Opéra de Tours : Le Barbier de Séville par Pelly et Pionnier

rossini-portrait-gioachino-rossini-bigTOURS, Opéra. 29 janv – 2 fév 2020. ROSSINI : Le Barbier de Séville. Rossini, après avoir traité le genre seria, s’affirme réellement dans la veine du melodramma buffo (et en deux actes) comme l’atteste la réussite triomphale de son Barbier de Séville, d’après Beaumarchais, créé au Teatro Argentina de Rome, en février 1816. Fin lui aussi, mordant et d’une facétie irrésistible par sa verve toute en subtilité, le compositeur se montre à la hauteur du drame de Beaumarchais : il réussit musicalement dans les ensembles (fin d’actes) et aussi dans le profil racé, plein de caractère de la jeune séquestrée, Rosine : piquante, déterminée, une beauté pleine de charme… Comment le jeune comte Almaviva réusira-t-il à libérer la belle Rosina des griffes de son tuteur âgé (Bartolo) qui a décidé de séquestrer la jeune femme pour mieux l’asservir puis l’épouser ? Grâce à la complicité du factotum de Séville, Figaro, jeune âme aussi conquérante et positive… leur duo, tout en facétie et ingéniosité, est l’agent de libération. Rossini… féministe ? Deux hommes redoublent de saine entente, de jubilante inventivité pour émanciper la prisonnière. Leurs talents qui allie grâce, jeunesse, astuces s’entend dans la musique du jeune Rossini (24 ans), dont l’orchestration et le génie mélodique exprime une même pétillance. Ici c’est l’insolence et l’esprit de conquête d’une jeunesse sûre d’elle qui s’affirme contre le vieil ordre. Rossini met en musique l’épisode inspiré de Beaumarchais et qui précède ce que Mozart avant lui avait mis en musique avec la complicité de Da Ponte, Les Noces de Figaro : après l’élan du désir naissant lié à la libération de la belle séquestrée, Almaviva, tyran domestique harcèle la servante Suzanne et délaisse Rosina, devenue comtesse négligée… Pour l’heure en 1816, retentit la formidable rire et la finesse d’un Rossini d’une précoce maturité.

Avec le Figaro de Guillaume Andrieu, la Rosina d’Anna Bonitatibus… Direction musicale : Benjamin Pionnier / mise en scène : Laurent Pelly.
3 représentations événements à l’Opéra de Tours, les 29, 31 janvier puis 2 février 2020.

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Opéra de Toursboutonreservation
Mercredi 29 janvier 2020 – 20h00
Vendredi 31 janvier – 20h
Dimanche 2 f̩vrier Р15h

RÉSERVEZ :
http://www.operadetours.fr/le-barbier-de-seville

 

 

 

 

Direction musicale : Benjamin Pionnier

Mise en scène, décors et costumes : Laurent Pelly
Lumières : Joël Adam

Figaro : Guillaume Andrieux
Rosina : Anna Bonitatibus
Comte Almaviva : Patrick Kabongo
Bartolo : Michele Govi
Basilio : Guilhem Worms
Berta : Aurelia Legay
Fiorello : Nicholas Merryweather
Ambrogio et Notaire : Thomas Lonchampt

Choeur de l’Opéra de Tours
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours

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Melodramma buffo en deux actes
Livret de Cesare Sterbini d’après Le Barbier de Séville de Beaumarchais
Créé au Teatro Argentina de Rome le 20 février 1816

Coproduction Th̢̩tre des Champs-Elys̩es РOp̩ra National de Bordeaux -
Op̩ra de Marseille РTh̢̩tres de la Ville de Luxembourg РOp̩ra de Tours РStattheater Klagenfurt

Durée : environ 2h30 avec entracte

Conférence gratuite
Samedi 25 janvier – 14h30
Grand Th̢̩tre РSalle Jean Vilar
Entr̩e gratuite Рr̩servation recommand̩e
places limitées

Grand Théâtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00

Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 à 13h00 / 14h00 à 17h45

02.47.60.20.20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

 

 

 


Après PAISIELLO, Le Barbier de ROSSINI…

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barbier-de-seville-rossini-opera-de-tours-pelly-pionnier-classiquenews-opera-annonce-critique-classiquenews34 ans avant l’opéra de Rossini, en sept 1782, Paisiello, alors auteurs en vogue, crée au Théâtre de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg et à la demande de sa protectrice Catherine II, Il barbiere di Siviglia, ovvero La precauzione inutile. Inspiré de Beaumarchais, le dramma giocoso suscite un succès immédiat. Car Paisiello trouve l’écho musical juste à la verve et l’impertinence de l’écrivain français. C’était compté sans le Barbier du jeune Rossini, de 1816. A peine âgé de 25 ans, Rossini baptise d’abord sa partition « Almaviva » du nom du Comte, complice de Figaro, – précaution respectueuse pour Paisiello pour ne pas créer de confusion entre les deux ouvrages. La première le 20 février 1816 au Teatro Argentina de Rome, est un fiasco.
Tout dans la musique de Rossini indique a volonté de rompre avec l’ancien monde et le style ancien : quand Rosina, belle séquestrée par son tuteur Bartolo qui veut l’épouser, chante le rondo de l’opéra factice, L’Inutil precauzione, la jeune femme revendique à la barbe de son géolier, et en présence d’Almaviva déguié en prof de musique, sa liberté et son désir d’émancipation (leçon de chant à l’acte II, scène 3). Ridiculisé le vieux barbon, use de stratagèmes éculés (inutiles précautions comme le clame Rosina de facto) : il ne peut empêcher les deux amants, Rosina et Almaviva, de se marier, grâce aussi à l’intervention de l’astucieux Figaro. Le Comte Almaviva, d’abord déguisé sous son nom de Lindoro, et aussi du professeur de musique comme on l’a vu, peut dérober à Bartolo, la fiancée qu’il s’est choisie.
La séquestration qu’impose Bartolo est bien celle d’un monde autoritaire et phalo, voire misogyne que Rossini exacerbe par sa musique pétillante. La puissance et l’imagination de l’écriture montrent l’audace d’un Rossini qui synthétise alors tous les opéras buffas napolitains précédents; en extrait l’essence de liberté et de sédition, sans omettre le miel d’une séduction irrésistible qui passe par l’amplification de la partie dévolue au chœur, comme le raffinement de son orchestration.
Héros de cette énergie révolutionnaire, Figaro chante dès le début son Largo al factotum… air démesuré, libre, délirant, … inouï en vérité, car jamais entendu auparavant. Figaro c’est Bacchus ou Mercure : un être hors normes, un génie de l’action intelligente dont les malices et les astuces emportent toute l’action, et la précipitent même pour le dénouement de la situation qui contraint Rosina. Le jeune comte Almaviva s’allie à ce personnage haut en couleurs, et profite de l’intelligence de Figaro. De son côté, la vielle servante Berta, du fait de son âge, est prête à « crever » hors de ce mouvement libertaire : un beau contraste avec le Figaro libre et brillant. Elle fustige le danger de la liberté, agent du chaos : le final du Ier acte est dans ce sens aussi orgiaque et frénétique que l’opéra précédent L’Italienne à Alger (1813 : présentée en février 2019 à l’Opéra de Tours). Comme dans les Noces de Figaro de Mozart, Rossini imagine alors dans un tutti assourdissant par son brio, chaque personnage réfléchissant à haute voix sur sa situation personnelle, empêchée, contrainte, atteinte…

 

LAURENT PELLY
La musique pilote l’action…

Mais ici les plus délurés et les plus fantaisistes sont vocalement les mieux caractérisés ; cette passion de la virtuosité porte l’intelligence et l’impertinence de Rossini lui-même, alors maître de son art. Dans cette émulation d’une jeunesse volubile : où perce l’acuité savoureuse du trio Rosina / Landoro,Almaviva / Figaro, soit le futur trio romantique principal chez Verdi (soprano, ténor, baryton)-, se distingue d’autant mieux la vieillesse bilieuse de l’infect Bartolo.

Le metteur en scène Laurent Pelly aime les ressources théâtrales des partitions lyriques : il sait en extraire les rebonds, la drôlerie, l’intelligence active. Ce discernement fait la saveur de ses lectures des opéras des faiseurs de comédies, génies reconnus tels Offenbach, Rossini… La verve et l’imagination l’inspirent. C’est le cas des ouvrages giocosos de Rossini. Pelly suit la tempête musicale qui imprime à l’action ses accents et ses jalons dramatiques.
Il imagine alors un décor fait de partitions où les acteurs habillés de noir incarnent les notes sur les mesures… pour autant la musique n’inféode pas le théâtre car le metteur en scène recherche un équilibre entre les deux. Derrière la virtuosité, Pelly traque et révèle la facétie voire le poésie des situations. Chaque profil est affiné selon sa sensibilité propre : FIgaro est un gangster sympathique qui tire les ficelles de chaque rencontre / confrontation ; Almaviva, un doux amoureux ; … Souvent Pelly revient à la source du livret et préfère tel aria plutôt qu’un autre, surtout si l’habitude est de le couper. Ainsi l’air terrible de la vieille Berta. La virtuosité des airs dans les finales en particulier dévoile en réalité un drame intime que Pelly entend rendre manifeste. Il y a donc de la profondeur et de l’intime dans ce qui paraît ailleurs bien souvent comme agile et artificiel.
Première vertu, et si appréciée chez lui : le respect de la partition originale « Je suis un artisan au service de l’œuvre. Je n’ai pas de concept à faire entrer au forceps, c’est l’œuvre qui commande «  rappelle-t-il. Toujours dans le respect de l’œuvre, faciliter et expliciter le jeu de l’acteur chanteur. Année buffa assoluta en 2017 pour Pelly qui cette année là, livre sa vision de Viva la mamma de Donizetti à Lyon et met en scène Le Barbier de Séville de Rossini au TCE Paris. L’Opéra de Tours a bien raison de présenter aux tourangeaux, l’une des mises en scène de Laurent Pelly les plus astucieuses et les plus rythmées.

La Rosina d’Elsa Dreisig à Clermont-Ferrand

dresig-elsa-mezzo-soprano-rossini-bellini-jeune-talent-CLIC-de-classiquenews-Clermont-Ferrand. Rossini : Le Barbier de Séville. Les 15 et 16 janvier 2016. Attention de la création du sommet buffa de Rossini, créé en février 1816 au Teatro Argentina de Rome : Le Barbier de Séville d’après Beaumarchais. Le drame réalise une action qui a lieu avant l’opéra de Mozart : Les Noces de Figaro. Alors barbier à Séville, le jeune Figaro retrouve le Comte Almaviva qui lui demande à Séville son aide pour séduire et enlever la belle Rosine, alors séquestrée par son tuteur qui veut l’épouser, le vieux et soupçonneux Bartolo. Amoureux de la confusion (finales vertigineux et délirant dans l’esprit de Mozart), semant l’esprit de la révolution avant l’heure et d’une intelligence libertaire, Rossini le facétieux, alors jeune âgé de 26 ans, signe une musique enjouée, subtile, d’une ivresse mélodique incomparable où jaillit tel un joyau rebelle, l’indomptable Rosine (qui pourtant devenue épouse sage et unr ien frustrée, songera non sans amertume à ces années miraculeuses où le Comte / Lindoro entreprenait tout pour la conquérir). La réussite des productions du Barbier rossinien dépend souvent de la composition qu’accordent les solistes aux deux personnages clés de Figaro et de la malicieuse Rosina. Soit deux emplois fétiches, vrais défis vocaux et dramatiques, pour baryton agile et mezzo-soprano coloratoure. Qu’en sera-t-il dans la nouvelle production présentée par le Centre lyrique Clermont Auvergne ? La sélection des chanteurs s’est déroulée lors du dernier Concours de chant lyrique où les deux rôles, de Figaro et de Rosine ont été distribué ; respectivement ce sont le baryton Viktor Korovitch et surtout la jeune et déjà sémillante Elsa Dreisig, lauréate du Concours de Clermont Ferrand 2015 (24ème édition) qui défendront sur scène, la magie dramatique de leurs personnages respectifs. Figaro est une jeune homme plein d’entrain, d’une vivacité complice ; Rosine est une jeune femme soucieuse de s’émanciper en choisissant celui qui ravira son cÅ“ur, en l’occurrence Lindoro (le patron de Figaro). Selon le fonctionenment à présent bien rodé du Concours lyrique de Clermont-Ferrand, les jeunes lauréats peuvent éprouver et perfectionner leur interpétation d’un rôle lors de la tournée d’une nouvelle production, en plusieurs dates, comme c’est le cas de cette nouvelle production du Barbier qui commence sa brillante avenure souhaitons le à Clermont-Ferrand à partir du 15 janvier 2016.

 

 

VIDEO. VOIR notre grand reportage vidéo dédié au Concours de chant de Clermont-Ferrand 2015 où de nombreuses séquences concernent la sélection du rôle de Rosine, avec un entretien avec Elsa Dreisig, après sa remise du Prix.

 

 

 

 

boutonreservationClermont-Ferrand, Opéra-Théâtre
Rosini : Il Barbiere di Seviglia / Le barbier de Séville, 1816
Nouvelle production
Vendredi 15 janvier 2016, 20h
Samedi 16 janvier 2016,15h
De 12 à 48€
2h30 entracte compris
Chanté en italien . Surtitré en français

Accessible en audiodescription le samedi 16 janvier 2016

 

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Direction musicale / Amaury du Closel
Mise en scène / Pierre Thirion-Vallet
Création du décor / Frank Aracil
Réalisation du décor / Atelier Artifice
Création des costumes / Véronique Henriot
Réalisation des costumes / Atelier du Centre lyrique
Création des lumières / Véronique Marsy
Traduction et régie surtitrage / David M. Dufort

Le Comte Almaviva / Guillaume François
Figaro / Viktor Korotich *
Rosina / Elsa Dreisig *
Bartolo / Leonardo Galeazzi
Basilio / Federico Benetti
Berta / Anne Derouard
Fiorillo et un Officier / Jean-Baptiste Mouret
Chœur Opéra Nomade

Orchestre Philharmonique d’État de Timisoara

 

 

 

 

Prochain Barbier à l’Opéra Bastille, 2 février > 4 mars 2016.

Pour les amateurs et connaisseurs du barbier de Rossini, l’Opéra Bastille à Paris affiche une prochaine production à partir du 2 février et jusqu’au 4 mars 2016. Avec dans un rôle qui devrait la révéler en France l’excellente Pretty Yende (jeune soprano sud africaine, lauréate du Concours Bellini  2011 avant d’obtenir le Concours Operalia) : agilité, grâce, timbre fruité et rayonnant, technique bel cantiste (célébrée par le Jury du Concours Bellini de 2011), Pretty Yende a tout pour éblouir dans le rôle de la jeune intrépide et conquérante Rosine…

http://www.classiquenews.com/1er-concours-international-vincenzo-bellini-2010album-vido-pretty-yende-june-anderson/

https://www.operadeparis.fr/saison-15-16/opera/il-barbiere-di-siviglia

Compte rendu, opéra. Dijon. Opéra de Dijon, le 20 février 2015. Rossini : Le Barbier de Séville. Armando Noguera, Eduarda Melo, Taylor Stayton, Deyan Vatchkov. … Orchestre Dijon Bourgogne. Antonino Fogliani, direction. Jean-François Sivadier, mise en scène.

rossini_portraitLe Barbier de Séville de Gioacchino Rossini est l’un des opéras qui n’a jamais quitté le répertoire mondial depuis sa création à Rome en 1816. L’opéra bouffe par excellence, selon nul autre que Verdi, est aussi un bijou de belcanto du début du XIXe siècle. Outre les nombreux usages commerciaux et populaires actuels de plusieurs morceaux de l’oeuvre, notamment l’archi-célèbre ouverture ou encore le non moins célèbre air de Figaro « Largo al factotum », l’opéra assure son attractivité populaire dans l’histoire de la musique par sa verve comique indéniable, la fraîcheur de l’invention mélodique et le théâtre d’archétypes si bien ciselé et si cohérent des plumes combinées, celles complémentaires de Rossini et de son librettiste Cesare Sterbini, d’après Beaumarchais.

(NDLR : la séduction et le succès de l’ouvrage devraient encore gagner un cran à l’approche du bicentenaire de la création de l’opéra, comme en témoigne pour la saison 2015-2016, la prochaine nouvelle production annoncée par le Centre lyrique de Clermont Auvergne dont le fameux Concours 2015 qui se tenait du 17 au 21 février derniers cherchait à distribuer les rôles de Rosina, Figaro et Basilio…)

La création Lilloise en 2013 de cette production du Barbier (lire notre compte rendu du Barbier de Séville de Rossini présenté en mai 2013 à l’Opéra de Lille), a été un succès médiatique et populaire. Nous avons encore le souvenir d’un public de tous âges et couleurs confondus très fortement marqué par les talents particuliers de Jean-François Sivadier et de son équipe artistique, exprimés avec candeur et sensibilité par la performance de la jeune distribution des chanteurs-acteurs particulièrement engagés. Le spectacle repris cette saison a fait une tournée française dans les villes de Limoges, Caen, Reims et donc Dijon, dernier arrêt d’un train artistique qui n’a pas été sans péripéties. Pour cette première dijonnaise, nous sommes accueillis à l’Auditorium de l’Opéra de Dijon, un bâtiment gargantuesque dont l’une des particularités reste son excellente acoustique.

 

 

 

Un barbier pas comme les autres

barbier-de-seville-de-rossini-par-jean-francois-sivadier-armando-noguera-compte-rendu-critique-de-l'opera-DijonLa redécouverte de la production en cette fin d’hiver 2014-201, s’avère pleine d’agréables surprises, mais pas dénuée réserves. Le baryton Armando Noguera en Figaro, créateur du rôle en 2013, et qui était déjà à l’époque un fin connaisseur du personnage, l’ayant interprété depuis son très jeune âge dans son Argentine natale, est annoncé souffrant avant le début de la représentation. Il décide néanmoins d’assurer la performance en dépit de son état de santé. Les oreilles affûtées ont pu remarquer ici et là quelques baisses de régime et de tension, quelques faiblesses mais la prestation si riche, si pleine d’esprit impressionne globalement l’auditoire ; le brio du chanteur a paru inépuisable et personne n’y est jamais rester insensible. Un excellent comédien dont le rôle si charismatique de Figaro lui sied parfaitement, il assure aussi la bravoure musicale de la partition plutôt virtuose. Un maître interprète que la maladie paraît porter et inspirer davantage encore, se donnant sur scène, comme tout grand artiste.

Le jeune ténor américain Taylor Stayton reprend le rôle d’Almaviva. Nous emarquons d’abord une impressionnante évolution dans son jeu scénique. S’il fut un Almaviva rayonnant de tendresse en 2013 (prise de rôle !), en 2015, il a l’assurance d’un artiste mûr qui commence à avoir une belle carrière de belcantiste. Son charme personnel s’accorde très bien au charme de la musique que Rossini a composé pour le personnage. Également excellent comédien, il est tout a fait crédible en jeune conte amoureux, et si les aigus ne sont pas toujours propres, le timbre est d’une incroyable beauté
et sa prestation demeure tout à fait enchanteresse.

La soprano Eduarda Melo reprend le rôle de Rosina. En 2013, nous avions exprimé notre curiosité par rapport au choix d’une soprano et non d’une mezzo pour Rosina, pourtant la performance avait été convaincante. En 2015, elle aussi fait preuve d’une évolution surprenante au niveau scénique et musicale. Une Rosina très à l’aise avec son langage corporel, aussi engageante et engagée que ses partenaires, Noguera et Stayton, elle régale l’auditoire avec un mélange précieux d’émotion et légèreté. Elle est piquante et touchante à souhait. Que ce soit dans l’expression du désir amoureux non dépourvu de nervosité lors de son air du IIème acte : « L’Inutile preccauzione », où ses vocalises redoutables sont chargées d’une profonde et tendre sincérité, inspirant des frissons, ou encore lors du trio à la fin du même acte où le désir arrive au paroxysme… Le célèbre air du Ier acte : « Una voce poco fa » à son tour, est l’occasion pour la soprano de démontrer ses belles qualités d’actrice comme de musicienne.

sivadierLe Bartolo de Tiziano Bracci comme ce fut le cas avant est un sommet comique en cette soirée d’hiver. Ses petits gestes affectés, ses échanges hasardeux et drôles avec le chef d’orchestre, le public, voire avec lui-même, lui donnent un je ne sais quoi de touchant pour un personnage qui est souvent représenté comme un gros méchant. La basse bulgare Deyan Vatchkov est aussi l’une des très agréables surprises de cette reprise. Il intègre la production pour la première fois dans le rôle de Basilio. Nous sommes davantage impressionnés par l’aisance avec laquelle il habite le personnage et accorde ses talents de chanteur-acteur au théâtre si distinctif et précis de Sivadier ; un jeu qui se met au service ultime de Rossini. Il campe l’air de la calomnie au Ier acte avec panache et facilité ; c’est le véritable protagoniste du quintette au IIème acte. Nous regrettons qu’il ne soit plus présent sur scène tellement sa présence comique et musicale est ravissante. La soprano Jennifer Rhys-Davis reprend le rôle de Berta et y excelle ; sa performance est touchante et drôle. Remarquons également la participation du comédien engagé Luc-Emmanuel Betton dans le rôle muet d’Ambrogio, très sollicité sur scène pour différentes raisons apparentes. Sa présence se distingue par sa réactivité et un je ne sais quoi de tendre et aussi de déjanté (ma non troppo!) saisissant.

Si le choeur de l’Opéra de Dijon reste mou, l’Orchestre Dijon Bourgogne sous la direction d’Antonino Fogliani captive totalement. La baguette est enjouée, douée d’un entrain rossinien extraordinaire ! Ainsi l’ouverture et le finale primo passent comme un éclair aux effets impressionnants. Nous regrettons néanmoins à des moments précis que le tempo aille si vite puisque les vocalises fabuleuses des chanteurs perdent beaucoup en distinction. Un Barbier pas comme les autres donc, avec un élan théâtral et comique d’une efficacité confondante. Toutes les vertus de la méthode Sivadier mises à disposition d’une jolie troupe des chanteurs et musiciens, font honneur au cygne de Pesaro et à son Barbier, dont nous célébrerons les 200 ans l’année prochaine ! Un Barbier pas comme les autres à consommer sans modération, à l’affiche à l’Opéra de Dijon les 20, 22, 24 et 26 février 2015.

Illustrations : Portrait de Rossini ; la production du Barbier de Séville de Rossini en 2013 ; Jean-François Sivadier (DR)

Compte-rendu : Lille. Opéra National de Lille, le 18 mai 2013. Rossini : Le Barbier de Séville. Taylor Stayton, Armando Noguera, Eduarda Melo,… Antonello Allemandi, direction. Jean-François Sivadier, mise en scène.

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Le Barbier de Séville de Rossini clôt la saison lyrique à l’Opéra de Lille. Pour cette extraordinaire nouvelle production, le chef de file est le metteur en scène Jean-François Sivadier, accompagné par une jeune distribution pleine d’esprit dont l’Orchestre de Picardie dirigé par le chef italien Antonello Allemandi.

Le jour de notre venue l’opéra est retransmis en direct à l’extérieur de l’opéra sur la Place du Théâtre. L’occasion s’avère monumentale et transcendante, attributs peu communs pour le Barbier de Rossini, Å“uvre dont la verve comique, la fraîcheur et légèreté font d’elle, l’opéra bouffe par excellence. La production s’avère être une belle surprise.

 

 

“Si c’est ça l’avenir de l’opéra, j’en veux!”

 

Dit une jeune après l’entracte, extatique et abasourdie, rien qu’après le premier acte! Des paroles pertinentes et emblématiques d’une audience enthousiaste. La création de Jean-François Sivadier mérite une avalanche de compliments et encore plus. L’opéra est dès ses origines du théâtre lyrique, et le seul vrai créateur est toujours le metteur en scène. Les chanteurs et instrumentistes sont dans ce sens des artistes-interprètes. La mise en scène de Sivadier paraît contemporaine mais est atemporelle en vérité. Il a certes une conscience de l’histoire, une sincère compréhension du “drame”, un sens aigu et raffiné du théâtre, mais surtout du … génie. Ainsi l’Å“uvre se déroule dans un univers qui intègre et dépasse l’Espagne du 18e siècle propre à la pièce, la Rome du 19e de sa création et notre ère actuelle. Les beaux costumes de Virginie Gervaise sont dans ce sens surtout contemporains mais en réalité relèvent d’un mélange d’époques.
La mise en scène a tant de mérites que nous ne saurons tous les citer. La scénographie d’Alexandre de Dardel est non seulement astucieuse et cohérente mais aussi très belle à regarder. À la sensation de beauté s’ajoutent les lumières fantastiques de Philippe Berthomé, parfois évocatrices, parfois descriptives, toujours d’une beauté saisissante.

Le travail de Sivadier avec les chanteurs-acteurs est très remarquable. Il exploite avec vivacité et inventivité ce qu’il y a à exploiter dans l’opéra de Rossini ; l’entrain trépidant et la vitalité inextinguible de la comédie. Il sait ce qui peut paraître évident, Rossini veut que ses personnages finissent de chanter leur duo (terzetto en réalité) avant de s’échapper à la fin de l’Å“uvre, et pour cette raison précise ils se font découvrir par Basile! Ce n’est pas invraisemblable, ce n’est pas absurde. C’est le Rossini que nous aimons et que Sivadier comprend parfaitement. Sa mise en scène est presque interactive, avec les chanteurs marchant dans la salle et incluant le public dans la comédie. La puissance de l’action est reflétée avec maestria dans l’air de Basile “La calunnia è un venticello” un des nombreux tours de force de la soirée où le chanteur profite sans doute des talents concertés du directeur musical avec l’inventivité stimulante et la vivacité contagieuse de Sivadier.

L’imagination sans limites d’un Barbier spectaculaire

La distribution des chanteurs plutôt jeune a certainement adhéré à l’esprit de la production. Le baryton argentin Armando Noguera est Figaro. Il l’est, carrément, puisqu’il s’agît du rôle qui la fait connaître et qu’il connaît par cÅ“ur, mais surtout par l’investissement éblouissant du chanteur, débordant de charisme. Il n’est jamais moins qu’incroyable, soit dans son archicélèbre cavatine d’entrée “Largo al factotum” à la difficulté et à la tessiture redoutables, dans le duo avec Almaviva plein de caractère, où celui avec Rosine au chant fleuri remarquable où encore dans le trio final au chant à la fois fleuri et syllabé. Toutes ses interventions inspirent les plus vifs sourires et applaudissements. Le Comte Almaviva du ténor Taylor Stayton est certes moins comique mais tout autant investi dans sa caractérisation. Son chant est toujours virtuose et son instrument d’une très belle couleur. Il sait en plus bien projeter sa voix dans la salle et ce même dans les intervalles les plus délicates comme dans sa tessiture vers la fin extrême. Il s’agît sans doute d’un duo de choc et la complicité entre les chanteurs est rafraîchissante. Si en théorie le Comte se doit d’être le protagoniste, n’oublions pas qu’il arrive à son but uniquement grâce à l’aide de Figaro, d’un rang social plus bas. Dans ce sens nous acceptons la suppression de l’air de bravoure d’Almaviva à la fin de l’Å“uvre, mais nous nous demandons qui a pris cette décision? Le chanteur parce qu’il s’exténue à chanter? Le metteur en scène parce qu’il ne lui trouve aucune utilité théâtrale? Le directeur musical parce qu’il n’aime pas le long développement de l’air? Nous acceptons cette élision, non sans réticence. Notamment vis-à-vis au ténor que nous aurions aimé écouter davantage.

La Rosine lilloise est interprétée par la soprano Eduarda Melo. Si nous regrettons la mauvaise habitude française de transposer le rôle à une voix soprano, tournure oubliée et désuète, la performance plein d’esprit de la pétillante Melo, sans justifier ce changement, a du sens vis-à-vis de la production. Dans sa cavatine du premier acte “Una voce poco fa”, en l’occurrence transposée en fa majeur et donc sans vocalises graves, sa coloratura stratosphérique et insolente éblouit l’auditoire. Elle est charmante dans toutes ses interventions et sa leçon de chant au deuxième acte, est merveilleuse. Sa voix aigüe s’accorde de façon plus que pertinente à l’ambiance comique et déjantée,  elle ajoute fraîcheur et légèreté à la production.

En ce qui concerne les rôles secondaires, s’il n’y a pas forcément un équilibre du point de vu vocal, ils sont par contre tous très engagés dans leurs caractérisations. Le Basile d’Adam Palka a une voix un peu verte mais veloutée. Ses dons de comédien et la couleur de sa voix compensent la tessiture quelque peu limitée. Le Bartolo de Tiziano Bracci réussi à être comique sans être grotesque. Jennifer Rhys-Davies est une Berta dont nous aurons du mal à oublier le sens aigu de la comédie, si elle chante peu, sa présence sur le plateau est d’un comique contagieux. Finalement nous remarquerons le Fiorello d’Olivier Dunn. Son personnage ne chante que très peu, mais c’est en effet lui qui chante les premières notes de la partition et sa voix puissante et sa couleur irrésistible nous ont fortement surpris!

Que dire de l’Orchestre de Picardie dirigé par Antonello Allemandi? L’aspect brillant et gai sont les principaux atouts de la prestation. Le maestro a lui aussi un sens solide du théâtre puisqu’il intervient pertinemment pour rehausser l’humeur et la fougue de la partition. Silences et crescendi inattendus dans la célébrissime ouverture, élégance et clarté presque mozartiennes dans les intermèdes, une vivacité et un zeste fabuleux en permanence. Dans ce sens le chÅ“ur de l’Opéra de Lille dirigé par Arie van Beeck est à la hauteur de la production, avec une réactivité tonique et lui aussi, une belle implication théâtrale.

Courrez voir et écouter cette nouvelle production… Le Barbier de Sivadier fera sans doute battre votre cÅ“ur, et vous sortirez convaincu du fait que l’opéra est un art vivant! Une Å“uvre d’art totale complètement inattendue à surtout ne pas rater. A l’affiche à l’Opéra de Lille les 26, 28 et 30 mai puis le 2 juin 2013.