CD. Benjamin Britten : 6 operas (13 cd, Erato)

britten_operas_erato_13_cdCD. Benjamin Britten : Operas (13 cd Erato)… Le coffret réunit 6 opéras de Britten issus des catalogues Warner Classics et Erato : le légendaire Peter Grimes de Bernard Haitink, The Turn of the Screw et Billy Budd par Daniel Harding font entre autres atouts, toute la valeur de la box.C’est d’abord un éclairage bienvenu sur l’opérette écrite avec Auden aux States que le jeune Britten, profondément antimilitariste, avait rejoint dès 1939 : Paul Bunyan (1941). La composition réalisée en pleine guerre, est une concession aux musicals style Broadway que le compositeur remanie dans le bon sens en 1970. En 1987, l’équipe de chanteurs et les musiciens dirigés par Philip Brunelle met en avant les premières pépites de cet ouvrage de jeunesse, moins anecdotique qu’il n’y paraît…Peter Grimes (1945) est la première oeuvre mûre qui révèle Britten dans son pays et le fait désormais représentant de la nouvelle génération d’auteurs lyriques accomplis. A la tête d’une distribution très solide (où s’imposent par leur finesse expressive, Anthony Rolfe Johnson, et Felicity Lott dans les rôles de Grimes et d’Ellen Ford), Bernard Haitink exprime le souffle des paysages des côtes du Suffolk, traversés et même fouettés par les embruns marins si chers au compositeur. Cynisme sur l’humanité mais poésie et compassion secrète pour son (anti)héros, le chef nordique sait fouiller avec dramatisme la tragédie humaine inscrite dans le texte originel de Crabbe.
The Rape of Lucretia (1946) est le premier opéra réalisé par Britten dans son propre festival d’Aldeburgh dans un format intimiste et réduit où rayonne le chant de son compagnon Peter Pears… Oliver Knussen, ardent défenseur de l’esprit Britten à Aldeburgh défend avec ferveur et austérité le drame dont l’épure et le sens des contrastes renouent avec la tragédie antique : là encore, en 2011, la distribution est très convaincante avec dans les rôles du chÅ“ur masculin et du chÅ“ur féminin, deux voix hallucinées, âpres et mordantes : Ian Bostridge et Susan Gritton ; les chanteurs solistes de premier plan, réalisent ce parlé déclamé dont l’intensité incantatoire rétablit le lien (rêvé, assumé par Britten) avec la pureté poétique d’un Purcell…  Magnifique lecture que Britten n’aurait assurément pas renier.

En 2007, Daniel Harding enregistre une version 100% britannique de Billy Budd, inspiré de Melville, huit clos masculin où le capitaineVere (superbe et trouble Ian Bostridge : l’un de ses meilleurs emplois) et l’infâme Claggart (convaincant Gidon Saks) ” dévorent ” le jeune Nathan Gunn (Billy). La coupe expressive parfois sèche mais hautement théâtrale du jeune maestro Harding saisit dans un ouvrage où doit briller voire s’embraser le cÅ“ur de l’âme virile, tiraillée entre désir et devoir, jouissance et renoncement.
Mais ce Billy est infiniment moins fouillé donc ambigu que The Turn of the Screw d’après Henry James que Harding sait porter avec une intensité rare en 2002 : Le Quint de Ian Bostridge est là encore le pilier de cette réussite vocale, théâtrale, musicale, souvent incandescente. D’autant que l’orchestre de chambre Mahler éclaire avec un rare sens du détail et des pulsions connotées, un drame tissé dans l’équivoque, l’énigmatique, la brûlure, le cauchemar, la terreur entre conscience et inconscience, avec pour toile de fond, ce qu’exprime très bien le geste pudique et millimétré de Harding : le sacrifice de l’innocence, thème central de bon nombre d’opéras de Britten. Un must.
D’une décennie plus ancienne (1990), donc tirée à quatre épingles, c’est à dire très (trop) mesurée, Richard Hickox aborde A Midsummer Night’s dream sans vraiment atteindre le délire inhérent à une partition marquée par le souffle de sa source :  Shakespeare. Mais James Bowman (Oberon) et Lillian Watson (Tytania) défendent avec conviction et précision le profil de leur rôle respectif.
Deux Harding incontestables, pour The Rape aussi et cette curiosité (Paul Bunyan) sans omettre le Peter Grimes visionnaire et climatique de Bernard Haitink, le coffret de 6 opéras (13 cd) édités par Erato pour le centenaire Britten 2013 est absolument incontournable. Surtout à ce prix.