mardi 6 octobre 2026

OPÉRA DE MARSEILLE, dimanche 18 octobre 2026 : R. Strauss, Wagner, Mahler… Orchestre Philharmonique de Marseille, Michele Spotti (direction)

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Richard Strauss a 25 ans quand il termine son Don Juan (1889). La splendeur orchestrale indique qu’il s’identifie au héros. Au contraire de R. Strauss, Richard Wagner n’a pas rencontré le succès avec Tannhäuser. Le public parisien l’a hué, mais Baudelaire l’ayant couvert de lauriers (comme Fantin-Latour), prépare une faveur irrépressible à venir, ce wagnérisme général croissant à partir des années 1880 en France. Promis à une odyssée inégalée dans l’histoire symphonique, Gustav Mahler marque une première étape avec sa Symphonie n° 1 dite « Titan », où le chant orchestral exprime lutte, contradictions et espoir du héros à l’échelle du cosmos. La marche funèbre sur l’air de « Frère Jacques » (aujourd’hui attribué à Rameau), est devenue l’une des mélodies préférées du public.

 

 

DON JUAN de Richard Strauss est l’un des poèmes symphoniques les plus captivants, exprimant sans paroles, l’intensité passionnelle du mythe. Don Juan (1889), avant Mort et Transfiguration (1890), Till Eulenspiegel (1895), Ainsi Parlait Zarathoustra (1896), Don Quichotte (1898), inaugure une série de poèmes symphoniques singuliers, dont l’intensité passionnelle du mythe est ici transmise par Molière et Mozart. La partition démontre la maestria du compositeur à l’aube des années 1890. A la fois enchanteur et poète, capable dans le cadre instrumental d’atteindre la force et le lyrisme émotionnel des grands peintres ou des écrivains. Don Juan est d’autant plus important dans la carrière du jeune Strauss, que l’écriture indique une émancipation du joug wagnérien. Ici se révèle le tempérament personnel du compositeur munichois. C’est un coup de maître ! Si Don Juan, héros libertaire, critique à l’égard des valeurs fondatrices de la civilisation (église, mariage, société, fidélité, loyauté, sincérité…), incarne cette force vitale sans mesure ni limites, le style de Strauss est alors à l’identique : serré, sans répétition, dans la fulgurance d’une évocation pleine de feu et d’énergie. Lecteur de Nikolaus Lenau, en Italie, le jeune compositeur s’enflamme pour la figure romantique, et jette ses premières idées à Padoue, en mai 1888. L’écriture est rapide: le compositeur assure la création de son ouvrage à Weimar, dès le 11 novembre 1889.

Du poème de Lenau, Strauss sélectionne une trentaine de vers et les intègre dans le programme de concert de la création. Désir, possession, désespoir… Strauss exprime un conquérant vorace, dont la volonté aspire la sensualité du monde en un acte irrépressible à la fois grandiose et ritualisé, mais avec la passion sanguine de sa jeunesse. Don Juan est un jouisseur infatigable. L’allégorie d’un eros surpuissant et irrésistible. Mais l’hédoniste est aussi esthète: donc porté par son idéal, le conquérant va de déception en déception. Un dégoût profond ne tarde pas à l’habiter. C’est le Don Juan tragique, amer, défait par la poursuite de désirs insatisfaits qui s’impose alors, fidèle à la conception purement romantique du personnage. La chute du Chevalier se précise dans plusieurs visions qui se font prémonition de mort.

En une écriture synthétique, Strauss développe une diversité de thèmes qui approche toutes les composantes du mythe. Evocation de Zerline (violon), effluves de l’amant conquérant et même rassasié de plaisir, mais aussi déjà précipité dans sa propre course… ; langueur soumise de la vertueuse Donna Anna (hautbois, clarinette puis basson)… puis brisure d’un rêve sensuel, déchirure de l’idéal romantique et lente agonie dans le cauchemar tragique. Don Juan fusionne avec Faust, incarnant alors cet être repu, désabusé, meurtri et amer, dégoûté de l’amour et des hommes… (expiration ultime du héros dans deux accords de mi). L’énergie et le désir qui s’écoulent dans les veines du héros forment un poison mortel qui précipite sa jeune âme, ses attentes, ses espoirs, sa vie entière. La partition est à l’image de la condition humaine: ici Don Juan brûle sa carrière flamboyante et dérisoire en moins de 20 minutes!

 

 

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Opéra de Marseille /Concert Symphonique
Dimanche 18 octobre 2026,16h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra de Marseille : https://opera-odeon.marseille.fr/programmation/concert-de-lorchestre-philharmonique-de-marseille-ORAGES-ET-PASSION

 

programme
RICHARD STRAUSS
Don Juan, poème symphonique, op. 20
RICHARD WAGNER
Ouverture de Tannhäuser
GUSTAV MAHLER
Symphonie n° 1 en ré majeur, dite « Titan »
Orchestre Philharmonique de Marseille
Michele SPOTTI, direction

 

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