#EUROBALCON. Confinement : Te Deum de Charpentier, tous les vendredi à 19h

Eurobalcon_visuel_bandeau-concert-confinement-balcon-te-deum-charpentier-classiquenews#EUROBALCON. Confinement : Te Deum de Charpentier, tous les vendredi à 19h – « À VOS BALCONS, À VOS FENÊTRES ! TOUS LES VENDREDIS À 19h, et dès le 3 avril 2020 », dans un communiqué deux conservatoires unissent leurs voix et soulignent combien il est difficile pour les instrumentistes de concilier confinement et entretien nécessaire (quotidien) de leur pratique : « En plus de l’isolement que nous partageons tous, ils ont souvent des difficultés pour combiner en habitat urbain le respect de leur voisinage et les nombreuses heures quotidiennes de travail nécessaires à la pratique de leur art. Des difficultés que les étudiants partagent avec leurs enseignants et avec beaucoup de musiciens professionnels. Des difficultés qui n’empêchent pas musiciens et danseurs de continuer de s’exprimer, notamment sur les réseaux sociaux, de fédérer autour de leur art et de s’associer au soutien de la population et des soignants, à leur façon. »
Aussi les deux Conservatoires Nationaux Supérieurs de Musique et de Danse de Paris et Lyon proposent un moment symbolique de rencontre entre leurs étudiants musiciens, leurs enseignants et le public, et plus largement entre tous ceux qui jouent d’un instrument ou qui chantent :

 

 

tous les vendredis soir à 19h
jouez, chantez le début du TE DEUM

 
du compositeur baroque français Marc-Antoine Charpentier,
ex hymne de l’Eurovision, associé à chaque programme de télévision en diffusion européenne.

 

Chacun quelque soit son niveau peut participer / partitions disponibles ici : https://cmbv.fr/fr/actualites/eurobalcon

 

 

_________________________________________________________________________________________________

Chaque vendredi à 19h,
tous à vos fenêtres, tous à vos balcons,
pour 1’30 de musique.
C’est EUROBALCON !

partagez : #eurobalcon

Eurobalcon_visuel_bandeau-concert-confinement-balcon-te-deum-charpentier-classiquenews

 

 

 

 

CD, critique. ORPHEE AUX ENFERS (Vox Luminis, A Note temporis, 1 cd Alpha, 2019)

orphee aux enfers charpentier vox luminis nocte temporis meunier mechelen cd alpha critique opera baroque classiquenewsCD, critique. ORPHEE AUX ENFERS (Vox Luminis, A Note temporis, 1 cd Alpha, 2019). La Descente d’Orphée aux enfers est le joyau de ce double regard orphique qui comprend aussi la courte cantate plus ancienne et sur le même thème Orphée descendant aux enfers (1684). La partition plus ancienne est une première épure, directe, serrée, incisive comme une gravure économe de ses traits. La Descente plus développée, en tableaux aboutis, au souffle pathétique et tragique – est composée pour la cour de Marie de Lorraine probablement en 1687 : Charpentier n’a rien laissé du 3è acte où Orphée était dévoré par les ménades. Comme chez Monteverdi, le début met en scène des nymphes charmantes bientôt apitoyées par le deuil qui étreint et dévore Orphée ayant perdu Eurydice, Charpentier excelle dans l’évocation des bocages tendres. Pourtant une tension enfle très vite – nervosité propre au baroque français, car tous invectivent l’inflexibilité des dieux. Le mordant du choeur s’enflamme et perce directement au choeur, tandis que l’Orphée de Reinoud van Mechelen se languit dans la perte d’une insondable douleur. Charpentier suit les Italiens et son maître à Rome Carrissimi et aussi Monteverdi, tout inspiré par la figure du poète blessé, atteint au coeur.

Charpentier aime s’alanguir et respirer dans une volupté élastique dont la courbe expressive et la flexibilité se dévoilent idéalement dans la couleur et la cohérence indiscutable du chœur des Nymphes & des Bergers, incarnés par les chantres magistraux de Vox Luminis, collectif de luxe et de passion maîtrisée (qualité de leur effusion lacrymale dans le chœur final du premier acte).
La seconde partie qui est celle de la Descente aux enfers proprement dite vaut surtout pour le choeur là encore, aux accents et nuances picturales, et pour la Proserpine à la fois intense et franche de la soprano Stéphanie True. Dans l’articulation qui mène de la terre pastorale des bergers au gouffre infernal, Charpentier articule et s’électrise même à la Lully, évoquant le drame mais aussi la volonté d’Orphée d’en découdre (intermède entre les deux actes, très investi et au relief expressif).
Lénifiant, suave voire un peu lisse, Orphée sait adoucir les tourments des trois torturés rencontrés ici bas (Ixion, Tantale, Titye) vraie préfiguration dans le lugubre infernal, des trois Parques à venir chez Rameau (Hippolyte et Aricie). On y détecte la même tension pour le rictus (de douleur), l’imprécation exacerbée, sans les audaces harmoniques raméliennes.
Dans l’empire de la mort, Orphée sait infléchir et toucher le coeur de Proserpine, meilleure entrée pour vaincre et adoucir la rigueur de Pluton : de fait, s’il réclame la résurrection de son aimée Eurydice, Orphée souligne combien sa requête est fugace ; il reviendra mortel avec sa belle, se soumettre à Pluton… Ainsi vivent et meurt les hommes, mais sur terre, l’amour leur est capital.

En dépit des beautés chorales de cette lecture très esthétique, on reste moins convaincu par l’accentuation du vieux françois, où « souviens-toi » devient « souviens touè », intégrant une saveur rustique dans l’air charmant et séducteur d’Orphée : « Ah, Ah, laisse touè toucher… » ; rien à reprocher au chant ondulant et flexible du soliste Reinoud van Mechelen. Mais c’est décidément les couleurs profondes, intérieures du continuo (A Nocte temporis, collectif fondé par le ténor flamand) et de l’admirable chœur qui atteint souvent l’homogénéité expressive des Arts Flo, qui nous charment ici, avant toute chose (dernier choeur des Ombres heureuses, avec lequel Charpentier achève sa partition). En descendant aux enfers, Orphée les a pacifiés. Divin pouvoir du chant. Voici certainement, malgré quelques réserves, les piliers de la nouvelle génération baroque.

________________________________________________________________________________________________

CD, critique. ORPHEE AUX ENFERS (Vox Luminis, A Nocte temporis, 1 cd Alpha, 2019)

 

ACHETER le programme : https://lnk.to/Orphee_CharpentierYV

 

________________________________________________________________________________________________

TEASER VIDEO :

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, opéra, GENEVE,Grand-Théâtre, 30 avril 2019. CHARPENTIER : Médée. L Garcia Alarcón / David Mc Vicar

COMPTE-RENDU, opéra, GENEVE,Grand-Théâtre, 30 avril 2019. CHARPENTIER : Médée. L Garcia Alarcón / David Mc Vicar. On attendait la tension, la démesure, la grandeur tragique, mais aussi l’intime, la plainte, la magie. On sort partagé. Cette réalisation scénique est admirable, cohérente, accomplie, tout comme la performance musicale, de haut niveau. Mais chacun semble exercer son art dans un registre incompatible. La transposition triviale, parfois boulevardière, réduit la tragédie à une trahison suivie d’un accès de folie criminelle. L’émotion est ramenée à la lecture d’un fait divers horrible. Certes, Créuse souffre de l’embrasement interne de sa somptueuse robe, la puissance démoniaque de Médée électrocute les gardes chargés de se saisir d’elle, des diables et diablesses surgissent, pour une bacchanale effrénée. C’est beau, mais on demeure spectateur. Où sont cette démesure, la force paroxystique, le surnaturel ?

 

 

 

McVicar, l’anti-mythe

 

 

 

On ne présente plus David Mc Vicar, auquel on est redevable depuis vingt ans de tant de réussites, ainsi son Wozzeck donné ici même en 2017. Toute l’action se déroule dans l’espace d’un somptueux salon sur lequel s’ouvrent trois hautes portes vitrées. Nous sommes à Londres durant la seconde guerre mondiale. Les changements à vue (ainsi la carlingue d’un avion de chasse où Créuse et Oronte vont s’installer) et de judicieux éclairages suffiront à permettre la variété des tableaux. Les nombreux costumes, uniformes militaires, tenues de soirée, travestissements des danseurs, sont autant de réussites.

La dissonance entre le texte chanté, la musique instrumentale et le cadre visuel est d’autant plus flagrante que la direction d’acteur, millimétrée, nous vaut parfois de véritables caricatures (ainsi, la distinction de l’officier de marine opposée à la désinvolture grossière de l’aviateur). On frôle plus d’une fois le théâtre de boulevard et Broadway. Des défections du public qui se font jour à la faveur des entractes confirment notre perplexité : la catalyse que l’on espère ne se réalise que rarement, dans les moments où l’on oublie cette histoire substituée, qui relève du fait divers.

CHARPENTIER critique classiquenews critique opera medee_gpiano_c_gtg_magali_dougados-0506-thumbMédée, la plus paroxystique des héroïnes, femme et magicienne, barbare et tendre, exilée, vulnérable par son amour, sacrifiera tout après s’être sacrifiée. Malgré cet amour, ses efforts, ses renoncements, elle n’appartient pas à ce monde d’aristocrates affairistes. Dès son premier air « un dragon assoupi », sa puissance est manifeste, terrifiante. La prise de rôle de Anna Caterina Antonacci est pleinement convaincante. Sa voix ample, dans une tessiture qui lui convient à merveille, se déploie avec toutes les expressions attendues. Elle est Médée, dont elle a la maturité et la passion. Plus qu’aucun autre, le rôle de Médée exige une diction parfaite, propre à illustrer le poème de Thomas Corneille, et c’est un modèle que celle de notre prima donna. Son engagement est absolu, sa résistance surhumaine, tant au plan dramatique que pour ce qui relève de la voix. Il n’est pas de récitatif d’air ou de duo qui laisse indifférent. Lorsqu’elle chante « Je sens couler mes larmes », avec tendresse et douleur, comment retenir les nôtres ? La duplicité, le mensonge, les arrangements douteux, la trahison entraîneront sa vengeance et ses crimes, et malgré l’horreur qu’ils nous inspirent, on l’acquitterait volontiers, tant elle nous fait partager sa souffrance et sa folie.

CHARPENTIER critique opera classiquenews medee_pg_c_gtg_magali_dougados-0156-thumbChanteur accompli, particulièrement familier de ce répertoire, Cyril Auvity campe un Jason, imbu de sa personne, inconstant, faible, fourbe dès la deuxième scène, habile, touchant par ses défauts, trop humains. La voix est rayonnante, ample, souple, longue d’une articulation exemplaire avec un style exemplaire. Le Créon de Williard White ne manque pas de noblesse. Bien timbrée, parfois instable, la basse est puissante mais pêche par une prononciation teintée de couleurs anglo-saxonnes. Après son affrontement avec Médée, son air de la folie est de belle facture. Sa fille, Créuse, la rivale de Médée, est chantée par Keri Fuge, beau soprano, épanoui, qui donne une subtilité psychologique inattendue au personnage. Charles Rice – dont on se souvient de la prestation dans Viva la mamma ! – nous vaut un Oronte de qualité, juste dans son expression. La Nérine d’Alexandra Dobos-Rodriguez fait partie des heureuses découvertes de la soirée. D’une aisance vocale rare, son émission et son jeu nous séduisent. Il faut encore signaler Magali Léger, que l’on apprécie dans le répertoire baroque français, dans trois petits rôles à sa mesure, comme Jérémie Schütz et Mi-Young Kim. Le ChÅ“ur du Grand Théâtre , pleinement investi, donne le meilleur de lui-même, puissant, équilibré, d’une diction souveraine. Son jeu scénique est exemplaire. Le corps de ballet, virtuose, fréquemment sollicité, dans les styles les plus variés, participe à la réussite visuelle du spectacle.

charpentier critique opera classiquenews medee_gpiano_c_gtg_magali_dougados-0257-thumbComme à Londres, le prologue est amputé et n’en subsiste que l’ouverture. Ce qui nous vaut un autre contresens : séduisant, décoratif, tendre et enlevé, ce qui sied idéalement à l’allégorie chantant les mérites de Louis XIV, elle détonne lorsqu’elle est accolée à la première scène, où les éléments du drame sont exposés. L’allègement de certains récitatifs sauve l’essentiel. Conduits avec justesse, fluidité et expressivité, ceux-ci s’intègrent parfaitement au flux musical conduit par Leonardo Garcia Alarcón. Il en va de même des abondantes danses et divertissements, qui prolongent le drame, lorsqu’ils n’y participent pas directement, et lui donnent sa respiration. C’est un constant régal que la vie qu’il insuffle à sa Capella Mediterranea : du continuo (avec la merveilleuse Monika Pustilnik, entre autres) aux cordes, aux vents et à la percussion, l’équilibre, le relief, les couleurs sont plus présents que jamais. Son attention au chant ne se relâche pas, et si, rarement quelques décalages sont perceptibles, ils sont immédiatement corrigés.

Au sortir de cette extraordinaire prestation, on se prend à rêver de ce qu’aurait pu réaliser un metteur en scène, musicien, ayant compris le sens profond ainsi que la force du poème de Thomas Corneille, comme celui de la musique magistrale de Charpentier…

 

 

 

COMPTE-RENDU, critique, opéra, GENEVE, Grand-Théâtre, 30 avril 2019.

M.-A. CHARPENTIER : Médée. Leonardo Garcia Alarcón / David Mc Vicar. Anna Catrina Antonacci, Cyril Auvity, William White, Keri Fuge, Charles Rice. Crédit photographique © GTG – Magali Dougados

 

 

 

 

 

 

CD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… (Les Arts Florissants. William Christie)

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsCD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… (Les Arts Florissants. William Christie). Sur l’arc tendu de Cupidon, Les Arts Flo redoublent d’ingénieuse intelligence. Qu’elle soit comique, amoureuse, tragique ou langoureuse, la veine défendue atteint un miracle d’ivresse sonore, vocale et instrumentale ; l’écoute collective, le geste individualisée, la caractérisation poétique et intérieure font une collection de délices sonores et sémantiques d’une profonde subtilité. De toute évidence, voici l’une des réalisations discographiques qui confirme les profondes et indépassables affinités de William Christie avec la poésie amoureuse du Grand Siècle français.

 

 

Bien que l’amour…

Christie, maître du Baroque poétique et amoureux

 

 

 

christie william les arts florissants bien que l amour cd critique review presentation reviex cd critique classiquenews CLIC de classiquenewsC’est l’attention au verbe, à chaque image du mot, chaque émotion du texte et une écoute d’un chanteur à l’autre, d’un instrumentiste à l’autre qui subliment la chair suave et indiciblement nostalgique des poèmes regroupés ici. Qu’elles soient Iris, Climène… les amoureuses s’alanguissent ou restent inatteignables donc fantasmées. Mais à l’acuité du chant, précis, mesuré, répond l’évanescence enivrée des suggestions musicales. Lambert amoureux, La Fontaine perspicace pertinent (Epitaphe d’un paresseux sur la musique du grand Couperin – excusé du peu…), Honoré d’Ambruys (secret, doux, à l’énigmatique tendresse : Le doux silence de nos bois), … tous et chacun sont nos guides dans cette carte en tendresse, ce labyrinthe des coeurs éprouvés, un temps inquiets, en attente, en désir voire en souffrance mais toujours accomplis. Le charme opère ; le geste esquisse le plus subtile des dessins immatériels mais la musique du verbe s’inscrit dans notre esprit. Et grâce au magicien Christie, – peintre des nuances musicales-, le rêve de l’amour tremble et frétille comme un délicieux songe que la musique fait durer, au delà des siècles.
Plus mordant et espiègle, le maître nous abreuve aussi de la pointe plus affûtée du rire parodique ou de la comédie délirante, préservée dans les Scènes et Intermèdes pour Le Mariage forcé de Molière, musique de Charpentier. Les trois chanteurs : Marc Mauillon,
Cyril Auvity, Lisandro Abadie
redoublent de connivente facétie, chacun apportant l’acuité caressante de son timbre complémentaire.
Aux côtés du raffinement, c’est dans le style collectif, la vérité et la sincérité des interprètes qui nous touchent infiniment. A noter parmi les instrumentistes des Arts florissants ici réduits au diapason de ce rêve chambriste, l’excellente gambiste Myriam Rignol dont on sait à présent l’intelligence musicale et la virtuosité tout en raffinement parmi son propre ensemble, Les Timbres (pour nous l’un des meilleurs ensembles récents dédiés à la musique baroque). Programme miraculeux. Et donc CLIC de classiquenews de l’été 2016. Un disque que l’on emporte avec nous sur l’île déserte et déjà, sur la plage en juillet et en août 2016.

CD, compte rendu critique. Bien que l’Amour… Airs sérieux et boire. Les Arts Florissants. William Christie, direction. 1 cd Harmonia Mundi HAF 8905276.

 

CD, compte rendu critique. Cyril Auvity, haute contre. Stances du Cid (L’Yriade. 1 cd Glossa GCD 923601)

charpentier stances du cid airs de cour cyril auvity glossa cd review critique classiquenews presentation 1540-1CD, compte rendu critique. Cyril Auvity, haute contre. Stances du Cid (L’Yriade. 1 cd Glossa GCD 923601). Difficile de demeurer insensible à la déclamation fluide et naturelle, très articulée de la haute-contre française Cyril Auvity, au sommet de ses facultés vocales et expressives,et toujours prêt à relever les défis de partitions méconnues comme ici ou de programme thématiquement pertinents, surtout cohérents. Un prochain disque à paraître d’ici décembre 2016, dédié aux Motets de Clérambault (totalement inédits et pourtant d’une puissance dramatique absolue) le prouvera encore (réalisé grâce à la volonté défricheuse de l’organise Fabien Armengaud et son excellent ensemble Sébastien de Brossard). Enregistrement réalisé en Belgique en mai 2015, le présent recueil Stances du Cid incarne un standard du récit français traversé par l’éthique morale, un rien rigide mais toujours étonnamment noble et solennel, d’un héroïsme loyal sans égal, presque shakesparien tel qu’il fut porté sous Louis XIII et au début du règne de Louis XIV par l’illustre Pierre Corneille.

 

 

 

Cyril Auvity captive par un chant tendre, nuancé, flexible

Langoureuse lyre du Grand Siècle

 

 

AUVITY Cyril stances du cid classiquenews rreview critique compte rendu criitique cyrilauvity-sbcmCyril Auvity construit ce programme réjouissant autour de la particularité de sa voix et de celle de l’air de cour. Le style vocal du chanteur, parfaitement intelligible et d’une tenue dramatique naturelle (mi air mi récit), souvent franche et directe exprime parfaitement les tourments et les doutes du Cid, dès les 3 premiers airs de Charpentier (“fait-il punir le père de Chimène? ….(…) Tous mes plaisirs sont morts “…, dilemne central du cÅ“ur héroïque, tiraillé entre amour et honneur, désir et dévoir). La tendresse subtilement énoncée du Cid paraît sans fadeur ni préciosité maniériste dans un chant droit, timbré, aux phrasés délicats et mesurés. C’est l’offrande – en sol mineur, tonalité de la douceur ardente, entre prière et énergie intérieure voire tristesse osbcure finale-, d’un compositeur épris de prosodie exacte et efficace (moins de 2mn pour chaque), et en 1680, déjà postérieure à lapièce de Corneille de près de 40 ans… Le timbre de Cyril Auvity exprime le tourment et le désarroi voire l’impuissance du jeune Rodrigue qui bien que guerrier aguerri ne maîtrise rien des élans du cÅ“ur.
charpentier marc antoineMarc-Antoine Charpentier diffuse ses airs de cours – mélodies que tout un chacun peut entonner chez lui, partout dans ses déplacements et devant sa famille ou ses amis-, dans les colonnes du Mercure Galant, fondé par un proche Jean Donneau de Visé. Aux côtés de Marc-Antoine Charpentier, le chanteur joint d’autres mélodies au texte tout autant éloquent, matière à articuler et nuancer la projection vivante et colorée du texte poétique, signées du poitevin Michel Lambert établi à Puteaux (remarqué et favorisé par Moulinié puis Richelieu et les Orléans, puis proche de Lully qui épouse d’ailleurs sa fille Madeleine) … Lambert, Charpentier, deux immenses génies de la lyre poétique, intime et introspectives de l’âme baroque. En témoignent dans ce recueil épatant : la volonté fébrile de l’amant trahi entre volonté puis faiblesse de l’une des plus longues (plus de 4mn) : “Non je ne l’aime plus” ; langueur en forme de chaconne de Ma bergère de Lambert… L’extase langoureuse, le rêve amoureux déchiré (“Vous me donnez la mort”… de “Rendez-moi mes plaisirs / ma Sylvie”…de Charpentier), la quête d’un désir insatisfait… tout est dit ici avec une attention superlative au texte, à la résonance intime de chaque note, donc de chaque image émotionnelle qu’elle fait naître. Grand diseur baroque ici de l’introspection poétique (la psychanalyse serait-elle finalement née à l’époque de Corneille, et dans cette poétique musicale de l’air de cour, plus tard sublimé derechef et davantage parlée dans le théâtre de Racine… ?). Voilà qui donne matière à notre imaginaire et comble pour l’heure notre exigence linguistique et poétique. L’intelligence des enchaînements approche l’excellence d’un envoûtement finement gradué (écoutez les plages 11 puis 12 : de la Bergère magnifique au bois de Tirsis, arcadie miroir des peines secrètes et silencieuses… ) où s’affirme en cours de programme l’acuité expressive des instruments en concert, ceux du jeune ensemble L’Yriade. Superbe réalisation et tenue vocale de premier plan. CLIC de classiquenews de février 2016.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. Cyril Auvity, haute contre. Stances du Cid. Airs de Marc Antoine Charpentier, Michel Lambert. Pièces instrumentales de François Couperin. L’Yriade. 1 cd Glossa GCD 923601 (enregistrement réalisé en Belgique en mai 2015). CLIC de CLASSIQUENEWS de février 2016. Parution le 15 février 2016.

Reportage vidéo. Les Funérailles de la Reine Marie-Thérèse, De Profundis de Marc-Antoine Charpentier (1683)

marie-therese-d-autriche-portrait-reine-versaillesReportage vidéo. Les Funérailles de la Reine Marie-Thérèse, De Profundis de Marc-Antoine Charpentier (1683). A Versailles, alors que le concours pour renouveler les compositeurs de la Chapelle royale vient de se clôre, la Reine meurt à la fin de juillet 1783. Très vite il faut composer dans l’urgence une musique cérémonielle, à la fois solennelle et profonde : Mar-Antoine Charpentier écrit alors l’un des plus beaux et des plus bouleversants De Profundis de toute la musique française, annonçant par ses climats graves et désespérés, fervents et mystérieux, les grandes messes du XVIIIè et les Requiem spectaculaires de Berlioz ou de Verdi… Programme original défendu par les solistes, Chantres, Pages de la Maîtrise du CMBV, La Rêveuse… (continuo par Benjamin Perrot et Florence Bolton), sous la direction d’Olivier Schneebeli © studio CLASSIQUENEWS.COM. Réalisation : Philippe Alexandre Pham.

Rennes. Oratorios de Carissimi et de Charpentier

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneRennes, Cathédrale Saint-Pierre, Histoires sacrées, le 4 novembre 2015. Carissimi et Marc-Antoine Charpentier à Rennes. Au XVIIè, la ferveur religieuse s’éprouve dans le cadre théâtral de l’oratorio, nouveau genre né en Italie simultanément à l’opéra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes héroïques des premiers martyrs chrétiens. A Rome, le génie de Carrissimi s’affirme (Jonas et Jephté), à tel point que les compositeurs français et européens se pressent pour recevoir la leçon du maître romain : Marc-Antoine Charpentier venu à Rome comme peintre, découvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance réalisée quelques décennies précédentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maître de l’oratorio, genre rebaptisé en France, après sa formation auprès de Carrissimi, “histoire sacrée”. En témoigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment où Lully crée l’opéra français pour Louis XIV à Versailles (tragédie en musique), le génie d’un Charpentier soucieux de sensualité italienne autant que de déclamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilités expressives de la musique, en particulier quand l’enchaînement des épisodes favorise caractérisation, coup de théâtre, contrastes saisissants… LIRE notre présentation complète du programme Carissimi / Charpentier par le ChÅ“ur d’Angers Nantes Opéra, Stradivaria et Christian Gangneron, à Rennes

charpentier-carissimi-oratorios-angers-nantes-opera-classiquenews-presentation-opera-clic-de-classiquenews


boutonreservationAngers Nantes Opéra présente Histoires Sacrées de Carissimi et Marc-Antoine Charpentier dans les églises des Pays de la Loire :

 

Rennes, Cathédrale Saint-Pierre,
Les 4 novembre 2015, 20h

Angers, Collégiale Saint-Martin,
les 15,16,18, 19 mars 2016, 20h

Angers Nantes Opéra offre ainsi un florilège spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrées françaises, excellence d’une transmission étonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

COMPTE RENDU critique du spectacle Histoires sacrées : Carissimi et Charpentier par Angers Nantes Opéra, par Alexandre Pham (représentation à Sablé sur Sarthe, le 16 septembre 2015)

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi à Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur, cordes et basse continue. Créé à Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome, vers 1645.

Mise en scène : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

Chœur d’Angers Nantes Opéra, dirigé par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes Opéra, créée le mercredi 16 septembre 2015 à Nantes, d’après la production de l’Atelier de recherche et de création pour l’art lyrique, créée à l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustrations : Caravage : l’Incrédulité de Saint-Thomas (DR) – Production oratorios de Carissimi, Histoires sacrées de Charpentier par Angers Nantes Opéra 2015 © Jef Rabillon

 

Compte rendu, concert. Sablé sur Sarthe, le 16 octobre 2015. Histoires sacrées : Carissimi (Jonas, Jephté), MA Charpentier (Le reniement de Saint-Pierre). Stradivaria. Bertrand Cuiller, direction. Christian Gangneron, mis en scène.

Que donne une troupe lyrique en itinérance ? Que vaut l’expérience d’un chÅ“ur habitué aux salles d’opéra, confronté comme ici aux nouveaux défis d’un tréteau placé dans une église, à la rencontre de nouveaux spectateurs ? Acoustique réverbérante incontrôlable, dispositif scénique aléatoire dépendant de la configuration du lieu (lequel à priori n’est pas conçu pour un spectacle), nouveaux profils de spectateurs… les épreuves ne manquent pour cette nouvelle production défendue par Angers Nantes Opéra et dont l’enjeu (exemplaire) est d’oser la rencontre avec de nouveaux spectateurs, hors du théâtre lyrique traditionnel et dans une forme repensée pour l’occasion. Subventionnés par les impôts des contribuables, les maisons d’opéras entretiennent souvent une routine qui ne profitent qu’à ceux qui connaissent déjà le lyrique (et qui donc font la route pour aller l’entendre). Ici, grâce à l’initiative d’Angers Nantes Opéra, de son directeur idéalement engagé, Jean-Paul Davois, le principe est tout autre et même inverse, tout en respectant l’accessibilité du spectacle pour le plus grand nombre, en particulier pour celles et ceux pour lesquels aller à l’opéra est trop difficile, du seul fait de la distance pour s’y rendre. Plutôt que de venir à l’opéra, c’est l’opéra qui s’invite dans les villes du territoire.

 

 

 

charpentier-carissimi-oratorios-angers-nantes-opera-classiquenews-presentation-opera-clic-de-classiquenews

 

 

 

Angers Nantes Opéra diffuse l’opéra hors les murs

Le Lyrique dans les territoires

 

Le choix des Å“uvres est réfléchi : les oratorios romains de Carissimi, créateur du genre dans la Rome du XVIIè ; les Histoires sacrées de Charpentier, son élève et tout autant génial … les deux formes sont effectivement conçus pour l’église et son acoustique. Rien à dire donc sur la trilogie sacrée à laquelle nous assistons, dans le site où nous la découvrons. L’exemple moral de Jonas, de Pierre ou de Jephté – figures lumineuses (ou sombre dans le cas du traître Pierre) de l’Ancien et du Nouveau Testament-, prend une dimension naturelle, presque évidente sous la voûte de l’église Notre-Dame de Sablé. C’est un prolongement aguerri à Sablé car depuis septembre, en ouverture de sa nouvelle saison lyrique, Angers Nantes Opéra a fait tourner la production dans plusieurs églises de Nantes.

L’éloquence des gestes, la succession des épisodes d’un dramatisme resserré parfois fulgurant prennent un sens régénéré dans la réalisation du metteur en scène Christian Gangneron : or les obstacles ne sont pas minces pour réussir une telle production. Le nombre des choristes en ferait pâlir plus d’un : 30 chanteurs sur la scène et présents en totalité tout au long de chaque séquence ; il faut un solide métier pour vaincre et écarter l’effet de la masse comme de la confusion. Pari relevé pourtant d’autant que chaque choriste mis en avant selon son tempérament, invité à chanter et à jouer, défend trois partitions dont l’enjeu est bien la dramatisation édifiante des actes de l’Histoire sacrée. Le jeu expressif préserve la surenchère et s’inscrit constamment dans une mesure qui rend intelligible chaque situation dramatique. La cohérence renforce la séduction du triptyque : l’air de Jonas, déchirant de la part de celui qui connaît mieux que personne la vacuité de la nature humaine, préfigure déjà en ouverture, la prière déchirante de Jephté puis de sa fille, à l’extrémité du spectacle. Unité stimulante du triptyque.

 

 

angers nantes opera le-choeur-de-lopera-va-emplir-la-collegiale-vendredi

 

 

 

Chaque drame contient un air, point fort psychologique et dramatique : sous la lumière et sur ce fond noir qui découpe les profils, chaque séquence prend des allures de tableau vivant, convoquant la comédie populaire de Latour, le ténébrisme éblouissant du Caravage. Christian Gangneron reprend en vérité un spectacle déjà présenté en 1987 mais ici, dans une configuration toute autre, où le nombre des acteurs chanteurs sur le plateau a considérablement modifié les moyens de réalisation. Les voix habituées au grand répertoire lyrique (XIXème essentiellement) articulent pourtant, s’ingénient à caractériser sans élargir chaque intervention vocale. L’intonation est subtilement calibrée, le style remarquable d’attention à l’autre ; et le format sonore global répond malgré la forte réverbération à l’obligation d’intelligibilité (conduit par le chef des chÅ“urs d’Angers Nantes opéra, Xavier Ribes) : l’équilibre avec les instrumentistes de Stradivaria reste délectable du début à la fin.

Vocalement, les parties solistes les plus exigeantes sont confiés à 3 solistes très convaincants : le ténor Hervé Lamy (Jonas d’abord, puis très émouvant père de Jephté), l’excellent Francisco Fernández-Rueda (intense, ardent, précis : son Pierre est humain et finement tiraillé), surtout – révélation de la soirée : la soprano d’origine algérienne Hadhoum Tunc qui éblouit par sa subtilité et sa grande maîtrise technique dans le rôle de la fille de Jephté. La jeune cantatrice n’est pas seulement naturelle et idéalement fluide malgré la très grande tension du rôle, c’est aussi une actrice convaincante qui sait nuancer son caractère dans ce souci des équilibres précédemment évoqués.

La surprise est donc totale et la curiosité comme l’enseignement moral, subtilement réalisés. Les initiatives de ce type sont rares : inédites même dans l’Hexagone. Un ChÅ“ur qui s’engage et se dépasse ;  un metteur en scène jouant finement des allusions cinématographiques et picturales pour la clarification de sommets baroques… autant de composantes qui nous font vivre le lyrique et l’expérience du spectacle vivant, différemment, dans l’intensité et la proximité. Stimulante aventure.
La production présentée par Angers Nantes Opéra poursuit sa tournée en novembre 2015 à Rennes (Cathédrale, le 4 novembre) puis en 2016, à Angers : incontournable. Consulter le site d’Angers Nantes Opéra pour connaître les dernières dates des reprises du spectacle Histoires Sacrées, Carissimi / Marc-Antoine Charpentier.

 

 

 

Compte rendu, concert. Sablé sur Sarthe, le 16 octobre 2015. Histoires sacrées : Carissimi (Jonas, Jephté), MA Charpentier (Le reniement de Saint-Pierre). ChÅ“ur d’Angers Nantes opéra (Xavier Ribes, direction). Stradivaria. Bertrand Cuiller, direction. Christian Gangneron, mise en scène.

 

Illustrations : photos Jef Rabillon © Angers Nantes Opéra 2015

Carissimi et Charpentier à Sablé

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneSablé sur Sarthe, Cathédrale, Histoires sacrées, 16 octobre 2015. Carissimi et Marc-Antoine Charpentier à Sablé sur Sarthe. Au XVIIè, la ferveur religieuse s’éprouve dans le cadre théâtral de l’oratorio, nouveau genre né en Italie simultanément à l’opéra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes héroïques des premiers martyrs chrétiens. A Rome, le génie de Carrissimi s’affirme (Jonas et Jephté), à tel point que les compositeurs français et européens se pressent pour recevoir la leçon du maître romain : Marc-Antoine Charpentier venu à Rome comme peintre, découvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance réalisée quelques décennies précédentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maître de l’oratorio, genre rebatisé en France, après sa formation auprès de Carrissimi, “histoire sacrée”. En témoigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment où Lully crée l’opéra français pour Louis XIV à Versailles (tragédie en mussique), le génie d’un Charpentier soucieux de sensualité italienne autant que de déclamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilités expressives de la musique, en particulier quand l’enchaînement des épisodes favorise caractérisation, coup de théâtre, contrastes saisissants… A Rome au début des années 1660 (à 17 ou 18 ans), Charpentier concentre une rare expérience de l’oratorio tel qu’il était pratiqué alors par Carissimi mais aussi les frères Mazzocchi, Orazio Benevoli, Francesco Beretta : il apprend à leurs côtés, à maîtriser une langue sensuelle et dramatique d’une séduction inconnue en France. L’auteur de Médée (1693), fut nommé au poste prestigieux de maître de musique à la Sainte-Chapelle de Paris (1698, à 55 ans) : il y compose sa fameuse Messe Assumpta est Maria, sommet de la ferveur baroque française du Grand Siècle. Molière ne s’était pas trompé en préférant alors Charpentier à Lully, pour ses comédies ballets, quand Lully préféra s’engager avec passion dans le genre de la tragédie lyrique. Même s’il n’eut aucun poste officiel à Versailles, Charpentier très apprécié du parti italophile (Duc de Chartres), suscita néanmoins l’estime de Louis XIV qui la gratifia d’une pension pour service rendu aux Bourbons, entre autres pour les musiques composées pour les messes du Grand Dauphin (début des années 1680).

charpentier-carissimi-oratorios-angers-nantes-opera-classiquenews-presentation-opera-clic-de-classiquenews

 

boutonreservationAngers Nantes Opéra présente Histoires Sacrées de Carissimi et Marc-Antoine Charpentier dans les églises des Pays de la Loire :

 

Sablé sur Sarthe, Cathédrale
vendredi 16 octobre 2015, 20h

Rennes, Cathédrale Saint-Pierre,
Les 4  novembre 2015, 20h 

Angers, Collégiale Saint-Martin,
les 15,16,18, 19 mars 2016, 20h

Angers Nantes Opéra offre ainsi un florilège spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrées françaises, excellence d’une transmission étonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

 

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi à Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur, cordes et basse continue. Créé à Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome, vers 1645.

 

 

Charpentier, Carissimi dans les églises de Nantes

 

La figure du Dieu baroque telle qu’elle est illustrée par Charpentier et Carissimi au XVIIè est une instance punitive et inflexible. Les actions représentées appellent à l’humilité, la contrition, la soumission aux injonctions divines… Les héros éprouvés suscitent chez les “spectateurs/auditeurs”, un profond sentiment de compassion. Rien de tel pour susciter les vocations et convertir les fidèles venus en masse assister aux drames sacrés. Jonas est avalé par la baleine parce qu’il avait désobéi à l’ordre divin ; Pierre est ici puni voire humilié parce qu’il a renié sa foi ; surtout, chez Carissimi, Jephté doit immoler son bien le plus précieux, sa propre fille (un thème que l’on retrouve dans d’autres épisodes à l’Opéra : Abraham sacrifiant son fils Isaac, ou Idoménée devant tuer son fils Idamante… mais à la différence de Jephté définitivement perdue, une main salvatrice vient au dernier moment sauver l’innocente victime). Ainsi les dieux ont soif : il leur faut du sang humain, preuve de la soumission terrestre au ciel rageur et avide. Développé puis perfectionné pour les Oratoriens de Philippe de Néri (dont l’ordre fut officialisé par le Pape Grégoire XIII en 1575), la forme de l’oratorio prolonge les premières expériences de chants expressifs (polyphonies doxologiques ou laudes). Avec Carissimi, la musique offre un cadre et un rythme dramatique au texte ; son impact sur les foules suscite l’adhésion des croyants, ainsi l’oratorio romain est-il favorisé par le pape pour convertir les âmes perdues depuis la Réforme. Dans les années 1640, Carissimi reprend à son compte les modèles de musique sacrée théâtrale fixée par Emilio de’Cavalieri et Monteverdi, au début du XVIIè : il en découle cette langue sensuelle et expressive que Charpentier exporte à Paris à la fin des années 1660 : continuité, transmission, sublimation.

 

 

 

Mise en scène : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

Chœur d’Angers Nantes Opéra, dirigé par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes Opéra, créée le mercredi 16 septembre 2015 à Nantes, d’après la production de l’Atelier de recherche et de création pour l’art lyrique, créée à l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustration : Caravage : l’Incrédulité de Saint-Thomas, Marie-Madeleine pénitente (DR)

 

 

Angers Nantes Opéra. Oratorios de Carissimi et Histoires sacrées de Charpentier dans les églises de Nantes

caravage-saint-thomas-incredulite-582-390-uneAngers Nantes Opéra. Baroque, Histoires sacrées, 16 septembre-3 octobre 2015. Carrissimi et Marc-Antoine Charpentier. Au XVIIè, la ferveur religieuse s’éprouve dans le cadre théâtral de l’oratorio, nouveau genre né en Italie simultanément à l’opéra : chanteurs et instrumentistes ressuscitent les grands actes héroïques des premiers martyrs chrétiens. A Rome, le génie de Carrissimi s’affirme (Jonas et Jephté), à tel point que les compositeurs français et européens se pressent pour recevoir la leçon du maître romain : Marc-Antoine Charpentier venu à Rome comme peintre, découvre la force de la musique et du chant le plus expressif et le plus sensuel (alliance réalisée quelques décennies précédentes en peinture par Caravage) : il sera compositeur et maître de l’oratorio, genre rebatisé en France, après sa formation auprès de Carrissimi, “histoire sacrée”. En témoigne Le Reniement de Saint-Pierre, chef d’oeuvre de 1670, affirmant au moment où Lully crée l’opéra français pour Louis XIV à Versailles (tragédie en mussique), le génie d’un Charpentier soucieux de sensualité italienne autant que de déclamation française, expressive et onirique. Pour autant Charpentier n’oublie le drame, et la structure de ses Histoires italiennes, exploitent toutes les possibilités expressives de la musique, en particulier quand l’enchaînement des épisodes favorise caractérisation, coup de théâtre, contrastes saisissants… A Rome au début des années 1660 (à 17 ou 18 ans), Charpentier concentre une rare expérience de l’oratorio tel qu’il était pratiqué alors par Carissimi mais aussi les frères Mazzocchi, Orazio Benevoli, Francesco Beretta : il apprend à leurs côtés, à maîtriser une langue sensuelle et dramatique d’une séduction inconnue en France. L’auteur de Médée (1693), fut nommé au poste prestigieux de maître de musique à la Sainte-Chapelle de Paris (1698, à 55 ans) : il y compose sa fameuse Messe Assumpta est Maria, sommet de la ferveur baroque française du Grand Siècle. Molière ne s’était pas trompé en préférant alors Charpentier à Lully, pour ses comédies ballets, quand Lully préféra s’engager avec passion dans le genre de la tragédie lyrique. Même s’il n’eut aucun poste officiel à Versailles, Charpentier très apprécié du parti italophile (Duc de Chartres), suscita néanmoins l’estime de Louis XIV qui la gratifia d’une pension pour service rendu aux Bourbons, entre autres pour les musiques composées pour les messes du Grand Dauphin (début des années 1680).

 

boutonreservationAngers Nantes Opéra dans les églises de Nantes dès le 16 septembre et jusqu’au samedi 3 octobre 2015, puis et à Angers à la Collégiale Saint-Martin, les 15,16,18, 19 mars 2016 (20h) offre un florilège spectaculaire de l’art de l’oratorio romain aux histoires sacrées françaises, excellence d’une transmission étonnante entre France et italie, Carrissimi et Charpentier.

 

 

 

Programme : Histoires sacrées

3 oratorios de Carissimi à Marc-Antoine Charpentier

Jonas de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur, cordes et basse continue. Créé à Rome.

Le Reniement de saint Pierre de Marc-Antoine Charpentier
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome ou Paris, vers 1670.

Jephté de Giacomo Carissimi
Oratorio pour solistes, chœur et basse continue. Créé à Rome, vers 1645.

 

 

Charpentier, Carissimi dans les églises de Nantes

 

La figure du Dieu baroque telle qu’elle est illustrée par Charpentier et Carissimi au XVIIè est une instance punitive et inflexible. Les actions représentées appellent à l’humilité, la contrition, la soumission aux injonctions divines… Les héros éprouvés suscitent chez les “spectateurs/auditeurs”, un profond sentiment de compassion. Rien de tel pour susciter les vocations et convertir les fidèles venus en masse assister aux drames sacrés. Jonas est avalé par la baleine parce qu’il avait désobéi à l’ordre divin ; Pierre est ici puni voire humilié parce qu’il a renié sa foi ; surtout, chez Carissimi, Jephté doit immoler son bien le plus précieux, sa propre fille (un thème que l’on retrouve dans d’autres épisodes à l’Opéra : Abraham sacrifiant son fils Isaac, ou Idoménée devant tuer son fils Idamante… mais à la différence de Jephté définitivement perdue, une main salvatrice vient au dernier moment sauver l’innocente victime). Ainsi les dieux ont soif : il leur faut du sang humain, preuve de la soumission terrestre au ciel rageur et avide. Développé puis perfectionné pour les Oratoriens de Philippe de Néri (dont l’ordre fut officialisé par le Pape Grégoire XIII en 1575), la forme de l’oratorio prolonge les premières expériences de chants expressifs (polyphonies doxologiques ou laudes). Avec Carissimi, la musique offre un cadre et un rythme dramatique au texte ; son impact sur les foules suscite l’adhésion des croyants, ainsi l’oratorio romain est-il favorisé par le pape pour convertir les âmes perdues depuis la Réforme. Dans les années 1640, Carissimi reprend à son compte les modèles de musique sacrée théâtrale fixée par Emilio de’Cavalieri et Monteverdi, au début du XVIIè : il en découle cette langue sensuelle et expressive que Charpentier exporte à Paris à la fin des années 1660 : continuité, transmission, sublimation.

 

 

 

Mise en scène : Christian Gangneron
costumes : Claude Masson

avec
Hervé Lamy, Jonas, Pierre, Jephté
Hadhoum Tunc, la fille de Jephté

Chœur d’Angers Nantes Opéra, dirigé par Xavier Ribes
Ensemble Stradivaria, dirigé par Bertrand Cuiller

Reprise Angers Nantes Opéra, créée le mercredi 16 septembre 2015 à Nantes, d’après la production de l’Atelier de recherche et de création pour l’art lyrique, créée à l’abbaye de Pontlevoy le 6 septembre 1985.

 

 

Illustration : Caravage : l’Incrédulité de Saint-Thomas, Marie-Madeleine pénitente (DR)

 

 

En Vendée, William Christie dirige Actéon de Charpentier

titien-diane-acteon-580Thiré (Vendée). William Christie dirige Actéon de Charpentier, les 29,30 août 2014. Marc-Antoine Charpentier (1643 – 1704) continue d’être régulièrement entendu grâce au début de son te Deum qui sert toujours de générique aux diffusions en eurovision. Rares les connaisseurs qui savent que Charpentier fut à l’époque de Lully, donc sous le règne de Louis XIV, l’un des auteurs français baroques les plus importants, les mieux inspirés, comme en témoignent sa musique sacrée, surtout ses drames et opéras dont le raffinement harmonique, le sens supérieur du drame, appris entre autres pendant sa formation romaine auprès de l’immense Carissimi, excellent dans le genre théâtral. Médée, la descente d’Apollon aux enfers, et Actéon témoignent d’une sensibilité rare et exceptionnelle qui trouve de l’autre côté de l’Atlantique, en Angleterre, son pendant musicien, aussi doué et subtil que le Français, Purcell lui-même – ou l’Orphée britannique : on remarque chez les deux compositeurs contemporains, ce même sens du drame, cette économie expressive qui découle directement du modèle carissimien, le don pour la langueur, la sensualité, les contrastes saisissants, dans le sillon du maître pour tous, Claudio Monteverdi. A l’époque où Charpentier écrit Actéon, Purcell compose pour un lycée de jeunes filles, son chef d’oeuvre absolu : Didon et Enée (vers 1689).  Purcell est hanté par la mort et fasciné par la fragilité humaine : ce qui transparaît aussi dans le drame de Charpentier où face à la puissance de l’amour, la rage de Diane et la jalousie de Junon, se dresse, fierté dérisoire, la frêle ambition d’Actéon dont le seul défaut fut ici de surprendre dans son bois, Diane et ses compagnes…
Après la brouille de Molière avec Lully, Charpentier qui demeure écarté de la Cour de Versailles même s’il est particulièrment apprécié du roi, compose les parties musicales de ses dernières comédies-ballets, La comtesse d’Escarbagnas et Le Malade imaginaire.  Maître de Musique du Grand Dauphin, puis de la Sainte Chapelle, Charpentier est une figure majeure de la musique française du XVIIème : ses fins chromatismes, son architecture harmonique soulignent quel audacieux créateur il fut à l’époque où la France Baroque invente son vocabulaire et sa langue propres, à partir de la source italienne.

Charpentier est Actéon…

Mis à distance par le surintendant Lully qui avait bien percé le génie de ce rival potentiel, Charpentier est d’abord le directeur des spectacles à la cour de Marie de Lorraine, duchesse de Guise : il y échafaude sa propre conception des spectacles, divertissements, cantates, histoires sacrées ou drames mythologiques comme cet Actéon, véritable opéra de poche, vraissemblablement créé au début des années 1680 à Paris, à l’hôtel de Guise, où le compositeur a certainement chanté le rôle titre. La mythologie offre de nombreux sujets sur l’amour tragique voire sanglant : le bel Actéon chasse dans les bois lorsqu’il tombe sur Diane et ses suivantes au bain. Outragée par cette incursion, la déesse le transforme en cerf : il sera dévoré par ses propres chiens.
Fils du dieu mineur Aristée qui est le fils d’Apollon, et de la fille de Cadmos, Autonoé, Actéon est élevé par le centaure Chiron et devient un chasseur expérimenté. Diodore de Sicile puis Euripide apportent une autre version expliquant le châtiment de Diane, elle aussi déesse de la chasse et souveraine des bois : orgueilleux, Actéon se serait vanté d’être meilleur chasseur que la déesse qu’il aimait pourtant… C’était un défaut de trop que Diane prend soin de châtier. Enfin Pausanias évoque le culte dont il faisait l’objet à Orchomène en Béotie. Dans l’opéra de Charpentier, Actéon est le prince de Thèbes, adoré de ses sujets et tragiquement pleuré par ses compagnons de chasse à la fin de l’action.

Marc-Antoine Charpentier : Actéons, vers 1684.
Festival Dans les Jardins de William Christie
Thiré (Vendée), les 29 et 30 août 2014. Sur le Miroir d’eau, à 20h30.

Marc-Antoine Charpentier
[1645-1704]
Actéon (H 481), pastorale, ou opéra de chasse, en cinq scènes
créé vers 1684. Livret de Marc-Antoine Charpentier, d’après Les Métamorphoses d’Ovide

 

 

titien-diane-hompage-580-380-

 

 

 

Personnages :
Actéon
Diane
Daphné
Hayle
Arthebuse
Junon
Choeur des Chasseurs
Choeur des Nimphes de Diane

Résumé, synopsis :
Le charme de cette tragédie pastorale et cynégétique tient à la subtile correspondance entre les paysages de la nature mis au diapason des sentiments éprouvés par les protagonistes. Du bain de Diane, évocation idyllique d’un bois réconfortant… au ténèbres de Thèbes endeuillée par la mort de son prince Actéon, Charpentier peint comme un peintre doué d’une exceptionnelle sensibilité panthéiste, les passions humaines les plus ténues.
D’abord, dans la scène d’ouverture, Charpentier souligne l’entrain des chasseurs conduits par Actéon, poursuivant l’ours qui ravage les bois de Diane. A l’action des hommes répond la langueur partagée de la déesse et de ses compagnes qui établissent dans un bocage reculé, le lieu de leur bain. Daphné, Hyade, Arthébuse célèbrent la douceur de l’endroit préservé du regard humain comme des flammes dévorantes de l’amour (ce “tyran des cÅ“urs”). La nature apaise des tourments amoureux : par le chant d’Arthébuse, Charpentier dévoile les vertus apaisantes des bois secrets de Diane. les nymphes confessent qu’il est doux de mépriser les ardeurs d’un dieu trompeurs…
A midi, Actéon épuisé abandonne ses compagnons pour faire retraite à l’ombre des bois. Le jeune chasseur si fier de sa liberté surprend et observe Diane en son bocage tranquille. Mais la déesse démasque l’espion et jure de se venger : malgré la défense d’Actéon, elle le transforme en un magnifique cerf qui est chassé par ses propres compagnons et dévoré par ses chiens.
C’est Junon outragée (l’infidélité de son époux Jupiter) et solidaire de Diane qui explique aux chasseurs qu’ils viennent de tuer le prince Actéon, héros adulé à Thèbes. La partition s’achève sur le choeur de déploration des chasseurs, endeuillés par la perte de leur prince.

acteon-diane-580-380-Livret :
Le Choeur des Chasseurs
Allons, marchons, courons, hastons nos pas.
Quelle ardeur du soleil qui brusle nos campagnes;
Que le pénible accès des plus hautes montagnes
Dans un dessein si beau ne nous retarde pas.

Scène I
Actéon
Déesse par qui je respire,
Aimable Reyne des forêts,
L’ours que nous poursuivons désole ton empire
Et c’est pour immoler à tes divins attraits
Que la chasse icy nous attire.
Conduis nos pas, guide nos traits,
Déesse par qui je respire,
Aimable Reyne des forêts.

Deux Chasseurs
Vos vœux sont exaucés et par le doux murmure
Qui vient de sortir de ce bois
le ciel vous en assure,
Suivons ce bon augure.
Allons, marchons, courons, …

Scène II
Diane, Daphné, Hayle, Arthébuse,
Choeur de Nymphes

Diane
Nymphes, retirons-nous dans ce charmant Boccage.
Le cristal de ses pures eaux,
Le doux chant des petits Oyseaux,
Le frais et l’ombrage sous ce vert feuillage
Nous ferons oublier nos pénibles travaux.
Ce ruisseau loin du bruit du monde
Nous offre son onde,
Délassons-nous dans ce flots argentés,
Nul mortel n’oserait entreprendre
De nous y surprendre,
Ne craignons point d’y mirer nos beautés.

Le Choeur de Nimphes
Charmante fontaine,
Que votre sort est doux,
Notre aymable Reyne
Se confie à vous.
D’un tel avantage
L’Idaspe et le Tage
Doivent estre jaloux.

Daphné et Hyale
Loin de ces lieux tout cœur profane;
Amants, fuyez ce beau séjour,
Vos soupirs et le nom de l’amour
Troubleraient le bain de Diane.
Nos cœurs en paix dans ces retraites
Goustent de vrais contentemens.
Gardez-vous, importuns amans,
D’en troubler les douceurs parfaites.

Arthébuse
Ah ! Qu’on évite de langueurs
Lorsqu’on ne ressent point les flammes
Que l’amour, ce tyran des cÅ“urs,
Allume dans les faibles ames.
Ah ! Qu’on évite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Le Choeur de Nimphes
Ah ! Qu’on évite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Arthébuse
Les biens qu’il nous promet
N’en ont que l’apparence,
Ne laissons point flatter
Par ses appas trompeurs
Notre trop crédule espérance.
Ah ! Qu’on évite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Le Choeur de Nimphes
Ah ! Qu’on évite de langueurs,…

Arthébuse
Pour nous attirer dans ses chaines
Il couvre ses pièges de fleurs,
Nimphes, armez-vous de rigueurs
Et vous rendrez ces ruses vaines.
Ah ! Qu’on évite de langueurs
Lorsqu’on ne ressent point les flammes
Que l’amour, ce tyran de nos coeurs,
Allume dans les faibles ames.
Ah ! Qu’on évite de langueurs
Quand on mesprise ses ardeurs.

Le Choeur de Nimphes
Ah ! Qu’on évite de langueurs,…

Scene III

Actéon
Diane,
Choeur de Nymphes

Actéon
Amis, les ombres raccourcies
Marquant sur nos plaines fleuries
Que le soleil a fait la moitié de son tour,
Le travail m’a rendu le repos nécessaire;
Laissez moi seul resver dans ce lieu solitaire
Et ne me renvoyez que sur la fin du jour.
Agréable vallon, paisible solitude,
Qu’avec plaisir sur vos cyprès
Un amant respirant le frais
Vous feroit le récit de son inquiétude;
Mais ne craignez de moy ny plaintes ny regrets.
Je ne connois l’amour que par la renommée
Et tout ce qu’elle en dit me le rend odieux.
Ah ! S’il vient m’attaquer, ce Dieu pernicieux,
Il verra ses projets se tourner en fumée.
Liberté, mon cœur, liberté.
Du plaisir de la chasse,
Quoy que l’amour fasse,
Sois toujours seulement tenté.
Liberté, mon cœur, liberté.
Mais quel objet frappe ma vue ?
C’est Diane et ses sÅ“urs, il n’en faut point douter.
Approchons nous sans bruit, cette route inconnue
M’offrira quelqu’endroit propre à les écouter.

Diane
Nimphes, dans ce buisson
quel bruit viens-je d’entendre ?

Actéon
Ciel ! Je suis découvert.

Le Choeur de Nimphes
Oh ! Perfide mortel,
Oze tu bien former le dessein criminel
De venir icy nous surprendre.

Actéon
Que feray-je, grands Dieux ?
Quel conseil dois-je prendre ?
Fuyons, fuyons !

Diane
Tu prends à fuyr un inutile soin,
Téméraire chasseur, et pour punir ton crime
Mon bras divin poussé du courroux qui m’anime
Aussi bien que de prez te frappera de loin.

Actéon
Déesse des chasseurs, escoutez ma deffence.

Diane
Parle, voyons quelle couleur,
Quelle ombre d’innocence
Tu puis donner à ta fureur.

Actéon
Le seul hazard et mon malheur
Font toute mon offense.

Diane
Trop indiscret chasseur,
Quelle est ton insolence !
Crois-tu de ton forfait déguiser la noirceur
Aux yeux de ma divine essence ?
Que cette eau que ma main fait rejaillir sur toy
Apprenne à tes pareils à s’attaquer à moy !

Le Choeur de Nimphes
Vante toy maintenant, profane,
D’avoir surpris Diane
Et ses sœurs dans le bain,
Va pour te satisfaire,
Si tu le peux faire,
Le conter au peuple Thébain.

Scene IV

Actéon

Actéon
Mon cœur, autre fois intrépide,
Quelle peur te saisit ?
Que vois-je en ce miroir liquide ?
Mon visage se ride,
Un poil affreux me sert d’habit,
Je n’ay presque plus rien de ma forme première,
Ma parole n’est plus qu’une confuse voix.
Ah ! Dans l’estat ou je me voys,
Dieux qui m’avez formé du noble sang des Roys,
Pour espargner ma honte
Ostez moy la lumière.

Scene V

Actéon, transformé en Cerf,
le Choeur des Chasseurs

Le Choeur des Chasseurs
Jamais trouppe de chasseurs
Dans le cours d’une journée
Fut-elle plus fortunée,
Jamais trouppe de chasseurs
Reçut-elle un jour du ciel plus de faveurs.
Actéon, quittez la resverie,
Venez admirer la furie
De vos chiens acharner sur ce cerf aux abois.
Quoy ! N’entendez-vous pas nos voix ?
Que vous perdez, grand prince, à resver dans un bois,
Croyez qu’à nos plaisirs vous porterez envie,
Et dans tous le cours de la vie
Un spectacle si doux ne s’offre pas deux foix.

Scene VI

Junon,
Choeur des Chasseurs

Junon
Chasseurs, n’appelez plus qui ne peut vous entendre.
Actéon, ce héros a Thèbes adoré,
Sous la peau de ce cerf a vos yeux déchiré
Et par ses chiens dévorés
Chez les morts vient de descendre.
Ainsi puissent périr les mortels odieux
Dont l’insolence extrême
Blessera désormais les Dieux,
La puissance suprême.

Le Choeur des Chasseurs
Hélas, Déesse, hélas !
De quoy fut coupable
Ce héros aymable
Pour mériter l’horreur de si cruel trépas ?

Junon
Son infortune est mon ouvrage
Et Diane en vangeant l’outrage
Qu’il fit à ses appas
N’a que presté sa main à ma jalouse rage.
Ouy Jupiter, perfide espous,
Que ta charmante Europe au ciel prenne ma place
Sans craindre mes transports jaloux.
Mais si jusqu’à son cÅ“ur n’arrivent pas mes coups,
Actéon fut son sang et je jure à sa race
Une implacable haine, un éternel courroux.

Elle s’envole.

Le Choeur des Chasseurs
Hélas, est-il possible
Qu’au printemps de ses ans ce héros invincible
Ayt vu trancher le cours de ses beaux jours.
Quel cœur, à ce malheur, ne seroit pas sensible.
Faisons monter nos cris jusqu’au plus haut des airs,
Que les rochers en retentissent,
Que les flots écumans des mers,
Que les aquilons en mugissent,
Qu’ils pénètrent jusqu’aux enfers.
Actéon n’est donc plus,
Et sur les rives sombres
Le modelle des souverains,
Le soleil naissant des Thébains
Est confondu parmy les ombres.

 

 

 

Festival-William-Christie-2013-9_gallery_fullLe festival imaginé et accueilli par William Christie dans ses jardins de Thiré en Vendée, s’adresse au plus large public ; il veille à l’enchantement des sens comme aux vertus de la transmission : en jardinier musicien pédagogue, « Bill » que tout un chacun pourra croiser dans son domaine, les jours de concert, se soucie de la professionnalisation et de la transmission aux jeunes interprètes ; ainsi, les opéras en plein air, les mini concerts et les promenades musicales (qui invitent les auditeurs à parcourir les allées et bosquets du domaine) permettent aux jeunes talents de réaliser et accomplir leur cheminement artistique : rien n’est comparable aujourd’hui pour un jeune, à l’expérience des Arts Flo. Les festivaliers familiers des lieux (d’une beauté il est vrai à couper le souffle) y retrouvent les jeunes tempéraments, fougueux, vifs, prometteurs, du Jardin des Voix, l’Académie vocale fondée par William Christie : ceux de l’année en cours, ceux des promotions précédentes (cette année : Elodie Fonnard, Rachel Redmond -sopranos-, Emilie Renard -mezzo-, Sean Clayton, Reinoud Von Mechelen, Zachary Wilder – ténors… ). Jeunes chanteurs et instrumentistes, musiciens accomplis des Arts Flo offrent l’espace d’une semaine l’une des programmations les plus raffinées dans un cadre unique au monde. C’est un festival majeur de l’été qui fait de la Vendée, un lieu désormais incontournable en France au mois d’août.

 

 

boutonreservation

 

 

Réservations par internet sur les sites :
www.vendee.fr
www.festivalchezwilliamchristie.vendee.fr

Par téléphone : 02 51 44 79 85

Festival-William-Christie-2013-7_gallery_fullDes prix particulièrement accessibles. L’ensemble des activités musicales offertes pendant le festival affiche des prix plus que raisonnables, uniques mêmes comparés à d’autres manifestations aux affiches pourtant moins prestigieuses.  Ce critère permet une accessibilité totale pour tous et fait de Thiré, un festival qui n’a rien d’élitiste (un autre argument pour le défendre totalement). Jugez plutôt : Les Promenades musicales (8/5 euros), Concerts sur le Miroir d’eau (18/10 euros), Miroir d’eau + Méditations (20/12 euros)… Ne tardez pas à réserver car dates et places sont limitées.

 

 

Illustrations : Acteon surprend Diane au bain, Diane chasseresse se venge d’Acteon par Titien (DR)

 

 

 

Charpentier: David & Jonathas. Christie. Paris, Opéra Comique, du 14 au 24 janvier 2013

William Christie ressuscite David et Jonathas de Charpentier: Paris, Opéra Comique, 14-24 janvier 2013

Marc-Antoine Charpentier

David et Jonathas, 1688

tragédie biblique

Créé à Aix en Provence à l’été 2012, le spectacle trouve dans la mise en scène réalisée une nouvelle vérité dramatique et théâtrale qui renforce son architecture musicale et la continuité des scènes bibliques abordées. A l’origine, il s’agit d’une représentation ou tragédie biblique destinée en 1688 au Collège des Jésuites Louis-le-Grand dont les épisodes dialoguaient avec une autre tragédie en latin dédiée à la figure de Saül. Les deux drames approfondissaient l’enseignement des représentations et le sens de la geste David contre Saül… Les rôles tous masculins, étaient confiés à de jeunes garçons, sopranistes ou altistes: David est un ténor aigu, Jonathas, un soprano; Saül, un baryton…

Saül contre David…

David_jonathas_charpentier_christie_charpentierDans la production réglée par William Christie auquel on doit une excellente version discographique de l’Å“uvre de Charpentier, la soprano Ana Quintans joue Jonathas, tandis que Pascal Charbonneau incarne David. Très proches voire amants, David, fils de Jessé et vainqueur du Géant philistin Goliath, et Jonathas, incarnent une alliance amicale exemplaire car elle reste dans la mise en scène, pure et sans dérapage. Or Jonathas est le fils du roi Saül qui voit en David, certes ce jeune musicien apaisant ses crises d’inquiétude, surtout un jeune rival outrageusement doué, capable de précipiter sa chute…  Parmi les réussites indiscutables du spectacle dévoilé à Aix 2012, soulignons la plainte de David à la fin du V quand, au sommet poétique et expressif de l’action, David pleure la perte du seul être qu’il aimait…

En un travail de relecture apportant ses résultats discutables, le metteur en scène invente une action destinée en théorie à intensifier les interactions entre le trio de protagonistes: David, Jonathas, Saül. Ainsi, David aurait causé accidentellement la mort de la femme de Saül… voilà qui souligne davantage la rancÅ“ur du roi vis à vis du jeune champion, David. Etait-ce bien nécessaire ?

Fin dramaturge, William Christie tout en éclairant la langue raffinée de Charpentier (suavité mélodique italienne, mesure et nuance françaises), cisèle le parcours dramatique de l’opéra, sa veine tragique qui coule scellant le destin des trois protagonistes: la mort de Jonathas, le suicide de Saül, la prière déchirante du victorieux jeune roi David, pleurant la mort de son jeune frère et amant…

Victoire de David, mort de Jonathas

L’action reprend la narration et les évocations des Livres de Samuel, sur la défaite de Saül et de son fils, sur le triomphe final de David. Dans les montagnes de Gelboë, où il mène une lutte sans merci contre les philistins parmi lesquels s’est refugié celui qu’il pourchasse toujours, David, Saül, premier souverain d’Israël, paraît telle une figure centrale, rongée et dévorée par l’angoisse; sans signe clair du ciel, se sentant abandonné par Dieu, Saül demande à une sorcière nécromancienne (pourtant interdite par ses propres lois) de lui révéler son destin prochain: par son entremise Saül peut consulter l’esprit de son précédesseur, le prophète visionnaire Samuel. Dieu soutient plutôt les Philistins surtout le destin du jeune israélite David, alors soumis à l’exil par le vieux roi. Si Saül s’obstine contre David, il en paiera le prix…

Acte I. Charpentier exprime le contexte martial: David et le roi des Philistins, Achis entendent signer une paix profitable avec Saül mais c’est compter sans l’intriguant Joabel, faux ami de David et jaloux qui conspire auprès de Achis: la guerre totale pourrait tuer David et garantir pour Achis, la voie du triomphe politique: il faut se battre contre Saül !

Acte II. Saül entend Joabel: abandonné de Dieu, il doute de la prophétie de la sorcière (mort de Jonathas, son fils, l’ami de David; triomphe de David…): il affrontera les Philistins et entend tuer David, fût-il le meilleur ami de son fils.

Acte III. Saül aveuglé par ses terreurs secrètes, n’entend ni l’appel de David, ni l’offre pacifique d’Achis, ni même l’exhortation de  son fils Jonathas… Agent de la malédiction et de la tragédie, Joabel triomphe.

Acte IV. Dans des adieux déchirants, David salue son jeune ami Jonathas: il sait que chacun devra assumer son destin qui passe par la souffrance et la perte. Achis de son côté est prêt à la bataille.

Acte V. Au terme de la guerre, Jonathas mortellement blessé paraît. Saül suicidaire est ivre de désespoir mais d’une totale impuissance. Au comble de la douleur et alors que son fidèle ami meurt dans ses bras, David pleure la perte de Jonathas (“Jamais amour plus fidèle et plus tendre eut-il un sort plus malheureux ?”). Saül se tue en maudissant David. Joabel est mort dans le choc des armes. Achis paraît et fait comprendre à David qu’il est le nouveau roi d’Israël: saisi par la douleur et le deuil, le nouveau souverain laisse s’imposer la clameur de ses troupes victorieuses sans participer vraiment à Hébron, à la liesse générale. Son triomphe valait-il la mort de son ami ?

Charpentier: David et Jonathas à l’Opéra-Comique
Tragédie biblique en cinq actes et un prologue, 1688.
Livret du Père Bretonneau.
Les Arts Florissants
William Christie
, direction
Andreas Homoki, mise en scène

6 représentations parisiennes :
Le lundi 14 janvier 2013 à 20:00
Le mercredi 16 janvier 2013 à 20:00
Le vendredi 18 janvier 2013 à 20:00
Le dimanche 20 janvier 2013 à 15:00
Le mardi 22 janvier 2013 à 20:00
Le jeudi 24 janvier 2013 à 20:00