est dit ici avec une attention superlative au texte, Ă  la rĂ©sonance intime de chaque note, donc de chaque image Ă©motionnelle qu’elle fait naĂźtre. Grand diseur baroque ici de l’introspection poĂ©tique (la psychanalyse serait-elle finalement nĂ©e Ă  l’Ă©poque de Corneille, et dans cette poĂ©tique musicale de l’air de cour, plus tard sublimĂ© derechef et davantage parlĂ©e dans le thĂ©Ăątre de Racine… ?). VoilĂ  qui donne matiĂšre Ă  notre imaginaire et comble pour l’heure notre exigence linguistique et poĂ©tique. L’intelligence des enchaĂźnements approche l’excellence d’un envoĂ»tement finement graduĂ© (Ă©coutez les plages 11 puis 12 : de la BergĂšre magnifique au bois de Tirsis, arcadie miroir des peines secrĂštes et silencieuses… ) oĂč s’affirme en cours de programme l’acuitĂ© expressive des instruments en concert, ceux du jeune ensemble L’Yriade. Superbe rĂ©alisation et tenue vocale de premier plan. CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Cyril Auvity, haute contre. Stances du Cid. Airs de Marc Antoine Charpentier, Michel Lambert. PiĂšces instrumentales de François Couperin. L’Yriade. 1 cd Glossa GCD 923601 (enregistrement rĂ©alisĂ© en Belgique en mai 2015). CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016. Parution le 15 fĂ©vrier 2016.

Reportage vidéo. Les Funérailles de la Reine Marie-ThérÚse, De Profundis de Marc-Antoine Charpentier (1683)

marie-therese-d-autriche-portrait-reine-versaillesReportage vidĂ©o. Les FunĂ©railles de la Reine Marie-ThĂ©rĂšse, De Profundis de Marc-Antoine Charpentier (1683). A Versailles, alors que le concours pour renouveler les compositeurs de la Chapelle royale vient de se clĂŽre, la Reine meurt Ă  la fin de juillet 1783. TrĂšs vite il faut composer dans l’urgence une musique cĂ©rĂ©monielle, Ă  la fois solennelle et profonde : Mar-Antoine Charpentier Ă©crit alors l’un des plus beaux et des plus bouleversants De Profundis de toute la musique française, annonçant par ses climats graves et dĂ©sespĂ©rĂ©s, fervents et mystĂ©rieux, les grandes messes du XVIIIĂš et les Requiem spectaculaires de Berlioz ou de Verdi… Programme original dĂ©fendu par les solistes, Chantres, Pages de la MaĂźtrise du CMBV, La RĂȘveuse… (continuo par Benjamin Perrot et Florence Bolton), sous la direction d’Olivier Schneebeli © studio CLASSIQUENEWS.COM. RĂ©alisation : Philippe Alexandre Pham.

Rennes. Oratorios de Carissimi et de Charpentier

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneRennes, CathĂ©drale Saint-Pierre, Histoires sacrĂ©es, le 4 novembre 2015. Carissimi et Marc-Antoine Charpentier Ă  Rennes. Au XVIIĂš, la ferveur religieuse s’Ă©prouve dans le cadre thĂ©Ăątral de l’oratorio, nouveau genre nĂ© en Italie simultanĂ©ment Ă  l’opĂ©ra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes hĂ©roĂŻques des premiers martyrs chrĂ©tiens. A Rome, le gĂ©nie de Carrissimi s’affirme (Jonas et JephtĂ©), Ă  tel point que les compositeurs français et europĂ©ens se pressent pour recevoir la leçon du maĂźtre romain : Marc-Antoine Charpentier venu Ă  Rome comme peintre, dĂ©couvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance rĂ©alisĂ©e quelques dĂ©cennies prĂ©cĂ©dentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maĂźtre de l’oratorio, genre rebaptisĂ© en France, aprĂšs sa formation auprĂšs de Carrissimi, “histoire sacrĂ©e”. En tĂ©moigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment oĂč Lully crĂ©e l’opĂ©ra français pour Louis XIV Ă  Versailles (tragĂ©die en musique), le gĂ©nie d’un Charpentier soucieux de sensualitĂ© italienne autant que de dĂ©clamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilitĂ©s expressives de la musique, en particulier quand l’enchaĂźnement des Ă©pisodes favorise caractĂ©risation, coup de thĂ©Ăątre, contrastes saisissants… LIRE notre prĂ©sentation complĂšte du programme Carissimi / Charpentier par le ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra, Stradivaria et Christian Gangneron, Ă  Rennes

charpentier-carissimi-oratorios-angers-nantes-opera-classiquenews-presentation-opera-clic-de-classiquenews


boutonreservationAngers Nantes Opéra présente Histoires Sacrées de Carissimi et Marc-Antoine Charpentier dans les églises des Pays de la Loire :

 

Rennes, Cathédrale Saint-Pierre,
Les 4 novembre 2015, 20h

Angers, Collégiale Saint-Martin,
les 15,16,18, 19 mars 2016, 20h

Angers Nantes OpĂ©ra offre ainsi un florilĂšge spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrĂ©es françaises, excellence d’une transmission Ă©tonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

COMPTE RENDU critique du spectacle Histoires sacrées : Carissimi et Charpentier par Angers Nantes Opéra, par Alexandre Pham (représentation à Sablé sur Sarthe, le 16 septembre 2015)

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi Ă  Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chƓur, cordes et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chƓur et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chƓur et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome, vers 1645.

Mise en scĂšne : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra, dirigĂ© par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes OpĂ©ra, crĂ©Ă©e le mercredi 16 septembre 2015 Ă  Nantes, d’aprĂšs la production de l’Atelier de recherche et de crĂ©ation pour l’art lyrique, crĂ©Ă©e Ă  l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustrations : Caravage : l’IncrĂ©dulitĂ© de Saint-Thomas (DR) – Production oratorios de Carissimi, Histoires sacrĂ©es de Charpentier par Angers Nantes OpĂ©ra 2015 © Jef Rabillon

 

Compte rendu, concert. Sablé sur Sarthe, le 16 octobre 2015. Histoires sacrées : Carissimi (Jonas, Jephté), MA Charpentier (Le reniement de Saint-Pierre). Stradivaria. Bertrand Cuiller, direction. Christian Gangneron, mis en scÚne.

Que donne une troupe lyrique en itinĂ©rance ? Que vaut l’expĂ©rience d’un chƓur habituĂ© aux salles d’opĂ©ra, confrontĂ© comme ici aux nouveaux dĂ©fis d’un trĂ©teau placĂ© dans une Ă©glise, Ă  la rencontre de nouveaux spectateurs ? Acoustique rĂ©verbĂ©rante incontrĂŽlable, dispositif scĂ©nique alĂ©atoire dĂ©pendant de la configuration du lieu (lequel Ă  priori n’est pas conçu pour un spectacle), nouveaux profils de spectateurs… les Ă©preuves ne manquent pour cette nouvelle production dĂ©fendue par Angers Nantes OpĂ©ra et dont l’enjeu (exemplaire) est d’oser la rencontre avec de nouveaux spectateurs, hors du thĂ©Ăątre lyrique traditionnel et dans une forme repensĂ©e pour l’occasion. SubventionnĂ©s par les impĂŽts des contribuables, les maisons d’opĂ©ras entretiennent souvent une routine qui ne profitent qu’Ă  ceux qui connaissent dĂ©jĂ  le lyrique (et qui donc font la route pour aller l’entendre). Ici, grĂące Ă  l’initiative d’Angers Nantes OpĂ©ra, de son directeur idĂ©alement engagĂ©, Jean-Paul Davois, le principe est tout autre et mĂȘme inverse, tout en respectant l’accessibilitĂ© du spectacle pour le plus grand nombre, en particulier pour celles et ceux pour lesquels aller Ă  l’opĂ©ra est trop difficile, du seul fait de la distance pour s’y rendre. PlutĂŽt que de venir Ă  l’opĂ©ra, c’est l’opĂ©ra qui s’invite dans les villes du territoire.

 

 

 

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Angers Nantes OpĂ©ra diffuse l’opĂ©ra hors les murs

Le Lyrique dans les territoires

 

Le choix des Ɠuvres est rĂ©flĂ©chi : les oratorios romains de Carissimi, crĂ©ateur du genre dans la Rome du XVIIĂš ; les Histoires sacrĂ©es de Charpentier, son Ă©lĂšve et tout autant gĂ©nial … les deux formes sont effectivement conçus pour l’Ă©glise et son acoustique. Rien Ă  dire donc sur la trilogie sacrĂ©e Ă  laquelle nous assistons, dans le site oĂč nous la dĂ©couvrons. L’exemple moral de Jonas, de Pierre ou de JephtĂ© – figures lumineuses (ou sombre dans le cas du traĂźtre Pierre) de l’Ancien et du Nouveau Testament-, prend une dimension naturelle, presque Ă©vidente sous la voĂ»te de l’Ă©glise Notre-Dame de SablĂ©. C’est un prolongement aguerri Ă  SablĂ© car depuis septembre, en ouverture de sa nouvelle saison lyrique, Angers Nantes OpĂ©ra a fait tourner la production dans plusieurs Ă©glises de Nantes.

L’Ă©loquence des gestes, la succession des Ă©pisodes d’un dramatisme resserrĂ© parfois fulgurant prennent un sens rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© dans la rĂ©alisation du metteur en scĂšne Christian Gangneron : or les obstacles ne sont pas minces pour rĂ©ussir une telle production. Le nombre des choristes en ferait pĂąlir plus d’un : 30 chanteurs sur la scĂšne et prĂ©sents en totalitĂ© tout au long de chaque sĂ©quence ; il faut un solide mĂ©tier pour vaincre et Ă©carter l’effet de la masse comme de la confusion. Pari relevĂ© pourtant d’autant que chaque choriste mis en avant selon son tempĂ©rament, invitĂ© Ă  chanter et Ă  jouer, dĂ©fend trois partitions dont l’enjeu est bien la dramatisation Ă©difiante des actes de l’Histoire sacrĂ©e. Le jeu expressif prĂ©serve la surenchĂšre et s’inscrit constamment dans une mesure qui rend intelligible chaque situation dramatique. La cohĂ©rence renforce la sĂ©duction du triptyque : l’air de Jonas, dĂ©chirant de la part de celui qui connaĂźt mieux que personne la vacuitĂ© de la nature humaine, prĂ©figure dĂ©jĂ  en ouverture, la priĂšre dĂ©chirante de JephtĂ© puis de sa fille, Ă  l’extrĂ©mitĂ© du spectacle. UnitĂ© stimulante du triptyque.

 

 

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Chaque drame contient un air, point fort psychologique et dramatique : sous la lumiĂšre et sur ce fond noir qui dĂ©coupe les profils, chaque sĂ©quence prend des allures de tableau vivant, convoquant la comĂ©die populaire de Latour, le tĂ©nĂ©brisme Ă©blouissant du Caravage. Christian Gangneron reprend en vĂ©ritĂ© un spectacle dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ© en 1987 mais ici, dans une configuration toute autre, oĂč le nombre des acteurs chanteurs sur le plateau a considĂ©rablement modifiĂ© les moyens de rĂ©alisation. Les voix habituĂ©es au grand rĂ©pertoire lyrique (XIXĂšme essentiellement) articulent pourtant, s’ingĂ©nient Ă  caractĂ©riser sans Ă©largir chaque intervention vocale. L’intonation est subtilement calibrĂ©e, le style remarquable d’attention Ă  l’autre ; et le format sonore global rĂ©pond malgrĂ© la forte rĂ©verbĂ©ration Ă  l’obligation d’intelligibilitĂ© (conduit par le chef des chƓurs d’Angers Nantes opĂ©ra, Xavier Ribes) : l’Ă©quilibre avec les instrumentistes de Stradivaria reste dĂ©lectable du dĂ©but Ă  la fin.

Vocalement, les parties solistes les plus exigeantes sont confiĂ©s Ă  3 solistes trĂšs convaincants : le tĂ©nor HervĂ© Lamy (Jonas d’abord, puis trĂšs Ă©mouvant pĂšre de JephtĂ©), l’excellent Francisco FernĂĄndez-Rueda (intense, ardent, prĂ©cis : son Pierre est humain et finement tiraillĂ©), surtout – rĂ©vĂ©lation de la soirĂ©e : la soprano d’origine algĂ©rienne Hadhoum Tunc qui Ă©blouit par sa subtilitĂ© et sa grande maĂźtrise technique dans le rĂŽle de la fille de JephtĂ©. La jeune cantatrice n’est pas seulement naturelle et idĂ©alement fluide malgrĂ© la trĂšs grande tension du rĂŽle, c’est aussi une actrice convaincante qui sait nuancer son caractĂšre dans ce souci des Ă©quilibres prĂ©cĂ©demment Ă©voquĂ©s.

La surprise est donc totale et la curiositĂ© comme l’enseignement moral, subtilement rĂ©alisĂ©s. Les initiatives de ce type sont rares : inĂ©dites mĂȘme dans l’Hexagone. Un ChƓur qui s’engage et se dĂ©passe ;  un metteur en scĂšne jouant finement des allusions cinĂ©matographiques et picturales pour la clarification de sommets baroques… autant de composantes qui nous font vivre le lyrique et l’expĂ©rience du spectacle vivant, diffĂ©remment, dans l’intensitĂ© et la proximitĂ©. Stimulante aventure.
La production prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra poursuit sa tournĂ©e en novembre 2015 Ă  Rennes (CathĂ©drale, le 4 novembre) puis en 2016, Ă  Angers : incontournable. Consulter le site d’Angers Nantes OpĂ©ra pour connaĂźtre les derniĂšres dates des reprises du spectacle Histoires SacrĂ©es, Carissimi / Marc-Antoine Charpentier.

 

 

 

Compte rendu, concert. SablĂ© sur Sarthe, le 16 octobre 2015. Histoires sacrĂ©es : Carissimi (Jonas, JephtĂ©), MA Charpentier (Le reniement de Saint-Pierre). ChƓur d’Angers Nantes opĂ©ra (Xavier Ribes, direction). Stradivaria. Bertrand Cuiller, direction. Christian Gangneron, mise en scĂšne.

 

Illustrations : photos Jef Rabillon © Angers Nantes Opéra 2015

Carissimi et Charpentier à Sablé

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneSablĂ© sur Sarthe, CathĂ©drale, Histoires sacrĂ©es, 16 octobre 2015. Carissimi et Marc-Antoine Charpentier Ă  SablĂ© sur Sarthe. Au XVIIĂš, la ferveur religieuse s’Ă©prouve dans le cadre thĂ©Ăątral de l’oratorio, nouveau genre nĂ© en Italie simultanĂ©ment Ă  l’opĂ©ra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes hĂ©roĂŻques des premiers martyrs chrĂ©tiens. A Rome, le gĂ©nie de Carrissimi s’affirme (Jonas et JephtĂ©), Ă  tel point que les compositeurs français et europĂ©ens se pressent pour recevoir la leçon du maĂźtre romain : Marc-Antoine Charpentier venu Ă  Rome comme peintre, dĂ©couvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance rĂ©alisĂ©e quelques dĂ©cennies prĂ©cĂ©dentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maĂźtre de l’oratorio, genre rebatisĂ© en France, aprĂšs sa formation auprĂšs de Carrissimi, “histoire sacrĂ©e”. En tĂ©moigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment oĂč Lully crĂ©e l’opĂ©ra français pour Louis XIV Ă  Versailles (tragĂ©die en mussique), le gĂ©nie d’un Charpentier soucieux de sensualitĂ© italienne autant que de dĂ©clamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilitĂ©s expressives de la musique, en particulier quand l’enchaĂźnement des Ă©pisodes favorise caractĂ©risation, coup de thĂ©Ăątre, contrastes saisissants… A Rome au dĂ©but des annĂ©es 1660 (Ă  17 ou 18 ans), Charpentier concentre une rare expĂ©rience de l’oratorio tel qu’il Ă©tait pratiquĂ© alors par Carissimi mais aussi les frĂšres Mazzocchi, Orazio Benevoli, Francesco Beretta : il apprend Ă  leurs cĂŽtĂ©s, Ă  maĂźtriser une langue sensuelle et dramatique d’une sĂ©duction inconnue en France. L’auteur de MĂ©dĂ©e (1693), fut nommĂ© au poste prestigieux de maĂźtre de musique Ă  la Sainte-Chapelle de Paris (1698, Ă  55 ans) : il y compose sa fameuse Messe Assumpta est Maria, sommet de la ferveur baroque française du Grand SiĂšcle. MoliĂšre ne s’Ă©tait pas trompĂ© en prĂ©fĂ©rant alors Charpentier Ă  Lully, pour ses comĂ©dies ballets, quand Lully prĂ©fĂ©ra s’engager avec passion dans le genre de la tragĂ©die lyrique. MĂȘme s’il n’eut aucun poste officiel Ă  Versailles, Charpentier trĂšs apprĂ©ciĂ© du parti italophile (Duc de Chartres), suscita nĂ©anmoins l’estime de Louis XIV qui la gratifia d’une pension pour service rendu aux Bourbons, entre autres pour les musiques composĂ©es pour les messes du Grand Dauphin (dĂ©but des annĂ©es 1680).

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boutonreservationAngers Nantes Opéra présente Histoires Sacrées de Carissimi et Marc-Antoine Charpentier dans les églises des Pays de la Loire :

 

Sablé sur Sarthe, Cathédrale
vendredi 16 octobre 2015, 20h

Rennes, Cathédrale Saint-Pierre,
Les 4  novembre 2015, 20h 

Angers, Collégiale Saint-Martin,
les 15,16,18, 19 mars 2016, 20h

Angers Nantes OpĂ©ra offre ainsi un florilĂšge spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrĂ©es françaises, excellence d’une transmission Ă©tonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

 

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi Ă  Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chƓur, cordes et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chƓur et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chƓur et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome, vers 1645.

 

 

Charpentier, Carissimi dans les Ă©glises de Nantes

 

La figure du Dieu baroque telle qu’elle est illustrĂ©e par Charpentier et Carissimi au XVIIĂš est une instance punitive et inflexible. Les actions reprĂ©sentĂ©es appellent Ă  l’humilitĂ©, la contrition, la soumission aux injonctions divines… Les hĂ©ros Ă©prouvĂ©s suscitent chez les “spectateurs/auditeurs”, un profond sentiment de compassion. Rien de tel pour susciter les vocations et convertir les fidĂšles venus en masse assister aux drames sacrĂ©s. Jonas est avalĂ© par la baleine parce qu’il avait dĂ©sobĂ©i Ă  l’ordre divin ; Pierre est ici puni voire humiliĂ© parce qu’il a reniĂ© sa foi ; surtout, chez Carissimi, JephtĂ© doit immoler son bien le plus prĂ©cieux, sa propre fille (un thĂšme que l’on retrouve dans d’autres Ă©pisodes Ă  l’OpĂ©ra : Abraham sacrifiant son fils Isaac, ou IdomĂ©nĂ©e devant tuer son fils Idamante… mais Ă  la diffĂ©rence de JephtĂ© dĂ©finitivement perdue, une main salvatrice vient au dernier moment sauver l’innocente victime). Ainsi les dieux ont soif : il leur faut du sang humain, preuve de la soumission terrestre au ciel rageur et avide. DĂ©veloppĂ© puis perfectionnĂ© pour les Oratoriens de Philippe de NĂ©ri (dont l’ordre fut officialisĂ© par le Pape GrĂ©goire XIII en 1575), la forme de l’oratorio prolonge les premiĂšres expĂ©riences de chants expressifs (polyphonies doxologiques ou laudes). Avec Carissimi, la musique offre un cadre et un rythme dramatique au texte ; son impact sur les foules suscite l’adhĂ©sion des croyants, ainsi l’oratorio romain est-il favorisĂ© par le pape pour convertir les Ăąmes perdues depuis la RĂ©forme. Dans les annĂ©es 1640, Carissimi reprend Ă  son compte les modĂšles de musique sacrĂ©e thĂ©Ăątrale fixĂ©e par Emilio de’Cavalieri et Monteverdi, au dĂ©but du XVIIĂš : il en dĂ©coule cette langue sensuelle et expressive que Charpentier exporte Ă  Paris Ă  la fin des annĂ©es 1660 : continuitĂ©, transmission, sublimation.

 

 

 

Mise en scĂšne : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra, dirigĂ© par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes OpĂ©ra, crĂ©Ă©e le mercredi 16 septembre 2015 Ă  Nantes, d’aprĂšs la production de l’Atelier de recherche et de crĂ©ation pour l’art lyrique, crĂ©Ă©e Ă  l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustration : Caravage : l’IncrĂ©dulitĂ© de Saint-Thomas, Marie-Madeleine pĂ©nitente (DR)

 

 

Angers Nantes Opéra. Oratorios de Carissimi et Histoires sacrées de Charpentier dans les églises de Nantes

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneAngers Nantes OpĂ©ra. Baroque, Histoires sacrĂ©es, 16 septembre-3 octobre 2015. Carrissimi et Marc-Antoine Charpentier. Au XVIIĂš, la ferveur religieuse s’Ă©prouve dans le cadre thĂ©Ăątral de l’oratorio, nouveau genre nĂ© en Italie simultanĂ©ment Ă  l’opĂ©ra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes hĂ©roĂŻques des premiers martyrs chrĂ©tiens. A Rome, le gĂ©nie de Carrissimi s’affirme (Jonas et JephtĂ©), Ă  tel point que les compositeurs français et europĂ©ens se pressent pour recevoir la leçon du maĂźtre romain : Marc-Antoine Charpentier venu Ă  Rome comme peintre, dĂ©couvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance rĂ©alisĂ©e quelques dĂ©cennies prĂ©cĂ©dentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maĂźtre de l’oratorio, genre rebatisĂ© en France, aprĂšs sa formation auprĂšs de Carrissimi, “histoire sacrĂ©e”. En tĂ©moigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment oĂč Lully crĂ©e l’opĂ©ra français pour Louis XIV Ă  Versailles (tragĂ©die en mussique), le gĂ©nie d’un Charpentier soucieux de sensualitĂ© italienne autant que de dĂ©clamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilitĂ©s expressives de la musique, en particulier quand l’enchaĂźnement des Ă©pisodes favorise caractĂ©risation, coup de thĂ©Ăątre, contrastes saisissants… A Rome au dĂ©but des annĂ©es 1660 (Ă  17 ou 18 ans), Charpentier concentre une rare expĂ©rience de l’oratorio tel qu’il Ă©tait pratiquĂ© alors par Carissimi mais aussi les frĂšres Mazzocchi, Orazio Benevoli, Francesco Beretta : il apprend Ă  leurs cĂŽtĂ©s, Ă  maĂźtriser une langue sensuelle et dramatique d’une sĂ©duction inconnue en France. L’auteur de MĂ©dĂ©e (1693), fut nommĂ© au poste prestigieux de maĂźtre de musique Ă  la Sainte-Chapelle de Paris (1698, Ă  55 ans) : il y compose sa fameuse Messe Assumpta est Maria, sommet de la ferveur baroque française du Grand SiĂšcle. MoliĂšre ne s’Ă©tait pas trompĂ© en prĂ©fĂ©rant alors Charpentier Ă  Lully, pour ses comĂ©dies ballets, quand Lully prĂ©fĂ©ra s’engager avec passion dans le genre de la tragĂ©die lyrique. MĂȘme s’il n’eut aucun poste officiel Ă  Versailles, Charpentier trĂšs apprĂ©ciĂ© du parti italophile (Duc de Chartres), suscita nĂ©anmoins l’estime de Louis XIV qui la gratifia d’une pension pour service rendu aux Bourbons, entre autres pour les musiques composĂ©es pour les messes du Grand Dauphin (dĂ©but des annĂ©es 1680).

 

boutonreservationAngers Nantes OpĂ©ra dans les Ă©glises de Nantes dĂšs le 16 septembre et jusqu’au samedi 3 octobre 2015, puis et Ă  Angers Ă  la CollĂ©giale Saint-Martin, les 15,16,18, 19 mars 2016 (20h) offre un florilĂšge spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrĂ©es françaises, excellence d’une transmission Ă©tonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

 

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi Ă  Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chƓur, cordes et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chƓur et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chƓur et basse continue. CrĂ©Ă© Ă  Rome, vers 1645.

 

 

Charpentier, Carissimi dans les Ă©glises de Nantes

 

La figure du Dieu baroque telle qu’elle est illustrĂ©e par Charpentier et Carissimi au XVIIĂš est une instance punitive et inflexible. Les actions reprĂ©sentĂ©es appellent Ă  l’humilitĂ©, la contrition, la soumission aux injonctions divines… Les hĂ©ros Ă©prouvĂ©s suscitent chez les “spectateurs/auditeurs”, un profond sentiment de compassion. Rien de tel pour susciter les vocations et convertir les fidĂšles venus en masse assister aux drames sacrĂ©s. Jonas est avalĂ© par la baleine parce qu’il avait dĂ©sobĂ©i Ă  l’ordre divin ; Pierre est ici puni voire humiliĂ© parce qu’il a reniĂ© sa foi ; surtout, chez Carissimi, JephtĂ© doit immoler son bien le plus prĂ©cieux, sa propre fille (un thĂšme que l’on retrouve dans d’autres Ă©pisodes Ă  l’OpĂ©ra : Abraham sacrifiant son fils Isaac, ou IdomĂ©nĂ©e devant tuer son fils Idamante… mais Ă  la diffĂ©rence de JephtĂ© dĂ©finitivement perdue, une main salvatrice vient au dernier moment sauver l’innocente victime). Ainsi les dieux ont soif : il leur faut du sang humain, preuve de la soumission terrestre au ciel rageur et avide. DĂ©veloppĂ© puis perfectionnĂ© pour les Oratoriens de Philippe de NĂ©ri (dont l’ordre fut officialisĂ© par le Pape GrĂ©goire XIII en 1575), la forme de l’oratorio prolonge les premiĂšres expĂ©riences de chants expressifs (polyphonies doxologiques ou laudes). Avec Carissimi, la musique offre un cadre et un rythme dramatique au texte ; son impact sur les foules suscite l’adhĂ©sion des croyants, ainsi l’oratorio romain est-il favorisĂ© par le pape pour convertir les Ăąmes perdues depuis la RĂ©forme. Dans les annĂ©es 1640, Carissimi reprend Ă  son compte les modĂšles de musique sacrĂ©e thĂ©Ăątrale fixĂ©e par Emilio de’Cavalieri et Monteverdi, au dĂ©but du XVIIĂš : il en dĂ©coule cette langue sensuelle et expressive que Charpentier exporte Ă  Paris Ă  la fin des annĂ©es 1660 : continuitĂ©, transmission, sublimation.

 

 

 

Mise en scĂšne : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra, dirigĂ© par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes OpĂ©ra, crĂ©Ă©e le mercredi 16 septembre 2015 Ă  Nantes, d’aprĂšs la production de l’Atelier de recherche et de crĂ©ation pour l’art lyrique, crĂ©Ă©e Ă  l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustration : Caravage : l’IncrĂ©dulitĂ© de Saint-Thomas, Marie-Madeleine pĂ©nitente (DR)

 

 

En Vendée, William Christie dirige Actéon de Charpentier

titien-diane-acteon-580ThirĂ© (VendĂ©e). William Christie dirige ActĂ©on de Charpentier, les 29,30 aoĂ»t 2014. Marc-Antoine Charpentier (1643 – 1704) continue d’ĂȘtre rĂ©guliĂšrement entendu grĂące au dĂ©but de son te Deum qui sert toujours de gĂ©nĂ©rique aux diffusions en eurovision. Rares les connaisseurs qui savent que Charpentier fut Ă  l’Ă©poque de Lully, donc sous le rĂšgne de Louis XIV, l’un des auteurs français baroques les plus importants, les mieux inspirĂ©s, comme en tĂ©moignent sa musique sacrĂ©e, surtout ses drames et opĂ©ras dont le raffinement harmonique, le sens supĂ©rieur du drame, appris entre autres pendant sa formation romaine auprĂšs de l’immense Carissimi, excellent dans le genre thĂ©Ăątral. MĂ©dĂ©e, la descente d’Apollon aux enfers, et ActĂ©on tĂ©moignent d’une sensibilitĂ© rare et exceptionnelle qui trouve de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, en Angleterre, son pendant musicien, aussi douĂ© et subtil que le Français, Purcell lui-mĂȘme – ou l’OrphĂ©e britannique : on remarque chez les deux compositeurs contemporains, ce mĂȘme sens du drame, cette Ă©conomie expressive qui dĂ©coule directement du modĂšle carissimien, le don pour la langueur, la sensualitĂ©, les contrastes saisissants, dans le sillon du maĂźtre pour tous, Claudio Monteverdi. A l’Ă©poque oĂč Charpentier Ă©crit ActĂ©on, Purcell compose pour un lycĂ©e de jeunes filles, son chef d’oeuvre absolu : Didon et EnĂ©e (vers 1689).  Purcell est hantĂ© par la mort et fascinĂ© par la fragilitĂ© humaine : ce qui transparaĂźt aussi dans le drame de Charpentier oĂč face Ă  la puissance de l’amour, la rage de Diane et la jalousie de Junon, se dresse, fiertĂ© dĂ©risoire, la frĂȘle ambition d’ActĂ©on dont le seul dĂ©faut fut ici de surprendre dans son bois, Diane et ses compagnes…
AprĂšs la brouille de MoliĂšre avec Lully, Charpentier qui demeure Ă©cartĂ© de la Cour de Versailles mĂȘme s’il est particuliĂšrment apprĂ©ciĂ© du roi, compose les parties musicales de ses derniĂšres comĂ©dies-ballets, La comtesse d’Escarbagnas et Le Malade imaginaire.  MaĂźtre de Musique du Grand Dauphin, puis de la Sainte Chapelle, Charpentier est une figure majeure de la musique française du XVIIĂšme : ses fins chromatismes, son architecture harmonique soulignent quel audacieux crĂ©ateur il fut Ă  l’Ă©poque oĂč la France Baroque invente son vocabulaire et sa langue propres, Ă  partir de la source italienne.

Charpentier est ActĂ©on…

Mis Ă  distance par le surintendant Lully qui avait bien percĂ© le gĂ©nie de ce rival potentiel, Charpentier est d’abord le directeur des spectacles Ă  la cour de Marie de Lorraine, duchesse de Guise : il y Ă©chafaude sa propre conception des spectacles, divertissements, cantates, histoires sacrĂ©es ou drames mythologiques comme cet ActĂ©on, vĂ©ritable opĂ©ra de poche, vraissemblablement crĂ©Ă© au dĂ©but des annĂ©es 1680 Ă  Paris, Ă  l’hĂŽtel de Guise, oĂč le compositeur a certainement chantĂ© le rĂŽle titre. La mythologie offre de nombreux sujets sur l’amour tragique voire sanglant : le bel ActĂ©on chasse dans les bois lorsqu’il tombe sur Diane et ses suivantes au bain. OutragĂ©e par cette incursion, la dĂ©esse le transforme en cerf : il sera dĂ©vorĂ© par ses propres chiens.
Fils du dieu mineur AristĂ©e qui est le fils d’Apollon, et de la fille de Cadmos, AutonoĂ©, ActĂ©on est Ă©levĂ© par le centaure Chiron et devient un chasseur expĂ©rimentĂ©. Diodore de Sicile puis Euripide apportent une autre version expliquant le chĂątiment de Diane, elle aussi dĂ©esse de la chasse et souveraine des bois : orgueilleux, ActĂ©on se serait vantĂ© d’ĂȘtre meilleur chasseur que la dĂ©esse qu’il aimait pourtant… C’Ă©tait un dĂ©faut de trop que Diane prend soin de chĂątier. Enfin Pausanias Ă©voque le culte dont il faisait l’objet Ă  OrchomĂšne en BĂ©otie. Dans l’opĂ©ra de Charpentier, ActĂ©on est le prince de ThĂšbes, adorĂ© de ses sujets et tragiquement pleurĂ© par ses compagnons de chasse Ă  la fin de l’action.

Marc-Antoine Charpentier : Actéons, vers 1684.
Festival Dans les Jardins de William Christie
ThirĂ© (VendĂ©e), les 29 et 30 aoĂ»t 2014. Sur le Miroir d’eau, Ă  20h30.

Marc-Antoine Charpentier
[1645-1704]
Actéon (H 481), pastorale, ou opéra de chasse, en cinq scÚnes
crĂ©Ă© vers 1684. Livret de Marc-Antoine Charpentier, d’aprĂšs Les MĂ©tamorphoses d’Ovide

 

 

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Personnages :
Actéon
Diane
Daphné
Hayle
Arthebuse
Junon
Choeur des Chasseurs
Choeur des Nimphes de Diane

Résumé, synopsis :
Le charme de cette tragĂ©die pastorale et cynĂ©gĂ©tique tient Ă  la subtile correspondance entre les paysages de la nature mis au diapason des sentiments Ă©prouvĂ©s par les protagonistes. Du bain de Diane, Ă©vocation idyllique d’un bois rĂ©confortant… au tĂ©nĂšbres de ThĂšbes endeuillĂ©e par la mort de son prince ActĂ©on, Charpentier peint comme un peintre douĂ© d’une exceptionnelle sensibilitĂ© panthĂ©iste, les passions humaines les plus tĂ©nues.
D’abord, dans la scĂšne d’ouverture, Charpentier souligne l’entrain des chasseurs conduits par ActĂ©on, poursuivant l’ours qui ravage les bois de Diane. A l’action des hommes rĂ©pond la langueur partagĂ©e de la dĂ©esse et de ses compagnes qui Ă©tablissent dans un bocage reculĂ©, le lieu de leur bain. DaphnĂ©, Hyade, ArthĂ©buse cĂ©lĂšbrent la douceur de l’endroit prĂ©servĂ© du regard humain comme des flammes dĂ©vorantes de l’amour (ce “tyran des cƓurs”). La nature apaise des tourments amoureux : par le chant d’ArthĂ©buse, Charpentier dĂ©voile les vertus apaisantes des bois secrets de Diane. les nymphes confessent qu’il est doux de mĂ©priser les ardeurs d’un dieu trompeurs…
A midi, ActĂ©on Ă©puisĂ© abandonne ses compagnons pour faire retraite Ă  l’ombre des bois. Le jeune chasseur si fier de sa libertĂ© surprend et observe Diane en son bocage tranquille. Mais la dĂ©esse dĂ©masque l’espion et jure de se venger : malgrĂ© la dĂ©fense d’ActĂ©on, elle le transforme en un magnifique cerf qui est chassĂ© par ses propres compagnons et dĂ©vorĂ© par ses chiens.
C’est Junon outragĂ©e (l’infidĂ©litĂ© de son Ă©poux Jupiter) et solidaire de Diane qui explique aux chasseurs qu’ils viennent de tuer le prince ActĂ©on, hĂ©ros adulĂ© Ă  ThĂšbes. La partition s’achĂšve sur le choeur de dĂ©ploration des chasseurs, endeuillĂ©s par la perte de leur prince.

acteon-diane-580-380-Livret :
Le Choeur des Chasseurs
Allons, marchons, courons, hastons nos pas.
Quelle ardeur du soleil qui brusle nos campagnes;
Que le pénible accÚs des plus hautes montagnes
Dans un dessein si beau ne nous retarde pas.

ScĂšne I
Actéon
DĂ©esse par qui je respire,
Aimable Reyne des forĂȘts,
L’ours que nous poursuivons dĂ©sole ton empire
Et c’est pour immoler Ă  tes divins attraits
Que la chasse icy nous attire.
Conduis nos pas, guide nos traits,
DĂ©esse par qui je respire,
Aimable Reyne des forĂȘts.

Deux Chasseurs
Vos vƓux sont exaucĂ©s et par le doux murmure
Qui vient de sortir de ce bois
le ciel vous en assure,
Suivons ce bon augure.
Allons, marchons, courons, …

ScĂšne II
Diane, DaphnĂ©, Hayle, ArthĂ©buse,‹Choeur de Nymphes

Diane
Nymphes, retirons-nous dans ce charmant Boccage.
Le cristal de ses pures eaux,
Le doux chant des petits Oyseaux,
Le frais et l’ombrage sous ce vert feuillage
Nous ferons oublier nos pénibles travaux.
Ce ruisseau loin du bruit du monde
Nous offre son onde,
Délassons-nous dans ce flots argentés,
Nul mortel n’oserait entreprendre
De nous y surprendre,
Ne craignons point d’y mirer nos beautĂ©s.

Le Choeur de Nimphes
Charmante fontaine,
Que votre sort est doux,
Notre aymable Reyne
Se confie Ă  vous.
D’un tel avantage
L’Idaspe et le Tage
Doivent estre jaloux.

Daphné et Hyale
Loin de ces lieux tout cƓur profane;
Amants, fuyez ce beau séjour,
Vos soupirs et le nom de l’amour
Troubleraient le bain de Diane.
Nos cƓurs en paix dans ces retraites
Goustent de vrais contentemens.
Gardez-vous, importuns amans,
D’en troubler les douceurs parfaites.

Arthébuse
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Lorsqu’on ne ressent point les flammes
Que l’amour, ce tyran des cƓurs,
Allume dans les faibles ames.
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Le Choeur de Nimphes
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Arthébuse
Les biens qu’il nous promet
N’en ont que l’apparence,
Ne laissons point flatter
Par ses appas trompeurs
Notre trop crédule espérance.
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Le Choeur de Nimphes
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs,…

Arthébuse
Pour nous attirer dans ses chaines
Il couvre ses piĂšges de fleurs,
Nimphes, armez-vous de rigueurs
Et vous rendrez ces ruses vaines.
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Lorsqu’on ne ressent point les flammes
Que l’amour, ce tyran de nos coeurs,
Allume dans les faibles ames.
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Le Choeur de Nimphes
Ah ! Qu’on Ă©vite de langueurs,…

Scene III‹
Actéon
Diane,‹Choeur de Nymphes

Actéon
Amis, les ombres raccourcies
Marquant sur nos plaines fleuries
Que le soleil a fait la moitié de son tour,
Le travail m’a rendu le repos nĂ©cessaire;
Laissez moi seul resver dans ce lieu solitaire
Et ne me renvoyez que sur la fin du jour.
Agréable vallon, paisible solitude,
Qu’avec plaisir sur vos cyprĂšs
Un amant respirant le frais
Vous feroit le récit de son inquiétude;
Mais ne craignez de moy ny plaintes ny regrets.
Je ne connois l’amour que par la renommĂ©e
Et tout ce qu’elle en dit me le rend odieux.
Ah ! S’il vient m’attaquer, ce Dieu pernicieux,
Il verra ses projets se tourner en fumée.
LibertĂ©, mon cƓur, libertĂ©.
Du plaisir de la chasse,
Quoy que l’amour fasse,
Sois toujours seulement tenté.
LibertĂ©, mon cƓur, libertĂ©.
Mais quel objet frappe ma vue ?
C’est Diane et ses sƓurs, il n’en faut point douter.
Approchons nous sans bruit, cette route inconnue
M’offrira quelqu’endroit propre Ă  les Ă©couter.

Diane
Nimphes, dans ce buisson
quel bruit viens-je d’entendre ?

Actéon
Ciel ! Je suis découvert.

Le Choeur de Nimphes
Oh ! Perfide mortel,
Oze tu bien former le dessein criminel
De venir icy nous surprendre.

Actéon
Que feray-je, grands Dieux ?
Quel conseil dois-je prendre ?
Fuyons, fuyons !

Diane
Tu prends Ă  fuyr un inutile soin,
Téméraire chasseur, et pour punir ton crime
Mon bras divin poussĂ© du courroux qui m’anime
Aussi bien que de prez te frappera de loin.

Actéon
DĂ©esse des chasseurs, escoutez ma deffence.

Diane
Parle, voyons quelle couleur,
Quelle ombre d’innocence
Tu puis donner Ă  ta fureur.

Actéon
Le seul hazard et mon malheur
Font toute mon offense.

Diane
Trop indiscret chasseur,
Quelle est ton insolence !
Crois-tu de ton forfait déguiser la noirceur
Aux yeux de ma divine essence ?
Que cette eau que ma main fait rejaillir sur toy
Apprenne Ă  tes pareils Ă  s’attaquer Ă  moy !

Le Choeur de Nimphes
Vante toy maintenant, profane,
D’avoir surpris Diane
Et ses sƓurs dans le bain,
Va pour te satisfaire,
Si tu le peux faire,
Le conter au peuple Thébain.

Scene IV‹
Actéon

Actéon
Mon cƓur, autre fois intrĂ©pide,
Quelle peur te saisit ?
Que vois-je en ce miroir liquide ?
Mon visage se ride,
Un poil affreux me sert d’habit,
Je n’ay presque plus rien de ma forme premiĂšre,
Ma parole n’est plus qu’une confuse voix.
Ah ! Dans l’estat ou je me voys,
Dieux qui m’avez formĂ© du noble sang des Roys,
Pour espargner ma honte
Ostez moy la lumiĂšre.

Scene V‹
ActĂ©on, transformĂ© en Cerf,‹le Choeur des Chasseurs

Le Choeur des Chasseurs
Jamais trouppe de chasseurs
Dans le cours d’une journĂ©e
Fut-elle plus fortunée,
Jamais trouppe de chasseurs
Reçut-elle un jour du ciel plus de faveurs.
Actéon, quittez la resverie,
Venez admirer la furie
De vos chiens acharner sur ce cerf aux abois.
Quoy ! N’entendez-vous pas nos voix ?
Que vous perdez, grand prince, Ă  resver dans un bois,
Croyez qu’Ă  nos plaisirs vous porterez envie,
Et dans tous le cours de la vie
Un spectacle si doux ne s’offre pas deux foix.

Scene VI‹
Junon,‹Choeur des Chasseurs

Junon
Chasseurs, n’appelez plus qui ne peut vous entendre.
Actéon, ce héros a ThÚbes adoré,
Sous la peau de ce cerf a vos yeux déchiré
Et par ses chiens dévorés
Chez les morts vient de descendre.
Ainsi puissent périr les mortels odieux
Dont l’insolence extrĂȘme
Blessera désormais les Dieux,
La puissance suprĂȘme.

Le Choeur des Chasseurs
Hélas, Déesse, hélas !
De quoy fut coupable
Ce héros aymable
Pour mĂ©riter l’horreur de si cruel trĂ©pas ?

Junon
Son infortune est mon ouvrage
Et Diane en vangeant l’outrage
Qu’il fit Ă  ses appas
N’a que prestĂ© sa main Ă  ma jalouse rage.
Ouy Jupiter, perfide espous,
Que ta charmante Europe au ciel prenne ma place
Sans craindre mes transports jaloux.
Mais si jusqu’Ă  son cƓur n’arrivent pas mes coups,
Actéon fut son sang et je jure à sa race
Une implacable haine, un Ă©ternel courroux.

Elle s’envole.

Le Choeur des Chasseurs
HĂ©las, est-il possible
Qu’au printemps de ses ans ce hĂ©ros invincible
Ayt vu trancher le cours de ses beaux jours.
Quel cƓur, à ce malheur, ne seroit pas sensible.
Faisons monter nos cris jusqu’au plus haut des airs,
Que les rochers en retentissent,
Que les flots Ă©cumans des mers,
Que les aquilons en mugissent,
Qu’ils pĂ©nĂštrent jusqu’aux enfers.
ActĂ©on n’est donc plus,
Et sur les rives sombres
Le modelle des souverains,
Le soleil naissant des Thébains
Est confondu parmy les ombres.

 

 

 

Festival-William-Christie-2013-9_gallery_fullLe festival imaginĂ© et accueilli par William Christie dans ses jardins de ThirĂ© en VendĂ©e, s’adresse au plus large public ; il veille Ă  l’enchantement des sens comme aux vertus de la transmission : en jardinier musicien pĂ©dagogue, « Bill » que tout un chacun pourra croiser dans son domaine, les jours de concert, se soucie de la professionnalisation et de la transmission aux jeunes interprĂštes ; ainsi, les opĂ©ras en plein air, les mini concerts et les promenades musicales (qui invitent les auditeurs Ă  parcourir les allĂ©es et bosquets du domaine) permettent aux jeunes talents de rĂ©aliser et accomplir leur cheminement artistique : rien n’est comparable aujourd’hui pour un jeune, Ă  l’expĂ©rience des Arts Flo. Les festivaliers familiers des lieux (d’une beautĂ© il est vrai Ă  couper le souffle) y retrouvent les jeunes tempĂ©raments, fougueux, vifs, prometteurs, du Jardin des Voix, l’AcadĂ©mie vocale fondĂ©e par William Christie : ceux de l’annĂ©e en cours, ceux des promotions prĂ©cĂ©dentes (cette annĂ©e : Elodie Fonnard, Rachel Redmond -sopranos-, Emilie Renard -mezzo-, Sean Clayton, Reinoud Von Mechelen, Zachary Wilder – tĂ©nors
 ). Jeunes chanteurs et instrumentistes, musiciens accomplis des Arts Flo offrent l’espace d’une semaine l’une des programmations les plus raffinĂ©es dans un cadre unique au monde. C’est un festival majeur de l’étĂ© qui fait de la VendĂ©e, un lieu dĂ©sormais incontournable en France au mois d’aoĂ»t.

 

 

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RĂ©servations par internet sur les sites :
www.vendee.fr
www.festivalchezwilliamchristie.vendee.fr

Par téléphone : 02 51 44 79 85

Festival-William-Christie-2013-7_gallery_fullDes prix particuliĂšrement accessibles. L’ensemble des activitĂ©s musicales offertes pendant le festival affiche des prix plus que raisonnables, uniques mĂȘmes comparĂ©s Ă  d’autres manifestations aux affiches pourtant moins prestigieuses.  Ce critĂšre permet une accessibilitĂ© totale pour tous et fait de ThirĂ©, un festival qui n’a rien d’élitiste (un autre argument pour le dĂ©fendre totalement). Jugez plutĂŽt : Les Promenades musicales (8/5 euros), Concerts sur le Miroir d’eau (18/10 euros), Miroir d’eau + MĂ©ditations (20/12 euros)
 Ne tardez pas Ă  rĂ©server car dates et places sont limitĂ©es.

 

 

Illustrations : Acteon surprend Diane au bain, Diane chasseresse se venge d’Acteon par Titien (DR)

 

 

 

Charpentier: David & Jonathas. Christie. Paris, Opéra Comique, du 14 au 24 janvier 2013

William Christie ressuscite David et Jonathas de Charpentier: Paris, Opéra Comique, 14-24 janvier 2013

Marc-Antoine Charpentier

David et Jonathas, 1688

tragédie biblique

CrĂ©Ă© Ă  Aix en Provence Ă  l’Ă©tĂ© 2012, le spectacle trouve dans la mise en scĂšne rĂ©alisĂ©e une nouvelle vĂ©ritĂ© dramatique et thĂ©Ăątrale qui renforce son architecture musicale et la continuitĂ© des scĂšnes bibliques abordĂ©es. A l’origine, il s’agit d’une reprĂ©sentation ou tragĂ©die biblique destinĂ©e en 1688 au CollĂšge des JĂ©suites Louis-le-Grand dont les Ă©pisodes dialoguaient avec une autre tragĂ©die en latin dĂ©diĂ©e Ă  la figure de SaĂŒl. Les deux drames approfondissaient l’enseignement des reprĂ©sentations et le sens de la geste David contre SaĂŒl… Les rĂŽles tous masculins, Ă©taient confiĂ©s Ă  de jeunes garçons, sopranistes ou altistes: David est un tĂ©nor aigu, Jonathas, un soprano; SaĂŒl, un baryton…

SaĂŒl contre David…

David_jonathas_charpentier_christie_charpentierDans la production rĂ©glĂ©e par William Christie auquel on doit une excellente version discographique de l’Ɠuvre de Charpentier, la soprano Ana Quintans joue Jonathas, tandis que Pascal Charbonneau incarne David. TrĂšs proches voire amants, David, fils de JessĂ© et vainqueur du GĂ©ant philistin Goliath, et Jonathas, incarnent une alliance amicale exemplaire car elle reste dans la mise en scĂšne, pure et sans dĂ©rapage. Or Jonathas est le fils du roi SaĂŒl qui voit en David, certes ce jeune musicien apaisant ses crises d’inquiĂ©tude, surtout un jeune rival outrageusement douĂ©, capable de prĂ©cipiter sa chute…  Parmi les rĂ©ussites indiscutables du spectacle dĂ©voilĂ© Ă  Aix 2012, soulignons la plainte de David Ă  la fin du V quand, au sommet poĂ©tique et expressif de l’action, David pleure la perte du seul ĂȘtre qu’il aimait…

En un travail de relecture apportant ses rĂ©sultats discutables, le metteur en scĂšne invente une action destinĂ©e en thĂ©orie Ă  intensifier les interactions entre le trio de protagonistes: David, Jonathas, SaĂŒl. Ainsi, David aurait causĂ© accidentellement la mort de la femme de SaĂŒl… voilĂ  qui souligne davantage la rancƓur du roi vis Ă  vis du jeune champion, David. Etait-ce bien nĂ©cessaire ?

Fin dramaturge, William Christie tout en Ă©clairant la langue raffinĂ©e de Charpentier (suavitĂ© mĂ©lodique italienne, mesure et nuance françaises), cisĂšle le parcours dramatique de l’opĂ©ra, sa veine tragique qui coule scellant le destin des trois protagonistes: la mort de Jonathas, le suicide de SaĂŒl, la priĂšre dĂ©chirante du victorieux jeune roi David, pleurant la mort de son jeune frĂšre et amant…

Victoire de David, mort de Jonathas

L’action reprend la narration et les Ă©vocations des Livres de Samuel, sur la dĂ©faite de SaĂŒl et de son fils, sur le triomphe final de David. Dans les montagnes de GelboĂ«, oĂč il mĂšne une lutte sans merci contre les philistins parmi lesquels s’est refugiĂ© celui qu’il pourchasse toujours, David, SaĂŒl, premier souverain d’IsraĂ«l, paraĂźt telle une figure centrale, rongĂ©e et dĂ©vorĂ©e par l’angoisse; sans signe clair du ciel, se sentant abandonnĂ© par Dieu, SaĂŒl demande Ă  une sorciĂšre nĂ©cromancienne (pourtant interdite par ses propres lois) de lui rĂ©vĂ©ler son destin prochain: par son entremise SaĂŒl peut consulter l’esprit de son prĂ©cĂ©desseur, le prophĂšte visionnaire Samuel. Dieu soutient plutĂŽt les Philistins surtout le destin du jeune israĂ©lite David, alors soumis Ă  l’exil par le vieux roi. Si SaĂŒl s’obstine contre David, il en paiera le prix…

Acte I. Charpentier exprime le contexte martial: David et le roi des Philistins, Achis entendent signer une paix profitable avec SaĂŒl mais c’est compter sans l’intriguant Joabel, faux ami de David et jaloux qui conspire auprĂšs de Achis: la guerre totale pourrait tuer David et garantir pour Achis, la voie du triomphe politique: il faut se battre contre SaĂŒl !

Acte II. SaĂŒl entend Joabel: abandonnĂ© de Dieu, il doute de la prophĂ©tie de la sorciĂšre (mort de Jonathas, son fils, l’ami de David; triomphe de David…): il affrontera les Philistins et entend tuer David, fĂ»t-il le meilleur ami de son fils.

Acte III. SaĂŒl aveuglĂ© par ses terreurs secrĂštes, n’entend ni l’appel de David, ni l’offre pacifique d’Achis, ni mĂȘme l’exhortation de  son fils Jonathas… Agent de la malĂ©diction et de la tragĂ©die, Joabel triomphe.

Acte IV. Dans des adieux dĂ©chirants, David salue son jeune ami Jonathas: il sait que chacun devra assumer son destin qui passe par la souffrance et la perte. Achis de son cĂŽtĂ© est prĂȘt Ă  la bataille.

Acte V. Au terme de la guerre, Jonathas mortellement blessĂ© paraĂźt. SaĂŒl suicidaire est ivre de dĂ©sespoir mais d’une totale impuissance. Au comble de la douleur et alors que son fidĂšle ami meurt dans ses bras, David pleure la perte de Jonathas (“Jamais amour plus fidĂšle et plus tendre eut-il un sort plus malheureux ?”). SaĂŒl se tue en maudissant David. Joabel est mort dans le choc des armes. Achis paraĂźt et fait comprendre Ă  David qu’il est le nouveau roi d’IsraĂ«l: saisi par la douleur et le deuil, le nouveau souverain laisse s’imposer la clameur de ses troupes victorieuses sans participer vraiment Ă  HĂ©bron, Ă  la liesse gĂ©nĂ©rale. Son triomphe valait-il la mort de son ami ?

Charpentier: David et Jonathas Ă  l’OpĂ©ra-Comique
Tragédie biblique en cinq actes et un prologue, 1688.
Livret du PĂšre Bretonneau.
Les Arts Florissants
William Christie
, direction
Andreas Homoki, mise en scĂšne

6 représentations parisiennes :
Le lundi 14 janvier 2013 Ă  20:00
Le mercredi 16 janvier 2013 Ă  20:00
Le vendredi 18 janvier 2013 Ă  20:00
Le dimanche 20 janvier 2013 Ă  15:00
Le mardi 22 janvier 2013 Ă  20:00
Le jeudi 24 janvier 2013 Ă  20:00