Richard Strauss
la Femme sans ombre
Die Frau Ohne Schatten
Vlaamse Opera
10 représentations
Gand, du 7 au 17 avril 2011
Anvers, du 27 avril au 11 mai 2011
Production de Graz, septembre 2010
Marco Arturo Marelli, mise en scène
Alexander Joel, direction
Salzbourg, festival
7 représentations
Du 29 juillet au 21 août 2011
Christian Thieleman, direction
Christof Loy, mise en scène
avoir créé plusieurs opéras pastiches néobaroques (Ariadne auf Naxos) ou
néo classiques (Le Chevalier à La rose), Strauss et le poète
Hofmannsthal marqués par la Première Guerre mondiale qui entraîne aussi
la chute de l’Empire Habsbourg, plongent dans le mythe mozartien de la
Flûte Enchantée. Ils produisent un opéra sur la compassion
confraternelle : la femme sans ombre est une intrigue orientalisante
qui mêle les registres de l’onirisme, du fantastique et du tragique
pour mieux éclairer la portée d’un message hautement humaniste. Le sort
de tous les hommes est indéfectiblement lié. Il s’agit moins comme on
l’a dit souvent, de l’apothéose des valeurs conjugales qu’une apologie
de la fraternité

de la compassion salvatrice. Composé aux heures les plus sombres de la
Première Guerre Mondiale, la Femme sans ombre exprime comme nul opéra
avant lui, l’œuvre de la barbarie tout en imaginant pour l’humanité
endeuillée, une issue positive. Le miracle humain reste possible tant
qu’un seul être saura s’émouvoir du sort d’un autre.
L’impératrice
n’a pas d’ombre. Objet fantasmatique de l’Empereur, elle aspire à
prendre forme humaine et pour se faire, accepte de souffrir, d’éprouver
la tragédie d’une existence comptée. Elle découvre la femme du
Teinturier Barak, harpie domestique qui brave son fidèle époux. D’une
situation malsaine où la femme accepte de vendre son âme pour que
l’Impératrice puisse obtenir cette ombre tant convoitée, l’action
s’inverse quand l’Impératrice éprouve le miracle de la compassion
vis-à-vis de Barak.
L’opéra de Strauss et de Hofmannsthal interroge
la notion d’identité, de compassion, d’humanité. Que sont les êtres
dépourvus de sensibilité humaine ? Au sortir de la première guerre
mondiale, l’ouvrage est l’une des partitions les plus bouleversantes du
théâtre lyrique. Le chant de l’espoir et l’expression de la tragédie la
plus brute, s’y mèlent.
Opéra en trois actes
Créé le 10 octobre 1919 à l’Opéra de Vienne
Livret de Hugo von Hofmannsthal
Cd
Sur la scène du théâtre où a été créé l’opéra, Böhm qui a cotoyé
Strauss, officie dans cette captation enregistrée en direct, avec un
sens lyrique et tragique d’une tendresse humaine absolument
indiscutable. Enregistré sur le vif, cette lecture de légende s’impose
naturellement, en particulier parce que portés par l’orchestre de
l’Opéra de Vienne, somptueux et énigmatique, les chanteurs s’embrasent
littéralement. James King (l’empereur), Leonie Rysanek (l’Impératrice),
Walter Berry (Barak), Birgit Nilsson (la femme du teinturier). 3 cds
Deutsche Grammophon 1985. Livret complet : texte intégral avec notice
argumentée.
Solti, 1989/91. Deux décennies
et quelques mois après Böhm, la machine infernale électrisée par Solti,
à la tête d’un orchestre que n’aurait pas renié Strauss lui-même, le
philharmonique de Vienne, assène ses accents percussifs, ses
déflagrations fantastiques. La baguette du chef d’origine hongroise est
affûtée, d’un implacable sens tragique. Si les voix ne sont pas celle
que réunissait en 1985, un Böhm mythique, le plateau vocal convoqué par
Solti est plus qu’honnête en rendant l’étoffe humaine et tendre d’un
sujet complexe : Placido Domingo (l’empereur), Julia Varady
(l’impératrice), José Van Dam (Barak), Hildegard Berhens (son épouse).
3 cd Decca. Livret complet : texte intégral et notice documentée.
Approfondir
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Crédits photographiques
Füssli, Lady Macbeth (Paris, musée du Louvre)
Richard Strauss au travail (à l’époque de la femme silencieuse, 1935)
(DR)