dimanche 4 octobre 2026

ENTRETIEN avec Miren ADOUANI, à propos de son nouvel album consacré à Penelope Bigazzi et César Geloso, mère et fils ( » La Belle Époque des Geloso « , 1 cd CIAR Classics)

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Pour le label CIAR classics, la pianiste Miren Adouani s’intéresse aux (nombreux) compositeurs méconnus de l’entre-deux siècles, au carrefour des XIXè et XXè. Acteur d’un destin surprenant et familial, César Geloso affirme un beau tempérament, hérité de sa mère, elle-même compositrice et pianiste comme lui, chevronnée : Pénélope Bigazzi. Si la mère est une remarquable muse œuvrant dans les salons patriciens madrilènes, le fils réalise un post romantisme assumé, propre au raffinement de la Belle-Époque. Outre ses pièces pour piano, il réussit particulièrement dans l’art de la mélodie… Panorama d’un art musical transmis entre mère et fils, dont les écritures révèlent une filiation attachante, particulièrement créative…
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CLASSIQUENEWS :
Pourquoi avoir choisi d’enregistrer cet album ? Comment s’inscrit-il à ce moment de votre travail artistique ? 

MIREN ADOUANI :
Il y a quelques années, on m’a confié des cartons de partitions pour piano de l’entre-deux siècles, pour la plupart oubliées aujourd’hui. Le nombre de petits compositeurs éclipsés dans cette période est troublant. L’héritage romantique y est aussi présent que les recherches de nouvelles couleurs, et le déchiffrage de ces pièces est passionnant. Lorsque j’ai découvert César Geloso un peu par hasard, au départ d’un ancien témoignage puis dans la presse ancienne, c’était l’occasion de connaître l’un de ces compositeurs oubliés. Je découvrais l’histoire singulière de sa famille à travers l’Europe, et l’intérêt pour ces artistes n’a fait que croître. J’ai aimé leurs œuvres imprégnées de leur parcours, à l’évolution très nette. Il m’a semblé logique, au sortir de ces années de recherche, de ne pas les laisser retomber dans l’oubli au côté de tant d’autres, et d’en laisser une trace.

 

 

 

CLASSIQUENEWS :  Selon quels critères avez vous choisi chaque pièce ? En quoi sont-elles représentatives de leur auteur ? 

MIREN ADOUANI : L’idée a été de les suivre chronologiquement. D’abord Pénélope Bigazzi, la mère, dans les théâtres et les salons de la haute société madrilène, où se mêlent les danses et la défense des identités culturelles. Puis le fils, qui cherche peu à peu son propre vocabulaire, au départ de ses racines et des courtes pièces caractéristiques de la Belle Epoque. Chaque oeuvre est représentative d’un contexte et d’une évolution. Le disque termine par la Toccata, avec les gammes par tons et les grappes d’accords qui ont ouvert son langage.

Initialement dédié uniquement à leur instrument favori, le piano, j’ai choisi ensuite d’ajouter la couleur de la voix, car les mélodies sur les poèmes de Rollinat me semblaient indissociables de leur auteur, et celle des cordes, pour ne pas écarter la jolie Berceuse et l’Interlude si fauréen. Le tout présente un panorama qui est aussi un voyage dans leurs époques.

 

 

CLASSIQUENEWS :
Rares les programmes qui rassemblent les pièces d’une mère et de son fils ? Que révèle cette confrontation / filiation ? 

Miren ADOUANI : Cette configuration reste rarissime. Celle-ci confirme qu’il est compliqué au XIXème d’être à la fois une compositrice et une mère. La première activité cesse lorsqu’apparaissent les enfants. Dans le cas des Geloso, la culture d’origine (l’opéra italien, les danses à la mode en Espagne) a fait place, à la génération suivante, aux couleurs de la musique française des pièces tardives de César, même s’il a d’abord composé des pièces en hommage à l’Italie (Canzonetta) ou à l’Espagne (Danse  espagnole,  sérénade espagnole, scherzo espagnol…).

 

 

CLASSIQUENEWS :
Comment s’est déroulé l’enregistrement pour ce programme ? Une anecdote, un souvenir qui concentre l’ambiance, l’esprit de cette réalisation ? 

Miren ADOUANI : L’enregistrement s’est déroulé dans un lieu un peu magique. Le Pôle du pays d’Alby (74) est en pleine campagne, avec vue sur les montagnes. La salle entièrement recouverte de bois dispose d’une acoustique exceptionnelle mais l’arrivée le lundi matin a suscité quelques inquiétudes : mille petits craquements de bois accompagnent pendant plusieurs minutes le lever du soleil. Heureusement, le phénomène ne se reproduit plus avant le soir puis le lendemain matin… L’installation et le suivi de l’impressionnant piano (Steinway D de 1893 de l’atelier Klavierhaus) ont été marquants. Son technicien était présent toute la semaine et n’hésitait pas à démonter et entrer dans la mécanique pour résoudre un petit grésillement ou autre, occasionnant des pauses amusantes. Elles étaient bienvenues dans la concentration des journées, et nous les faisions devant le paysage et les troupeaux de moutons. Le dernier soir, nous avons partagé le programme avec le public, enchanté par ce moment dans les salons d’antan.

 

 

CLASSIQUENEWS : Quelle représentation vous faites-vous des deux auteurs, de leur écriture respective, à travers les pièces abordées ? 

Miren ADOUANI : Pénélope, la mère, avait une forte personnalité. Ses pièces sont vivantes, contrastées, utilisent le clavier entier. Les extrêmes graves/aigus servent son besoin d’ampleur sonore et sa générosité dans l’élan. La virtuosité laisse aussi place à la poésie : par exemple, la partie centrale de son Capricho a des plans sonores magnifiquement écrits. Elle n’avait quasiment pas abordé le répertoire classique pendant ses jeunes années, comme l’attestent ses programmes de concert exclusivement tournés vers les transcriptions d’airs d’opéra. Elle en est empreinte, de même que des rythmes de danses à la mode. Ni elle, ni même son fils (sauf dans son concerto) ne développeront d’œuvres longues comme des formes sonates. La brièveté de leurs œuvres correspond à ces formats que goûtait le public des salons. Il s’agit éventuellement de séduire, mais aussi d’émouvoir. La plupart des pièces de César se déroulent dans un climat souriant. Plusieurs finissent dans l’évaporation des aigus invitant au rêve. Seules certaines de ses mélodies, collant au texte de Rollinat, explorent une gravité sans pareille. César a conservé le brio méridional de sa mère, mais il se situe plus volontiers dans l’intime. La presse, d’ailleurs, s’amuse de son extrême timidité devant le succès. Il note énormément d’indications de dynamiques et de changements de tempo. Toutes ces nuances correspondent à un discours et un jeu expressifs et mouvants.

 

 

CLASSIQUENEWS : Y a t-il des pièces que vous préférez ?  Pour quelles raisons ? 

Miren ADOUANI : Ma pièce préférée de Pénélope est son « Oh mia cara Italia », dont le chant large porte loin. Mes préférées de César sont devenues, au fil du temps, les plus tardives. Elles sont moins immédiatement séduisantes, mais l’on découvre sans cesse au cœur des harmonies des recherches subtiles de couleur.

 

Propos recueillis en août 2025

 

 

CONCERT DIM 5 OCT 2025
Une partie du programme du dernier album de Miren Adouani édité par CIAR classics (dédié aux œuvres de César Geloso et de sa mère Pénélope Bigazzi) est le sujet du concert du dim 5 oct 2025, 17h – CASSEL, CHÂTELLERIE DE SCHOEBEQUE – récital de piano
Entrée (concert + cocktail : 15 euros – Réservations : 09 53 63 32 08
Dans le cadre du Festival International Albert Roussel 2025 : https://ciar.e-monsite.com/pages/festival/festival-2025-1/

 

programme
Frédéric Chopin : Grande valse brillante – Nocturne opus 9 n°3
Pénélope Bigazzi : Higuanama, habanera de salon – Oh ! mia cara Italia
Albert Roussel : Des heures passent, op. 1 : Joyeuses et Champêtres
Cécile Chaminade : Libellules op. 24 – Valse tendre op. 119
César Geloso : Chanson d’avril – Scherzando – Valse-Caprice – Naïveté -Scherzo espagnol – Soliloque – Il était une fois – Toccata

 

 

 

CD

LIRE aussi notre annonce « La Belle Époque des Geloso » : Pénélope Bigazzi et César Geloso : pièces pour piano, mélodies, … – Miren Adouani, piano / 1 cd CIAR Centre international Albert Roussel – oct 2024 : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-la-belle-epoque-des-geloso-penelope-bigazzi-et-cesar-geloso-pieces-pour-piano-melodies-1-cd-ciar-centre-international-albert-roussel-oct-2024/

Le label du CIAR Centre international Albert Roussel sait surprendre et convaincre. Il le démontre dans ce nouvel album de sa très riche collection de perles discographiques (collection du Festival international Albert Roussel) – le programme révèle le feu compositionnel en partage entre une mère et son fils, tous deux, au tempérament bien trempé : Pénélope Bigazzi (1844 – 1914) et son fils, César Geloso (1867 -1960)… (par notre confrère Adrien De Vries)

 

 

Pour le label CIAR classics, Miren Adouani joue les œuvres pour piano de Pénélope Bigazzi et celles de son fils César Geloso (DR)

 

 

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