CD, critique. GOUNOD : FAUST (1859). Foster-Williams, Bernheim, Gens / Talens Lyriques (3 cd Palazzetto Bru Zane, juin 2018)

gounod faust rousset gens palazzetto critique cd classiquenews review critique opera classiquenews bernheim gens bou rousset talens lyriques critique classiquenewsCD, critique. GOUNOD : FAUST (1859). Foster-Williams, Bernheim, Gens / Talens Lyriques (3 cd Palazzetto Bru Zane, juin 2018). Et voici un nouvel opus de la collection « opĂ©ra français » ( / French opera) Ă©ditĂ© par le Palazzetto vĂ©nitien Bru-Zane, aux initiatives exploratrices de rĂ©fĂ©rence. Faust complĂšte notre meilleure connaissance du Gounod lyrique, aprĂšs les prĂ©cĂ©dents livres disques Cinq-Mars (Ă©clairant ode dernier Gounod) et Le Tribut de Zamora (de 1881). Le pilier de l’opĂ©ra français, aprĂšs Thomas, avant et Bizet et Massenet, mĂ©ritait bien ce focus. Surtout s’agissant d’un ouvrage emblĂ©matique de l’opĂ©ra romantique français tel qu’il est toujours reprĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra Garnier. La production est d’autant plus opportune qu’elle s’intĂ©resse Ă  la version  « originelle » – de 1859, – alors prĂ©parĂ©e, jouĂ©e et donc enregistrĂ©e en juin 2018.

gounod charles portrait jeune par classiquenews gounod centenaire 2018 par classiquenews portr19Contrairement Ă  la version actuellement jouĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Paris, soit celle de 1869, celle de 1859 privilĂ©gie des dialogues inĂ©dits, proches du thĂ©Ăątre, qui Ă©clairent le relief de rĂŽles depuis minorĂ©s ou Ă©cartĂ©s (Wagner, Dame Marthe). Ces derniers restituent Ă  l’ouvrage que l’on pesait trĂšs sĂ©rieux, une lĂ©gĂšretĂ© proche du genre opĂ©ra-comique de demicaractĂšre dont le Gounod pas encore rĂ©ellement cĂ©lĂ©brĂ©, avait la clĂ©. Avec la prĂ©sence des dialogues, le drame gagne en clartĂ© et prĂ©cision. Quand la version actuelle de 1869 fait se succĂ©der des tableaux et des situations pas toujours trĂšs progressifs. On y perd certes l’air du Veau d’or de Mephisto pour celui plus ancien et presque rafraĂźchissant de « MaĂźtre ScarabĂ©e ».

Le Choeur de la radio flamande convainc quelle que soit la figure concernée : jeunes filles candides ou soldats juvéniles.
L’orchestre (Les Talens Lyriques) s’applique, dĂ©taille, reste efficace, mais parfois sonne Ă©trangement pompier dans les tutti, couvre la voix (ThulĂ©), 
 sans jamais donner le vertige fantastique et romantique que l’on attend. La direction est sĂšche, tendue, nerveuse certes mais sans chair. Strictement narrative. Ombres, vertiges romantiques d’un Gounod wagnĂ©rien, sont Ă©vacuĂ©s
 Ici importent la clartĂ©, le souci du dĂ©tail, la perfection de la mis en place : une « objectivité » parfois droite et dĂ©sincarnĂ©e. Germanisme subtil, entre Wagner et Mendelssohn, brillant et Ă©lĂ©gant (oĂč les valses soulignent les temps forts de l’action dramatique et psychologique), Gounod mĂ©rite plus de nuances, d’élans roboratifs, de fluiditĂ© incarnĂ©e.
L’impression gĂ©nĂ©rale reste celle d’une lecture appliquĂ©e, parfois maniĂ©rĂ©e, scrupuleuse, qui manque de souffle, de rĂ©els vertiges, de sincĂ©ritĂ©. Trop d’artifice, de gestes mĂ©ticuleux au dĂ©triment de la vĂ©ritĂ© plus immĂ©diate du drame.

CĂŽtĂ© plateau vocal, dĂ©tachons le timbre mĂ©tallique et nasillard, pincĂ© et sans tendresse du Faust de Benjamin Bernheim, mais avec une intelligibilitĂ© intĂ©ressante. Qu’il est plaisant de comprendre le texte, c’est Ă  dire de ne rien perdre des nuances poĂ©tiques du livret, donc des accents spĂ©cifiques du chant orchestral qui l’enveloppe.
Truculent, lĂ©ger, savoureux et comme amusĂ© entre facĂ©tie et sĂ©duction, l’excellent baryton Andrew Foster-Williams s’impose : son jeu naturel contraste avec le timbre tendu, dĂ©vorĂ© du Faust de B Berheim. De ce point de vue la caractĂ©risation des caractĂšres est parfaite.
Valentin dĂ©pourvu de son superbe air (« Avant de quitter ces lieux » dont le superbe motif s’entend dĂšs l’ouverture), Jean-SĂ©bastien Bou s’impose par sa prĂ©sence dramatique.
Juliette Mars en Siebel maĂźtrise moins l’intelligibillitĂ© de son texte, avec des aigus tirĂ©s, tendus, vibrĂ©s (air « FaĂźtes lui mes aveux », dĂ©but acte II). La Marguerite de VĂ©ronique Gens dĂ©fend un souci du texte plus maĂźtrisĂ© (Air du roi de ThulĂ©), entre noblesse et naturel, un sens des nuances Ă©vident que contredit en arriĂšre plan, un orchestre surexposĂ© et hypernerveux aux accents appuyĂ©s
 dommage. Mais que de distinction efface la pure jeune fille pour une conception plus mĂ»re du personnage, trĂšs « princesse incognito » dans une piĂšce de thĂ©Ăątre.

Justement, dialogues et rĂ©cits sont restituĂ©s dans un style thĂ©Ăątral, mais avec une rĂ©verbĂ©ration Ă©trange voire hors sujet pour la scĂšne lyrique. Tous les caractĂšres et leurs situations semblent se dĂ©rouler dans le mĂȘme lieu : Ă©glise ou vaste caverne, au volume rĂ©sonnant, Ă©cartant l’intimisme des scĂšnes pourtant plus psychologiques.

Notre rĂ©serve concerne le choix artistique des sĂ©quences prĂ©sentĂ©es : s’il s’agit non pas d’un « premier Faust » mais d’un « autre Faust », il eut Ă©tĂ© moins frustrant d’écouter aux cĂŽtĂ©s des « premiers airs » conçus par le Gounod de 1859, ceux plus tardifs de 1869 mais si beaux et si populaires ; pertinente sur le plan documentaire (pour les spĂ©cialistes), une telle production pour le disque, prĂ©sentant et les airs originels, et ceux plus tardifs, eut Ă©tĂ© « idĂ©ale ». Car ne pas entendre les airs du Veau d’or ou de Valentin crĂ©e un manque absolu. D’oĂč l’impression globale de cette « autre » version : originelle certes, juvĂ©nile, thĂ©Ăątralement plus riche
 mais moins aboutie.

________________________________________________________________________________________________

gounod faust rousset gens palazzetto critique cd classiquenews review critique opera classiquenews bernheim gens bou rousset talens lyriques critique classiquenewsCD, critique. GOUNOD : FAUST (1859). Foster-Williams, Bernheim, Gens / Talens Lyriques (3 cd Palazzetto Bru Zane, juin 2018). OpĂ©ra-comique en 4 actes – livret de Jules Barbier et Michel CarrĂ©, d’aprĂšs Goethe – Version premiĂšre ou « originelle » crĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre-Lyrique le 19 mars 1859.

Faust : Benjamin Bernheim
Marguerite : VĂ©ronique Gens
MéphistophélÚs : Andrew Foster-Williams
Valentin : Jean-SĂ©bastien Bou
Siébel : Juliette Mars
Dame Marthe : Ingrid Perruche
Wagner : Jean-SĂ©bastien Bou

Choeur de la Radio flamande
Direction : Martin Robidoux
Les Talens Lyriques / dir : Ch Rousset

Enregistrement réalisé en juin 2018.

 

 

 

 

 

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

Autres livre cd  GOUNOD / Collection “OpĂ©ra français, Palazzetto Bru Zane, prĂ©sentĂ©s / critiquĂ©s sur CLASSIQUENEWS.COM :

 

 

gounod cinq mars cd opera critique review account of classiquenews ulf schirmer mathias videl veronique gens cd 1507-1Livre cd, compte rendu critique. GOUNOD : Cinq-Mars, 1877. Vidal, Gens, Christoyannis, 
 (2 cd 2015). DĂšs l’ouverture, les couleurs vĂ©nĂ©neuses, viscĂ©ralement tragiques, introduites par la couleur tĂ©nue de la clarinette dans le premier motif, avant l’implosion trĂšs wĂ©bĂ©rienne du second motif, s’imposent Ă  l’écoute et attestent d’une lecture orchestralement trĂšs aboutie. Du reste l’orchestre munichois, affirme un bel Ă©noncĂ© du mystĂšre Ă©voquĂ©, Ă©clairĂ© par une clartĂ© transparente continue, qui quand il ne sature pas dans les tutti trop appuyĂ©s, se montre d’une onctuositĂ© dĂ©lectable. Tant de joyaux dans l’écriture Ă©clairent la place aujourd’hui oubliĂ©e de Charles Gounod dans l’éclosion et l’évolution du romantisme français. Et en 1877, Ă  l’époque du wagnĂ©risme envahissant, (le dernier) Gounod, dans Cinq-Mars d’aprĂšs Vigny, impose inĂ©luctablement un classicisme Ă  la française qui s’expose dans le style et l’élĂ©gance de l’orchestre (premiĂšre scĂšne : Cinq-Mars et le chƓur masculin). D’emblĂ©e c’est le style trĂšs racĂ© de la direction (nuancĂ© et souple Ulf Schirmer), des choristes (excellentissimes dans l’articulation d’un français Ă  la fois dĂ©licat et parfaitement intelligible) qui Ă©claire constamment l’écriture lumineuse d’un compositeur jamais Ă©pais, orchestrateur raffinĂ© (flĂ»te, harpe, clarinette, hautbois toujours sollicitĂ©s quand le compositeur dĂ©veloppe l’ivresse enivrĂ©e de ses protagonistes).

 

 

tribut de zamora gounod cd critique par classiquenews concert munich compte rendu de classiquenewsCD, critique. GOUNOD : Le Tribut de Zamora 1881. Livre, 2 cd, BRU ZANE, collection « OpĂ©ra français » / French opera / H. Niquet. 2018, annĂ©e musicale riche. De Debussy Ă  Gounod, le gĂ©nie français romantique et moderne sort du bois et est plus ou moins honorablement servi par les institutions et initiatives privĂ©es. Ainsi cet enregistrement de l’opĂ©ra de Gounod, oubliĂ©, Ă©cartĂ© depuis sa crĂ©ation, Le tribut de Zamora qui renaĂźt par le disque aprĂšs avoir occupĂ© l’affiche munichoise (janvier 2018). Idem pour un Cinq Mars lui aussi mĂ©connu, oubliĂ©, ressuscitĂ© Ă  Munich
en 2015.
A Paris, on se souvient des rĂ©cents Faust (Bastille), Nonne Sanglante (OpĂ©ra-Comique)
 alors que RomĂ©o et Juliette tarde Ă  revenir Ă  Paris, – quand l’OpĂ©ra de Tours en avait offert une sublime production, voici donc ce Zamora, espagnolade et peinture d’histoire, Ă  l’efficacitĂ© dramatique indĂ©niable, et aux joyaux mĂ©lodiques et orchestraux, irrĂ©sistibles. Dans cette Espagne du XĂš, marquĂ© par la prĂ©sence arabe, le compositeur joue avec finesse de l’orientalisme colorĂ©, sensuel dont use et abuse avec un gĂ©nie de l’harmonie, son contemporain et peintre (d’Histoire), GĂ©rĂŽme.

CD, annonce. Herculanum de FĂ©licien David (1859), 2 cd Ă©ditions Palazzetto Bru Zane

Herculanum felicien david annonce presentation critique review classiquenews aout 2015 critiqueCD, annonce. Herculanum de FĂ©licien David (1859). RessuscitĂ© en mars 2014, voici le disque qui prolonge la recrĂ©ation d’Herculanum de FĂ©licien David (1859).  Le succĂšs d’Herculanum, en partie financĂ© par les amis saint-simoniens du compositeur, permet d’assoir le gĂ©nie lyrique de FĂ©licien David Ă  Paris; mĂ©ditation, rĂȘverie, mais aussi violence thĂ©Ăątrale voire frĂ©nĂ©sie dramatique (tam-tam satanique) : il y a tout dans l’opĂ©ra de David, qui est une commande de l’OpĂ©ra de Paris. Suivront les sommets de sa carriĂšre Ă  la scĂšne : Lalla-Roukh (1862) puis Le Saphir (1865), son ultime ouvrage lyrique. David, d’une certaine maniĂšre, assimilant Verdi, rĂ©alise le passage du grand opĂ©ra Ă  effets (Meyerbeer et Auber), au romantisme lyrique rĂ©formĂ© de Gounod, Thomas, Bizet, Massenet. Dans le Paris du Second Empire, l’OpĂ©ra comme les autres institutions officielles favorise les Ɠuvres qui permettent par leur sujet et les moyens mis en Ɠuvre, de rechristianiser les foules (Ă  Paris comme en Province) : comme un prĂ©cĂ©dent inĂ©dit rĂ©vĂ©lĂ© par le Palazzetto, Le Paradis Perdu de Dubois - de 30 ans postĂ©rieur-, Herculanum, apparemment fresque antique et romaine, dĂ©veloppe clairement des intentions d’évangĂ©lisation dont tĂ©moigne avec force entre autres (outre le choeur des chrĂ©tiens), la figure de Lilia. Satan, rĂ©incarnĂ© dans la personne du Proconsul (final du II) menace directement l’humanitĂ© pĂ©cheresse, chrĂ©tiens et romains : en dĂ©pit de l’éruption et de la malĂ©diction satanique, seules les deux Ăąmes mĂ©ritantes, Lilia et HĂ©lios, dans la mort, sont comme dĂ©livrĂ©s (du poids de leur existence terrestre) : aprĂšs la catastrophe, pour eux, le ciel et la fĂ©licitĂ© aprĂšs la mort (le ciel, c’est la vie).

David_Felicien_DavidTemps fort du festival FĂ©licien David dĂ©fendu (avril-mai 2014) par le Palazzetto Bru Zane, cet Herculanum Ă©tait affichĂ© tel un Ă©vĂ©nement lyrique. Nombre de critiques ont boudĂ© leur plaisir : Ɠuvre dĂ©monstrative et tonitruante, plus spectaculaire que profonde
 ; pourtant mieux que Le Vaisseau FantĂŽme de Dietsch en 2013 (qui ne mĂ©ritait pas la rĂ©surrection dont il fut l’objet), Herculanum est une Ɠuvre forte qui vaut mieux que la promesse du spectaculaire Ă©ruptif que laisse supposĂ© son titre (comme dans La Muette de Portici d’Auber, crĂ©Ă©e en 1828, le spectateur est tenu en haleine jusqu’à l’irruption du VĂ©suve) : mais ici, dĂšs l’ouverture et les premiĂšres scĂšnes, le grondement des Ă©lĂ©ments et la prĂ©sence sourde de la catastrophe sont permanents.  Proche de Thomas, FĂ©licien David s’y montre fin mĂ©lodiste, d’un dramatise ardent, flamboyant parfois, efficace toujours : au cƓur de l’intensitĂ© de l’action, la sirĂšne paĂŻenne Olympia se dresse telle une pythie magnifique contre les chrĂ©tiens : l’italianisme de ses airs contrepointant la dĂ©clamation française de ses ennemis.

david felicienAujourd’hui, le disque est d’autant plus nĂ©cessaire pour mesurer l’intĂ©rĂȘt de l’oeuvre que, pour le concert de la recrĂ©ation, la cantatrice Karine Deshayes, sous la direction d’HervĂ© Niquet,  avait Ă©tĂ© diminuĂ©e par un mauvais coup de froid, empĂȘchant la juste expression du personnage central. Or FĂ©licien David avait Ă©crit le rĂŽle d’Olympia spĂ©cialement pour le grand mezzo dramatique AdelaĂŻde Borghi-Mamo (43 ans alors), sorte de contralto rossinien Ă  tempĂ©rament (qui savait surtout vocaliser). Face Ă  elle, droite comme une Ă©lue investie, VĂ©ronique Gens incarne la chrĂ©tienne Lilia avec d’autant plus de conviction que la maĂźtrise dĂ©clamatoire (signature de la soprano) s’accompagne – l’ñge aidant- d’une ampleur charnue du timbre absent Ă  ses dĂ©buts et trĂšs justement assortie au profil du rĂŽle. TĂ©nor engagĂ© et naturellement puissant, Edgaras Montvidas fait un vaillant HĂ©lios, quant Nicolas Courjal dĂ©ploie sa magnifique et profonde basse en Nicanor et Satan. Alors partition attachante et nuancĂ©e ou fresque hollywoodienne, solennelle et pompeuse ? RĂ©ponse dans la prochaine grande critique du double cd d’Herculanum de FĂ©licien David, collection OpĂ©ra français / Palazzetto Bru Zane.

 

 

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation d’Herculanum en concert (mars 2014)

Cd, annonce.
FĂ©licien David : Herculanum 2 cd – sortie annoncĂ©e le 8 septembre 2015.
Opéra en quatre actes, livret de Joseph Méry et Térence Hadot
CrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris le 4 mars 1859

Lilia: VĂ©ronique Gens
Olympia: Karine Deshayes
HĂ©lios : Edgaras Montvidas
Nicanor: Nicolas Courjal
Magnus: Julien VĂ©ronĂšse

ChƓur de la Radio Flamande
Brussels Philharmonic
Direction musicale
Hervé Niquet

2 cd Palazzetto Bru Zane / collection French Opera / Opéra français. Enregistré à Bruxelles  en mars 2014. Consulter la page du cd Herculanum de Félicien David sur le site du Palazzetto Bru Zane