Compte-rendu, opéra. Paris, le 24 nov 2018. Rossini : La Cenerentola. Brownlee, Sempey, Crebassa
 Pido, Gallienne

rossini-pesaro-582-390-festival-pesaro-rossini-juan-diego-florezCompte rendu, opĂ©ra. Paris. Palais Garnier, le 24 novembre 2018. Rossini : La Cenerentola. Lawrence Brownlee, Florian Sempey, Marianne Crebassa
 Orchestre de l’OpĂ©ra. Evelino Pido, direction musicale. Guillaume Gallienne, mise en scĂšne. Reprise automnale de La Cenerentola de Rossini / version Guillaume Gallienne Ă  l’OpĂ©ra de Paris. Le chef italien Evelino Pido dirige l’orchestre de la Grande Boutique et une distribution rayonnante, avec Marianne Crebassa dans le rĂŽle titre et dans une fabuleuse prise de rĂŽle. Les bijoux, musicaux, de cette reprise brillent tellement, que nous oublions presque les incongruitĂ©s de la mise en scĂšne.

 
 
   
 
 

Cenerentola, des cendres toujours, … et quelques bijoux au fond

 
 
 

ComposĂ© un an aprĂšs la premiĂšre du Barbier de SĂ©ville, en 1816, La Cenerentola de Rossini ne s’inspire pas directement de Perrault mais plutĂŽt de l’opĂ©ra comique Cendrillon d’un Nicolas Isouard (crĂ©e en 1810 Ă  Paris, lui d’aprĂšs Perrault). Ainsi, on fait fi des Ă©lĂ©ments fantastiques et fantaisistes et l’histoire devienne une comĂ©die bourgeoise, oĂč l’on remplace la chaussure de Cendrillon par un bracelet, entre autres. La mise en scĂšne de Gallienne, crĂ©Ă©e l’annĂ©e derniĂšre, est toujours fidĂšle Ă  elle-mĂȘme, avec son dĂ©cors unique bipartite inspirĂ© d’une Naples vĂ©tuste, un travail d’acteur Ă  la pertinence pragmatique, sans plus.

La vrai bonheur est dans la partition. Les protagonistes sont interprĂ©tĂ©s par le tĂ©nor Lawrence Brownlee et la mezzo Marianne Crebassa. Le tĂ©nor amĂ©ricain interprĂšte le rĂŽle avec une aisance confondante. Sa voix est toujours trĂšs en forme et il chante l’air du 2e acte « Si, ritrovarla io giuro » avec brio. Bon acteur, il est excellent aussi dans les nombreux ensembles, notamment dans le duo du 1e acte « Un soave non so che». Marianne Crebassa dans sa prise de rĂŽle est particuliĂšrement impressionnante, tant au niveau thĂ©Ăątral comme musical. Le timbre est beau, elle est touchante dans sa projection, Ă©lĂ©gante dans sa diction et mĂȘme lors des vocalises-mitraillettes abondantes. Ainsi elle rĂ©ussi l’air final « Nacqui all’affanno » avec maĂźtrise et Ă©motion.

Florian Sempey interprĂšte le rĂŽle de Dandini avec une facilitĂ©. Il est drĂŽle Ă  souhait et rĂ©ussi dignement la coloratura difficile de sa partition. Le Don Maginifico d’Alessandro Corbelli captive par le style et le jeu d’acteur. Alidoro, interprĂ©tĂ© par le jeune Adam Plachetka, est une trĂšs agrĂ©able surprise. Faisant ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Paris, s’il paraĂźt un peu timide au dĂ©but, il suscite les tout premiers bravo de la soirĂ©e lors de son air redoutable du 1e acte « LĂ  del ciel, nell’arcano profondo », oĂč il rĂ©vĂšle une technique sans dĂ©faut et des aigus stables, solides. Chiara Skerath et Isabelle Druet, interprĂ©tant les sƓurs, sont drĂŽles et lĂ©gĂšres, excellentes chanteuses et comĂ©diennes. FĂ©licitons de passage Ă©galement les choeurs trĂšs en forme dirigĂ©s par JosĂ© Luis Basso.

 
 
   
 
 

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Rossini n’est pas forcĂ©ment cĂ©lĂšbre grĂące Ă  son Ă©criture instrumentale, mais la direction du chef Evelino Pido est si bonne, enthousiaste et enjouĂ©e, tout en Ă©tant d’une prĂ©cision particuliĂšre, qu’on arrive Ă  mieux apprĂ©cier les moments de beautĂ©. Sa baguette sans excĂšs et sans lenteur, inspire sans doute les chanteurs, il y a une complicitĂ© sur le plateau et avec la fosse qui Ă©tait absente Ă  la crĂ©ation l’annĂ©e derniĂšre. A l’affiche au Palais Garnier de l’OpĂ©ra national de Paris les 1, 3, 6, 9, 11, 13, 17, 20, 24, 26 dĂ©cembre 2018.

 
 
 

Compte rendu, opéra. Opéra de Rome, le 22 janvier 2016. Rossini : La Cenerentola. Alessandro Corbelli

AprĂšs l’ouverture de la saison du Teatro alla Scala de Milan le 7 dĂ©cembre dernier, c’est en direct de l’OpĂ©ra de Rome que nous assistons Ă  la seconde retransmission dans les cinĂ©mas CGR. La Cenerentola (Cendrillon) est l’un des opĂ©ras les plus populaires de Gioachino Rossini (1792-1868) ;  pour cette sĂ©rie diffusĂ©e dans les salles de cinĂ©ma, les responsables de l’OpĂ©ra de Rome ont convoquĂ© une distribution de haut vol dominĂ©e par le Magnifico d’Alessandro Corbelli en grande forme.

 

Une Cenerentola mitigĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Rome

 

Emma Dante signe la mise en scĂšne. On peut le regretter d’autant plus qu’il n’y a pas grand chose Ă  sauver. Direction d’acteurs indigente, des idĂ©es qui partent dans tous les sens avec des costumes, des dĂ©cors et des lumiĂšres peu convaincants dans l’ensemble. Par exemple si les poupĂ©es qui accompagnent Angelina et Don Ramiro sont amusantes lors des premiĂšres apparitions des deux personnages, elles deviennent vite assez encombrantes. Quel dommage aussi que le corps de ballet soit si mal utilisĂ© tant pendant l’ouverture que pendant le bal. Si l’on accepte comme base de travail la volontĂ© de montrer le cĂŽtĂ© noir du conte de fĂ©e, Ă©tait-il vraiment utile de montrer les prĂ©tendantes Ă©conduites se suicidant l’une aprĂšs l’autre pendant le bal ? Certes non, au risque de saisir les enfants prĂ©sents dans la salle.

 
 
 

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Nous avons, en revanche, plus de satisfaction en ce qui concerne la distribution. A tout seigneur tout honneur, Serena Malfi campe une Cenerentola/Angelina crĂ©dible, vocalement trĂšs en forme. MalgrĂ© des costumes ridicules et un peu perdue dans des dĂ©cors trĂšs minimalistes, la mezzo soprano romaine se sort plutĂŽt bien du maelstrom scĂ©nique dans lequel elle se retrouve. Elle assume crĂąnement la tessiture redoutable du rĂŽle et les deux airs qui lui sont dĂ©volus sont chantĂ©s avec assurance, notamment le finale, abordĂ© avec une maĂźtrise digne des plus grandes. Face Ă  Malfi, le tĂ©nor argentin Juan Francisco Gatell se montre en pleine possession de ses moyens. Rossini a composĂ© des pages terribles pour la voix de tĂ©nor, saluons donc la trĂšs belle performance de Gatell qui se sort comme il peut des Ă©lucubrations de Dante qui ne manque pas de mauvaises idĂ©es en ce qui concerne Don Ramiro. Outre les encombrantes poupĂ©es qui accompagnent le prince pendant presque toute la soirĂ©e, Angelina ne prend pas le bracelet Ă  son bras mais Ă  son pied ; du coup, Ramiro est obligĂ© de se contorsionner pour regarder le bracelet de sa douce. Ugo Guagliardo remplace au pied levĂ© le baryton invitĂ© Ă  chanter Don Alidoro; la voix est belle, ronde, chaleureuse ; il chante son unique aria avec une belle maĂźtrise. Dominant la scĂšne de la tĂȘte et des Ă©paules, Alessandro Corbelli est un Don Magnifico de grand luxe ; comĂ©dien consommĂ©, il fait ce qu’il peut avec ce que lui «propose» Emma Dante. Corbelli qui ballade ce rĂŽle depuis de longues annĂ©es sur toutes les grandes scĂšnes lyriques, donne une leçon de chant grandeur nature : la ligne de chant est impeccable, la voix ferme, les vocalises prĂ©cises, la technique parfaite. Annunziata Vestri (Tisbe) et Damiana Mizzi (Clorinda) campent deux sƓurs au mieux correctes, mais comme leurs collĂšgues elles sont dĂ©savantagĂ©es par la mise en scĂšne. Vito Priante, lui, est un Dandini hilarant; faux prince et vrai valet, il est peu dĂ©cidĂ© Ă  se laisser marcher sur les pieds par Don Magnifico et ses filles, il prend un malin plaisir Ă  enfoncer le clou, surtout, lorsqu’au second acte, il revient sous son vrai statut de valet chez Don Magnifico avec Don Ramiro redevenu prince. Le choeur d’hommes de l’OpĂ©ra de Rome fort bien prĂ©parĂ© par son chef se montre Ă  la hauteur des solistes et tient fort joliment sa place sur scĂšne. Dans la fosse, c’est le chef argentin Alejo Perez qui dirige l’orchestre de l’OpĂ©ra de Rome. La battue est ferme, claire, prĂ©cise. Attentif Ă  ce qui se passe sur le plateau, il accompagne ses chanteurs avec subtilitĂ© sans jamais les couvrir.

C’est avec un sentiment final trĂšs mitigĂ© que nous avons quittĂ© la salle, n’ayant pas vraiment compris le propos d’Emma Dante a fini par se perdre dans le mĂ©andre de ses idĂ©es. Nous le regrettons d’autant plus que le plateau rĂ©uni pour cette sĂ©rie de La Cenerentola est globalement excellent avec une mention spĂ©ciale Ă  Alessandro Corbelli en Don Magnifico; le vĂ©tĂ©ran a su Ă©lever vers le haut une soirĂ©e qui dans sa rĂ©alisation visuelle, semblait bien mal partie.

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Poitiers. CGR Castille en direct de l’OpĂ©ra de Rome, le 22 janvier 2016. Rossini : La Cenerentola, opĂ©ra en deux actes sur un livret de Jacopo Ferretti tirĂ© du conte de Charles Perrault (1628-1703) «Cendrillon». Serena Malfi, Angelina (Cenerentola), Juan Francisco Gatell, Don Ramiro, Alessandro Corbelli, Don Magnifico, Ugo Guagliardo, Don Alidoro, Annunziata Vestri, Tisbe, Damiana Mizzi, Clorinda, Vito Priante, Dandini. Choeur et orchestre de l’OpĂ©ra de Rome. Alejo Perez, direction. Emma Dante, mise en scĂšne.

 

 

 

Cenerentola Ă  l’OpĂ©ra de Tours

ANGERS NANTES OPERA affiche le Turc en Italie de RossiniTours, OpĂ©ra. Rossini : la Cenerentola. Les 22,24,26 janvier 2016. Cendrillon comme Peau d’Ăąne rĂ©tablit la dignitĂ© des pauvres et des humbles. La souillon domestique devient par la magie d’un conte captivant, princesse : l’Ă©lue est enfin rĂ©habilitĂ©e… la simplicitĂ© des tableaux rappelle cet enchantement nĂ© de nos thĂ©Ăątres d’enfants miniaturisĂ©s
 dans lequel l’esprit libre anime des figurines pour exprimer l’action du conte. Aucun doute, Perrault a laissĂ© un mythe enchanteur oĂč l’esprit de justice est grĂące Ă  Rossini, teintĂ© d’une subtile et trĂšs juste facĂ©tie, voire d’un sentiment satirique car le portrait social qui y est dĂ©peint frĂŽle la dĂ©nonciation et la lutte des classes. CĂŽtĂ© voix, il faut une diva piquante et agile (comme Rosina du Barbier de SĂ©ville, autre tempĂ©rament fĂ©minin prometteur), dans le rĂŽle d’Angelina – Cendrillon, taillĂ© pour le velours stylĂ© d’un timbre radieux
 suave et angĂ©lique, toujours subtil Ă©videmment – la marque de Rossini.

Ses partenaires masculins doivent aussi tout autant partager et rĂ©pandre la mĂȘme sĂ©duction dramatique, alliant aisance expressive et finesse du jeu vocal: comique et burlesque don Magnifico, trĂšs fin Alidoro (le philosophe protecteur de la jeune femme Ă©prouvĂ©e), Dandini – ces trois rĂŽles masculins sont directement empruntĂ©s Ă  la Comedia italienne entre Buffa et comique lĂ©ger, allusif.  MĂȘme les deux sƓurs Clorinda et TisbĂ© doivent ĂȘtre d’un dĂ©lire juste (a contrario de tant de dĂ©rapages bouffes ailleurs pas toujours trĂšs nuancĂ©s)


rossini_portraitEnjeux et libertĂ©s d’une fable morale… Dramma giocoso en deux actes sur un le livret de Jacopo Ferretti, d’aprĂšs Cendrillon de Charles Perrault, La Cenerentola est l’ultime ouvrage comique, Ă©crit par Rossini pour le public italien. CrĂ©Ă© le 25 janvier 1817 au Teatro Valle de Rome, l’action lyrique respecte les codes de biensĂ©ances de l’époque: la pantoufle de vair est remplacĂ©e par un bracelet: Ă  l’opĂ©ra, les actrices ne doivent pas exhiber leurs chevilles ni leurs pieds, sur les planches d’un thĂ©Ăątre respectable. De mĂȘme, Rossini Ă©carte la figure de la bonne fĂ©e, qui est remplacĂ©e par le philosophe Alidoro, mentor du Prince Don Ramiro dont Angelina (Cendrillon) est amoureuse. Idem pour la marĂątre qui accable chez Perrault, la belle enfant: l’opĂ©ra met en scĂšne un pĂšre omnipotent, voire brutal et violent, Don Magnifico, tuteur finalement dĂ©passĂ© par le tempĂ©rament de ses deux filles expansives, Clorinda et Tisbe; surtout vil et vĂ©nal solitaire qui ne s’affaire que pour s’enrichir. Mais le compositeur et son librettiste se plaisent Ă  rĂ©viser la trame initiale de Perrault, en privilĂ©giant surtout les situations comiques, dĂ©lirantes, Ă  rĂ©pĂ©tition
 tout est prĂ©texte au travestissement (entre le Prince Ramiro et son valet Dandini), rien n’est trop Ă©loquent pour dĂ©monter les fonctionnements hypocrites, intĂ©ressĂ©s, bassement calculateurs de l’activitĂ© humaine. La fable musicale est hautement moralisatrice: devenue reine, Cendrillon sait pardonner Ă  ses bourreaux d’hier
 Le rĂŽle-titre exige une voix agile et timbrĂ©e, celle d’un mezzo coloratoure, comme le personnage de Rosina dans Le Barbier de SĂ©ville, composĂ© l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente (1816). Le prince Ramiro est chantĂ© par un tĂ©nor, “encadrĂ©â€ par deux barytons, son valet Dandini et son tuteur et philosophe, Alidoro (en fait baryton-basse).

 

 

 

boutonreservationLa Cenerentola de Rossini Ă  l’OpĂ©ra de Tours
Vendredi 22 janvier 2016, 20h
Dimanche 24 janvier 2016, 15h
Mardi 26 janvier 2016, 20h
RĂ©servez votre place sur le site de l’OpĂ©ra de Tours

 

 

 

Dramma giocoso en deux actes
Livret de Jacopo Ferretti
Création le 25 janvier 1817 à Rome

Direction : Dominique Trottein
Mise en scÚne : JérÎme Savary *, réalisée par  Frédérique Lombart *
Décors et costumes : Ezio Toffolutti *, assisté de Lucia Lucchese *
LumiĂšres : Alain Poisson *
Chorégraphie : Frédérique Lombart *

Angelina : Carol Garcia *
Clorinda : Chloé Chaume
Tisbe : Valentine Lemercier *
Don Ramiro : Manuel Nunez-Camelino
Don Magnifico : Franck Leguérinel
Dandini : Philippe EstĂšphe *
Alidoro : SĂ©vag Tachdjian *

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire / Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires

*dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Rennes : diffusion en plein air et gratuite de la Cenerentola de Rossini

rennes-operas-sur-ecrans-5-juin-2015-opera-de-rennes-cenerentola-savaryRennes. OpĂ©ra gratuit en plein air, le 5 juin 2015, 20h. Rossini : La Cenerentola signĂ©e Savary. PortĂ© par la Ville de Rennes, l’OpĂ©ra de Rennes propose une diffusion gratuite de l’opĂ©ra de Rossini, La Cenerentola version JĂ©rĂŽme Savary, place de la mairie. Une production pleine d’humour et de profondeur, facĂ©tieuse et subtile prĂ©sentĂ©e Ă  GenĂšve puis au Palais Garnier Ă  la demande de Hugues Gall. Le rire est le cƓur de cette production dĂ©jantĂ©e, mesurĂ©e. Ce dispositif marque la 4Ăšme Ă©dition des OpĂ©ras sur Ă©crans


La Cenerentola en multidiffusions à Rennes, Rennes métropole et en Bretagne :
Diffusions sur grands Ă©crans en plein air ou en salle / gratuit :

> RENNES  : diffusions en direct sur grand écran sur la Place de la Mairie et dans la salle Hubert Curien des Champs Libres.
> EN SIMULTANEE A  RENNES  METROPOLE : Betton, Bruz, Cesson-Sévigné, Montgermont, Saint-Jacques de la Lande
> EN SIMULTANEE  EN  BRETAGNE  : Arradon, Belle-Ile-en-Mer, Dinard,Hennebont, Morlaix, Saint-Malo.
> A L ’INTERNATIONAL  : en diffĂ©rĂ© Ă  Jersey

Diffusions télévisuelles et radiophoniques :
> Diffusion en direct sur France Musique
> Diffusion en direct sur TVR (Rennes – Ille et vilaine)
> Diffusion en direct sur TEBEO  (Brest – FinistĂšre)
> Diffusion en direct sur TEBESUD  (Lorient – Morbihan)
> Moyens techniques de France 3 Bretagne

Compte rendu, opĂ©ra. Toulon, OpĂ©ra. le 26 janvier 2014. Rossini : La Cenerentola. Direction musicale : Edmon Colomer. Mise en scĂšne : Clarac et DelƓuil.

Cenerentola_toulon_opera_rossiniL’Ɠuvre. L’OpĂ©ra de Toulon prolonge encore la magie ou la rĂȘverie heureuse des fĂȘtes en programmant une Ɠuvre Ă  la fois cruelle par le sujet puis heureuse par le dĂ©nouement auquel on voudrait croire, La cenerentola, Cendrillon », festive et joyeuse par la musique de Gioacchino Rossini, car le chant rossinien est une fĂȘte malgrĂ© ses pointes ici, inĂ©vitables, de mĂ©lancolie. Il existe, Ă  travers le monde, un grand nombre de variantes de cette histoire dans laquelle, un joli et petit soulier perdu par une toute jeune fille, permettra Ă  un prince Ă©perdu d’amour pour cet objet, quelque peu fĂ©tichiste du pied, de remonter jusqu’à elle—le pied ! de la pointe Ă  la jambe— et de l’épouser. On en trouve des traces dans l’Égypte ancienne, dans l’AntiquitĂ©, dans le monde entier, de l’Europe Ă  l’Asie, S’y greffe la promotion extraordinaire de la pauvre fille rĂ©duite, sinon en cendres, Ă  ĂȘtre aussi grise et sale qu’elles, une souillon, par l’injuste situation que lui fait sa propre famille qui la traite en servante : un pĂšre faible, lĂąche, laisse ainsi traiter et maltraiter sa fille d’un premier mariage, par sa seconde femme, la marĂątre et deux pimbĂȘches de demi-sƓurs aussi prĂ©tentieuses que laides et mĂ©chantes. Sorte de besoin humain de compassion, de compensation on y verra un ĂȘtre persĂ©cutĂ© rĂ©compensĂ© par la vie : la bergĂšre ou la cendrillon Ă©pousĂ©e par le prince et qui, au lieu de se venger quand elle atteint le sommet de la puissance, pardonnera Ă  ses persĂ©cuteurs. La victime sublimĂ©e par la bontĂ©.
La Cendrillon ou la petite pantoufle de verre de Charles Perrault (1697), tirĂ© de ses Contes de ma MĂšre l’Oie, qui fixe chez nous l’histoire, est prĂ©cĂ©dĂ©e, en Europe, par le conte de la Gatta cennerentola (‘Chatte des cendres’) de Giambattista Basile, extrait  de o cunto de li cunti, ‘Le conte des contes ’, publiĂ©s aprĂšs sa mort, en 1635 et 1636, Ă  Naples, recueil de contes napolitains oĂč se trouvent dĂ©jĂ  Le Chat bottĂ©, Peau d’ñne, La Belle au bois dormant, que reprendra Perrault, ainsi que  Hansel et Gretel, qui aura un grand succĂšs dans les pays nordiques. Perrault est suivi l’annĂ©e d’aprĂšs de Finette Cendron de la baronne d’Aulnoy, de son recueil Contes nouveaux ou Les FĂ©es Ă  la mode l’annĂ©e d’aprĂšs, en 1698, puis de celle des frĂšres Jacob et Wilhelm Grimm, Aschenputtel, Aschenbrödel  (Contes, 1812).
La Cendrillon de Ferretti (1817), qui Ă©crivit le livret, n’est pas trĂšs fĂ©erique : sans fĂ©e, sans citrouille, sans pantoufle de verre. Perrault Ă©crit verre, comme la matiĂšre, dont on fait les vitres, les verres, et le film de Walt Disney en a popularisĂ© l’image brillante : bien fragile pantoufle et difficile chaussure Ă  porter. En rĂ©alitĂ©, il s’agit non de verre cassable mais de vair, anciennement, fourrure d’une espĂšce d’Ă©cureuil, du mĂȘme nom, qui Ă©tait grise par-dessus et blanche par-dessous, aujourd’hui on l’appelle petit-gris. Des souliers de vair : c’est-Ă -dire fourrĂ©s de vair. Mais peu importe, gardons la magie de l’ambiguĂŻtĂ© du son du mot qui fait sens.
Notons cependant que de verre ou de vair, la fameuse pantoufle est remplacĂ©e, en ce dĂ©but de XIXe siĂšcle pudibond aprĂšs le libertinage charmant du siĂšcle prĂ©cĂ©dent, puritanisme bourgeois oblige, par un pudique bracelet : chassez ce pied que je ne saurais voir dirait Tartuffe. La grisaille cendreuse est cependant sauvĂ©e par les coloris de la partition. La seule magie, ici, est la fĂ©erie musicale d’un Rossini dĂ©chaĂźnĂ©, qui enchaĂźne ensemble sur ensemble des plus Ă©tourdissants et des airs vertigineux de virtuositĂ© qui requiĂšrent de tous les interprĂštes une technique Ă  toute Ă©preuve : le bel canto du siĂšcle virtuose prĂ©cĂ©dent dans sa plus exaltante palette.

RĂ©alisation
Signant mise en scĂšne, scĂ©nographie et costumes, rĂ©alisateurs complets donc, Jean-Philippe Clarac et Olivier DelƓuil, qu’on avait jugĂ©s Ă  la peine, peinant laborieusement Ă  faire sentir la peine des CarmĂ©lites en dialogue par une distanciation, sinon brechtienne, trop froidement constructiviste pour Ă©mouvoir, sont ici en veine, en verve virtuose, en osmose rossinienne par le tempo toujours vif, sans temps mort, rĂ©ussissant la gageure de faire jouer tout ce monde, de crĂ©dible et plaisante façon, chƓurs compris, sans statisme des redoutables ensembles, sans solution de continuitĂ©. On ne dira pas qu’on trouve un sens profond dans ce fond de thĂ©Ăątre brut (effet trop vu) Ă©clairĂ© ironiquement dans des teintes de bonbons acidulĂ©s par ‹les lumiĂšres de Rick Martin, encore que, mis joyeusement en boĂźte par celle au premier plan, ce nu est peut-ĂȘtre signe de dĂ©nuement, ou peur du recul, du dĂ©classement social, qui menace le baron Don Magnifico, en rien magnifique, et ses pĂ©cores pimbĂȘches chipies de filles, dont les ambitions aristocratiques, au lieu d’avancer, risquent d’aller Ă  reculons s’écraser contre ce mur de bĂ©ton de leur bĂȘlante bĂȘtise : aspirant au sommet, ils Ă©crasent celle d’en bas, rĂ©duite, sinon en poudre, en cendres, Cendrillon.
Noblesse bidon de bidonville, occupant, squattant peut-ĂȘtre une baraque baroque, une brinquebalante bicoque de bric et de broc, sans abracadabrantesque effet de fĂ©e, sans doute pointant au chĂŽmage, dans un monde dĂ©senchantĂ©, dĂ©jantĂ©, d’un nĂ©o-rĂ©alisme dĂ©rĂ©alisĂ© par la dĂ©rision de comĂ©die italienne, annoncĂ©e, d’entrĂ©e, par le modeste linge Ă©tendu comme autant de banniĂšres, drapeaux, oripeaux, flammes et oriflammes d’une grandeur dĂ©chue : la misĂšre gĂ©nĂ©rale, mĂȘme sans misĂ©rabilisme, est sĂ»rement le cadre qui suscite le rĂȘve, l’espoir, le monde de tĂ©lĂ©-roman, de roman-photo oĂč les princes Ă©pousent encore des bergĂšres, des grisettes cendreuses, des cendrillons. Noblesse aussi sans fonction de chevaliers sans cheval, dont les suites et joutes guerriĂšres sont rĂ©duites Ă  d’inoffensives rencontres de polo, ou de hockey, ok pour le cocktail, brandissant des maillets au lieu d’épĂ©es : le jeu des apparenc. Car, carcasse, caisse de casse, boĂźte Ă  outil, boĂźte Ă  malices, tournant sur elle-mĂȘme pour devenir palais en bois, de langue de bois de la politique de la bontĂ© Ă  laquelle personne ne croit, son mouvement tournant est celui de la roue de la Fortune revenant Ă  son point de dĂ©part, quels que soient les avatars, les carnavalesques travestissements momentanĂ©s endossĂ©s de façon interchangeable dans la mascarade qu’offre cette penderie de thĂ©Ăątre oĂč chacun trouve, sinon chaussure Ă  son pied, costume d’heureuse fantaisie, avant le retour probable au dĂ©but.
Bref, de cette Cendrillon, conte intemporel qui berce en nous un besoin de justice oĂč les bons sont rĂ©compensĂ©s, nos deux compĂšres ont fait une allĂ©gorie baroque, presque un auto sacramental espagnol, oĂč le thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre dit la vanitĂ© des apparences de ce monde : la cendre du bĂ»cher des vanitĂ©s.

Interprétation
On saluera aussi le travail d’acteur sensible sur tout le plateau, dans toute une Ă©quipe, homogĂšne par le jeu et la qualitĂ© du chant : tout est juste dans le geste, dans le bouffe ou le grave.
Jan Stava, la basse tchĂšque, sombre timbre puissant, fait un Alidoro chaleureux, vibrant, mais philosophe emphatique un peu trop. Evgeny Stavinskiy, basse russe, illustre aussi la belle Ă©cole slave et campe un magnifique Don Magnifico, rogue, rugueux avec sa belle-fille relĂ©guĂ©e, Ă©tourdissant de lĂ©gĂšretĂ© dans le rhĂ©torique rossinienne de l’accĂ©lĂ©ration, de la stressante strette finale de son air de bravoure, son rĂȘve d’ñne ailĂ©. Dandini, valet travesti en prince, est le prince rĂ©el de cet opĂ©ra, non seulement parce qu’il en revĂȘt l’aspect rĂȘvĂ© mais par le rĂŽle chantant sans doute le plus long et le plus variĂ© de l’Ɠuvre avec celui de l’hĂ©roĂŻne titre ; il est le lien comique, que l’opera buffa, nĂ© Ă  Naples, a hĂ©ritĂ© du thĂ©Ăątre espagnol, entre la salle et le plateau, soulignant Ă  la fois l’action dont il fait partie, et la mettant Ă  distance par la parodie pour en souligner et dĂ©noncer l’incongruitĂ©, le scandale : excellent comĂ©dien, voix puissante et agile, le baryton David MenĂ©ndez y est irrĂ©sistible, d’une faconde fĂ©conde en drĂŽleries, tant par le jeu que par le chant jamais facile de Rossini, il est mĂȘme humainement touchant, dĂ©couvrant, avec rĂ©signation, la vanitĂ© des apparences qui ne lui a accordĂ© qu’une majestĂ© de carnaval, le dĂ©guisement d’un moment de par le caprice du Prince. C’est une sorte de Sancho du long et mince don Quichotte que, prĂšs de lui, pourrait ĂȘtre le Prince Don Ramiro de David Alegret, tĂ©nor lĂ©ger si grand que sa voix en semble petite, dĂ©licate mais un peu Ă©triquĂ©e dans un aigu qui devrait s’élargir.
CĂŽtĂ©s dames, c’est aussi le bonheur : les pimbĂȘches pĂ©piantes sƓurs d’Angelina, drĂŽlement attifĂ©es et Ă©bouriffĂ©es, sont deux mezzo-soprani aux timbres diffĂ©rents, Caroline Meng et Elisa Cenni, mais Ă©galement bien chantantes. Quant Ă  Cendrillon, Angelina, elle n’a rien d’un ange gris grisĂ© de sa  bĂ©ate et bĂ©tifiante bonté : par le timbre solide de mezzo, on sent en elle des amorces de rĂ©volte dignes d’une Rosine, sinon les ruses sĂ©ductrices d’une Isabella Ă  Alger ; elle a pleine conscience de l’injustice de son sort et son pardon en sera moins angĂ©lique qu’humain. Physiquement, Jose Maria Lo Monaco, a une soliditĂ© terrienne dans son agrĂ©able minceur et sa souplesse de jeu. D’emblĂ©e, elle touche par son air mĂ©lancolique, rĂȘveur, cantilĂšne d’une saveur ancienne oĂč la jeune fille rĂȘve et chantonne : «Una volta, c’era un ré  »  , ‘Il Ă©tait une fois un roi triste d’ĂȘtre seul
’, prĂ©monition de son avenir proche. Ses appoggiatures sont larges nettes, aisĂ©es, qualitĂ©s que l’on goĂ»tera tout au long. Le timbre est plein, d’une belle couleur, les vocalises, perlĂ©es ; elle sait garder volume et couleur dans le feu d’artifice vocal jubilatoire de son air sublime du pardon (« Naqui all’ affano ed al pianto  »), sommet de la partition, semĂ© d’embĂ»ches, d’oĂč elle se tire en virtuose des trilles, des vocalises vertigineuses les plus acrobatiques, staccato admirable de la leçon, de l’épreuve de bel canto que Rossini impose Ă  tous ses chanteurs, dont cette fameuse accĂ©lĂ©ration finale et ici, justement, Ă  la toute fin de l’Ɠuvre, quand la voix risque d’ĂȘtre fatiguĂ©e. C’est bien le « Triomphe de la bonté », disons, du buon canto selon l’expression des maĂźtres du baroque, du bon, du beau chant.
À la tĂȘte de l’Orchestre de Toulon au mieux de sa forme, Edmon Colomer, remarquable dans la discrĂ©tion subtile des rĂ©citatifs, sait trouver la bonne distance entre le sĂ©rieux et le bouffe de cet opĂ©ra de demi-caractĂšre, qui, comme Don Giovanni est un dramma giocoso : un drame joyeux. Bonne mention, Ă©galement, pour les chƓurs bien prĂ©parĂ©s de  Christophe Bernollin.
Signalons justement que le chƓur de l’OpĂ©ra de Toulon, avec celui de l’OpĂ©ra du Grand Avignon ainsi que la MaĂźtrise des Bouches-du- RhĂŽne, est invitĂ©, avec l’Orchestre National de France sous la baguette de Kristjan Jarvi, Ă  participer Ă  la Vingt-et-uniĂšme soirĂ©e des Victoires de la musique classique en direct du Grand ThĂ©Ăątre de Provence le lundi 3 fĂ©vrier, retransmis Ă  20h45 sur France 3, France-Inter et France-Musique.
La cenerentola, Ossia La BontĂ  in Trionfo de Gioacchino Rossini
OpĂ©ra de Toulon, nouvelle production de l’OpĂ©ra de Toulon
24 janvier 2014, 26 janvier, 28 janvier 2014
Orchestre et choeur de l’OpĂ©ra. ‹Direction musicale : Edmon Colomer.
Mise en scĂšne, scĂ©nographie et costumes : Jean-Philippe Clarac et Olivier DelƓuil‹. LumiĂšres :  Rick Martin
Angelina :  JosĂ© Maria Lo Monaco‹ ; Tisbe : Caroline Meng ; ‹Clorinda : Elisa Cenni‹. Don Ramiro : David Alegret‹ ; Dandini : David MenĂ©ndez ; ‹Don Magnifico : Evgeny Stavinskiy ‹ ; Alidoro : Jan Stava‹.

Photos : ©Frédéric Stéphan