Récital de Beatrice Rana, piano à Saintes (annonce)

Rana Beatrice Rana pianoSaintes. Récital Beatrice Rana, piano. Chopin, Schumann, le 17 juillet 2014, 22h. Schumann démiurge. Chopin était roi de l’intime suscitant une nouvelle approche dans l’écoute et la réceptivité du concert, Schumann fut celui de l’introspection libre, d’une versatilité protéiforme fascinante. Celui qui souhaitait être le Paganini du piano explore et trouve les nouvelles expressions d’un clavier libéré, prolongement de sa pensée musicale si riche et bouillonnante. Car ici, l’éclatement de la forme selon les tentations de l’humeur n’empêche pas un développement précis, cohérent d’une irrépressible logique interne. Schizophrène impuissant, incapable de développement comme d’accomplissement abouti, rien de tel pour Schumann. Son caractère double, Janus fécond-, Robert revendique une double, voire une triple sensibilité aux facettes plus complémentaires que contradictoires. Schumann prend et relève le défi de chanter ce qui ne peut être dit. Une claque à la démence. Un élan irrépressible que l‘on retrouve, vivace, lumineux dans ses Symphonies à venir. Qu’il soit Eusébius (instrospectif et sombre) ou Florestan (vif, solaire, conquérant), saturnien ou appolonien, Schumann exprime par le piano un jaillissement unique de la pensée et de l’esprit d’une fraîcheur et d’une vitalité exceptionnelle.

 

 

schumann_robertEclairs et murmures du piano romantique. Les études symphoniques (1834-1852) réalisées sous la forme de 12 variations à partir d’un thème originel de 16 mesures reflètent cet équilibre souverainement romantique où le feu de l’inspiration remodèle à mesure qu’il se déploie, les canevas formels les plus classiques. A mesure qu’il exprime, se dévoile, Schumann réinvente, expérimente. Le motif lui aurait été fourni par le père de sa fiancée d’alors, Ernestine von Fricken (l’Estrella du Carnaval à laquelle il était fiancé – avant Clara, en 1834), une marche funèbre dépouillée d’une beauté franche, immédiate. Relisant, affinant encore ses chères Etudes, miroir musical de ses intimes aspirations- éditées finalement en 1852, Schumann nous laisse l’une des ses partitions les plus personnelles.
Le doucereux Chopin se révèle aussi dans l’écriture musicale : ses Scherzos sont d’une âpreté imprévue, la révélation d’un tempérament plus passionnés et révolté qu’on l’a dit souvent. Le déséquilibre, les forces dépressives, l’attraction du lugubre et de l’anéantissement sont aussi inscrits dans le terreau de la fertile pensée chopinienne. Ce récital romantique en fait foi. Même la forme plus classique de la Sonate a séduit le Chopin ténébreux et rageur : la 2ème Sonate fait souffler un vent de liberté où l’émotion sait plier les contraintes d’un canevas strict. C’est le génie des grands compositeurs que de réinventer toujours… N’écoutez que le contraste qui naît de la chevauchée haletante du Scherzo auquel succède le gouffre lugubre de la célèbre marche funèbre : des visions fulgurantes, pourtant d’une simplicité et d’une économie de moyens, saisissantes. Grand récital romantique sous la voûte de l’église abbatiale de Saintes.

Illustrations : B Rana © Ralph Lauer/The Cliburn

 

 

Jeudi 17 juillet, 22h
Abbaye aux Dames
Beatrice Rana, piano
concert n°26

Frédéric Chopin
(1810-1849)
Scherzo n°3 opus 39
Sonate n°2 opus 35 en si bémol mineur
grave – doppio movimento scherzo
marche funèbre : lento finale : presto

Robert Schumann
(1810-1856)
Études symphoniques opus 13

 

 

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