Compte-rendu, ballet. Paris. Théâtre Chaillot, le 11 décembre 2013. «Constellation» ballet en deux actes. Alonzo King LINES Ballet. Alonzo King, chorégraphe.

La compagnie de ballet nĂ©oclassique amĂ©ricaine l’Alonzo King LINES Ballet se prĂ©sente finalement Ă  Paris en cette fin d’annĂ©e 2013. Le Théâtre National de Chaillot l’accueille pour la première française du ballet “Constellation” (2012), mĂ©langeant le chant de la mezzo-soprano Maya Lahyani avec les dĂ©cors interactifs lumineux signĂ©s Jim Campbell, partie fondamentale de l’œuvre.

Chorégraphie lumineuse, narration obscure

Alonso_king_constellationAvant de crĂ©er sa compagnie en 1982, Alonzo King danse dans celle d’Alvin Ailey et Ă  l’American Ballet Theater. Trois dĂ©cennies plus tard, il est invitĂ© Ă  Paris pour la première fois grâce au soutien de la fondation BNP Paribas. Presque inconnue de la scène française l’Alonzo King LINES Ballet est pourtant très cĂ©lèbre et sollicitĂ©e Ă  l’Ă©tranger. Il s’agĂ®t d’une compagnie contemporaine nĂ©oclassique fille de son siècle, avouant plus ou moins une filiation stylistique avec Balanchine et Forsythe. Elle se distingue grâce Ă  plusieurs particularitĂ©s, notamment la diversitĂ© raciale des danseurs, mais surtout par la taille “gigantesque” de ses danseuses. L’anecdote raconte qu’Alonzo King a voulu embaucher et travailler avec les filles rejetĂ©es des ballets classiques Ă  cause de leur stature. Ces singularitĂ©s augmentent l’attrait visuel du ballet prĂ©sentĂ© ce soir “Constellation”, oĂą prĂ©cisĂ©ment l’optique prime sur toute autre aspect.

Les crĂ©ations lumineuses de l’artiste plasticien Jim Campbell sont omniprĂ©sentes. Les 12 danseurs sur le plateau se dĂ©placent et agissent par rapport Ă  elles ; que ce soit une grille de lumière, des balles illuminĂ©es, ou encore des faux habits en guirlandes de lumière. Pendant presque 80 minutes nous avons droit Ă  un vĂ©ritable concert des couleurs et Ă  une danse… galactique. Les danseurs virtuoses, Ă  la technique implacable s’attirent, se rejettent, se confondent dans une sĂ©rie de pas de 2, de pas de 4, d’ensembles insolites. L’athlĂ©tisme de la troupe est remarquable, nous sommes en permanence saisis par les extensions incroyables des danseuses, rĂ©elles amazones, comme par les tableaux visuels du ballet grâce aux dialogues entre dĂ©cors, musiques et interprètes. Dans le pas de 4 Ă  la fin de l’œuvre, un couple d’hommes se distingue par la tonicitĂ© et l’intense expressivitĂ© des mouvements. L’abattage est toujours impressionnant ; la danse pure est Ă©lectrisante.

Nous ne pourrons pas assez louer la technique des danseurs, ni les beautĂ©s acrobatiques de la danse… La mezzo-soprano Maya Lahyani a une grande prestance sur scène et interprète Haendel, Vivaldi et mĂŞme Richard Strauss avec panache. Dans “Constellation” paraissent les astres, parfois fougueux, parfois touchants, toujours fugaces. MalgrĂ© tout cela, l’impression que l’œuvre manque de cohĂ©sion est prĂ©sente. Une certaine et discrète paresse intellectuelle paraĂ®t se cacher derrière toute la bravoure des interprètes, comme une froideur narrative derrière les vives couleurs de la scĂ©nographie.
Il est indĂ©niable que la danse isolĂ©e de l’Alonzo King LINES Ballet a satisfait notre soif de nĂ©oclassicisme et d’excellence, mais avec tous les composants pluridisciplinaires mis en jeu, nous avons le sentiment d’en avoir trop, sans savoir vraiment de quoi il est question, ni pourquoi, ni comment. VoilĂ  un spectacle pourtant sĂ©duisant oĂą la tension enivre mais l’intention manque… Bravo nĂ©anmoins Ă  la compagnie pour la grande qualitĂ© de la prestation, espĂ©rons bientĂ´t la retrouver sur nos scènes françaises.